‹ Dictionnaire de la langue fran©aiseChapitre 20 sur 389 · MAROT, I, 3B · texte numérisé non relu

MAROT, I, 3B

— ÉTYM. In.... <, et un adjectif fictif dicible, forgé d'après le verbe latin dicere, dire.

t INDICIBLEMENT (in-di-si-ble- man ), adv. D'une manière qui ne peut être exprimée. Indiciblement heureux.

— HIST. XVI' s. Le roi fut indiciblement aise de le voir, carloix, ix, 32.

t INDICT (in-dikt'), s. m. Terme d'ancienne coutume. Indiction d'une foire. Lorsqu'on eut apporté en France du bois de la vraie croix, l'évêque de Paris, pour satisfaire la piété des fidèles de son diocèse qui souhaitaient TOir cette précieuse relique, établit un indict annuel dans la plaine de

IND

INI)

IND

Saint-Denis, saint-foix, Ess. Paris, CEuv. t. m, p. 840, dans pouGENS (voy. lendit.)

— ÉTYM. Lat. indictum, chose prescrite (voy. indiction) .

INDICTION (in-di-ksion ; en vers, de quatre syllabes), t. f. Il I* Convocation à certain jour. || Plus particulièrement. Convocation d'un concile ou d'un synode. Depuis l'indiotion du concile de Trente jusqu'à l'ouverture. L'indiction du concile est au premier jour de l'an. || 2° Prescription. L'indiction d'un jeûne imposé à tout le corps des fidèles, hass. Carême, Jeûne. || 3° Terme de chronologie. Révolution de quinze années que l'on recommence toujours par une, lorsque le nombre de quinze est fini. L'indiction est un des trois cycles qui entrent dans la période Julienne. L'indiction est en usage dans les bulles du saint-siége. || Indiction première, indiction seconde, etc., la première année, la seconde année de chaque indiction.

— HlST. XIII* s. X cou [ce] est bone li indictions, que uns privilèges de l'apostole [pape] n'est pas bons, se li indictions ù il est donés n'i est escrite, Comput, f° H.\\ xvi* s. Là il y eut grandes indictions de jeusnes et de prières pour sauver Testât du penchant où il estoit, d'aub. Hist. m, <2). Et quant au demeurant pourroient les dits ambassadeurs en ceste leur première assemblée, et sans attendre l'indiction du concile, délibérer et arrester entre eux le moyen et chemin que l'on auroit à tenir, m. du bell. tS6.

— ÉTYM. Lat. indictionem, de tndicere, prescrire, de 171.... 2, et dicere, dire.

t INDICDLE (in-di-ku-P), s. m. Petit index, petite table des matières.

— ÉTYM. Lat. indiculus, diminutif de index.

INDIEN, ENNE (in-diin, diè-n'), î. m. etf.\\ 1° Habitant de l'Inde proprement dite. || 2° Abusivement. Habitant indigène de l'Amérique, qui fut nommée d'abord les Indes occidentales, parce que Christophe Colomb, qui cherchait une voie pour aller dans l'Inde ancienne, crut d'abord avoir trouvé ce pays et en donna le nom au nouveau continent. || Fig. Faire l'échange de l'Indien, donner une chose de grande valeur pour une autre qui a peu de prix, à cause qu'on achète des Indiens pour de la verroterie et autres objets des chosesqui valent beaucoup. Il 3" Terme d'astronomie. Constellation australe.

— ÉTYM. Voy. INDB.

INDIENNE (in-diè-n'), *. f. || 1* Etoffe de coton peinte qui se fait aux Indes. || Parextension, étoffes du même genre fabriquées en Europe. M. Fazy avait là une fabrique d'indiennes, j.j.ROuss.Prom. i. || 2° Vêtement en indienne ; robe de chambre. Je me suis fait faire cette indienne-ci, mol. Bourg, gent. i, 2. Il 3° Terme de tablettier. Peigne à l'indienne, peigne d'ivoire ou d'os, à dents fines des deux côtés.

— ÉTYM. Indien.

f INDIENNE0R (in-diè-neur), ». m. Ouvrier qui fabrique des indiennes.

INDIFFÉREMMENT (in-di- fé -ra-man), adv.

Il 1° Sans faire de différence, de distinction. Mais qu'indifféremment elle doit à ce rang Élever le mérite et les rares services, cohn. Agét. m, a. Rendant justice indifféremment à tous ses sujets, FLÉcii. Hist. de Théod. ii , 2. Confondre les personnes et les traiter indifféremment, la bhut. ix. Philopémen écoutait volontiers les discours des philosophes, et lisait avec plaisir leurs traités; non pas tous indifféremment, mais seulement ceux qui pouvaient l'aider à faire du progrès dans la vertu, HOLLiH, Hist. anc. Œuvr. t. viii, p. <33, dans pou- GENS. Les Turcs appellent indifféremment les chrétiens infidèles et chiens , volt. Loi nat. note k. Exiler indifféremment, tantôt Arius, tantôt Athanase, ID. Dict. phil. Constantin. 11 [le phoque] ne craint ni le froid ni le chaud, il vit indifféremment d'herbe, de chair ou de poisson ; il habite également l'eau, la terre et la glace, bupp. Quadrup. t. VI, p. 276. Il 2° Avec indifférence, sans intérêt, avec froideur. Ils viennent entendre indifféremment la parole de Dieu , bourdal. Dominic. i, Parme de Dieu , »0B. L'homme dissimulé ne parle point indifféremment, la brut. Théophr. i. Ne vous écrit-elle pjis : chantez indifféremment? c'està-dire chantez' comme si vous chantiez.... seulement pour chanter, beaomarch. Barb. de Sév. i, 6.

— HIST. XIV' s. Ele [la tormentille] cure indifféremment toutes les morsures et les pointures qui avienent aus hommes et aus chevaux, h. se honuevuxs, ^ 83, verio. Les anciens donnèrent indifféremment pocion à tous leurz navrés [blessés], id. ^ 44, wm>. Les princes d'Arunce ont esté indifferanment féru do Ib cognie [hache] , bercheurb, f* 33 , v»rsu.

— ÉTYM. Indifférent, et le suffixe ment.

INDIFFÉRENCE (in-di-fé-ran-s') , s.f.\\\' L'état d'ime personne indifférente. Cette indifférence que je sens lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d'aucune raison, est le plus bas degré de la liberté, desc. Médit. IV, 7. Ils ont tous deux leur compte, et, sur cette assurance, Ils tiennent le passé dans quelque indifférence, cohn. Uél. v, 8. L'indifférence qu'ils ont pour la vérité, fait que non-seulement ils ne prennent aucune part à sa défense, mais qu'ils voient même avec peine qu'on s'efforce de détruire le mensonge, pAsc. Prov. xi. Il n'avait pas de ces froides indifférences ni de ces faibles ménagements qui font qu'on abandonne les affaires d'autrui, pour ne s'en pas faire à soi-même, fléch. Duc de Mont. D'où vient que, pour son Dieu pleine d'indifférence, Jérusalem se tait en ce pressant danger? rac. Athal. m, 8. La grâce [ selon Malebranche ] ne fait que mettre l'homme en équilibre et en indifférence entre le bien et le mal, PÉN. t. m, p. 268. D'un œil d'indifférence il a vu le supplice, VOLT. Orphel. iv, 2. Au demeurant, disposez du peu qui reste à exécuter comme il vous plaira; cela m'est de la dernière indifférence, dider. Lelt. à M. Lectieton. Je n'eus jamais d'indifférence Pour la gloire du nom français, bérano. Ma dern. chanson. Bientôt ses actions [de Napoléon] démentirent ses paroles , et chacun s'étonna de son indifférence à donner des ordres pour un si grand établissement, ségur , Hist. de Nap. y, i. Il 2" Indifférence des religions, indifférence en matière de religion, indifférence religieuse, et, absolument, indifférence, état d'une personne qui, ne s'attachant à aucune religion, les met toutes au même; rang. Quand on aura accordé au commentateur qu'il faut laisser croire et prêcher tout ce qu'on voudra, alors il demandera, sans plus de façon, l'indifférence des religions, c'est-à-dire qu'on n'exclue personne du salut et que chacun règle sa foi par sa conscience, boss. 6' avert. 93. Chercher un repos funeste et une entière indépendance dans l'indifférence des religions ou dans l'athéisme, id. Reine d'Àngl. De l'indifférence en matière de religion. Titre d'un ouvrage de l'abbé de Lamennais. C'est toi qui l'as nommé, docte abbé : notre mal et le tien, l'indifférence pour la religion ; il en a fait un livre, comme ces médecins qui composent des traités sur une maladie dont eux-mêmes sont atteints, et en raisonnent d'autant mieux, p. l. cour. Lett. vili. Il 3° Terme de philosophie. Liberté d'indifférence, liberté que laisse l'indifférence. 11 parait probable que nous avons la liberté d'indifférence dans les choses indifférentes ; car qui pourra dire que Dieu ne jious a pas fait ou n'a pas pu nous faire ce présent? volt. Phil. Newt. part, i, ch. 4. La liberté qu'on nomme d'indifférence est un mot sans idée, une absurdité, car ce serait se déterminer sans raison, ce serait un effet sans cause, id. Dict. phil. Philosophie, iv. || 4° État de l'âme d'une personne qui n'est point sensible à l'amour. Au contraire , pour tous dedans l'indifférence. Elle n'ôte à pas un ni donne l'espérance, corn. Cid, i, < (i"" édit.). N'y portez, s'il se peut, que de l'indifférence, ID. Suréna, I, 3. Sévigné, de qui les attraits Servent aux grâces de modèle. Et qui naquîtes toute belle X votre indifférence près, la font. Fabl. iv, 1 . L'indifférence est le sommeil de l'âme, favart, Soliman II, lu, 9. Vous la verrez sans doute avec indifférence, volt. Zaïre, iv, 7. || 5° Terme de chimie. État d'un corps dont les affinités chimiques sont satisfaites, et qui n'a plus de tendance à se combiner à d'autres éléments.

ÉTYM. Lat. indiffererUia, de indifferens , indifférent.

INDIFFÉRENT, ENTE (in-di-fé-ran, ran-t") , od;. Il 1" Qui ne présente en soi pas de différence, et, par conséquent, pas de cause de détermination ou de préférence, en parlant des choses. Lorsqu'on a quelque bon dessein, ou même quelque dessein qui n'est qu'indifférent, desc. Uéth. m, 2. Ils tenaient la religion pour fort indifférente , BOSs. Hist. II, 1 2. Par où ont-ils deviné [les incrédules] que tout ce qu'on pense de ce premier être soit indifférent, et que toutes les religions qu'on voit sur la terre lui soient également bonnes? id. Anne de Gont. Ceux-là sont vrais ennemis de la divinité du Fils de Dieu, puisqu'ils en tiennent le dogme pour indifférent, id. Far. iiv, § 91. La maladie ou la santé lui devinrent indifférentes, fléch. Dauphine. Il avait fait plusieurs métiers, comme ceux qui ne cherchent que la fortune et à qui toutes les voies pour y parvenir sont indiffé'«n»es, duclos,

Hist. Louis XI, ÛEu«. t. m, p. 27B, dans pougers. Il est indifférent que ce soient les chrétiens ou les musulmans qui souffrent, il n'y a que l'homme qui soit digne d'intéresser l'homme, ratnal, Hist. phil. X], 9. Il Actions indifférentes, les actions qui, d'elles-mêmes, ne sont ni bonnes ni mauvaises. Il 2* Qui touche peu-, dont on se soucie peu. Il n'est rien de si indifférent qu'on ne tâche de ressaisir au moment qu'il nous échappe, staal, Mém. t. m, p. 93. Tout m'est indifférent, volt. Scyth. n, 4. Il II se dit des personnes, en un sens analogue. Cette femme lui est indifférente. Cet homme-là m'est indifférent. || 3° Oui est de peu d'importance, de conséquence. Nous ne parlons que de choses indifférentes. Cette magnificence est bien ruineuse : ce n'est pas une chose indifférente pour la dépense que le bel air et le bon air dans une maison comme la vôtre, sév. 3( août 4689. 11 ne rapporta de ses voyages que beaucoup de fausses notions et quelques vérités indifférentes, volt. Mœurs, 60. Le roi demanda à la reine après quelques discours indiffé rents où était Mlle de Hautefort, genlis, Mlle de la Fayette, p. 2B4, dans pougebs. || Conversation indifférente , entretien indifférent, conversation, entretienqui roulent sur des choses indifférentes.Peutêtre, mais enfin, vois-tu qu'elle me fuie? Qu'indifférent qu'ilest, mon entretien l'ennuie î corn. Teuve, I, 4 . Il Cela n'est pas indifférent, se dit de choses qui ne sont pas sans importance. Est-ce une chose indifférente de dire?... pasc. Prov. ii. Il avait tout l'esprit du monde, et il était roi : ces qualités ne sont pas indifférentes, hamilton, Gramm. 9. Ce livre, qui, dans le temps où il parut n'avait pas dû être indifférent, était tombé dans l'oubli, FONTEN. Leibnitx. Non, non, monsieur, lui répondis-je, ceci n'est pas aussi indifférent que vous le croyez, mariv. Marianne, 6* part. || Être indifférent à ime chose, n'y pas importer, n'avoir pas d'influence sur cette chose. Combien il est indifférent à la valeur des denrées qu'elles doivent leur naissance à des mains orthodoxes ou à des mains hérétiques, à des mains espagnoles ou à des mains hollandaises I raïnal, Hist. phil. vm, 34. || 4" Visage indifférent, tournure indifférente, visage, tournure qui ne se fait remarquer par rien. [Femme] Qui n'était ni brune ni blonde, et qui portait un de ces visages indifférents qu'on voit à tout le monde et qu'on ne remarque à personne, mariv. Pays, port). 4" part. || 5° Qui n'a pas plus de penchant d'un côté que d'un autre, qui ne fait pas de différence, en parlant des personnes. Il demeura Indifférent aa milieu des partis. || Terme de philosophie. La matière est d'elle-même indifférente au repos et au mouvement, elle n'a d'elle-même ni l'une ni l'autre de ces qualités, et elle est également susceptible de l'une ou de l'autre. Autrement [c'est-à-dire si tout ne dépendait pas de Dieu], il n'aurait pas été tout à fait indifférent à créer les choses qu'il a créées, desc. Rép. aux 6" obj. 4 3. || 6° Qui ne prend point d'intérêt à...., qui n'est pas touché de.... Je définis la cour un pays où les gens. Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents. Sont ce qu'il plaît au maître, la font. FobJ. VIII, 44. Il faudrait que je fusse bien indifférente pour ce qui vous touche, sÉv. «2. Je ne suis pas indifférente à cet enfant et à vos affaires, id. B80. Monsieur de Reims ne fut pas indifférent à faire des honnêtetés à un homme [M. de Chaulnes] qui s'en va à Rome, id. 28 août 4689. Vous voyez de quel œil et comme indifférente J'ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante, rac. Iphig. m, 6. Pleure, tonne, gémis, j'y suis indifférente, volt. Oreste, ii, b. Il y a peu d'hommes assez sûrs et assez satisfais de l'opinion qu'ils ont d'eux-mêmes pour être indifférents sur celle des autres, duclos, Consid. sur les mœurs, B. Il Absolument. Qui n'est touché de rien. Il est d'une humeur indifférente. Rien n'émeut cet homme inditrérent. Ses yeux indifférents ont déjà la constance D'un tyran dans le crime endurci dès l'enfance, rac. Brit. v, 7. Anaxarque, son maître [de PyrrhonJ, étant tombé dans un fossé, il [Pyrrhon] passa outre sans daigner lui tendre la main ; loin qu'Anaxarque lui en sût mauvais gré, il loua son disciple de cet esprit indifférent et qui n'aimait rien, hollin, Hist. anc. liv. ixvi, 4" part. 3» art. § 2. || Qui n'est point sensible à l'amour. Un cœur indifférent, roth. B^lis. IV, 2. L'amour n'a bien souvent qu'une douceur trompeuse ; Mais vivre indifférent est-ce une vie heureuse? th. corn. Ariane, ii, 4. Phèdreseulo charmait tes impudique» yeux ; Et pour tout autre objet ton âme indifférente Dédaignait de brûler d'une flamme innocente, rac. Phèdre, iv, a. D'un œil indifférent j'ai regardé ses obaimes, yoLJ. Adel. duGttescl. 11, 7, IIS. m. et f. Colui, celle qui de-

IND

IND

IND

meure sans pencnant pour ceci ou cela. Il fait l'indifférent. Les indifférents jugent au moins arec impartialité. Il Les indifférents, ceux qui ne nous touchent en rien. Je n'aime point votre Alexandre qui s'en va de la Grèce en Cilicie, en Egypte, au mont Caucase, et de là ju-squ'au Gange, toujours tuant tout ce qu'il rencontre, ennemis, indifférents et amis, VOLT. DicU. 29. || Celui, celle qui est insensible à l'amour. Qu'un indifférent est heureux I II jouit d'un destin paisible; Le ciel fait un présent bien cher, bien dangereux. Lorsqu'il donne un cœur trop sensible, quinault, Atys, ii, 1. 1| On dit en plaisantant, une Jiimable , une belle indifférente ; et, ironiquement, un bel indifférent. |{ 7* Terme de chimie. Corps indifférents, corps composés qui n'exercent plus de réactions électro-chimiques, et qui ne se combinent point avec d'autres corps.

— HIST. XV* s. Quant le chevalier eut ouy lesparlers de la damoiselle, il fut si indiffèrent [indécis] qu'il ne sceut le quel faire, ou suyr [suivre] sa voie, ou aller avec la damoiselle, Percefbrest, t. y, f 80. Il XVI* s. Actions indifférentes, mont, i, <3. le vivre et le mourir est indiffèrent, m. i, 89.

— ËTYM. Berry, indifférent, médiocre, de peu de Taleur; dulat. indifferentem, de in....t, et differens, différent. Dans la scolastique, indifferens ,i indifjerentia indique l'élément non -différent qui se trouve dans les diverses espèces, et qui fait qu' elles appartiennent à un genre; le propre de cet indifférent, de l'indifférence étant d'être également susceptiblede toutes les formes constitutives des diverses espèces, l'expression même de cette manière d'être, de cette neutralité entre toutes ces espèces possibles, est exprimée parle sens actuel du mot indifférent,

Page 1