‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 445 sur 522 · JOURDAIN — JOURDAN · texte numérisé non relu

JOURDAIN — JOURDAN

æ pont de Jacob, situé au-dessus de Génézareth, et sur le kquel passe la grande route conduisant de Damas aux côtes de la mer, et aussi quelques ponts jetés sur les différentes sources au-dessus de l’El-Hulch, le Jourdain n’a plus aujourd’hui un seul pont praticable dans tout son parcours à partir de Génézareth, mais des ruines de ponts sur quelques points. En revanche, on y trouve une foule de gués, dont plusieurs praticables même par les plus grosses eaux.

Il est souvent fait mention de ces gués dans l’Ancien Testa-"

ment, indépendamment du merveilleux passage des Israélites sous Josué. Consultez, outre les ouvrages spéciaux sur la Palestine, Molyneux : Expedition to the Jordan and the Dead sea, dans le tome 18 du Journal de la Société Géographique de Londres (1848); Lynch, Narrative of the United-States expedition to the river Jordan and the Dead sea (New-York, 3° édit. 1851 ).

JOURDAN (Marrmieu JOUVE), dit Coupe-têle, un des monstres les plus actifs de la démagogie, naquit vers 1749, à Saint-Just, près du Puy-en-Velay. Il paraît avoir exercé d’abord la profession de maréchal ferrant. Il se fit ensuite contrebandier , et subit en cette qualité, à Valence,

une condamnation à mort par contumace, Réfugié à Paris |

ou à Versailles, sous le nom de Petit, il ouvrit un cabaret, et tint cet établissement jusqu’au moment où il vint à Avignon fonder une petite maison de roulage, qui était en pleine activité lors des événements des 5 et 6 octobre. Il est donc certain qu’il n’a pu, ainsi qu’on l’a prétendu, figurer comme assassin dans ces deux terribles journées, et ilest douteux, quoiqu'il s’en soit vanté lui-même, qu’il ait, le 14 juillet 1789, coupé la tête à De Launay, gouverneur de la Bastille, son ancien maître. Nommé capitaine d’une compagnie de la garde nationale d'Avignon, après la journée du 10 juin 1790, il entra dans le parti des anarchistes Duprat, Mainvielle et Rovère; et lorsque l'assassinat d’Anselme et de La Villasse, à Vaison, par le parti papiste, eut soulevé les patriotes d'Avignon contre la ville de Carpentras, il fit partie de l'expédition, laquelle se composait, outre tous les bandits, tous les fanatiques du pays, de deux cents déserteurs du régiment de Soissonnais et des dragons de Penthièvre.

Le chef élu de cette expédition, qui prit le nom d'armée de Vaucluse, était un nommé Patrix, avec Mainvielle et Rovère pour lieutenants. Mais comme, au lieu d’obéir à ses soldats, Patrix s’avisa de vouloir leur commander, on lefrouva mauvais, et on le fusila sous prétexte de trahison. Après cette exécution, Jourdan, ne trouvant personne autre que lui digne de marcher à leur tête, s’adjugea proprio motu le commandement. Les autres le laissèrent faire, le regardant comme un instrument qu'ils manieraient à leur gré, et pensant bien l’envoyer rejoindre Patrix s’il lui prenait fantaisie de trancher du général en chef, Par bonheur pour lui, il était, militairement parlant, beaucoup moins capable et soucieux de commander à des soldats qu’à des brigands. Il fit donc parfaitement leur affaire. Les hordes qu’il conduisait ayant inutilement bloqué Carpentras, durent se retirer au bout d’un mois. Dans leur retraite, elles mirent à feu età sang et pillèrent tout le comtat. Les réclamations de Carpentras, d'Avignon et des localités voisines, déterminèrent enfin l’Assemblée constituante à prendre un parti pour mettre fin à ces abominations. Elle envoya trois commissaires, qui s’abouchèrent avec les députés des villes intéressées. Le résultat de leurs conférences fut la paix signée à Orange, le 14 juin 1791, sous la garantie des médiateurs de la France, et le licenciement de l’armée de Jourdan.

Celui-ci rentra à Avignon. Des difficultés s’étant alors élevées sur la solde de l’armée de Vaucluse, qui avait été fixée à quarante sous par jour, et que la municipalité d'Avignon refusait de payer, Jourdan s'empare, le 17 août, du palais des papes , et braqua ses canons sur la ville, pendant que Duprat et Mainvielle forçaient l’hôtel de ville, enievaient ‘ss registres et faisaient arrêter quatre officiers municipaux. C'était le moment pour les commissaires de

la Constituante d'offrir courageusement leur intervention : loin de là, ils revinrent à Paris ; un seul, Mulot, se retira à huit kilomètres d'Avignon. Durant leur absence, et dans la nuit du 16 au 17 octobre, Jourdan fit ouvrir les portes de la prison du palais où était enfermée une foule de gens de toutes conditions arrêtés la veille, et alors commencèrent sous ses yeux, avec ses encouragements, les massacres dits de la Glacière, parce que les cadavres étaient jetés ensuite dans une tour appelée de ce nom.

Cependant l’Assemblée constituante votait la réunion du comitat à la France. De nouveaux commissaires furent envoyés: Jourdan fut arrêté. L'amnistie prononcée par l’As-" semblée législative en mars 1792 le sauva. Il sortit de prison, et se retira à Marseille. Les enragés de cette ville le ramenèrent en triomphe à Avignon. Mal lui prit de retourner à Marseille l’année suivante; il y fut arrêté par le parti des fédéralistes, et jeté dans une prison, où il demeura jusqu’à l’arrivée de Carteaux, qui rétablit dans cette ville l'autorité de la Convention. L’illustre Coupe-téte méritait des dédom magements. Les représentants Rovère et Poultier lui don nèrent le commandement de la gendarmerie des départe ments de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. En reconnaissance de cette haute faveur, Jourdan tailla de la besogneaux jugeurs de la commission d'Orange, digne émule du tribunal révolutionnaire de Paris, et l’approvisionna de suspects. Jourdan étant venu à Paris, fut présenté solennellement aux Jacobins, et reçut l’accolade fraternelle avecun diplôme de membre de cette société. Tant d’heur et tant de gloire lui tournèrent la tête. IL se crut une manière de potentat révolutionnaire; il vivait publiquement avec une femme qu’il avait enlevée à son mari. Un maire et des conseillers municipaux ayant négligé de le saluer, il les fit arrêter. D’autres n'ayant pas voulu lui céder leurs chevaux, il fit faire feu sur ces audacieux observateurs du droit de propriété. Comme l’accusateur public voulait informer contre l’auteur de ces excès, Jourdan, indigné qu’on lui manquât à ce point, envoya l’accusateur public et son greffier en prison. Dénoncé enfin par Mourreau (de Vaucluse), il fut arrêté lui-même, transféré à Paris et livré au tribunal révolutionnaire. A l’instigation de Rovère et de Poultier, Tallien eut la lâcheté de le défendre dans l'assemblée des Jacobins. Il parut au tribunal avec un énorme portrait de Marat sur la poitrine; ce qui ne l’empêcha pas d’être condamné et exécuté le 27 mai 1794.

J1 ne faut pas omettre de dire que Jourdan était toujours ivre, qu’il n’avait pas même le temps de cuver son vin, puisqu'il en avait toujours un quartaut la nuit à côté de son lit; qu'il ne savait ni lire ni écrire, qu’il signait ses ordres d’arrestation avec une griffe, etqu’il faisait même quelquefois le rôle de sbire. Dépourvu de toute espèce de vues politiques, il n’eut jamais d’autre dessein que la satisfaction de ses plus grossiers appétits, le contentement de son insatiable sensualité. Charles Nisarp.

JOURDAN (JEAN-BAPTISTE, Comte), maréchal de France. Né à Limoges, le 29 avril 1762, d’un père chirurgien, il s’enrôla , en 1778, dans le régiment d’Auxerrois, fit la guerre d'Amérique, et rentra peu après dans la vie civile, d’où vint letirer la révolution. Capitaine de la garde nationale de Limoges en 1790, chef du deuxième bataillon des volontaires de la Haute-Vienne en 1791, il marcha avec ce corps à l’armée du nord, et s’y distingua si bien, que le 27 mars 1793 il était général de brigade, et le 30 juillet général de division. Placé à la tête d’une division de l’armée sous les ordres de Houchard, il contribua puissamment au gain de la bataille d'Hondscoote; et quand le comité de salut public, suspectant Houchard, se décida à le priver de sa position, Jourdan fut appelé à le remplacer dans le commandement de l’armée du nord et des Ardennes : il avait alors trente et un ans. Le jeune chef de l’armée du nord

| débuta par la bataille de Wattignies, le 15 octobre. Après

cette victoire, Jourdan se rendit à Paris pour conférer avec le comité de salut public; il se présenta à la tribune des

Jacobins, et y profesta que le fer qu'il portait ne servirait jamais qu'à combattre les tyrans et à défendre les droits du peuple. Revenu au milieu de ses troupes, il ne leur imprima pas, après la prise de Toulon, l'élan que le comité de salut public voulait donner à toutes nos armées; et celui-ci, tout en rendant justice à ses bonnes intentions et à son patriotisme, ne le mit pas moins à la retraite.

Un mois après, son commandement Ini fut cependant

rendu, et il se trouva placé à la tête de l’armée de Sambre |

et Meuse. Le combat d’Arlon et la prise de cette ville, celle |

de Charleroi, la bataille de Fleurus, dont les résultats furent si grands pour la république , et qui suffit à elle seule pour établir la réputation militaire de Jourdan; les combats de l’Ourthe, de l’Airvaille, de la Roër; la reprise de Landrecies, du Quesnoy, de Valenciennes, de Condé; la prise de Namur, de Juliers, de Maëstricht, de Luxembourg, furent pour le jeune général les faits d'armes de cette belle campagne. A la fin de 179% et au commencement de 1795 il occupait la ligne du Rhin, depuis Coblentz jusqu’à Clèves. En septembre, il passa ce fleuve en présence de 20,000 ennemis, dont la résistance ne l’arrêta point, et se porta

entre Mayence et Hochstædt; mais l’inaction de Pichegro, :

qui trahissait déjà, le força à abandonner cette position,

pendant que Clairfayt recevait des renforts considérables. : Après une courte campagne, un armistice laissa les deux :

armées dans leurs positions respectives : Jourdan repassa le Rhin l’année suivante, s'empara de Wurtzbourg , de Dus-

seldorf, gagna la bataille d’Altenkirchen, et se porta vers

Ratisbonne. C’est ici que la fortune, qui lui avait constamment été propice, l’abandonna pour toujours. Attaqué par

le prince Charles, qui le battit complétement à Neumarck,

il dut se retirer, et essuya encore, dans sa retraite, des pertes considérables. Il fut destitué, et ne reparut que deux fois à la tête de nos troupes, en 1799 , à l'armée du Danube, et en 1812, près de Joseph, roi d'Espagne, auquel Napoéon avait voulu qu’il prêtât l'appui de son expérience. Là il figura dans un grand désastre militaire, la bataille de Vittoria (21 juin 1813), dont le mauvais succès ne doit nullement lui être attribué; car il ne pouvait que donner des conseils, qui malheureusement ne furent pas suivis; il avait même d'avance annoncé les revers qu’on éprouverait.

En 1797, au moment où sa destitution fut prononcée, Jourdan se vit nommer par son département membre du Conseil des Cinq Cents. Là il s’éleva avec force en faveur du maintien des institutions républicaines, et siégea constamment parmi les démocrates les plus avancés : l'organisation militaire ÿ fut principalement l'objet de ses travaux; il jugea que le nombre des généraux de division et de brigade nécessaire à nos armées, toutes nombreuses qu’elles étaient,

ne devait point dépasser 80 pour les premiers et 150 pour |

les seconds ; il dénonça les malversations des fournisseurs militaires, et approuva le Directoire lorsque les menées des royalistes dans les Conseils nécessitèrent le coup d'État du 18 fructidor. L'année suivante (1798 ), il fut appelé deux fois à présider le Conseil des Cinq Cents; il fit adopter la conscription militaire dont l'Empire devait tirer tant de profit. Peu de temps après il fut nommé au commandement de l’armée du Danube, et en acceptant il se démit de ses fonctions législatives. A son retour, il fut réélu à la législature, et ne cessa pas d'y combattre tout ce qui lui paraissait en désaccord avec l'énergie de ses principes démocratiques. Président de la Société du Manége, il porta, dans un banquet, un toast : « A la résurrection des piques! Puissent-elles, dans les mains du peuple, détruire tous ses ennemis. »

On comprend qu'avec ces convictions Jourdan, qui s'était plutôt fait remarquer comme patriote que comme ambitieux, ne dut point grossir le cortége de généraux qui assistèrent Bonaparte au 18 brumaire; il fut, au contraire, exclu du Corps législatif par la seconde liste de proscription que dressa le pouvoir nouveau, et relégué momentanément dans la Charente-Inférieure, 11 ne sortit de cet exil que pour rentrer dans la vie privée, Quand Napoléon empereur songea

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