‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 82 sur 522 · HOMERE — HOMME · texte numérisé non relu

HOMERE — HOMME

rivé du grec ôpakéw , converser, à l’art d'exposer et d’enseigner les bases de la foi chrétienne au moyen d’Aomé- Lies ou de sermons. L’homilétique comprend par conséquent les règles qui doivent présider au choix des textes de sermon, à l’art de les disposer et de les traiter, comme aussi celles qui sont relatives à la déclamation et au geste, Les professeurs de nos facultés de théologie qui sont chargés des chaires d’éloquence sacrée embrassent en partie dans leur enseignement ce que nos voisins appellent plus particulièrement komilétique. L'ouvrage de saint Augustin de Doctrina Christiana est, à bien dire, le premier traité d’homilétique qu’on ait songé à rédiger. Mais plus tard cette science reçut de plus grands développements, à la suite des travaux d'Ér asme et d'Hypérius. L’Zcclésiaste du premier (Bâle, 1535) est demeuré classique en ce genre. L'ouvrage d’'Hypérius a pour titre : De formandis Concionibus sacris (Marbourg, 1553); L’Essai sur l'Éloquence de la Chaire, du cardinal Maury, est plutôt un recueil d'analyses et d’observations qu'une théorie systématique. Les Allemands à cet égard ont montré plus d'activité que nos théologiens; et leur littérature théologique ahonde en ouvrages spéciaux sur cette matière.

HOMINEM (An). Voyez AD HOMINEM.

HOMMAGE, HOMMAGE LIGE (Droit féodal).

Voyez For er Howwace, et FÉODALITÉ, tome IX, page 343.

HOMME (en latin Àomo). Il est ainsi défini : Animal nu,

‘à deux mains et à deux pieds, marchant debout, doué de raison, d'un langage articulé, et susceptible de civilisation. Il est l'unique bimane et bipède. Étant, parmi tous les animaux, le seul créé pour l'exercice de la pensée et de l’industrie, afin de régner sur les autres êtres, il dut recevoir une station droite. C'était le moyen de lui attribuer un cerveau volumineux et la liberté des mains. Ainsi, la nature fit à l’homme trois dons éminents, qui lui assurent l'empire, savoir : l'intelligence pour inventer, le Zangage pour s'associer, et les mains pour exécuter. Ces caractères n’appartiennent dans leur totalité à aucune autre espèce. Par sa conformation physique, il est de la grande classe des animaux vertébrés à sang chaud : la femme étant vivipare et allaifant ses enfants , elle se range, comme

Whommé, dans l'ordre des mammifères, selon les naturalistes.

Placés à la tête du règne animal et revêtus d’une suprême autorité sur tout ce qui respire, c’est à nous qu’il appartient de sonder les profondeurs de notre propre nature. Il a été réservé à l’homme seul de mesurer ses droits sur ce globe; car tout ce qui vit s’ignore soi-même, excepté notre seule espèce. Aussi les êtres organisés, végétaux et animaux, comme les matières brutes, relèvent tous de l’homme, tandis que ceroi de la terre ne relève que de la Divinité. Par le corps , nous sommes classés au rang des animaux; par la raison et l'âme, nous émanons de l'intelligence suprême. L’humanité constitue donc la création la plus élevée et dominatrice sur la terre, et devient le plus grand sujet d’étonnement de toute la création. Telle est la suprématie qui nous fut attribuée : puisque l’homme tire de l'intelligence toute sa grandeur et même son mode dre sur la terre (car il n’agit pas de pur instinct, à la manière des bêtes, mais en s’associant et en perfectionnant sa nature), on doit le considérer commeun animal éminemment philosophe, l'Aomo sapiens de Linné, Tout en.lui manifeste sa destination pour exister principalement par le cerveau, tandis que les bêtes vivent éavantage par le corps. Le système nerveux, plus actif et pius développé chez notre espèce, devient la source des grands biens comme des grands maux qui la distinguent entre tous les êtres.

En nous donnant l'existence, le grand arbre de la vie a fleun, s’est élevé au faite de sa croissance ; il a produit en nous ses fruits les plus élaborés, si l’on veut considérer toute la série hiérarchique des êtres organisés. Ainsi au delà des . simples matériaux terrestres et bruts se sont développées les immenses trious végétales, depuis l'humble mousse jus-

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qu’au palmier fécond et jusqu’au cèdre superbe. Sur le règne végétal est apparue ensuite l’animalité qui s'en substante, et au-dessus de ces races inférieures se sont déployées des espèces plus nobles, plus puissantes, ou plus audacieuses, telles que des carnivores et les ordres supérieurs des vertébrés, les oiseaux, les mammifères. Parmi ceux-ci s’observe une gradation manifeste dans le perfectionnement de l'organisation. Depuis les brutes grossières, ou pachydermes et ruminants, on remonte par les tribus d'animaux onguiculés, les rongeurs, aux carnassiers, et de ceux-ci aux primates, tels que les singes ou quadrumanes , aux orangs-outangs ; enfin, de ces genres à celui de l’homme, la gradation se marque encore par des transitions depuis le Hottentot et le stupide Papou, jusqu’à la suprême perfection corporelle et intellectuelle de l’homme blanc, civilisé par l'instruction et les arts, dans notre Europe moderne. Élevés ainsi au sommet de l'échelle des règnes organisés, c’est à nous que viennent aboutir tous les mouvements qui s’opèrent parmi eux. L'homme est comme la tête, la partie pensante de ces créatures ; elle en représente la fleur la plus délicate et la plus sensible, tandis que les autres espèces en composent le corps ou la masse brute, De même que le cerveau est formé pour gouverner l'économie vivante de chaque individu, le cerveau des êtres organisés, qui est la race humaine, est établi par la nature comme un modérateur suprême pour faire régner entre eux l’équilibre et la subordination. C’est une sorte de grand balancier destiné à peser tour à tour sur tout ce qui s’élève au delà des limites naturelles :

Sanctius his animal, mentisque capacius altæ, Deerat adhuc et quod dominari in cætera posset; Natus homo est. (Ovin., Métam., 1.)

De même que le règne animal est institué pour réprimer

lexcessive abondance du règne végétal par les déprédations

qu’il exerce , les espèces carnivores ont été créées aussi pour retrancher l’excès des espèces qui vivent des végétaux. La race humaine a été superposée sur toutes les autres, afin de faire régner l'harmonie entre elles, en châtiant également les unes et les autres pour les contenir entre leurs limites respectives. Cette fonction est prouvée par la faculté accordée à l’homme de pouvoir subsister dans tous les climats du globe et de se nourrir également de végétaux et d’animaux. Lorsque l'espèce humaine, à son tour, surabonde, et que sa puissance despotique devient ruineuse pour les corps organisés , alors naissent les disettes, les famines destructives , ou ces épidémies meurtrières , qui ne sévissent jamais plus que dans les immenses réunions d'hommes, par la corruption et les contagions qui s’y propagent. D'ailleurs, la nature humaine est exposée à de soudaines catastrophes politiques, à des discordes civiles, à des guerres d'autant plus ravageuses que la population est plus condensée ou plus nombreuse. Ces dissensions entre les peuples sont comme autant de cautères ou de saignées qui diminuent, pour ainsi parler, la pléthore des nations, et rétablissent une plus juste hiérarchie entre les créatures vivantes. Les temps de malheur pour le genre humain deviennent alors des époques de développement et de croissance pour les êtres de la nature , parce que nous ne nous multiplions que par leur ruine, et nous ne nous enrichissons que de leur déprédation.

Si l’homme r’est qu’un instrument nécessaire dans le SyStème de vie, tout ce qui existe n’est donc pas formé pour notre félicité. De même que les souverains sont établis pour faire le bonheur des peuples, l’homme a été comme le chef élevé sur tous les êtres pour maintenir leur bien général. La mouche qui linsulte, le ver qui ronge ses entrailles, le vil ciron dont il est la proie, sont-ils nés pour le servir? Les astres, les saisons, obéissent-ils aux volontés de ce dieu de la terre, aliment d’un frêle vermisseau? Les maladies, les infortunes et les douleurs, les tourments que nous nous créons nous-mêmes par nos passions, prouvent que la Providence s’est montrée équitable, et que, pour être exhaussés

DICT. DE LA CONVERS. — T. XI

au premier rang, nous ne sommes pas au-dessus de ses 10f8. Ce n’est donc point l’homme qui règne sur la terre, ce sont les lois de la Divinité, dont il n’est que l'interprète et le dépositaire. Soumis à ces décrets irrévocables de la nature, il en devient le premier esclave. Animalia fecit Deus propter hominem, hominem propter seipsum. Si ergo animalibus ministrat propler hominem, quomodo hominibus non ministrabit propler seipsum? (S. Chrysostomus, in Matth.) L'homme tient ainsi à tout : il est la chaîne de communication entre tout ce qui existe, l'intermédiaire de la Divinité et des créatures inférieures. L'animal, la plante, demeurent circonscrits dans leur sphère ; la nôtre embrasse l'univers par les différentes nations du globe et par cette communication universelle qui s’entretient parmi elles à l’aide des langues, des besoins mutuels, des transactions du commerce, de l’industrie, et la propagation des luraières : nous sommes ainsi devenus l’âme du monde physique. Quels animaux peuvent disputer à l’horome sa suprématie? Un animal de cinq pieds donne la loi aux puissantes baleines et fait agenouiller éléphant devant lui! Sa supériorité est telle sur les brutes qu’il leur est plus avantageux de s’en faire oublier, comme les insectes, que de lui résister cappee le lion.

Si nous étudions sans préjugé la conformation interne et les formes extérieures de l’homme, il ne nous apparaîtra que peu favorisé. Il n’est en effet pourvu d'aucune des armes défensives et offensives que la nature à distribuées à d’autres êtres. Sa peau nue est exposée à l’ardeur brûlante du soleil comme à la froidure rigoureuse des hivers, tandis que la nature à protégé d’une écorce les arbres eux-mêmes, La longue faiblesse de notre enfance, notre assujettissement à une foule de maladies dans le cours des âges, l'insuffisance individuelle de l’homme, l’intempérance de ses appétits et de ses passions, le trouble de sa raison et son ignorance originelle, le rendent peut-être la plus misérable des créatures. Le sauvage traîne en languissant sur la terre une longue carrière de douleurs et de tristesse. Victime des éléments, il ne jouit d'aucun avantage sans l’acheter au prix de ses travaux, et demeure en proie à tous les hasards de ls fortune. Quelle est sa force devant celle du lion, la rapidité de sa course auprès de celle de l’élan ou du chamois? A-t-il le vol élevé de l’oiseau, la nage du poisson, l’odorat du chien, l’ouie du lièvre, l’œil perçant de l'aigle? S’enorgueillira-t-il* de sa taille auprès de l'éléphant, de sa dextérité en présence du singe, de sa légèreté près de la gazelle? A-t-il la magnificence du paon, la voix mélodieuse du chantre des bois? Chaque être fut doué de son instinct, et la sage Providence à pourvu aux besoins de tous; elle a donné des serres crochues , un bec atéré, des ailes vigoureuses à l’oiseau de proie; elle arma le quadrupède de dents, de cornes menaçantes; elle protégea la lente tortue d’un épais bouclier ; elle enseigna à tous les êtres leurs merveilleux irstincts de conservation. L'homme seul ne sait rien, ne peut rien sans l’éducation ; il lui faut péniblement enseigner à vrvre, à parler, à bien penser; il lui faut de longs labears pour surmonter tous ses besoins ; la nature ne nous instruisit qu'à souffrir la misèreet nos premières voix sont des pleurs. Le voilà gisant à terre, tout nu, pieds et poings garrottés par des langes, cet animal superbe, né pour commander à tous les autres! il gémit, on l’emmaillotte, on l’enchaîne ; on commence sa vie par des supplices, pour le seul crime d'être né. Les animaux n’entrent point dans le monde sous de si cruels auspices ; aucun d’eux n'avait reçu une existence aussi fragile que l’homme; aucun ne conserve un orgueil aussi démesuré dans l’abjection ; aucun n’a la superstition, l’avarice, l'ambition, la folie et toutes les fureurs en partage. C’est par ces rigoureux sacrifices que nous avons acheté la raison et l'empire du monde, présents souvent funestes à notre bonheur et à notre repos; et l’on ne saurait dire si la nature s’est montrée envers nous ou pius généreuse mère par ses dons, ou marâtre plus inexorable par le prix qu’elle en exige.

L'homme est destiné à marcher debout, tandis que la brute, wenchee sur .6 so), ramène ses regards avec ses désirs vers celle tang» aontelle est sortie, et qui doit un jour l’engloutir tout entiere :

O curvæ in terras animæ et cœlestium inanes !

Cette station horizontale ne permet pas aux animaux d’avoir une tête fort volumineuse, un large cerveau, ni par conséquent une intelligence très-étendue. La nature a donc suspendu leur crâne au moyen d’un ligamment cervical (occipito-vertébral) pour empêcher la tête de retomber sans cesse : ce ligament n'appartient pas à l’homme. La mâchoire supérieure des animaux à museau prolongé porte à son milieu un os infermaxillaire qui n’existe point chez Fhomme. Notre tête demeure ainsi placée en équilibre sur la colonne vertébrale droite. Pour prévenir l’afflux trop rapide du sang au cerveau des quadrupèdes, la nature a divisé leurs artères carotides internes en plusieurs artérioles formant ce lacis admirable artériel décrit par Galien comme appartenant à l’homme; mais comme il n'en était nul besoin dans notre station droite, il n'existe pas en notre eee dans l'éléphant). Au contraire, le sang poussé à plein canal dans nos carotides et vertébrales, s’il nous dispose à de dangereuses congestions cérébrales, nourrit en

effet bien davantage, agrandit et développe l'instrument de :

notre intelligence. Aussi, l’homme seul, à sa naissance, porte une ouverture au crâne, à cet endroit des sutures réunies du coronal avec les pariétaux, au sinciput, dite la fontanelle. C’est sans doute afin que le cerveau puisse se comprimer légèrement dans l'accouchement. De même, le muscle bulbeux ou suspenseur de lœil était inutile à l’homme. Le trou occipital, chez l'homme blanc surtout , est directement placé sous le crâne, en sorte que celui-ci se tient en équilibre sur la vertèbre atlas, position unique et nécessaire de la stalion verticale. En effet, ce trou occipital n’est déjà plus directement central chez les singes, mais il se recule à l’opposite des mâchoires dans les quadrupèdes dautant plus que ceux-ci ont le museau prolongé.

On a prétendu néanmoins que les hommes sauvages marchaïent d’abord à quatre pattes, et que notre espèce était primnitivement quadrupède, comme les enfants se traînant à ferre. Mais dans cette hypothèse, soutenue par Moscati, le visage serait placé vis-à-vis le sol, la tête retomberail bientôt sans soutien, le sang s’accumulerait au Cerveau. Nos

ras ne sont ni d’une longueur ni d’une force proportionnées À celles des jambes. Notre poitrine large, là position des omoplates ne soutiendraient pas bien le haut du corps surles bras, et le muscle grand-dentelé, qui chez les quadrupèdes sert d'une sorte de sangle pour suspendre la poitrine, n’est pas assez robuste chez l'homme. De plus, notre pied, conformé pour se poser à plat sur le sol, serait forcé de relever le talon, et les cuisses, trop longues, relèveraient le train de derrière plus que celui de devant. Enfin, chez les quadrupèdes le cœur est situé de manière que sa pointe repose près du sternum ; chez llomme, au contraire, le péricade est attaché au médiastin , et la pointe du cœur descend obliquement vers le diaphragme du côté gauche; sa base regardant le haut de la poitrine, notre aorte présente une courbure différente de celle des quaprupèdes. Il suit de

ces diverses dispositions que l’homme ne peut devenir qua- |

drupède, mais, de plus, qu’il est privé de l'avantage de nager naturellement comme le font les petits naissants des chiens et des chats, etc.

Les mains de l'homme sont évidemment organisées pour la préhension, et non pour soutenir le corps dans la marche. De longs doigts, divisés et flexibles, un pouce opposé à ces doigts, rendent la main humaine l'instrument par excellence et celui qui a créé tous les autres. Quoique très-propre à saisir, la main des singes est bien moins parfaite que la nôtre; leur pouce est trop petit et presque nul; les autres doigts n’ont aucun mouvement séparé ou indépendant l’un de l’autre, parce que leurs tendons moteurs sont unis et

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jouent toujours ensemble, ce qui n’a lieu chez nous que pour les doigts annulaire et auriculaire. Aussi, jamais les singes ne pourraient, comme l’homme, écrire ou faire des mouvements libres et variés des doigts. De plus, chez nous le radius s'articule avec l’humérus de telle sorte que nous pouvons beaucoup plus tourner le bras en pronation et en supination que les singes. Quelle que soit leur agilité, ils ne s’escrimeraient pas avec autant de diversité de mouvements que le font nos bras, Mais ce qui nous confère un immense avantage, même sur l’orang-outang, c’est qne celui-ci ne peut constamment marcher debout sans se soutenir-par les mains. Les muscles servant à l’aponévrose tibiale s’insérant plus bas que les condyles du tibia chez les singes , ils ne peuvent étendre parfaitement la jambe. Fe plus, l’étroitesse de leurs muscles fessiers rend leur station chancelante, et leur bassin n’offre pas une base de sustentation assez large pour la station droite comme chez l’homme. Le pouce de leur pied est séparé et opposé comme à Ja main, ce qui les rend pédimanes ou plutôt quadrumanes ; ce pouce à un long extenseur propre et un long abducteur, ce qui, avec un muscle plantaire très-charnu , donne à ces doigts des pieds de grands moyens de préhension. Ces pieds dans l’orang sont placés obliquement; leur calcaréum est si court et leur talon relevé de telle sorte, qu’ils tomberaient en arrière s’ils l’appuyaient sur le sol, Toute cette structure montre que les singes sont organisés pour grimper sur les arbres ;ils ont des bras plus longs que les jambes. L'homme, au contraire, a le pied solide et aplati, avec un talon saillant et des cuisses fortes pour la marche. Notre bassin est élargi; l'articulation du fémur avec l’iléon est adaptée au moyen d’un condyle placé obliquement pour élargir encore la base de sustentation du tronc. Des muscles fessiers vigoureux et épais meuvent fortement les cuisses. De plus, l’homme seul a des mollets, muscles gastro-cnémiens robustes, afin de maintenir les jambes droites ou en extension parfaite sur le terrain; car ils sont attachés moins haut sur le fémur que ceux des singes. Mais, pouvant mieux marcher qu'eux, nous ne grimpons pas aussi facilement.

Dans le quadrupède à station horizontale, les facultés sont à peu près équilibrées uniformément. Le canal médullaire

- vertébral partage avec le cerveau l'énergie motrice et sensitive. Chez l’homme, au contraire, les facultés vitales s’exercent principalement au cerveau, masse prédominante, et aux extrémités sentantes. Notre vie de relation est bien plus étendue que celle des brutes, et nous sommes éminemment nerveux parmi les animaux. A mesure que nous voyons leurs espèces s'élever dans l'échelle progressive de l'organisation, leur système nerveux devient plus volumineux, leur cerveau plus vasteet plus compliqué, L’intelligence des animaux (non leurs instincts ) s’accroît en général dans la même proportion. Nous voyons en même temps les animaux se relever à proportion vers la station droite, de manière que l'attitude la plus redressée coïncide avec le cerveau le plus complétement développé.

La proportion de la masse cérébrale au volume du corps est en effet plus considérable chez l’homme que dans la plupart des mammifères. En Je les animaux de petite taille, les enfants, présentent, à proportion, plus de cervelle que les adultes et les grands individus, Chez l'enfant, le cervelet est plus volumineux, et la substance grise plus abosdante que dans l’âge parfait, Dans l’homme, terme moyen, Te cerveau fait la trente huitième partie de son corps. Les hérmisphères cérébraux, y compris leur base, sont au cervelet comme six ou sept est à un, d'après Sæmmering, ou, selon Cuvier, comme neuf est à un, L'homme adulte, maigre, du poids de 55 kilogrammes, peut avoir un cerveau pesant un kilogramme et demi, ce qui fait environ le 35° de tout le corps : cette proportion surpasse celle de la plus grande partie des mammifères, Néanmoins, dans le singe saimiri et le saï, dans le dauphin, lencéphale.a été trouvé plus volumineux , en proportion, que chez l'homme lui-même. Cette proportion supérieure est surtout manifeste parmi les petits

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oiseaux, le moineau, le serin, etc. Toutefois, les parties qui diminuent le plus chez le nègre d’abord, ensuite dans les singes et autres mammifères, ce sont les lobes antérieurs, ainsi que les prolongements des corps cannelés (corpora striata), qui constituent en se reployant la large voûte des hémisphères cérébraux Nous avons constaté qu’ils étaient déjà moindres dans la race nègre que dans l’homme blanc. Celui-ci présente le plus grand nombre de circonvolutions, et plus profondes que chez les autres animaux, ce qui en rend les surfaces considérables ; et ce rapport de leur étendue semble correspondre au plus grand développement de l'intellisence. D’après Tiedemann,, le cerveau de lorangoutang est distingué de celui de l’homme par sa petitesse proportionnelle’; car, plus court et moins haut, ses lobes postérieurs ne recouvrent déjà plus entièrement le cervelet. Celui-ci apparaît relativement alors plus considérable, puisque les hémisphères diminuent, tandis que la moelle épinière, les corps pyramidaux, les tubereules quadrijumeaux, les couches optiques et les corps striés, conservent leurs proportions. Il y a moins de circonvolutions et d'anfractuosités aussi à ces hémisphères. Enfin, relativement à la moelle épinière et à la masse générale de ses nerfs, le cerveau de l’orang-outang est moins considérable que dans l'homme; cette disproportion entre les masses nerveuses et le centre cérébral augmente à mesure qu’on descend l’échelle animale. De là suit cette considération, que l’homme rassemble pour la pensée , dans son cerveau, presque toute la puissance sensitive (médulle nerveuse), tandis que les brutes la disséminent dans les autres organes du corps. Ainsi, l’homme est destiné à vivre beaucoup par la tête les bêtes par les membres et la circonférence. Donc l’homme esf l’animal intellectuel par excellence, et les autres especes sont des êtres destinés à une existence sensuelle ou toute physique.

Privilégié pour l'esprit, l’homme l’est moins que la plupart des animaux pour les sensations :

Nos aper auditu præcellit, aranea tactu, Vultur odoratu, lynx visu, simia gustu.

Enfin , il possède d’autant moins d'instinct naturel qu’il lui fut départi plus de raison. En effet, diverses espèces offrent un ou plusieurs sens beaucoup plus exaltés que l’homme, mais non pas, en général, aussi délicats, aussi bien équilibrés entre eux que le sont les nôtres. Ce puissant odorat du chien ou du porc, ces goûts ardents des carnivores, ne servent qu’à solliciter leurs appétits, allumer des désirs brutaux ; l’ouïe du lièvre le tient en frayeur; la vue presbyte ou perçante de l’aigle ne lui sert qu'à découvrir sa proie de loin. Les autres sens des animaux, ou relativement faibles, ou inégaux entre eux, ne donnent point à leurs impressions ces comparaisons harmoniques, qui fournissent, au contraire , à notre intelligence, des idées plus justes ou mieux proportionnées que n’en peuvent recevoir les animaux. De là vient que nous pouvons mettre une sage mesure entre nos facultés. Nous apprenons l’œil et l’oreille à discerner la beauté de la laïdeur, l'harmonie de la dissonnance. Nous instruisons l’odorat, le goût, et surtout le toucher, à des impressions plus fines, plus variées, plus délicates que n’en ressentent les brutes. Notre intelligence tient les rênes pour ordinaire, tandis que des sens impérieux tyrannisent les animaux; nous pensons plus, parce que nous sentons moins intensivement.

C’est surtout par rapport au toucher, ce sens positif et philosophe, que l’homme surpasse en délicatesse tous les animaux; il a la peau nue, éminemment impressionnable ; il n’est pas aussi velu que les singes. La main de l’homme, privée de poils , offre de si puissants avantages pour la perfection du tact et l'exactitude des formes des objets (même pour les aveugles) que le philosophe Anaxagore et ensuite Helvétius n'ont pas balancé à luf rapporter le bienfait de notre suprématie sur tous les animaux. Nous voyons véritablement les personnes à peau fine plus adroites et plus

spirituelles, en général, que les individus épais (pachydermes ), encroûtés d’un cuir calleux ou très-velu. Nous devons à cette exquise délicatesse une plus grande débilité, soit parce que nous éprouvons des caresses de volupté plus vives ou nous subissons des douleurs plus cuisantes que les autres animaux. L'homme civilisé, amolli dans les délices, est surtout moins endurci aux maux du corps que les brutes et quelesauvage, exposé à toutes les rigueurs des climats. C'est pourtant de cette infériorité relative que nous tirons toute notre supériorité et notre perfectibilité. Si nous étions forts dès nos jeunes ans, nous n’aurions nul intérêt à nous assouplir , nous ne prendrions nul soin d’étudier ; nous ressemblerions au quadrupède, qui dès ses premiers jours s'éloigne dans les campagnes, devient bientôt pubère, puis engendre, et meurt dans un court espace de vie, sans laisser de traces de son existence sur la terre. C’est donc la longueur de notre faiblesse enfantine qui nous rend dociles et pliables à toute instruction, qui reculant la puberté prolonge nos années, et rassemble en nous les trésors d’une industrieuse éducation.

Ce qui prouve encore mieux que nous sommes destinés à la vie sociale, c’est que la nature en nous attribuant la parole Pa refusée aux autres mammifères, jusque là qu’elle en Ôte même la possibilité à l’orang-outang par une structure particulière de son larynx. Sans doute les animaux pourvus de poumons, ayant des voix et des cris divers, peuvent manifester leurs affections d’amour ou de colère, de terreur et de joie, etc ; cependant ce langage, très-limité, n’exprime guère que des actions toutes physiques. On ne saurait dire que les mots articulés qu’apprennent à prononcer les perroquets ou d’autres oiseaux aient pour eux la moindre signification morale; aussi, n°y comprenant rien, ils ne les transmettent point à leurs petits. L’homme est donc seul investi de l’immense prérogative d’attacher un signe à chaque idée, de la conserver, la communiquer à son semblable, la transmettre à sa postérité. Voilà le nouveau lien resserrant les membres de la famille, et bientôt de la nation. L'homme alors sait imaginer des desseins, combiner des entreprises bien autrement étendues et variées que celles des associations des fourmis, des castors, espèces ayant sans doute quelque langage de signes ou de gestes pour s'entendre dans les intérêts communs de leurs courtes destinées.

Ainsi, la nature a développé en nous, par la parole et la communication des idées, une plus complète existence, Elle nous confia le libre arbitre de l'indépendance intellectuelle, tandis que la brute est esclave de son instinct. Notre illustre apanage était le résultat nécessaire de la supériorité de raison, et cette prééminence dépend de notre domination sur toutes les créatures. Celles-ci, manquant de l’intelligence, avaient besoin d’un guide intérieur qui leur dictât tout ce qui est indispensable à leur subsistance , à leur propagation sur la terre. Plus les êtres sont faibles et d’une courte existence, comme les insectes, plus il leur fallait un instinct développé et merveilleux, une sorte d’inspiration ou de lumière de la Divinité pour les diriger dans la vie. Au contraire, l’homme ayant reçu un rayon d’esprit, a étéle seul émancipé, comme l'aîné de toutes les créatures. Donc, plus il cultivele champ fertile de sa raison; plus il seconde les desseins de la nature ; elle lui inspira la curiosité, le désir de s’instruire, et lui ouvrit les portes de ses sanctuaires.

Par la conformation de ses viscères et de ses organes de mastication, l’homme semble tenir le milieu entre les animaux herbivores (ou frugivores) et les carnivores. Ses dents et la forme de son estomac sont analogues à ceux de la famille des singes. La bouche moins grande, les muscles crotaphites et masseters moins robustes, les mâchoires moins allongées, leur articulation moins serrée que chez les carnassiers, montrent que nous ne devons pas vivre uniquement de chair. Aussi, nos dents canines sont moins longues, nos molaires antérieures moins tubereuleuses que

dans les carnivores. Nos molaires plates et quatre incisives, comme chez les singes, forment la partie frugivore de notre dentition, et l’on établit que dans le nombre de nos {remte-deux dents, la proportion carnivore est comme huit, et l’herbivore comme douze. Notre estomac est simple : il porte, outre son appendice vermiforme, un cœcum plus grand que celui des carnassiers, mais moins développé que celui desrongeurs. Les intestins des carnivores sont courts et étroits, ceux des herbivores très-longs et larges; ceux de l’homme tiennent également le milieu entre les uns et les autres. Toute cette conformation intermédiaire manifeste que, dans la rigueur, nous ne sommes pas Capables de nous sustenter uniquement soit de végétaux, soit de matières animales, ainsi que l’ont affirmé des philosophes. I! s'ensuit donc que nous devons vivre de ces deux classes d’aliments. Nous préférons dans les ardeurs de l'été, et sous les cieux des tropiques, le régime végétal rafraîchissant à la chair, trop nourrissante et putrescible ; mais celle-ci convient mieux en hiver et dans les contrées glaciales, lorsqu'un froid vif excite l’appétit et ‘exige une forte restauration vitale. Sans doute, quand on dit que l'homme est omnivore, on ne prétend pas qu’il puisse se nourrir de terre glaise, comme Gumilla, M. de Humboldt et d’autres voyageurs l’affirment pour divers sauvages : c'est souvent par faute de vivres, pour lester l'estomac, comme font aussi par besoin les loups de nos contrées en hiver. Mais depuis l'Esquimau et le Kamtschadale, vivant de chair de phoque, ou de lard rance de baleine, avec des poissons gelés ou pourris, jusqu’au délicat Hindou, subsistant de bananes, de dattes sucrées, de végétaux aromatiques, et se désaltérant avec des sorbets parfumés, combien de nuances dans les nourritures et les boissons chez toutes les races humaines! L'homme, chef de tous les êtres , devait avoir droit sur tous; il goûte en quelque manière toute la nature. Composé de tout, cependant il préfère les substances les plus élaborées des deux règnes végélal et animal , comme si le corps du premier des êtres ne devait se composer que des matériaux les plus délicats ou les mieux perfectionnés de la création. Il apprend ainsi à connaître tout, puisque sonalimentation devient encore un sujet d'étude pour lui, tandis qu'un instinct brute guide l’animal vers son unique pâture.

Le régime fout pythagoricien, ou herbivore, si vanté par des philosophes comme primitif dans notre espèce, ne pourrait pas bien soutenir la vie, surtout parmi nos contrées froides, ainsi que l'ont montré les physiologistes. Le régime tout animal devient évidemment malsain, meurtrier et putride sous des cieux brûlants, et l'instinct nous guide adrairablement à cet égard. Les enfants aiment plutôt les fruits que la chair, et dans nos maladies, qui sont un retour vers la nature, nous appétons les substances végdlales ; il est certain que nous sommes plus frugivores que carnassiers, et la vie trop animalisée, si elle rend robuste, actif, cruel ou belliqueux, est plus maladive : le corps devient pléthorique, les humeurs sont putrescibles. Le régime végétal tempère davantage le caractère, mais rend timide et faible, comme on l’observe en comparant le délicat Hindou, le Brahme , s’abstenant de tout ce qui a eu vie, avec l'Anglais, son dominateur, gorgé de roastbeef et de vin de Porto. L’ichthyophagie, chez les peuples marilimes, nourrit moins que la créophagie; aussi les poissons passent pour du maigre dans toutes les religions et dans les carèômes; leur usage, outre qu’il abonde en sucs muqueux difficiles à digérer, parait disposer aux maladies cutanées,

. Notre espèce ayant aussi les viscères digestifs plus délicats que les autres animaux, fait cuire et prépare ses aliments; par là elle s’est encore adoucie et civilisée. Quand Homère peint un homme féroce , 11 l'appelle crudivore, parce que la chair crue annonce des viscères ro- Lostes, les appétits sanguinaires d’un ours où d’un lion. au contraire, un estomac débile, qui a besoin d’aliments

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