‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 503 sur 522 · KANGUROO — KANT · texte numérisé non relu

KANGUROO — KANT

sont volumineuses et hérissées de longues, de larges apophyses, qui donnent attache à des muscles puissants.

La tête des kanguroos est fine et allongée; leurs oreilles varient de forme; leur appareil dentaire est surtout remarquable par l'absence des canines et par la disposition spéciale des incisives; enfin, quelques différences se remarquent dans la disposition relative des mächelières chez les diflérentes espèces. Leur pelage se compose de poils soyeux et laineux : les premiers se trouvent aux membres, à la tête et à la queue; les seconds couvrent le reste du corps; quelques soies noires, raides, courtes sont parsemées çà et là.

Les kanguroos sont originaires de l'Australie ; essentiellement frugivores à l’état sauvage, i'sse décident à manger tout ce qu’on leur offre. Ils habitent les bois, et errent par bandes nombreuses , généralement conduites par de vieux mâles. Au repos, ils affectent une slalion verlicale, dans laquelle leur énorme queue et leurs longs mé-

tatarsiens forment un trépied solide, effrayés et poursui- | vis, ils courent avec une grande agilité, et dans celle course |

rapide, appelant à leur secours et leurs quatre membres et leur puissante queue, qu’ils détendent comme un ressort, ils franchissent quelquefois d’un seul bond un espace de 7 à 10 mètres. Les kanguroos sont en général d’un naturel paisible, mais parfois ils se battent entre eux.

Ainsi que chez tous les marsupiaux, la peau de Pabdo-

men est disposée chez les kanguroos de manière à former autour des mamelles une espèce de bourse dans laquelle les petits, expulsés de la matrice sous forme embryonnaire, grandissent et se développent, et dans laquelle ils se retirent encore toutes les fois qu’un danger les menace, alors même qu’ils sont assez forts pour paître l'herbe et pourvoir eux-mêmes à leur subsistanee.

Ce genre renferme d’assez nombreuses espèces, qui se distinguent par des différences de tailles surtout, et par des variétés de pelage.

RANSAS, un des États de l’Union américaine du Nord, situé à l’ouest entre le Nebraska, le Colorado, le

Missouri, le Nouveau-Mexique et l’Utah, occupe une su- |

perficie de 210,613 kilom. carrés. Sa population, forte de 107,206 habitants en 1860, en complait 364,399 en 1870. Le sol est très-fertile en céréales, coton et tabac; les savanes et les forêts sont nombreuses, et l’on y chasse le bufle, le daim et l’antilope. Le Kansas est encore occupé par plusieurs {tribus d’Indiens nomades. Érigé en territoire en 1854, il devint le théâtre de violents débats entre les partisans et les adversaires de l'esclavage; des deux côtés on y envoya des troupes de colons en armes, qui s’efforcèrent de faire triompher leurs opinions, et en 1856 les deux partis se donnèrent chacun une constitution. Celle qui finit par être adoptée, en 1859, aholit l'esclavage, et le Kansas fut admis, le 29 janvier 1861, au rang d'État. Durant la guerre de sécession il s’est rangé du côté de l'Union. Il y avait, en 1872, 2,850 kilom. de chemins de fer ouverts à la circulation.

RANT (EuuanueL), l’un des plus grands philosaphss de tous les siècles, naquit le 22 avril 1724, à Kœnigsberg, en Prusse : il était fils d’un sellier. Après avoir fait ses premières études au gymnase de sa ville natale , le Collegium Friedericianum, il suivit les cours de l'université, où il étudia d’abord la théologie, qu’il abandonna bientôt pour les sciences naturelles , les mathématiques etla philosophie. Ses cours universitaires une fois terminés , il remplit pendant neuf ans l’emploi de précepteur particulier dans diverses familles, et publia à cette époque son premier ouvrage, Pensées sur la véritable appréciation des forces vivantes (1747). En 1755 il prit ses degrés, et fit alors des cours publics à l’université sur la logique et la metaphysique, la physique et les mathématiques. Après avoir inutilement concouru à diverses reprises pour des chaires qui venaient à vaquer dans sa patrie, on lui offrit, en 1762, une chaire de poésie, qu'il refusa, parce qu'il se sentait hors d'état de l'oc-

cuper, et n’oblint qu’en 1770 la chaire de logique et de métaphysique, deux sciences qu’il continua de professer jusqu à la fin de ses jours. 11 avait déjà publié sur les sciences naturelles, notamment sur l'astronomie ( Histoire et théorie universelle du ciel [1755]), sur la géographie physique ou encore sur la philosophie (Seul motif possible d'une démonstration de l'existence de Dieu [1763]; Observations sur le Sentiment du beau et du sublime [1764]; Rêves d'un Visionnaire, élucidés par les rêves de La métaphysique | 1766 |, etc.,etc), un grand nombre de disseitations et d'ouvrages qui avaient fait reconnaître en lui un observateur aussi fin que spirituel en:même temps qu’un penseur profond et original. Toutefois, la série d'ouvrages par lesquels il a fait époque dans l'histoire de la philosophie ne date que de sa dissertation De Mundi sensibilis et intelligibilis Forma et Principiis (1770), par laquelle il inaugura son entrée en fonctions. C’est en même temps le programme de sa Critique de la Raison pure, qu’il ne publia qu’onze années plus tard (1781). Dès lors ses grands ouvrages philosophiques se suivirent rapidement. En 1783 parurentles Prolégomènes de toute métaphysique future ; en 1785, la Création de la Métaphysique des Mœurs ; en 1786, les Principes métaphysiques des Sciences naturelles ; en 1788, la Critique de la Raison pratique; en 1790, la Critique du Jugement; en 1793, la Religion dans les limites de la simple raison; en 1791, les Principes métaphysiques de la Morale, et ceux de la Jurisprudence en 1798 ; enfin, le dernier de ses ouvrages, L' Anthropologie au point de vue pragmatique.

Kant mourut à l’âge de qua‘re-vingts ans, le12 février 1804. Il ne s’était jamais marié, et ne s’était jamais éloigné des environs de Kœnigsberg. Ses travaux 1e l’empêchaient point de prendre sa part des distractions du monde. Jl aimait les sociétés gaies et sans prétentions, et son commerce était aussi agréable que recherché. Ses Œuvres complètes ont été maintes fois réimprimées. La plus récente édition en à paru à Leipzig, en 12 volumes ( 1838-1839.)

[Kant s’est surtout proposé de combattre le scepticisme et l’idéalisme ; mais s’il a pris à partie le sceptisme et l’idéalisme véritables, représentés par Hume et Berkeley, il à méconnu la cause de tous les deux et la nature du dernier.

Premièrement, il n’a pas vu la source de l’erreur respective de ses deux adversaires; en second lieu, non moins superficiel qu'eux, il les a combattus avec des raisons aussi mauvaises que l’étaientles leurs. Il a cru que le scepticisme de Hume tenait à l'absence d’idées a priori, comme il parle, c’est-à-dire d’idées étrangères aux sens : ce qui serait vrai si par là il eût entendu les véritables idées premières ou générales. Mais ce n’est pas elles qu'il regrette dans Hume. 11 s’est imaginé, d’un autre côté, que l’idéalisme de Berkeley, qui faisait tout venir de Dieu, même les sensations, avait pour cause, au contraire, ces idées générales, et qu’elles élaient nécossairement exclusives de l'expérience. Ainsi placé entre deux erreurs, qu'il croyait sortir de deux causes opposées, qu'a fait Kant? Il s’est escrimé, d’une part à réduire les idées générales à de pures conceptions, et dès lors à n'être plus les principes constitutifs et les objets, mais les simples directions de l’esprit, ne donnant à l'esprit pour objet que les sensations ou représentations sensibles , qu’il nomme intuitions ; d'autre part, à établir que les sensations sans les conceptions de l'intelligence sont radicalement impuissantes à fournir la connaissance, À ses yeux, la connaissance comprend deux, parties d’origine différente, et qui pourtant sontinséparables * les représentations sensibles et les conceptions. Néanmoins, si les conceptions particulières peuvent se rapporter à des représentations sensibles, les conceptions générales ne sauraient le faire. Kant cependant ne rejette pas les conceptions générales ; il les emploie à établir l'unité dans les conceptions particulières, comme il emploie celles-ci à unir les représentations. Il suit de là que les conceptions particulières

ont un objet dans les représentations sensibles, et que les conceptions générales, qui n’y en trouvent pas, n’en ont absolument aucun. Avec de tels principes, comment va-t-il se débattre entre le scepticisme et l’idéalisme ?

Après avoir fait tellement dépendre l’une de l’autre la part de l’intelligence et la part des sens dans la connaissance, que la connaissance est impossible si on les sépare, Kant se croit en mesure de confondre à la fois Hume et Berkeley, en donnant à l’un dans les conceptions & priori l’idée du rapport de l'effet à la cause, et en prouvant à l’autre l'existence des objets extérieurs ou des corps, par l’impossibilité des conceptions sans celte existence, Mais qu’'importent à Hume les conceptions a priori? qu'importe, par exemple, que la conception de causeet d’effet, et de leur rapport, émane de l'intelligence, si cette conception est sans objet hors des représentations sensibles, hors de l'expérience ? Elle s'évanouit avec les représentations qui la faisaient vivre, laisse revenir les ténèbres sur le rapport de l’effet à la cause, et le doute subsister dans toute sa force. D'ailleurs, Hume ne nie point les conceptions a priori, puisqu'il cherche l’idée de cause dans la naissance de chaque pensée dans l'esprit, comme il la cherche dans la naissance de chaque phénomène dans l’univers. Qu'importe à Berkeley qu’il y ait des objets extérieurs, si ces objets n'existent point réelkkment hors de notre sensibilité et n’en sont que de purs phénomènes ? En un mot, Berkeley est idéaliste parce qu’il ne peut comprendre l'existence des corps en soi; Hume est sceptique parce qu’il regardeimpossible toute connaissance de la réalité des corps, de la réalité de l’âme, de la réalité de Dieu. Or, que dit Kant? Justement que nous sommes dans cette impossibilité qui fonde et l’idéalisme de Berkeley et le sceptisme de Hume. En effet, pui que tout ce qui échappe aux sens est inaccessible à l'intelligence, il est manifeste que la substance de l’âme, la substance de Dieu, la substance des corps, lui échappant éternellement, sont pour l’intelligence comme si elles n’étaient pas. L'intelligence n’atteint rien de Dieu, puisque dans Dieu il n’y a rien de sensible : c’est pour elle une notion vide; elle ne saisit de l’âme que le fait actuel de chaque pensée découvert par le sens intime, et des corps que les phénomènes. Et ce ne sont pas là des conséquences qu'il faille arracher au principe de Kant ; elles en sont tirées par lui-même, il s’évertue à les établir, il les propose et les vante comme de sublimes découvertes ; il vajusqu’à douter si Dieu peut comprendre les choses intellectuelles : C’est, dit-il, une question de savoir s'il peut exister un entendement qui en soit capable (ibid., 357). Voilà une merveilleuse réfutation de Hume et de Berkeley ! I1se pose pour combattre en eux le scepticisme et l’idéalisme ; et de cette impossibilité de rien comprendre jaillissent naturellement et à volonté ou le scepticisme, qui doute, ou l’idéalisme, qui nie, non pas seulement l’idéalisme partiel de Berkeley, qui né frappe que ‘es corps, mais l’idéalisme absolu, qui tombe aussi sur l’âme et sur Dieu.

11 faut voir Kant s’applaudir d’avoir abattu, foulé aux pieds les orgueilleuses prétentions de la raison à atteindre un monde supérieur aux sens, de l'avoir enfermée dans le cercle de l'expérience, comme dans un cachot de plomb, en lui coupant les ailes divines qui ravissaient Platon dans l'empire des idées éternelles, dans la région suprême et infinie des réalités intellectuelles ou essences des choses! Insensé! vous voulez garrotter la raison avec les sens et l’attacher à la terre! et vous ne voyez pas que les chaînes que vous jetez sur elle, elle les brisera toujours! Vous ne voyez pas que cette indomptable ardeur qui la porte vers l'absolu, que vous ne savez connaître, en atteste la réalité! vous prétendez lai signifier en maître l’impuissance d'arriver à l'absolu, qu'elle rêve, En bien, dans sa fougueuse indignation de se voir privée de cet absolu, de Dieu, qui est son besoin, vous la verrez, dans vos premiers disciples (Fichte) se déclarer elle-même absolue, Dieu! Vous voulez qu’elle ne puisse rien concevoir , ni à elle, ni à Dieu, ni à l'univers : eh bien, dans vos disciples encore (Fichte,

KANT — KANTAKUZENE

Schelling, Hégel), elle se croira capable non-seulement comprendre leur existence et la sienne, mais de les créer et de se créer avec eux. Que si elle ne peut supporter le poids immense de l'absolu, elle le placera hors d'elle, mais ira s’engloutir en lui (Schelling, Hegel), et roulera ainsi d’abime en abimel Et voilà comment Kant a réussi à soustraire l'esprit aux idées éternelles, qui jusqu’à présent suivant lui l'avaient tenu captif et délirant dans leur domaine imaginaire, et à les contraindre elles-mêmes de venir se plier au joug de la réalité qu’on voit des yeux, qu’on saisit des mains, et d’abdiquer toute la part de l'existence que cette sensible réalité se refuse à leur souscrire ; ou, pour parler son propre langage, comment ii les a forcées de subir humblement la loi de notre faculté expérimentale de connaître, au lieu de la lui imposer. Oui, nous l'avons dit ailleurs , et nous ne saurions trop le répéter, nul ne se joue avec les idées métaphysiques, nul ne peut leur dire : Vous viendrez jusque ici, et ne passerez pas outre. Souveraines , inflexibles, ne connaissant de limites qu’elles-mêmes, elles brisent les barrières qu’on avait dressées contre elles, et se produisent, éclatent, dans leur plénitude. Malheur à qui les aborde pour innover , et quine peut embrasser leur étendue et mesurer leur puissance ! Elles le forceront à donner le spectacle des plus déplorables écarts.

Nous n’avons jugé Kant que comme métaphysicien. Du reste , il avait un talent supérieur et des connaissances rares dans presque tous les genres. 11 paraît même, par quelques opuscules qu’il nous a été impossible de nous procurer , qu’il a eu des vues nouvelles en astronomie et en physique, « Il affirme (dit de lui M, Schœn, dans l'Exposition de son système, p. 3), d’après les lois du calcul et celle de l’excentricité progressive des planètes , qu'il existe d’autres corps célestes au-delà de Saturne : Herschel le prouva, le 13 mars 1781 , à l’aide du télescope. On trouve dans cet ouvrage des conjectures remarquables sur la voie lactée, sur les phénomènes de Saturne, etc.; conjectures que le génie observateur des astronomes a déjà commencé à confirmer. La théorie des vents, le traité sur les volcans de la lune, l’his- Loire des tremblements de terre, ainsi que ses idées sur le mouvement et le repos des corps, fixèrent bientôt l’attention des physiciens. » Comme moraliste, lorsqu'il considère le sublime et le beau dans les caractères des individus et des peuples, il a des pages dignes de nos premiers écrivains, BorpaAs-DEMOULIN. ]

KANTARUZÈNE , célèbre famille grecque, peut-être aussi ancienne que celle des Paléologues, mais dont il n’est fait mention dans l’histoire de l'empire byzantin qu’au quatorzième siècle.

Jean KanTAkUZÈNE , né à Constantinople au commencement du quatorzième siècle , rendit d'importants services aux empereurs byzantins Andronic II et III comme général d'armée et comme capitaine. Andronic IIE voulut partager son trône avec lui; mais Kantakuzène se contenta de posséder toute sa confiance, A la mort de ce prince (1341), il devint le tuteur de son fils, l'empereur Jean Paléologue 1%, alors âgé de neuf ans seulement, et régent de l'empire, qu'il administra parfaitement, Pour défendre l'empire aussi bien contre les attaques des Bulgares et des Turcs, que contre les incessantes intrigues de la mère du jeune empereur, qui plus tard épousa sa fille, il se mit lui-même sur le trône en 1341. Mais il y renonça en 1355 pour éviter la guerre civile, et embrassa alors la vie monacale. On croit qw’il mourut vers 1380. C'est dans la solitude du cloître qu'il écrivit, sous le nom de Christodulas, l'histoire de son temps (1320-1357), ouvrage compris dans le Corpus Scriptorum Historiæ Bysantinæ. A de précieuses qualités du cœur, Kantakuzène joignait de brillantes facultés intellectuelles et une vaste érudition. Outre cette histoire, on a de lui un commentaire sur la Morale d'Aristote , des écrits contre les juifs et les mahométans , et une réfutation du Coran.

Son fils, Mathias KanrakuzèNE , qui après l'abdication de son père chercha à se maintenir sur le trône par la force des

KANTAKUZÈNE — KANTON

armes contre l’empereur Jean Paléologue, consentit enfin , sur ses remontrances et après des alternatives de bonne et de mauvaise fortune, à renoncer à toutes ses prétentions, en 1357.

Sous la domination des Turcs les Kantakuzènes apparlinrent aux familles fanariotes les plus distinguées de Constantinople, et en cette qualité fournirent plusieurs hospodars à la Moldavie et à la Valachie. Plus tard, ils s'établirent en Russie; et au début de la lutte entreprise par les Grecs pour recouvrer leur indépendance, les frères Alexandre et Georges KANTAKUZÈNE, alors au service russe, y prirent une part active. Georges accompagna le prince Alexandre Ypsilanti en Moldavie, en même temps qu’Alexandre se rendait dans le Péloponnèse. Mais, mécontent bientôt de Ja tournure qu'y prenaient les affaires , il netarda point à s’éloigner du théâtre de la guerre. Les deux frères ont publié leurs souvenirs personnels sur la révolution grecque de 1825.

RANTEMIR (Déuérrius), hospodar de la Moldavie, né en 1673, descendait d’une famille grecque établie en Moldavie. On cite peu de Grecs à quila Porte ait témoigné plus de confiance; mais une modification qui eut lieu dans le Divan amena un changement complet dans sa position à l'égard du sultan. Kantémir entra alors en négociation avec Pierre le Grand, qui lui garantit la possession de la

Moldavie, comme principauté héréditaire dans sa famille, :

sous la protection de la Russie. La guerre n'ayant pas été favorable aux armes du ezar, Kantémir suivit son nouveau

: protecteur en Russie, fut fait prince russe, conseiller intime, et mourut en 1723, en Ukraine, où il avait acquis des propriétés. Il est auteur d’une Histoire de la Grandeur et de la Décadence de l’Empire Othoman, écrite en latin, et qui jouit encore d’une grande estime.

Son fils Anéiochus KANTEwIR, né en 1709, à Constan- {Hinople, fut le principal moteur de la chute de la famille Dolgorouky, et obtint à l’âge de vingt-trois ans l'ambassade de Russie à Londres. Il mourut en 1744, en Italie, où l'avait appelé sa santé chancelante. Il a composé en langue russe quelques satires, qu’on lit encore.

RANTON ou plutôt KOUANG-TONG , chef-lieu de la province chinoise du même nom, à peu de distance de embouchure du Tchou-Kiang, ou Rivière des Perles. Aux termes du traité de Nanking, c’est l’un des ports et de; grands centres de con merce en Chire 1 ui sont ouverts aux Européens. Maïs, après s'être longtemps soustraits à l'exécution de cette clause du traité, les Chinois ont été obligés, en 1861 , de permettre aux étrangers l’accès des quartiers intérieurs. Cette ville est défendue par plusieurs forts et par une muraille garnie d'artillerie, dont je circuit est d’environ 15 kilomètres. Toutefois il n’y a guère qu’un tiers de l’espace qu’elle renferme qui soit occupé par des habitations; le reste est couvert de jardins d’agrement. Co me toutes les autres grandes villes de l’'Empire du Milicu, elle est divisée par une muraille en deux parties principales, la ville chinoise et la ville tatare, indépendamment de plusieurs grands faubourgs. La plupart des maisons sont construites en briques et n’ont qu'un élage; celles des mandarins et des riches marchands sont plus élevées et bien bâties. De tous côtés on aperçoit des temples et des pagodes, quelquefois très-richement ornës. La France a obtenu lautorisation d'y élever une cathédrale catholique sur l'emplacement du palais du vice-roi; la première pierre en a élé posée en 1863.

Les rues de Kanton ressemblent à celles de Venise , ct sont droites, longues, généralement très-étroiles, pavée: en pierres, propres et ornées de distance en distance d’ares de triomphe. Les édifices publics sont plutôt remarquables par leurs vastes proportions que par leur magnificence. Le soir, l'entrée de toutes les rues est fermée au moyen de barrières, en même temps que les portes de la ville. Dans les rues principales, les bouliques se touchent et sont garnies des produits les plus précieux de l’industrie chinoise, notamment de porcelaines, de soieries

DICT. DE LA CONVERS, — T, XI

et d'objets en laque. Les plus riches boutiques se trouvent dans les faubeurgs, à cause des Européens, à qui il est tou jours interdit, comme nous l’avons déjà dit, de pénétres dans la ville proprement dite. Au-dessus de la porte de chaque boutique se trouve un tableau disposé sur un portique soutenu par des colonnes, peint d'une couleur foncée, ou encore doré, et indiquant les marchandises qu’on y trouve à vendre, ainsi que le nom du marchand, Cette double rangée de petites colonnes forme une colonnade sars fin qui, avec la richesse, l'élégance et la diversité des produits exposés, offre le coup d'œil le plus intéressant. Plusieurs rues ne sont remplies que de marchands ou d'artisans de la même espèce. Les maisons des Européens forment dans le faubourg du sud, situé le long du fleuve, un quartier à part, où chacune des nations commerçantes de l'Europe a sa factorerie. La population de Kanton est, à ce qu’on prétend, de 1,240,000 âmes. Ce qu'il y a de certain, c’est que Kanton est l’une des villes les plus grandes et les plus peuplées de la terre. Le manque de largeur des rues ne permet pas de s’y servir de voitures; tous les fardeaux s’y transportent par des portefaix au moyen de brancards en bambou qu'ils placent sur leurs épaules. Les plus riches habitants ont des litières. Il est extrêmement rare d’apercevoir des fenimes fatares ou chinoises dans les rues, et on n’en voit jamais de jeunes. Autrefois il était même défendu aux Européennes de venir de Macao à Kanton. Aux approches de la ville, la rivière est couverte d'innombrables embarcations et radeaux, formant un quartier particulier, divisé en lignes parallèles formant comme autant de rues et servant d'habitations flottantes à la population pauvre. C’est aussi là que se trouvent ce qu'on appelle les bateaux de fleurs, lupanars qui contiennent des milliers d’habitantes. Plus de 100,000 individus vivent ainsi avec leurs familles, sans jamais mettre le pied sur terre, et tirant leurs moyens de subsistance uniquement de l’active navigation dont la rivière est le théâtre. Kanton est to-jours une place importante pour le commerce étranger, que les traités ont déclaré entièrement libre; muis depuis l'ouverture de {3 autres ports chinois, le centre du commerce européen s’est fixé à Shang-haï. En 1868 la valeur des importations s'élevait à 80,162,900 francs, et celle des exportations à 115,3:2,625 fr. Les principaux articles d'exportation sont le thé, la soie, l'argent en barres , puis divers articles de droguerie, les vernis, la porcelaine, les objets en laque et les draps ; mais ces dernières marchandises donnent lieu à des transactions bien moins importantes et moins nombreuses que les premières. Les principaux articles d'importation sont l'opium, qui ne s’introduit cependant qu’en contrebande, les produits natures de l’Inde et ceux des manufactures de l’Europe, et en particulier les cotonnades et les lainages. Ce commerce se trouve pour la plus grande partie entre les mains des Anglais; après eux viennent les Amériçains, puis les Hollandais. Le commerce des autres nations est sans importence. Les navires européens sont obligés de s'arrêter à Wampoa, vaste et commode ancrage situé à 20 kilomètres au-dessous de Kanton, et d'y débarquer leurs cargaisons, au moyen d’embarcations légères, qui les transportent dans les faetoreries, d’où on les rapporte à bord de la même manière, Les annales chinoises font remonter la fendation de Kanton à 209 ans avant J.-C. Vers l'an 700 de notre ère, celte ville était déjà devenue un grand entrepôt de commerce; mais ses relations avec l'Europe ne datent que de l’arrivée des Portugais :n 1516, et du traité de commerce conclu entre l’empereur ce la Chine et le roi de Portugal en 1517. Les premiers bâtiments anglais y parurent un siècle plus tard, en 1634; et en 1680 la Compagnie des Indes orientales y établit une factorerie. Pris et entièrement détruit par les Tartares Mandchoux en 1650, Kanton se releva difficilement de c2 désastre. En 1822 un vaste incendie in détruis t la plus grande partie. Les Anglais s'en emparèrent en 1841 et l’évacuèrent après la paix de Narking, qui l’avait compris parmi les cinq p'rts ouverts au cominerce eu-

ropéen. Le 5 janvier 1858, 4,000 Anglais et 900 Français s’emparèrent de nouveau de cette ville, et y tinrent garnison jusqu’à la parfaite exécution du traité de Tien-Tsin en 1860.

KAOLIN. On appelle ainsi une argile d’une nature particulière, dont on se sert pour la fabrication de la porcelaine dite de Chine. Réaumur, qui en soumit à l’analyse un échantillon rapporté de Chine, trouva qu'il était infusible au feu. 11 le regardait comme une espèce de terre de la nature du talc. Mais Macquer, à la suite d'expériences postérieures, reconnut qu'il est plus probablement de nature argileuse, attendu qu’il forme une pâte tenace, mêlée avec l’autre ingrédient que les Chinois appellent petunsé et qui n’a pas la même tenacité. On sait aujourd’hui que le kaolin provient de la décomposition du feldspath. 11 contient toujours une partie du mica que renfermait la roche

primitive. La kaolin de Saint-Yrieix, près Limoges, est’

composé de 56 parties de silice et 44 d’alumine.

Le kaolin est une argile friable, maigre au toucher, faisant difficilement pâte avec l’eau, infusible quand il est pur. Exclusivement employé à la fabrication des porcelaines, on le sépare du feldspath avec lequel il est mélangé quand il sort de la carrière, en le soumettant à un mode particulier de lavage.

KRAPI-AGA. Voyez CAPr-AGA.

KAPIDJI. Voyez Capipsy.

KRAPITANYS. Voyez CAPITANYS.

KAPOU-AGA. Voyez Cari-AGa.

KRAPOUDJI. Voyez Carinsy.

KRAPOUDAN-PACHA. Voyez CAPITAN-PACHA.

KAPSALI. Voyez CErico.

KAPTCHARK ou KIPTCHAK. C’est sous ce nom qu’au moyen âge on désignait en Orient la vaste contrée s’étendant au nord de la mer Caspienne, entre la Russie d'Europe et celle d’Asie, et occupée par les Cumans ou Polovtses. Kaptchak était d’ailleurs la dénomination particulière d’une desnombreuses hordes qui erraient au milieu de ces immenses steppes auxquelles leur nom finit par rester. Les Mongols ou Tatares y fondèrent, vers 1224, un khanat connu dans l'histoire d'Orient sous le nom d’empire de Kaptchak ou de la Horde d'Or, et aussi de La grande Horde (du mot mongol orda, qui siguifie é£ente, et par extension bande, armée). Cet empire, démembré à la fin du quinzième siècle, donna naissance aux khanats de Kasan, d’Astrakan et de Crimée.

KRARABAGH, la province la plus méridionale de l’empire russe, dans le gouvernement (autrefois khanat) de Grusie, au sud du Kour, le Cyrus des anciens, et située sur les deux rives de l’Aras (Araxe), à l’est de la mer Caspienne. Limitée à l'ouest par l'arrondissement d'Arménie, elle s'étend au sud jusqu’au 35° de latitude, ct par suite de sa position géographique, jouit d’un climat auquel en ne saurait rien comparer dans le reste de l'empire russe. La végétation y est partout d’une admirable richesse, et presque tous les fruits du midi y mûrissent pour ainsi dire sans soins. Cette province possède en outre une race magnifique de chevaux persans , qu’on élève dans la steppe de Mogani. On y compte plus de 100,000 habitants, Turcomans et Arméniens ; et dans ces dernières années cette population s’est encore augmentée d’un grand nombre de Grusiens et de Russes. Le chef-lieu de la province, jadis capitale du kanat, est Schascha ou Schouschi; Schacti-Boulak et Achouglan en sont les deux autres grands centres d'activité. Ces trois villes sont situées entre le Kour et l’Araxe.

KARABE. Voyez CanABÉ et SUCCIX.

KARABE DE SODOME,. Voyez BITUME pE Ju- DÉE,

KARABOULARKS, montagnards qui habitent les détilés du Cancase, et qui jusqu'à ce jour n’ont pu encore être subjugués par les Russes, Suivant les recherches de Klaproth, ils sppartiennent à la grande tribu des Thousches, des Ingousches et des Tschetsohentz.

KANTON — KARA-KATHAÏENS

RARACHAITARS (Les). Voyez Caucase, tome IV page 690.

KRARADSCHITSCH. Voyez Wuk-STEPHANOWITSCE.

KARAÏSKAKIS (Geonces), l'un des plus nobles ca-

| ractères de l'insurrection grecque, homme animé du pa-

triotisme le plus pur, de la plus noble ambition, et qui resta

toujours étranger aux égoïstes manœuvres des partis. Armatole d’Agrapha, dans l’ouest de la Grèce, il s'efforça, en 1823, avec Marc Botzaris, de défendre contre les Turcs Missolonghi, ce boulevard de l'indépendance de la Grèce. En 1824 il soutint le gouvernement national contre le parti militaire du Péloponèse. L'année suivante, il fut encore envoyé dans l’ouest de la Grèce, et malgré la résistance la plus héroïque opposée par les Grecs sous les ordres de Valatinos, Travellas, Nikitas, etc., il lui fut impossible de sauver Missolonghi contre les Turcs et les Égyptiens réunis. En mai 1826 il combattit énergiquement et ouvertement à Nauplie le parti anglais, qui, avec Maurokordatos à satête, voulait livrer la Grèce à l’Angleterre. Les patriotiques représentations de Karaïskakis eurent pour résultat de faire décider qu’on rejetterait toute ouverture de négociations avec la Porte qui n'auraient pas pour base la reconnaissance de l'indépendance de la Grèce, et que jusque là on persisterait à soutenir la lutte. Tous ses efforts tendirent ensuite à faire déclarer que ce serait à un Grec que l’on remettrait le soin de diriger les destinées du pays ; aussi au congrès tenu à Trézène, en avril 1827, le comte Jean Ca po d’Istria fut-il élu président de la Grèce. Dès 1807 Karaïskakis s’était trouvé en rapports intimes avec lui, alors qu’il était encore attaché à Padministration des îles Ioniennes, Appeié au commandement supérieur de la Roumélie, où la guerre se borna à peu près au siége de l’Acropole d'Athènes, défendue par les Grecs aux ordres de Gouras, Karaïskakis fit tout pour empècher les troupes d’Ibrahim- Pacha de s'emparer de cette place, après Missolonghi le dernier boulevard de l'indépendance nationale, et trouva une mort glorieuse dans un combat livré au commencement de mai 1827, sur la route conduisant du Pirée à Athènes, où en 1835 un monument a été élevé à sa mémoire et à celle des autres chefs morts comme lui pendant la lutte. Un mois plus tard la garnison grecque de lAcropole était réduite à capituler.

KRARAITES. Voyez CARAÏTES.

KARA-JUSSUF ou KARA-JOSEPH. Voyez Kanra- KoINLu.

KRARARALPACRS, peuplade furco-truchmène, qu'on rencontre encore indépendante, mais dispersée çà et là dans les gorges du Caucase, tandis que dans son pays originel, le Territoire des Karakalpacks, situé au voisinage du lac d’Aral et de l’embouchure du Sir-Daja , et comprenant deux oulous ou hordes, elle est sous la dépendance des Kirghis-Kaisacks, et soumise en partie aussi au sceptre russe. On en évalue le nombre à 300,000 âmes, et on dit qu’elle peut mettre en campagne 25,000 guerriers. Ces peuples sont à moitié nomades, et se désignent eux-mêmes sous le nom de Kara-Kiptchaks, c'est-à-dire pasteurs noirs; mais ils se livrent aussi à l’agriculture et exercent quelques métiers, notamment ceux qui ont pour objet de travailler le fer et l'acier. Ils professent la religion mahométane, Pour le spiriluel, ils reconnaissent comme chefs des chodschas , qui se disent successeurs directs de Mahomet. Quant au temporel, ils obéissent à des khans, qui payent tribut aux Kirghis.

KARA-RATHAIENS, dynastie qui a régné dans le Kerman, ou Karamanie persienne, depuis l'an de l’hégire 621 jusqu’en l’an ‘706. Elle doit son nom à la province de Kara-Kathaï, qui est au nord de la Chine, et d'où vint son fondateur Barak-Hageb. Ce Tatare-mongol fut envoyé par son souverain auprès de Mohammed, roi de Karizm, qui l'attacha à son service en lui confiant le poste d’Aageb , ou maitre de la chambre. La haine d’un vizir l'ayant forcé de chercher un asile chez le fils du roi, qui gouvernait dans l’'indostan, Barak prit la route du Kerman avec ses serviteurs

KARA-KATHAIENS — KARAMANIDES

et ses femmes. Le gouverneur de ce pays les aimait beaucoup, surtout quand elles étaient belles. Il voulut enlever celles de Barak ; mais celui-ci les habilla en hommes, leur donna inême des armes, et, à la tête de ses serviteurs et de son harem , il se défendit si bien contre ce gouverneur inhuspitalier , qu’il lui enleva sa province, dont il fit plus fard un royaume pour sa famille. Il y régna onze ans, et mourut en paix avec les souverains qu'il en avait dépossédés, l'an de l'hégire 632 (1235). Ses successeurs furent Mobark Kuangeh, Gothdebdin, Hégiage et Soiour-Gatmishe, qui prit le titre de sultan Gelaleddin, et épousa la fille d'un prince mongol, ce qui ne l’empêcha pas d’être renversé du trône par Kangiatou-Kan, un des héritiers de Gingis-Kan. D’autres historiens prétendent que sa sœur Padichabh-Khathoun le M. mourir, pour régner à sa place, et l’on peui concilier les deux versions en donnant à la fratricide le sultan mongol pour complice. Quoi qu’il en soit, elle ne jouit pas longtemps du fruit de son crime; la veuve du sultan assassiné et sa fille Chah-Alem Kathoun la firent périr à son tour, la seconde année de son règne. On vit ensuite apparaitre sur ce trône sanglant Mohammed-Chah, fils d'Hégiage, puis son cousin Chah-Gehan, fils de Soiour-Gatmische. Malgré son nom de roi du monde, il est dépouillé des débris de ses États par le sultan Gazan-Kan, empereur des Mongols (1306), reste dans la ville de Chiraz comme simple particulier, et finit par en obtenir le gouvernement. Sa fille Makhdoun-Chah épousa, grâce aux trésors de son père, le sultan Mobarzeddin, de la dynastie des Modafériens. Maisda race des Kara-Kathaïens finit avec Chah-Gehan, après quatre-vingt-quatre ans de durée.

ViENNET, de l’Académie Française.

RARA-ROINLU ou KARA-KOYUNLU, première dynaslie des Turcomans qui s’emparèrent du territoire de Bagdad, vers l’an 810 de l’hégire (1408). Ce nom veut dire Mouton noir, en opposition avec la dynastie du Mouton blanc, qui lui succéda. Le premier des Kara-Koinlu se nommait Xara-Joseph ou Tussuf. I1 était fils de Kara-Moharamed, à qui le sultan mongol Ahmed-Ilekhani avait confié le commandement de ses troupes. A la mort de Mohammed, son fils Jussuf fut confirmé dans cette charge, et s’en servit pour dépouiller son maître. Tamerlan n’ayant point souffert cette usurpation, Kara-Jussuf, battu par les troupes de ce conquérant, alla chercher un refuge en Égypte, où son compétiteur Ahmed ne tarda pas à le rejoindre lui-même comme fugitif. Mais à la mort de Tamerlan, Kara-Jussuf s’échappa de la cour du sultan Pharadge, rallia ses Turcomans, tua dans une bataille le fils et le petit-fils du conquérant, prit sur leurs troupes la ville de Tauris, l’an 810 de l’hégire, enleva le Gourgistan au sultan Ahmed, qui s'était aussi remis en campagne, le fit périr dans un combat (813-1410), et s’empara enfin de la Chaldée, de la Mésopotamie, de la Médie, d'une grande partie de l’Arménie et de la Géorgie. Sbarokh, lun des fils de Tamerlan, marcha contre lui pour venger son frère et son neveu; et Kara-Jussuf se disposait à descendre des montagnes de la Médie ou de lAderbidjan, lorsque la mort vint le frapper dans son camp d’Aougian, près de Tauris, l’an 823. Ses troupes, indisciplinées , ne songeant qu’à piller ses trésors, oublièrent même de lui donner la sépulture. Kara-Jussuf laissa six enfants, dont l'ainé et le cinquième moururent avant leur père.

Escander-Émir ou Mir-Iskander, le second, débuta par le meurtre de son frère Abousaïd ; mais il fut puni dece crime par le sultan Sharokh, qui le défit deux fois en bataille

rangée et donna son trône et sa capitale de Tauris à son |

frère Gehan-Chah, qui aidé des troupes de son puissant allié poursuivit Escander à outrance et l’assiégea dans le château d'Alengiak , où Chab-Obad, fils d’Escander , ennuyé de la position de son père, l’assassina pour faire la paix avec son oncle, l'an de l’hégire 841 (1437). Gehan-Chah paya ses bienfaiteurs en leur enlevant des provinces. 11 attaqua partout les descendants de Tamerlan, s’empara de la Géorgie, d’une partie de la Perse, du Kerman ou Caramanie per-

sane, et défit, dans le Khorassan, l'an 861, le Timuride Mirza- Ibrahim. Deux de ses enfants s'étant révoltés contre lui, 1 priva le premier de la vue, assiégea le second, Pirboudak, dans la ville de Bagdad, et se raccommoda avec lui vers l’an 869. La guerre qu'il entreprit ensuite contre Usum- Cassan, prince de la dynastie du Mouton blanc (voyez Ac- ComLu) ne lui fut pas heureuse. 11 fut surpris et tué dans une embuscade avec l’ainé de ses enfants, l’an de l’hégire 872 (1467 ).

Hassan-Ali, troisième fils de Gehan-Chah, leva une armée de 200,000 hommes pour venger son père et son frère, et voulut combattre, en passant, le sultan Abousaïé le Timuride, qui régnait dans le Khorassan ; mais ses troupes, auxquelles il avait eu limprudence de payer par anticipation une année entière, passèrent à l’ennemi, qui leur offrit une nouvelle solde; et le malheureux Hassan-Ali, étant tombé dans les mains d'Usum-Cassan, fut massacré par les ordres de ce prince, qui éteignit en lui la dynastie du Mouton noir, l'an 873 (1468 ), après soixante-trois ans de durée. ViENNET, de l’Académie Francaise,

KRARA-RORUM, célèbre ville ruinée de l'Asie septentrionale, dans Ja Mongolie, fut fondée par le fils aîné de Djinghiz-Khan. Oktaï Koublaï et Argoun y reçurent les députés de tous les souverains de l’Asie. D’Anville a cru retrouver cette ville dans celle d’Æolin, sur la rivière qui porte ce nom. Fischer la place à Erdemi-Téhao, sur l'Orkhon.

KRARAMANIDES, dynastie qui régna pendant près d'un siècle dans les provinces méridionales de l’Asie Mineure, et qui fut fondée vers l’an 1300 avant J.-C. dans le même temps qu'Othman jetait en Bithynie les fondements de l’Empire Othoman, par Karaman, issu, dit-on de Gaïath- Eddyn Kaï-Kobad, le plus grand des sultans seldjoukides de Roum. L'histoire de ce Karainan et de ses premiers successeurs est à peu près inconnue. Tout ce qu’on sait de lui, c’est que son nom est demeuré depuis à la partie de l’Asie Mineure où se trouvaient autrefois la Cilicie, la Lycie, la Lycaonie, la Pamphylieetla Pisidie (voyez KARAMANIE), ainsi qu'aux princes de sa race.

Hadji-Khalfah en compte six ; mais il ne cite que les derniers dans ses tablettes chronologiques. En 1386, l’un d’eux Ali-Beg, fut vaincu par Amurad ou Mourad 1°, près de Konieh. Quoiqu'il eût épousé la sœur de Bajazet I‘, les princes de l’Europe recherchèrent son alliance contre son beau-frère. Il fit la guerre à ce sultan, et s’empara d’Ancyre; mais il fut vaincu et fait prisonnier avec ses fils près d’Aadjaï, en 1390. Il fut mis à mort suivant les uns; selon d'autres, il s'évada, se rendit auprès de Tamerlan, fut un de ceux qui le déterminèrent à envahir les États de Bajazet, et offrit de lui servir de guide. Quoi qu'il en soit, après la défaite et la mort de l’orgueilleux sultan, Méhémet-Beg, prince de Karamanie, prit part aux guerres qui eurent lieu entre les fils de ce prince. Voyant l’un d’eux, Mahomet I‘, occupé en Europe, il se jeta sur la Bithynie, battit le pacha de Brousse, et assiégea cette ville, dont il brûla les faubourgs en 1413; mais à l'approche de Mahomet, il alla se jeter à ses pieds, ef obtint son pardon. Ilse révolta de nouveau en 1415. Mahomet le vainquit dans la Karamanie, et le fit prisonnier, mais, par égard pour un prince de son sang, lui rendit ses États, après avoir mis garnison dans quelques places.

Plus heureux d’abord contre les sultans mamlouks A’Égypte, dont le gouvernement était une sorte d’anarchie continuelle, Karaman-Oglou reprit Tarseet plusieurs places de la Cilicie; mais, forcé de les restituer en 1417 , il recommença la guerre, fut vaincu par le sultan Scheïkh-Mahmoudy, en 1419, et perdit momentanément ses Élats et Larendeh, sa capitale, qu'il recouvra après la mort de ce prince. Profitant des troubles qu’excitaient dans l’Empire Othoman les succès d’un faux Moustafa, prétendu fils de Bajazet, il assiégea Antalia; mais il y fut tué, d’un coup de canon, en 1427.

Resserrés dans leurs États par ceux de deux puissants

voisins, le sultan des Turks et celui des Mamlouks, les Karamanides ne pouvaient s’agrandir ni se maintenir qu'en les ménageant tour à tour, et en s’alliant avec les chrétiens ; mais ce manége ne leur réussit pas longtemps. Zbrahim Bey, hls de Méhémet, se révolta contre Amurat If, qui lui prit d’assaut, en 1425, Akschebr et Konieh. Il eut recours à un santon, qui le remit en grâce avec le sultan, et lui fit rendre ses États. Il reprit les armes en 1441 etravagea l’Anatolie; mais à l'approche d’Amurat, sa sœur, qui avait épousé Ibrahim, va le trouver, l’apaise par ses larmes, et obtient le pardon de son mari. Amurat ayant abdiqué en faveur de son fils, Mahomet II, Ibrahim écrit au roi de Hongrie pour l’exciter à faire la guerre de concert avec lui contre les Turcs. Mahomet II marche contre son oncle, en 1451; mais occupé de ses vastes projets contre Constantinople, il lui accorde aisément la paix. fbrahim meurt en 1464, laissant six fils. Ishak, l’atné, s'empare du trône. Pir-Ahmed, son frère, le lui dispute avec le secours de Mahomet. Ishak vaincu se réfugie auprès d’Ouzoun-Haçan, roi de Perse, qui prend vainement sa défense. Mais Mahomet était trop habile pour laisser subsister plus longtemps un voisin qui, sans être redoutable, lui causait de linquiétude et contrariait ses entreprises. En 1467 il mit fin à la dynastie des Karaman-Oglou (fils de Karaman), réunit leurs États à son empire, et y établit pour vice-roi son propre fils Moustafa. Pir-Ahmed, conduit prisonnier à Constantinople, y mourut, en 1482. H. AUDIFFRET.

RARAMANIE, éyalet turc, situé au centre de l’Asie Mineure, presque complétement entouré par le Taurus, l’Anti- Taurus et les chaînes de montagnes qui s’y rattachent aux extrêmes confins de l’Asie Mineure et le traversent même en partie. Arrosé par divers affluents du Kisil-Jrmak (l’Halys des anciens) et traversé au nord par ce cours d’eau, il comprend à peu de chose près les provinces connues des anciens souslesnomsde Pi sidie, Lycaonie,Cataonieet Cappadoce. ïIlest limité au nord par l’éyalet de Siwas, à l’est par celui de Marasch, au sud par celui d’Adana, et à l’ouest par celui d’Anadoli. Sa superficie est d'environ 1,200 myriamètres carrés, et divisée en sept sandjakats, Par suite du manque de forêts et de cours d'eau suffisants, les plateaux supérieurs de cette contrée sont arides et ont quelque chose de la physionomie des steppes. Ce n’est que pendant les mois humides de l'hiver, ou encore pendant ceux du printemps, qu’on y trouve une végétation plus vigoureuse dont les habitants profitent pour faire paître leurs bestiaux. La culture des céréales et des fruits n’existe sur une large échelle que dans les vallées fertilisées par de nombreux cours d’eau, Le climat, très-chaud en été, ne laisse pas que d’être assez froid en hiver , à cause de la grande élévation du sol. Les habitants, dont le nombre s'élève à un million d’âmes environ, secomposent en grande partie de Turcomans nomades. Aussi l'élève du bétailest-elle la principale industrie du pays. Les villes sont habitées par des Turcs, des Grecs et des Arméniens.

Cette contrée tire son nom de la tribu turcomane appelée Karaman où Karamanide, qui y dominait autrefois, et qui en 1467 fut subjnguée par les Turcs. Les villes les plus importantes en sont Konieh (l'Iconium des anciens), siége du pacha, avec environ 30,000 habitants, et le plus grand de tous les couvents mevlevites, qui a plus d'une lieue de circuit ; Larenda ou Karaman, la ville commerciale ja plus importante du pays, population de 15,000 habitants ; Kaisareh, la Césarée des anciens, avec une célèbre école grecque supérieure ; etenfin Aksheer, centre d’un grand commerce de caravanes, et dont on évalue la population à 50,000 mes.

On désigne aussi sous le nom de KARAMANIE une province de la Perse appelée quelquefois Kerman, bornée au nord par le grand désert salé de l’intérieur d'Iran, à l’est par le Beloudschistan , au sud par la route d'Ormuz, à l'ouest par les provinces persanes de Laristan et de Farsistan, On évalue

sa superficie à environ 2,000 myriamètres carrés : les an- |

KARAMANIDES — KARAMSINE

ciens l’appelaient Carmania. C'est une contrée extrême-

ment aride , plate et n’offrant guère à l'œil attristé qu’un dé- |

sert sans fin; car on n’y trouve que de rares oasis. Les caractères particuliers du climat sont une chaleur et une sécheresse extrêmes. La côte bordée par une ceinture de rochers à pic, est l’une des contrées les plus malsaines de la terre, et la chaleur y est excessive. La population se compose en grande partie de Néo-Persans. On y trouve aussi quelques Guèbres, des Kourdes nomades, des Lares sau-

vages, et dans les rares villes et bourgades qu'on y compte,

un petit nombre de Juifs et d’Arméniens. La ville la plus importante de la contrée est Kerman, dont la population s'élève à environ 20,000 âmes, et où l’on trouve quelques manufactures d'armes et de tissus. Le pays de côtes, appelé Mocuisran , et où se trouve Abasi on Gomroum, port et place de commerce jadis d’une certaine importance, est singulièrement déchu aujourd’hui, et n’est plus guère fréquenté qu’en hiver, à cause de l'insalubrité du climat; il appartient, sous la suzeraineté de la Perse, à l’iman de Mascate.

KRARA-MOUSTAPHA, grand-vizir du sultan MahometIV, fils d’un spahi, fut élevé par Méhémet Kæprili, et se rendit de bonne heure fameux par ses cruautés à l’égard des chrétiens. A la mort d’Achmet (7 novembre 1676),

il fut nommé grand-vizir, En celte qualité il déclara la !

guerre à la Russie (3 mars 1677); mais les opérations en furent si mal conduites, que la Porte se vit obligée d'accepter le fâcheux armistice de Radzin, en date du 11 février 1687. Il vint aussi en aide aux Hongrois, révoltés contrel’Autriche ; et dans son administration intérieure, il se distingua autant par son orgueil et son insolence, notamment vis-à-vis des ambassadeurs étrangers, que par son insatiable avidité. La malheureuse issue de la guerre qu’il commença en 1682 contre l’empereur Léopold 1° amena sa chute, Après avoir reconnu en qualité de roi de Hongrie Tœækély, le principal d’entre les révoltés hongrois, qui s’élait engagé à reconnaître tenir la couronne de Hongrie à titre de vassal du sultan, il envahit les États Autrichiens, en portant partout devant lui le fer et la flamme. Le 14 juillet 1683 il vint, à la tête d'une armée de 200,000 hommes, mettre le siége devant Vienne, que le comte de Stahremberg défendait avec 10,000 hommes seulement. La ville allait succomber, lorsque, le 12 septembre 1683, arriva sous ses murs une armée auxiliaire polonaise et allemande, qui battit complétement l'ennemi. Kara-Moustapha fut réduit à se réfugier avec les

‘débris de son armée en Hongrie; en avant de Raab, il fit

décapiter le vieil Ibrahim-Pacha, gouverneur d'Ofen, coupable d’avoir pris le premier la fuite à la bataille de Vienne, et dans son rapport au sultan il rejeta sur lui toute la res-

ponsabitité du désastre éprouvé par les armes turques. Le

grand seigneur, ajoutant foi au récit de son grand-vizir, le récompensa encore pour avoir du moins sauvé une partie de son armée. Mais quand , bientôt après , on apprit à la cour du sultan que Kara-Moustapha s’était de nouveau laissé battre, le 9 octobre 1683, à Parkany, et qu’il avait perdu la forteresse de Grân, ses ennemis l'emportèrent, et le grand-chambellan du sultan, l’un des protégés de Kara-Moustapha, fut chargé d'aller lui-rancher la tête, Ce fonctionnaire arriva à Belgrade le 25 décembre 1683, un peu avant le coucher du soleil, et avant minuit les ordres du sultan étaient exécutés, Kara-Moustapha était âgé de cinquante ans, Sans posséder aucune des qualités d’un général, son orgueil et sa cupidité le portèrent à entreprendre de gigantesques opérations militaires ; son amour du faste égalait son orgueil. Dans son harem on ne comptait pas moins de 1,500 odalisques, autant d'esclaves du sexe féminin et 700 eunuques noirs, J1 avait plusieurs milliers de domestiques, de chevaux, de chiens, d'oiseaux de chasse, etc.

KRARAMSINE ( Nicouai-Micuaïzowrren ), le plus célèbre historien qu'ait encore produit la Russie, naquit en 1766, à Bogoroeldza, dans le gouvernement de Simbirsk, et appartenaibà une famille d’origine tatare. 11 mourut le 13

KARAMSINE — KARLSTADT

mai 1826. Peu de temps auparavant, l'empereur Nicolas | lui avait accordé un traitement honorifique de 50,000 roubles en papier, reversible sur la tête de sa veuve et deses enfants.

Karamsine débuta dans la littérature par Le Voyageur russe, ouvrage qui prouva qu'il possédait beaucoup d’esprit et qu’il cherchait un peu trop à le montrer ; quelques nouvelles, pour la plupart assez médiocres, accompagnèrent cette première publication. Ce n’était que de la sensiblerie niaise et prétentieuse dans le style de Florian, faibles esquisses, dénuées d'intérêt tant dans le fond que dans la forme. On lui a fait cependant, dirai-je l'honneur ou le mauvais tour de les traduire en français ? Il en a été de même de son roman historique intitulé Marpha ; dans cet essai quasiépique, l'héroïne novogorodienne est loin d’avoir trouvé un Fénelon et mème un Kheraskaff, et l'on pourrait dire qu’en singeant le style homérique, l’auteur ne fait, semblable à l'écho, que rendre les derniers accents des grands maitres. Arrivons done à son principal titre littéraire, qui est son Histoire de Russie (t. I-VIII; Saint-Pétersbourg, 1816 ; 2° édit, 1818; t. IX, X et XI, 1821 et 1824 ; t. XII, terminé par Bludow, 1824; 5° édition, 1840-1843). La difficulté de pénétrer dans les dépôts publics, qui furent tous ouverts à Karamsine, rendrait son ouvrage extrêmement utile à la connaissance de l’histoire s’il avait pu faire des matériaux mis à sa disposition un emploi digne du rôle qui lui était assigné. Mais historiographe officiel à partir de 1803, et recevant un traitement de 2,000 roubles argent, il devait louer tout, et s’est montré scrupuleusement fidèle à ce devoir : aussi le plus grand mérite de son œuvre est-il dans la révélation de quelques faits inconnus avant lui, et surtout dans les notes nombreuses dont il enrichit son ouvrage. Quant à la vérité historique, on est en droit de lui reprocher d’avoir trop exalté des princes peu dignes d’éloge , justifié des atrocités , relativement , par exemple, au vertueux et infortuné Wassilko, parlé de l'introduction du christianisme en Russie en sectaire prévenu plutôt qu’en judicieux critique ; de n’avoir pas dévoilé la cause et noté l’origine du servage dans sa patrie; d’avoir sacrifié à des exigences sacerdotales en conservant au fils légitime de Fédor-Ivanowitsch la qualification flétrissante de faux Dmitri, alors que la vérité lui était parfaitement connue; enfin, de n’avoir point assez vivement stigmatisé le plus exécrable de tous les monstres couronnés, Iwan-Wassiliéwitsch-Crosné (le Terrible). Au reste, Karamsine termine son histoire à l'époque même où elle allait devenir éminemment intéressante, par les liaisons politiques de la Russie avec l'occident de l’Europe. Que dironsnous donc jei de l’historiographe officiel du cabinet de Saint- Pétersbourg? Que c’est un écrivain spirituel, mais peu fidèle, sans critique, sans chaleur, sans conscience littéraire ; car, en vantant sans pudeur le despotisme, son esprit n’en était pas moins empreint des idées modernes qui le frondent, et que dans son for intérieur il était disposé à exagérer. Au reste, son travail n'embrasse guère que ce qu'il est le moins nécessaire de savoir, et il n’a pas osé le prolonger jusqu’au dix-neuvième siècle, ce qui aurait placé l’auteur entre deux écueils, c’est-à-dire la ruine de sa fortune, en peignant les choses telles qu’elles furent, ou son déshonneur aux yeux de tous, des Russes eux-mêmes, en y parlant conformément aux vœux de l'autorité qu’il servait. Cependant , l’importance actuelle du grand empire du Nord est telle qu’il est aussi curieux qu’utile de se faire une idée de ce qu’il fui à son berceau et durant sa longue et ignorante barbarie. L'on pourra donc lire avec fruit l’ouvrage de Karamsine, pourvu qu'on lui oppose d’autres écrits polonais, suédois ou allemands, et qu’on le lise parfois avec défiance , toujours avec précaution. Au reste, s’il existe des histoires meilleures que la sienne, il n’y en eut jamais de mieux payées, car elle le fut par la vanité du plus vaniteux de tous les gouvernements. Cte Armand D’ALLONVILLE.

KRARA-SOU, le Cydnus des anciens, rivière de l’Asie turque, qui se jette dans l'Euphrate, non loin de Mallattia,

RARAT. Voyez Canar.

RAREÉLIE, nom que portait autrefois une partie de la Finlande, alors qu’elle appartenait encore à la Suède; mais cette puissance fut obligée de la céder à la Russie, dès le règne de Pierre le Grand, par la paix conclue en 1721 à Nystædt, en même temps que l’Ingermanie , l'Esthonie et la Livonie. Cette contrée a donné son nom à l’une des principales tribus de la population finnoise, latribu Karélienne, dont on retrouve encore quelques traces dans la Finlande et dans le gouvernement d’Olonetz.

RARIRAL, étab'issement français situé dans la province de Tanjaour, sur la côte du Coromandel, à 114 kilom, au sud de Pondichér y. Son teriitoire, dont la superficie est de 13,515 hectares, se divise en cinq districts ou inaganoms, renfermant 109 aldées. On évalue la population totale de ces districts à 61,090 indiv dus (1866), dont

201 Européens et le reste indigène. La ville seule de Karikal contient 15,000 âmes. Les terres de cet établissement sont naturellement furtiles, etles débordem nts périodiques des six petits bras de la rivière Tavery, par lesquels ell:s sont arrosées, accroissent encore leur fécondité. On fabrique dans cette colonie les mêmes étoffes qu'à Pondichéry, mais en quantité bien moindre; il y à aussi des chantiers pour la construction des navires. La valeur totale de ses produits agricoles (surtout le riz) s'élevait, en 1868, à 1,205,321 fr. Le commerce général offrait, à la n.ême date, un chiffre de 24,647,000 fr., ainsi partagés : Ru fr. à l’importatio:ù, et 19,128,125 fr. à l’exporation.

KRARIZM ou KHOVARESMIE, contrée du Turkestan occidental , mêlée de steppes et de districts fertiles, arrosée par le Djihoun et située au sud de [a mer d’Aral, entre le khanat de Boukhara etla mer Caspienne. De l’an 994 à 1231, le Karizm forma une principauté indépendante, dont les princes envabirent la Perse et y mirent fin, en 1193, à la dynastie des Seldjoukides. Mais leur puissance fut à son tour détruite par Djinghiz-Khan (l'an de l'hégire 628). Aujourd’hui cette région est presque entièrement réunie au khanat de Khiva.

RARLOWITZ. Voyez CanLovicz.

RARLSBAD. Voyez CARLSBAD.

RARLSRRONA. Voyez CARLSGRONE.

RARLSTADT ou CARLOSTADT, ville royale libre et place forte du comitat d’Agram, en Croatie, qui donne son non à un cercle de frontières d'une superficie de 93 myriamètres carrés, comprenant les chefs-lieux de quatre régiments frontières, avec une population totale d'environ 272,000 habitants.

La ville de Karistadt, bâtie à l'embouchure de la Karona et de la Dobra, dans la Kulpa, compte environ 6,000 habitants, et est la résidence d’un évêque grec non uni et de létatmajor du régiment frontières de Szluin. On y trouve deux églises catholiques et un couvent de franciscains, ainsi qu’un collége. Elle est la principale étape du commerce maritime de la Hongrie, et, au moyen de trois routes construites à travers les Alpes croates, se trouve reliée aux ports hongrois de l’Aariatique. 11 s’y fait un commerce fort actif, notamment en vins ef. en tabac.

RARLSTADT, dont le véritable nom était André Bo- DENSTEIN , est célèbre dans l’histoire de la réformation par son fanatisme et par les persécutions qu'il lui attira. Né vraisemblablement en 1483 à Karlstadt en Franconie, il étudia tout ce qui s’enseignait de son temps dans les universités de l'Allemagne; puis il se rendit à Rome, où il fit une étude toute particulière de la théologie, de la philosophie d’Aristote, du droit canon et des langues anciennes. De retour en Allemagne, il prit ses degrés à Wittemberg (1504 ), ee devint bientôt une des gloires de cette nouvelle université , en même temps qu’il se liait étroitementavec Luther, Reuchlin , Hutten et autres célèbres humanistes. Archidiacre, professeur de théolqgie, puis élu cinq fois, de 1511 à 1529, recteur de l’univerSitéde Wittemberg, il resta jusqu'en 1516 l'un des cham-

pions du dogmatisme catholico-romain. Mais les discussions qu'il lui fallut soutenir contre Luther lamenèrent à faire une étude approfondie des Écritures ; et alors une modification complète s’opéra dans sa manière de voir. D'adversaire de Luther, il devint l’un de ses plus chauds partisans; aussi le pape le comprit-il nominativement, en 1520, dans sa bulle d’excommunication contre Luther et ses adhérents. Partant de la conformité absolue, littérale, que toute la vie et toutes les dispositions ecclésiastiques devraient avoir avec le texte de l’Écriture, Karlstadt, en l'absence de Luther, célébra la messe en allemand , supprima les images, rejeta l'élévation et l’adoration de l’hostie, dont Luther lui-même avait pourtant pris la défense, l’invocation des saints, la confession auriculaire, administra la communion sous les deux espèces, et rejeta le baptême. En même temps, il refusait de reconnaître aucune différence hiérarchique entre les clercs, réelamait la clôture immédiate de tous les lieux de divertissement, et aux termes de la Genèse (1, 3, 19) prétendait que tous les hommes devaient gagner leur pain à la sueur de leur front. 11 en résulta que deux cents étudiants abandonnèrent les bancs de l’école de la ville pour apprendre des métiers, exemple que Karlstadt suivit lui-même bientôt après. Luther, qui estimait qu’il convenait d’avoir plus d’égards pour la tradition et l’Église, remit aussitôt après son retour à Wittemberg toutes choses sur l’ancien pied , et réduisit pendant deux années Karlstadt au silence. Mais, en 1524, celui-ci s’enfuit secrètement à Orlamunde, et après en avoir fait expulser le curé, y prêcha les mêmes doctrines. Blâmé à ce sujet par Luther, il passa ouvertement dans les rangs de ses adversaires. En conséquence, et par suite de ses

rapports avec les prophètes de Zwickau et les paysans in-

surgés de la Thuringe, il fut expulsé de la Saxe (1524). C’est alors qu'il entama la fameuse discussion sur les sacrements, dans laquelle, contrairement à l'opinion de Luther, il nia la présence réelle de Jésus-Christ dans la communion, et amena ainsi la lutte des théologiens suisses contre ceux de Wittemberg. Soupçonné ensuite d’avoir trempé dans la guerre des paysans de Franconie , il erra longtemps en Allemagne, et enfin, réduit à la dernière misère, il implora l'assistance de Luther lui-même, qui lui procura un refuge à Segrenah, près de Wittemberg. Après y avoir passé environ trois années uniquement occupé de commerce et d'agriculture, son esprit inquiet le porta à rompre ses engagements pour publier de nouveau quelques écrits polémiques et même à attaquer Luther ouvertement. Redoutant les effets de la haîne de Luther, il s’expatria , erra successivement dans divers pays, et finit par s'établir en Suisse, où la protection de Zwingle lui valut, en 1533, une place de prédicateur et de professeur de théologie à Bâle. C’est dans cette ville qu’il mourut, en 1541. KRARNARK, village de la haute Égypte, sur la rive droite du Nil, sur l'emplacement de l’ancienne Thèbes, où l’on trouve les ruines d’un temple de cette ville célèbre. KRARNATIR, KARNARA ou KARNATA, c’est-à-dire Terre noire. C'est le nom que portait autrefois une grande province de l’Inde méridionale, qui s’étendait du 8° au 16° de latitude nord. Elle forme aujourd’ui les pays d’Arkot, de Coimbatore, de Tanjara, de Tritschinapali, de Madura, et une grande partie du reste du royaume du Mysore, ainsi que d’autres districts connus sous le nom de Dravida, Daus ces derniers temps on a donné le nom de Karnara à un pays de côtes s’étendant au pied des Ghattes, et situé à peu près entre 20° 30’ et 15° de lat. nord; mais ce n’est là qu'une corruption du mot Xarnata. Les anciennes limites de cette province commençaient, au nord, au circar ou cercle de Gantour, et s’étendaient jusqu’au cap Comorin. Ses principaux cours d'eau sont le Panar, le Palar, le Cavery et le Vaigarou , tous ayant leurs sources dans les plateaux des Ghattes.L'élévation de ces montagnes et leur vaste étendue partagent le pays en deux parties, le haut et le bas Karnatik , qui en raison des Ghattes qui les abritent contre le vent, ont deux saisons différentes. Au total, le Kgrnatik est un pays tertile, bien cultivé et riche en riz : Onor ( Ha-

KARLSTADT __ KARPATHES

navar) et Mangalor, avantageusement situées pour le commerce intérieur, étaient et sont encore des villes maritimes importantes. Il est peu de contrées dans l’Inde où l'on rencontre un aussi grand nombre de temples et autres édifices publics, parmi lesquels il faut citer les édifices construits le long des routes pour y recueillir les voyageurs et les pèlerins (les {schowadi, dont les Anglais ont fait le mot chultri). Ce sont des fondations remontant à une époque fort reculée, et habitées par des brahmines qui fournissent gratuitement aux voyageurs à boire, à manger et un gite. Ce pays, à l’origine habité par une population primitive, appartenait à la race Tamoule. La langue du Karnatik n’est à tout prendre qu’un simple dialecte du Tamoule, qui a été très-modifié par les Hindous ariques et par l’influencedes brahmanes ; quant à la littérature karnatike, elle se borne à des traductions et à des imitations du sanscrit. Les brahmanes, arrivés ici du nord-ouest, subjuguèrent les naturelsou C on d, et dans le cours des siècles y fendèrent plusieurs principautés. Mais vers le milieu du onzième siècle, les Belala, puissante famille de la race des Radjpoutes, y fondaient un grand royaume. Quand les mahométans pénétrèrent, eux aussi, dans le Dekan, la domination des Belala s’étendit sur le Karmata et le Malabar, sur tout le Tamoul etune grandé partie du Talingara. Les ruines de leur ancienne capitale, située à environ 10 myriamètres au nord-ouest de Seringapatam , témoignent encore aujourd’hui de la haute perfection que les arts et l’industrie avaient atteinte dans cet État hindou. Vers la fin de l’année 1717, un des lieutenants du Grand Mogol, que l’histoire ne désigne ordinairement que par son titre de Aisam al Moulk, c’est-à-dire appui de prince, leva l’étendard de la révolte contre l’empire de Delhy, et fonda dans le Dekan une souveraineté particulière, 11 donna le Karnatik avec Arkot, sa capitale, à l’un de ses amis et compagnons d’armes (1743), à titre de fief. Mais ce vassal du Nizam chercha à son tour à se rendre indépendant. Il en résultat des révoltes et des guerres nombreuses, auxquelles ne tardèrent point à prendre part deux nations européennes, dont la rivalité éclatait encore dans ces lointaines contrées, les Anglais de Madras, et les Français de Pondichéry. La famille du Nabob de Karnatik ou d’Arkot, ainsi qu’on l’appelait souvent, du nom de sa capitale, après diverses alternatives de succès et de revers, finit par être dépouillée de tous ses États (1801) par ordre du marquis de Wellesley, gouverneur général de l'Inde britannique.

KRARPATHES ou KRAPAKS, chaine de montagnes de l’Europe centrale, qui environne la Hongrie et \a Transylvanie, en décrivant une courbe de plus de 4,200 kilomètres de développement, dont la convexité est tournée vers lorient. Elle sépare les deux contrées dont il vient d'être œuestion de la Gallicie et de la Turquie, et couvre les plaines où coulent la Theiss et le Danube. Une chaîne secondaire la réunit aux monts Balkans, dans la Turquie d’Europe; mais il paraît qu'à une époque reculée elle a été conpée par ce fleuve, qui y coule à travers un défilé connu sous le nom de Porte de fer (en turc, Démis-Kapou). On divise les Karpathes en orientales et occidentales, C’est à ces dernières qu’appartiennent les monts Tatras, dont le massif constitue les Karpathes proprement dites, car la partie sud-est, qui couvre de ses nombreuses ramifications toute la Transylvanie, était connue des anciens sous le nom d’Alpes Bastarniques ou Daciques. Les Karpathes, sans pouvoir être comparées aux Alpes, sont cependant, par leur élévation, l’une des chaînes les plus remarquables de l'Europe. Leur hauteur générale peut être évaluée à 3,300 mètres, C’est dans les Karpathes orientales, et surtout au midi, que se trouvent les sommités principales. On donne à la Ruska-Poyana et au Szubul plus de 3,006 mètres. Dans les Karpathes occidentales, M, Wahlenberg a reconnu que la limite des neiges perpétuelles se trouve à 2,592 mètres, 78 mètres plus bas que dans les Alpes de la Suisse. Cette partie de la chaine est dominée par le pic d’Eisthaler, qui fait partie du groupe des monts Lomnitz, et par le sommet

Page 1