‹ Dictionnaire de la langue fran©aiseChapitre 304 sur 389 · PATRICE · texte numérisé non relu

PATRICE

PATRICIEN, lENNE (pa-trisi-in, si-è-n'), adj. Il 1° Il se dit de l'ordre qui, chez les Romains, tenait le premier rang et était seul, surtout dans let premiers temps, admissible à certaines grandes magistratures. Après l'expulsion des rois, le gouvernement était devenu aristocratique; les familles patriciennes obtenaient seules toutes les magistratures, toutes les dignités et par conséquent tous les honneurs militaires et civils, montesq. Rom. 8. Il Se dit des nobles ou privilégiés, dans quelque pays que ce soit. ||î" Substantivement. Celui qui appartenait au premier ordre parmi les Romains. Romulus partagea le peuple en patriciens, chevaliers et plébéiens. C'était parmi les patriciens qu'on prenait toujours les sénateurs; aux patriciens appartenaient les emplois, les commandements, les dignités, même celles du sacerdoce, boss. UUt. m, 6. Les patriciens voulant empêciier le retour des rois, MONTESQ, Ilom. 8, Il S'est ditdes noblesdequelques républiques d'Italie. J'allai chez M. L^blond la prier de parler au patricien à qui appartenait le théâtre de Saint-Luc, j. j. bouss. Conf. vu. || Se dit des nobles et privilégiés, de quelque pays que ce soit. Partout il se forma de ces patriciens orgueilleux qui trouvaient étrange que la nature eût daigné accorder à des plébéiens des poumons pour respirer, une bouche pour parler et des yeux pour voir, coNDiLLAC, Étudcs hist. 1, 3. || Adj. (ig. Distingué, digne de patriciens. Des manières patriciennes.

— HIST. XIV* s, Romulus eslut aucuns des plui sufflsans, les quelx il tint en office, et apela pères; et toutz ceuli qui d'eux descendirent furent apelei patriciens, berchkurï, f. 3.

— ÊTYM. Voy. PATRICE.

t PATRICOTAGE (pa-tri-ko-ta-j"), ». m. Terme populaire. Intrigues, petites menées. Les deux partis,,, se sont également bandés contre tous les palricolagesdu cardinal de Fleury, d'argenson, Mém. 1. 11,

p. ittS, (860.

MIST. XVI' s. Patricolage, ouDirt, Dict.

— ErvM. Ce mot semble formé de prottqu*, prttliguer, par interversion de ïr.

PATRIE (pa-lrie), t. f. || J° Pays où l'on a pris oaiisance. Mourir pour sa patrie est un sort plein

d'appas Pour quiconque à des fers préfère le tré; pas, CORN. Œdipe, il, î Chacun songe comment il s'acquittera de sa condition; mais, pour le choix de la condition et de la patrie, le sort nous le donne, PAEC. Pens. XXV, 80, édit. havrt Une reine fugitive qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil, BOss. Heine d'Anglet. Homère est encore et sera toujours; les receveurs de droits, les publicains ne sont plus; ont-ils été? leur patrie, leurs noms sont-ils connus? la brut. vi. X tous les cœurs bien nés que la patrie est chère! volt, faner, m, « . Le premier qui a écrit que ta patrie est partout où l'on se trouve bien est, je crois, Euripide dans son Pliaéton, VOLT. Dicl. phil. Patrie. Un républicain est toujours plus attaché à sa patrie qu'un sujet à la sienne, par la raison qu'on aime mieux sou bien que celui de son maître, iD. Pensées sur le gouvernement, 1762. Il y a dans tous les hommes un penchant à aimer leur patrie, qui tient plus à des causes morales qu'à des principes physiques, raynal, Bist. ph.il. V, ». La patrie nous donne mille plaisirs habituels que nous ne connaissons pas nous-mêmes avant de les avoir perdus, stael, Corinne, xiv, 3. Reine du moniie, ô France, fl ma patrie, Soulève enfin ton front cicatrisé; Sans qu'à tes yeux leur gloire en soit flétrie. De tes enfants l'étendard s'est brisé, BP.RANG. Enf. de la Fr. C'est un si grand malheur de pleurer la patrie! p. lebrun, Cid d'Àndal. ii, s. Il Fig. Pour moi point de patrie, où tous ne serez pas, CORN. Toison d'or, u, 2. L'univers est la patrie d'un grand homme, raynal, Hist. philos, v, lO. 112" Particulièrement. Province, ville où l'on est né. Marseille est sa patrie. || La petite patrie, la localité où l'on est né, et aussi la famille. Comme si ce n'était point par la petite patrie, qui est la famille, que le cœur s'attache à la grande, j. j. bol'ss. Ém. V. Il 8" Fig. La nation dont on fait partie, la société politiq ue dont on est membre. J 'aurais mauvaise grâce de chercher de la gloire et des avantages par des choses qui ne sont pas de ma profession ; maisje suis Français très-afTectionné à ma patrie... vauban, Dtme, p. 2. Il n'y a point de patrie dans le iespotique; d'autres choses y suppléent, l'irilérêl, la gloire, le service du prince, la bblt. z. uuc me servirait, comme à tout le peuple ... que ma patrie fùl puissante et formidahle, si, triste et inquint, j'y vivais dans l'oppression?... ID. x. L'ambassadeur jdu roi de Sicile].... avait ordre de faire tous ses efforts pour l'engager [M. Delisle| i passer dans les États de ce prince.... l'amour de la patrie le iviiiit, et peut-être aussi l'espérance quelle n'aurait pas l'ingratitide assez or; uaire à K ule patrie, fo.nten. Velisle. Une patrie e.'t un composé de jlusieurs familles; et, comme un soutient communément sa famille par amjur-propre. Jorsqu'on n'a pas un intérêt contraire, on .soutient parle même amour-propre sa ville ou son villa^ie qu'on appelle sa patrie, VOLT. Dict. phii Pairie. Ce ne sont ni les murs ni les hommes qui foi.' a patrie; ce sont les lois, les mœurs, les coutiirr/ s, le gouvernement, la constitution, la man.' rj d être qui résulte de tout cela, I. r. Kouss. iell. d Pictet, Corresp t. vi , p. 94 . Vautil m eux avoir éclairé le genre humain qui durera touiMir». que d'avoir ou sauvé ou bien ordonné une pirp qui doit finir? muer. Claude et fier, ii, Ib. L'Êlat n est (lus un corps, et l'on n'a pas ■ u qu'il fallait des siècles pour y rùiablir cette unité qi/ on appelle patrie, et qui est l'ouvrage in:('nsible et lent de l'hai)itude et -de l'opinion, narmontei,, BéUtaire. ch. H. || Patrie commune, l'État dans lequel jn ciosside des droits politiques. || 4* La mère patrie, voy. MÈRE, n» 25.116* Par extension, contrée, climat propre à certains animaux. Les régions arctiques «ont la patrie de l'ours blanc. La patrie des palmiers. \\t' Fig. Il se dit des contrées, des villes où fleurissont, où sont en abondance certaines espèces d'hommes ou de choses. Athènes fut la p.iti'ie des philosophes. Ce pays est la patrie des sciences et des lettres. || 7* La céleste patrie, le ciel, le séjour des bienheureux.

— liisT. XV' g. Suivant le proverbe qui porte qu'il Mt licite à un chacun et louable de combatre pour M patrie, j. chariikr, Ilisl.de Charles Vil, p. U7. Ilxvr s. Le devoir en quoi je suis obligé à l,i patrie, t. DU BELLAY, Défense et iUusI. de la langui- fr. u, '. Oui rae faict supplier V. M. de me honorer d'un aultrc département et bien esloignc de ma patrie jde la province où je suis néj, carl. ix, t. Pour la patrie, c'est un beau mot, baîf, let Scieneet et enleiynementi, II.

— r.TYM. Wallon, patreie; du lai. pniria, patrie, de pater, père. Ménage dit que pairie n'était pas

DICT. OK LA LANOUI rRANÇAIHB.

PAT

usité du temps de Henri II, vu que Charles Fontaine le reproche comme un néologisme à du Bellay : « Oui a pais, n'a que faire de patrie ....le nom de patrie est obliquement entré et venu en France nouvellement et les autres corruptions italiques, » Quintil Boratian, p. I8B. D'un autre côté on a dit que patrie datait de François I". François I" était un roi vraiment national ; c'est sous son règne, c'est au xvi* siècle que le mot patrie fut transporté de la lantfue latine dans la nôtre, A. DE ST-PRIEST, les Guise , Uevue des Deux- Mondes, l" mars (8B0, p. 826. Mais le mot est plus ancien; l'historique le montre.

P.\TR1.VI0IN"E (pa-tri-moi-n'), s. m. || 1° Bien d'héritage qui descend, suivant les lois, des pères et mères i leurs enfants. Quelles peines n'eut-on pas à persuadera M. le Tellier d'étendre un peu en faveur de sa dignité les limites de sou patrimoine ! FLÉCHiEH, le Tellier. Moins appliqués à dissiper ou à grossir leur patrimoine qu'à le maintenir, ils [nos ancêtres] le laissaient entier à leurs héritiers, LA bruyère, vn. Nous savons par Tacite et César, que les terres que les Germains cultivaient, ne leur étaient données que pour un an, après quoi elles redevenaient publiques; ils n'avaient de patrimoine que la maison et un morceau de terre dans l'enceinte autour de la maison, mon- TESQ. Esp. xviii, 22. J'ai perdu en ma vie cinq ou six fois plus que je n'ai eu de patrimoine, volt. lett. d'Argental, 8 mai (769. La maison de Bourbon, depuis Louis IX jusqu'à Henri IV, avait presque toiiiou's été négligée et réduite à un tel degré de pauvreté, qu'on a prétendu que le fameux prince de Condé, frère d'Antoine de Navarre, et oncle de Henri le Grand, n'avait que six cents livres de rente de scn patrimoine, id. Ess. guerres eiv. de France |{ Patrimoine paternel, les biens qui viennent du c6té du père; patrimoine maternel, les biens qui viennent du côté de la mère. \\ lin général, biens de famille, par opposition à acquêts. Il n'a jamais voulu toucher à son patrimoine, il n'a disposé que de ses acquêts. || Séparation des patrimoines, opération judiciaire qui a pour oii etd'empêcher que les biens composant une succession ne sa confondent avec ceux de l'héritier qui l'a recueillie, et que les créanciers personnels de cet héritier ne soient payés sur les biens de la succession au préjudice des créanciers et légataires du défunt. i] 2° Par extension, il se dit des trônos, des charges, des prérogatives qui se transmettent héréditairempnt comme un patrimoine. La Castille devient patrimoine d'un fils de France, mass. Or.fun Dauvhin. il 3° Fig. Ce qui est con-idéré comme une propriété patritooniale. Chaque découverte dans les sciences est le patrimoine de toutes les nations. il 4° Le patrimoine de saint '.'ierre, ou U province du Patrimoine, une partie du domaine que le pape possède en Italie et dont Viterbe est la capitale. La comtesse Mathilde possédait.... presque tout ce qui est appelé aujourd'hui le patrimoine de saint Pierre, de Viterbe jusqu'à Orviète, arec une partie de la marche d An'-'lci, volt. Mœurs, 46, || Se disait des biens-fon.. , ue chaque église.

— HisT.xin* s. l'iusorontgasté lor palrimolnepar doner folement, brun, la tini, ï'r('îor, p. «is. Clercs qui ne marceandent pas, aiiçois se cevisseiit [se suffisent] de lorpatromoiigneoude lor bénéfices, beaum. L, 44 . Diex veut que vous l'alez vengier,Sanz controver nul autre essoi ne, Ou vouslessien lepalremoine Qui est du sanc au crucefi, ruteb. «s. Laiens vendent, je vous afi, Le patrimoinnc au cruccH, k boins deniers ses (secs) et contans, ib. ii, 72. || xv* s. Ainsi passèrent ces gens d'armes, le duc d'Anjou.... et le comte de Savoie.... en costiant la marche d'Ancone et la terre du patrimoine, froiss. ii, n, 136.

— ETYM. Provenç patremoni, palrimoni: espagn. et ilal. patrimonio; du lat. patrimonium, de pater, père.

PATUlilO.NLVL, ALE (pa-tri-mo-ni-al, a-1'), adj. Qui est de patrimoine. Biens patrimoniaux. On n'avait en Suède aucune idée do nus seigneuries patrimoniales; les litres de comtes et de barons y sont modernes, ils sont personnels, et non pns itlacliés à de^ po.ssession», conniLL. É'(ud. hist. ii, a. || Depuis la Kévohilion, on a appelé biens patrimoniaux les biens provenant de la famille par hérédité, en opposition aux biens nationaux, c'est-à-dire qui ont été, à la suite d'une confi.scation, vendus au profit de la nation : distinction qui a cessé depuis l'indemn.té des émigrés. || Juridiction patrimoniale, droit qu'avalent dans certaines contrées les seigneurs de rendre la justice sur le territoire de leur fief héréditaire. D'où e.it nA ce principe, que les justices

PAT

sont patrimoniales en France, montesquied, Esp.

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