‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 50 sur 522 · HIPPOCRATE — HIPPODAMIE · texte numérisé non relu

HIPPOCRATE — HIPPODAMIE

famais cœur d'homme n'a mieux connu la sainteté de ses devoirs, et ne l’a fait sentir aux autres hommes par des traits plus fouchants. Jetez les yeux sur son Serment, sur sa Loi, sur ses Préceptes, sur son petit traité De La dignité du médecin. Quelle pureté de mœurs ! quelle chasteté! quelle discrétion! quelle gratitude et quel désintéressement ! Pour lui la morale est aussi nécessaire que l’air lui-même. Aussi, faut-il rejeter comme une odieuse calomnie ce bruit devenu presque populaire, qu'après avoir puisé dans les archives des temples tout le fonds de ces admirables livres qui Pont immortalisé, Hippocrate en cacha pour jamais la source, en la faisant disparaître par un incendie. Ce mélange d’horreur et d’extravagance peut-il se concilier avec tant de génie. et de vertu? Est-il un seul écrivain de l’antiquité qui ait osé noircir le moins du monde un si noble caractère? C’est seulement dans nos temps modernes qu’une malignité fanatique l’a accusé d’athéisme : imputation de laquelle ont pris soin de le laver des hommes d’une raison supérieure et d’une érudition consommée.

Les véritables ouvrages d’Hippocrate sont en assez petit nombre : s’il éfait nécessaire de les classer selon l’ordre de leur importance, nous placerions au premier rang : {° quel: ques traités descriptifs, en particulier celui des Affections intérieures , etc.; 2° le 1°" et le 3° livre des ÆEpidémies, dont nous ne voulons point séparer ses belles vues sur les Constitutions (voir le Traité des Prognostics), où respire ce sensexquis dont on est saisi presque à chaque parole, et qui est le caractère essentiel du génie; 4°le Traité du régime dans les maladies aïgués ; 5° enfin, ce livre des Aphorismes qui , sauf quelques répétitions, quelques transpositions , et peut-être aussi quelques interpolations,' suffirait seul à l’éternelle gloire de son auteur : la troisième section est surtout .un modéle de statistique médicale ; 6° enfin, le livre si connu Des airs, des eaux et des lieux, dont Aristote et Montesquieu ont si bien développé les conséquences. Ses livre sur la chirurgie ne sont point assez lus. Ils renferment touchant les fractures, des choses toutes nouvelles, même pour nous. Seulement il ne permet pas à ses disciples de tenter l'opération de la taille. C’est que de son temps la taille était le patrimoine de quelques opérateurs, comme on le voyait en Europe il y a quelques siècles, comme on le voit encore aujourd'hui dans une partie de l'Orient. On connaît, du reste, toutes les qualités de son style, nerveux , concis, rapide , plus rempli de choses que de mots, et faisant briller en courant des vérités inattendues.

On a mêlé aux événements dela vie d’Hippocrate quelques faits apocryphes et contestés. On dit qu’à la cour de Perdiccas, roi de Macédoine, il fit ce que plus tard Érasistrate fit à la cour du roi de Syrie, Séleucus. La similitude de ces deux aventures a fait croire qu’elles étaient fabuleuses : raisonnement peu exact. Une grave épidémie ravageait les États du grand roi; ce prince envoya une députation solennelle à Hippocrate, et l’engagea par de magnifiques promesses à venir au secours de ses sujets. Hippocrate refusa les dons et les secours. Le premier refus honore Hippocrate ; il suivait dans le second les idées que les Grecs s'étaient faites sur les devoirs du citoyen; mais dans les idées, plus élevées, que nous avons touchant les devoirs de l'humanité, ce refus serait-il excusable? Fénelon l’eût blâmé, lui, aux yeux de qui toutes les guerres sont des guerres civiles. Les détails de cette affaire servent de texte à des lettres dont on a grossi les œuvres d’'Hippocrate, et que l’on croit supposées, ainsi que celle où l’on parle du voyage d'Hippocrate à Abdère pour voir Démocrite et le traiter d’une prétendue folie. Est-il vrai, du reste, qu'Hippocrate se soit également refusé aux sollicitations des Illyriens et de quelques rois barbares dont les États souffraient de la peste, ou plutôt du typhus gonftagieux, car la vraie peste n’existait point alors? Est-il vrai que dans la peste d'Athènes, décrite par Thucydide, ilait rendu aux Athéniens ces services signalés qui lui méritèrent une couronne d’or et une pension dans le Prytanée? Ces

| histoires sont des fictions de quelques écrivains plus mo-

dernes. On ne trouve rien qui les autorise, ni dans Thucydide ni dans Hippocrate lui-même.

Ce grand médecin, ce grand écrivain, ce grand philo. sophe, ne jouit réellement de toute sa gloire que lorsque, rendu à ses foyers, il déploya dans l’école de Cos ces rares et sublimes connaissances qu'il devait à ses études, à ses observations , à ses méditations , à ses voyages , à ses communications avec les premiers hommes de son temps. Ce fut alors que l’école de Cos prit sur toutes les autres cette suprématie qui dure encore, et que les siècles ne lui Oteront jamais. Cependant, il quitta son école pour se rendre à Larisse, ville de Thessalie, où il mourut, dans un âge avancé. Quel était précisément cet âge? On à varié sur ce point entre les deux extrêmes de quatre-vingt-quatre et de cent neuf ans. Une sépulture lui fut donnée entre Gyrtone et Larisse. PARISET.

La meilleure traauction française des Œuvres d'Hippocrale est celle qu’a donnée M. Littré (Paris, 1839-1853, 8 vol. in-8°). Pour le texte la plus complète édition est celle de la Bibliothèque grecque de MM. Didot.

HIPPOCRATIQUE (Faciès). C’est le nom que donnent les médecins à un ensemble de caractères que présente la face chez les mourants, d’après Hippocrate, qui en a le premier décrit le tableau. Voici les caractères de ce faciès : peau du front tendue, sèche ou couverte d’une sueur froide; yeux entr’ouverts pendant le sommeil et enfoncés dans leur orbite; nez effilé; tempes creuses; pommeéttes saillantes ; oreilles froides, sèches et retirées ; lèvres livides et pendantes. Il est bon de savoir toutefois que quelques-uns de ces signes peuvent se montrer soit seuls, soit même réunis, sans annoncer une mort prochaine. D' SAUCEROTTE.

HIPPOCRENE, c’est-à-direla Fontaine du Cheval (du grec roc, cheval, et xpñvn, fontaine), source pélasgique de Béotie, consacrée aux Muses, sur l’'Hélicon. Près de cette source, Bellérophon se serait saisi de Pégase, qui y était venu boire. Telle est la tradition de Strabon. D’aütres versions rapportent que c’est au moment où le cheval ailé s’élançait de la terre vers les régions du ciel, que, d’un coup de pied, il fit jaillir sur l’Hélicon l’Hippocrène. Antonius Liberalis dit qu’elle naquit lors de la lutte des Piérides et des Muses : charmée de leurs concerts, la montagne grandissait à vue d'œil, quand Pégase, envoyé par Neptune, comprima d’une ruade, qui fit jailhir l’Hippocrène, cet essor ambitieux. Les pieds délicats des Muses, dit Hésiode, s’agitent autour de cette fontaine, dont la fraîcheur augmente celle de leur teint. Il suffit aux poëtes de s’y désaltérer pour faire de beaux vers. Pausanias parle d’une autre source, que fit également jaillir un coup de pied de Pégase, lAganippe, à sa gauche, quand on entre dans le bois sacré; mais il ne dit rien de l’Hippocrène. Pline Pancien cite l’'Hippocrène avec l’Aganippe, l’Aréthuse, la Dircé : mais il n’a point vu, il a compilé. Si l’on songe maintenant que ces deux merveilleuses fontaines ont même origine, mêmes propriétés, presque même nom, on fera comme plusieurs poëtes anciens, qui les ont confondues. ÉTIENNE,

HIPPODAMIE (qui dompte les chevaux) ou DÉIDA- MIE (la Victorieuse), une des plus célèbres héroïnes de la Grèce, était fille d’Adraste, roi d’Argos. Elle épousa Pirithoüs ; ses noces furent ensanglantées par le fameux combat des Centaures et des Lapithes.

HIPPODAMIE, princesse d’Élide et la plus belle de ces héroïnes qui devaient être le prix de l’heureux préten: dant vainqueur d'Œnomaüs, son père, roi de Pisa , à la course des chars. Treize princes avaient déjà été tués par ce tyran, la mort étant une condition de leur défaite. Un rusé vainqueur se trouva : ce fut Pélops, qui gagna son écuyer et épousa sa conquête; funeste hymen, d’où naquirent, entre autres fils, AtréeetThyeste, si connus sur la scène grecque, que Virgile s’écriait, il y a près de deux mille ans :

Qui ne connait Pélops et sa fatale amante ?

DENNE-BARON

HIPPODAMIE, fille de Brisès. Voyez Briséis.

HIPPODROME (du grec ixroç, cheval, et êpouos,

course), place où Pon court, lieu destiné aux courses de che-

vaux ou de chars. De tout temps les Grecs montrèrent le goût le plus vif pour les courses.de chevau x et de chars, et les hippodromes remontent à l’époque héroïque; on peut s’en convaincre en lisant le 23° livre de l’Iliade. Cependant l'antiquité nous à laissé bien peu de documents sur ces arènes, leur étendue et l’espace qu’on y parcourait. Le seul Pausanias a décrit l'hippodrome d'Olympie, et encore cette description est-elle très-confuse en plusieurs endroits.

Une enceinte, longue de 120 mètres et affectant à peu près la forme d'un éperon de navire, précédait l’hippodrome et servait à remiser les chevaux et les chars pendant les préparatifs de la lutte. La lice qu’ils avaient à parcourir était un carré long; à son extrémité se trouvait un terre-plam, surmonté d’une borne, autour de laquelle il fallait tourner. L’espace en cet endroit était si resserré, qu’il n’y pouvait passer qu’un seul char à la fois; c'était Vécueil où vendïent échouer la plupart des concurrents. Pour sortir de ce pas dangereux, il s'agissait surtout de modérer à propos les chevaux qu’animaient des fanfares éclatantes et le choc bruyant des cymbales ; et l’aurige superstitieux adressait tout bas des vœux au génie Taraxippus (qui effarouche les chevaux), dont l'autel décorait l'entrée même de l'arène. Lorsqu'un char se brisait contre la borne, ceux qui suivaient descendaient sur la pente d’une tranchée douce qui régnait autour du terre-plein, pour remonter ensuite sur le terre-plein et accomplir évolution prescrite autour de la borne. Les juges qui décernaient les prix aux vainqueurs étaient assis à l’une des extrémités de l’hippodrome, près de l'endroit où se terminait la course, et les spectateurs s'étageaient le long de la barrière ou du mur à hauteur d'appui qui formait la lice.

On croit généralement que les hippodromes des anciens avaient quatre stades de longueur et un stade de largeur. Les Romains empruntèrent aux Grecs leurs courses de.chevaux et de chars; mais ils appelèrent cirque l'édifice où se donnaient ces jeux, et qui servait d’ailleurs en même temps aux combats de bêtes et de gladiateurs. L’âge d’or de l'hippodrome, ce fut le Bas-Empire. 11 aimait à la fureur ces sortes de spectacles, ce peuple hybride qui avait hérité des Grecs et des Romains; il y déployait tout le luxe fabuleux de l’Orient, jusqu’à sabler de poudre d'azur et de vermillon l'arène où luttaient les factions rivales des cochers, ces bleus et ces verts qui se partageaient la mul-

titude passionnée, 11 y eut deux hippodromes à Constanti 105, l'un bâti par Théodose et qu’Irène démolit: il était situé entre le palais d'Éleutherius et celui d’Amastrianus ; l'autre commencé par Septime Sévère et fini par Constantin le Grand. C’est sur son emplacement qu'est aujourd’hui située la place de l'Afmeidan, et le vocable ture a la même signification que le mot grec auquel il a été substitué. En Asie Mineure, en Italie, en France, il existe encore quelques ruines d’hippodromes, mais beaucoup moins que de cirques et d’amphithéâtres, constructions massives qui ont mieux résisté au temps destructeur.

L'hippod' ome moderne n’est plus qu’une vaste carrière disposée ponr les courses de chevaux. L'origine n’en remonte pas plus haut que le dix-septième siècle. Ce fut en Angleterre, sous le règne de Jacques 1er, qu’on traça les preiniers hippodromes. Afin de développer sans fatigue et sans danger Ja vitesse des chevaux, on choisit pour l’em-

placement un gazon tourbeux (£urf, en anglais). Les plus fameux hippodromes sont ceux d'Epsom et de New-Market : l'immense étendue du premier, ses pentes et les accidents de terrain qu’il présente permettent d'y établir des courses de tous genres, soit plates, soit ascendantes ou descendantes. Viennent ensuite ceux d’Ascot, de Goodwood et de Doncaster. A mesure que le goût des courses se propagea en France, les hippodromes y devinrent plus nombreux, et l’on y en comyte aujourd’hui dans beaucoup

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