‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 99 sur 522 · HORACE · texte numérisé non relu

HORACE

Lucilius. Bientôt Horace fut l'ami de ces deux hommes, l’honneur de leur siècle. Virgile, si tendre, si dévoué, le prit par la main, et le conduisit chez ce descendant des rois d’Étrurie qui partage l’immortalité d'Horace, Mécène; ami et confident d’Auguste, Mécène avait trouvé dans cette immense république qui embrassait le monde, la seule chose qui lui convint : ilavaitabandonné la gloire et la puissance pour la philosophie et les lettres. 11 voulait être le plus grand après l’empereur : il se fit l’ami de Virgile et d'Horace. Il retint dahs ses mains tout l'esprit de ce siècle, qui allait lutter avec le siècle de Périclès : c'était bien plus que d’en tenir la toute-puissance. La première entrevue de Mécène et d'Horace fut pleine de réserve d’une part, et de l’autre part pleine de modestie. Ils se revirent une seconde fois, neuf mois après, et ce fut pour ne plus se quitter. Il y avait déjà trois ans que la bataille de Philippes avait mis Auguste plus haut que César.

Deux ans plus tard Mécène, envoyé par l’empereur à Marc-Antoine, emmena son poëte Horace avec lui. Horace a raconté ce Voyage à Brindes, vous savez avec quel esprit et quel abandon! Qui se douterait que le but de Mécène, dans ce voyage, si amusant et si lentement exécuté, n’était autre que d’apaiser la guerre civile et d’en finir avec Antoine? Mais Antoine n’en voulait finir qu’à Actium! De retour de Brindes, Mécène donna à son poëte cette terre des environs de Tibur, si souvent chantée, qui rendit notre Horace si Leureux et si fier. A Tibur accoururent bientôt tous les beaux esprits de cette Rome impériale, Agrippa, Pollion, les Pisons, Varius et Tibulle, sermonum nostrorum candide judezx ! Alors aussi commença dans le cœur d'Horace sa passion et son dévouement pour l’empereur. En effet, la cause d’Auguste était la cause de Rome entière. Sextus Pompée n’était qu’un continuateur maladroit de cet Antoine qui s’endormait sur le sein de Cléopâtre en attendant l'empire. Enfin la bataille d’Actium rendit un instant la paix à l’univers, et, qui plus est, aux poëtes.

Horace n’était plus jeune. Il n'appartenait plus qu’à la philosophie cet à Mécène. L'empereur voulut en faire son secrétaire : il refusa cette place brillante, pour rester l'ami de Mécène et de l’empereur. Que de belles odes cette double amitié et ce double enthousiasme nous ont values ! Le Poème séculaire, Carmen seculare, les victoires de Tibère et de Drusus, Drusum gerentem bella sub Alpibus, et toutes les réformes des mœurs romaines, entreprises par Auguste, célébrées par son poëte 1 Ainsi la vie d'Horace s’écoulait doucement sous les ombrages, aux murmures de ses fontaines, dans le culte des Muses, au milieu des honneurs et de la puissance, dont il n’avait que les roses sans les épines. 11 raconte quelque part le charmant emploi de sa journée, et sans contredit c’est là le récit d’un homme heureux, exempt de chagrins, de soucis, d’ambition. Son plus grand malheur, ©’était de diner trop souvent chez Mécène, d’être trop souvent à la campagne de Mécène, de trop appartenir à Mécène. Et il se consolait facilement de ce malheur. Du reste, courtisan jusqu’à l’amitié, jamais jusqu’à la flatterie, noble esprit, qui n’a jamais brisé ce qu’il avait adoré, il a célébré dans ses vers Caton et Brutus, la vieille et sainte république. Auguste, plus d’une fois, s’arrêta étonné devant ce rude langage, et il écrivait au poète : Je vous en veux de ne pas mettre mon nom plus souvent dans vos odes.

Son amitié était ainsi à toute épreuve. Commie il parle de ses amis, et ccmme il les loue! Varus, Septimius, Vir gile, Mécène ! Et ses maïitresses, comme elles sont belles, Neæra , Lysca, Pyrrha et les autres, couvertes d’essences et de fleurs, liquidis perfuscæ odoribus! Et le vin, comme il l’a chanté! et Homère, comme il l'a compris! Et les fleurs, les arbres, les troupeaux, les bergères, les nymphes qui dansent au clair de lune et dont les pieds retombent en cadence, et le berger Paris, et la belle Hélène, et la guerre de Troie! Il est l’homme de la douce morale, des épanchements intimes, des fines causeries, des plaisirs élegants,simplex mundities. Pas une mauvaise pensée dans

son esprit, pas une haine dans son cœur ! Tantôtstoicien plein de courage, tantôt épicurien, mais épicurien avec délices ; aujourd’hui sur les ailes de Pindare, demain sous le bosquet d’Anacréon. Archiloque, Alcée, Sapho, voilà ses maitres, voilà ses modèles! Qui ne sait par cœur tousles vers de ce poëte, qui est le poète de tous les temps, de tous les âges, de tous les lieux, de toutes les positions de la vie? Sage et fou, amoureux et philosophe, enthousiaste ou légèrement pris de vin, railleur de bonne compagnie, redresseur des torts sans colère et sans fiel, écrivain élégant, correct, harmonieux, complet, aussi loin de la rage de Juvénal que de l'obscurité de Perse, il en veut plus aux ridicules des hommes qu’à leurs vices. Lisez ses Épitres, quel plus charmant causeur ! Dans ces Épîtres, il est lui-même, ilse montre à vous dans toute la simplicité de sa bonne nature. Son humeur est douce, franche, joviale ; il cause, il rit, il s’indigne ; on dirait la conversation de Molière si Molière avait été un causeur. Il y a deux vers de Perse qui expriment à merveille le charme de cette causerie.

Omne vafer, vilium ridenti Flaccus amice Tangit, et admissus cireum præcordia ludit,

Il a réussi dans tous les genres. Il est le plus merveilleux des conteurs : lisez plutôt la fable des Deux Rats. Il est le plus grand maître dans l’art d'écrire : lisez plutôt son Art poétique. Toutes les règles de l’art, tous les styles, tous les modèles se trouvent dans cette admirable Lettre aux Pisons. Mais pourquoi tant d’éloges? Que veut dire notre admiration superflue? Notre poëte, le poëte de tous les honnêtes gens, de toutes les mémoires cultivées, de tous les esprits ingénieux, de toutes les philosophies raisonnables a-t-il donc si grand besoin d’être loué ?

Horace était petit, délicat; sa vue était faible, ses cheveux blanchirent de bonne heure. Sur la fin de ses jours, il était devenu raisonnablement replet, comme tousles hommes qui savent dîner. Il mourut à cinquante sept-ans, et avec lui mourut sinon le plus grand poëte d’un siècle qui fut le siècle de Virgile, du moins le poëte le plus utile et le plus populaire de son temps. Bientôt arriva la décadence romaine, puis la barbarie. Horace, oublié dans ces tempêtes, fut remis en lumière à la renaissance, et il eut bientôt repris toute sa puissance sur les esprits les plus distingués de Europe policée. On ne compte plus le nombre des éditions de l’illustre poëte, encore moins le nombre de ses commentateurs, encore moins celui de ses traducteurs. Les poésies d'Horace ont été traduites dans toutes les langues du monde moderne, et même dans la vieille langue de Sapho et de Pindare, singulier honneur, que n’avait pas rêvé notre poëte, sous le Portique, à l’Académie, au cap Sunium.

Jules JANIN.

Nous remplirions plusieurs colonnes de ce livre rien qu'avec l'indication des principales éditions d'Horace qui ont été publiées en France seulement. Nous ne pouvons pas cependant nous dispenser de signaler aux bibliophiles la délicieuse édition diamant, avec les notes des meilleurs commentateurs, que vient de publier M. Firmin Didot (Paris, 1855), Ce petit volume elzevirien peut à bon droit être cité parmi les chefs-d'œuvre de la typographie française.

La question de savoir où était située la maison de campagne d’Horace a de tout temps et longuement occupé les archéologues de tous les pays, et tout récemment encore elle a fourni le sujet d’un savant travail à M. Noël Desvergers. Cette curieuse dissertation se trouve dans le numéro d'avril 1855 du Bulletin archéologique de l’Athénæum Français.

HORACES et CURIACES . Au moment où les annales de Rome semblent prendre un caractère plus historique, un épisode du règne de Tullus Hostilius rend à leurs antiques traditions toute leur couleur poétique. En lisant l’histoire des Horaces, on croirait entendre un chant de l’Jliade.

Denys d’Halicarnasse et Tite-Live ont raconté l'histoire des Horaces et des Curiaces, le premier avec plus de détails et plus d'assurance que le second, Inutile de remonter aux

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