KOSCIUSZKO — KOSSUTH
trouvaient à l'étranger, et où il le pressait de se faire roi de Pologne et d'accorder à son pays une constitution libre calquée sur celle de l'Angleterre. En 1815 il alla voyager en Italie avec lord Stewart, et en 1816 il s'établit à Soleure. C’est de R qu’en avril 1817 il publia une déclaration par laquelle il affranchissait les paysans de son domaine de Siechnowice, en Pologne. Il vivait d’ailleurs dans un petit cercle d’amis choisis et avec la plus grande simplicité. Une chute de cheval qu'il fit aux environs de Vevay fut la cause de sa mort, arrivée le 15 octobre 1817; demeuré fidèle à son premier attachement, il ne s'était jamais marié, Les États-Unis lui faisaient une pension, et il avait personnellement assez de fortune pour qu’à son décès on trouvât chez lui unesomme de 100,000 fr. en espèces.
En 1818 l’empereur Alexandre chargea le prince Jablonowski de transporter à ses frais le corps de Kosciuszko de Soleure à Cracovie, où, par son ordre, il fut déposé dans la cathédrale et où un monument a été élevé à sa mémoire.
KOSLOFF ou EUPATORIA, la Pompeiopolis des Romains, ville et port de la mer Noire, dans la presqu’ile de Crimée, à environ 8 myriamètres au nord de Sébastopol, l’un des premiers points de la côte dont se soit emparé l’armée anglo-française commandée par le maréchal Saint- Arnaud et lord Raglan, après qu’elle eut opéré sans obstacle son débarquement, le 14 septembre 1854, à Staræ-Ukrelein, village situé environ à 3 myriamètres au sud-est de Kosloff et à 6 myriamètres de Sébastopol. Au temps où la Crimée appartenait aux Génois, Eupatoria, appelée aujourd'hui Kosloff, était un de leurs principaux entrepôts ; au début de la guerre d'Orient sa population s'élevait à 10,000 âmes; elle dépassait, en 1867, 30,000. On y trouve un port étroit, mais sûr, prévédé d’une rade bien abritée.
KROSLOWSKIJ ( Micnaïz -Ivanowrrscn), sculpteur russe distingué, fut élevé à l'Académie de Saint-Pétersbourg, où plus tard il remplit les fonctions de professeur de sculpture. L'un de ses plus célèbres ouvrages est la statue colossale de Souwarof, élevée dans le Champ-de-Mars à Saint- Pétersbourg. Elle représente le feld-maréchal en costume de chevalier, tenant de la main droite ane épée, tandis que de la gauche il abrite derrière un bouclier la tiare pontificale ainsi que les couronnes de Naples et de Sardaigne. On cite encore de lui la statue colossale de Samson qui se trouve à Peterhof, la statue de l’impératrice Catherine IT, sous les traits de Minerve, plusieurs statues de marbre dans l’Ermitage, et les bas-reliefs qui ornent le palais de marbre sur la Néwa, représentant le retour de Régulus à Carthage, et Camille le libérateur de Rome. Koslowskij mourut à Saint-Pétersbourg, en 1803.
; KOSLOWSKIJ ( OssiP-AnTonowiTscx), l’un des plus gracieux compositeurs qu’ait produits la Russie, auteur de plusieurs mélodies à bon droit populaires, et de charmantes polonaises, s’est surtout fait un nom par la musique qu’il composa pour la tragédie de Fingal par Oserof, et par un re-. quiem. 11 descendait d’une famille noble de la Russie-Blanche,, et mourut à Saint-Pétersbourg, le 27 février 1831, avec le titre de conseiller d’État et de directeur du Théâtre impérial.
KOSSOVA (Bataille de). Voyez Cassovi.
KROSSUTH (Louis ), chef de la révolution hongroise, né le 16 septembre 1802, à Monok, comitat de Zemplin , d’une famille croate, noble, mais peu aisée, reçut sa première éducation au collége des Piaristes de Satoraljai- Ujhély , fréquenta ensuite les écoles évangéliques d’Epériés, et plus tard étudia avec succès le droit au collége protestant de Sarospatak. Après avoir oblenu le diplôme d'avocat, il parvint, par son travail opiniâtre et par son talent, à se faire, à partir de 1827, une lucrative clientèle dans son comitat natal; de même qu’il acquit une certaine influence comme orateur dans les assemblées du comitat et médiateur entre la noblesse et le peuple, à l’époque des troubles causés par le choléra. C’est à ce moment que la comtesse douairière de Szapari le prit pour homme d'affaires ; mais certains désagréments qu’il
éprouva pour l’apuration de ses comptes, qu’on prétendit ne pas être assez clairs, le forcèrent à renoncer à cette position et le déterminèrent même à aller, en 1831, s’établir à Pesth, où il parvint également à se faire une position au barreau. Cependant, dès 1832 il se rendait à Presbourg comme mandataire d’un magnat absent de Hongrie et chargé de le représenter à la diète. En cette qualité, il était logé gratuitement, prenait place au bas-côté de l’assemblée, avait le droit de porter la parole, mais non celui de voter. Au début de cette diète, il essaya une fois d’user de son droit de par-
| ler; mais son discours, pendant lequel il resta court à plu-
sieurs reprises, ne produisit aucune impression ; et pendant les quatre années que dura encore la session, il se résigna à garder un silence prudent. En revanche, à la recommandation de Nicolas Wesselény, le parti libéral lui confia la rédaction d’une Gazette de la Diète, qui, copiée à 100 exemplaires seulement, afin de pouvoir échapper à la censure préventive, était envoyée dans les différents comitats par des haiducks. Cette gazette, écrite avec espritet patriotisme, fut la première publication qui porta à la connaissance de la grande masse du public les délibérations et les discussions intérieures de la diète, et contribua énormément au développement de l’esprit public en Hongrie. Kossuth y vantait, comme on peut bien le penser, les discours prononcés par les membres de l'opposition ; il excellait d’ailleurs à en présenter les plus vigoureux arguments dans un style clair et élégant, à résumer des questions souvent obscures et confuses d’une manière qui les rendait compréhensibles à tous, à leur donner constamment une couleur favorable à l'opposition, ne manquant non plus jamais, à l’instar des journaux libéraux de Paris, de tenir note des applaudissements dont les discours avaient pu être l’objet, ni d'indiquer l'influence qu’ils avaient pu exercer sur les votes. D’un autre côté, il avait grand soin aussi de ne publier jamais que les plus faibles arguments des discours du parti conservateur, s’acquittant de cette tâche en termes secs, etautant que possible mettant bien vivement en saillie le côté ridicule que pouvaient présenter les motions des plus faibles orateurs de ce parti, et de rapporter la bruyante désapprobation qu'elles excitaient dans l’auditoire. On conçoit combien ce procédé habile devait nécessairement exercer d’intluence sur les comitats. L'opposition y grandissait et brillait ainsi avec ses députés aux yeux de l'opinion ; aussi bon nombre de vaniteux députés des comitats conservateurs, blessés dans leur amour-propre, réussirent-ils à faire changer leurs mandats antérieurs, afin de pouvoir, à leur tour, lire leur éloge dans le journal de Kossuth.
La diète une fois close, Kossuth entreprit à Pesth une feuille semblable, destinée à rendre compte des discussions des assemblées locales de comilats, que lui transmettaient des rapporteurs attachés à chacune de ces assemblées, et qui, pour échapper aux mutilations de la censure , s’envoyait lithographiée. Le gouvernement finit cependant par comprendre le danger de ces publications, qu’il avait d’abord affecté de mépriser. Il défendit donc la publication de la Gazelle ; et Kossuth ayant réfusé d’obéir, lui, Wesselény et quelques autres furent arrêtés, en 1837, et conduits à la prison d’Ofen. La table septemvirale déclara bien Kossuth coupable du crime de haute trahison, mais ne le condamna pourtant qu’à quatre années de détention. Or, dès 1840 Kossuth et ses co-détenus étaient remis en liberté en vertu de l’amnistie générale que l'opposition dans la diète arracha au gouvernement , moyennant quoi celui-ci obtint les levées d'hommes et les impôts qu'il demandait.
Le créditet l'importance de Kossuth étaient arrivés à leur apogée, parce que l’opposition attribuait le mérite des concessions du pouvoir à la tactique qu’il avait indiquée et recommandée. Il sortit de prison aux cris de joie de l’opposition. Une souscription ouverte en faveur de sa famille produisit 10,000 florins, et lui-même obtint un privilége de journal sous le nom d’un libraire de Pesth. Le 1er janvier 1841, on annonça au public que Kossuth serait le rédacteur en chef du Pesti-Hirlap,.et cette feuille ne tarda point à
compter 4,000 abonnés à 12 florins par an. Les honoraires de Kossuth furent portés à 12,000 florins par an, ce qui lui permit de faire alors l’acquisition d’un petit domaine de 30,000 florins dans le comitat de Grân. On ne saurait nier que dans la rédaction de son journal il déploya de vrais talents comme publiciste, Il avait surtout le soin d’insister sur l'iniquité politique qui exemptait la noblesse de toute espèce d'impôts, dont on rejetait tout le poids sur la bour-
æeoisie et sur les paysans, Or, plus ses tendances devenaient | démocratiques, et par suite odieuses au vieux parti con- |
servateur, voire même à la fraction modérée du parti libéral
dans la noblesse, plus en revanche elles excitaient de sym- |
caäthie dans les masses, ét devenaient l’évangile de la jeu- |
nesse, Des différends survenus entre Kossuth et le propriétaire du Pesti- Hirlap, qui se refusa à augmenter les honoraires du rédacteur en chef, bien que le journal fût arrivé à compter plus de 7,000 abonnés, le déterminèrent à abandonner, en 1844, la rédaction de cette feuille. Il espérait obtenir pour Ini-mèême un privilége de journal, et dès lors recueillir seul les grands profits que son éditeur retirait de
l'exploitation de son talent ef de son crédit sur l'opinion |
publique, A cet effet, il se rendit à Vienne, où, pour la première et la dernière fois de sa vie, il eut un entretien avec M. de Metlernich. Celui-ci, qui se défiait de Kossuth, lui refusa le privilége qu'il sollicitait, mais lui fit entrevoir la possibilité d'obtenir une subvention s’il voulait écrire dans le sens du gouvernement. Ce secours si précaire ne pouvait être accepté par un homme habitué déjà, comme Kossuth, à mener grand train et nourrissant les plus ambitieux projets,
mais qui, précisément parce qu’il manquait d’argent du mo- |
ment où le journal, source de son influence, lui faisait défaut, eût été, dit-on, assez disposé à transiger,
importance politique, et qu’on aurait bientôt oublié le défenseur des droits du peuple et le martyr de la liberté de la presse, s’il ne trouvait pas le moyen de rester toujours en scène et de continuer à occuper de lui l’opinion publique. Il se posa donc maintenant en réformateur du commerce, en promoteur du crédit particulier, en protecteur de l'industrie, nationale, et à cet effet il créa une société commerciale hon-
groise au capital de 500,000 florins, représenté par mille |
actions de 500 florins. On devine que les opérations entreprises par cette société furent toutes désastreuses, mais qu’en revanche son directeur-gérant touchait de magnifiques émo: auments et gérait la propriété commune dans son intérêt propre, qu’il avait l’habileté de confondre avec ceux du pays. En même temps il suggérait à un certain nombre de députés de la diète l'idée de fonder une société de secours mutuels pour la Hongrie, société dans la caisse de laquelle les associés s’engagèrent à verser 5 p. 100 de leurs revenus. Les seuls frais que devait avoir à supporter la société, c'étaient ies émoluments de son directeur, fonctions auxquelles il se kissa nommer ayec une abnégation dont furent dupes ceuxià seuls qui le voulurent bien. Devenu ainsi le directeur de deux importants établissements de crédit, Kossuth s’efforça de leur créer des succursales partout où il lui fut possible d'en établir. Mais les sociétés mères, comme les sociétés filiales, ne rendirent jamais de services à la veritable industrie; seulement quelques avances faites à propos à de pauvres artisans permirent d'en trompetter partout les incommensurables avantages pour le pays. Administrées par des avocats, les écrivains ou des membres de la noblesse, ces sociétés, qui en fait de dividendes ne donnèrent jamais à leurs action oaires que de la popularité, se transformèrent bientôt en yéritables associations politiques n’ayant d'autre but que de pousser à l'agitation.
En novembre 1847 Kossuth recueillit enfin le fruit de son habile conduite. J1 fut nommé par le comitat de Pesth députe à la diète, et dans cette assemblée il fit prenve d'une éloquence qu'on ne soupçonnait pas encore en lui, et qui le rendit bientôt le chef de l'opposition, Son programme se borna d'abord à réclamer l’affranchissement des avsans, la
KOSSUTH
suppression des corvées et des dimes , la participation de la bourgeoisie à tous les droits politiques, la prédominance politique de lélément national, et enfin la liberté de la presse; mais la révolution dont Paris fut le théâtre à la Gn de février 1848 modifia trop profondément la situation pour ne pas l’enhardir à espérer et à exiger bien davantage encore, notamment la séparation administrative et politique de la Hongrie d'avec l'Autriche, en même temps que des institutions constitutionnelles pour les États héréditaires autrichiens. Un violent discours qu'il prononça dès le 3 mars dans le sein de la diète eut un immense retentissement en Hongrie. Le contre-coup que la révolution de Février ent quinze jours après à Vienne, et auquel le discours en question ne fut pas non plus étranger, mit le gouvernement impérial à Ja discrétion des agitateurs hongrois. Une garde nationale s’improvisa comme par enchantement à Preshourg, sous prétexte de veiller an maintien de l’ordre, à la sécurité des personnes et des propriétés, tandis qu’en réalité c'était là déjà une levée de boucliers de la nationalité hongroise, Dès le 15 mars, Kossuth, devenu plus que jamais le héros du jour, arrivait à Vienne à la tète d’une députation chargée de demander la création d’un ministère spécial pour la Hongrie. Des gardes nationaux dételèrent sa voiture et le promenèrent en triomphe dans les principaux quartiers de la capitale. Une garde d’honneur fut placée à son logement, et les étudiants de l’université lui firent offrir de marcher sur le chäteau de l’empereur, si on ne lui accordait pas ce qu'il demandait, Terrifié par la révolution de Vienne, le gouvernement autrichien en passa par ce qu'on voulait. Un décret impérial, en date du 17 mars, créa un ministère spécial pour la Hongrie, ministère présidé par le comte Bat-
| thyàni,et dans lequel Kossuth, le grand agitateur, était Ainsi éconduit, Kossuth comprit que c’en était fait de son
chargé du portefeuille des finances. Celui-ci s'en revint en véritable triomphateur à Presbourg; et alors, obligé pendant les deux mois suivants de débrouiller avant tout le chaos administratif au milieu duquel il se trouvait jeté, il ‘se rénferma dans les attributions de son ministère , sans empiéter sur celles de ses collégues. On se rappelle qu’une véritable Vendée autrichienne surgit alors du fond de la Hongrie méridionale contre les faits qui venaient de s’accomplir, et que les Serbes et les Croates s’insurgèrent pour la défense des droits de la maison de Habsbourg avee non moins d'enthousiasme qu’avaient pu faire les populations magyares pour la conquête de leur indépendance politique. Les révolutionnaires hongrois comprirent la nécessité d’écraser cette protestation armée contre le nouvel ordre de choses, sans lui donner le temps de prendre des proportions plus dangereuses encore. La majorité du ministère penchait cependant pour une politique et des mesures de conciliation. Kossuth, au contraire, exigea que les révoltés se soumissent sur-le-champ et sans conditions, refusant de prêter l'oreille aux moindres objections que pouvaient lui faire des hommes de sens et d'expérience. En même temps il décla- .rait dans l’Assemblée nationale, au nom de ses collègues, que la Hongrie accorderait à l'empereur tous les secours dont il croirait avoir besoin pour replacer PItalie sous son obéissanée, à la condition que la cour prit franchement le parti des Hongrois contre les Croates. On n’a pas oublié sans doute que le ministère autrichien déposa le ban Jellachieh ; mais Kossuth, plein de défiance à l'endroit des véritables intentions de la cour de Vienne, fit décréter par l'Assemblée nationale la création immédiate d’une armée hongroise, mesure que ses collègues Batthyàni et Mezaros combattirent eux-mêmes avec vigueur, et qui ne pouvait effectivement avoir d'autre bul que de créer un moyen d'action à opposer à l’armée autrichienne. C'était là l'idée secrète dont Kossuth avait tout d'abord poursuivi la réalisation, comme le prouvent de reste les nombreuses émissions de billets de banque ardonnées pat le ministre des finances, et à l'aide desquelles, dès le mi lieu de l'été de 1848, il batjait incessamment monnaie et se procurait les ressources nécessaires pour mettre la révolution hongroise en mesure de jeter le gant à l’Autriche
KOSSUTH
Sans plis se Soticier des ordres qu'on lui envoyait de Vienné que des inenaces du ministère hongrois, Jéllachich
envalit le térriloire hongrois. Le refus positif de l’empereur !
d'intervenir dans ce conflit plus eflicacemeñit qu'il ne l'avait fait jusque alôrs ameëña la dissolution du cabinet. L’empereur réfusa de nomrmér les nouvéaux ministres qu'on lui proposa, etenvoya, au contraire, en Hongrie le feld-maréchallieutenant cointe de Lamberg à l'effet d’y rétablir l'ordre avec l’aide des Croatés. Lamberg qui s'était rendu à Pesth pour y faire contré-signer sa nümihation et ses pouvoirs par le comte Batthyäni, périt assassiné dans un mouvement populaire provoqué par les agitateurs magyares. Ces scènes sanglantes et la complète dissolution du cabinet qui en fut la suite portèrent Kossuth à la présidence du comité de défense nationale, et firent compléternent prévaloir ses idées (voyez Hoxcnie). Comme chef de ce gouvernement révolutionnaire, il déploya dans les derniers mois une incroyable énergie et une incomparable activité pour organiser l’armée hongroise, armer la nation en massé, et pour enflammer le patriotisme et l’ardeur révolutionnaire au moyen d’incessants voyages dans les différentes parties du pays ; voyages qui toujours donnaient lieu de sa part aux plus chaleureuses et aux plus patriotiques allocutions.
Quand armée autrichienne aux ordres de Windischgrætz pénétra sur le sol hongrois et qu'il y eut nécessité, au commencement de l’année 1849, de transférer l’Assemblée nationale de Pesth à Debreczin, Kossuth contribua essentiellement par son activité et sa résolution à donner à l’armée hongroise les proportions grandioses et l'attitude formidable grâce auxquelles la campagne du printemps s’ouvrit par une suite de brillants triomphes. Pour enlever au parti modéré toute possibilité d'opérer une transaction, ce fut lui qui, le {4 avril 1849, vint à l’improviste proposer à l’Assemblée nationale de proclamer l'indépendance de la Hongrie et la déposition de la maison de Habsbourg ; proposition convertie en Joi dès le lendemain, 15. Bien que Kossuth laissât provisoirement la question de la forme de gouvernement indécise, il se fit nommer chef de l'État, sous le titre de gouverneur provisoire du pays, et le 5 juin il faisait en cette qualité son entrée solennelle dans Pesth, retombée au pouvoir des magyares, 1l avait compté sur une intervention des puissances occidentales en faveur de la Hongrie, et l'avait même fait entrevoir dans la déclaration d'indépendance; mais il ne farda point à se voir trompé dans ses espérances, en même temps que la révolution hongroise se trouvait réduite à la situation la plus critique, d'un coté par la réorganisation de l’armée autrichienne, et de l’autre par l'intervention de la Russie. Peu propre à calculer froidement les chances en véritable homme politique, etnaturellement enclin aux mesures extrêmes, il voulut alors que la nation tout entière trouvât dans son désespoir les moyens de vaincre un ennemi deux fois plus fort qu’elle; à cet effet il fit prêécher une véritable croisade, à laquelle ne manquèrent même ni les processions solennelles, ni les jeünes, ni les pénitences propitiatoires ordonnés par l’Église. Il faut le dire, d’ailleurs, peutêtre bien la cause hongroise, aurait-elle eu une fin, sinon moins rapide, du moins moins fataie, si Kossuth avait su faire preuve de plus d'énergie et de force de volonté vis-àvis des chefs militaires, notamment vis-à-vis de Gœrgei, et les contraindre à lui obéir. Mais tout dans sa carrière politique démontre que s’il est doué à un haut degré du courage civil, le courage personnel lui fait complétement défaut. Tandis que Gærgei, parvenu uniquement par la protection de Kossuth, se révoltait en quelque sorte dès le mois de janvier 1849 contre le pouvoir exécutif, Kossuth, au lieu de contraindre le réfractaire à l'obéissance ou bien de le punir et de lui enlever son emploi, chercha à le gagner à ses intérêts propres. Après les démissions forcées arrachées à Dembinski, puis à Velter, il lui fit même confier le commandement en chef de l’armée, et après la déclaration d'indépendance, le portefeuille de la guerre. Il est vrai que lorsque Gœrgei, persistant à ne suivre que son plan
d'opérations particulier, différa de faire retirer son armée vers la Theiss inférieure, Kossuth lui enleva, le 2 juillet, toutes ses fonctions; mais il revint bientôt sur cet acle de rigueur, et laissa encore Gœærgei libre d'opter entre le ministère de la guerre et le commandement de l’armée. Gœrgei, demeuré le chef des forces hongroises, continuant toujours à n’exécuter ancun des ordres qui lui étaient transmis et à suivre ses plans, Kossuth tächa d'obtenir de Be m qu’il se chargeât du commandement en chef, et accusa publiquement à Szegedin Gœrgei de trahir la cause nationale. Il fit plus, il réunit, pour marcher contre lui, un corps de 3,000 hommes, doû: il se réservait le commandement: mais il n’osa jamais rieu tenter de décisif pour enlever au traitre les pouvoirs à l’aide desquels celui-ci vendait son pays. Après la défaite éprouvée le 9 août à Témeswar par l’armée nationale, et les négociations ouvertes avec Paskewitsch pour offrir la couronne de Hongrie à un prince russe ayant été repoussées, Kossuth désespéra du salut commun; et le 9 août, à Arad, il remettait formellement tous les pouvoirs civils et militaires entre les mains de Gœrgei. Ce fut en vain que Bem l'encouragea à recommencer la lutte et à reprendre sa position : il navait plus maintenant d'autre pensée que celle de gagner la frontière turque, qu'il parvint effectivement à toucher le 17 août avec quelques-uns de ses affidés, et de se réfugier de là en Angleterre. Reconnu par les autorilés turques, il fut retenu prisonnier, d’abord à Widdin, puis à Schumla. Quoique menacé alors d’être livré à l'Autriche, Kossuth refusa noblement de changer de religion et d’embrasser le mahométisme pour échapper à ce péril. Interné plus tard avec ses compagnons d’exil à Koutahia en Asie Mineure, il ne recouvra sa liberté qu’en août 1851, sur la pressante intervention des gouvernements anglais el américain. Un vaisseau de guerre américain vint le chercher à Smyrne, et le 17 octobre il débarquait en Angleterre, Kossuth y fut reçu au milieu des plus vives acclamations, et par l'adresse avec laquelle il s’exprima en public toutes les fois qu’il en eut l’occasion, il réussit à rendre également populaires sa personne et la cause dont il était le représentant. Dès le mois de novembre de la même année il partait pour les États-Unis, où il développa une extrême activité oratoire, excitant au plus haut degré par ses discours les sympathies publiques pour les malheurs de sa patrie, recueillant en outie des sommes considérables sous forme de dons volontaires et de souscriptions en faveur des Hongrois, et prêchant partout dans l'intérêt dela révolution le principe denon-intervention.
En juin 1852, Kossuth revint à Londres. Quoique, lors de lémeute qui éclata à Milan le 6 août 1853, il ait été publié une proclamation adressée aux soldats hongrois servant en Italie et signée de son nom, il paraît qu'il ne prit point directement part à cette échauffourée ; et | d’un échange d'explications intervenues à ce sujet entre lui et Mazzini par la voie des journaux de Londres et de Turin, que si cette proclamation portaitréellement sa signature, c’est qu’il l'avait donnée en blauc-seing, lors de son internement à Koutahia, pour le cas où les chefs du parti patriote croiraient à lutilité et à l'opportunité d’un mouvement insurrectionnel à tenter en Italie. Or, deux années s'étaient passées depuis lors ; les circonstances n'étaient plus les mêmes, et Kossuth différait maintenant complétement d’opinion avec les chefs du mouvement tenté à Milan, non pas sur la question de principe, mais sur la question d'opportunité. A quelque temps de là le gouvernement anglais eut des motifs.pour le soupçonner de faire à Londres des préparatifs militaires destinés à un nouveau mouvement sur le continent. Une descente de police fut faite en avril 1853 chez un nommé Hale, fabricant de fusées et de raquettes incendiaires, et l’on y saisit effecti. vement des approvisionnements considérables en armes et munitions de guerre; mais il fut impossible de prouver que Kossuth y fût pour quelque chose. A cette occasion il se venta d’avoir à sa disposition, non pas sur le sol anglais, mais à l'étranger, les moyens de recommencer la lutte contre l'Autriche quand il jugeraitle moment venu.
En février 1850, sa femme, Thérèse, née Messlenyi, était parvenue à sortir de Hongrie et à venir le rejoindre à Koutahia; et peu de temps après le gouvernement autrichien lui renvoya spontanément ses enfants, deux fils et une fille. Ses deux sœurs, après une longue détention, furent bannies en 1852 des États autrichiens, et trouvèrent l’accueil le plus sympathique à Bruxelles, d’où elles se rendirent aux États- Unis, en 1853. C'est aussi à Bruxelles que mourut sa mère, à la fin de l’année 1852.
Kossuth est de taille moyenne, maigre et pâle. Sa physionomie annonce une vive intelligence; malgré ce qu’il y à de visiblement chétif et valétudinaire dans sa constitution, sa voix est aussi forte que retentissant&æ Avec Mazzini et
Ledru-Rollin il coustitua quelque temps le triumvirat, qui tint en éveil toutes les polices du continent. Mais des dissidences politiques trop nrofondes séparaient ces trois
KOSSUTH
chefs révolutionnaires pour qu’il sor{ît de leur association, plus apparente que ré elle, rien de redoutable, S'ils étaient unis pour signer des manifestes retentissants, ils ne le furent guère pour tenter en commun la moindre entreprise sérieuse. Le rôle de Kossuth est entièrement terminé depuis que la Hongrie, sous linfluence prépondérante de M.Deak, est entrée dans des voies pacifiques de réforme et de progrès. Aussi l’ex-dictateur a-t-il refusé, malgré Pamuistie impériale, de rentrer dans son pays ni même d'accepter dans la chambre des députés le mandat que les électeurs de Pesth lui ont deux fois accordé, en 1867 eten 1868. Il n’a pas même tenté, à la faveur des derniers troubles de l’Europe, de reparaître sur la scène politique, Possesseur d’une fortune indépendante, il continue de vivre à Londres, avec ses deux fils et sa fille,