PAR M. LE DOCTEUR JÉRÔME PAIN-BLANC
Sunt lacrymæ rerurms ( Vircize. }
Muse, prête l’oreille à mes gémissemens ,
Et viens unir ta voix à mes tristes accens.
Lechai Lubin, occis par la Parque barbare;
Lubin vient de passer dans la nuit du Tartare.
Quand Le sort veut montrer aux malheureux mortels ,
Que la terre est soumise à ses ordres cruels,
Il frap pe, sans pâlir , les plus illustres têtes,
Pour effrayer nos yeux par ces coups malhonnêtes.
Le paisible Lubin, aimable et vieux raton ñ Depuis plus de seize ans portant barbe au menton, €'oulait tranquillement sa modeste existence, Et sans dire lemot avalait sa pitance,
Dans un platà gros bords, simple et sansornement,
‘ne
ORAISON FUNÉBRÉ. | 117
Mais qu'il avait bien soin de lècher proprement.
Du potage , des choux, du pain et de l’eauclaire,
Etaient de ses repas l’aliment ordinaire ;
Et quand il faisait bien, pour mieux l’encourager,
On lui donnait du lait ; et des os à ronger.
] avait de surplus les débris et Les miettes ;
Les souris qu’il prenaitjusque dansleurscachettes,
Le rat qu’il étranglait, le grillon hasardeux
Qu'il gobaïit au sortir de son trou ténébreux,
Les moineaux du voisin, quelquefois ceux du maître ,
Et mille petits riens que chacun doit convaître,
Dont le rusé Lubin se faisait des douceurs :
Ainsi Les petits gueux engraissent les scigneurs,
Pourtant , le célibat et la froide vieillesse L’avaient rendu plus lourd qu’au temps de sa jeunesse, Il n’en était pas moins un respectable chat, Digne par ses vertus de porter le rabbat ; Mais il était eunuque (1); et pour être d’église;
(1) « Est notable, dit lé traducteur du R. P, : Ribadénéira, que tout homme soit apte aux états civils et militaires, bien qu’il se trouve ernuque et dénué des parties procréatrices, dont l’usage est permis en ces susdits états; et qu’on ne puisse être admis aux charges religieuses, comme sont celles d’abbé, prêtre, moine , évêque, pape, sans portier en leur tout ces choses, dont nous n'avons acunement besoin ni puissance d’uscr, »
119 ORAISON FÜUNÉÈLRE:
Il faut être complet par dessous la chemise.
Sans ce triste accident , son maintien humble et doux
Ses penchans vertueux..... Hélas! vous pleurez tous !....
Au nom de la vertu, dont vous sentezles charmes,
Frères compatissans, faites trève à vos larmes!..…
Non ?.. Eh bien! je finis. Vous connaissiez Lubin,
Voussaveztous comment , un samedi matin,
En voulant attraper , afin de s’en repaître,
Un rat qu’il aperçut au haut d’une fenêtre,
Il tomba tristement dans Le fond d’un baquet..….
Alors rappelez-vous Le grand eri qu’il a fait ;
Rappelez-vous Lubin, glacé dans l’onde amère,
Maudissant le baquet , et pleurant sa misère ;
La fièvre, à pas de loup, venantle prendreaux crins,
Et la mort , de sa faulx moissonnant ses destins...
Et puisqu’il ne vit plus , séchez de vaines larmes.
La vie est un tissu de peines et d’alarmes ;
Et Lubin, plus heureux qu’il ne fut ici bas,
Vous miaule de là-haut de ne le pleurer pas.
Mais vos sanglots touchans ont déchiré mon âme: Je finis donc , de peur que mon cœur ne se pâme.
Lubin , priez pour nous , tirez-nous de péril ; Et surtout bénissez mes vers : ainsi soit-1l,
PARFAIT. 119 pe
PARENS. — Il y a des parens qui veulent trouver dans leurs enfans une.
sagesse qu'ils n'ont point ; qui donnent chaque jour le mauvais exemple; qui font le mal dans l’âge de la raison, et qui n’accordent rien à l’âge de la folie et des extravagances.
— Il en est d'autres qui fouettent leurs enfans, et leur interdisent ensuite les pleurs. Tyrans exécrables, qui compriment la douleur même, et veulent étouffer les sanglots, parce qu’ils sont une plainte indirecte!
PARFAÏIT.- Ce mot, quine convient qu'a la Divinité, est devenu, depuis quelques années, d'un usage presque général dans notre langue, et il s'emploie bien souvent dans un sens imparfait. C'est particulièrement dans les ouvrages de madame de Genlis, qu'on trouve ce mot à chaque page : Les lettres