CHAPITRE Ifï
La beauté de lécrituré , la grandeur des majuscules, la netteté et la correction des traits rendirent les manuscrits | précieux : on y joignit des ornemens qui en augmentérent encore le luxe et le prix. |
On écrivit les initiales, le titre, la souscription, la signature de l’auteur, en couleur pourpre. Les premiers imprimeurs embellirent leurs éditions de lettres ainsi coloriées, afin de mieux imiter les manuscrits,
Mais on ne se contenta pas toujours des lettres rouges; on enrichit bientôt les manuscrits de lettres d’argent, de lettres d’or, et de dessins éclatans en couleurs métalliques, = Oanimagina aussi de teindreen pourpre le vélin même dont les manuscrits étaient formés : on réserva d’abord ce luxe pour les évangiles et les livres de piété ; on l’étendit ensuite aux autres ouvrages.
À mesure que la maguificence des manuscrits augmenta , on ne se contenta pas de peindre les majuscules en rouge , en vert, en bleu ou en or ; on les embellit de dessins divers d'animaux, de plantes, de paysages. Les miniatures, étaient connues des Romains. Cornélius.
A6 MANUSCRITSe
Nepos dit que Pomponius-Atticus plaça, dans un de ses ouvrages, les portraits des grands hommes, dont il écrivait les exploits. Les bibles et les livres d'église furent aussi embellis de miniatures, dont on nous a conservé quel-
ques monumens.
CHAPI TRE III.
Le temps qu’on employait aux manuscrits ne permettait pas de les multiplier : aussi , avant l’invention de limprimerie, furent -ils d’un prix trèsélevé.
Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne, paya six cents écus ( somme énorme pour ce temps-là) une bible manuscrite, traduite en français.
Dans le dixième siècle, une comtesse d'Anjou acheta de l’évêque d’Alberstad un recueil d’homélies, au prix de deux cents montons , dix septiers de froment, autant de seigle et de millet, et trois
peaux de martre.
MARATRES, Â7
…— La bibliothèque de Stockolm possède un manuscrit écrit en 1412. C’est un Zraité de Médecine de Jean Arderus de Slewark. On y remarque , comme une chose très-singulitre , une description de la maladie vénérienne , que l’on croit faussement n'avoir été apportée en Europe que quatre-vingts ans plus tard, en 1492, par les compagnons de Christophe Colomb.
— La bibliothèque royale de Paris possédait, en 1814, plus de cent cinquante mille manuscrits; mais ces richesses sont moins précieuses , aujourd'hui que l’art de l'imprimerie répand sur le monde entier les bons et les mauvais ouvrages.
MARATRES. — On trouvera des marâtres dans toutes les espèces d’animaux qui chargent la terre. La patrie seule est tendre et soigneuse pour ses enfans , dans tous les temps et dans tous
les pays. C’est cependant de toutes les
43 MÉDITATIONS. x mères celle qui essuie le plus d’ingratitudes : tous les jours on la maudit, on la déchire, et des méchans s’efforcent de l’étouffer ou de la vendre.
MARIAGE. — C'est Le plus naturel et le plus doux de tous les liens. La corruption en a fait une chaîne pesante; et les désordres de nos péres du dernier siècle l’avaient PRE fait tomber en désuétude.
MÉDISANCE. — La calomnie invente des crimes ; la médisance publie le mal qui existe. — Un meûnier battait un paysan, qui l’appelait voleur. — A merveille! dit un passant : frappez fort; cela lui apprendra à médire.
MÉDITATIONS. — Quel plus grand sujet de méditation que tout ce qui se passe dans le monde, à toutes les heures
de la vie
Au moment où nous tenons ce livre ,
MÉDITATIONS, 4) des milliers d'hommes meurent ; d’autres , non moins nombreux, reçoivent la naissance...
Des femmes conçoivent.….s d’autres sont dans les douleurs de lenfantement...
Des époux divorcent; des amans se marient... D’autres prennent les plaisirs de l’hymen, sans en avoir serré les nœuds... |
Ceux-ci volent sur les grands chemins; ceux-là dans leur cabinet, au barreau, dans les temples...
Les uns sont assassinés par des brigands ; les autres par des médecins:
quelques-uns se délivrent eux-mêmes du fardeau de la vie...
Des peuples sont libres ; leurs voisins se révoltent contre la tyrannie... Plus Join, l'humanité gémit sous le plus affreux despotisme..… On vend des nègres.… Des lois arbitraires laissent à la merci du plus fort les biens et la vie des Rommes.... ts.
Fo MIDITATIONS j
La Frante, l'Espagne , la Turquie, PAngleterre, l'Afrique, la Chine, toutes les nations marchent ensemble ; mais qu'elles suivent des routes différentes |.
En ce moment , des princes sont assassinés.… d’autres assassinent... Des criminels meurent sur l'échafaud..…. l’innocence partage leur sort...
On commet des adultères, des crimes plus monstrueux peut-être...
Des juges vendent la justice... des citoyens vendent leur patrie... Des espions de police traînent en prison leur smcien compagnon , surpris en escroqueries. |
Des rois sont chéris.. des iyrans abhorrés.. Des ministres sages font la gloire de leur patrie... d'autres amènent ga perte...
L'Espagne s'élève... ;, PAngleterre | s'abaisse.… On conspire. |
En ce moment, on. se bat; le sang:
coule... Ge porte-faix a le dessus; cet
MÉDITATIONS 5x autre est terrasse... Ce brave duelliste est tué... son ennemi peut boire le sang qu il vient de répandre...
Un peuple vaincu tombe dans les férs ; un peuple vainqueur s’abandonne à l’insolence et aux excès...
La peste est là; le fanatisme frappe ici ses victimes ; la famine est dans le
voisinage ; les séditions portent leurs:
ravages ailleurs...
Le soleil est levé pour les uns, couché pour les autres ; il paraît pour ceuxci, il va quitter ceux-là...
Un poète charme ses amis ; un autre les endort…. Dans un galetas misérable , un homme de génie meurt de faim...
L'ignorance , la sottise, la friponnerie se pavanent dans des lambris dorés...
Toi on est au spectacle: 1à à l’ée glise :
ailleurs au bal; plus loin à ect on d’un malheur condamné ; et dans
quelque coin de la terre, on célébre des fêtes...
D MÉDITATIONSe
Les uns sont au jeu; les autres à la cour ; ceux-ci à la chasse ; ceux-là au travail; quelques-uns à confesse ; quel- ‘ques autres dans des lieux infâmes.…., :
Combien sont éveillés! combien sont endormis !.…., Vous lisez; j’en vois d’autres que des songes sinistres épouyantent ; j'en vois que des rêves de bonheur comblent de joie...
Iya, dans mille bosquets , et dans des lieux moins choisis , des amans qui se font leur premier aveu d'amour; d’autres sont plus avancés...
Des charlatans imaginent quelques fourheries ; de grands hommes naissent ; un poëme sublime est conçu.
. Des hommes songent à la patrie, à la gloire nationale... d’autres hommes pleurent les droits féodaux.….
Des soldats , des marchands ; des prostituées , de jeunes vierges: des comédiens, des abhés:; des lois, des crimes ; du luxe, de la misère ; Paris, -
MÉDECINS. | 53 Londres, Rome; Madrid, l’Inquisition, Constantinople , le Sérail , la Chine ; les nègres , les blancs; le tigre, le ser pent, tous les êtres qui chargent la terre, et qui tous sont agissans.… La mer qui engloutit des trésors ; le ciel qui apporte des tempêtes ; les astres qui poursuivent leur cours...
Et l'Eternel, qui voit tout d’un œil calme, qui est le père et l'âme de la Nature, qui attend les méchans pour les punir, et les justes pour les couronner de palimes immortelles.….,
Quel sujet éternel de méditations que tous ces mondes , toutes ces générations et tous ces Ces TEE
MÉDECINS. — Extrait de la lettre de Cÿrano-Bergerac contre les médecins.
. « Je Suis condamné ; mais ce n’est que du médecin, et. j'en appellerai plus aisément que d’un arrêt prévôtal. Je vous parle, Monsieur, entre les mains du
Se MÉDECINS.
bourreau , comme les criminels qui préchent le peuple, quand ïls sont sur l'échelle, La fièvre et le drogueur me tiennent le poignard sur la gorge , avec une rigueur extrème. Le médecin ne laisse pas de me dire que ce ne sera rien, quoiqu'il proteste pourtant à tout le monde que je n’en puis releyer sans miracle. Toutefois leurs présages les plus funestes ne m’alarment point : on sait qu’ils condamnent tous leurs malades à la mort, afin que si quelqu'un en échappe, on attribue leur guérison aux puissans re médes qu’ils emploient ; et que s’il meurt, chacun s’écrie : Quel habile homme que ce médecin ! et qu'il l'avait bien dit!
» Mais admirez l’effronterie de mon bourreau ! Plus je sens empirer le mal qu'il me cause, plus il en témoigne de joie , et ne me panse que d'un tant mieux ! Quand je lui raconte que je suis tombé dans une syneope léthargique qui m'a duré plus d'une heure , il me répond que c’est bon signe. Si je suis dé