JOURDAN — JOURNAL
à entourer son trône de maréchaux de France, il crut ne pouvoir se dispenser de placer le nom de l’ancien chef de l’armée de Sambre et Meuse au nombre de ceux qu'il voulait honorer de cette dignité. Il le nomma en outre sénateur, conseiller d'État et grand-aigle de la Légion d'Honneur. Cependant, il l’éloigna constamment de lui, et ne lui confia jamais que des raissions où il fut abreuvé de dégonts. Louis XVIII le créa comte. Dans les Cent Jours, on le revit accourir au Champ de Mai, et prendre part à ce grand intérêt de la défense du sol qui avait inspiré la plus glorieuse partie de sa carrière militaire. Sous la seconde Restauration, il fut appelé à présider le conseil de guerre qui devait juger le maréchal Ney : Moncey venait d’être destitué et arrêté pour avoir refusé ce poste; Jourdan n’hésita pas à suivre son exemple; la lettre qu’il écrivit à Louis XVIII vour motiver son refus le fit tomber dans la disgräce d’un gouvernement qui ne pouvait néanmoins s'empêcher de le respecter. Gouverneur de la septième division militaire ( à Grenoble) en 1816, rappelé en 1819 à la pairie, dont il avait été éliminé, il vit accomplir la révolution de Juillet sans abandonner une seule de ses convictions. Après avoir rempli quelques jours les fonctions de ministre des affaires étrangères, il mourut, le 23 novembre 1833, à l’hôtel des Invalides, dont il était gouverneur. Napoléon GaLLois.
JOUR DE L’AN, nom que l’on donne au premier jour de l’année, et dont presque tous les peuplesont fait un jour de fête, caractérisé surtout par les offrandes d’étrennes.
JOUR DES ROIS. Voyez Éripnanie.
JOURNAL, JOURNALISME. On trouve déjà les premiers germes du journal dans l’ancienne Rome, où les Acta diurna ou Acta publica, espèces de comptes-rendus publics des délibérations tenues dans le assemblées du peuple, répondaient jusqu’à un certain point à nos journaux officiels d'aujourd'hui. On y trouvait surtout les nouvelles relatives à la famille impériale, comme les naissances, les morts, les solennités funèbres, les voyages, elc., puis les décrets impériaux, les décisions rendues par le sénat et les discours qui y avaient été prononcés , les discussions des tribunaux, les constructions nouvelles, etc. Venaient ensuite les nouvelles d'intérêt privé, telles qu’annonces de naissances, de mariages , de divorces et de morts. Un décret de César ordonna que ces Acta paraîtraient dorénavant tous les jours ; mesure prise d'autant plus à propos que l’on venait de cesser la publication des Annales maximi, ou Annales Pontificum. ainsi nommés parce que la rédaction en était confiée au Pontifex maximus, et dont la collection première avait déjà péri lors du sac de Rome par les Gaulois, A partir de la seconde guerre punique, ce ne fut plus aux prêtres seuls qu’on donna mission de le rédiger ; d’autres hommes instruits furent aussi appelés alors à prendre part à ce travail ; on cite entre autres Fabius Pictor, Calpurnius Pison , Sisenna, etc. Ilne comprenait d’ailleurs que les événements contemporains les plus importants. Dans les Acta diurna, au contraire, on insérait les nouvelles du jour les plus or« dinaires, et jusqu’à de simples rumeurs plus ou moins fondées, comme par exemple celles d’une prétendue opposition qui se serait manifestée dans le sénat contre telle ou telle mesure en voie de délibération, etc:, etc. Faute de fragments authentiques, si minimes que ce soit, il est difficile d’indiquer d’une manière plus précise ce qu'ils contenaient ; et la même obscurité règne au sujet de leur rédaction. Aux temps de la républiqne, c’étaient les censeurs et les édiles qui avaient la surveillance des Tabulæ publicæ, et peutêtre faisaient-ils aussi rédiger ces Acta d’après un plan donné par des-scribes ou autres individus propres à un tel travail. Sous les empereurs il est vraisemblable que ce soin incombait aux surintendants du trésor public, qui, en raison de la nature même de leurs fonctions, étaient entourés d’un grand nombre d'employés subalternes. Quand l'écrit était achevé, on l’exposait pendant un certain temps dans quelque lieu public, où chacun pouvait le lire ou encore le copier, Il est possible que des copistes proprement dits et d’autres
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individus eussent des abonnés, tant dans la ville qu’au dehors, et qu’ils y copiassent tout ce qui était d’un intérêt général. Ces Ac{a semblent avoir cessé d’être publiés quand Constantinople eat été érigée en capitale de l'empire, parce que dès lors ce fut à des commissaires spéciaux qu’on confia le soin de faire connaître aux provinces les événements les plus importants.
On ne saurait toutefois appliquer la dénomination de journal, dans le sens politique et littéraire qu’on attache aujourd’hui à ce mot, à ces publications périodiques des Romains , non plus qu’à celles qui ont lieu parmi quelques nations orientales modernes, comme chez les Chinois, les Japonais et les Persans, Le caractère propre du journal moderne, c’est d’avoir en vue pour son contenu une publicité facilement accessible à tous; publicité qui d’une part doit répondre à un besoin réel des nations et des individus, et qui de l’autre suppose des moyens d'exécution sans lesquels elle n’existerait pas. Ces moyens d'exécution, la découverte de l'imprimerie put seule les fournir; de même que c’est la réforme qui seule provoqua le besoin auquel il s'agissait de donner désormais satisfaction. On ne saurait donc faire dater l’histoire du journal et du journalisme que du seizième siècle. L'activité du journalisme se borna à l’origine à ce qui était de nature à le plus frapper les yeux, aux événements les plus importants qui survenaient dans la vie des États et des nations. Telles furent les publications connues sous le nom de Relations, et si communes aux seizième et dix-septièmesièeles. Elles précédèrent les fenilles périodiques, qui naquirent successivement en même temps que des feuilles d'annonces et d’avis provoquées par d’autres besoins. La France fut le berceau du journalisme littéraire, qui de proche en proche se fonda aussi dans les autres pays. A l'origine, expression unique et impopulaire de l’érudition du dix-septième siècle, et parqué dans une espèce de caste, non-seulement le journalisme ne tarda pas à devenir l’un des plus puissants leviers de la civilisation moderne, mais encore, par ses immenses développements, ilen arriva bientôt à exercer une décisive influence sur la littérature moderne, à laquelle il imprima le cachet qui lui est propre, et eut le mérite d'introduire dans la vie sociale la science qui cessa d’être le domaine de l’école exclusivement. S'il nous fallait présenter ici un aperçu même sommaire du journalisme scientifique et littéraire dans les diverses contrées de l'Europe, et mettre sous les yeux de nos lecteurs son bilan actuel, un tel travail, sans intérêt pour le plus grand nombre , nous entraînerait beaucoup trop loin. Nous nous bornerons donc à indiquer rapidement l’origine et les principaux développements du journalisme politique en Italie, en Hollande, en Belgique, en Allemagne, dans la Suisse, en Russie, en Turquie, dans les royaumes scandinaves, en Angleterre en Amérique, et enfin en France.
C’est en ITALIE , vers le milieu du seizième siècle et à Venise, qu'on trouve les premières traces de journaux. Le gouvernement de la république, alors en guerre contre le Turc, publiait de temps à autre quelques nouvelles écrites (notisie scrilte) sur les événements les plus importants de la guerre, nouvelles dont les curieux pouvaient prendre lecture en certains endroits au prix d’une pièce de menue monnaie appelée gazeta. C’est cette pièce de monnaie qui donna son nom aux papiers- nouvelles en Italie, et plus tard en France (Gazette), en Espagne et en Angleterre. Une cullection considérable de ces feuilles existe à la bibliothèque Magliabecchi, à Florence. Le soupçconneux gouvernement de Venise était tellement contraire à la propagation des nouvelles politiques, que longtemps encore après l'invention de l'imprimerie il ne tolèra que des journaux écrits. Mais une fois qu’il laissa publier des papiers-nouvelles imprimés, cette innovation se répandit bientôt dans le reste de l’Europe. L'apparition de journaux dans diverses villes d'Italie éveilla les défiances du saint-Siége. Le pape Grégoire XIII (1572-1585 ) lança même une bulle expresse contre les gazetiers, appelés alors
menanli, et que, à l’aide d'un jeu de mots, il y désignait par l'épithète de minantes (menaçants). Dans les temps modernes, en dépit de circonstances des plus défavorables, le journalisme italien n’a pas laissé que de développer une remarquable activité, Elle se manifesta plutôt, il est vrai, dans le domaine des sciences et de la littérature, que dans les gazettes proprement dites, publications peu estimées, soumises à mille restrictions par la censure, ne donnant à leurs lecteurs que les plus sommaires renseignements sur les événements, sans la moindre appréciation politique. Les gazettes privilégiées de Milan, de Venise, de Turin, de Gênes, de Bologne, de Lucques, de Florence, le Diario di Roma et la Gazetta di Napoli étaient encore les plus lues de toutes. A une époque d’agitations et de dan-
| gers (1831), la Voce della Verità de Modène fit beaucoup
de sensation par l’exagération même de ses principes ultra-monarchiques. En 1836 il se publiait en Italie 171 écrits périodiques; et en 1845 le nombre en était de 205. L’avénement de Pie IX au trône pontifical changea tout à coup cet état de choses, et il se produisit alors un véritable déluge de feuilles politiques, dont quelques-unes rédigées avec beaucoup de talent et d’habileté, mais qui firent beaucoup de mal en éparpillant les forces de l’opinion, en l'exagérant, et enfin par les excès de tous genres auxquels elles se laissèrent entraîner. On ne saurait rien comparer au fanatisme et à la grossièreté des feuilles du parti révolutionpaire à Livourne, à Florence, à Rome, et encore en 1854 à Gênes, où le mazzinisme était parvenu à s'emparer d’une partie de la presse quotidienne. L’année 1849, avec ses tendances réactionnaires , mit presque partout un terme à ce délire des intelligences ; et il faut reconnaître que, sauf peut-être le Giornale di Roma, il y a eu partout après les saturnales de la liberté amélioration réelle dans le petit nombre de feuilles qui ont été assez heureuses pour survivre à la réaction. Aujourd’hui elles satisfont beaucoup plus complétement qu'avant 1848 à ce que le public en attend, et elles le tiennent beaucoup mieux au courant de ce qui se passe dans le monde. Les meilleures sont celles de Venise, de Milan, de Turin, de Gênes, de Florence et de Naples. En raison de la constitution libre que la Sardaigne a eu le bonheur de conserver, un intérêt tout particulier s’attache à la presse de ce royaume, où en 1852 on ne comptait pas moins de quarante-cinq journaux politiques, dont quatre écrits en français. Le plus important de tous est le Parlamento de Turin, qui en 1855 a changé ce titre contre celui de Piemonte. 11 faut encore citer l’Opinione, journal modéré, le Diritto, organe de la gauche, l'Armonia, avocat du parti clérical, | Unione de Bianchi-Giovini, et la populaire Gazetta del Popolo (7,000 abonnés).
En EsPAGnE aussi les premiers journaux ne furent que des relations isolées ( Relationes) d'événements importants, relations paraissant à des époques indéterminées et prenant souvent, sur cette terre par excellence de la poésie, la forme de romances que les aveugles chantaient au coin des rues (romances de ciegos). Ce ne fut guère que vers le milieu du dix-huitième siècle que commença à paraître régulièrement une sazette de cour, le Diario de Madrid. Mais dès la fin du règne de Charles III on comptait en Espagne de quarante à cinquante journaux, qui ne s’occupaient pas seulement de politique, mais encore de la propagation de nolions utiles, etqui inséraient dans leurs colonnes soit des dissertations scientifiques, soit des articles de critique, de morale et de philosophie, par exemple le Teatro critico universal et les Cartas eruditas de Feyjoo, le Pensador de Clavijo y Faxardo, le Diario de los Literatos de Espana, le Semanario erudilo, etc.
Le journalisme espagnol prit autrement d'importance pendant et après la guerre de l'Indépendance (1808). Parmi les journaux du parti libéral d’alors on remarque d’abord le Diario de las Cortes, feuille d’une haute importance ; puis le Semanario patriotico (Cadix, 1808-1811 )et Aurora mallorquina (Palma, 1812-1813), à la rédaction desquels
prirent part des hommes tels que Quintana, Antillon, Blanco-White, Tapia, Gallardo. Parmi les organes des serviles, il faut surtout citer le Procurador del Rey, feuille à l'usage du peuple, rédigée avec autant d'énergie que d’esprit. Après la restauration de 1814, les hommes éxilés d’Espagne continuèrent à défendre leur cause à l’aide de quelques journaux publiés en langue nationale à l'étranger : tel fut, par exemple,l Zspañol constitucional, publié à Londres en 1815. Le parti absolutiste se servit aussi, il est vrai, de la presse comme moyen d’action; cependant, dans le grand nombre de feuilles de cette couleur, on ne peut guère citer que l’Atalaya de la Mancha, fameuse entre toutes par ses fureurs et ses violences. La révolution de 1820 à 1823 qui rendit de nouveau le parti libéral maître de l'Espagne, en proclamant la liberté de la presse, donna naturellement à la presse périodique des bases plus larges et plus sûres, en même temps qu'elle accrut infiniment son influence. Parmi les 64 journaux politiques qu’on comptait en 1822, l’un des meilleurs était le Censor, qui s'était posé franchement en organe du libéralisme napoléonien avec une certaine tendance à se rapprocher des doctrinaires français; d’un autre coté, la franche et spirituelle gaieté nationale coulait à pleins bords dansle Zurriagoet dansles Cartas del pobrecito holgaran de Miñano , feuilles audacieuses entre toutes. Quand la contrerévolution de 1823 força les hommes du parti libéral à aller de nouveau demander un asile à l'étranger, Paris et Londres devinrent les deux grands ateliers de la presse espagnole réfugiée. C’est ainsi que parurent à Londres les Ocios de Españoles refugiados (1823-1826), feuille où la littérature était aussi traitée d’une manière remarquable, ainsi que le Correo lilerario y politico, et à Parisles Miscelanea hispano-americana (1826). Sauf un petit nombre de feuilles, la presse politique fut complétement supprimée en Espagne en 1824; et après la Gazela de Madrid, on ne peut guère citer que le Correo mercantil de Cadix, le Mercurio, la Gazeta de Bayona (1825), publiée par Miñano, et à Saint-Sébastien l'Estafeta, feuille absolutiste, qui plus tard fusionna avec la Gazeta de Bayona. La mort de Ferdinand VII et l’adoucissement qui s’ensuivit aussitôt dans le régime rigoureux auquel le journalisme était resté soumis jusque alors, puis le changement complet de système survenu en 1833, eurent naturellement pour résultat de donner des développements considérables à la presse périodique, devenue libreen 1833. A cemoment il ne surgit pas moins de {8 journaux politiques, à Madrid seulement. En 1836 il en paraissait 30, sans parler des 49 feuilles officielles (Boletines oficiales) à l'usage des provinces. Dans le nombre il faut surtout accorder une mention à la Revista española, fondée en 1831, devenue ples tard, en 1837, exclusivément littéraire, sous le nom de Revista europea, puis redevenue politique et littéraire l'année suivante et organe du parti modéré sous le titre de Revista de Madrid ; le Correo nacional, journal d’une nuance du parti moderé, rédigé par Borrego, lequel publiait aussi un autre journal de la même opinion, l’£spañol. Le No me olvides du poëte Salas y Quiroga n’était d’abord qu’une feuille de littérature et d'art, mais qui aborda ensuite la politique en arborant le drapeau du juste-milieu. 11 faut encore citer à cette époque le Corresponsal, journal riche en renseignements statistiques, et la Gazsela de Madrid, l'organe officiel de tous les gouvernements passés, présents et futurs. Dans les provinces on distinguait l£co de Aragon , publié à Saragosse ; l’Aurora, le Tiempo, à Cadix; le Guadalhorze, à Malaga ; l’Alhambra, à Grenade, etc., etc. Un trait bien significatif du caractère national, c'estque pour agir sûrement sur le peuple le gouvernement et les différents partis qui lui étaient hostiles eurent toujours recours à des journaux satiriques, venant aveclesarmes du ridicule au secours de leurs système politiques respectifs. C est ainsi que les moderados fondèrent les journaux Æl Torobado, El Mundo, El Duende, El Nosotros ; mais ceux deseæaltados les surpassèrent encore en licence, surtout après le pronunciamento de se tembre 1840. Beaucoup de ces feuilles ne
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tardèrent point sans doute à disparaître, mais furent tout aussitôt remplacées par d’autres ; et au total le journalisme espagnol a toujours été en augmentant de puissance et de nombre dans ces dernières années. Ce fut un journal purement religieux, E/ Catolico, qui obtint le plus grand nombre d'abonnés (14,000). En 1844 il paraissait chaque matin à Madrid 19 journaux , parmi lesquels trois, l’Eco, le Clamor publico et le Novelero, appartenaient au parti des exaltados. L’Heraldo, journal de la nuance modérée, était celui qui tirait le plus (7,090). Quand la nationse souleva en 1843 contre Espartero, la presse de Madrid réunissait 65,000 abonnés; puis, le calme une fois retabli dans le pays, ses tirages réunis ne présentèrent plus qu’un total de 22,000 exemplaires. La révolution de juillet 1854 a eu pour résultat. de donner une vie nouvelle à la presse politique. A la fin de cette même année il paraissait à Madrid 30 journaux de couleurs diverses; et dans les premiers mois de 1855 le nombre en augmenta encore. L’España et le Clamor publico sont aujourd’hui les plus importants de tous.
L'histoire du journalisme en PorrucaL est tout à fait la même qu’en Espagne. Jusqu'en 1820 le journal y fut d'une complète nullité. La révolution lui donna alors une importance qu’il perdit aussitôt que la contre-révolution eut triomphé, en 1823. A partir de l’avénement de Maria da Gloria, en 1834, le journalisme prit toujours plus de développement, mais sans se perfectionner et en se bornant uniquement à servir les passions des partis. Les incessantes alternatives d’absolutisme et de licence révolutionnaire dans ce pays ont eu pour résultat d’y démoraliser complétement la presse. Le journal officiel porte le titre de Diario do Governo. I] parassait en outre à Lisbonne en 1852 six journaux politiques, et cinq à Oporto.
Les journaux publiés en HozLANpE furent dès l’origine au nombre des meilleurs qu’on possédât, parce qu’ils donnaient de première main les nouvelles arrivant par la voie de mer ; parce qu’il leur était plus facile qu’à tous autres d’être au courant des événements de la politique, et parce que sous le gouvernement républicain de ce pays la presse jouissait de plus de liberté que partout ailleurs. Presque tous les journaux y furent d’abord publiés en langue hollandaise, sous la dénomination commune de Courant, spécialisée par le nom de Ja ville où s’imprimait le journal, Ils donnaient peu d’articles politiques, mais beaucoup d’avis au publicet de nouvelles commerciales. Ce ne fut que plus tard que parurent à Leyde et à La Haye des journaux rédigés en langue française. Bien qu’en 1815 la Hollande eût recouvré l'exercice de la liberté de la presse, la nation n’en fit pas grand usage, tant que la lutte n'eut pas commencé entre les feuilles belgesetles feuilles hollandaises. Aujourd’hui, les journaux les plus répandus en Hollande sont l’Al{gemeene Handelsblad d'Amsterdam, le Staats-Courant de La Haye, le Harlemsche-Courant de Harlem, le Journal de La Haye, journal officiel. Autrefois, la Gazette de Leyde, propriété de la famille Luzac, était regardée comme le mieux rédigé et le mieux renseigné des journaux hollandais. Aux Grandes Indes la presse hollandaise est représentée par le Javaasche-Courant, publié à Batavia ; et on estime aussi beaucoup la Tijdschrift voor Neerlandsche Indien.
Le premier journal qui ait ‘été publié dans la partie sud des Pays-Bas qui forme aujourd'hui le royaume de Bez- . GIQUE, parut à Anvers en 1605, sous le titre de Miewe Tijdinghe. C'était, à ce qu’il paraît, une gazette des événements de la guerre, paraissant à des époques indéterminées et qui fut remplacée, à ce qu’on croit, par la Gazette van Antwerpen, laquelle ne disparut qu'en 1827. Sous la domination de l'Espagne et sous celle de l'Autriche, chaque ville de quelque importance avait sa gazette privilégiée, publication parfaitement pure de toute tendance politique ou sociale, et ne disant jamais que ce qu’on lui permettait de dire. Dans le nombre il faut citer le Courrier véritable des Pays-Bas, fondé en 1649, et qui, sauf une unique interruption de 1746 à 1749, continua de paraitre jusqu’en 1791 ;
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le Journal de Licge, qui aujourd'hui encore compte un grand nombre d'abonnés, et la Gaze{le van Gend, fondée en 1667, et qui n’a pas discontinué de paraître depuis lors. Sous la domination française, les villes de la Belgique avaient perdu toute indépendance et toute initiative, et le plus grand nombre de leurs gazettes durent succomber sous la concurrence des nombreux journaux de département qu’on y fit paraitre rédigés à la française. Les journaux de cette époque dont les collections ont conservé une certaine importance historique sont Le Compilateur (1798-1810); Le Vrai Brabançon(1790-1792 ), feuille à tendances catholiques et autrichiennes ; le Journal de la Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité, et Le Républicain du Nord, redigés tous deux dans l'esprit du républicanisme le plus exalté. Simple journal de faits, Z'Oracle se maintint de 1800 à 1827. Bien que le gouvernement hollandais n’eût pas, à partir de 1815, par trop gêné les allures du journalisme en Belgique, la législation relative à la liberté de la presse était trop sévère et trop précise pour ne point donner lieu à d’assez nombreux procès. Parmi les journaux qui existèrent en Belgique de 1815 à 1830, c’est-à-dire pendant la réunion de la Belgique et de la Hollande, il faut citer, outre la Gazette des Pays-Bas , journal officiel, le Journal de la Belgique, feuille assez incolore, qui continue encore de paraître ; Le Nain jaune réfugié , journal de caricatures contre les Bourbons; Le Libéral, produit de la fusion du Nain jaune et du Surveillant en 1816, et qui en 1821 se transforma en Courrier des Pays.-Bas, feuille d’une opposition extrêmement acerbe. Après ce dernier , qui compta au nombre de ses actionnaires ou de ses rédacteurs la plupart des fauteurs bien marquants de la révolution belge, il faut encore mentionner parmi les journaux d'opposition les plus importants Le Courrier de la Meuse, fondé en 1820, au point de vue catholique, transféré à Bruxelles en 1840, et publié aujourd’hui sous le nom de Journal de Bruxelles ; le spirituel Matthieu Lænsberg, rédigé par Deveau, Lebeau et Rogier, fondé en 1824, transformé en 1828 en Politique, en 1841 en Tridune , et qui depuis 1849 est devenu sous le dernier de ces titres l'organe du parti républicain; Le Catholique des Pays- Bas, devenu plus tard le Journal des Flandres ; le Journal d'Anvers, feuille catholique, existant depuis 1811. Avant la révolution de 1830, on citait parmi les journaux ministériels, à Bruxelles, Le National, publié par le fameux Libri de Bagnano, et à Gand, le Journal de Gand, qui a pris en 1831 le titre de Messager de Gand, et est demeuré jusqu’à ce journal fidèle à ses tendanees orangistes. La révolution dut nécessairement donner un essor immense à la presse belge, désormais affranchie de toute contrainte, et qui souvent, aujourd’hui peut-être plus que jamais, confond trop la liberté avec la licence. Les journaux les plus répandus sont ceux qui ont un cachet tout français; presque tous sont rédigés par des Français et puisent leurs renseignements à des sources françaises. En 1830 le nombre des écrits périodiques de toutes couleurs paraissant en Belgique n'était encore que de 31; au commencement de 1848 il était: déjà de 202, comptant ensemble 61,408 abonnés. Il y en avait 18 qui paraïssaient tous les jours, 122 qui s’occupaient de politique, 137 de rédigés en français et 52 en flamand. L’abolition complète du timbre sur les journaux et l’abaissement du prix du port par la poste, en 1848, en ont encore singulièrement augmenté la circulation. Le plus important des journaux belges est aujourd’hui sans contredit l'Indépendance (8 à 9,000 abonnés), qui a remplacé l’'Indépendant, fondé en 1831, longtemps journal quasiofficiel, malgré son opposition assez tranchée. Viennent ensuite L'Observateur, journal du libéralisme le plus avancé; L'Émancipation, journal de la droite parlementaire, c’està-dire du parti catholique; le Journal de Bruxelles, surnommé la Petite-Bête, feuille de sacristie; La Nation, feuille démocratique; Le Télégraphe, adversaire du gouvernement de Napoléon II; Le Nord, fondé par la diplomatie Russe ; enfin Le Moniteur belge, journal officiel. Dans les
provinces , il faut citer, outre le Journal de Liége ct Le Messager de Gand, déjà nommés, le Journal d'Anvers, le Journal de Gand, \e Journal de Verviers, L'Organe des Flandres, L'Amide l’ordre, à Namur, DeStandaert, journal flamand, à Gand.
En ALLEMAGNE également les journaux eurent pour point de départ des feuilles volantes et des imprimés de faible étendue, intitulés le plus ordinairement Newe Zeitung, vé: digés en formes de lettres, et ornés quelquefois de gravures sur bois, ne portant que très-rarement la mention de la date et celle du lieu où ils ont été imprimés. Il est possible que des publications de ce genre aient eu lieu dès le milieu du quatozième siècle; on en a la preuve en ce qui concerne l'Allemagne, pour les années 1457 à 1460, bien que l’exemplaire le plus ancien qu’on connaisse encore, et qui se trouve dans la bibliothèque de l’université de Léipzig, porte seulement la date de 1494. Ces Relations, comme on les appelait, indépendamment des événements contemporains les plus importants, tels que la découverte de l'Amérique, les guerres contre le Turc, celles des Français et des Impériaux dans la haute Italie, etc., etc., traitent aussi d’affaires locales, comme des exécutions capitales, des inondations, des tremblements deterre, des histoires de sorcières, d’enfants égorgés par des juifs, designes miraculeux. Ces communications étaient périodiquement données, d’un côté, par les almanachs et les calendriers, qui depuis la fin du quinzième siècle paraïssaient déjà à peu près régulièrement tous les ans, et de l’autre par ce qu’on appelait alorsles Postreuter ( courriers), dont le plus ancien qu’on connaisse porte la date de 1590, qui étaient généralement rédigés en vers et comprenaient les événements de l’année écoulée. C’est aussi vers la même époque que parurent les premières relations périodiques de ce genre, lorsque, en 1590, Conrad Lauterbach (né en 1534, mort en 1594), commença en société avec le libraire de Francfort Paul Brachfeld la publication de ces Relationes semestrales, continuées après sa mort par Sébastien Brœnner, et qui paraissaient tous les six mois, de foire en foire, à Francfort, d’abord texte latin et allemand en regard. Quelques recueils de ce geure, tels que le Relationum historicarum Pentaplus de Michel Eytzinger (1576 à 1599, Francfort et Cologne ), le Mercurius Gallo-Belgicus d’'Isselt (1588 à 1600 ), confinué par divers jusqu’en 1654, etc., étaient plutôt des chroniques historiques, des annuaires, que des gazettes proprement dites. Tandis que les imprimés en question étaient les précurseurs de nos journaux d’aujourd’hui, d’autres besoins firent naître et circuler en Allemagne dans la seconde moitié du seizième siècle des gazettes manuscrites, que les frères Fu gger, ces négociants célèbres d’Augsbourg, dont les relations commerciales embrassaient alors toutes les parties du monde, faisaient de temps à autre rédiger à l’usage de leurs nombreux correspondants. Une collection de gazettes de ce genre, embrassant l'intervalle de temps compris entreles années 1568 et 1604, et formant 28 volumes, fut transportée à Vienne, en 1656, avec toute la bibliothèque Fugger. Sous le rapport du choix et de la diversité des matériaux et des renseignements qu’elles contiennent (on y trouve même jusqu’à des nouvelles littératres), ces gazettes ou circulaires manuscrites, adressées par la maison Fugger à ses amis et correspondants, pour le classement et l'étendue des nouvelles diffèrent peu des journaux d’aujourd’hui. L’Aviso, « relation ou gazette de ce qui s’est passé dans l'Empire, en Espagne, en France, aux Indes orientales et occidentales, etc., » publié comme papier-nouvelle à partir de 1612, non pas, il est vrai, à des intervalles fixes et réguliers, mais par feuilles numérotées, était une publication à peu près du même genre. Toutefois la première gazette véritable qui ait été publiée en Allemagne fut celle, que le libraire Emmel de Francfort fit paraître toutes les semaines, avec un numéro distinct chaque fois, à partir de 1612. A limitation de ce libraire, J. de Berghden, alors administrateur des postes impériales, publia, à partir de l’an 1616, la
Gazette de la direction générale des postes de Francfort (Frankfurter Oberpostamtszeilung), qui continue encore à paraître aujourd’hui. Après Francfort, ce fut la ville de Fulda, qui la première posséda un journal. Dès 1619 il en paraissait un autre à Hildesheim. Peu à peu cette innovation gagna de proche en proche; et vers le milieu du dixseptième siècle Nuremberg, Cologne, Augsbourg, Ratisbonne, Hanau, Hambourg, Bremen, Gotha, Altenbourg, Cobourg, Erfurt, Wittenberg, Eisenberg, Leipzig, Berlin, Halle, Magdebourg, Kænisberg, Clèves et quelques autres villes avaient déjà chacune leur journal ou gazette, publié d’ordinaire avec le très-gracieux privilége du souverain local, et sous le contrôle d’une censure préventive. L'un des plus anciens journaux de l'Allemagne actuellement existants est Le Correspondant de Hambourg (Hamburgische Correspondent), qui date de 1714. L’Allgemeine Zeitung (Gazette universelle d’a gsbourg ), fondée en 1798 par le libraire Cotta, ne tarda point à éclipser tous les journaux publiés jusquealors, eta toujours conservé depuis la prééminence. Ce journal, qui a des correspondants particuliers (et bien réels ) dans tous les pays de l’Europe, sur les points les plus importants de l’Afrique, de l’Asie et de l'Amérique, est souvent employé par les différents gouvernements qui veulent donner de la publicité à certains documents officiels qu’il y aurait pour eux inconvénient à publier dans les journaux qui paraissent sur leur propre territoire. Pendant le temps de la domination française, les feuilles allemandes ne purent être que l'écho des journaux français; mais le joug de l'étranger n’eut pas plus tôt été secoué, en 1813, qu’on vit naître en Allemagne un certain nombre de journaux nouveaux. C’est ainsi qu’à l'invitation du général Wittgenstem Kotzebue fonda sa Feuille populaire russo-allemande ( Russiches-Deutsches Volksblatt), tandis que Niebubrcréait son Correspondant prussien (Der preussische Correspondent), deux feuilles qui d’ailleurs ne survécurent guère aux circonstances qui les avaient fait naître. Vers la même époque, se fondait en Autriche. L'Observateur autrichien (Œstreichische Beobachter), placé sous le patronage de M. de Metternich, et rédigé par Pilat, hanovrien converti au catholicisme. La Gazette d'État de Prusse ( Preussische Staatszeitung) date de 1815. Les événements de 1830 provoquèrent sur divers points de l'Allemagne !a création d’un certain nombre de feuilles d'opposition; mais à partir de 1832 des décisions de la diéte germanique les supprimèrent successivement. En 1840 les gouvernements accordèrent cependant un peu plus de latitude à la presse, et avant la
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abonnés); la Nouvelle Gazette de Prusse (5,000 abonnés), organe du parti rétrograde ; Le Temps (6,000 abonnés ); la Gazette nationale (5,400 abonnés). Les journaux publiés en Bavière, en Wurtemberg, en Saxe, ete., n’ont qu’une importance locale.
La Suisse est, toutes proportions gardées, le pays de l’Europe où l’on publie le plus de journaux, Au commencement de 1851 on n’y comptait pas moins de 204 feuilles s’occupant de politique, de religion et de littérature, dont 152 rédigées en allemand, 46 en français, 5 en italien et 1 en langue romane (dans le canton des Grisons). En 1855 ce chiffre était de 243. Les plus importants de ces journaux sont : L'Alliance { Der Bund), publiée à Berne ; la Gazette de le: Confédération (£Zidgenossische Zeitung), à Zurich; la Gazette d’Argovie ( Aargauer Zeitung) ; le Messager suiss# (Schweitzer Bote), rédigé à l’origine par Zschokke ; la Gazette de Bâle et la Gazette nationale suisse, publiées toutes deux à Bâle ; les Gazettes de Lucerne, d’Appenzel, etc. ; enfin, les journaux rédigés en langue française et publiés dans la Suisse française, tels que le Courrier suisse, la Gazette de Lausanne , \a Gazette de Fribourg, le Nouvelliste Vaudois, le Journal de Genève, organe du parti conservateur et la Revue de Genève, organe du parti radical.
En Russie le journalisme, comme tant d’autres choses , fut créé par Pierre le Grand; qui, pour tenir son peuple au cou-
rant des événements de la guerre contre les Suédois, fit pa-
raître des journaux, d'abord à Moscou, puis à Saint-Pétersboure. La plus ancienne gazette russe, à la rédaction de laquelle Pierre le Grand prit personnellement part, parut en 1703, à Moscou. Elle a été réimprimée avec soin, à Saint- Pétersbourg, en 1855. La Gazette de Moscou ( Moskowskija Wjédomosti) ne tarda point à périr, mais pour renaître en 1756. Ilexiste des années ou collections régulières de la Peterburgskija- Wjédomosti depuis 1714. Le premier journal littéraire, Jeshemjesatschnyja Sotschinenija, fut publié en 1755, par l’académicien Müller. De 1791 à 1792, Karamsine publia le journal de Moscou ; et à partir de 1802 le Courrier de l’Europe, passé plus tard sous la direction de Schukowskji et de Katschenowskji, etoù les questions politiques étaient traitées. Le Télégraphe de Moscou (1825 à 1834) exerça une heureuseinfluence sur la littérature russe. Disons bien vite, du reste, qu’il ne saurait exister en Russie de journaux politiques proprement dits , puisqu'ils ne paraissent que sous le bon plaisir du gouvernement, lequel ne permet de publier que ce qui lui paraît utile ou tout au moins sans inconvénient, et que dès lors le journalisme russe ne peut
révolution de mars 1848 la Gazette de Brême, la Gazette de | présenter la plus légère nuance d'opposition. C’est seule-
Cologne, la Gazette du Weser, la Gazette universelle de Leipzig, défendaient avec une remarquable vigueur la cause du progrès et de l'émancipation. Les événements de 1848, comme on peut bien le penser, amenèrent une transformation complète de la presse allemande. Une foule de nouveaux journaux politiques se créèrent alors, mais le plus grand nombre succomba bientôt faute des ressources nécessaires à de telles entreprises, ou encore par suite des lois nouvelles rendues à partir de 1849 sur l’exercice de la liberté de la presse. Si beaucoup des grands journaux qui existaient avant 1848 ont disparu depuis, en revanche il s’en est créé une foule d’autres par suite des besoins nouveaux qu'ont provoqués les progrès du commerce et de l'industrie , ainsi que la facilité plus grande des communications, résultat des nombreux chemins de fer qui sillonnent le pays dans tous les sens. Au commencement de 1855 on évaluait à 1,600 le nombre des journaux politiques publiés tanten Allemagne qu’en Suisse et dans les provinces russes riveraines de la Baltique, où la langue allemande est en usage, sans compter près de 900 journaux scientifiques et littéraires, Au commencement de la même année, il se publiait en Autriche 73 journaux politiques. Les journaux les plus importants qui paraissent en ce momenten Prusse “sont : la Gazette de Spener (7,600 abonnés) ; la Gazette privilégiée de Berlin, appelée aussi Gazette de Voss (12,200
ment dans des circonstances graves et critiques, comme par exemple, lors de l'invasion française en 1812, lors de l’insurrection de la Pologne en 1830, et tout récemment encore, en 1853, à l’occasion de la crise décisive survenue en Orient, qu’un peu plus de liberté est accordé au journalisme, à qui ilest permis d'élargir un peu le cercle de son action ; et les publicistes officiels développent alors pour défendre la politique du gouvernement un talent et une habileté incontestables. Sous ce rapport on distingue surtout l’Abeille du Nord (Sjéwernaja-Ptschela), rédigée par N. Gretsch et Th. Bulgarin, dont les feuilletons sont très-goûtés, et qui s’est fait un cercle de lecteurs fort étendu, La Peterburgskija- Wjédomosti, rédigée par A. Ortschkin, est célèbre par l'ampleur de son cadre et le grand nombre de renseignements qu'on y trouve; tandis que l’Invalide russe, placé sous la direction du prince Galytzin, est surtont consacré à des rapports et à des dissertations militaires. En fait d'autres journaux russes importants, on peut encore citer la Gazette Allemande de Saint-Pétersbourg, qui existe depuis 1726, et dont les suppléments scientifiques et littéraires font bien connaître la Russie ; la Gazette de la Marine ( Morskoi Sbornik), qui publie sur les mouvements de la flotte russe les renseignements que le gouvernement à intérêt de communiquer au public; la Gazette de la Police; et le Journal de Saint-Pétersbourg, rédigé en français , organe officiel
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du gouvernement, qui y fait surtout paraître des articles à l'adresse de l'étranger; le Kawkas de Tiflis, à cause de la foule de documents précieux qu’on y trouve relativement aux provinces du Caucase, à la Perse, etc. ; le Journal d’Odessa (publié en français et en allemand ); la Gazette de Riga et l'Inland de Dorpat. En 1854 il se publiait dans toute l’étendue de l’empire russe 95 gazettes et 66 écrits périodiques, dont 67 gazettes et 48 écrits périodiques en russe, 15 gazettes et 10 écrits périodiques en allemand; le reste en anglais, en français, en italien, en polonais, en letton, en grusien. A Saint-Pétersbourg seulement, il paraissait 26 gazettes (y compris les feuilles d'annonces et de commerce ) et 42 écrits périodiques; à Moscou, 4 gazettes et 9 écrits périodiques, ete., ete. On ne devra pas être surpris de nous voir ajouter que le journalisme littéraire est arrivé en Russie à une tout autre importance que le journalisme politique; il sert en effet d'arène aux passions et aux partis, auxquels le champ des discussions politiques est sévèrement interdit, et qui s’en dédommagent en apportant encore plus d’ardeur et aussi d’animosité dans les discussions littéraires.
Le nombre des journaux qui existaient en POLOGNE avant 1830 était de 37; il n’est plus aujourd'hui que de 15. Le plus lu de tous est la Gazelta-Rzadowa , feuille officielle ; viennent après : le Dziennik- Warszawski, la Gazeta-Codsienna, la Gazeia- Warszawska et le Kuryer-Warszaws ki ; les autres feuilles sent ou des journaux d'éducation ou des journaux religieux.
Le premier journal publié en Suèpe fut l'Ordinarie Post- Tidende, qui parut régulièrement de 1643 à 1680; vinrent ensuite : le Svensk Merkurius (1675-1680), les Relationes curiosæ , journal écrit en latin, de 1682 à 1701 , le Svensk- Postillon et quelques autres encore. Le premier journal rédigé en français fut la Gazette française de Stockholm (à partir de 1742), à laquelle succéda, en 1772, le Mercure de Suède. Quoique le Séockholms-Posten, fondé en 1778, se permit quelquefois des appréciations politiques, la presse politique suédoise resta sans aucune influence sur l'opinion jusqu’à l’époque où la grande querelle des classiques et des romantiques vint partout raviver les forces de l'intelligence. L’Argus, fondé en 1820 par Johannsen, et à partir de 1829 la Rigsdags-Tidende, entreprise par Crusenstolpe et par Hjerta, le premier écrivain qui ait dignement représenté la presse politique, exercèrent une influence réelle sur le développement politique intérieur de la Suède; et la seconde de ces feuilles devint bientôt l'organe de l'opposition. Au moment où se termina la diète de 1828-1830 et où la presse suédoise prit un caractère franchement politique, qu’elle n’avaït point encore eu jusque alors, Crusenstolpe entreprit dans le sens royaliste le Fæderneslandet, tandis qu’en décembre 1830 Hjerta fondait l’Affonbladet, feuille radicale, demeurée pendant longtemps le journal le plus influent de la Suède, qui acompté jusqu’à 5,000 abonnés, mais qui a cessé depuis l’avénement du roi Oscar de représenter l'opposition. Le Dagtligt-Allahanda, fondé en 1833, et qui depuis 1852 porte le titre de Svenska-Tidende, a également une cireulation très-étendue et représente le parti réformiste nodéré. La gazette officielle est la Post-och Inrikes Tidningar, qui portait précédemment le titre de Sveriges-Statslidning. La Svenska-Minerva, fondée avant 1830, et la Svensha-Biet, qui depuis 1839 occupait le premier rang parmi les journaux sonservaleurs, étaient avant 1848 des journaux ministériels. La tempête de 1848 fit naître en Suède unassez grand nombre de feuilles ultra-radicales ; maïs elles ne tardèrent point à disparaitre. Parmi les journaux de province on distingue celui de Gothenbourg, le Gæteborgs Handels och Sjæfarts- Tidning, fondé en 1822. En 1801 il ne se publiait en tout que 25 journaux en Suède ; en 1821 leur nombreétait de 48, et en 1850 de 113.
La presse politique en DaNEmARK emeura sans caractère et sans influence jusqu’en 1830. 11 ne paraissait à Copenhague que deux gazettes, toutes deux en vertu de priviléges, et qui, outre les actes etles avis de l'autorité, publiaient quel-
DICT. LE LA CONVERS. — T, XI
ques extraits des feuilles étrangères. Le plus ancien journal da: nois est le Berlingske-Tidende, fondé en 1749, écrit à l’origiue en allemand, et qui, sauf les années 1848 et 1849, a toujours été une feuille ministérielle. Ce fut seulement en 1831 que l'opposition eut son organe dans le Fædrelandet, qui a fini par devenir le représentant du scandinavisme, et qui atteignit l'apogée de son succès en 1848. Le Kjæbenhavns-Posten , fondé à la même époque et longtemps organe de l'opposition, mais passé aujourd’hui dans les rangs du parti conservateur, est toujours un journal important, Le Flyve Posten, fondé vers 1842, et le Dagbladet sont des feuilles secondaires. Le parti national danois a créé en 1849, pour lui servir d’organe spécial, le Danevirke.
La plus ancienne feuille publique de la Nonvèce, le Christiania-Intelligentssedler, fut fondée en 1763. Les Adresscontoirs Efterreininger de Bergen parurent en 1765; et les Trondhyems Borgerlige Realskoles privilegirte Adresscontoirs Efterretninger de Drontheim en 1767. Toutefois, les journaux norvégiens n’eurent point d'importance politique avant 1833, époque où commença la lutte des partis, celui des fonctionnaires publics et de l'intelligence , gt celui des paysans et de leurs intérêts. Le Den Constitutionelle devint à partir de 1836 l'organe du premier, et en 1847il a fusionné avec le Norske-Rigs-Tidende, qui existe depuis 1815. Le Morgenblad, journal fondé en 1819, devint l’organe du parti populaire. Il faut aussi mentionner le Christiania-Posten, qui paraît depuis mai 1848. Parmi les journaux de province aujourd'hui existants, il n’en est pas un seul qui date de plus loin que 1833 , et la plupart ont à peine dix années d'existence.
Le premier journal qu’eut la TURQUIE fut une feuille qua Verninhac, envoyé de la république française près de Sélim IT, fit imprimer à Péra, en 1795. Vers 1811 on y publia les bulletins de la grande armée. Toutefois, le véritable fondateur du journalisme en Turquie fut Alexandre Blaque, qui en 1825 créa à Smyrne un journal français, intitulé d’abord Le Spectateur de l'Orient, et plus tard Courrier de Smyrne , feuille qui de 1825 à 1828, pendant l’insurrection grecque, exerça une grande influence. Le même A. Blaque fonda en 1831, à Constantinople, le Moniteur Oltoman, la journal! officiel de la Porte, dont il paraît aussi depuis 1832 une traduction turque intitulée Taquimi-Vaqdi, et dont à sa mort, arrivée en 1836, la rédaction passa aux mains de Franceschi, mort lui-même en 1841. Pendant ce temps, à Smyrne, le Courrier de Smyrne se transformait en Journal de Smyrne. En 1838, Bargigli y fonda L'Echo de l'Orient, et un peu plus tard Edwards Z’Impartial de Smyrne. Des trois journaux qui existèrent pendant quelque temps simulfanément à Smyrre, c’est le dernier qui seul continue toujours à s’y publier. Les deux autres ont été transférés à Constantinople, où, réunis depuis 1846, ils paraissent sous le titre de Journal de Constantinople, écho de l'Orient. Il existe en outre à Constantinople un journal en langue turque, fondé en 1843 par Churchill, Djeridei-Havadis ; deux autres journaux français, le Courrier de Constantinople et le Commerce de Constantinople, sans compter quelques autres feuilles, rédigées en italien, en grec moderne et en arménien. Après Constantinople, la ville de l’Empire Ottoman qui possède le plus de journaux est Smyrne, où on en comptait 5 en 1854.
La presse périodique des Arméniens, qui sous ce rapport sont les plus avancés des peuples de l'Orient, à pris bien autrement de développement que celle des Turcs. Il n'y a guère de grande ville de l’empire turc habitée par des Arméniens où ceux-ci n’aient une feuille qui leur serve d’organe. De 1812 à 1854 les Méchitaristes ont successivement fait paraître à Constantinople 23 feuilles périodiques. Tous: {efois, le premier journal proprement dit que les Arméniens aient eu à Constantinople a été le Hajasdan (1846-1849 ),' remplacé en 1852 par le Noiyan-Aghawni, et en 1853 par le Massis. Le Hairenhasser paraît depuis 1849 à Nicomédie. L’Araradian Arschaluis, qui paraît depuis 1840 à Smvyrne, est une feuille extrêmement répandue parmi les Arméniens.
Le journalisme, qui à l’époque de la révolution de 1848 avait pris en HONGRiE de larges développements, y a été à peu près supprimé à la suite de la révolution. Il ne s’y publie plus aujourd’hui que 2 journaux politiques : le Budapesti Hirlap, gazette officielle du gouvernement, et le Budapesti Naplo. La presse littéraire, en revanche, ne laisse pas que d’y déployer une certaine activité; et le nombre de feuilles et de recueils uniquement consacrés aux lettres, aux sciences et aux arts au commencement de 1855 était de 15.
En GRÈCE le journal prit une grande part à la lutte pour l'indépendance nationale; mais l'obligation de verser un cautionnement, établie par la loi de 1833, fit disparaître toutes les feuilles existant à cette époque. Dès l’année suivante, cependant, il se fondait des journaux en mesure de satisfaire à la loi, entre autres le Zuwrñp, ou Le Sauveur, écrit en français et en grec, et l’Aînv&, journal d'opposition, qui continuait encore à paraître en 1855. En 1844 on fonda le Moniteur grec, journal français. En 1851 on comptait en Grèce 51 journaux ou écrits périodiques : Le Miroir grec, fondé en 1852 et rédigé en français, et le Ilavelñwoy, fondé en 1853, passent pour les organes de l'intérêt russe; tandis que Le Spectateur de l'Orient est un journal redigé dans le sens national par Renieris.
L’AnGLeTERRE est de tous les pays de l’Europe celui où la presse a pris et conservé le plus d'importance, bien que le journal y soit d’origine plus récente qu’en Italie et en Allemagne. Il se peut que vers la fin du seizième siècle quelques écrits fugitifs en forme de gazette aient été publiés, soit par ordre du gouvernement, soit par des particuliers ; mais il à été prouvé que l’'English Mercurie , qui se trouve au Muséum Britannique, et qui porte la date de 1588, est une pièce apocryphe. Au commencement du règne de Jacques 1°" parurent les News Letters, ou Nouvelles à la main, contenant un aperçu des événements les plus récents dans le domaine de la politique, du commerce et même de la littérature, par lesquelles se fit connaître un certain Natthaniel Butter, etdont le manuscrit original, reproduit par des copistes, s’envoyait par la poste à des abonnés. C'est sous la direction du même individu que parut régulièrement, à “partir du 23 mai 1622, sous le titre de The certain News of the present Week, la première gazette hebdomadaire imprimée, suivie bientôt du Weekly Courant et deplusieurs autres. Les guerres civiles favorisèrent les développements du journalisme, parce que les divers partis eurent recours à la presse pour propager leurs opinions. C’est ainsi qu’on vit paraître une foule de feuilles portant quelquefois les titres les plus bizarres, comme The Scots Dove, The Parliament Kile; The secret Owl; Mercurius Acheronticus, or News from Hell; Mercurius Democriltus; Mercurius Mastyx, etc. Elles n’eurent pour la plupart qu’une existence éphémère, le long-parlement ayant jugé bientôt opportun de les soumettre à la censure, qui sous le règne de Charles 11 fut d’une sévérité toute draconienne. En dépit de ces entraves, la presse périodique prit toujours plus de force et d'extension. En 1662 on fonda le Xingdom’s Intelligencer , qui essaya de donner à ses communications le plus de variété et d'indépendance possible, et dont le succès détermina en 1663 le censeur L'Estrange à publier Pnfelligencer, qui en 1665 se transforma en gazette de cour, publiée à Oxford, et qui continue encore à paraître aujourd’hui sous le titre de London Gazette. 11 ne manqua pas non plus de journaux d'opposition, et dans le nombre on remarque surtout The Weekly Packel of advice from Rome (1678-1683). L'Observator (1680) et l’Heraclius ridens (1681-1682) défendirent le parti de la cour. En résumé, de 1661 à 1688 il se publia en Angleterre plus de "0 journaux, dont le plus grand nombre moururent au bout de quelques numéros. Dans les quatre années qui suivirent la révolution de 1688, il n’en parut pas moins de 26 nouveaux, entre autres le Mercurius Reformatus, xédigé par Wellwood. Le plus grand nombre des journaux
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parurent et paraissent encore à Londres. C’est à Newcastle, en 1639, que parut le premier journal de province. La première gazette qu’ait eue l'Écosse fut le Mercurius politicus, reproduction de la feuille du même nom publiée à Londres par un certain Marchmont Needham, l’amide Milton, et quien 1653 s’imprimait dans le camp même de Cromwell, à Leith. Jusqu’au règne dela reine Anne la plupart des journaux ne parurent qu’une fois la semaine, ou bien deux fois, comme l’Orange Intelligencer. C’esten 1709, quand les victoires de Marlborough firent naître le besoin d’une plus rapide communication des nouvelles, que naquit à bien dire le premier journal, le Duily Courant, suivi bientôt de plusieurs autres. Désormais les journaux ne s’efforcèrent pas seulement de l'emporter sur leurs devanciers par des publications plus fréquentes, ils prirent une position politique plus élevée et commencèrent aussi à exercer une influence plus puissante sur l’opinion publique. La liberté de la presse exis= tait bien en droit; mais en fait elle était soumise à de nombreuses restrictions et entraves, tant de la part du gouvernement que de celle du parlement. La taxe du timbre établie en 1712 fut un coup mortel portéà la prospérité des journaux ; elle tua bon nombre de feuilles, et, quoique supprimée pendant quelque temps sous le règne de Georges 1°, on la rétablit en 1725. D’un demi-penny elle fut successivement portée à 4 pence; et cet état de choses dura jusqu’en 1836, époque où par suite de la publication toujours croissante de journaux non timbrés, on se vit forcé de la réduire à un penny. La publication des délibérations du parlement fut pendant lapgtemps interdite sous les peines les plus sévères. Cependant, à partir de 1715, il parut un compterendu sommaire des plasimportantes séances dans ie Boyer’s Register, puis des analyses plus étendues, plus complètes, dans le London Magazine et dans le Gentleman’s Magazine, à la rédaction duquel Johnson, Guthrie et Hawkesworth étaient attachés commereporters. Ce fut seulement sous le règne de Georges ILE, à l’époque où le North-Briton, rédigé par Wilkes, et les Lettres de Junius, publiées de 1767 à 1771 dans le Public Advertiser, donnèrent à la presse un plus puissant essor, qu’un éditeur entreprenant , appelé Almon, osa le premier publier complétement les débats du parlement dans son journal, le London Evening-Post : son succès encouragea d’autres à limiter. Les éditeurs de journaux que le parlement fit arrêter comme coupables d’avoir violé ses priviléges furent remis en liberté par décisions judiciaires; et le conflit se termina de telle façon, que les journalistes purent continuer à imprimer le compte-rendu des séances du parlement, bien qu'aujourd'hui encore ils n’en aient pas l'autorisation officielle. Les développements plus paisibles de la vie politique augmentèrent si rapidement là circulation des journaux, que le chiffre de leurs tirages réunis, qui en 1753 était de 7,411,757 feuilles par an, s'élevait en 1792 à 15,005,760. Le plus grand, le plus influent de tous les organes de la presse anglaise, The Times, parut pour la première fois en 1788, comme continuation du Daily- Universal Register. C'est aussi vers la même époque que Peter Stuart fonda le premier journal du soir, The Star. Depuis la ‘révolution française les journaux se sont extraordinairement multipliés dans la Grande-Bretagne ainsi qu’en Irlande. En Angleterre même il ne paraissait encore en 1782 que 58 journaux, dont la plupart méritaient à peine ce nom. En 1821 leur nombre était déjà de 266; et dix ans plus tard il dépassait le chiffre de 300. D’après un rapport officiel, publié en 1850 par ordre d’un comité de la chambre des communes , le nombre des journaux et écrits périodiques de la Grande-Bretagne, non compris les Magazines, les Reviews et les journaux à 1 penny, était en fotalité de 625, dont 133 paraissant à Londres et 250 dans les autres parties de l'Angleterre, 17 dans le Pays de Galles, 113 en Ecosse et 110 en Irlande. Les journaux quotidiens, qui toutefois ne paraissent point le dimanche, n'existent guère que dans le capitale, où l’on en comptait 3 en 1724, 13 en 1792 et 16 en 1854. Depuis cinquante ans ils ont énormément gagné
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pour ce qui est de l'étendue du format et de la diversité des matières ; mais le chiffre de leurs tirages respectifs a plutôt diminué qu'augmenté, attendu que tous les journaux qu’on a essaye de créer depuis n’ont pu se soutenir contre la concurrence du Times, à l'exception du Daily News et de quelques feuilles du soir. En 1854 voici quels étaient les tirages quotidiens des six principaux journaux de Londres publiés le matin : le Times, 51,041 numéros; le Morning Advertiser, 7,648 ; le Daily-News, 4,745; le Morning Herald, 3,700; le Morning Chronicle, 2,791; le Morning Post, 2,660 ; celui des principaux journaux du soir, le Sun, le Globe et le Standard, était de 3,636 exemplaires pour le premier, 2,716 pour le second, et 1,322 pour le troisième. La prééminence du Times date surtout de ces dernières années. En 1850 son tirage quotidien n’était encore que de 38,000 exemplaires, et pour le second semestre de 1854 il avait atteint le chiffre de 50,984, tandis que celui des cinq autres journaux du matin mentionnés plus haut n’était ensemble que de 21,347.
Le plus ancien des journaux de Londres dont il vient d’être question est le Morning Chronicle, qui fut publié de 1769 à 1789 par le célèbre imprimeur Woodfall, et passa ensuite aux mains de Perry, homme qui a singulièrement contribué aux”"progrès du journalisme anglais. Après avoir été pendant longtemps l’organe des whigs, cette feuille fut achetée par les peelites ; mais depuis cefte époque, malgré le mérite incontestable de sa rédaction et l’arrivée de son parti aux affaires en 1853, elle a perdu une grande partie de ses lecteurs. Sa circulation annuelle, qui était de plus de 3 maillions d'exemplaires en 1838, est réduite aujourd’hui au quart de ce chiffre. Elle représente en politique les principes du parti conservateur libéral, le libre échange, et en matière de religion défend avec Gladstone et Sidney Herbert l’école puseyte.
Le Morning Post, fondé en 1772, passa en 1795 aux mains de Daniel Stuart ; ce fut l’époque de ses plus brillants succès, et il compta alors au nombre de ses rédacteurs des hommes tels que Mackintosh, Coleridge et Lamb. Plus tard il épousa la cause et les intérêts de l’ultra-torysme, et devint le journal favori de l'aristocratie et du monde élégant. Il consacre aux nouvelles des cercles fashionables , à ce qui se passe à la cour et dans les grandes familles, ou bien aux mouvements de pérégrination du personnel diplomatique, une partie de l’espace que les autres familles réservent pour la politique. Malgré ses principes tories et protectionnistes, il a tout récemment défendu avec ardeur le système de politique extérieure de lord Palmerston, et passe pour l’organe de cet homme d’État. Aussi fut-il parmi les journaux de Londres le premier à se prononcer en faveur du coup d’État du 2 décembre 1851. Il est lu surtout dans les hautes classes, et son chiffre de vente reste à peu près stationnaire.
Les deux autres journaux tories, le Morning Herald (fondé en 1780), et le Séandard (fondé en 1827), sont, au contraire, en voie de décadence marquée. Le prernier, qui en 1837 tirait annuellement 1,925,000 feuilles, en était réduit en 1850 à 1,139,000 ; et dans le méme espace le second du chiffre de 1,330,000 était tombé à 492,000.
Le Morning Advertiser, fondé en 1793, par une société
& restaurateurs et de propriétaires d'hôtels garnis, a beauwup grandi en importance depuis qu'il s’est posé en organe du parti radical le plus avancé. Sa circulation annuelle, qui en 1850 n’était encore que de 1,500,000 exemplaires, s’élevait en 1854 à 2,500,000 exemplaires.
Le Daily News fut fondé en 1845 par Dickens et Dilke, avec le concours de l’Anti-Cornlaw-League ; son but était essentiellement mercantile. Il devait opérer dans la presse anglaise la même réforme que la presse à bon marché, représentée par Le Siècle et par La Presse, avait opérée dans le journalisme parisien. Chacun de ses numéros n’était vendu que trois p£nce, c’est-à-dire à bien meilleur marché que les autres journaux. Ce journal réussit au delà de toute espérance, et dès sa seconde année son existence était assurée;
de sorte qu’en en cédant la rédaction en chef, Dickens put réaliser un bénéfice considérable. Comptant sur la popularité acquise désormais à cette feuille, la nouvelle administration crut possible d’en élever le prix au niveau des autres journaux quotidiens, et le porta à cinq pence. De ce jour date la diminution de son débit. Au lieu de 3,500,638 exemplaires qu'il avait tirés en 1848, il n’en tira en 1854 que 1,152,000, et depuis lors sa situation ne s’est pas améliorée.
Parmi les autres journaux du matin qui paraissent à Londres. il faut encore citer le Public Ledger, créé en 1760, et le Commercial Daily List; et en fait de journaux du soir, l'Express, le Lloyd’s List et le Shipping Gazette, qui s’adressent surtout au commerce. Une gazette du soir, publiée par l'administration du Times, l'Fvening Mail, ne parait que trois fois la semaine, et, comme le Saint-James's Chronicle, autre journal du soir ne paraissant que tous les deux jours, ne compte qu’un public fort restreint. Aussi bien à Londres, comme à peu près partout, les Journaux du soir comptent beaucoup moins de lecteurs que les journaux du matin. La gazette officielle, The London Gazette, ne parait que deux fois la semaine.
En fait de journaux de province, dont le plus grand nombre ne paraissent qu'une ou deux fois la semaine, les plus anciens sont le Séamford Mercury, fondé en 1695, l’Ipswich Journal (1737), le Chester Courant (1733), la Birmingham Gazette (1741), le Bath Journal (1742) et le Derby Mercury (1742). Les plus répandus sont le Guardian et l’'Examiner, tous deux publiés à Manchester, et le Liverpool Journal. La polémique y tient peu de place; ils sont presque exclusivement consacrés aux intérêts locaux. Les plus anciens des journaux écossais aujourd’hui existants sont l’Edinburgh Gazette (1699) et l'Edinburgh Evening Courant (1705 ); et les plus lus, le Wäéness et le Glasgow Courier. Les plus anciens journaux irlandais sont The Bel- Jast Newsletter (1757) et le Zimerick Chronicle : comme influence, la presse irlandaise est de beaucoup inférieure à la presse anglaise et même à la presse écossaise; toutefois, comme organes du parti ultramontain , le Tablet et le Freeman's Journal ont une importance particulière.
La publication d’un journal en Angleterre entraîne des frais énormes ; un grand journal du matin salarie d’abord un rédacteur en chef, dont les honoraires sont tout princiers, C’est lui qui représente la propriété, qui surveille toute l’entreprise, qui la dirige et qui dans les cas difficiles est chargé de prendre une détermination. C’est aussi lui qui rédige ou plutôt, car il est beaucoup trop occupé pour cela, qui fait rédiger les articles de tête (Zeading articles), ce que nous appellerons les premiers-Londres, qui en donne les sujets, qui les retouche au besoin, afin que la rédaction générale du journal reste toujours fidèle à sa couleur politique. Il lui faut en outre salarier un rédacteur en second, chargé de la rédaction proprement dite, ou, comme on dit en France, de la cuisine du journal, qui met en ordre les articles, indique quels sont ceux qu’on doit emprunter aux feuilles de province ; un sous-rédacteur est placé sous ses ordres. Il y a en outre à payer un rédacteur spécialement chargé de tout ce qui a trait à la politique étrangère, et souvent aussi un autre rédacteur, chargé de toute la partie littéraire du journal ainsi que de ses comptes-rendus industriels. Vieut ensuite le rédacteur de l’article City, ou article consacré au cours des effets publics et des valeurs de toutes natures cotées à la bourse, qui a son bureau spécial dans la Cité de Londres, d’où il envoie chaque soir son article an journal à la rédaction duquel il est attaché; puis les nombreux reporters, hommes instruits, jeunes légistes le plus souvent, dont la couche inférieure fournit les douze à seize sténographes à qui incombe le soin de rendre compte des discussions du parlement, ou bien qu’on envoie en province recueillir les débats des procès célèbres, les discours prononcés dans les assemblées publiques, etc. Enfin, il y a encore les penny-a-liners (rédacteurs à 1 penny la ligne), gens
qui, sans recevoir d'émoluments fixes, fournissent au Journal, à raiscn d’un penny la ligne, les accidents, les incendies, dont Londres et ses environs ont pu être le théâtre, ou bien encore les débats des cours inférieures de justice, et notamment des tribunaux de police, Une des parties les plus coùteuses de la rédaction d’un journal anglais, c’est sa correspondance étrangère, partie qui a subi d’essentielles modifications dans ces derniers temps. Avant la révolution de Février, Paris, Madrid et Lisbonne (ces deux dernières villes , peut-être bien par suite d’habitudes prises du temps de Napoléon), étaient les villes principales où les journaux entretenaient des correspondants à poste fixe. Aujourd’hui ils sont obligés d’en avoir sur tous les points du monde où se débattent des intérêts politiques de quelque importance, dans les deux Amériques, aux Grandes-Indes et même en Australie. Ces correspondants, qui recueillent jusqu'aux rumeurs de bourse et même jusqu'aux canards, doivent aussi rendre compte des événements dont ils sont témoins, les apprécier, expédier des dépêches télégraphiques, etc. Les rédacteurs militaires forment encore une autre classe importante, surtout depuis la conflagration survenue en Orient. Pour contenir l’immense quantité de matériaux ainsi recueillis, il a fallu que les journaux anglais adoptassent des formats gigantesques. A côté du Times , el surtout en calculant ce qu'il y entre de matière, les journaux de Paris ont l’air de journaux imprimés à Lilliput. L'extension que la presse anglaise a été ainsi amenée à prendre n’est pas, à beaucoup près, en rapport avec les bénéfices réels qu’elle produit, le plus souvent absorbés et bien au delà par les frais généraux. Le bon temps de la presse anglaise, ç’a été l'intervalle compris entre 1815 et 1825. Que si le chiffre des tirages était alors inférieur à ce qu’il est aujourd’hui, car les journaux les plus répandus tiraient alors à peine à 8,000 exemplaires et les journaux secondaires à 3,000, ils n’en donnaient pas moins à leurs propriétaires des profits bien plus considérables qu’à présent. Ainsi le Morning Herald rapportait au delà de 6,000 liv. st.; le Times, entre 4 et 5,000; le Séar, 4,000 ; le Courier, près de 8,000. En 1820 le Morning Chronicle rapportait à Perry, son propriétaire, 10,000 liv. st, C’est le produit le plus élevé que journal ait jamais encore donné, à l'exception du Times. Les annonces sont la source la plus productive des bénéfices réalisés par les journaux anglais , et elles y affluent avec tant d’abondance, qu’elles nécessitent de nombreux suppléments. Les ventes d'immeubles vont en grande partie au Times, et les annonces de librairie au Daily News. Le Globe a la spécialité des annonces médicales; et le Public Ledger vit de ses annonces maritimes et des ventes à l’enchère.
Les journaux hebdomadaires jouent dans la presse anglaise un rôle non moins important que les journaux quotidiens. En 1854 il se publiait à Londres seulement 60 journaux paraissant le samedi et 26 paraissant soit le dimanche même, soit d’autres jours de la semaine. Les plus importants étaient l’£xaminer et le. Leader, organes du parti radical; le John Bull et le Brilannia, organes du parti tory; le Spectator, l'Atlas, le Bell's weckly Messenger, le Weekly Dispatch, le Sunday Times et la Press. Ces différents journaux coûtaient, comme les journaux quotidiens, cinq pence, timbre compris, et quelques-uns d’entre eux ont des proportions encore plus gigantesques que le Times. La réduction du droit de timbre, qui a eu lieu en 1855, a permis d’ailleurs aux journaux existants de réduire leur prix de moitié, et a provoqué la création de journaux nouveaux dans beaucoup de grands centres de population où il n’existait point encore d'organes de lopinion publique. Toutefois, ce sont trois journaux hebdomadaires au rabais qui ont la circulation la plus étendue, à savoir : les News of the World (tirage en 1854, 109,106 exemplaires par semaine), le Lloyd’s News Paper, publié depuis 1852 par Douglas Jerrold, et le Weekly Times, fondé en 1847 ( tirage en 1854, 75,042 exemplaires). Le seul grand journal du dimanche qui, à l'instar du Times quotidien, ait vu son ti-
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rage s’accroitre démesurément dans ces dernières années, a été le journal illustré The London illustrated News, qui tire aujourd’hui à près de 150,000 numéros par semaine. } faut encore mentionner le Punch, journal satirique, rédigé avec infiniment d'esprit et de talent (8,183 exemplaires par semaine), et le Diogenes, qui depuis 1852 lui fait concurrence avec un remarquable succès.
Toutes les colonies anglaises ont leurs journaux spéciaux ,. et la presse a pris surtout d'importants développements dans les Grandes-Indes. En 1846 déjà il paraissait à Calcutta six journaux quotidiens, organisés absolument comme ceux de la mère patrie. On y comptait en outre trois journaux paraissant trois fois par semaine, et six journaux hebdomadaires. Toutes ces feuilles étaient rédigées en anglais. À Bombay il se publiait même dix journaux paraissant deux fois par mois. La plus ancienne de toutes ces feuilles est la Calcutta Gazette, fondée en 1784. Après elle il faut citer le Friend of India (1835), le Calcutta Asiatic Observer, le Bengal Reporter, etc. À Bombay paraissent, entre autres, le Bombay Times, le Bombay Courier, l'Overland Bombay Times, The Indian News, etc. ; à Madras, le Madras Spectator, la Madras Gazette, le Madras Athenœum, etc. Parmi les plus importants journaux publiés en langue anglaise dansles provinces de l’Inde, il faut mentionner la Delhy Gazette, les Murshedabad News de Behrampore, le Curachee Advertiser de Sindh, le Colombo Times, publié à Ceylan, le Singapore Chronicle, et le Singapore free Press, paraissant à Singapore, le Malacca Observer , le Maulmain Chronicle, ete. Le nombre et l'importance des journaux publiés en langue indigène, d’après le modèle des feuilles anglaises, vont toujours croissant. Ils sont rédigés soit par des Européens, soit par des indigènes instruits, ou encore par des missionnaires, et, tout en s’occupant de politique, ont des tendances religieuses. En 1850 il se publiait 26 feuilles en langue hindoustani, dont 7 paraissaient à Agra, 8 à Dehly, 5 à Bénarès, 2 à Merut, et 1 dans chacune des villes de Lahore, Bareïlly, Simla et Indore. En 1854 le nombre des feuilles rédigées en hindoustani allait de 55 à 60. Les plus anciennes feuilles indigènes sont les journaux rédigés en bengali. Le premier journal fondé et rédigé par un indigène fut le Sumatschar Tschandrika (1822), qui parut longtemps sous la direction de Bhabunitschara Banerdji. Il existe aussi des journaux rédigés en gouzerate, en mabratte, en tamoulique et en singhalais. 11 s’est formé également aux Grandes-Indes une presse littéraire à linstar de la presse littéraire anglo-indienne ; nous nous réservons d’en parler à l’article REVUES.
En Cove, il paraît à Canton le Canton Register, fondé en 1828, etle Chinese Repository, fondé en 1833 par des missionnaires américains ; et depuis une dixaine d’années seulement, The Hongkong Register, The Friend of China et le China Mail ; enfin, à Shanghaï, le North China Herald.
En AusrrALIE , le journalisme a pris aussi les développements les plus rapides, encore bien que la plupart des journaux qui yont paru jusqu’à cejour n'aient eu qu’une existence éphémère. En 1845 il se publiait déjà dans les différentes colonies de l’Australie plus de 30 journaux, la plupart hebdomadaires. On en comptait 8 à Sidney, dont 1 quotidien; 3 à Melbourne, dont f quotidien, le Melbourne Argus; 1 à Geelong ; 4 à Adélaïde (Australie méridionale); deux à Swan- River, et 13 à la Terre de Van-Diémen. Les journaux les plus importants de la Nouvelle-Galles du Sud sont le Sidney Morning Herald et le Sidney Monitor. Dans la seule ville d’Adélaïde on comptait en 1851 douze imprimeries, d'où sortaient 13 journaux, dont 11 en anglais et 2 en allemand, la Deutsche Zeitung et la Südaustralische Zeitung. Depuis lors de nouveaux journaux ont surgi dans tous les districts aurifères, par exemple le Ballarat Times et le Mount Alexander Mail. A l'occasion de l'augmentation de ses prix d'abonnement par suite de l'accroissement considérable donné, à partir de ianvier 1855 ,. à son format, le Melbourne Argus publiait quelques détails
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intéressants sur son budget. Les frais de cette publication étaient de 300 liv. st. (7,500 fr.) par jour, ou 93,900 liv. st. (2,347,500 fr.) par an, à raison de 313 numéros pour l’année. (On sait que les journaux quotidiens anglais s’abstiennent de paraître le dimanche.) Les principales dépenses se répartissaient ainsi: papier, 80,000 liv. st.; composition, 27,000 liv. st.; tirage, 12,000 liv. st.; port, 5,000 liv. st.; rédaction, 10,000 liv. st. (soit 250,000 fr.) par année. À la terre de Van-Diémen on comptait déjà en 1835 10 journaux paraissant à Hobarttown, et 2 à Launceston; entre autres la feuilleofficielle, Hobarttown Gazette, et le Colonial Times, fondé en 1817. A la Nouvelle Zélande, tout de suite après la création de la colonie, en 1839, il paraissait déjà 2 journaux : la New-Zealand Gazette et le New-Zealand Advertiser ; en 1851 on en publiait 6. Aux îles Sandwich, à Honoloulou, il se publie plusieurs journaux, entre autres The Polynesian (fondé en 1833) et The Friend.
La première gazette qu’aient eue les Érars-Unis de l’Amérique du Nord fut fondée en 1704, par le maître de poste Campbell, sous le titre de The Boston News Letter, et continua de paraître jusqu'à l'évacuation de Boston par les troupes anglaises, en 1776. Le maître de poste qui succéda à Campbell publia, à partir du 21 décembre 1719, la Boston Gazette, qui fut d’abord imprimée par J. Franklin, puispar Koreland. Ce dernier en ayant perdu l'impression, fonda à ses frais le Journal of New-England, qui quinze ans plus tard se réunit à la Gazette, et continua alors de paraître jusqu’en 1752, sous le titre de Boston Gazette and Weekly Register. Pendant ce temps-là J. Franklin avait commencé, le 17 août 1721, le troisième journal qu’ait eu Boston , le New-England Courant, qui subsista jusqu’en 1727, et dont les meilleurs articles furent rédigés par le frère de l’éditeur, Benjamin Franklin. Vers 1731, Gridley commença la publication du Weekly Rehearsal, passé l’année suivante aux mains de Fleet, lequel fit paraître ce journal pendant treize ans sous le titre de Boston Evening Post. Outre le Weekly Advertiser de Koreland (1752-1754), il y avait encore à Boston deux autres journaux : le Weekly Postboy (1734-1754) et l’Independant Advertiser (1748-1750 ).
En 1750 il ne se publiait encore dans les diverses colonies anglaises de l’Amérique du Nord que 20 journaux. À Philadelphie paraissaient l'American Weekly Mercury, fondé en 1719, la Pensylvanian Gazette, achetée en 1729 par Franklin, qui la rédigea pendant trente années, et 2 autres journaux, dont 1 en allemand. A New-York existaient 4 journaux, entre autres la New-York Gazette, fondée en 1728 ; à Charlestown, la Virginia Gazette, depuis 1736, et 2 autres depuis 1731 et 1734. La Gazette d’Annapolis datait de 1728, et celle de Rhode-Island de 1732. Le plus ancien de ces différents journaux avait paru d’abord en une seule feuille, tantôt in-folio, tantôt in-4°. Ce fut seulement à partir de 1718 que le News Letter donna tous les quinze jours une feuille entière. Le chiffre de ses abonnés n'allait guère au delà de 300. Mais bientôt le nombre des journaux s’accrut comme leur format. En 1775 on en comptait dejà 34. Immédiatement après la révolution, les journaux hebdomadaires de Philadelphie et de New-York devinrent quotidiens. En 1800 on ne comptait pourtant encore aux États-Unis que 150 journaux; en 1810 le chiffre s’en élevait déjà à 359 ; il était de 851 en 1828, de 1,250 en 1834, de 2,717 en 1851, et de plus de 3,000 au commencement de 1855. Rien «u’à New-York il se publiait 82 feuilles politiques. C’est au nord de l’Union que la presse déploie le plus d’activité. Sur les 2,800 journaux environ qui paraissaient en 1851, 350 étaient quotidiens, 150 paraissaient de deux jours lun, et environ 2,000 une seule fois par semaine. Leurstirages réunis étaient de cing millions d'exemplaires, et ils imprimaient chaque année plus de 422,600,000 numéros.
Si le journalisme anglais l'emporte pour l'importance des publications et pour l'influence sur le journalisme du reste de l'Europe, il est demeuré bien en arrière de la presse des États- Unis. Il n’y a pas de pays au monde oùles journaux soient aussi
universellementrépandus et exercent une aussi puissante in fluence sur l'esprit public. Une ville de 2,000 âmes, qui en Angleterre ne pourrait avoir de journal, aux États-Unis en possède un paraissant tous les jours. Des villes de 20,000 habitants, qui en Angleterre se contentent d'un journal bishebdomadaire, où même hebdomadaire, en ont trois ou quatre quotidiens. Un établissement colonial ne se crée pas plus tôt dans les régions de l’ouest les plus lointaines qu’il s’y fonde un journal, quelquefois même plusieurs journaux. Ce qui rend possible l’existence simultanée d’un si grand nombre de journaux , c’est d’abord le vif intérêt que chacun aux États-Unis prend à la chose publique, ensuite l'extrême bon marché (un journal quotidien de premier ordre revient au plus à 40 fr. par an; beaucoup ne coûtent que 30 fr., et quelques-uns même 15 fr. seulement, et ils n’en sont pas plus mal faits pour cela), l'immense quantité d'annonces qu'ils contiennent, et l’absence de toute espèce d'impôt. Ces 3,000 soupapes de sûreté, ménagées au trop plein des passions populaires, contribuent admirablement à en empêcher toute violente explosion. Sans doutela presse américaine manque souvent de convenance, et son ton est en général grossier et brutal ; mais il y a d’honorables exceptions, surtout dans les journaux de création récente, pour la plupart rédigés par des hommes instruits et bien élevés.
Les journaux de l’Union les plus considérés et les plus accrédités sont : la Philadelphia Gazette, l'une des plus anciennes feuilles de la Pensylvanie; le Daily Advertiser, d’Albany (État de New-York);la Tribune, feuille à tendances s0cialistes, fondée en 1841 à New-York, et le New-York Herald, l’un des journaux démocratiques les plus influents ; le New- York commercial Advertiser ; le Louisville Journal (Kentucky); le North American, de Philadelplue; le Globe, de Washington ; le Courier and Enquirer, et le Journal of Commerce, de New-York ; l’'Enquirer, deRichmond ; le Courier etle Picayune, de la Nouvelle Orléans; le Republican, de Saint-Louis. Il paraît déjà en Californie plusieurs journaux importants, tels que le San-Francisco Herald, le Commercial, les Pacific News, l’'Aléa California, et un journal allemand, California Staats-Zeitung. Les chiffres suivants, empruntés aux seuls journaux de Philadelphie, donneront une idée de la circulation à laquelle sont parvenus divers journaux américains. En 1854 le Public Ledger tirait chaque jour à 48,000, le Dollar News Paper et le Scotes Weekly Paper, à 40,000 chaque semaine; le Saturday Evening Post, à 42,000, et l'American Courier à 35,000, aussi par semaine. De même que tous les partis politiques et religieux, toutes les nationalités sunt représentées par la presse. En 1852 le nombre des journaux allemands publiés dans les différents États de l’Union était de 152, dont 47 en Pensylvanie, 28 dans l’État d’Ohio, 23 dans l’État de New-York, 12 dans l’État de Missouri, 9 dans l’État de Maryland, 8 dans le Wisconsin. Il existe en outre plusieurs journaux français (entre autres le Courrier des États-Unis, publié à New-York depuis 1828), italiens, espagnols, portugais et hongrois. Depuis le mois de mars 1854, les Chinois établis en Californie ont une gazette chinoise intitulée : Kin-schandschin-sin-lu (Gazette des Mines d'Or); en 1855 il en a paru une seconde, en anglais et en chinois, le Tung-ngai- San-luk ou The Oriental. Les Indienseux-mêmes commen: cent à avoir leurs propres journaux : c’est ainsi que depuis 1828 paraît à New-Echotale Cherokee Phænix, publié parun Chéroki, partie en anglais et partie en chéroxi. Les missionpaires ont encore fondé d’autres feuilles à l’usage des Indiens,; par exemple celle qui depuis 1852 paraît à Saint- Paul, ans l’État de Wisconsin, à l’usage des Dacotas. Aux États-Unis, les sectes les plus bizarres demandent à la presse leurs moyens d'action et de propagation. Nous ne mentionnerons à ce propos que les Mormons, qui n’ont pas seulement fondé quelques journaux dans leur colonie d’Utah, mais qui en possèdent encore en Europe, par exemple à Liverpool, dans le pays de Galles, à Hambourg, à Copenhague, et même dans notre Paris. Les croyants aux fables
tournantes publient le Spiritual Telegraph et le Spirit Messenger ; enfin, le Vegetarian Messenger sert d’organe à l'association formée pour réduire l'alimentation humaine uniquement aux végétaux.
Dans l’AMÉRIQUE ESPAGNOLE et au Brési, la presse périodique, quoique. complétement au service des partis, ne laisse point que d’être également en voie de progrès. Il paraît un grand nombre de journaux au Mexique; mais les seuls qui offrent un intérêt général sont la Gaceta de Mexico et la Gaceta de Vera-Cruz. Le Museo Mejicano, fondé en 1849, publie souvent de remarquables articles. L’actif commerce dont l’isthme de Panama est le centre y a provoqué la création de deux journaux rédigés en anglais, le Panama Star (1850) et le Panama Herald (1851). Quatre journaux paraissent depuis 1848 dans l’État de Yucatan. La Gazeta de Nicaragua est le journal le plus important qui se publie dans l’Amérique centrale. On peut en dire autant des journaux officiels qui s’impriment sur les differents points de l'Amérique du Sud, à Caracas, à Bogota, à Guayaquil, à Lima, à Valparaiso, à Santiago et à Buenos- Ayres. Au Brésil, toutes les grandes villes ont un journal, et souvent même deux; mais le grand centre de la presse politique est toujours à Rio-Janeiro. Des quatre journaux qui s’y publient, les plus importants sont le Journal de Comercio, qui existe depuis 1895, et le Journal de Rio. Dans les Indes occidentales, il paraît un grand nombre de journaux anglais, français, espagnols et hollandais.
En 1852 il se publiait 27 journaux au Cap de Bonne-Espérance , à l'extrémité méridionale de l'Afrique, dont le tiers environ rédigés en langue hollandaise. Mais le seul qui füt, à proprement parler, ce qu’on doit appeler un journal, c'était le Cape Town Mail.
Pour compléter cette revue du journalisme dans les quatre parties du monde, il ne nous reste plus qu’à faire l’histoire du journal et du journalisme dans notre propre pays; or c’est à dessein que nous avons voulu terminer par là cet article.
En FRANCE, l'histoire du journalisme remonte au Mercure françois (26 volumes ; Paris 1605-1645 ), imitation de l’£nglish Mercury, qui se rattache en premier lieu à la Chronologie seplennaire, ou histoire de la paix entre les rois de France et d’Espagne de 1598 à 1604, de Palma Cayet (Paris, 1605); puis à une continuation de la Chronologie novennaire de 1589 à 1598 (3 vol.; Paris, 1599), mais sans former un journal, dans la véritable acception de ce mot, et qui n’est guère qu’une compilation historique. La preiière feuille hebdomadaire proprement dite fut fondée par le médecin Théophraste Renaudot (né à Londres, en 1598), qui d’une part, au moyen du Bureau d’Adresses, qu'il avait fondé, et de l’autre par la correspondance étendue que mettait à sa disposition le généalogiste d’Hozier, avait occasion d’apprendre de bonne source ce qui arrivait de nouveau dans le monde politique. D’abord il se bornait à donner lecture des nouvelles ainsi recueillies par lui à ceux de ses clients que la maladie tenait alités ; et le plaisir tout particulier qu’une foule de gens, même bien portants, prenaient à ces sortes de conversations lui inspira la pensée de faire imprimer ses nouvelles. Le premier numéro de sa Gazette (tel fut lenom qu’il donna à sa feuille) parut le 30 mai 1631. Le succès rapide de cette entreprise, à laquelle Richelieu prit un vif intérêt, détermina Renaudot, dès la publication de son sixième numéro, à se pourvoir d’un privilége du roi. En dépit de inille attaques et des entraves que lui imposait la censure {dont la sévérité provoqua par contre la publication de nombreuses Nouvelles à la main, journaüx manuscrits), il continua de rédiger sa feuille jusqu'à sa mort, arrivée en 1653. Sa Gazetle passa alors aux mains de son fils, Isaac Renaudot, et à la mort de celui-ci (1679), dans celles d’Eusèbe Renaudot, mort en 1729. Outre la Gazette de Renaudot, qui à partir de 1762 parut deux fois la semaine en même lemps qu'elle admit des avis au public et, à partir de 1765, des nouvelles de bourse, mais qui ne devmt quotidienne
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que vers la fin du dix-huitième siècle, naquit bientôt la Gazelte burlesque, journal en vers, que le poëte Jean Loret (mort en 1665) publia &'abord écrit à la main, mais qui fut imprimé à partir du 4 mai 1650, et qui est d’un intérêt tout particulier pour la chronique, scandaleuse de Paris à cette époque. Après ces deux feuilles vint le Mercure galant, recueil politique et littéraire, entrepris en 1672, par Donacan de Vizé (mort en 1710); après une interruption de peu de durée, il reparut régulièrement à partir de 1679, prit en 1717 le titre de Mercure de France, eut une certaine importance à l’époque de la révolution, et mourut définitivement en 1815, quoique des efforts aient à diverses reprises été tentés sous la Restauration pour le ressusciter. Le second journal quotidien qui ait paru en France fut ie Journal de Paris, fondé en 1777, et qui se maintint jusqu’en 1825. Là se bornèrent tous les progrès du journalisme français jusqu’à la révolution, etl’on ne pourrait guère citer en fait de publications périodiques tenant de la nature du journal que les Annales politiques et littéraires de Linguet et quelques autres recueils mensuels, tels que l'Esprit des Journaux et l'Esprit des Gazettes, le Journal du Lycée de Londres de Brissot-Warwille, le Journal historique et politique du Genevois Mallet- Dupan, le Journal ecclésiastique de l'abbé Barruel, la Sentinelle du Peuple de Mondesève et Volney, le Journal général de l'Europe de Lebrun et Smith, et Le Hérault de la Nation.
Ce fut seulement à partir de l’aurore de la révolution que le journalisme prit une importance réelle, et dès lors ses développements furent rapides. Quand Mirabeau eut commencé son Courrier de Provence (2 mai 1789) par ses Lettres à mes commettants, cette publication provoqua tout aussitôt un véritable déluge de feuilles nouvelles. On estime que de 1789 à 1800 il ne s’en créa pas moins de 750. Sauf un très-petit nombre d’exceptions, les feuilles publiées alors paraissaient dans le format in-8° et même in-12. La plupart n’eurent qu’une existence éphémère ; d’autres furent supprimées par des décisions de la commune, et plus tard par des ordonnances du Directoire. Tous les partis eurent leurs organes, les royalistes aussi bien que les républicains et les jacobins. Les journaux qui reflètent le mieux les luttes terribles de cette sanglante époque sont la CAronique de Paris, rédigée par Condorcet, Noël, etc. (du 24 août 1789 au 21 septembre 1792 ), L'Orateur du Peuple, publié par Fréron sous le nom de Martel (1790-1795), le Journal du Soir de Brune, Le Père Duchesne d'Hébert, les Sabats Jacobites de Marchand (1791-1792), mais surtout L'Amni du Peuple de Marat (12 septembre 1789-2 septembre 1792), le Journal de la République française (du 25 septembre 1792 au 9 mars 1795) et Le Publiciste de la République française de Jacques Roux (du 11 mars au 14 juillet 1793). L’organe du club des Jacobins fut le Journat de la Montagne, rédigé par Thomas Rousseau, etc. (du 1°" juin 1793 au 28 brumaire an 11). Le Bulletin des Amis de la Vérité représentait le parti de la Gironde; sous la direction de Mallet du Pan, le Mercure de Franceprit une teinte constitutionnelle analogue à celle des journaux anglais, que conservale Mercure britannique, publié par lemêmeécrivain à Londres, de 1798 à 1800. Parmi les journaux royalistes il faut spécialement mentionner L'Ami du Roi, publié d'abord par Royou et Montjoie (depuis le 1°* juin 1790), puis par les frères Royou (à partir du 1° septembre 1790 jusqu’au 4 mai 1792) , et en même temps par Montjoie (du 4er septembre 1790 au 10 août 1792 ). Indépendammentde feuilles politiques d'ug caractère grave etsérieux, publiées quelquefois pourtant sous les titres les plus piquants et les plus risqués, il parut aussi un certain nombre de journaux satiriques, dont le plus important fut sans conteste Les Actes des Apôtres, auquel travaillèrent Peltier, Mirabeau l’ainé, Champcenetz, Suileau, etc. (de 1789 à 1792). L'an 1er de la liberté il parut 150 nouveaux journaux, et 140 en l'an 2. En 1791 on n'en comptait plus en tout que 95, que 60 en 1792 que 50 en
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1792 ,40 en 1794, 35 en 1795, et 32 en 1796. En 1797 leur nombre remonta à 95, mais en 1798 il n’en existait plus qu 17.
Nous n’apprendrons à personne que sous le Consulat et l'Empire la presse fut soumise au régime le plus rigoureux. L'un des premiers actes de Bonaparte devenu consul fut son arrêté du 17 janvier 1800, qui supprimait tous les journaux alors existants, à l'exception des treize dont les titres suivent : le Moniteur universel, le Journal des Débats, le Journal de Paris, Le Bien informé, Le Publiciste, L'Ami des Lois ,' La Clef du Cabinet des Souverains , Le Citoyen français, la Gazette de France, le Journal des Hommes libres, le Journal du Soir, le Journal des Défenseurs de la Patrie, etla Décade philosophique. De ces différents journaux le Moniteuretle Journal des Débats étaient les seuls qui datassent du commencement de la révolution ; la Gazette de France et le Journal de Paris, les seuls qui Veussent précédée; et l'Empire une fois proclamé, ils consti- {uèrent à eux quatre, avec les Petites Affiches (fondées en 1612), tout le journalisme parisien. Le Journal des Débats changea alors son titre contre celui de Journal de l'Empire, qu'il conserva jusqu’à l'entrée des alliés à Paris en 1814.
La Restauration maintint en vigueur la censure rigoureuse sur les journaux quotidiens, qu’elle trouva établie par PEmpire ; mais pendant quelque temps les écrits périodiques n’y furent pas soumis; et c’est ainsi que dès 1814 Le Nain Jaune put lui faire une rude guerre. Pendant quelques années aussi elle laissa chacun libre de publier un journal, en . se conformant à la législation spéciale qui régissait la presse, c’est-à-dire en envoyant chaque soir l'épreuve de la feuille qui devait paraître le lendemain matin, à la censure, qui en effaçait tout ce qui lui déplaisait. C’est ainsi que se créèrent successivement à partir de 1814 La Quotidienne, feuille rédigée par Michaud aîné, dans les intérêts de l’absolutisme et du parti clérical; Z’Ami du Roi ef de la Religion ; L'Oriflamme ; Le Constitutionnel; L'Aristarque; le Journal du Commerce; Le Courrier Francais; Le Drapeau Blanc; La Renommée ; Le Censeur Européen; L’Etoile; Le Pilote , etc. ; eten fait de recueils périodiques : les Lettres Normandes ; La Minerve; les Tablettes Historiques ; La France Chrétienne; Le Conservateur; les Tablettes universelles, etc. Vers la fin de 1819 le gouvernement royal s'était cru assez fort pour pouvoir se passer de la censure préalable, et on avait vu surgir alors le plus grand nombre des journaux et des recueils dont nous venons de citer les titres. Mais l'assassinat du malheureux duc de Berry (13 février 1820) par Louvel servit de prétexte au parti rétrograde et absolutiste pour revenir sur cette concession et replacer les journaux et écrits périodiques sous le régime rigoureux dont ils ne s'étaient trouvés débarrassés que pendant quelques mois seulement. On fit plus. La loi nouvelle, tout en respectant les droits acquis au moment où elle paraissait, déclara qu’à l'avenir l'autorisation préalable du gouvernement serait nécessaire pour fonder toute espèce de journal ou de recueil périodique s’occupant de matières politiques et paraissant plus d’une fois par mois. C'était constituer, comme sous l'Empire, la presse politique, le journal, à l’état de monopole; c’était aussi donner une grande valeur commerciale aux journaux alors existants. Malgré tout le savoir-faire de la censure, ceux des journaux qui étaient voués à la défense des idées constitutionnelles conservaient toujours un certain cachet d'opposition qui leur assurait de nombreux lecteurs. C’étaient Le Constitutionnel , Le Courrier Francais, le Journal du Commerce et Le Pilote, que son éditeur, Cassano, vendit plus tard à la police. Quant à la politique gouvernementale, elle était défendue avec des nuances diverses de royalisme et de dévouement à l’idée religieuse par le Moniteur, journal officiel, par le Journai des Débats, La Quotidienne, Le Drapeau Blanc, la Gazelle de France, L'Éloile, L’Ami du Roi et de la Religion, le Journal de Paris. En 1825 fut fondé par Darmaing un journal quotidien d’un genre tout nou-
veau , la Gazette des Tribunaux, qui pour paraître n'eut pas besoin de solliciter d’autorisation préalable, attendu qu'étranger à la politique et à ses discussions, il se bornait aux débats judiciaires et ne s’occupait que de ce qui se disait au palais. On sait combien grand et rapide fut le succès de la Gazette des Tribunaux ; elle en fut surtout redevable à ses comptes-rendus spirituels, mais rien moins qu’exactse, des audiences du tribunal de police correctionnelle.
L'arrivée de M. de Martignac aux affaires, en 1827, inaugura une ère nouvelle pour la presse, qui profita d’un changement notable qu’on fit alors subir aux prix du port et du timbre (portés de 5 centimes à 10) pour élever de 72 fr. à 80 fr. par an ses prix d'abonnement et agrandir son format, afin de pouvoir, à l'instar des journaux anglais, ouvrir ses colonnes à l’annonce payée et trouver dans ce nouvel élément de recettes une compensation à l’accroissement survenu dans ses frais généraux. Présidée par des hommes qui voulaient que la charte fût enfin une vérité, l’administration nouvelle supprima la censure; et désormais chacun put fonder un journal en versant au trésor, sous le nom du gérant responsable, un cautionnement de 200,000 fr. à Paris, mais proportionnellement moindre dans les départements, suivant l’importance des villes; cautionnement rendu obligatoire pour tous les journaux quotidiens alors existants, pour ceux-ià même qui s’occupaient exclusivement de critique théâtrale et littéraire. Des sept ou huit journaux de cette espèce qui se publiaient à ce moment à Paris, il n’y en eut que deux, Le Corsaire et Le Figaro , qui purent satisfaire à l'obligation du cautionnement. Ils acquirent ainsi le droit de faire de la politique à leur manière, et devinrent d’utiles auxiliaires pour les journaux de l'opposition. Le Temps, La Tribune et Le National furent d’ailleurs, avec le Journal de Paris, mort en 1825, mais qu’on essaya de ressusciter en 1828, etavec L'Universel , organe du ministère Polignac, les seules entreprises nouvelles qui surgirent alors. Le premier de ces journaux parut en octobre 1829, quelques mois après La Tribune, feuille rédigée par les deux frères Fabre, qui déjà affectait des tendances ouvertement républicaines ; et La dernier, le {°° janvier 1830.
La révolution de Juillet ne modifia sensiblement la situation faite à la presse par ka Restauration qu’en abaissant de moitié le cautionnement des journaux; plus tard aussi elle crut rendre, si non impossible, du moins beaucoup plus difficile , la fiction du gérant responsable, en exigeant que le cautionnement fût représenté non plus par une somme versée en espèces au trésor, mais par une inscription de rentes, dont le tiers devait être la propriété personnelle du gérant et était déclaré insaisissable par des tiers, nonobstant toute contre-lettre ou acte de même nature qui pourrait avoir pour but de prouver que le titre de rente inscrit au nom de ce gérant était en réalité la propriété d’un autre. D’ailleurs, la bourgeoisie viclorieuse, qui avait maintenant en mains le gouvernement du pays, était par instinct beaucoup trop friande de monopoles et de priviléges industriels et commerciaux pour ne pas respecler ce qu’elle considérait comme les droits acquis et imprescriptibles du journalisme. Maintenir l’exercice du droit électoral à l’état de privilége et la presse à l’état de monopole constitua donc tonte sa politique. L'exploitation de l’opinion publique était en effet devenue bien vite une grande et fructueuse industrie. C’est grâce à la presse que la bourgeoisie avait réussi à avoir la haute main dans les affaires ; son erreur fut de croire que le journal continuerait toujours à n’être que le commode instrument dont elle se servirait pour satisfaire ses petites et vaniteuses ambitions ou bien ses basses cupidités, et qu'il s’estimerait toujours aussi heureux” qu'honoré d'être à ses gages. Quand elle reconnut qu’elle s'était trompée, qu'elle s'était donné un maitre , il était déjà trop tard. À en juger sur les apparences, on pouvait encore penser que la nation française était régie par un gouvernement dit parlementaire et exclusivement recruté dans le sein de la bougeoisie ; gouvernement composé d’un roi irresponsable, avec des minis-
tres responsables, et de deux assemblées législatives se faisant mutuellement contrepoids; tandis qu’en réalité, et sans même s’en douter, elle n’obéissait plus depuis longtemps qu’à une douzaine de journaux imprimés à Paris et en possession de lui fournir toutes faites, {out arrêtées, ses opinions sur les hommes et les choses. Un quatrième pouvoir s'était ainsi constitué dans l'État, sans que la bourgeoisie y eût pris garde; et c’est ce quatrième pouvoir qui maintenant V’emportait sur tous les autres.
Dans une pareille situation , il était naturel qu’au lieu de rester ce qu’il devrait toujours être, c’est-à-dire rien autre chose que l’expression des vœux et des besoins d’un certain nombre d’individualités, se groupant autour de quelques écrivains qui ont su leur inspirer de l'estime, de la confiance et de la sympathie, le journalisme, de plus en plus envahi par le mercantilisme et déshonoré par la vénalité, füt le plus souvent devenu un levier puissant aux mains d’une poignée d’ambitieux et d’intrigants. On peut dire de cette période de l’histoire du journalisme qu’elle fut le règne des faiseurs. Sous les doigts de ces gens-là, les questions étrangères comme les questions intérieures devinrent la source d’immenses profits secrets. Ils se vendirent corps et âme aux ministres en exercice, aux ministres en expectative, aux divers prétendants, aux puissances étrangères, aux banquiers, aux gros industriels, aux candidats à la députation, bref à qui voulut les acheter. Ilest de notoriété que pendant huit ou dix ans la Russie fit défendre par un journal de Paris fort en renom, moyennant une subvention ge 5,000 fr. par mois, les intérêts généraux de sa politique,
alliance russe, comme on disait; il n’y eut pas jusqu’à ce sanguinaire Rosas, l’odieux dictateur de la République Argentine, qui ne tint presque aussi longtemps à sa solde une feuille jouissant d’une grande publicité. Les tracés de chemins de fer; les maîtres de poste exigeant une indemnité de l’État; le sucre indigène déclarant que c'en était fait de la France si on ne lui conservait pas ses primes de fabrication ; les planteurs des colonies réclamant le monopole «du marché de la métropole et combattant d'avance, par précaution , l'abolition de l’esclavage; une foule d’autres intérêts privés, plus sordides et plus égoïstes les uns que les autres, subventionnèrent alors grassement tous ceux des organes de l'opinion qui consentirent à se faire leurs avocats devant le pays légal, c’est-à-dire en présence des chambres. Après cela, on ne devra pas être surpris que la valeur vénale d’une gérance de journal en erédit, rapportant ostensiblement entre 3 et 6,000 fr. d'appointements, fût de 500,000 fr. au minimum.
Il n’y eût eu que demi-mal dans cette scandaleuse exploitation du journal, si en dehors de tous ces ignobles tripotages ne s’élaient point agitées des passions non moins égoïstes, quoiqu’elles portassent le masque d’un ardent patriotisme n'ayant d'autre but que la gloire et la grandeur du pays. Que si en effet le pouvoir, avant comme après 1830, fut toujours réactionnaire et de mauvaise foi dans l'interprétation à donner à la constitution, il faut convenir aussi que de 1815 à 1848 la partie la plus active, la plus remuante de la presse, fut constamment en état de flagrante conspiration , et qu’elle n’eut jamais d’autre but que le renversement d’un ordre de choses établi sans doute plus ou moins artificiellement, plus ou moins légalement, mais existant tout au moins à l’état de fait accepté par l'immense majorité, fort peu soucieuse au fond de savoir qui gouverne, condamnée qu’elle est à porter toujours le bât. Ce qu’on voulait avant tout, c'était s'emparer du pouvoir : chaque parti se réservant, après le triomphe, de doter le pays de la forme de gouvernement qui flattait le plus ses passions particulières. À droite comme à gauche, il y avait là-dessus accord tacite, et personne ne s’inquiétait le moins du monde de savoir ce que le coup une fois fait en pourrait penser et dire Jean Bonhomme, habitué de longue main à accepter tous les maitres qui s'imposent à lui, et toujours résigné à vayer les frais de leurs folies ou de leurs inepties.
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Les intrigants en fous genres avaient bien vite Cormpté après 1830 tout le parti qu'on pouvait tirer de la pressee, aussi vit-on surgir successivement, sous le règne de Louis- Philippe , un grand nombre d’entreprises ayant pour but de procurer à leurs fondateurs une part quelconque dans les profits directs ou indirects de l’exploitation de l'opinion. Mais le monopole constitué en faveur des journaux de Paris par la plus imprévoyante des législations ne fut réellement quelque peu ébranlé que le jour où, à l’aide de puissants capitaux , se fonda la presse dite au rabais, le journal à 40 fr, au lieu de 80. Il y eut là une espèce de révolution, un déplacement inattendu de l'axe des influences; toutefois, le succès même de ces spéculations héroïques tentées par des casse-cou, qui ne risquaient personnellement rien, rendit encore autrement difficile l'admission de nouveaux élus au nombre des heureux privilégiés. Désormais, pour créer un journal il fallut disposer d'au moins un million ; et L'Impartial, Le Monde, Le Capitole, La Nation, Le Parisien, L'Esprit public, etc., apprirent à leurs dépens qu’un {el capital était souvent insuffisant. Une feuille créée, en 1846, exprès pour fuer La Presse de M. E. Girardin, L'Époque, dévora à ce jeu-là deux millions, pour fermer honteusement boutique au bout de quinze mois d’existence.
Après le 24 février, la liberté absolue, on pourrait même dire la licence de la presse, fut posée en principe; et il y eut alors une véritable inondation de journaux de toutes les formes, de toutes les couleurs, maïs le plus généralement à tendances violentes et socialistes. Dans l’espace de trois mois on n’en vit pas naître moins de quatre cents, et les dernières venues de ces feuilles répandaient autour d’elles comme une odeur de sang qui soulevait le cœur, La plupart, bâtons-nous de le dire, publièrent à grand’peine trois ou quatre numéros, puis moururent d’inanition et de mépris public. Les collections cornplètes de tous ces hideux pamphlets (car ils n'avaient de commun avec les journaux proprement dits que cette qualification, dont ils se tar-
guaient mensongèrement dans leurs sous-titres) ne laissent :
pas que d’avoir aujourd’hui un certain prix.
Les terribles journées de juin firent comprendre aux hommes placés à la tête des affaires la nécessité de mettre un terme à cet effroyable débordement de toutes les mau. vaises passions et de rassurer enfin la société effrayée. Mais les mesures prises contre la presse ultra-révolutionnaire eurent précisément pour résultat de raffermir le monopole de cette vieille presse à laquelle la France avait dù successivement deux révolutions; monopole qu'avait singulièrement compromis la suppression du timbre, conséquence naturelle de la révolution de Février. On sait que l’Assemblée nationale s’imagina sauver le pays en rétablissant je cautionnement, ainsi qu’en continuant aux seuls journaux pourvus d’un cautionnement la jouissance du privilége postal en vertu duquel PÉtat se charge de transporter et de distribuer sur tous les points de la France les produits de cette industrie à érente fois meilleur marché que la correspondance privée des simples citoyens. Les meneurs crurent aussi devoir profiter de l'occasion pour rétablir le timbre. C'était fort inutilement souffleter la république sur la joue de la liberté de la presse, tandis que la seule mesure à prendre à cet égard eût été de faire tout bonnement rentrer dans le droit commun ceux des journaux qui, voulant être en même temps feuilles d'annonces et d'avis, de véritables affiches à la main, se trouveraient dès lors passibles d’un droit de timbre proportionnel, aux termes d’une législation qui date de plus de soixante ans, et que le fisc applique tous les jours au commerce et aux simples particuliers avec une sévérité toute draconienne. L'obligation de la signature des articles, dont on se promettait merveilles, n’aboutit qu’à transformer en manières de notabilités d'obseures médiocrités. Quoi qu'il en soit , le rétablissement du cautionnement et du timbre tua Le Peuple Constituant, de l'abbé de La Mennais ; Le Représentant du Peuple, du citoyen P rou de hon; La Voix du Peuple, du citoyen Félix Pyat, ainsi
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que diverses autres feuilles démocratiques réagées avec plus de talent que d'argent en caisse; et un arrêté du chef du pouvoir exécutif, investi de la dictature par l’Assemblée nationale, fit disparaître La Voix des Clubs ; Le Père Duchesne; La Mère Duchesne ; Le Petit-Fils du Père Duchesne; La commune de Paris; Le Lampion ; L'Aimable Faubourien; Le Journal de la Canaille; La Guillotine; Le Pilori; L'accusateur Public; Le Tribunal Révolutionnaire; Le Sanauinaire.., Nous en passons, etdes meilleurs peut-être... Rien que par ces titres seuls on voit qu'il était grand temps
que le pouvoir sauvât la société en sachant se mettre au- |
dessus des lois, insultées et violées impunément tous les jours par les factions. Combien d’ailleurs n'est-il pas à regretter que, mieux conseillé, le général Cavaignac, en décentralisant la presse, n'ait pas alors annulé ce pouvoir, le plus souvent
usurpé par l'intrigue, et que, en le Zocalisant, en le dépouil-
lant de ses monstrueux priviléges, il n’ait pas réduit le journalisme à n’être plus un quatrième pouvoir dans l'État, mais tout bonnement un commerce, que chacun fût libre d’exercer en se conformant aux lois ; un commerce alimentant de nouvelles politiques ou d’appréciations littéraires les populations d’une circonscription déterminée, exploitant la curiosité publique sans plus de priviléges que vingt industries, tout aussi intéressantes, qui ont pour but de donner satisfaction à d’autres besoins tout aussi réels,et qui prospèrent parfaitement sans qu’on ait jamais songé à leur accorder le monopole de Pexploitation du pays tout entier, non plus que le transport à peu près gratuit de leurs produits. La liberté et les écrivains avaient tout à y gagner; tandis que, faute d’avoir su à ce moment prendre une énergique initiative, €’Stait encore à recommencer six mois plus tard.
La situation n’était donc pas moins 2ntique ni moins menaçante quand le coup d’État du 2 décembre 1851 mit fin à l'existence de Za Démocratie Pacifique, du citoyen Considérant; de L'Événement, du vicomte Victor Hugo, ancien pair de France; de La République, du citoyen Laurent (de l'Ardèche); de La Réforme ; du National et de quelques autres feuilles de la république rouge, publiées tant à Paris que dans les départements, et suppléant le plus souvent à l'absence d’abonnés par l’exaltation et la violence de leur langage. Quant aux journaux de cette faction qui possédaient véritablement une productive clientèle (acquise d’ailleurs en défendant naguère de tout autres doctrines ), ils imitèrent prudemment l’exemple qui leur en fut donné par les feuilles aux gages des divers partis monarchiques ligués contre la continuation des pouvoirs présidentiels de Louis Napoléon ; et remettant à des temps meilleurs la réalisation de leurs espérances, ils acceptèrent avec une sioïque résignation le régime nouveau transitoirement imposé aux jourpaux par un pouvoir qui la veille encore comptait la plupart d’entre eux au nombre de ses ennemis les plus acharnés. Il y aurait d’ailleurs plus d’un inconvénient à indiquer ici quelles nuances d'opposition, quelles espérances de restauration ou de révolution ils continuent de représenter.
La législation actuelle qui régit les journaux a eu pour résultat de favoriser la création d’une foule de feuilles qui s’abstiennent de traiter des matières politiques et d’économie sociale, et se contentent d’exploiter l'intérêt plus ou moins vif que dans les grands centres de population on prend aux choses du théâtre et au monde qui en vit. Quel-
ques-unes de ces feuilles apportent dans cette industrie une |
liberté qui dégénère en licence et sont parvenues à un chiffre de circulation très-élevé. Ce n’est point ici le lieu d’examiner jusqu’à quel point la morale publique est intéressée à ce que la loi intervienne pour arrêter dans ses écarts cette petite presse. Trop souvent, en effet, on voit aujourd'hui des journaux littéraires ne s'occuper que de ce qui se passe dans certaines couches de la société parisienne, où les règles de la morale la plus simple sont conspuées. Les feuilles auxquelles nous faisons allusion contribuent évidemment pour beaucoup aux progrès de cette démoralisation des masses que chacun signale comme le malheur de notre époque. DICT, DE LA CONVERS. — T, XI,
Partisans de la liberté de la presse, nous ne la confondons point avec la licence; et nous prenons autant souci de ce que réclame la morale que de ce qu'exige la sécurité publique. Nous voudrions par conséquent voir rendre au journalisme, quel qu’il soit, toute sa liberté d’action, sauf à répondre de ses faits et de ses actes, et à être placé sous l'empire d’une législation, non pas préventive, mais répressive. D'ailleurs, qu'on ne l’oublie pas, la mesure qui rendrait au journalisme toute sa liberté d'action serait plus qu’une faute, si elle n’avait pas pour corollaire l'abolition du système de privilége et de monopole qui jusqu'a présent en avait fait aux mains des partis un si redoutable engin de révolution.
Aujoura’hu1 moins que jamais, d’ailleurs, le privilége posta constitué en faveur des journaux ne se justifie par aucun intérêt public; et si on se place au point de vue du principe de légalité de tous devant la loi, qui est la base de touta notre organisation sociale et politique, on reconnaît aussitôr qu’il en est la plus choquante violation. Par la force même des choses, les feuilles de Paris sont les seules qui peuvent profiter de l’article de la loi qui fixe à quatre centimes le prix du transport d’un journal hors du département où il s’imprime alors que pour le même service une lettre pesant le même poids paye un franc cinquante centimes, Ce privilége, en réalité exclusif, dont ont toujours été investis les journaux de Paris est un insurmontable obstacle aux développements vraiment utiles que les journaux de département seraient appelés à prendre à une époque où la télégraphie électrique a complétement changé dans tous les pays les conditions d’existence du journal. Sans doute le jour où cet odieux privilége serait aboli, il n’y aurait plus guère de journaux quotidiens tirant à 50 ou 60,000 exemplaires; mais la liberté n’a aucun intérêt à ce que les deux pages d’annonces d’un journal rapportent à ses propriétaires 5 ou 600,000 fr. de rente. En revanche , elle a tout à gagner, comme aussi la propagation des idées utiles, à ce qu’il existe dans tous les centres de population des feuilles quotidiennes qui renseignent aussi promptement et complétement que possible les citoyens sur tout ce qui les intéresse. Sous ce rapport, il est de toute justice de reconnaître que, en dépit de Ja décourageante concurrence des journaux privilégiés de Paris, la plupart des feuilles de département s’acquittent aujourd’hui de leur mission d’une manière très-remarquable, qu'elles ne sont pas seulement bien mieux imprimées que les feuilles de Paris (— qui à cet égard encore abusent de leur monopole d'une façon scandaleuse et envoient à leurs abonnés de province des exemplaires à peu près illisibles d’une feuille remplie aux trois quarts par des annonces, qui trop souvent n’ont d’autre but que de favoriser les plus frauduleuses spéculations —), mais encora beaucoup plus complètes , plus variées, que leurs rivales du la capitale. Ajoutons une dernière considération, qui ne laisse pas que de militer puissamment en faveur de la localisation du journalisme, c’est que cette industrie, qui aujourd’hui donne à peine du travail à quelques centaines d'individus, en occuperait cent fois davantage si elle était décentralisée, si elle cessait d’être un monopole.
JOURNAL ( Droit). Dès le principe les gouvernements se réservèrent sur les journaux le droit d'une censure rigoureuse. Au dix-septième siècle nous voyons Colbert suspendre le Journal des Savants, qui refusait de se soumettre à la censure ecclésiastique. Cet état de choses dura jusqu’à la chute de l’ancien régime.
La révolution, pour être conséquente avec elle-même, ne pouvait faire autrement que de proclamer la liberté entière des journaux. Mais le Directoire en usa avec eux tout comme autrefois la monarchie absolue, etun arrêté des consuls du 17 nivôse an vit, « considérant qu'une partie des journaux qui s’impriment dans le département de la Seine sont des instruments dans les mains des ennernis de la répulilique, » limita à treize le nombre des journaux politiques. L'empire diminua encore l'influence du journalisme. Reduites à se faire les échos du Moniteur officiel, les gazeltes se reje-
CE
JOUR XAL
tèrent sur la littérature ; le feuilleton naquit, et l’opposi- | pable condamné à un emprisonnement de dix jours à six
tion littéraire fut encore quelquefois punie par la confiscation. De 1814 à 1819 la libre publication des journaux fut entravée par la censure, qui fut abolie de nouveau à cette époque, puis rétablie six mois après et remplacée en 1827 par des lois sévères et de forts cautionnements. Après les journées de Juillet la presse se trouva à peu près libre, malgré la loi du 8 avril 1831 et en dépit des fameuses lois de sep-
embre 1835. Les barricades de Février firent encore une fois recouvrer aux journaux toute leur liberté; mais les Journées de juin amenèrent la suppression arbitraire d’un certain nombre d’entre eux , et bientôt on rétablit le timbre
et le cautionnement. A la suite du coup d'État du 2 décembre |
intervint la législation actuellement en vigueur. En voici le tableau dans tous ses détails, empruntés tant au décret du 17 février 1852 qu'aux dispositions des précédentes lois qu’il n’a pas abrogées.
Aucun journal traitant de matières politiques ou d'économie sociale, et paraissant soit régulièrement et à jour fixe, soit par livraison et irrégulièrement, ne peut être créé et publié sans l'autorisation préalable du gouvernement. Cette autorisation ne peut être accordée qu’à un Français majeur jouissant de ses droits civils et politiques. L'autorisation du gouvernement est pareïllement nécessaire à raison de tous
mois. Il leur est interdit de rendre compte des procès pour outrages ou injures et des procès de diffamation où la préuve des faits diffamatoires n’est pas admise par la loi. Ils peuvent seulement annoncer la plainte, sur la demande du plaignant; mais ils peuvent, dans tous les cas, publier le jugement. Il leur est interdit de publier les noms des jurés,
| excepté dans le compte-rendu de l'audience où le jury a été | constitué ; de rendre compte des délibérations intérieures,
soit des jurés, soit des cours et tribunaux, à peine d’une
| amende de 200 francs à 3,000 francs. En cas de récidive
commise dans l’année, la peine peut être portée au double, Les éditeurs de tout journal sont tenus d'y insérer dans
les trois jours de la réception la réponse de toute personne
nommée et désignée dans le journal, L'insertion est gratuite
. lorsque la réponse ne dépasse pas le double de la longueur
de l’article qui l’aura provoquée ; dans le cas contraire, le
changements opérés dans le personnel des gérants, rédacteurs |
. en chef, propriétaires ou administrateurs d’un journal.
Les journaux politiques, ou d'économie sociale publiés à l'étranger ne peuvent circuler en France qu’en vertu d’une autorisation du gouvernement. Les introducteurs ou distributeurs d’un journal étranger dont la circulation n’a pas été autorisée sont punis d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 100 francs à 5,000 francs.
Les propriétaires de tout journal traitant de matières politiques ou d'économie sociale sont tenus avant sa publication de verser au trésor un cautionnement. Toute publication de journal sans autorisation préalable ou sans cautionnement est punie d’une amende de 100 à 2,000 francs pour chaque numéro ou livraison publiée en contravention et d’un emprisonnement d'un mois à deux ans. Celui qui a publié le journal et l'imprimeur sont solidairement ‘esponsables, Le journal en outre cesse de parattre.
Les journaux politiques ou d'économie sociale sont sou. mis à un droit de timbre de six centimes par feuille de 72 centimètres carrés et au-dessous dans les départements de la Seine et de Seine-et-Oise, et de trois centimes partont ailleurs.
Pour chaque fraction en sus de 10 décimètres carrés et au-dessous, il est perçu un, centime et demi dans les départements de la Seine et de Seine-et-Oise, et un centime partout ailleurs.
Chaque contravention est punie, indépendamment de la restitution des droits frustrés , d’une amende de cinquante francs par feuille ou fraction de feuille non timbrée. Elle est de 100 francs en cas de récidive.
Les journaux ne peuvent donner d'autre compte-rendu des séances du corps législatif que la reproduetion du procèsverbal officiel.
Toute contravention sur ce point est punie d’une amende de 1,000 à 5,000 francs. Il leur est interdit de rendre compte des séances du sénat autrement que par la reproduction des articles insérés au journal officiel.
Il leur est interdit de rendre compte des procès pour délits de presse, sous peine d’une amende de 50.à 1 ,000 francs ; ils ne peuvent qu'annoncer la poursuite et publier le jugement. Dans toutes les affaires civiles, correctionnelles on criminelles, les cours et tribunaux peuvent interdir le counpterendu du procès ; mais cette interdiction ne peut pas s’apbliquer au jugement. 11 leur est défendu de publier les actes d'accusat'on et aucun acte de procédure eriminellé avant Qu'ils aient été lus en audience publique, sous peine d’une amende de 100 à 2,000 francs, En cas de récidive co amise
prix d'insertion est dû pour le surplus seulement.
Les gérants sont tenus d'insérer en tête du journal, et gratuitement, les documents officiels, relations authentiques, renseignements, réponses etrectifications qui leur sont adressés par un dépositaire de l'autorité publique, à peine d’une amende de 50 francs à 1,000 francs ; on peut en outre prononcer la suspension du journal pendant quinze jours au plus.
Si la publication d’un journal frappé de suppression ou de
| suspension administrative ou judiciaire est continuée sous
le même titre ou sous un titre déguisé , les auteurs , gérants ou imprimeurs sont condamnés d’un mois à deux ans d’emprisonnement et solidairement à une amende de 500 fr. à 3,000 fr. par chaque numéro publié en contravention.
La publication de tout article traitant de matières politiques ou d'économie sociale et émanant d'un individu con damné à une peine afflictive et infamante, on infamante seulement, est interdite, Les éditeurs gérants ou imprimeurs ayant concouru à cette publication sont condamnés à une amende de 1,000 à 5,000 francs. ,
Les délits commis par la voie de la presse et toutes contraventions sont poursuivis devant les tribunaux de police &rrectionnelle. Dans les trois jours de tout jugement ou arrêt définitif de contravention de presse, le gérant doit acquitter le montant des condamnations encourues par lui ou dont il est responsable,
Une condamnation pour crime commis par la voie de la presse, deux condamnations pour contraventions ou délits, commis dans l'espace de deux années, entraînent de plein droit la suppression du journal dont les géran(s ont été condamnés. Après une condamnation prononcée pour contravention ou délit de presse, le gouvernement a la faculté pendant les deux mois qui suivent de prononcer soit la suspension temporaire, soit la suppression du journal. Un journal peut êtreksuspendu par décision ministérielle, alors même qu’il n'a é$ l’objet d’aucune condamnation, mais après deux avertissements motivés et pendant un temps qui ne peut excéder deux mois. Enfin, il peut être supprimé, soit après une suspension judiciaire ou administrative, soit par mesure de sûreté générale, mais par un décret spécial de l'empereur.
Le prix du port des journaux hors des limites du département dans lequel ils sont publiés est de quatre centimes et de deux centimes toutes les fois qu'ils sont destinés pour l'intérieur du département où ils ont été publiés.
Les journaux, comme tous autres imprimés, sont soumis à la formalité du dépot. ‘
JOURNAL, livre de commerce sur lequel les négociants portent, jour par jour et par ordre de dates, toutes leurs Opérations. A chaque opération, on passe sur ce livre un article dont le début présente le débiteur et le créditeur ; à la suite de cette énonciation , on écrit le plus brièvement nos sible toutes les circonstances de l'opération, et l'on porte au bout de la ligne 1e montant de la somme, dont on débite le débiteur ou dont on crédite le créditeur.
Le journal est un des trois livres ; et le plus important A
dans l'année, l'amende peut étre portée au double et le çou= | dont latenue, aux termes de l’article 8 du Code de Comme ë,
:JOURNAE — JOUVENET
est obligatoire pour tout commerçant. Régulièrement tenu, il peut faire preuve en justice contre les autres commergants; il suffit de son absence ou de son irrégularité pour constituer, selon les cas, le commerçant en état de banqueroute simple et même frauduleuse. Le code exige en outre que le journal mentionne chaque mois les sommes employées par le commerçant à la dépense de sa maison. Charles LEMONNIER.
JOURNALIER. On appelle journaliers ou gens de journée les hommes de travail qui se louent à la journée. Les billets ou promesses qui sont souscrits par eux doivent porter, outre leur signature, un bon ou un approuvé contenant en toutes lettres la somme ou la qualité de la chose promise. La loi répute vol domestique celui qui est commis par un journalier dans l’Labitation où il travaille habituellement.
JOURS (Grands). Voyez Gnanps Jours.
JOURS DE GRÂCE. Voyez Grace, tome X , p. 416.
JOURS FASTES , JOURS NÉFASTES. Voyez FASTES.
JOURS FÉRIÉS. Voyez FÉriés (Jours).
JOURS GRAS. Voyez CARNAVAL.
JOUSSOUF , général au service de la France, naquit,
à l'te d'Elbe, en avril 1805, et fut pris par des corsaires
tunisiens en se rendant à Florence, pour y être placé dans une maison d'éducation. Suivant une autre version , il serait né en 1810, dans le midi de la France; et , à peine âgé de cinq ans, il aurait été enlevé sur les côtes de Provence par des pirates de Tunis. Ce qui est certain, c’est qu'il ne connaît pas ses parents et qu’il fut emmené à Tunis, où sa rare beauté détermina le bey à l’acheter. Ce prince le fit élever en musulman, au milieu des femmes de son harem, et en fit bientôt son favori. Placé dans les gardes du corps du bey, il eut une intrigue amoureuse avec Kaboura, fille de son protecteur, et cette intrigue ayant été découverte, il
fut obligé de fuir, en 1830, sur un brick français, qui ie
débarqua à Alger, cù il entra au service de la France. I] s’y distingua tellement, qu’il fut bientôt nommé capitaine dans le corps de cayaliers indigènes appelés spañis, qu’on venait d'organiser, Dans cet emploi, il rendit de grands services, tant par son courage et son habileté que par sa connaissance des mœurs algériennes et par son influence sur les indigènes, notamment à la prise de Bone, en 1832. En 1836, dans l’expédition contre Tlemcen, il battit complétement Abd-el-Kader, et fut nommé en récompense bey de Constantine; mais il ne put entrer en possession de cette nouvelle dignité, parce que l’expédition contre cette ville‘en novembre 1836 n’eut pas de succès. En 1837 il vint à Paris, où sa beauté mâle, autant que sa grâce et son habileté comme cavalier, attira tous les regards. De retour à Alger à la fin de l’année, il obtint à Oran le commandement d’un détachement de spahis. Plus tard on lui confia le commandement des chasseurs d'Afrique. Peu de temps après il fut nommé colonel d’un régiment de cavalerie légère, et finit par obtenir le commandement de tonte la cavalerie irrégulière. 11 fit la plupart des campagnes qui signalèrent l’administration de général Bugeaud, et contribua beaucoup à La soumission du pays. Le général Bugeaud, qui avait pour lui une estime toute particulière, le.fit passer général hors rang après la bataille d'Isly. Revenu à Paris dans les premiers jours de 1845, il embrassa le christianisme, et épousa une demoiselle Weyer, nièce de feu le général Guilleminot, En 1852, il fit l’expédition de Laghouat; sa position dans l'armée avait été régularisée après le coup d’État. Il prit rang dans l’état-major général. Mis à la disposition du général en chef de l’armée d'Orient, en 1854, il devait commander des bachi-bozouks au service de la France; mais on renonça à cette combinaison, Général de division le 18 mars 4856, il prit part à l'expédition de Kabylie, et commanda ensuite la division de Montpallier,oùil est mort, le 16 mars 1866. On à de lui un ouvrage intitulé : De la Guerre d'Afrique (Alger, 1850), écrit aussi intéressant et substanüel qu'instructif.
JOUTE. Une ioute était proprement le combat à la lance
de seul à seul, au temps de la chevalerie. Plus tard on étendit la signification de ce mot à d’autres combats. La joute se distinguait du tournois en ce que ceui-{ \ avait lieu entre plusieurs chevaliers combattant en troupe. Q soique les joutes se fissent ordinairement dans les tournois après les combats de tous les champions, il y en avait cependant qui se faisaient seules, indépendamment d’aucun tournoi; on les nommait joutes à tous venants, grandes et plénières. Celui qui paraissait pour la première fois aux joutes remettait son heaume ou casque au héraut, à moins qu’il ne l’eût déjà donné dans le tournoi.
Les dames étaient l’âme des joutes, et les chevaliers n’en terminaient aucune sans en faire une dernière à leur honneur, qu’ils nommaient la lance des dames.
Les joutes passèrent en France des Espagnols, qui prirent des Maures cet exercice et l’anpelèrent juego de canas, le jeu de cannes, parce que, dans le commencement de la première institution dans leur pays, ils lançaient en tournoyant des cannes les unes contre les autres et se couvraient de leur bouclier pour en parer le coup. Le jeu du djérid des Turcs a quelques rapports avec les joutes chevaleresques.
Le mot de joute vient peut-être de juetà, à cause que les jouteurs se joignent de près pour se battre. D’autres le déri vent de justa, qui est le nom donné à cet exercice dans la basse latinité. Ch°* DE JAUCOURT.
La joute sur l’eau est un exercice d’adresse, dans lequel deux jouteurs montés dans des embarcations cherchent à se faire tomber l’un l’autre dans l’eau en se poussant au moyen de longues lances de bois au moment où leurs bateaux s’approchent.
JOUVENCE (Fontaine de). Qui d’entre nous n’a pas entendu parler de cette merveilleuse fontaine de Jouvence, redonnant la jeunesse, la beauté, la fraîcheur, à ceux qui les ont perdues, et dont les eaux puissantes effaçaient les rides avec la même rapidité que la vague efface les caractères tracés sur le sable? Quelle femme déjà pressée par l’âge n’a soupiré après ce délicieux rêve de tous les charmes qui ne sont plus, de toutes les roses qui se sont fanées, et n’a, machinalement peut-être, cherché sur la carte géographique le nom de Jouvence, le lieu fortuné où devait se trouver cette précieuse fontaine, dont tout vestige est perdu. Hélas! la merveilleuse fontaine est restée une énigme, comme la pierre philosophale pour les alchimistes, s’il en existe encore. Nous trouvons pourtant dans le roman d’Huon de Bordeaux que cette fontaine est située dans un pays désert, « Elle venait, dit-il, du Nil et du paradis terrestre, etavait une telle vertu, que si un homme malade en buvait et s’en lavait les mains, il était aussitôt sain et guéri; et s’il était vieux et décrépit, il revenait à l’âge de trente ans, et une femme était aussi fraîche qu'une vierge. » Par malheur, comme le dit La Fontaine :
Grand dommage est que ceci soit sornettes.
Filles connais, qui ne sont pas jeunettes, À qui cette eau de Jouvence viendrait Bien à propos.
Certains esprits forts prétendent que le mot Jouvence vient du latin juventus, et qu’il signifie tout bonnement jeunesse. Ce sont les romans de chevalerie qui l'ont mis à la mode,
JOUVENEL DES URSINS. Voyez JUYÉNAL DES Ursins.
JOUVENET, famille de peintres qu’on croit de souche italienne. ù
JOUVENET (Noer), peintre de Rouen, fut le grand-père du fameux Jean Jouvenet. 11 donna des leçons de peinture au Poussin, et c’est à peu près là tout ce qu’on sait de lui. Il eut trois fils, nommés Jean, Noël et Laurent. Jean épousa Françoise Yoult, et en eut l’auteur de La Péche miraculeuse. À en juger par ses élèves, on peut croire que Noel Jouvenet ne manquait ni de goût ni de talent.
JOUVENET (JEAN), peintre français, naquit à Rouen, le 21 août 1547. D'abord élève de son père, peintre fort estimé dans cette ville, il vint à Paris pour se fortier
dans ses études ; bientôt son génie se développa, et fit connaître un talent nouveau, en dehors des routines admises dans l’école de Charles Le Brun, dont il fut l'élève. En 1673, il peignit pour l'église de Notre-Dame la Guérison du Paralytique. En 1675, pour sa réception à l’Acarlémie, Jouvenet présenta Esther devant Assuérus , le plus correct peut-être de tous les tableaux qu’il a peints. On a comparé ses Lableaux de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs et sa Descente de Croix, qu'il fit pour l’église des Capucins, aux chefs-d’œuvre du Tintoret; mais ceux qui ont fait cette comparaison n'avaient pas sous les yeux ces belles productions. Pourtant, il faut le dire, malgré leurs imperfections , les tableaux de Jouvenet brillent par le faste imposant de la composition, par des effets grandement conçus, par une exécution facile et vigoureuse. On peut considérer en éffet La Pêche miraculeuse corame un miracle de composition et de coloris. Jouvenet, homme d'esprit et d’un grand caractère, avait à peindre pour l’église Saint-Martindes-Champs quatre tableaux d’une grande dimension, de la vie de saint Benott. Les robes noires que portaient les religieux de cet ordre ne lui plaisaient pas à peindre : il imagina de remplacer les sujets qu'onlui avait donnés par la Résurrection de Lazare, le Repas du Pharisien, Les Vendeurs chassés du Temple et La Péche miraculeuse. Jouvenet, pour peindre ce dernier tableau , entreprit le voyage de Dieppe, afin d’examiner les manœuvres des pêcheurs, de dessiner d’après nature les filets et les barques, et il fit aussi des études peintes d’après les diverses espèces de poissons et de coquillages, qu’il a rendus avec une supériorité surprenante..Lorsqu’il livra les tableaux, les religieux, surpris de ne point voir les sujets qu’ils avaient demandés , les refusèrent. Après une lutte assez inconvenante entre les pères bénédictins, Jouvenet soutint qu’il laissait à la postérité quatre chefs-d’œuvre, et ajouta que d’ailleurs les sujets qu’il avait tirés de l'Évangile, où se trouvaient peints Jésus-Christ et les Apôtres, valaient bien ceux de la vie de saint Benoît, qui ne lui offraient à peindre que des sacs à charbon. 11 se retira, et le roi ordonna que les tableaux fussent placés dans la nef de l'église,
Le tableau de L'Extréme-Onction est un des plus sagement conçus, et du coloris le plus fin et le plus harmonieux qui soient jamais sortis de ses pinceaux. Jouvenet peignit les pendentifs des Invalides, où il représenta les douze Apôtres et les Évangélistes. Pendant la restauration du vieux château de Versailles, qui se fit de 1660 à 1680, Jouvenet y travailla avec son maître Ch. Le Brun. Il peignit ensuite un salon au château de Marly, qui fut admiré de Louis XIV. On citait encore de Jui les plafonds de l'hôtel de Pouanges.” Enfin, on sait que Jouvenet, devenu paralytique , s’habitua à peindre de la main gauche. Dans cet état d’infirmité, il peïgnit sur toile, à Paris , le plafoud de la seconde chambre des enquêtes du parlement de Kouen; et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que l’on y retrouve la même hardiesse dans le faire et la même chaleur de coloris que dans ses tableanx peints de la main droite. Pendant qu’on plaçait à Rouen le plafond de Jouvenet, il peignit le tableau dit le Magnificat, l'un des plus beaux ornements du chœur de Notre-Dame de Paris. Ce morceau, d’une composition riche, est d’un coloris harmonieux. Ce peintre célèbre mourut à Paris, en 1717, à l’âge de soixante-treize ans, avant que ce tableau, son dernier ouvrage, fût mis en place.
Ch‘* Alexandre Lenoir.
JOUX (Fort de), principale place forte de France du côté de la Suisse, a longtemps servi de prison d’État, dans laquelle furent détenus plus ou moins de temps Fouquet, Mirabeau, Toussaint Louverture, le général Dupont, le marquis de Rivière, etc. Le château de Joux est situé à 4 kilomètres de Pontarlier, dans le département du Doubs. Dâti sur un mamelon isolé d'environ 200 mètres d’élévation, au pied duquel coule le Doubs, il se cumpose de trois enceintes entourées de larges foasés. avec pont-
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