JUVÉNAL — JUXTA-POSITION
qu'emporté par son génie, il oublie bientôt ces vains sujets de sa mauvaise humeur, pour s’élancer dans la carrière de Lucile; il marque d’un trait brûlant l’eunuque qui se marie, le barbier enrichi qui lutte de richesse avec les premiers de PÉtat, l'esclave d'Égypte couvert de la pourpre tyrienne, le délateur qui dépouille son patron après l'avoir dénoncé, l’infâme qui achète des successeurs par des complaisances infâmes , le proconsul exilé qui ruina des provinces et jouit de la colère des dieux au milieu des délices, et le lâche mari qui hérite des amants de sa femme. A côté de tous ces vices, paraît Néron avec le jeune Automédon, qu'il a mis à la tête des cohortes pour avoir conduit dans un char le maître qui le déshonore. 11 déroule ensuite le tableau hideux des mœurs générales : ce tableau augmente sans cesse de chaleur et d'énergie, jusqu’au moment où le poëte semble s'arrêter devant les conséquences de la satire pour l'écrivain généreux qui a osé déclarer la guerre à la perversité de ses contemporains, et termine sa composition par ces traits que l’on chercherait vainement dans tout Horace : toutes les fois que l’ardent Lucile, semblable à un ennemi qui a tiré son glaive, commence à frémir de colère, vous voyez rougir de honte l’homme dont la conscience est glacée par le remords d’une faute secrète.
La satire contre les nobles, trop longue, quelquefois surchargée de détails fatigants, renferme pourtant des beautés qu’on ne trouve dans aucun autre poëte du même genre; elle a cela de remarquable qu’elle nous présente dans la Rome de Juvénal les mœurs de l’époque, encore assez voisine de nous, où les grands seigneurs se piquaient d’être histrions , cochers, et fréquentaient de fort mauvais lieux. Le portrait de Domitien manquait dans Tacite, Juvénal nous représente au naturel ce monstre, dans la satire du turbot, qui, mêlant le ridicule à la terreur, nous fait frissonner pour les malheureuses victimes de la sinistre amitié d’un brigand capricieux, avec qui on peut recevoir la mort pour avoir parlé de la pluie et du beau temps. Dans la satire des vœux, la proscription de Marius, mendiant son pain sur les ruines de Carthage, la fin déplorable du grand Annibal; le drame de la mort de Priam, sont des beautés sublimes , que personne n’a encore surpassées. Une certaine pudeur avait empêché Tacite de peindre avec toute la difformité de sa nature, dans toute l’infamie de ses débauches, ce prodige de vices, que Juvénal ose nous montrer jusque dans le Zupanar où la courtisane impériale demande son salaire aux portefaix de Rome. La satire contre les femmes romaines nous les fait connaître comme Suétone nous révèle l’intérieur du palais, de la vie et du cœur des empereurs; mais si cette pièce étincelle souvent de beautés, elle a trois grands défauts : l’exagération, la monotonie qu’elle entraîne, et surtout l’absence des belles oppositions que le portrait de la vertu personnifiée dans quelques femmes aurait pu fournir au peintre.
En général , et cette réflexion est fâcheuse pour sa gloire, quand même nous ne posséderions pas sur lui des renseignements défavorables, on pourrait encore douter que la muse de Juvénal, cette fougueuse Némésis de la satire, ait eu le sentiment des bonnes mœurs et l’amour de la vertu. Inspiré par une âme pure , le poëte aurait eu plus de pudeur : il aurait ignoré ou n’aurait pas voulu peindre certains mysères de la plus basse partie de la vie humaine, déshonorée par des lâches et des pervers; ou bien, s’il avait pu descendre jusque là, il eùt voulu se purifier au sortir de l'enfer de la corruption, et aurait pris plaisir à nous faire remonter aux champs Élysées pour y respirer le parfum de la vertu.
Juvénal a eu beaucoup d'éditions dès le quinzième siècle, et plusieurs sont considérées comme princeps. Parmi ses traductions en français, on a beaucoup trop vanté celle de Dussaulx. Elle plaît, il est vrai, par un ton de candeur,
par un certaine facilité, par quelque chose de nature}, qu’ lui donne l’air d’un écrit composé en français ; mais l’auteur détruit comme à dessein toute la poésie de Juvénal. Pourtant, à cause de sa vigueur et de sa franchise de ton, Juvénal est singulièrement accessible à la traduction, et sous ce rapportil offre beaucoup plus de facilité qu'Horace. Le premier homme de talent qui voudra reproduire exactement, presque littéralement même, Juvénal avee le tour de sa phrase, son expression et sa couleur, rencontrera un succès vér table.
JUVENAL DES URSINS (JEAN JOUVENEL), né à Troyes, en Champagne, dans le quatorzième sivele, fut d’abord avocat au barreau de Paris. Ses talents et sa probité le firent distinguer de Charles VI, qui rétablit pour lui la charge de prévôt des marchands, La hanse parisienne lui fut surtout redevable du maintien de la libre navigat on de la Seine contre les prétentions féodales de certains seigreurs riverains; et il encourut peu après la disgrâce du duc de Bourgogne, pour avoir voulu s’oj/poser aux désordres qui signalèrent l'administration des oncles de Chailes VI. En 1410 il fut nonuimé avocat général au parlement de Paris. C'était l’époque où le schisme d'Occident agilait l'Europe. Juvénal des Ursins soutint avec fermeté les prérogatives royales, et on peut le compler parmi les magistrats qui ont le plus contribué à fonder les libertés de l’église gallicane. Lorsque Paris se trouva au pouvoir des Cabochiens, Juyénal, sortant lui-même de prison, conçut et exécuta l’audacieux projet de délivrer le roi, la reine et le dauphin, capüfs à Viæ cennes. Quand le dauphin Charles fut à la tête desaffaires, il le nomma son chancelier; mais Juvénal ayant refusé de sceller des lettres qui contenaient des libéralités escessives de la part de ce prince, fut privé de son emploi, et cette illustre vie s’éteignit dans un ingrat oubli. Juvénal des Ursins n ourut en 1431, laissant seize enfants.
JUVENAL DES URSINS (Jean), fils ainé du précédent, naquit en 1388, à Paris. Nommé en 1425 avocat genéral au parlement de Poitiers, il renonca bientôt à la magis.. trature pour embrasser l’état ecclésiastique, et il fut pourvu, en 1431, du siège épiscopal de Beauvais, qui conférait la pairie. Transféré , en 1444, à Laon, il devint, en 1449, archevêque de Reims. En cette dernière qualité , il prit part à diverses aflaires, telles que la révision du procès de Jeanne d’Arc, le jugement du duc d’Alençon et le célèbre procès des Vaudois. Ce fut lui qui sacra Louis XI. Ce prélat mourut à Reims, le 14 juillet 1473, laissant plusieurs ouvrages écrits en francais, entre autres une intéressante Chronique de Charles VI, imprimée à Paris, 1614, in-4°.
Son frère cadet, Jacques JUVÉNAL DES URSINS, né en 1410, et mort en 1457, occupa aussi l’archevêché de Reims (1444-1449), et passa ensuite à Pcitiers. C’est à ce prélat, ami éclairé des lettres et des arts, qu’on doit le fanseux Missel, ornc de miniatures, acquis en 1861 per M. Ambroise Firmin-Didot au prix d'env ron 36,000 fr., et qu’il céda à la ville de Pari:. Cet adm rable livre fut brûlé dans l'incendie de l’hôtel de ville, le 25 mai 1871.
JUVENCUS (Cas Verrius AQUILINUS ), poëte latin et: chrétien , était prêtre en Espagne, et mourut en 331. Outre une amplification poétique de l'Ancien Testament , ou plutôt des cinq livres de Moïse (publiée en 1853, par le P. Pitra. bénédictin de l’abhaye de Solesme, chez MM. Firmin Didot} en hexamètres, il écrivit dans le même rhythme une histoirede Jésus ( Historia evangelica), suivant saint Matthieu.
JUXTA-POSITION. Ce mot, formé de la préposition latine juxta (auprès), est employé en minéralogie pour exprimer l'accroissement des corps par l’apposition de matières nouvelles sur leurs surfaces extérieures.
K, onzièmeettre de l'alphabet français, et la huitième des consonnes, nous vient originairement du Æappa des Grecs, qui représentait l'articulation forte , dont la faible était g, telle que nous la faisons sentir dans gamelle, garenne, etc. Dans la langne latine, elle était représentée par la lettre c; mais, suivant Salluste, elle fut introduite chez les Romains par un auteur nomméSalvius. Toutefois, on sait qu’elle n’y fit pas fortune, car on ne la rencontre dans aucun auteur ni dans aucun dictionnaire latin. Ce caractère, jugé inutile dans la langue latine, est d’un usage fort rare dans la nôtre. Il pourrait même toujours être remplacé par le c ou par le g. On ne l’emploie guère que pour des mots tirés de langues étrangères. Le mot Ayrielle est à peu près le seul commençant par cette lettre qui ait pris naissance et place dans notre langage familier ; encore a-t-il été formé abusivement des mots yrie, eleison. Dans nos anciens auteurs, le K était souvent employé au lieu de qu: c’est Pasquier qui le fait observer dans ses Recherches sur la France.
La lettre K dans quelques anciens auteurs est un caractèrenuméral, qui signifie deux cent cinquante. La même lettre surmontée d’une barre horizontale désigne une valeur mille fois plus forte : ainsi K vaut deux cent cinquante mille.
Dans la géographie, le X se trouve souvent dans les noms propres du nord de l’Europe et dans ceux de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique. Cependant, quelques-uns de nos écrivains lui substituent le €, surtout devant les lettres a, 0,u. Ainsi on écrit Cherson, au lieu de Kherson, Caire au lieu de Kaire, etc.
Comme abrévation le K signifiait chez kes Romains Kæro, kalende. Sur les monnaies françaises c'était le signe caractéristique de la ville de Bordeaux. En chimie, K désigne “un équivalent de potassium ou kalium. CrnampAGNAC.
KRAABA , nom d'un édifice quadrangulaire, haut de 11 mètres et large de 9, qui se trouve dans la mosquée saint à La Mecque. Suivant la tradition mahométane la première Kaaba aurait été construite par les anges eux-mêmes, sur le modèle du pavillon qui surmonte le trône du Tout-Puissant ; et la seconde, par Adam, avec qui elle aurait été enlevée dans les cieux, où elle se trouve aujourd’hui placée en ligne perpendiculaire au-dessus de la Kaaba actuelle. Seth en construisit une autre, en terre argileuse et en pierre, mais qui périt dans le déluge : c’est pourquoi Abraham édifia la quatrième, où l’on peut encore voir la trace de ses pas, afin que le Dieu unique y fût adoré par les croyants. Cette dernière Kaaba fut restaurée à diverses reprises, et en dernier lieu, en 1630, par le sultan Mustapha, de sorte qu’il ne reste plus aujourd’hui de:la Kaaba primitive qu’un pan de muraille, tenu en grande vénération. Dans l'angle sud de la Kaaba se trouve extérieurement scellée une pierre noire , haute de 2 mètres environ, enchâssée dans de l'argent et applée Aadar-el-Aswad , et qui, toujours suivant la tradition mahométane, aurait été une des précieuses pierres du paradis que l’ange Gabriel aurait apportée à Abraham lorsque celui-ci s’occupait de construire la Kaaba. Cette pierre était d’une éclatante blancheur à l'origine, de manière qu'il était de toute impossibilité d’en supporter l'éclat à la distance de
quatre journées d, marche; mais elle gémit si longtemps et versa des larmes si abondantes au sujet des péchés du genre humain , qu’à la longue elle devint opaque, et enfin absolument noire. Mahomet l’érigea en Käiblah, destinée à tenir lieu de Jérusalem ; c’est-à-dire qu'il voulut qu’à l’avenir elle fût le but de toutes les prières des croyants. Il ordonna qu’on y vint äésormais en pèlerinage, en même temps qu’à la Kaaba ; aussi les pèlerins ne la touchent-ils et ne la baisent-ils qu'avec tous les signes de la vénération la plus profonde.
La Kaaba n’est ouverte que trois fois par an : la première fois pour les hommes, la seconde pour les femmes, la troisième afin dé se laver et de se purifier. Extérieurement on la fapisse chaque année d’une nouvelle étoffe de soie noire, sur laquelle sont brodées en or des sentences tirées du Coran. Tout autour de la Kaaba se trouvent les fontaines de Zemzem, où les pèlerins se purifient, ainsi que divers portiques où ils accomplissent leurs dévotions. Le tout est entouré d’un grand portique couvert et carré appelé Medjidel-Haram, c'est-à-dire mosquée sainte. Les revenus de la Kaaba sont considérables, car elle possède dans divers pays et villes un grand nombre de terres, de maisons et de rentes foncières. Tout près de là on montre la source, grâce à laquelle Agar put étancher la soif brûlante dont son fils était dévoré dans le désert,
Avant même la venue de Mahomet, la Kaaba était en grande vénération parmi les Arabes païens ; et des guer-
‘res acharnées éclatèrent souvent pour sa possession parmi
les tribus arabes voisines de La Mecque. Lors du pèlerinage que Mahomet vint y faire, les 365 statues d’idoles qui l’entouraient servaient à indiquer les jours de l’année.
KRABAL. Voyez KApouL.
RABALE. Voyez CABALE. |
KRABARDAH ou CABARDIE, contrée montagneuse, située au bas du versant nord du Caucase, habitée en grande partie par des Circassiens et des Talares, qu’arrosent le Torek et ses affluents, et qu’on divise en grande et en petite Kabardah. Cette contrée, demeurée jusqu’à ce jour libre et indépendante , et où les Russes ne possèdent pas encore un pouce de terrain, est séparée à l’ouest par la Soundja du territoire des Kistes on Kistetis , restés également indépendants; à l’est, par la Malka et le Terek, du pays des Tatares-Koubans et de la partie russe du Caucase. La population de‘la grande Kabardah est évaluée à 24,000 âmes, celle de la petite à 6,000 ; eny ajoutant les 6,000 âmes environ des pays de Tschegem et de Balkary, qu’on y comprend d'ordinaire, elle présente un total de 36,000 habitants, dont l'élève du bétail, la chasse, le brigandage, la guerre et le commerce des esclaves sont les principaux moyens de subsistance.
KABASSOU. Voyez Tarov.
KRABBALE. Voyez CABALE.
KABELJAAUWS ( Faction des). Voyez CABILLAURS.
KABIRES. Voyez CaBmEs.
KABOUL ou KABAL, ville déjà connue des anciens sous le nom d’Ortospana ou de Kabura, et qu’Alexandre le Grand, lors de son expédition dans l'Inde, en l'an 327
KABUUL — KABYLES
avant J.-C., appela Nicæa, capitale du royaume d’A fghanisian, ou encore (attendu que les chefs khans des tribus afghanes respectent assez peu et même pas du tout l'autorité de leur roi) capitale seulement du Kaboulistan, c’està-dire de la partie nord-est et la plus importante de ce royaume, contrée bornée au nord par l’Hindoukouh et le Kaféristan, à l’ouest par les Eimaks et les Hézarehs, tribus mongoles, qui habitent les déserts montagneux du Paropamisus (Guristan), et au sud par le Kandahar, le Peschawer et autres districts, aujourd’hui anglais, situés sur la rive droite de l’Indus. La ville de Kaboul est située à environ 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans un vallon triangulaire, sur les rives du Kaboul, qui va se jeter à l’est dans l’Indus, et entourée de trois côtés par des montagnes n’offrant qu’un étroit passage, conduisant par la route de Ghasna au défilé de Kourde-Kaboul. Les montagnes dominent complétement la ville, un étroit sentier les séparant seul du mur dont elle est entourée. Elles sont escarpées, rocheuses, pelées, et traversées par une longue ligne de murailles flanquées de tours, construites de distance en distance comme moyen de défense contre les Ghildjis, et interceptant tous les défilés vers l’ouest. Kaboul est entourée d’un rempart en terre, assez peu redoutable, malgré son élévation. A l’est de la ville, sur le sommet d’un rocher faisant saillie, s'élève le fort de Bala-Hissar ; et c’est sur le versant de cette hauteur que sont situés le palais du roi et les jardins qui en font partie, ainsi qu’un grand bazar entouré de fossés et de murailles, qui par là se trouve séparé de la ville. Au-dessus du fort, sur une hauteur qui le domine de même que tous
les alentours, s’élève la citadelle, où un fère de Dost-Mo-
hammed construisit un palais, auquel il donna le nom de Kulahi Feringi, c’est-à-dire de Chapeau Européen. Mais depuis 1843, époque où les Anglais s’emparèrent de Kaboul et la détruisirent en grande partie, tout cela n’est plus que ruines. Il en est de même du plus grand et du plus beau des bazars, situé au centre de la ville, et consistant en une vaste et large rue, bordée de maisons bien bâties, à deux étages et surmontées de toits plats, qui autrefois étaientpeints, dorés. Cette longue rue est divisée en quatre bazars par des cours carrées et couvertes, avec des issues à droite et à gauche conduisant aux bazars voisins, dont le plus grand, long d’environ 200 mètres, passait dans toute l’Asie pour un modèle d'architecture. Le reste de la ville se compose de ruelles tortueuses, étroites etsales, avec de hautes maisons à toits plats, dont il n’y a pas une seule qui soit bâtie uniquement en pierres, malgré l’abondance des matériaux qui se trouvent dans tous les environs. Kaboul comptait autre- . fois de 60 à 80,000 habitants, parmi lesquels un grand nombre d’Arméniens et de juifs. C'était une importante étape pour les caravanes entre la Perse et l'Inde, et le centre d’un grand commerce, aujourd’hui à peu près anéanti par suite de la cessation de toutes relations avec l'Inde. Les plaines ext: émement fertiles qui entourent Kaboul, produisent d’énames quantités ‘de céréales et de ressources alimentaires de tous genres, tandis que le reste du Kaboulistan, ou de PAfghanistan, est stérile et hors d'état de nourrir une population nombreuse.
RABOULISTAN. Voyez Kapou.
RABYLES, KABYLIE. Les Kabyles ou Berbères sont après les Arabes la race la plus nombreuse qu’on rencontre en Barbarie. Fixés surtout dans les parties les plus élevées des montagnes, et sur la côte d'Algérie, on les rencontre depuis Tripoli jusqu’au Maroc. C’est principalement dans cette dernière contrée qu’ils sont nombreux, et la partie de l’Atlas qui s’y trouve située leur appartient presque tout entière. Les Berbères, appelés à Tunis et à Alger Xbaili, c’est-à-dire Kabyles (du mot arabe Kbila ou Gabqyl, c’està-dire tribu) mais au Maroc, où leur langue est demeurée plus pure de mélange étranger, notamment avec l'arabe, Amarzigh et Schilloukh, sont sans aucun doute les des- <endants des habitants primitifs du nord de l’Afrique, des Libyens, des Gétules, qui dès les temps les plus reculés se
mélangèrent souvent, il est vrai, avec les envahisseurs, par exemple avec les derniers débris des Puniiet des Vandales, et changèrent alors de nom. C’est ainsi qu'au temps des Romains on les désignait sous les noms de Numides etde Maurilaniens. Mais, en dépit de tous ces mélanges, ils conservèrent toujours leur type originel. Appartenant à la race caucasienne, ils sont en général de taille moyenne, maigres pour la plupart, mais cependant vigoureusement constitués. Ils ont extrêmement peu de barbe; leurs cheveux sont le plus souvent noirs, de même que leurs yeux, vifs, perçants et à l'expression farouche. Leur peau, brunie par l’ardeur du soleil, varie entre le brun foncé et le jaune sale. La tête est assez ronde, et, comme la figure, elle ressemble bien moins à la tête des peuples orientaux qu’à celle des peuples de l’Europe centrale. Leurs traits sont grossiers, et portent le caractère d’une sauvage férocité. 11 se peut toutefois que des exceptions existent chez certaines tribus, par suite de leur mélange avec des étrangers.
Ce n’est que d’un très-petit nombre de tribus kabyles, habitant les parties les plus inaccessibles des montagnes, qu’on peut dire qu’elles ont toujours conservé leur indépendance. Les Romains les subjuguèrent complétement ; il en fut de même des Arabes, et plus tard aussi, jusqu’à un certain point, des Turcs, comme le démontre encore aujourd’hui leur religion, l’islamisme. Seulement, toutes les fois que les nations qui les avaient asservies tombaient en décadence, l’amour de la liberté inné en elles, et que n’avait pu détruire une longue et paisible soumission, leur faisait bien vite reconquérir leur indépendance. Le trait distinctif du caractère des Kabyles, c’est une indomptable férocité, et un amour sauvage de la liberté, qui les porte à haïr tous les liens de la civilisation, et les rend incapables d’apprécier ou de sentir les joies et les plaisirs de la vie sociale en aucun genre. Cependant, dans l’Algérie, ils appartiennent à la partie la plus laborieuse et la plus industrieuse de la population. Ils s’adonnent à l’élève du bétail et à la culture des terres, possèdent des demeures fixes et même une certaine industrie, comme aussi l'esprit commercial est un des traits les plus saillants de leur caractère. Ils excellent notamment dans la préparation du fer (qu'ils tirent, comme le plomb, des mines existant dans l'Atlas) pour instruments aratoires et surtout pour armes. Ils savent également fabriquer du salpêtre et de la poudre, des tissus de laine, des nattes tressées , des ustensiles en bois et en terre; et dans la plupart des tribus on trouve des moulins à eau et des pressoirs à huile. Cependant, l’anarchie demeure à peu près leur état social habituel ; il ne règne point en effet parmi eux d’esprit d'association et de confédération politique; leurs chefs ou chéiks ne jouissent point parmi eux d’une grande considération, et il n’y a que le sentiment commun de lanationalité, avec la haîne profonde qu’il leur inspire pour l'étranger, qui puisse les déterminer à se réunir afin de pouvoir lutter avec succès contre leurs ennemis. É
Les Berbères ou Kabylés sont divisés en tribus, dirigées par des kaids, librement élus, mais investis d’une très-faible autorité. Le pouvoir suprême et même permanent est exercé par la savia, assemblée religieuse composée de marabouts, et qui décide de toutes les questions en dernière instance. La législation a pour source la djemma, assemblée générale de chaque localité, où tout homme possédant un fusil a droit de voter, quel que soit son âge. A la différence des Arabes, les Kabyles combattent presque toujours à pied. S'ils n’ont point leur extrême mobilité, ils n’en apportent dans la lutte que plus d’opiniâtreté et d’acharnement. C’est dans l'empire de Maroc qu'ils sont le plus puissants et le plus nombreux; aussi ne sont-ils guère soumis que de nom à l'empereur. En Algérie, les Français élaient parvenus à complétement subjuguer les Arabes-Bédouins, et à consolider leur domination après la soumission d'Abd-el-Kader; maisleterritoire des Kabyles résistait toujours. Après des expéditions sans résultat, la Kabylie ne commença à être soumise qu’en 1847 ; toutefois elle se révolta en 1851,
1853, 1854 et 1856, et sa réduction ne fut complète qu’après la campagne définitive du maréchal Randon, en 1857.
Dans l'Afrique française on donne, dans un sens plus restreint, le nom de Kabylie à la partie orientale de la zone montagneuse de la côte appartenant à la province de Constantine, occupée par les masses inaccessibles et les montagnes coniques de la chaîne du Jurjura. On y distingue la Grande Kabylie , située en forme de triangle entre les caps de Delhys et de Djidjelli et le Sétif, et la Petite Kabylie, bornée à l’est par la précédente, et s’étendant de Djidjelli à Philippeville. On y compte 80,000 hommes en état de porter les armes. Mais plus loin aussi, dans les monts Aurès, on trouve un autre rameau de la famille Kabyle, qui s’est retiré dans la partie centrale de la province de Constantine ou dans les plaines, et qui ne diffère des tribus du nord que sous le rapport de la langue. On le désigne sous la dénomination de Shaouïas (bergers), et on n'évalue pas sa force à plus de 40,000 têles.
KADI ou CADHY, mot arabe, qui signifie Juge ou qu-
risconsulte , et qui chez les peuples professant le mahométisme est le titre qu’on donne à un juge inférieur, compris comme lemollahk, ou grand-juge, parmi les membres du baut clergé, parce que toute la législation a le Coran pour base. Les kadis cumulent les diverses fonctions que remplissent chez nous les commissaires et inspecteurs de police, les juges de paix, les notaires et les présidents de tribunaux civils et criminels. Ils vérifient les poids et mesures des marchands, la qualité des denrées, apposent les scellés sur les propriétés des décédés, légalisent ou rédigent les contrats de mariage et tous les actes civils, remplissent, à défaut d’un imam , les fonctions de ministre de la religion, décident sans appel de toutes les affaires contentieuses en matières civile: non-seulement des musulmans, mais même des juifs et de» chrétiens, jugent et font punir sans délai Ls délinquants en matière criminelle et de police. S'ils ont leurs coudées franches dans l'interprétation du droit oriental, qui est contenu dans le Coran et dans les écrits de ses commentateurs, ils usent également de la plus ample liberté dans l'application des amendes et des peines corporelles. Maïs s'ils abusent de cette latitude, ils trouvent à leur tour un jugeet un censeur dans le cacarousch ou polichinel musulman , qui se charge, comme Pasquin à Rome, de dire au pouvoir d’insolentes vérités. Les kadis nomment eux-mêmes leurs naïbs (substituts), qui forment le cinquième ordre de magistrats dans les bourgs et les villages, et qui sont aussi divisés en plusieurs classes. Les fonctions des kadis, en raison de leur diversité, de leur importance et de leur multiplicité, sont d'autant plus lucratives qu'ils ne sont jamais dans le cas de subir les conséquences du proverbe : où il n'y a rien la justice perd ses droits ; car deurs honoraires et les frais des procédures sont toujours payés en Turquie par le plaideur qui a gagné.
Il y a aussi des kadis en Algérie.