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» extrême douleur, dit-il, il faut, avant » de mourir, chercher à vivre ». IL s'endormit dans cette pensée ; et un songe bienveillant lui eonseilla , du milieu des ombres nocturnes , ce qu’il devait opérer le lendemain, à son réveil matinal, en sortant de sa couche solitaire.
Le lendemain donc, l'aurore ayant apparu, Hudibras se rendit , noblement vêtu, au manoir de Grumelaire , dans le projet de se réconcilier avec lui, et de lui demander la cession de la génisse llina; mais Hudibras n’avait pas encore senti les dards perçans de l'amour; et c'était en cette excursion champêtre, que Vlenfant d’Amathonte lattendait.
O pouvoir invincible de la force des choses ! Tandis qu'il waversait le parc du baron, ce pare tout surpris de le voir, il aperçut la fille adorable de Grumelaire, la belle, la suave, la divine Théolinde. Elle avait dix-sept années ; et ses cheveux, flottans en boucles noires comme le jeai, formaient le plus bril-
lant contraste avec un teint d’albâtre, des joues de roses , des ièvres de corail, et des yeux d’une couleur inexprimable,
Dès qu'Hudibras eut contemplé cette merveille, par un entraînement invincible, il en tomba d’abord amoureux, et ne songea plus à la génisse. Théolinde , qui cueillait des fleurs, émue par le bruit des pas, leva ses divins yeux, et vit Hudibras. Ses attraits mâles, son noble déportement lui plurent. Cependant le jeune amant s’approchait , et préparait, à la hâte, la charpente du discours qu'il voulait adresser à Théolinde , et les termes propres à décorer sa pensée.
Il s'arrêta devant elle, l’admira en silence, pendant à-peu-près cet espace de temps que l’on emploie à faire deux cents pas, @t lui parla de cette façon : — « Si vous n’avez pas Le cœur aussi dur » que le roc, Madame, j’implore Votre » tendresse et votre discrétion. Animez- » vous à l’amour, et priez avec moi la
» bonne fortune de me prêter son favo- » rable et divin secours , pour enchaîner » ma destinée à la vôtre, avec un lien » de fleurs ».
Théolinde répondit : « Ah ! seigneur, » mon esprit se baigne en un fleuve de » délices en vous voyant: et si jétais » assurée que vos tendres sentimens au » ront toujours la même figure et la » même perfectibilité qu’ils ont aujour- » d’hui, je vous confesserais que je » sens naître pour vous , dans mon » cœur, une flamme indémonstrable :
» ainsi, jurez d’être fidèle à la fille du , » baron de Grumelaire; je vous aimerai, » et je ne consignerai e à moi le soin ‘».de mon amour ». | . .&« Oh ciel! la fille de Grumelaire !
» s'écria douloureusement Hudibras.… »: Ah ! voudra-t-il être mon beau-père ?.. - » Hélas! Mais n'importe! nous mour- » rons ensemble, si l'on veut nous sé- | -» parer. Alors, nos âmes impassibles .» se détacheront de leur dépouille hu-
NÉOLOCISMTS 83 » maine, et deviendront des anges lu- » mineux, comme le ver à soie sort de » sa coque obscure, et devient un pa- » pillon ailé »
Après avoir dit ces mots, Hudibras jura fidélité inaltérable à Théolinde, et l’'emmena dans un bouquet de bois , où il prit , avec elle, les ineffables plaisirs du chaste hymen. Il alla ensuite , avec sa jeune épouse, à la recherche du noble baron , auquel il dit : « Seigneur-baron » de Grumelaire, je suis Hudibras. Les » dissentimens ont assez séparé nos gé— » nérations : qu’elles cessent, et qu’on » y passe l'éponge de la générosité. Je » vous demande Théolinde pour parta- » ger avec moi la couche nuptiale, et je » serai au périgée du bonheur humain, » si vous me donnez pour dot la char- » mante génisse Illina, avec votre fille.
» Oh! ne faites pas brèche à mon es- » poir : vous aquerrez en moi un étai » vigoureux et fidèle ; je coucherai vos » ennemis sur la plaine sablonneuse et
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» sanglante ; je vous conserverai la pré » potence sur vos audacieux voisins.
» Rien ne fera divergence à l’honneur » de votre toit. Vous êtes le dépositaire » de mon sang et de mon courage, le » guide de mon glaive, le dispensateur
» de ma félicité éternelle et future ».
Hudibras s'attendait à une cruelle réponse ; mais le baron de Grumelaire ” répliqua : « Ah! je vois que vous ne » parlez pas fictivement, et que vous » êtes désireux de rejoindre nos intelli- » gences; je sais qu’outre les vertus des » nobles, vous possédez encore mille » vertus bâtardes, c’est-à-dire , mille » vertus naturelles , et qui n’ont pas
proprement de nom particulier, parce
qu’elles me sont pas dans la nature » des choses ; je ne reculerai point la
borne de votre espoir, et je ne trou-
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» blerai pas vos sens bouleversés ; je » mai point encore dépouilié mes en-
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») trailles de pére. Votre discours a été
généreux ; ma réponse ménagera les
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» groupes de sentimens qui fourmillent » dans votre cœur attendri. J’ai vu la » mémeté de votre flamme ardente et » de celle non moins brülante de ma » fille Théolinde : je vous impose donc » le bonheur ; je vous cède ma génisse » Illina; je vous donne Théolinde pour » épouse; mais comprimez, jusqu’aprés » les noces désirées, votre bouillante » ardeur ».
L’hymen aux blonds cheveux unit ; dés le lendemain, ces amans fortunés ct dignes de l'être , qui coulèrent, jusqu’à la fin de leur vie, des jours enrichis de bonheur par une tendresse constante et vive, laquelle, pure comme le foyer de Vesta, embrâsa constamment ces âmes célestes et faites pour cette félicité su prème , ignorée des cœurs vulgaires, qui placent tous leurs désirs dans ces voluptés que doit repousser avec soin une âme noble, dont la sensibilité, perfec= tionnée par les appâts indicibles d'un amour vertueux et constant, sent la dif.
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férence d’une passion toute humaine et passagère, avec une flamme qui vit jusqu’au voyage de la tombe , et dont le souvenir se conserve intact encore après un siècle de siècles ; au lieu que ne cachant pas la braise de leur amour sous une cendre modeste, pour ne pas éventer leurs affections, et ne s'aimer point par feintise, mais en réalité, leur sympathie présenta un si beau spectacle, que le soleil ; qui tourne avec constance sur son axe, arrêta souvent sa course rapide pour se délecter de tant de merveilles ; et quoique rien ne soit célé a son grand œil, plus d’une fois il regretta dé n’en avoir qu'un ; tellement que lorsque Hudibras et son incomparable compagne abandonnèrent , accablés d'années heureuses, le chemin battu de la vie, le ciel init aussi ses habits de deuil, et mille mortels agglomérés à leurs funérailles , laissèrent couler tant de larmes de leurs yeux attristés, qu’on en eût fait un petit déluge, pour noyer tous
NIAISÉRIES, ë&y les cœurs rebelles à l'amour, dont Hu-dibras et Théolinde avaient senti, aÿec tant de délices et de sensibilité, les traits irrésistibles, qui sont d’or pour les cœurs innocens , et de plomb pour les pervers.
NIAISERIES. — Les Annales politiques, morales et littéräires, depuis le Courrier, contenaient, en novembre 1617, cette phrase tout-àa-fait judicieuse :
— « Avec de bons maires et de bons » curés ; un Gouvernement pourrait » presque marcher tout seul... »
— Un honnête homme fait, dans un mélodrame , Vépouvantable récit de ses longs malheurs. Sa fiile lui répond : 4h!
vous füûles vraiment à plaindre...
— Les niaiseries de quelques journaux d'a-présent formeraient, en texte pur, cinq bons volumes in-folio par année, lesquels volumes donneraient bonne Opi= nion de nous à la postérité, si les épiciers n'étaient pas là, pour l'intérêt de.
ë8 NOBLESSE.
notre honneur littéraire. ( Poyez Incongruités ). |
NOBLESSE. — Hochet superbe de certaines gens qui ont tout leur mérite dans une feuille de parchemin; qui se disent grands æt braves sans grandeur et sans courage; hommes d’honneur au milieu de tous les vices ; instruits sans rien savoir ;ingénieux sans esprit, parce que, selon l'expression tout-à-fait singulière de l’auteur de la Morale en action et de tous les flatteurs des nobles, la noblesse donne un sang généreux , un penchant déterminé pour la vertu, et beaucoup d'esprit naturel...
HISTOIRE De za noeze rame DE ROQUILLARD,