JURY — JUSQUIAME
Les questions de presse et d’autres affaires politiques ont en outre été enlevées au jury.
JURY DE REVISION. Voyez ConseiL dE RECENSE- MENT.
JUS. Dans le régime alimentaire, on fait parfois usage du jus des herbes et des fruits, séparé des parenchymes qui le contiennent; ces jus ont en général les propriétés concentrées des substances qui les fournissent. On donne encore le nom de jus de viande à une décoction concentrée de veau, de bœuf, de mouton, etc., formant les fonds de cuisine dans les grandes maisons. Ces jus de viande, éminemment chauds et réparateurs, conviennent aux tempéraments et aux estomacs fatigués, qui ont besoin d’être res- {aurés (voyez Couuis). Autrefois on servait toujours à sec les viandes blanches rôties; aujourd’hui, tous les plats de rôti sont généralement passés avec un certain jus de bœuf que les cuisiniers actuels appliquent à toutes les viandes possibles, sans distinction. C’est un usage révolutionnaire, qui semble avoir prévalu sur la bonne coutume d'autrefois. Le marquis de Cussy, célèbre gastronome, racontait que se trouvant à diner chez un dignitaire de l'empire, le duc de Massa, celui-ci, pour faire honneur à son convive, s’avisa de lui adresser un membre de volaille avec une abondance prodigieuse de jus. « Le duc de Massa, nouveau parvenu, me prenait sûrement pour un mangeur de son acabit, disait le marquis, d’un ton encore irrité; comprenez-vous qu’on ait pu m'envoyer à roi du jus de bœuf avec de la volaille rôtie? Mais ce que vous ne sauriez vous figurer, c’est l’épouvantable quantité de ce jus trouble, âcre et quasi noir! J'avais envie de réclamer auprès de ce ministre de la justice, en m’écriant ; Summum jus, summa injuria! »
JUSANT , nom que donnent les marins au reflux de la mer (voyez MARÉE ).
JUSQUIAME,, genre de plantes de la famille des solances, dont les principaux caractères sont : un calice persistant à cinq divisions, une corolle monopétale à tube court, portant à sa base cinq étamines à filaments inclinés ; l'ovaire est supérieur, ovale-arrondi, surmonté d’un style filiforme, terminé par un stigmate en tête; le fruit est une capsule ovêle, sillonnée de chaque côté, à deux loges polyspermes, s’ouvrant en travers, par un opercule semblable à un couvercle. Les jusquiames sont des plantes herbacées, à fleurs axillaires , et à feuilles alternes.
La jusquiame noire ( hyoscyamus niger, L.), ou hannebane, à feuilles découpées, d’un vert pâle, très-grandes, surtout celles qui sont près de la racine, à fleurs jaunes, avec des veines d’un pourpre foncé, croit abondamment dans les lieux incultes , sur le bord des chemins, etc. Lajusquiame blanche ( hyoscyamus albus, L.), à tige velue, à feuilles ovales, pétiolées et entières à la partie supérieure de la plante, porte des fleurs blanches sessiles, axillaires et en épis unilatéraux. La jusquiame dorée ( hyoscyamus aureus ) est vivace, à fleurs jaunes, mais dont le fond est d’un pourpre noir; les filets des étamines sont violets : cette variété est cultivée dans les jardins comme plante d'ornement , à cause de la beauté de sa fleur. Il y en a encore deux espèces très-renommées, ce sont : la jusquiame physaloïde et la jusquiame datura, fréquemment employées en Orient,
Toutes les jasquiames jouissent de propriétés narcotiques vénéneuses plus ou moins prononcées : c'est en vain que quelques praticiens ont prétendu que cette plante, très-dangereuse pour certains animaux, ne faisait aucun mal à d’autres; c'est probablement parce que la plante dont ils s'étaient servi avait été cueillie avant son entier développement , car Orfila a remarqué que la jusquiame récollée au printemps n'avait qu'une action très-faible sur l'économie animale, comparée à l’action violente de ce mème végétal récolté à l’époque de son entier développement, Parmi les exemples que l’on peut citer d'accidents causés par la jusquiame , nous rappellerons celui arrivé le 25 mars 1649 aux bénédictins du couvent de Rhinow , qui avaient mangé une salade dans laquelle leur jardinier avait mis par imégarde
JUSQUIAME — JOUSSIEU
quelques feuilles de jnsquiame. Ils eurent des vertiges, un délire bizarre, une ardeur extrême de la bouche et du gosier, et, ce qu'il y a de particulier, un affaiblissement considérable de la vue : ces accidents sont causés non-seulement par les feuilles, mais encore par les racines et les graines de la plante, qui participent des propriétés des feuilles. Dans les cas d’empoisonnement par la jusquiame , il faut exciter les vomissements à l’aide de l'émétique, puis administrer des boissons acidulées, les limonades , et les lavements purgatifs ; la saignée est également utile, lorsque le sujet est d’un tempérament sanguin. Malgré ces propriétés vénéneuses, la jusquiame est employée avec succès par quelques médecins pour combattre certaines maladies : ainsi, on la donne contre la dyssenterie, les affections spasmodiques , quelquefois même dans l’épilepsie, la paralysie, etc. ; mais on doit toujours l’administrer à faibles doses et avec précautien,.
Les Orientaux boivent avec plaisir l’infusion des graines de la jusquiame physaloide torréfiées : cette liqueur leur donne de la gaieté et les rend communicatifs. Il paraît en outre que les graines de la jusquiame datura jouissent de propriétés narcotiques assez semblables à celles de l’opium, car les Égyptiens en donnent à leurs enfants pour les faire dormir. C. FAyroT.
JUSSIEU, famille célèbre dans la science qui a pour objet l’étude des plantes.
JUSSIEU ( ANTOINE DE), né à Lyon, le 8 juillet 1686, fit ses études médicales à l’école de Montpellier, et vint à Paris, recommandé à Fagon, alors premier médecin du roi, et, comme tel, intendant du Jardin des Plantes. Tournefort venait de mourir (1709); et Antoine de Jussieu, encore inconnu à la science, et à peine âgé de vingt-deux ans, fut jugé par Fagon capable de succéder à Tournefort dans l’enseignement de la botanique. Il marcha avec ardeur dans cette carrière brillante ouverte devant lui, carrière qui ne lui était pas nouvelle toutefois, car, dans les sciences médicales il s'était plus spécialement occupé des sciences accessoires, de la botanique surtout , et dès l’année 1711 il fut élu à une place vacante à l’Académie des Sciences, dans la section de botanique. Ses nombreux voyages dans les provinces de France, dans les îles d’Hières , dans la vallée de Nice, dans les contrées montagneuses de l'Espagne, lui valurent une riche collection de plantes, et lui permirent d'enrichir à son tour les Mémoires de l’Académie des Sciences de nombreux travaux, qu'il ue faut point perdre de vue dans l’histoire des progrès des sciences naturelles en France. Parmi ces travaux, qui presque tous ont pour but l’élucidation de quelques points, alors peu connus, d'histoire naturelle , végétale ou animale, il faut citer surtout un mémoire sur les traces de végétaux fossiles dans les houillères de Saint-Étienne, puis quelques travaux curieux de zoologie, de phytologie et d'histoire naturelle; des recherches sur les mines de mercure d’Almaden, sur les pétrifications animales , sur les cornes d’Ammon, etc., etc. La science doit encore à Anfoine de Jussien un Discours sur les progrès de la botanique (in-4°, 1781 )et un Appendix aux travaux de Tournefort ; elle lui doit enfin la coordination , la rédaction et la publication du grand ouvrage de Barrelier sur les plantes de France, d’Espagne et d’Italie.
Frappé d’apoplexie, Antoine de Jussieu mourut le 22 avril 1758.
JUSSIEU (BERNARD DE), né à Lyon, en 1699, élevé au grand collége des jésuites de cette ville, accompagna, en 1716, son frère Antoine, chargé par le régent de recueillir pour les collections de Paris les plantes de l’'Epsagne et du Portugal; et en 1722 il fut nommé sous-démonstrateur au jardin de botanique, à la place de Vaillant, que la mort venait d'enlever à la science, Ce fut dans ce modeste emploi de sous-démonstrateur que Bernard de Jussieu exerça sur l’histoire naturelle en général, et plus spécialement sur la phytologie, une influence qui fait époque dans la science, et qui associe son nom, d’une manière si remar-
quable, au grand mouvement scientifique du dix-huitième siècle. En effet, dans ses études approfondies sur les caractères similaires ou différentiels des plantes, B. de Jussieu avait remarqué que, parmi ces caractères, les uns obtenaient une assez haute généralité pour pouvoir servir à l'établissement de quelques divisions fondamentales dans le règne végétal ; et il avait reconnu, en outre, que c’étaient la germination des graines et la disposition relative des organes floraux qui offraient les caractères les plus généraux et les plus invariables. Il adopta donc ces deux considérations comme bases de sa classification méthodique, et, sans former de classes fixes, il disposa suivant un même plan une succession d'ordres et de familles, répondant aux différentes sections des autres classifications, mais qui, au lieu d’être, comme celles-ci, exclusivement basées sur la présence d’un seul caractère arbitrairement choisi, reposaient au contraire sur la coexistence de plusieurs caractères importants ( voyez BoTANIQuE). Appelé en 1758, par Louis XV, à réunir dans le jardin de Trianon foutes les plantes cultivées en France, et à y former une école de botanique , B. de Jussieu trouva l’occasion, en dressant les catalogues de ce jardin, de réaliser par une application directe ses idées générales sur la classification des plantes.
Les écrits de B. de Jussieu sont peu nombreux; mais les quelques monographies que nous possédons de lui indiquent et une admirable sagacité et un rare talent d’observation. Dans la deuxième édition de l'Histoire des plantes qui croissent aux environs de Paris, il ajouta au travail originel de Tournefort de nombreuses notes, et une assez grande quantité d’espèces nouvelles, qu’il avait rencontrées dans ses fréquentes herborisations. En zoologie, ses recherches sur les polypes d’eau douce établirent définitivement dans la science cette opinion émise par Peyssonel et combattue par Marsigli, que ces organisations amorphes étaient réellement des animaux et nullement des radicelles ou des fleurs de quelques plantes marines inconnues; et tandis qu’il enlevait ainsi au règne végétal une classe tout entière d'êtres, qui forment en quelque sorte un règne oscillant entre le règne végétal et le règne animal, il modifiait singulièrement les classifications reçues, en démontrant que les cétacés étaient, par leur organisation, de véritables mammifères, et nullement des poissons.
En 1765, B. de Jussieu fit venir près de lui son neveu Laurent, auquel il confia désormais la direction absolue du Jardin des Plantes : la vie s’éteignait lentement en lui; sa vue, affaiblie, ne lui permettait plus ni recherches microscopiques ni lectures assidues ; et bientôt une surdité, qui aila sans cesse croissant, vint ajouter à son isolement, en le privant de tout rapport intellectuel avec le monde extérieur, Une première attaque d’apoplexie, dont il ne revint qu'imparfaitement, le laissa singulièrement affaibli ; les congestions sanguines et les épanchements se succédèrent, et il succomba enfin à une dernière attaque, le 6 novembre 1777.
Bernard de Jussieu était membre de l’Académie des Sciences de Paris (1°* août 1725), des Académies de Berlin, de Saint-Pétersbourg et d'Upsal; de la Société royale de Londres, de l’Institut de Bologne : tous ses contemporains le consultaient, et sa décision faisait loi; tous le citent avec une sorte de vénération, et le grand Linné lui-même poussa cette vénération presque jusqu'au blasphème lorsqu'il répondit à une question insoluble pour lui: Auf Deus, aut B. de Jussieu.
JUSSIEU (Joseru DE), frère des précédents, naquit à Lyon, en 1704. Comme ses frères, il fut d'abord destiné à la carrière médicale ; mais il ne tarda pas à abandonner la pratique de la médecine pour se livrer sans restriction à l’étude des sciences pures. Médecin instruit, savant botaniste, ingénieur habile, il fut élu, en 1735, pour accompagner, comme botaniste, les astronomes que l’Académie envoyaif avec La Condamine au Pérou; mais lorsque les travaux dent la commission de l’Académie était chargée furent
accomplis, Joseph de Jussieu ne put se résoudre à abandonner ee sol, si fécond en découvertes scientifiques, avant d’avoir recueïlli sa part de cette riche moisson; et plus tard, lorsqu'il voulut retourner en France, il fut retenu de force par les naturels du pays, qui avaient appris à apprécier ses connaissances médicales, et qui ne purent consentir à le laisser s'éloigner d’eux. Pendant trentecinq ans il habita le Nouveau-Monde, explorant en tous sens cette terre encore vierge, recueillant partout des observalions précieuses, et transmettant de temps à autre à la France, par de rares occasions, les résultats de ses laborieuses recherches. Mais tout son travail fut vain. Ces collections, qu'il avait amassées à grand’peine, lui furent enlevées; ses notes et ses manucrits se perdirent; la fortune que, comme médecin, il avait amassée au Pérou lui fut ôtée; il devint sujet à de fréquents vertiges; sa mémoire s’effaça, et il revint à Paris, en 1771, dans un état complet d'enfance. De tous ses travaux de quarante années consacrées à la science, il ne reste plus que quelques manuscrits inédits sur l’histoire naturelle du Pérou, quelques plantes rares dont il a enrichi nos jardins (l’héliotrope, le cierge du Pérou, etc.), quelques recherches sur l’histoire naturelle et médicale du quinquina. Joseph de Jussieu mourut à Paris, le 11 avril 1779. Il avait été élu membre de l’Académie au mois de mai 1743, et, par un singulier hasard, il fut trente-cinq ans membre de cette société savante sans avoir jamais mis les pieds dans l'enceinte où se tenaient ses séances.
JUSSIEU ( ANTOINE-LAURENT DE) , fils de Christophe De Jussieu , frère aîné des trois précédents , naquit à Lyon, le 12 avril 1748. Il venait d'achever ses études classiques à Lyon, lorsque son oncle Bernard de Jussieu l’appela près de lui à Paris, en 1765, pour le soutenir et le diriger dans ses études ultérieures. Les quatre premières années de son séjour à Paris furent consacrées à l’étude de la médecine, dans laquelle la botanique ne devait intervenir que comme science accessoire; et cependant dès l’année 1770 Laurent de Jussieu fut désigné par son oncle pour professer au Jardin des Plantes des leçons de botanique, que Lemonnier, appelé à Versailles par ses fonctions de premier médecin du roi Louis XV, se trouvait dans la nécessité d'interrompre. Le jeune démonstrateur était chargé d’exposer aux élèves et de développer les caractères botaniques des plantes classées dans le jardin d’après la méthode de Tournefort ; et, engagé à l’improviste dans une carrière scientifique qui jusqu'alors lui était demeurée presque étrangère, il se voyait contraint de consacrer ses nuits à apprendre ce qu’il passait ses jours à enseigner aux autres. Néanmoins, une place étant venue à vaquer en 1773 à l’Académie des Sciences, Laurent de Jussieu se présenta comme candidat, et il appuya ses prétentions d’un mémoire Sur les renoncules, qui se trouve consigné dans les actes de cette Académie, Ainsi que souvent il le racontait à son fils, ce furent les recherches auxquelles il se livra dans la rédaction de ce mémoire qui firent de Laurent de Jussieu un botaniste; et c’est dans ce mémoire que se trouve développé pour la première fois le principe de la subordination des caractères les uns aux autres suivant leur valeur relative, principe qui avait échappé à Adanson, et qui avait été entrevu par Bernard de Jussieu.
Dès cette époque la recherche d’une méthode naturelle de classification phytologique occupa seule les travaux de Laurent de Jussien; et en 1774, lorsqu'il fut reconnu urgent de rétablir sur des bases plus larges le jardin botanique et de remplacer par une classification nouvelle la classification vieillie et insuffisante de Tournefort, Laurent de Jussieu s’occupa de coordonner les espèces végétales suivant une méthode nouvelle, dont il développa les bases dans un mémoire lu à l'Académie des Sciences en 1774, et inséré dans les recueils de cette société, Cette nouvelle disposition fut adoptée, ia nomenclature de Linné remplaça celle de Tournelort, et la classification générale des plantes