‹ Dictionnaire de la folie et de la raison. Parsemé de petits romans ... d'anecdotes ... de recherches curieuses et d'aperçus variés sur les superstitions et la philosophie, sur la littérature et les moeurs ... etcChapitre 33 sur 93 · A RO D NET · texte numérisé non relu

A RO D NET

(Gi) Ce petit article a déjà été publié dans le Censeur Européen, 20 mars 1820.

CONCESSIONS. 6g

COMPLIMENS D'ÉTIQUETTE. — Je viens, de la part du Roi, vous complimenter sur la mort de votre père. ‘

— Nous complimenter ?.….

— Oui: n’héritez-vous pas ?

. CONCESSIONS. — II n’y a d'accord entre un grand et un petit, que quand le petit a cédé tout au grand. Au contraire , un sot et un homme d'esprit ne pourront s’accorder, que si l’homme d'esprit veut bien faire toutes les concessions.

Un homme est ridicule, lorsqu'il cède quelque chose aux caprices de sa femme.

Ce ridicule est-il toujours bien placé ?

L'homme est le plus-fort. — Il est aussi le plus sot, lorsqu'il croit avoir cons- .

tamment raison. Ce n’est pas à dire pour cela qu’il doive jamais abandonner ses droits ; mais à cause de sa force, il doit être quelquefois généreux.

CONCORDAT. — Traité de paix, par lequel un Souverain , gardé par

trente moines armés de parapluies , donne des lois aux princes qui ont quatre cent mille hommes sous les armes.

Fragment de Brantôme, sur le Concordat de François I°.

« J’ai oui conter à une grande Dame, d’avoir entendu dire autrefois à François I°*., que le sujet qui Le porta Le plus à faire le concordat avec Léon X, pour abolir du tout les élections des évêques abbés et aucuns prieurs, et se prévaloir des nominations, fut les grands abus qui se faisaient en telles élections parmi les moines; car, sans aucun égard à la suffisance , bien que dans ce temps-là ne s’en trouvait guère dans les cloîtres, ni de savoir non plus, ils élisaient Le plus souvent célui qui était le meilleur com pagnon; qui aimait le plus les garces, les chiens, les oiseaux ; qui était le meilleur biberon; bref, qui était le plus débauché ; afin que l'ayant fait leur abbé ou prieur, par après il leur permit

faire toutes pareilles débauches, disso- Jutions et plaisirs, comme de vrai l'en’ faisaient auparavant obliger par sermens, et fallait qu'il le tint par amour ou par force.

» Le pis était, quand ils ne se pouvaient accorder en leurs élections, le plus souvent s'entrebattaient , se gourmaient à coups de poing, venaient aux braquemars , et s'entreblessaient , voire s’entretuaient : bref, il y avait plus de tumulte, ligues et brigues , qu’il n’y en a eu en la création du recteur de l’Université de Paris, que j'ai vue autrefois ; je ne sais si cela dure. De plus, aucuns élisaient quelque simple bonhomme de moine, qui n'eût osé grouiller, ni commander faire autre chose, sinon ce qui leur plaisait, et le mena çaient, s’il voulait trop faire le galant et rogue supérieur... Bref, une infinité d’abus se commettaient en ces élections et créations, que je tairai pour ce coup.

» De plus, le Roï, considérant les

bons services que sa noblesse lui faisait ordinairement , trouva meilleur de la récompenser de quelques abbayes et biens d'églises , que de les laisser à des moines clostraux, gens inutiles , disait-il , qui ne servaient de rien qu'a boire et manger, laverner et jouer, ou à faire des cordes d’arbaléire, des poches de furet, à prendre des commis (lapins) et siffler dés linottes ; voilà leurs exercices , et faire une débauche que l’oisiveté leur apportait. Aussi disait-on , en proverbe commun alors : « I ne sait rien , non plus » qu'un prêtre ou un moine ».

Or, il faut noter que s’il y a eu des abus en ces élections et créations monacales, il y en a bien eu autant aux canoniales et en celles des évêques, qui, pour avoir les voix des chanoines, et de ceux qui en tenaient les principales dignités , les gagnaient et achetaient à purs deniers, ou les corrompaient ‘par présens et promesses de force bien pour l'ayenir 4 de sorte que cela s'appelait

CONCORDAT. ya plutôt une vraie simonie qu'une légitime et sainte élection, prenant exemple sur plusieurs papes de ce temps-là, qui ga- Snaient ainsi les voix et les suffrages des cardinaux, Bien souvent aussi faisaient ils en leurs chapitres des tumultes , 86 ditions, ligues et brigues, jusqu’à s'entrebattre, se frapper, sentretuer ; car les chanoïînes étaient mauvais garcons , comme encore ils sont, ét s’aidaient aussi bien de l'épée que du bréviaire.

Les évêques, élevés et parvenus. à ces grandes dignités, Dieu sait quelle yie ils ménaient! J'en dirais dayantage, mais je ne veux pas scandaliser. Nos évêques d'aujourd'hui sont plus discrets, au moins plus sages hypocrites ) qui ça

chent mieux leurs vices noirs ».

tt Mais après ce concordat, les élec.

tions ecclésiastiques ne furent pas plus décentes , pour être faites par le Roi, « T'out courut au Louvre, dit un histo rien grave, pour les évêchés et pour les abbayes : on Les vit incontinent distri,

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bués , selon les inclinations, non-seulement de ceux, mais de celles qui gouvernaient ; cär les maîtresses des Rois en disposèrent aussi absolument que des autres grâces, et les livrées de leur faveur étaient les chapeaux et les mitres, qu'on vit répandus en grand nombre sur les parens et amis de la duchesse d'Etampes, qui en avait son antichambre parée

comme une boutique ».

CONSPIRATION. — On en à tant fait depuis quelques années, que ce m'ést plus maintenant qu'une vieille drogue dont on rougit de se servir. On assure même que le mot conspiration étant devenu ridicule, on le remplacera désormais par ceux de complot, trame iicendiaire ou subyersire, machination,

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AT ET nn sus LA CONSPIRATION te | rie | | d QUI L'AURAIT DEVINÉ?

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