‹ Dictionnaire de la folie et de la raison. Parsemé de petits romans ... d'anecdotes ... de recherches curieuses et d'aperçus variés sur les superstitions et la philosophie, sur la littérature et les moeurs ... etc (volume 2)Chapitre 20 sur 72 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dès l’origine de la civilisation des peuples, ils se plurent à conserver le souvenir de leurs victoires, les noms de leurs grands hommes, les époques qui pouvaient les intéresser ; ils les gravèrent sur l’écorce des arbres , sur la pierre , sur les métaux. Pour recueillir ensuite les faits importans de leurs an nales, les dispositions de leurs lois, les préceptes de leur morale, il leur fallut une matière plus légère , plus portative, où les empreintes fussent plus faciles :

ils l’inventérent.

Le papyrus, espèce de jonc qui croissait sur les bords du Nil, fut employé

4#0o MANUSCRITS.

par les Egyptiens à cet usage, et Memphis se distingua dans l’art de le préparer : on ne trouve plus, dans nos bibliothèques , que de rares fragmens de manuscrits sur papyrus.

Le papier, formé des enveloppes ou filamens de cêtte plante , appliqués les | uns sur les autres à contre-fibre , était mis sous une presse , poli avec l’ivoire, et frotté souvent d'huile de cèdre, pour le rendre plus incorruptible.

Après le papyrus , on employa les feuilles du palmier et des autres arbres.

La peau et le cuir des animaux leur

succédérent.

En 1747, on vendit, chez M. de Pontchartrain, un Pentateuque hébreu, écrit sur quarante-cinq peau de veau cousues ensemble, dans une longueur d’environ cent pieds.

Suivant Hérodote, les anciens Joniens n’écrivaient leurs annales que sur des

peaux de mouton.

Le parchemin fut inventé à Pergame, sous le règne du roi Eumènes , environ deux cents ans avant Jésus-Christ, C'est une préparation de peaux de chèvre et de mouton, polies avec la pierre ponce.

Le parchemin était blanc, jaune ou pourpre ; mais cette dernière couleur fut particulièrement affectée aux livres sacrés et aux diplômes des empereurs.

Dans les premiers temps , on n’écrivait les feuilles que d’un seul côté ; ce qui dura jusqu’au neuvième siècle. A la même époque, les moines imaginérent de racler le parchemin , pour en effacer l'écriture, et le faire servir de nouveau :

ainsi, sur les pages d’un Tite-Live ; on

écrivait une légende. Ce funeste usage a détruit une foule d'ouvrages précieux, qui nous auraient éclairés sur l’histoire et les mœurs des siècles obscurs.

Le vélin , inventé plus tard, se fait avec la peau des veaux morts-ncs.

Mais on a écrit encore sur d’autres

Parties animales, La bibliothèque de Li, af

Dresde possède un calendrier mexicain, tracé sur peau humaine ; et celle de Vienne a, dit-on, un manuscrit de la même contrée , plein de figures, dessinées et coloriées sur une peau pareille.

L’ancienne bibliothèque de Constantinople possédait l'Iliade et POdyssée, écrits en lettres d’or, sur le boyau d’un serpent de la longueur de cent vingt pieds.

Le papier de coton paraît avoir été fabriqué, pour la première fois, dans la Bucharie : il ne s’introduisit de l’Afrique en Europe, que vers le onzième siècle, L'opinion la plus répandue attribue l'invention du papier de lin ou de chiffons de linge aux Sarrasins d'Espagne.

Les premiers essais en furent faits, diton , dans le royaume de Valence. On le trouva bientôt si avantageux, qu’il fut préféré à toutes les autres matières, etqu'il est aujourd’hui partout en usage.

On croit que les plus anciens manuscrits

sur papier de lin ne remontent qu’au commencement du quatorzième siècle.

__ On a cherché encore à faire du papier avec diverses autres productions végétales : on y a employé lécorce du bouleau , la peau et la fécule de la pomme de terre, le sureau, la fleur de guimauve et la paille. Les Chinois triturent, pour cet usage , l’écorce du bambou ; les Japonais , avec l’écorce dune espèce de müûrier, fabriquent un papier si fort , qu’en le roulant on peut en faire des cordes.

Celui que l’on appelle improprement papier de soie, et qui vient é;alement du Japon et de la Chine, n’est fabriqué qu'avec le coton. |

Les Anglais ont imaginé, il n’y a pas long-temps, un papier de lin imcorruptible , qui résiste à l’action du feu.

En 1786, on a imprimé les OFuvres de M. de Villette sur du papier fait d’écorce de tilleul. On trouve à la fin de

ce volume , de format in-16, divers

échantillons de papier fait avec de la mousse, des orties, du fusain, des roseaux et du chient-dent,

Le marquis de Salisbury présenta, en 1800, au roi d'Angleterre, un livre imprimé sur papier de paille, blanc, fin, ét transparent.

Le papier vélin, si remarquable par son poli, sa blancheur et sa force , fut inventé au milieu du dernier siècle, par Baskerville. On le conduisit, en France, à une perfection qui ne laisse rien à désirer; et probablement on ne surpassera pas celui qui sort aujourd’hui de nos manufactures et des manufactures anglaises.

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