MORT
Pannée dernière, en apprenant que son fils aîné et sa petite fille Elisa , venaient d’être mis aux arrêts à Madrid, pour n'avoir pu exécuter une ascension pro-
se LÉ;
mise. Fu
— La mort est une chose si terrible, et tellement irréparable, que la plus belle des législations serait celle qui n’appliquerait point la peine de mort. Un tribunal déshonore ses lumières, et fait rougir l'homme de sa faiblesse, lorsqu’il est forcé de réhabiliter la mémoire d’un innocent, qu’il a fait mourir comme criminel.
— « Rappelez-vous cette maxime de Voltaire : On doit des égards aux vivans, et la vérité aux morts. Eh bien!
moi , je la retourne : On doit des égards aux morts , el la vérité aux vivans , puisqu'un mort ne peut plus réparer ses sot-
tises (1) ».
(1) Voyages de Paul Béranger dans Paris, tome [er 26 édition.—1820,
KÉOLOGISME» 73 Ne NAÏVETÉ. — « Une jeune fille di-
» sait à un de ses parens qui venait voir » sa mère : — Ne faites pas de bruit, » Monsieur; maman vient d’accoucher, » — Mais, ma bonne amie, je croyais » que votre père était absent depuis deux » ans? — Oh ! cela ne fait rien, répon- » dit la jeune fille ; il nous écrit tous » les mois ».
— Cette anecdote est connues mais, n'importe : on l’a mise 1ci pour grossir le volume, comme fait la Quotidienne, qui rajeunit les miracles de la légende dorée , pour remplir sa sainte feuille.
NATURE. — Saint Augustin croit que les mots Dieu, Nature, Destin, Providence , peuvent être employés l’un pour lautre , comme de purs synonymes.
* NÉOLOGISME. — Il y a eu, dans II. 4
tous les temps, des écrivains qui ont voulu innover dans la langue, et se distinguer par un langage particulier, s'ils he pouvaient se faire remarquer autrement. Dans la Connaissance des Livres » ouvrage publié au dix-septième siècle, on trouve un petit traité contre les mots nouveaux. Les comédiens français jouërent , sous Louis XIV, une comédie sur le même sujet. L’Eloge de Pantälon Phæbus, attribué à l’abbé Desfontaines , est une satyre contre le néologisme.
Enfin on a publié , il y a quelques années, sous le titre de Saint-Géran , ou la Nouvelle Langue française, suivi du Voyage de Maison-T'erne au Mont-F'alerien , etc. , une critique spirituelle , du genre que M. de Châteaubriand et madame de Staël ont mis en vogue; mais M. de Châteaubriand et madame de Staël ont du génie ; et malgré leurs défauts nombreux, leurs livres passeront à la postérité. Quant : à ceux qui imitent <e qu ’ils ont eu de mauvais, sans mon-
NÉOLOGISME. 75 trer le génie qui a fait pardonner leurs égaremens , ils sout déjà morts ; et pour que M. Ch. N. soit oublié dans trois ans; il n’a qu'a cesser d'écrire. On ne citera aucun de nos grands hommes qui ait donné dans le ridicule du néologisme ou dans les platitudes dép
HUDIBRAS ET THÉOLINDE; AVENTURE DU XHre, SIECLE,
e, ° e LU 4 = &'crite en français à la mode, et dédiée aux jeunes Liltérateurs,
Dans ces temps, dont le magique sou= venir impose, où le manoir du noble se coiffait de tours et se couronnait de créneaux, vivait, dans la baronnie d'Ormelaude, un haut et puissant seigneur, qui portait avec dignité le nom pesant d’Hudibras. Quoiqu’à peine à sou sixième lustre , il avait déjà fait une croisade 4 et son âme, pure comme l’eau de la source, armée du compas de la sensi=
bilité, avait mesuré les souffrances du Sauveur sur les rocs imposans du Calvaire.
Près du château où le vertueux Hudibras coulait, dans l'innocence du célibat, des jours d'azur, on remarquait
trois tours antiques. C'était la demeure
du baron Grumelaire. Le baron comptait quatre-vingts printemps. Trois fois äl avait fait le pélerinage religieux et militaire de la Palestines et dans ces trois pieux voyages , il avait perdu trois fractions corporelles : un bras, un oœæil, une oreille. Cette partie médiale de la figure, qui sert aux excursions de Podc rat, avait aussi disparu à demi de son visage; mais Grumelaire n’en avait pas moins les grâces de la vénération. Ses cheveux blancs comme les neiges du nord, son front chauve et sillonné de rides augustes , sa démarche solennelle, lui méritaient l'hommage de tous.
Quoique son habitation ne füt distante que de mille pas des foyers d'Hudibras ,
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telle était la nature des choses, qu’ils n'en étaient pas plus conciliables. De vieilles dissentions de famille écartaient leurs intelligences l’une de l'autre , et jamais leurs bouches ni leurs cœurs ne s'étaient parlé, et n’ayaient cherché à s'entendre.
Gramelaire, qui était homme d’ancien lignage, avait des domaines d’une immense amplitude : il élevait, avec soin et complaisance, une jeune fille des champs , digne de l'envie de Junon.
Cette vierge des prairies bondissait sur l'herbe verte, et se nommaitIillina. Elle avait le regard doux, la peau lisse, Les traits délicats ‘et formés pour plaire. De jeunes cornes sortaient déjà de son front modeste, et son poil était doux comme le velours travaille à grands frais. J'avais oublié d'observer techniquement que c'était une génisse : elle ne connaissait point encore le taureau , et ne donnait point encore son nectar d'ivoire.
Hudibras vit Illina, et sa beauté le
73 RÉOLOGISME,
fit gémir. « Si j'étais le possesseur de » cetie belle génisse, dit-il, de quel » troupeau superbe je seraïs bientôt » maître! » Il jeta donc un regard de convoitise sur. Illina, et forma, dans les replis de son âme, la résolution de l'avoir. |
-: Mais la haine qui disjoignait sa famile et celle de Grumelaire , se perpétuait de racc en race, depuis trois siècles, Comment exhiber ses désirs, et dans quels moyens se réfugier ? Hudibras se décida, à part lui, au rapt de la génisse, sauf à en rétribuer après l’équivalent, à force urgente. | ;
Un soir qu’il était couché sur le lit de ses incertitudes, et qu’il roulait ses pensées sur la mer de ses agitations, Hudibras, voyant le ciel couvert de vêtemens de deuil, laissa flotter son àme au
-gré des plus noiïres idées. « Si je ravis :» là génisse de Grumelaire , se ditil, » cette lâcheté sera la parque de ma
>» gloire... J’ouvrirai une porte au re
mords , qui viendra, armé d’épingles
Ca
et de fouets, piquer et poigner mon » cœur... Cependant je suis si Imtime- » ment maîtrisé par le vouloir d'en » jouir, que je péris d’ennui, si je m’ai » la douceur d'admirer la génisse dans » mes étables; mais, après tout, je pré- » fère la mort plutèt que le déshon- » meurs; car l'extinction de la vie est
plus préférable que l’opprobre ; et la
honte, qui est la plus irréparable de
toutes les calamités , ne doit pas con- » trepeser l'affection de l'existence. Mou- + rons donc honnêtement, puisqu’aussi » bien il n’y a rien dont on se trouve » plutôt consolé que de la mort, attendu » qu'on n’y pense plus, une heure après » que notre âme a délaissé ce séjour
terrestre , pour reyoler dans le sein de À l’Étre des êtres ».
Il se donna alors au plus véhément désespoir; mais la lune ayant apporté sur l’azur du ciel son croissant argenté ,
Haudibras reprit courage. « Dans la plus