‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 8 sur 522 · HENRIETTE · texte numérisé non relu

HENRIETTE

encore en comparaison du coup affreux que lui porta la mort de Charles 1°, son époux, décapité à Londres , le 9 février 1649. Après tant et de si cuisants chagrins, la religion seule pouvait lui offrir quelque consolation. Elle courut donc s’ensevelir dans le couvent de la Visitation, qu'Anne d'Autriche avait fondé à Chaillot. Là elle s’occupa d'élever pieusement ses enfants, et donna à sa communauté l'exemple de toutes les vertus. Cependant, des jours plus prospères devaient luire pour elle : le protecteur Cromwell ayant cessé de vivre, Charles II remonta sur le trône de son père, et en 1660 Henriette eut la joie de rentrer*en triomphe dans cette même Angleterre où douze ans auparavant elle s'était vue en butte aux coups incessants de ses ennemis. Malgré les marques de dévouement qui lui furent prodiguées , elle ne put supporter le séjour d'une terre arrosée du sang de son époux, et revint dans l'asile de paix qu'elle s'était assuré en France. Après quatre années d’une vie passée dans un calme qu’elle avait si rarement goûté durant son orageuse existence, elle expira presque subitement, le 10 septembre 1669, à Colombes, où elle passait l'été. A quarantejours de là le grand Bossuet, prononçant, dans l’église de Sainte- Marie de Chaillot, son oraison funèbre, résumait en termes magnifiques la triste destinée de cette infortunée princesse. ù Paul TiBy.

HENRIETTE D’ANGLETERRE (ANNE), duchesse d'Orléans, fille de l’infortuné Charles 1° et de Henriette de France, fille de Henri IV, naquit à Exeter, le 16 juin 1644, au milieu des guerres civiles. Lady Morlon, sa gouvernante, après l'avoir dérobée pendant deux années aux recherches des rebelles, parvint à la conduire en France à la reine, sa mère, qui y avait cherché un asile. La jeune princesse donnait déjà la mesure de la fierté que, malgré ses aimables qualités, elle devait conserver toute sa vie; fierté qui, au dire de Daniel de Cosnac, lui faisait envisager un devoir

. comme une bassesse. Déguisée en petit paysan, on ne pouvait l'empêcher de répéter pendant sa fuite : Je ne suis pas un paysan, mais une princesse. Pour réduire son orgueil par l'humilité chrétienne, sa mère, retirée au couvent de Sainte-Marie de Chaillot, l’obligea plusieurs fois à servir les religieuses et les pauvres. Lorsque Charles II, son frère, fut rétabli sur le trône d'Angleterre, la jeune princesse fit avec sa mère un voyage en Angleterre, d’où elle revint bientôt pour épouser Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV. Une tempête qui la força de rentrer au port, et une rougeole quisurvint, retardèrent son arrivée en France. Enfin, débarquée au Hâvre, elle y trouva Monsieur, accouru au-devant d’elle avec un empressement auquel, dit Mme de La Fayette, il ne manquait que de l'amour. La duchesse d'Orléans, ravissante de grâce et de jeunesse, atteinte du désir de plaire, environnée de toutes les séductions, ne sut pas se garantir assez de si nombreux périls. La galanterie en vogue à cette époque, les idées romanesques qu’elle avait puisées dans la littérature du temps, lui firent nouer avec le jeune comte de Guiche une intrigue plus innocente dans le fond que dans la forme. La malignité s’en empara pour faire paraître un écrit intitulé : Amours de Madame et du comte de Guiche. Daniel de Cosnac, évêque de Valence, premier aumônier de Monsieur, tout dévoué à la princesse, lui rendit l'éminent service de faire disparaître l’édition entière de ce fâcheux libelle, qui reparut après la mort de Madame, imprimé parmi les œuvres de Bussy-Rabutin.

Louis XIV, qui avait dédaigné Henriette d’Angieterre dans son adolescence, revenu de ses impressions premières, s’était épris pour elle d’un vif sentiment. Multipliant pour lui plaire les splendeurs et les fêtes , afin de donner le change à la curiosité des courtisans, il feignit d’être amoureux de Melie de La Vallière, fille d'honneur de Madame; heureusement que la feinte, cédant la place à la réalité, écarta do la princesse le danger qu’elle courait, Madame ne continua pas moins, par ses charmes et son esprit, à jouir auprès du roi de tous les avantages de la faveur, jusqu'au jour où elle tomba dans une sorte de disgrâce, à laquelle ou peut

assigner deux prineipaux motifs : d'abord une série d’intrigues de cour fit connaître à Louis XIV, de l’aveu même de la princesse , la part indirecte qu’elle avait eue à la fameuse lettre supposée dr, roi d'Espagne à la reine pour l’avertir de la passion naissante du roi pour M°le de La Vallière ; en se= cond lieu, Madame, de concert avec l’évêque de Valence, s’efforçait de faire sortir le duc d'Orléans de sa nullité en lui inspirant le désir des belles actions, et cette continuelle préoccupation contrariait les vues politiques du monarque, qui voyait dans l’abaissement de son frère un gage de sa propre grandeur. Madame, si bien faite pour plaire, et qui plaisait à tous, n'avait jamais éprouvé que les froideurs et les dédains du duc d'Orléans ; une indigne passion de ce prince pour le chevalier de Lorraine vint mettre le comble à ses chagrins domestiques. La princesse crut trouver un remède dans l'intervention de Louis XIV pour éloigner le chevalier; l’évêque de Valence s’unit à elle, avec la liberté de langage qui lui était familière. Par une amère déception, le roi resta non-seulement sourd à des plaintes si justes, mais, saisissant avec empressement l'occasion de détruire auprès de son frère des influences qu’il redoutait, il ratifia, au grand désespoir de Madame, la demande d’exil de l'évèque de Valence que Monsieur lui avait adressée. Les personnes les plus chères à Madame furent éloignées de son service, la marquise de Saint-Chaumont, gouvernante de ses enfants et son amie dévouée, exilée et remplacée par la maréchale de Clairembault, qui élevait les jeunes princesses ses filles à haïr leur propre mère. Tant de chagrins parurent devoir trouver leur terme le jour où Louis XIV eut besoin de sa belle-sœur pour détacher Charles II de l'alliance de la Hollande. Le chevalier de Lorraine fut éloigné; la princesse traversa le détroit, et revint rapportant le traité obtenu de son frère. Hélas! le triomphe fut court et trop tôt suivi de ces mots funèbres : Madame se meurt, Madameest morte! Saisie à Saint-Cloud de douleurs violentes, après avoir bu un verre d’eau de chicorée, elle expira en quelques heures, le 13 juin 1670, à peine âgée de vingt-six ans. L'abbé Feuillet, avec une rudesse salutaire peut-être, mais qui nous paraît violente, Bossuet, avec des paroles de consolation plus douces , l’assistèrent à ses derniers moments. Les médecins assurèrent qu’elle était morte du choléra-morbus ; mais on à lieu de croire que leur opinion fut dictée par Louis XIV, dont la politique était de ménager sa nouvelle alliance avec l'Angleterre. Les probabilités, appuyées sur la plupart des témoignages contemporains , sont pour une mort violente, occasionnée par un poison subtil que le chevalier de Lorraine aurait envoyé d'Italie, où il était alors exilé. Toutefois, aucune preuve positive n’en a été fournie. Outre un fils et une fille morts en bas âge, Henriette laissa deux filles, l’une mariée à Charles II, roi d'Espagne, l’autre à Victor-Amédée, duc de Savoies

L'histoire d'Heuriette d'Angleterre a été écrite à son point de vue romanesque par M®° de La Fayette. On trouve aussi des renseignements sur elle dans les mémoires du temps et dans les lettres de Mme de Sévigné. Mais pour considérer sa vie sous son aspect certainement plus réel, à la fois sérieux et malheureux, on peut lire les Mémoires de Daniel de Cosnac, que nous avons publiés en 1852.

« Cte Jules ne CosNac.

HENRION DE PANSEY (P1ERRE-PAUL-NICOLAS ), savant magistrat français, naquit en 1742, à Tréveray (Meuse). IL étudia le droit à Pont-à-Mousson. Son droit achevé, il vint à Paris en 1762, et y exerça dans une obscurité à peu près complète la profession d’avocat jusqu’en 1773. La nature l'ayant doué d’une ‘volonté aussi énergique que patiente, il approfondit la science que tant d’autres ne font qu'effleurer, et il suppléa par le travail au défaut de rapidité dans la conception. 11 publia plusieurs traités dignes d'estime, qui n’aboutirent pas encore à le faire sortir de 1» foule; maisenfinson Traitedes Fiefs attira sur lui les regards des jurisconsultes et des praticiens, et décida de sa vépu-

tation. Bientôt il fut surchargé d’affaires, et les plus épineuses ne manquaient jamais de lui être proposées. Seulemert, c’est à titre d'avocat consultant qu'il les acceptait, laissant le reste de la besogne aux jeunes stagiaires ou aux avocats plus riches de langue que de fonds. Il écrivit une grande partie des meilleurs articles du Répertoire universel de Jurisprudence de Guyot, et ajouta une sorte de supplément à son Traité des Fiefs, soûs le titre de Dissertation féodale. Sur ces entrefaites, la révolution éclata. L’ancienne législation française, renversée de fond en comble par la Constituante, détruisit en même temps tout l'intérêt qui s’attachait aux recherches d’Henrion de Pansey sur les droits féodaux. Alors il quitta Paris, et vint s’établir à Joinville, C'était d’ailleurs un homme d'étude, à qui il fallait absolument le calme et le repos. De Joinville il alla ensuite à Chaumont. Nommé administrateur du département de la Marne, il s’y fit remarquer par sa modé= ration, sa vigilance et son impartialité. On ne sait pourquoi il quitta ses fonctions ; mais celles qu’il remplit ensuite à l'école centrale de Chaumont, où il professa la législation, semblent indiquer l’incompatibilité de ses goûts avec la politique. Néanmoins, il n’exerça pas longtemps le professorat ; il devint membre de la cour de cassation dès que le gouvernement consulaire s'établit; et ce fut en grande partie à la considération même que lui témoignèrent ses collègues

qu’il dut presque aussitôt l'honneur deles présider. L’empe- |

reur fit plus : il l’appela au conseil d’État, où c’est trop peu dire que d'affirmer que Napoléon avait du plaisir à l'écouter.

En 1814 Henrion de Pansey fut chargé, par le gouvernement provisoire, du département de la justice. Il accepta

ces graves fonctions, sans cesser pour cela d’appartenir à

la cour de cassation, et il les remplit jusqu’au 20 mars 1815. Il crut alors, ainsi que la plupart de ses collègues, ne devoir pas suspendre les séances de la cour, regardant cette résolution comme essentielle pour le maintien de l'ordre. Il traversa les cent jours, détaché de toute préoccupation politique dans l'exercice de la justice, et fut nommé chef du conseil privé de M. le duc d'Orléans dès que ce

prince fut rentré en France. Enfin, en 1828, il fut appelé |

au siége de premier président de la cour de cassation, en remplacement de M. Desèze. Par cet acte de justice, Charles X couronna dignement cette longue vie passée dans la pratique des plus hautes vertus et honora la magistrature nouvelle dans la personne du plus respectable de ses représentants. Henrion de Pansey ne jouit pas longtemps de cet honneur ; il mourut en 1829, âgé de près de quatre-vingtdix ans. Entre autres ouvrages, il avait publié l’Éloge de Dumoulin, VÉloge de Mathieu Molé; Des Pairs de France de l’ancienne constitution française; De l'Autorilé judiciaire dans les gouvernements monarchiques, livre savant, bien écrit, plein de recherches historiques et dont l’objet est de déterminer la compétence judiciaire et d'établir la légalité du conseil d'État; Du Pouvoir municipal et de la Police intérieure des Communes; De la Compétence des Juges de Paix; Des Assemblées nationales en France depuis l'établissement de la monarchie, etc., etc. Charles Nisarp.

HENRIOT (François), naquit à Nanterre, en 1761, d'une famille de cultivateurs , qui, malgré sa pauvreté, put lui faire donner un commencement d'instruction; car il s'exprimait avec facilité et écrivait assez bien. Sa première condition fut pauvre et pénible : qu'il ait servi comme enfant de chœur, domestique, ou clerc d’huissier, nous ne voyons là rien qui accuse. Lorsque le mouvement de 1789 commença , il était, à l’âge de trente ans, parvenu à obtenir une place de commis dans l'octroi de la capitale. Le peuple ayant mis le feu aux barrières, dans la nuit du 12 juillet, il quitta son poste, et le laissa faire. Sa sagacité comprit que de nouveaux temps étaient venus, et les plus forts étant ses amis, il passa de leur côté. Depuis il disparut dans les groupes; on l’employa à presser l’action révolutionnaire par son énergie, Mais dans les premiers temps il ne fut

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