JUSTINIEN — JUVÉNAL
race danoise. Le pays est civisé en quatre bailliages , nom-
més d’après les villes d’Atlborg, de Viborg, d’Aarhuus etde Ripen. Dans les temps antiques , le Jutland était , dit-on, habité par les Cimbres, qui donnèrent leur nom à la péninsule tout entière; mais quand commencent les temps historiques, onle trouve habité par les Jutes, peuplade scandinave, qui avait ses propres rois et qui prit part aux expéditions des Saxons en Angleterre. Alliés des Saxons, les Jutes soutinrent la guerre contre Charlemagne, et plus tard, sous le nom de Normands, ravagèrent souvent encore les côtes de France et d'Allemagne, jusqu’à ce que, vers la fin, du neuvième siècle, ou au commencement du dixième , à la mort d’Halfdan, dernier roi du Jutland, le roi de Danemark, Gorm le vieux, s’empara de leur pays, qui depuis lors a toujours continué de faire partie du Danemark.
JUVENAL ( Decmus ou Decivs Junius JuvENALIS ), naquit à Aquinum , aujourd’hui Aquino , dans l’Abruzze , où peut-être ne fut-il qu’originaire de cette ville de l’ancien pays des Volsques. On ne sait rien de la famille et de la vie de ce poëte. Sur la foi de sa belle satire du Twrbot, on le fait vivre du temps de Domitien. Suivant toute apparence, ce ne fut que sous ce prince que son génie éclata dans toute sa force. On a prétendu qu’il avait atteint la vieillesse quand il composa ses satires. On peut révoquer en doute cette opinion. Juvénal paraît avoir cultivé par de fortes études ses belles dispositions naturelles : malheureusement, il suivit les leçons des déclamateurs, qui de son temps étaient fort en vogue, et contracta dans leur commerce une exagération , une enflure dont rien ne put le corriger. On ne saurait, du r#te, révoquer en doute qu’il n’ait étudié avec soin les œuvres de Sénèque, de Lucain et de Tacite; il a toutefois avec ces trois écrivains des traits de ressemblance qui semblent en faire un homme de leur école. Pour l’honneurydes lettres, on voudrait que l’indignation de la vertu eût été sa muse : pourquoi faut-il qu'une épigramme de Martial, son ami, nous révèle de tristes secrets ? Ce moraliste si sévère, cet inflexible censeur des crimes et des vices de son temps, ce redoutable fléau de tous les pervers, assiégeait les portes etles antichambres des palais, mendiait les faveurs des grands, et poursuivait sans cesse les faveurs de la Fortune. Juvénal était, enfin, le Salluste de la satire, c’est-à-dire corrompu dans ses mœurs, et respirant dans ses écrits l’austérité d’unstoïcien.
S'il avait de l'ambition, il en dut être assez puni par son exil en Égypte, disgrâce déguisée sous les honneurs obscurs de quelque légion. Certains auteurs le font mourir dans cette terre de prodiges, qui ne le consolait pas de l’absence de Rome. Suivant de doctes supputations, il se serait éteint dans un âge très-avancé, soit en Égypte, soit en Italie, sous le règne d'Adrien. On doit regretter qu’il n’ait pas laissé, comme Horace et Virgile, des traces de sa vie, et des notions précises sur lui-même dans ses écrits; mais à cet égard les souhaits sont superflus. Inspiré par le talent, et non par le cœur, Juvénal nous montre ce qui manquait au talent d’Horace, et ce que nous devrions trouver dans ses satires, l'amour ardent de la vérité, la peinture des mœurs romaines, la haine de la tyrannie, et les élans d’une juste colère contre les oppresseurs. Il n’a point tenté la poésie 1yrique, et il a bien fait, La nature de son talent répugnait à un genre qui veut autant de souplesse que de verve, autant de grâce et d'élégance que d'élévation. Nourri au milieu des cris de l’école, suivant l’expression de Boileau, il aurait mêlé les déclamations du rhéteur aux inspirations du poëte, et ses odes auraient eu quelque chose du caractère des vers de Claudien, sublime quelquefois, mais le plus souvent mo: notone et ennuyeux, comme un son grave et longtemps répété. La satire, surtout appliquée au peuple romain tel qu'il était alors, lui convenait beaucoup mieux, Il fallait un Tacite à la satire : Juvénal le fut, :
Dès son début on reconnaît en lui le ton d’un ennemi des vices, que Caton le Censeur aurait embrassé, A peine a-t-il paru éconter un moment son impatience contre les poëtes qui le poursuivent avec la lecture de leurs ouvrages,