CARNAVAL
Les anciens ne sé déguisaient pas seulement aux Bacchanales, mais encore dans la plupart de leurs cérémonies : on se masquait généralement aux Saturnales ; les esclaves mangeaient avec leurs maîtres, qui, dans plusieurs pays, étaient obligés de Les servir. Ils se choisissaient un roi de la fête, que l’on saluait quand il buvait, comme nous fai sons le jour des Roïs; mais ces fêtes duraient trop peu pour instruire les maitres et’consoler les esclaves.
Chacun pouvait dire librement son avis sur toute chose, et chansonner > Sans rien craindre, les chefs de l'État et les plus graves personnages. C’est ainsi que, dans la plupart de nos petits bourgs, la promenade des masques parcourt les rues , et se moqué , en couplets burlesques , de tout habitant qui a le malheur d’être ridicule. Cet usage est inconnu aux grandes villes, parce que les ministres et les préfets ne se soucient pas
À toujours de réjouir le peuple.
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C’est surtout dans l'Italie ; qui est pourtant le centre du catholicisme, que
le carnaval s'est toujours montré plus
animé. Il devint fameux à Venise, parce
que la politique. l’encourageait de tout
son pouvoir ;.et en voici sans doute la raison :. Le peuple aime. les' jeux et:les divertissemens publics. Tout exécrables qu'étaient Néron, Domitien et quelques
autres tyrans, ils furentregrettés’, à cause
de leurs spectacles et de leurs fêtes. Les
nobles , qui n'étaient. point aimés,à Ve-
nise, furent bien aises de trouver quelque
moyen de, plaire au peuple et de l’'amuser : ils donnèrent, aux jours du carnaval, autant de licence qu'ils: ôtaient de liberté au reste de l’année.
Les mascarades commencent à Venise le lendemain de Noël. Toute la ville est bientôt déguisée, et la place Saint- Marc se remplit de gens trayestis, qui sont obligés de soutenir leur rôle. Les arlequins qui se rencontrent s’accrochent par des bouffonneries; les docteurs dis- 0
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putent, les pantalons disent des platitudes , les fanfarons font des gasconades; de même qu’à Paris ceux qui se déguisent en poissardes sont obligés de se saluer par des injures.
La France affectionnait beaucoup autrefois les mascarades ; et les prêtres permirentlong-temps qu'on se déguisâten patriarche, en saint, en ange, en apôtre. Plusieurs saints, et Jésus-Christ même, figurent librement dans la procession d’Aix.
Pourquoi défendre de parodier les dé mons, lorsqu'on permet de parodier les saints ?
La fête des fous, qui se célébrait à a Paris et dans toutes nos grandes villes, principalement aux Rois, au commen cement du carême et à Pâques, était une espèce de saturnale. Les écoliers de l'Université choisissaient un d’entre eux, qu'ils nommaient le roi, l’'é évêque ou le pape des fous : on l’ habillait convenable.
ment à sa dignité ; On le sacraits; on le conduisait processionnellement à]' église, où il disait la messe; on lui servait en-