FABLE POPULAIRE. 127 F
FABLE POPULAIRE. — La Limace.
… Une limace marcha cent ans pour traverser un pont de pierre de plusieurs arches, Lorsqu'elle fut au bout, la dernière arche s'écroula, « Ce que c'est que d'être habile ! dit-elle en se retournant:
un peu moins de vitesse, et je périssais dans les décombres..… » |
— Ün sot mit cinquante ans à com poser un sot ouvrage. C'était une dissertation sur les repas des anciens. Il compulsa huit mille volumes, et visita une foule de monumens antiques. La mort vint enfin, — Ce que c’est que d'être actif! dit-il; si j’eusse perdu une semaine , mon immortel ouvrage serait resté imparfait... L'auteur est mort il y à quinze ans. Le livre qui devait nous apprendre la manière de manger chez les anciens n’a point paru ; et les mo-
dernes n’en dinent pas moins bien;
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quoiqu’ils ne sachent pas si les Iébreux mangeaient de la main droite ou de la main gauche.
FANATISME LITTÉRAIRE, —Celui-ci est presque tout de notre temps.
On en trouve à peine quelque trace en France dans les siècles passés (1). Il semble que l’homme soit condamné, par la faiblesse de son esprit, à d'éter- nelles erreurs, puisqu'on ne sort d’un préjugé que pour retomber dans un autre. On a reproché aux nobles qu'ils se glorifiaient sottement de leurs an= cêtres : on leur a dit, avec raison , que le petit-fils de Bayard, de Turenne et de Roland pouvait bien n'être qu'un homme ordinaire. Eh bien! ce vain orgueil, fondé sur des préjugés vulgaires, ce ridicule que les philosophes ont si
(1) Exceptons pourtant la querelle des anciens et des modernes, et quelques disputes de ce genre , qui firent aussi de grands fanatiques.
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bien rejeté sur la noblesse, ils s’en couvrent maintenant sans s’en aperce— voir.
On nous dit tous les jours que les descendans de Corneille, de Racine, de Lafontaine , sont dans l'obscurité; que les œuvres de leurs grands-pères ont fait la: gloire de la France, et font aujourd’hui la fortune des comédiens et des libraires; que la nation doit embellir le sort des descendans d'un grand homme ;'etc.; cependant, on n’applaudirait point à un acte du Gouvernement, qui enrichirait la postérité d’un grand général, parce que ce serait la postérité d’un grand général.
Queme fait le descendant d’un homme de génie, s'il n'a pas le génie de son aïeul? Un fils de noble peut être un lâche ; un fils de poète peut être un sot.
Si Racine a honoré notre littérature, Turenne a honoré nos armes. Si on paie
aux descendans de Racine la rente des
130 FANATISME LITTÉRAIRE, tragédies de leur père, on doit donner aux petits-fils de Turenne des rentes sur les provinces que leur aïeul a soumises, et alors il n° "ÿ aura plus de Propristé nationale.
On fait cas d’un coursier , qui, fier et pren de cœur, Fait paraître en courant sa bouillante vigueur ; Qui jamais ne se lasse, et qui dans la carrière S’est couvert mille fois d’une noble poussière : Mais la postérité d’Alfanc et de Bayard, Quand ce n’est qu’une rosée, est vendue aû hasard, Sans respect des aïeux dont elle est descendue, | Et va porter la malle ou tirer la charrue :
Pourquoi voulez-vous donc que, par un sot abus, Chacunrespecte en vous un honneur. qui n’est plus ?.
BoiLeau, Satyre V.
Si le fils de Corneille a du génie, qu'il vive de ses trayaux, comme son père à vécu de ses veilles. Si ce n’est qu'un lourdaud, qu'il soit cordonnicr, et qu'on ne nous montre pas la branche dégénérée d’une souche honorable.
— Ceux qui demandent que les pièces
TANATISME LITTÉRAIRE. 194 dramatiques soient une propriété perpétuelle dans la famille de l’auteur, songent plus à leur intérêt qu'à la gloire nationale. Si les pauvres comédiens de provinces , qui sont en général si malheureux, se voient obligés de payer 60 fr. le droit de représenter une Co— * nédie de Molière, comme on paie les pièces modernes, on ne ne jouéra plus que les drames du jour, puisque ; payer pour payer, on aimera mieux donner du nouveau que des choses déjà connues du public, etle public se fatiguera des fatras de notre temps, et les comédiens se ruineront en droits d'auteurs vivans et morts ; alors adieu le théâtre et notre gloire dramatique.
Nos auteurs n'ont cependant pas à se plaindre de Pétat des choses, et c'est maintenant une bonne fortune pour eux qu’une comédie très-médiocre. Deman-
dez à M. R***, à M.D***,à M.B***,etc.
— Je crois que les traits suivans tien-
139 FANTASMAGORI*, nent un peu d'un fanatisme littéraire, Un homme de robe apporta à Malherbe de méchans vers qu'il avait faits pour sa femme. Malherbe, après les avoir lus , lui demanda s’il avais élé condamné à étre pendu, ou à J'aire ces vers-là 2...
— Boileau disait un jour : « A moins que le Roi ne m’ordonne de trouver bons les vers de Chapelain, je soutiens que celui qui en fait de pareils mérite d'être pendu... » Molière a saisi ce trait de ri dicule, et l’a placé dans son Misantrope :
Hors qu’un commandement exprès du roi me vienne
De irouver bons les vers dont on se met en peine,
Je soutiendrai toujours , morbleu! qu’ils sont mauvais ,
Et qu’un homme est pendable après les avoir faits, Æcle XT, scène VIT.
FANTASMAGORIE.— « Nous nous » garderons bien de prononcer sur les » étonnans effets de ce qu’on appelle la » Fantasmagorie, parce que nous n’a-