JOUBERT — JOUISSANCE
Naples, et de là marcha sur No vi, avec l'intention de débloquer Tortone et d'entrer dans les plaines du Piémont, A Nowvi, il rencontre Souvarow, et se dispose à livrer bataille. Cependant, de nouveaux avis sur les forces de l’eanemi l'ayant dissuadé de cette résolution, il remet au lendemain pour prendre un parti. Dès l'aube Souvarow attaque avec impétuosité l'aile gauche de l’armée française. Un premier succès pouvait avoir les plus fâcheuses conséquences. Joubert accourt au galop, et ordonne d’attaquer les Autrichiens. Il rallie deux bataillons, se met à leur tête, commande une charge à la baïonnette. Au même instant une balle le frappe au côté gauche. Se sentant mortellement blessé : En avant, mes amis, s'écrie-t-il, marchkez toujours ! et tombant de cheval, il dit à son aide de camp : Prenez mon sabre el couvrez-moi. Ce furent ses dernières paroles : il expira, à l’âge de trente ans, le 15 août {799. Devenu premier consul, Bonaparte fit déposer les restes mortels de Joubert près de Toulon, à l’ancien fort La Malgue, aujourd’hui fort Joubert Son pays natal lui a érigé une statue. Alfred Lecovr.
JOUE. Les joues sont les parties latérales de :a face, qui s'étendent depuis les yeux et les tempes jusqu’en bas du visage, entre le nez et l’oreille de chaque côté, Dans la jeunesse et l'état de santé les joues sont fraiches et roses, au moins chez la race blanche; dans la vieillesse et la maladie, elles deviennent creuses, et prennent des teintes jaunes ou mates. Quelques affections intérieures s’y reflètent d’une manière caractérisée, Chez certains individus elles sont charnues et flasques ; chez d’autres elles sont maigres, sèches et ridées. Parfois aussi les pommettes les font singulièrement saillir, Les émotions s’y peignent rapidement; on les voit rougir et pâlir dans les accès de joie ou de pudeur, de colère ou de douleur.
JOUER LA VILLE, terme de compagnonnage (voyez ve mot, tome VI, page 170),
JOUETS D'ENFANTS. Voyez BIMBELOTERIE.
JOUEUR. Voyez Jeu.
JOUFFROY ( TuéoporE-Simon ), publiciste et philosophe doctrinaire, naquit le 7 juillet 1796, aux Pontets, village des montagnes du Jura (Doubs). Après avoir commencé ses études classiques à Lons-le-Saulnier, et les avoir terminées à Dijon, il entra en 1813 à l'École Normale, et sous la direction de M. Cousin se livra avec tant d’ardeur à l’étude de la philosophie, qu’en 1817 Royer-Collard le crut apte à devenir maître de conférences à cette même école et professeur agrégé de philosophie au collége Bourbon. La faiblesse de sa santé l’obligea, en 1821, à renoncer à cette chaire, et l’École Normale ayant été supprimée l’année suivante, il ouvrit chez lui des cours particuliers ,. que fréquentèrent bientôt un nombre considérable d’auditeurs. En 1824 il fonda, en société avec MM. Dubois et Damiron, Le Globe, journal qui compta encore parmi ses rédacteurs MM. Duchâtel, Vitet, de Rémusat, Sainte-Beuve, Ch. Magnin, etc., et exerça une puissante influence sur le développement de l'opinion libérale en France. En 1829 il fut appelé à suppléer M. Milon comme professeur de philosophie à la Faculté des lettres, et conserva cette place jusqu'après la révolution de Juillet, époque à laquelle il fut chargé de suppléer Royer-Collard comme professeur de l’histoire de la philosophie moderne, A la même époque il obtint de nouveau une place de professeur de philosophie à l'École Normale. En 1832 il remplaça Thurot au Collége de France , et en 1833 il fut nommé membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, Cependant, une maladie qu’il avait espéré guérir par un voyage en Italie le força de nouveau, en 1837, à quitter la chaire de professeur au Collége de France. Quand M. Cousin devint ministre de l'instruction publique , il le nomma conseiller de l’université. Élu député par la ville de Pontarlier ( Doubs) , il entra à la chambre en 1831,et y prit pl?ce parmi les doctrinaires, s'asseyant de préférence à côté de M. Guizot. Il mourut le 1° mars 1842.
Parmi ses productions littéraires, ses Essais sur la Phi-
DICT. DELA CONVERS. — T, XI. LS
losophie écossaise, dont il avait ait une étude spéciale, méritent d’être cités. On doit encore une mention honorable à ses traductions des Esquisses de Philosophie morale de Dugald Stewart (Paris, 1826; 8° édition, 1841 ), et des Œuvres de Reid (6 vol. ; Paris, 1836 ), qu’il accompagna de précieuses introductions. Ses Mélanges philosophiques (Paris, 1833 ; 2° édition , 1838), dont la continuation parut après sa mort ( 1843), contiennent les articles les plus importants qu'il ait publiés dans Le Globe, Ses cours à la Sorbonne lui ont fourni la matière d’un Cours de Droit naturel (2 vol.; Paris, 1834-35).
JOUG (du latin jugum, dérivant du grec &vyéc, qui a la même signification). Le joug est une pièce de bois avec laquelle on attelle deux bœufs à la charrue ou aux voitures qu’on veut leur faire tirer : elle passe par-desx: leur front et leur cou, et emprisonne leurs cornes, qu’on lie à l’aide de lanières de cuir.
Les Romains et les anciens faisaient passer sous le joug les ennemis qu'ils avaient vaincus: ce joug, bien différent de celui dont nous venons de parler, consistait en deu, piques fichées en terre, dont une troisième, placée horizontalement joignait les deux extrémités supérieures : rien n’était ignominieux pour des guerriers comme de passer sous le joug, bien qu’As fussent ensuite renvoyés librement et traités avec humanité. On connaît assez la haine implacable que les Romains vouèrent aux Samnites et la vengeance terrible qu'ils en tirèrent pour avoir fait passer leurs légions sous le joug près de Caudium (voyez FourCHES Caupines). Ce n’était pas seulement dans les hasards de la guerre que les citoyens romains avaient à redoufer de courber leur tête sous le joug infamant : c'était dans les jugements civils une flétrissure des plus honteuses. Celui qui était condamné à cette humiliation devait passer sous deux poteaux dressés, surmontés d’une espèce de linteau : ainsi, lé joug judiciaire, comme le joug destiné aux guerriers vaincus, était fait en forme de porte.
Le mot joug a passé dans le langage figuré; il y est devenu synonyme de ce qui gêne, de ce qui est assujettissant, de ce qui contraint la liberté, en un mot, de tout ce qui entraîne une idée de servitude ou d’abaissement.
JOUISSANCE. Envisagé sous le point de vue de Ja morale, le mot jouir entraîne l’idée d’une satisfaction intérieure puisée dans la passion ou la connaissance de certaines choses ou de certains faits; quelquefois aussi il représente seulement l’idée de possession, mais alors même cette idée emporte celle de satisfaction. Dans tous les cas, les jouissances que l’homme peut se procurer étant innombrables, il a joui de la vie de toutesles manières, c’est-à-dire qu'il a employé à l’user agréablement tous les moyens que son esprit lui a suggérés ( voyez DÉLices). L’art des jouissances a constitué ce que nous appelons l’épicuréisme : les épicuriens se sont attachés à les multiplier le plus possible. Et comme il n’est point de doctrine qui ait naturellement trouvé plus de défenseurs que celle qui érige le plaisir en divinité, le nombre des libertins, des ivrognes, des avares, des gourmands, etc., qui se sont ralliés à ce principe, a de tous temps été considérable, et il le sera peut-être toujours. L'homme qui recherche toutes les jowissances de la vie ne pourrait qu'être plaint, si d'ordinaire l’immoralité du matérialisme n’accompagnait lasensualité, et si sonvent ilne se procurait ces jouissances aux dépens et au détriment des autres hommes. Ce qui doit achever de nous faire haïr les hommes qui sacrifient aux jouissances, c’est qu’en général ils n’ont point de conscience: si, par exemple, nous examinons les hommes politiques appartenant à cette catégorie, nous trouverons qu’ils n'hésitent pas à renier leur conviction la plus intime et à se mettre aux gages de qui veut les faire agir, quand leur fortune personnelle ne leur permet plus de satisfaire les besoins qu'ils se sont créés : c’est ainsi que Mirabeau se vend à la cour dès que l’appêt des jouissances est en lui plus fort que celui dela renommée, 83
Jouir, jouissance, désigne plus spécialement la volupté attachée à l’acte de la procréation, chez l’homme et chez les animaux.
JOUISSANCE ( Droit). C’est le droit de retirer d’une chose tout le profit qu’elle peut procurer, d’en recueillir les fruits, d’en percevoir les revenus, On le prend souvent comme synonyme de possession, lorsqu'on dit, par exemple, qu’une personne a la possession et jouissance de tel immeuble. Le mot jouissance exprime alors l’un des attributs de la propriété. Ce n’est pas à dire cependant qu'il en soit la conséquence nécessaire, car il n’est pas rare dans notre droit de rencontrer une foule d'exemples dans lesquels la jouissance d’un objet et la propriété de cet objet sont divisées, et se trouvent établies sur deux personnes différentes. Nous citerons notamment lecasd'usufruit. ÆE.pe CHABRoL.
JOUISSANCE (Actions de). Voyez Acrion (Commerce).
JOUQUE. Voyez Corte DE MAILLES.
JOUR (du latin jubar, selon les uns; suivant les aurtres, de dies, diurnum, giorno, journée et jour), temps que la terre emploie à faire une révolution entière sur son axe. Pour le vulgaire, c’est la durée d’une révolution en- -tière du soleil autour de la terre. On distingue plusieurs sortes de jours : le jour astronomique, le jour moyen et le jour improprement nommé artificiel.
Le jour astronomique est mesuré par le temps que, dans son mouvement diurne ou apparent, le soleil emploie pour revenir au méridien qu'il a quitté; la longueur de ce jour est très-variable, Trois causes concourent à faire varier sa durée : le mouvement de la terre dans son orbite, lellipticité de cette orbite, et enfin l’obliquité de l’écliptique sur le plan de l'équateur. Le voisinage des planètes occasionne de petites perturbations sur le mouvement de la terre dans l’écliptique qui contribuent à la variation des jours dans le calcul des tables du temps vrai et du temps moyen : les astronomes ont soin de tenir compte de ces petites causes. Pour que les jours astronomiques nous parussent avoir la même durée, il faudrait que la terre parcouût chaque jour
- 59 minutes 8 secondes + de l’écliptique. Les astronomes divisent ces jours en 24 heures, qu’ils comptent sans interruption depuis 1 jusqu’à 24.
Le jour moyen est celui que mesure le mouvement d’une horloge bien réglée. Tous les jours moyens sont égaux entre eux. Pour déterminer le jour moyen, les astronomes ont divisé la durée totale de l’année en 365 j. 242 : chacun de ces jours est de 24 heures. Le jour moyen prend quelquefois le nom de jour civil.
Le jour sidéral est le temps qu’une étoile emploie pour revenir au méridien d’où elle est partie. Comme le mouvement de la terre sur son axe s’accomplit invariablement en temps égaux , et que cette planète se trouve à une distance prodigieuse des étoiles, il en résulte que le jour sidéral a constamment la même durée, laquelle est de 23 heures 56 minutes 4 secondes.
Le jour dit artificiel est l’espace de temps compris entre le lever et le coucher du soleil; la durée de ce jour est
-constamment de 12 heures pour les peuples qui ont la sphère droite ou qui habitent sous l’équateur. A partir de ce cercle son maximum va en augmentant progressivement suivant la latitude jusque sous les pôles, où ce maximum est de 6 mois (voyez Ciimar). Remarquons que si l’on a égard aux aurores et aux crépuscules, la durée du jour est d'autant plus longue que le lieu où l’on observe est plus éloigné de l'équateur : la réfraction de la lumière solaire dans l’atmosphère terrestre, la position de l’horizon du lieu relativement au plan de l'équateur, sont les causes de cette augmentation.
Les Babyloniens commençaient leur jour au lever du soleil ; celui des Athéniens était compris entre deux coucuers consécutifs de cet astre, les Italiens modernes commencent aussi leurs jours au coucher du soleil; le jour des Français, des Anglais, etc, commence et finit à mi-