‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 49 sur 522 · HIPPIAS — HIPPOCRATE · texte numérisé non relu

HIPPIAS — HIPPOCRATE

HIPPIAS, frère d'Hipparque, régna seul sur Athènes, après l'assassinat de ce tyran. Depuis ce moment, il ne ne voulut plus devoir sa sûreté qu’à une police impitoyable. Poursuivis par les délations et les supplices, beaucoup de citoyens quittèrent leur ville natale, et se réfugièrent à Lacédémone ou à Delphes. La Pythie parla en faveur des proscrits, et les Lacédomoniens s’armèrent pour eux. Les enfants d’Hippias étant tombés en leur pouvoir, celui-ci, pour les racheter, consentit à abdiquer sa puissance et à quitter l’Attique dans l’espace de cinq jours. Ceci se passait l’an 511 avant J.-C. La réinstallation du tyran, proposée par les Spartiates, ayant été rejetée avec indignation par le conseil amphictyonique, Hippias se retira à la cour du satrape Artapherne, qu'il décida à s’armer contre sa patrie, ce qui ne fit que la consolider. 1] fut tué, l’an 490 avant J.-C., à la bataille de Marathon, au milieu des Perses qu’il avait ameutés contre ses concitoyens.

HiPPIAS, sophiste, né à Élis, qui vivait environ 400 ans avant J.-C., contemporain de Protagoras et de Socrate, se rendit surtout fameux par son extrême vanilé et sa vantardise, Platon, dans deux de ses dialogues, auxquels il a donné son nom, le critique sévèrement, à cause de l’obscurité de son langage.

HIPPIATRIQUE, l'art de guérir les maladies des chevaux, partie essentielle de l’art vétérinaire.

HIPPO, ancienne capitale et résidence des rois de Numidie , située sur la Méditerranée, fut célèbre plus tard comme siège d’un évêché qui compta saint Augustin au nombre de ses tilulaires, Les Arabes la détruisirent au septième siècle. Pourtant elle se rétablit sous le nom d'Hippone, d’où l’on a fait par la suite Bone.

HIPPOCAMPE, genre de poissons de l’ordre des lophobranches ; c’est un animal de forme étrange, qui se rencontre dans toutes les mers du globe. 11 n’excède pas en longueur 20 à 30 centimètres; sa bouche s’allonge en forme de trompe; ses yeux sont saillants et surmontés de deux espèces de cornes ; sa queue est longue et prenante; il a tout le corps hérissé d’arêtes en long et en travers, qui le protègent comme une armure. Le mâle a sous la queue une poche, où il porte les œufs jusqu’à leur éclosion. L’hippocampe est quelquefois appelé cheval de mer.

HIPPOCRATE,. Ce grand homme naquit dans Ja petite île de Cos, la première année de la 80° olympiade, c’està-dire 460 ans avant J.-C. Il était de la famille des A sclépiades, et le dix-huitième descendant d'Esculape. A cette époque l’école de Cos possédait depuis très-longterps sur toutes les branches de Part médical une prodigieuse quantité de matériaux donnés par l'expérience, et pour ainsi dire épurés les uns par les autres. Cette masse énoi me de faits renfermait en elle-même et les lois des maladies et les lois de la médecine : il ne fallait plus pour les découvrir que rapprocher ces faits, les comparer entre eux, en saisir, en exprimer les rapports. Ce travail immense, un seul homme a eu le courage de l’entreprendre et le bonheur de achever, Hippocrate, conduit, inspiré par un des plus beaux génies qui aient honoré le monde. Quiconque lira sans préoccupation les chefs-d’œuvre sortis des mains de ce grand homme sera frappé de toutes les qualités de ce rare esprit : justesse, profondeur, sagacité, étendue, élévation, sublimité. Il n’est pas une parole de ses écrits légitimes (j'entends ceux qui sont vraiment de lui) qui n’ouvre à vos yeux un horizon infini, qui ne vous jette dans le silence et le recueilleinent de la méditation : car (et j'emprunte ici ce que m'en disait l’illustre Cabanis) tel est le caractère d'Hippocrale, d’exciter l’entendement et de faire penser plus qu’aucun autre écrivain, quel qu'il soit.

Pour élever à la médecine ce solide et magnifique monument, Hippocrate ne voulut point se borner aux seules richesses qu'avaient réunies ses aïeux. Après la mort de son père Héraclide, qui avait été son premier maître, et déjà profondément initié dans la doctrine de sa famille, il sentit qu'il devait étendre ses connaissances par des voya-

ges. Une secrète inquiétude l’avertissait qu’un complément lui était nécessaire. On comptait hors des temples des médecins célèbres et dignes de leur célébrité. Hérodicus de Sélymbrie faisait à l’aide de la gymnastique des cures merveilleuses. Le voir, le connaître, se faire son élève pour être son imitateur, devenait un devoir pour Hippocrate. Lacédémone, de même que Cyrus, appelait des médecins étrangers pour le service de ses armées, et les tristes jeux de la guerre apprennent ce que ne saurait apprendre la clinique tranquille d’une école: Voyez la singulière variété de lésions que décrit Homère en peignant ses batailles ! Autre théâtre: à voir, autres scènes à étudier, autres maux à guérir. I pensait, d’un autre côté, que les climats, les lieux, les saisons, les qualités de l’air et des eaux, marquent de leurs caractères les constitutions et les maladies ; et ces vues de son esprit, il voulut les constater par des observations directes, pour les présenter dans leurs véritables limites, ou du moins dans leurs variétés principales.

Afin de se former au talent de l'expression, il prit des leçons de Gorgias, le plus fameux rhéteur de la Grèce; et apres un séjour de quelques années dans l’île de Thasos, il parcourut les principales villes de la Thessalie, de la Macédoine, de la Thrace et du nord de l’Asie Mineure, interrogeant partout et notant avec soin les secrètes influences qu’exercent sur le physique et sur le moral de l’homme tous les agents naturels : et soit qu’il ait passé la mer pour visiter l'Afrique, et particulièrement cette Égypte qui avait tout inventé, soit que de fidèles renseignements lui aient ététransmis de cette partie du monde, ce qu’on ne peut nier, r’ast qu’à la fin de son traité du Prognostic, pour autoriser toute sa doctrine sur ce point capital, il cite les faits que l’on observe dans 1a Thrace, à Délos,et dans la Libye, c’està-dire sur un espace de terre qui comprend de 12 à 15 degrés de latitude. La Thrace et la Libye en sont les extrèmes, Délos en occupe le milieu.

Ce n’est pas tout. Depuis deux siècles les esprits étaient tournés vers l'étude de la nature. Plusieurs philosophes avaient écrit sur la médecine. Mais en entrant dans la médecine, la philosophie générale n’y portait que des idées toutes spéculatives, lesquelles devaient trouver leur confirmation dans la pratique ; et le soin de vérifier la théorig par les faits ne pouvait être pris que par un médecin. Hippocrate voulut donc à son tour pénétrer dans la philosophie générale, et il eut la gloire de l’associer et tout ensemble de la subordonner à sa science favorite. Aussi Galien se plaît-il à répéter qu’Hippocrate était non-seulement un médecin admirable, mais encore un philosophe du premier ordre. Quelle est la portée de ces paroles ? Ouvrez le Phèdre de Platon : vous y lirez qu'Hippocrate s’occupait de Ja nature, de la composition et des propriétés des corps. Pour marcher avec sûreté dans des recherches si délicates, il voulait ramener les corps à leurs éléments les plus simples, et reconnaître pour chacun d’eux ce que, dans son contact avec tous les autres, il peut faire et souffrir. Changez ce langage, et vous êtes dans les affinités de la chimie moderne. Jusqu'où les physiciens de son temps et lui-même avaient poussé leurs investigalions, on l’ignore; mais c'était être allé fort loin que d’avoir pénétré jusque-là. Du reste, Hippocrate recome mande vivement aux médecins d'étudier toutes les sciences naturelles, la physique, la météorologie, l'astronomie. 11 avait lui-même une connaissance très-exacte de la constilution de la terre, de ses pôles et de ses zônes ; des modilications que les mers et les continents impriment à l’atmosphère ; de l’action de l'air sur l'organisation de l’homme et des animaux. L'air pour lui est l'aliment de la vie et de la combustion : parole dont on sent aujourd’hui la profondeur et l'étendue. Enfin Hippocrate savait ce qu’on ne savait pas il ÿ a un demi-siècle, c'est que les poissons ne vivent que parce qu'ils respirent l'air interposé entre les molécules de l’eau.

Quant aux autres parties de la philosophie générale, il en est une qu'Hippocrate a surtout honore, c'est la moraie,

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