‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 430 sur 522 · JONCTION — JONES · texte numérisé non relu

JONCTION — JONES

jonction d’instances est l'action de joindre deux instances connexes, une demande incidente à une demande principale, pour être statué sur les deux par un seul et même jugement. La jonction est toujours ordonnée en jugement, et l’article 1034 du Code de Procédure civile a réglé la forme particulière des assignations à donner en vertu des arrêts de jonction. +

JONES ( Davin). Voyez Davip Jones.

JONES (Sir Ixico), architecte anglais et peintre de décorations , né à Londres, en 1572, révéla, n'étant encore qu'apprenti menuisier, un talent si évident pour la peinture et pour l'architecture, que le comte de Pembroke le fit instruire dans ces deux arts, et l’emmena ensuite avec lui en France, en Flandre, en Allemagne et en Italie, Jones séjourna longtemps à Venise, étudia à Vicence les chefsd'œuvre de Palladio , et se fit bientôt, par ses travaux , une réputation telle, que Christian IV, roi de Danemark, l’appela à Copenhague avec le titre d’architecte de sa cour. Plus tard, il suivit en Écosse la sœur de ce prince, la femme de Jacques VI, dont il devint aussi l'architecte. Après avoir visité encore une fois l'Italie, il fut nommé par Jacques VI, devenu alors roi d'Angleterre sous le nom de Jacques I, surintendant des bâtiments royaux. Son attachement à Charles I** le fit mettre en prison, il en sortit en faisant le sacrifice de .la plus grande partie de sa fortune et en payant une amende de 400 liv. st. Il mourut peu de jours après le supplice de Charles I®, le 21 juillet 1651.

Comme créateur de larchitecture anglaise, on l’a. suwrnommé le Vitruve anglais, Ses constructions les plus importantes sont la salle des Banquets au palais de Whitehall, l'hôpital de Green wich, le péristyle de l’église Saint-Paul,

l'ancienne Bourse de Londres, le château du comte de Pem- | broke à Wilton, dans le Wiltshire, et le palais d’Ambers- |

bury, dans le même comté. Dans son style, il imite Palladio , tout en reproduisant la vigoureuse rudesse qui distingue les successeurs septentrionaux de l’école italienne et rappelle souventles meilleures époques de la Renaissance. Une

collection de ses dessins a été donnée par Will. Kent ( Lon- |

dres , 1727 ; 2° édition, avec texte explicatif en anglais et en français, 2 vol., Londres, 1770).

JONES (Joan-PauL), célèbre homme de mer et fondateur de la marine des États-Unis de l'Amérique du Nord, était fils d’un jardinier, et naquit le 6 juillet 1747, à Arbisland, en Écosse. A l’âge de douze ans, il fut mis en apprentissage chez un marchand de Whitehaven, dans le Cumberland, qui faisait un commerce actif avec l'Amérique ; et dès l’année suivante il exécuta par ordre de son maître un voyage aux colonies américaines. Son apprentissage terminé, il entreprit latraite ; mais indigné bientôt de cet odieux trafic , il résolut de s’en revenir en Écosse. Le capitaine du bâtiment sur lequel il faisait la traversée étant mort en chemin, Jones prit ses fonctions, et s’en acquitta si bien qu'à son arrivée le propriétaire du navire le choisit pour subrécargue. Dès lors il se voua tout à fait à la carrière maritime, et en 1775, lorsque éclata Ja guerre de l’Indépendance, il offrit ses services au congrès, qui les accepta.

Nommé d’abord au commandement du brick L'Alfred avec le grade de lieutenant, puis à celui du vaisseau La Province avec le grade de capitaine, il ne tarda point à être investi du commandement en chef de la petite flotte des insurgés , et à commencer contre les mille vaisseaux de la Grande-Bretagne ces combats héroïques auxquels il est difficile de rien comparer en audacieux exploits et en riche butin. En mai 1777, il fut envoyé en France pour y prendre un commandement plus important. Comme la cour de Versailles semblait hésiter à déclarer la guerre à l'Angleterre, il entreprit pour son compte, avec un petit brick de 18 canons, une croisière sur les côtes septentrionales de la Grande- Bretagne. Parti de Brest le 10 avril 1778, il débarque à Whitehaven, y incendie plusieurs vaisseaux , encloue des canous , et s'empare du château du comte de Selkirk, dontson père était le jardinier, La comtesse, qui s’y trouvait seule,

dut livrer ses objets les plus précieux; mais ils lui furent

‘rendus presquemaussitôt , accompagnés d’une lettre fort ro-

manesque. L'expédition se termina par l'enlèvement du sloop anglais Le Drake, sur la côte d'Irlande,

En août 1779, Jones obtint le commandement d’un grand navire, Le Bonhomme Richard, de 40 canons, et fut ensuite nommé commodore d’une escadre composée de bAtiments français et américains réunis, Une première attaque, dirigée contre Liverpool , échoua. Pourtant Jones frappa de terreur toute la côte anglaise, et prit, le 22 septembre, à l’abordage , après un combat terrible de quatre heures, le vaisseau britannique Le Sérapis, qui était bien supérieur au sien. Il revint à Brest avec 800 prisonniers de guerre et un riche butin. On l’accueillit avec la plus grande distinction à Versailles, comme ensuite à Philadelphie , où il retourna l’année suivante. Il passa le reste du temps que dura la guerre sur la flotte française, avec l’assentiment du congrès , à cause de sa parfaite connaissance des eaux d’Amérique. Après la paix, il chercha, avec John Ledyard, à fonder un commerce de pelleteries entre la côte nord-ouest d'Amérique et la Chine; mais cette entreprise ne réussit point. Puis, sur l'invitation de l'impératrice Catherine, # entra au service de Russie avec le grade de contre-amiral, et contribua efficacement , en 1788, à la victoire remportée sur la flotte turque; mais la jalousie de Potemkin et du prince de Nassau le décida à quitter le service de la Russie dès l’année suivante. Après avoir sans succès offert son expérience et son bras à l’Autriche, ilse retira fort mécontent à Paris, où il mourut presque oublié, le 18 juillet 1792. L'Assemblée législative honora ses funérailles en y envoyant une députation. Il est difficile de considérer comme authentiques les Mémoires qui ont paru sous son nom (Paris, 1798, 2 vol. ; Édimbourg, 1830). Sa biographie a été écrite par Sherburne (Washington, 1826). Sa vie aventureuse a été traitée sous forme de roman par Cooper, dans Ze Pilote (1824) ; par Allan Cunningham , dans Paul Jones (3 vol.; Londres, 1823), et par Alex. Dumas, dans le Capitaine Paul (Paris, 1838).

JONES (Sir Waiccram), célèbre orientaliste, né le 28 septembre 1746, à Londres, se consacra à l'étude des langues et des littératures orientales tout en la faisant marcher de front avec celle des langues italienne , espagnole et portugaise. À l’âge de dix-neuf ans il devint précepteur du jeune

| comte Spencer ; deux ans plus tard il se mit à apprendre le

chinois. En 1770 il résolut de suivre la carrière du barreau, et en conséquence il commença l'étude du droit, sans renoncer pour cela à ses travaux sur la littérature orientale. Devenu avocat, il se fit en peu de temps une lucrative clientèle; mais ce ne fut pas sans peine qu’il parvint à obtenir une place dans l'administration anglaise de l’Inde, parce que le pouvoir se défiait du libéralisme des ses opi-

| nions ; et ce ne fut que sous le ministère Shelburne , en 1783,

qu’il fut nommé grand juge à Calcutta, et décoré à cette occasion du titre de baronet. Dans l’Inde, il consacra toutes les heures de loisir que lui laissaient ses fonctions à des recherches sur l’état politique et littéraire de cette contrée ; il fonda, en 1784, la Société Asiatique de Calcutta ; il étudia aussi la langue sanscrite, losqu’il se fut convaincu qu’elle était un moyen indispensable pour arriver à la connaissance de l’histoire ancienne de l’Inde. Toute sa vie fut remplie de la grande pensée de mettre l’Orient et l'Occident en rapports plus intimes, de communiquer à l’Europe civilisée les trésors littéraires de l'Orient, et, tout en rappelant aux Orientaux leur propre littérature, de les rendre accessibles aux communications et aux progrès de l’Europe. 11 mourut à Caleutta, le 27 avril 1794. La Compagnie des Indes orientales lui fit élever une statue à Calcutta. Parmi ses sa. vants travaux nous citerons en première ligne sa Grammar of the Persian Language (1771; 9° édit., 1809, in-4° ); ses Poeseos Asiat. Commentarii(1774); son édition et sa traduction de la Moakallat, or seven Arabian poems (1783); ses traductions de Medschnun et Leila d'après Halefi (Cal-

cutta, 1788) ; de la Sacountala de Kalidasa (1789 ); et € la- Législation de Menou (1794 ); enfin, ses pombreux Ménoires sur l’histoire, l'archéologie et la littérature de Inde et de l'Asie, insérés dans PAsiatic Miscellany ; et dans les Asiatic Researches.

JONGLEUR (en latin du moyen âge joculator, en proveñçal joglar, joglador , en vieux français jouglère ou jougléor ). On appelait ainsi chez les Provençaux et chez les Français du nord les acteurs de profession, à la différence des poëtes instruits et polis par le séjour des cours; c’est-à-dire des troubadours et des trouvères, das le sens restreint de ces mots. Ces derniers avaient, pour la plupart, des jongleurs à leur service, pour réprésenter eurs poëêmes, c’est-à-dire pour les chanter en s’accompagnant d’un instrument; car les poëèles des cours chantaient bien quelquefois eux-mêmes leurs œuvres, mais ils regardaient comme indigne d’eux de s'accompagner en même temps d’un instrument. Les rois aussi, les grands et les petits dynastes entretenaient à leur cour des acteurs de ce genre, qui s’ils étaient en même temps poêles eux-mêmes s’appelaient, par rapport à leur position de serviteurs attachés comme artistes à uae cour, Mménestrels dans le nord de la France, et muns/rels en Angleterre. Enfin, il y avait encore des jongleurs qui n’appartenaient à aucun maître, des chanteurs errants ; qui ne figuraient pas seulement dans les cours et dans les châteaux , devant la société noble, mais aussi dans les marchés et dans les tavernes, au milieu du peuple, tels que les {aboureurs; c'est-à-dire les tambours, les chanteurs ambulants des tavernes de village, membres infimes de cette troupe de chanteurs et de musiciens.

Les jongleurs, outre leur métier primitif d'acteurs, exerçaïent encore celui de conteurs, de déclamateurs de poëmes simplement parlés; souvent même ils étaient de plus danseurs de corde, escamoteurs et faiseurs de tours, menaient avec eux des femmes associées à leur art et des animaux dressés, donnaient même en général des représentations gymnastico-mimiques, des scènes comiques mêlées d’altercations , de jeux d’esprit, d’allégories énigmatiques représentées avec un certain art dramatique (jongleries ou rioles); ils s’employaient comme messagers d'amour et entremetteurs. Par là et par leurs propres mœurs , presque toujours déréglées, ils se firent plus d’une fois excommunier par l'Église et bannir des États où ils se trouvaient, et tombèrent si bas dans l’estime publique, que le nom de jongleur devint synonyme de bateleur, de menteur, de trompeur, tandis que dans les anciens temps on les avait honorés, comblés de riches présents, souvent même investis de domaines, Pourtant, les cours conservèrent longtemps des bandes de jongleurs spéciales , placées habituellement sous là surveillance d’un roi des ménestrels, directeur ou maître de chapelle; et dans les villes, les acteurs formèrent une corporation particulière (corporation des ménétriers), qui élait régie par des ordonnances.

Aujourd'hui l’on entend simplement par jongleurs les maitres en tous les exercices d’adresse corporelle et les équilibristes. Les anciens déjà, notamment les Romains , connaissaient ces hommes aux mille tours, qu’ils appelaient en général prestligialores, C'est-à-dire hommes à merveilles. On connaissait particulièrement les lanceurs de couteaux (ventilalores) et les joueurs de balle et lanceurs de boules (pilarii ) qui s’agitaient dans un mouvement perpetuel, Les maîtres de cet art se formaient par une tradition immémoriale dans l'Inde ultérieure et dans l’Asie antérieure, entre le Gange et l’Oronte. Dans ces pays; où le corps se prôte avec tant de souplesse aux flexions les plus difficiles, les élans orgiastiques, exercices d’une expiation fanatique, avaient fait employer d’abord ces tours d'adresse à expier le passé, à préparer ou à deviner l'avenir. Ainsi naquirent dans ces contrées les Jongleries des Schamanes, que l’on a retrouvées chez plusieurs peuplades de l'Amérique du Nord, Élevées au rang d'un art par l'Hindou sensuel et ami du jeu, ces jongle-

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