‹ Dictionnaire de la folie et de la raison. Parsemé de petits romans ... d'anecdotes ... de recherches curieuses et d'aperçus variés sur les superstitions et la philosophie, sur la littérature et les moeurs ... etc (volume 2)Chapitre 40 sur 72 · C6 NOBLESSE, SCENE V ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

C6 NOBLESSE, SCENE V ET DERNIÈRE

LE MARQUIS DES BUCHETTES, LA VICOM- TESSE DE GORSON , LE VIDAME DE LA FLAMBERGE, LA MARQUISE DE LORAY, LE VICOMTE DE SORGNAC , L’ABBE DE LA LANTERNE.

L’ABBÉ, d’un ton piteux.

Hélas! que le ciel vous honore ?.., Le déséspoir m’a mis à mon instant fatal.

Je vous charge , en mourant, de mon pauvre journal. Il a mangé mon bien; il en peut manger d’autres. J'ai treize abonnemens , en comprenant les vôires; C’est un nombre sinistre, et j'y vais succomber.

Î LE VYVICOMTE.

Ce journal vertueux devrait-il done tomber?

Vos vers harmonieux et votre noble prose

D'un tems qui nous est cher plaidaientsibien la cause !.4 LA VICOMTESSE.

Vivez : dans quelques jours nous nous faisons ligueurs ;

Et, qu’on vous aime ou non, vous aurez des lecteurs. L’ABBÉ , presque pleurant,

Hélas! vous vous flattez d’un espoir bien fragile! Noussommes méprisés, aux champs comme àla ville,

L’iniquité l'emporte. Eh! qui peut, sans frémir , Voir le serf triompher, la noblesse gémir ;

Le méchant s’égayer du progrès des lumières, Et la philosophie entrer dans les chaumières !..

LE MARQUIS

Qui verrait , sans pleurer , tant de puissans seigneurs ; Autrefois entourés de titres et d’honneurs, Maintenant avilis, méêlés à la canaille,

Obliges de s’instruire et de payer la taille...

L’ABBÉ , avec agitation el désordre.

Je vois aux libéraux vingt millions d’amis ; Pour l'Eglise et pour nous c’est autant d’ennemis : Je n’ai donc plus d'espoir. Notre influence baisse, Et le clergé n’est pas plus fort que la noblesse. Le peuple devient libre ; il l’est, il le sera : Si l’on veut l’asservir , on s’en repentira... Nobles! vous n’aurez plus ni fiefs, ni seigneuries ; Et vous tiendrez en vain vos tristes coteries. Dans ses droits naturels le peuple est affermi;

Faites-vous libéraux; c’est un conseil d’ami,. .s LA MARQUISE, effrayée.

Notre abbé tombe-t-il dans le libéralisme ?...

LE VIDAME

Il est fou.

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