C6 NOBLESSE, SCENE V ET DERNIÈRE
LE MARQUIS DES BUCHETTES, LA VICOM- TESSE DE GORSON , LE VIDAME DE LA FLAMBERGE, LA MARQUISE DE LORAY, LE VICOMTE DE SORGNAC , L’ABBE DE LA LANTERNE.
L’ABBÉ, d’un ton piteux.
Hélas! que le ciel vous honore ?.., Le déséspoir m’a mis à mon instant fatal.
Je vous charge , en mourant, de mon pauvre journal. Il a mangé mon bien; il en peut manger d’autres. J'ai treize abonnemens , en comprenant les vôires; C’est un nombre sinistre, et j'y vais succomber.
Î LE VYVICOMTE.
Ce journal vertueux devrait-il done tomber?
Vos vers harmonieux et votre noble prose
D'un tems qui nous est cher plaidaientsibien la cause !.4 LA VICOMTESSE.
Vivez : dans quelques jours nous nous faisons ligueurs ;
Et, qu’on vous aime ou non, vous aurez des lecteurs. L’ABBÉ , presque pleurant,
Hélas! vous vous flattez d’un espoir bien fragile! Noussommes méprisés, aux champs comme àla ville,
L’iniquité l'emporte. Eh! qui peut, sans frémir , Voir le serf triompher, la noblesse gémir ;
Le méchant s’égayer du progrès des lumières, Et la philosophie entrer dans les chaumières !..
LE MARQUIS
Qui verrait , sans pleurer , tant de puissans seigneurs ; Autrefois entourés de titres et d’honneurs, Maintenant avilis, méêlés à la canaille,
Obliges de s’instruire et de payer la taille...
L’ABBÉ , avec agitation el désordre.
Je vois aux libéraux vingt millions d’amis ; Pour l'Eglise et pour nous c’est autant d’ennemis : Je n’ai donc plus d'espoir. Notre influence baisse, Et le clergé n’est pas plus fort que la noblesse. Le peuple devient libre ; il l’est, il le sera : Si l’on veut l’asservir , on s’en repentira... Nobles! vous n’aurez plus ni fiefs, ni seigneuries ; Et vous tiendrez en vain vos tristes coteries. Dans ses droits naturels le peuple est affermi;
Faites-vous libéraux; c’est un conseil d’ami,. .s LA MARQUISE, effrayée.
Notre abbé tombe-t-il dans le libéralisme ?...
LE VIDAME
Il est fou.