‹ Dictionnaire de la langue française contenantChapitre 207 sur 462 · AYE · texte numérisé non relu

AYE

AVE

AVE

qu'être avenu, Régnier, Sat. xiv. Il n'est rien que le temps n'absorbe et ne dévore, Et les faits qu'on ignore Sont bien peu différents des faits non avenus, J. B. ROUSS. ÔdCS, IV, 2.

AVENUE (a-ve-nue), s. f. || i° Chemin par lequel on arrive en un lieu. Ils ont occupé toutes les avenues du port, fén. Tél. vu. Saisissez l'hippodrome avec ses avenues, corn. Héracl. m, 4. Ils découvrent Othon maître de l'avenue, id. Otlwn, v, 8. J'ai vu forcer les avenues Des Alpes qui percent les nues, RACAN, Ode au roi. 11 ferma les avenues de Jérusalem de si près qu'il n'y avait plus moyen de s'échapper, boss. Ilist. il, 9. Souvent de ta maison gardant les avenues, boil. Sat. x. De leurs appartements percer les avenues, id. Lutrin, Vf. Ces faubourgs aujourd'hui si pompeux et si grands, D'une immense cité superbes avenues, volt. Henr. vi. || 2° Allée d'arbres conduisant à un château. On arrive au château par une grande avenue. |j Toute allée d'arbres en ligne droite. De longues et fraîches avenues. || 3° Fig. Les avenues de la fortune, du pouvoir. Ce qui va jusqu'au centre de l'âme des autres, s'arrête aux avenues de la leur, balz. Liv. vi, lelt. 4.S'étant une fois emparés de son esprit, ils en sent toutes les avenues, id. 7e Disc. s. la cour. Mme de Maintenon, qui voulait tenir le roi par toutes les avenues, sapait depuis longtemps d'Aquin, st-sim. 14, 156. || 4° Avènement. L'enfer se réveilla à l'avenue de Jésus-Christ, boss. Hist. il, 9. Il 5° Terme de chasse. Route ou sentier que l'on fait dans les pipées.

— xmc s. Et quant Henris, ses fius, au court mantiel, fu revenus et il sot la vérité de ceste avenue [événement], Ch. de Bains, p. <3. [|xve s. Monseigneur Jean de Hainaut, qui bien est ramentu, et déraison, en ce livre;car, de plusieurs et belles avenues, il en fut chef et cause, froiss. Prol. Or nous tairons-nous à parler du comte de Hainaut, et parlerons des besognes de son pays, et des avenues qui y avinrent tandis qu'il fut hors, id. 1, i, ioô. Lors son cousin, et par especial la femme qui n'aimoit point l'autre, furent bien joyeux de l'advenue [aventure], louis xi, Nouv. lxi. || xvi° s. La béatitude remplit toutes les appartenances et advenues de la vertu, mont, i, 70. Ville sise sur montagne qui n'a qu'une seule avenue, m. du bell. 446. Ayant saisi tous les pas et advenues de ce quartier là, amyot, l'hilop. 8.

— ÉTYM. Avenir.

j AVEU AGE (a-vé-ra-j'), s. m. Terme de commerce. La moyenne avérée, vraie, reconnue telle, et en général la moyenne. Sur trois ans l'avôrage a été de....

— ÉTYM. Avérer.

AVÉRÉ, ÉE (a-vé-ré, rée), part, passé. Etabli comme vrai. C'est un fait avéré par l'histoire de M. de Thou, boss. Déf. Voilà un fait avéré et public, id. Hist. il, 13. Ah! tout est avéré, Tout est approfondi dans cet affreux mystère, volt. Tancr. iv, 2. De cent siècles de gloire une suite avérée, id. Orphel. i, 1. Vous êtes convaincu, le crime est avéré, id. Catil. iv, 2.

AVÉRER (a-vé-ré), v. a. Avoir, donner la certitude qu'une chose est vraie. Il avéra le fait. J'en réponds sur ma tête et l'ai trop avéré, corn. Tliéod. LU, 3. J'ai su par mes yeux avérer aujourd'hui Le commerce secret de ma femme et de lui, mol. Sganar. 16. || J'avère, j'avérerai, j'avérerais.

— HIST. xne s. E sevent tuit senz suspeçon Qu'or aveire [se vérifie] l'avision, benoît, ii, 65)3. Certainement est avérée En lui tote la profecie, id. ii, 78!)i. La prophecie avérera [se vérifiera], Quant li filz Deu por nos morra, Adam, mysl. p. 60. || xm«s. La moie foi en voil jurer, Que tôt ce verroiz [vous verrez] avérer, Iten. \a\6. Tex raisons convient il avérer par tesmoins loiax, beaum. lxi, 53. || xve s. Les promesses de la duchesse furent avérées [justifiées par l'événement], froiss. ii, ii, 229. Pour mieux avérer leur fait, id. ii, ii, h 2 1 . Ce qui doit estre réputé à grand faute aux Princes, quand ils ne les avèrent ou font avérer [les rapports qu'on leur fait], comm. vin, 13. Il xvie s. Comme il a esté adv .'•. mont, i, 44. On ne sceut jamais adverer ny sçavoir comment il estoitmort, amyot, Hom. 43. Le bon jugement de l'un est tesmoigné par la ruine de son païs, et l'erreur de l'autre adveré par l'heureux événement de ce qu'il avoit voulu empescher, id. Péric. et Fab. comp.7. Craignant que le filz legi-

; e fust occasion de faire rechercher et avérer ; 1 bâtardise, id. P. JEra. t3.

— étym. Provenç. averar, aveirar; ital. av'verarc; de ad, à, et vents, vrai (voy. vrai).

f AVERNE (a-vèr-n'), s. m. Lac delà Campanie,

près du quel était l'antre de la sibylle de Cumes, antre qui conduisait, suivant la mythologie, aux enfers. H Poétiquement, les enfers mêmes. Je m'en irais dans l'Averne Faire enivrer Alecton Et bâtir une taverne Dans le manoir de Pluton, maître adam, Cltanson.

— ÉTYM. Avernus, du grec âopvo:, de à privatif, et ôpvt;, oiseau; ainsi nommé parce qu'on disait que les vapeurs qui s'en exhalaient suffoquaient les oiseaux qui volaient dans ces parages.

f AVERRHOÏSME (a-ver-ro-i-sm') , s.m.Termede philosophie. Doctrine répandue dans les écoles du moyen âge et , à l'époque de la Renaissance , dans celles du nord de l'Italie, et qui soutenait l'identité de toutes les intelligences humaines : à savoir que au fond il n'y avait qu'un seul homme; bien que, dans l'idée primitive de cette doctrine, l'identité paraisse avoir consisté en la participation de chaque homme en une même raison nommée intellect actif. D'autre part, l'averrhoïsme devint un prête- nom derrière lequel on cachait une philosophie matérialiste et la négation du surnaturel.

— ÉTYM. Averrhoès (Ibn Roschd), philosophe arabe du xne siècle.

AVERSE (a-vèr-s'), s. f. Pluie subite et abondante. Nous avons reçu toute l'averse.

— étym. À et verse.

AVERSE (a-vèr-s'), loc. adv. Voy. verse (à).

AVERSION (a-vèr-sion; en poésie, de quatre syllabes), s. f. |! 1° Sentiment qui fait qu'on se détourne d'une personne; haine, antipathie. Le peuple l'avait en aversion. Prendre quelqu'un en aversion. Inspirer à quelqu'un de l'aversion pour un autre. Intéresser l'État dans votre aversion, rotr. Vencesl. 11, 2. Combats pour m'affranchir d'une condition Qui me livre à l'objet de mon aversion, corn. Cid, v, \. Mais cette indifférence est une aversion Lorsque je la compare avec ma passion, id. Rodog. 1, 1 . De cette aversion mon cœur préoccupé, id. Nicom. iv, 2. Et les aversions entre eux deux mutuelles Les font d'intelligence à se montrer rebelles, id. Héracl. 1, -t. Pour qui elle a de l'aversion, id. Ex. du Cid. Elle n'a pas pour moi d'aversion si forte, id. le Ment, iv, 6. Ils demeurent l'objet de l'aversion du peuple, boss. Hist. 11, 10. Je ne sais quelle aversion pour Ulysse, fén. Tél. xv. Peut-être convaincu de votre aversion, Il va donner un chef à la sédition, rac. Phèd. 1, 5. Pour lui des Persans bravant l'aversion, J'ai chéri, j'ai cherché la malédiction, id. Esth. m, \. Il Familièrement. C'est ma bête d'aversion, se dit d'une personne pour laquelle on a une insurmontable répugnance. || 2° En parlant des choses, répugnance extrême. Aversion pour le travail. J'ai eu toujours aversion à cela, voit. Letlr. <I0. Alexandre obligeait aussi ses capitaines de s'habiller à la persienne, à quoi ils avaient grande aversion, vaug. Q. C. 252. J'ai eu et j'aurai pour lui [le mariage] toute ma vie une aversion effroyable, mol. l'Am. méd. ni, C. Le ciel a semblé mettre en nous mêmes attachements pour notre liberté et même aversion pour l'amour, id. laPrinc. d'Élide, iv, i. Vous n'en avez pas d'aversion , pasc. Prov. to. Vos décisions sont en aversion à tout le monde, id. Prov. -14. J'ai une grande aversion pour cette saleté, sév. 77. De là ces aversions qu'on a du seul objet légitime qu'on doit aimer, flêch. i, p. 131. Rappelez en votre mémoire combien elle avait d'aversion pour les discours empoisonnés de la médisance, boss. Heine d'Anglet.

— REM. On dit dans le même sens aversion pour une chose et aversion d'une chose.

— HIST. xvie s. Il faut craindre de faire aversion [détournement] du sang vers les parties nobles, paré,

— ÉTYM. Aversio, de a, désignant éloignement, et vertere, tourner (voy. version) : mot à mot, détournement.

AVERTI, IE (a-vèr-ti, tie), part, passé. Averti par ses amis de la disgrâce qui le menaçait. Averti de se tenir sur ses gardes. Anne avertie de loin par un mal aussi cruel qu'irrémédiable, boss. Marie- Thér. D'un grand événement je me vois avertie, volt. Sémir. 1, 5. Soyez averti Qu'on se rend criminel à prendre son parti , corn. Cid, 11, 7. || Être bien averti, être bien informé, avoir de bons renseignements. Osmin était mal averti, Et depuis son départ cet esclave est parti, rac. Baj. iv, 3. ||Se tenir pour averti, être sur ses gardes. || Proverbe. En bon averti en vaut deux, celui qui a été prévenu, à n'en pas douter, de ce qui peut lui arriver, est doublement sur ses gardes. || Terme de manège. Un pas averti, est celui d'un cheval qui marche un pas réglé et méthodique, suivant les leçons qu'il a reçues.

AVERTIN (a-vèr-tin), s. m. || 1" Maladie qui rend opiniâtre et furieux. || Fig. Ô le plaisant avertin D un fou du pays latin, J. b". rouss. Odes, 11, 2. || 2° Maladie des moutons appelée tournis.

— HIST. xme s. Venteuses qui sont mises ou soumeçon [sommet] du chief valent à chiaus [ceux] qui devienent fol par malvaise cierveille et auveitin, alebrand, f" 13. Ces famés s'en ceignent le soir de la Saint Jehan, et en font les chapiaux seur lor chiez, etdient que goûte ne avertinz ne les puet panre, ruteb. 257. || xive s. Symonet, besgue, lui, lunatique, malade et cheant souvent du mal d'avertin, du cange, adversatus. || xvie s. Si Dieu ne l'avoit deffendu Et je fusse en mon advertin, Je donrois quinze à l'Aretin, Et si gaignerois la partie, marot, 11, (40. On lui attitroit des salueurs, qui lui faisoient de grandes révérences et barrettades, pour voir un peu tel asne en son avertin faire ses gambades, desper. Contes, xxix. La manière de faire taire et danser les femmes, lorsque leur averlin les prend, id. ib. cxv. Or, est mort n'a pas longtemps ce preud'homme avertin [malin, bizarre], id. ib. cxxv. Ce mal [du bétail à laine] est appelle avertin par d'aucuns François, et, en Escosse avec raison, estourdi, 0. de serres, 987.

— ÉTYM. Avcrtere; mal qui détourne l'esprit; de a, indiquant éloignement, et vertere, tourner (voy. version). On a dit aussi esvertin.

AVERTIR (a-vèr-tir), v. a. || 1° Faire savoir en appelant l'attention. Avertir quelqu'un de quelque chose. Nous avons été bien avertis de nous tenir sur nos gardes. Avertis-moi de ce qui t'arrivera. Les chiens avertissent de l'approche des voleurs. Qu'estce qu'on vous écrit? Daignez m'en avertir, rac. Iphig. 1, i. Souffrez quelques froideurs sans les faire éclater, Et n'avertissez point la cour de vous quitter, id. Brit. 1, 2. C'est pour vous avertir de ce qu'il vous faut craindre Qu'à ce triste entretien j'ai voulu me contraindre, th. corn. Essex, 1, 2. On m'avertit qu'il fait tous ses efforts pour lui parler, mol. le Méd. m. lui, m, 7. Le moyen de connaître où est le plus beau vers, si le comédien ne s'y arrête, et ne nous avertit par là qu'il faut faire le brouhaha, id. Préc. rid. se. 10. || Absolument. Quoique, sans menacer et sans avertir, la mort se fasse sentir tout entière dès le premier coup, boss. Duch. d'Orl. Il 2° Terme de manège. Avertir un cheval, l'exciter au moyen de quelques aides lorsqu'il se néglige.

— REM. 1. Avertir régit la préposition de devant un infinitif : avertissez-le de venir. Avec que il veut l'indicatif si la chose dont il s'agit est donnée comme certaine ou positive : avertissez-le qu'il : sera mai reçu. Si au contraire avertir emporte avec lui le sens d un désir, d'un ordre, etc. on met le subjonctif : je l'avertis que son travail soit prêt demain. || 2. Racine, Baj. 11, 3, a supprimé l's à la première personne du présent : Vizir, songez à vous, je vous en averti ; Et sans compter sur moi prenez votre parti. C'est non une licence, mais un archaïsme que l'usage poétique autorise d'ailleurs à la première personne.

— SYN. avertir, donner avis, informer. On peut manifester la nuance par les substantifs. L'avertissement est un appel à l'attention sur quelque chose; l'avis et l'information n'impliquent rien de pareil, et expriment seulement qu'on a fait savoir une chose à quelqu'un. L'avertissement peut être donné par des choses; l'avis et l'information n'émanent que des personnes. Je vous informe de cela, c'est simplement faire savoir; je vous donne avis de cela, c'est faire savoir avec la croyance que la personne prendra intérêt à ce qu'on lui dit ; je vous avertis, c'est faire savoir en donnant à la personne un avertissement.

— HIST. xne s. E quant il se fu averti, E ladolorli fu passée Qu'il out sofferte e endurée, Sout [il sut] que ce li fu avenu Pur ceo qu'il aveit contendu La charité as dous ermites, benoît, ii, 40960. ||xiii° s. Son songe [elle] dist au roi, a bien lui averti, Berte, lxxi. || xve s. Et adverti qu'il fut par ceux qui Taisoient le logis du roy, que ledit seigneur ne vouloit que passer, comm. vin, 7. ||xvic s. Amy lecteur, sois adverty Qu'au latin n'a rien davantage Que ce qui esticy verty Par Marot en nostre langage, marot, îv, i~i. Cineas, estant adverty de sa venue, luy alla au devant avec ses gens, amyot, Pyrrh. 32. Estant adverty que le consul de Rome, Levinus, s'en venoit contre luy, avec une grosse et puissante armée, id. ib. 34. Cest inconvénient advertit Pyrrhus de se garder mienlx à l'advenir, id. ib. 36. Plusieurs avoient secrette intelligence avec Nicias, et l'advertissoient qu'il devoit demeurer, id, Nicias, 38,

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— ÈTYM. Provenç. avenir; espagn. et portug. advertir; ital. amertire; de advertere, mot à mot,

:r vers, et par suite avertir, île ail, à, et de v, tourner (voy. version). Avertir suppose un gement de conjugaison, advertire pour ad\ :

hangement qui du reste s'est opéré dans les - composés : convertir, divertir, etc.

AVERTISSEMENT (a- ver-ti -se-man), s. m. || 1° Appel a l'attention de quelqu'un. Ce songe i ieux était un avertissement divin, fén. 7V7. t'ai fait voir tes camarades, Ou morts ou mouou malades. Qu'est-ce que tout cela qu'un ssement? la font. Fab. vin, I. Cet avertismarque une défiance, corn. Rodog. u, 4. Mais quand la passion est en nous si extrême. Les ints n'ont ni force ni lieu, Régnier, Sat. !sl un avertissement du ciel, se dit d'un de nai me à servir d'enseignement. || 2" Préface mise à la tète d'un livre. Lisez l'avertissement avant de parcourir l'ouvrage. || 3° A. vis d'un percepteur pour le payement de l'impôt. Avertissement sans frais. || 4° Avis donné à un journaliste qu'un de ses articles a déplu à l'autorité et qu'un autre article qui attirerait un second avertissement pourrait faire supprimer le journal.

— HIST. xve s. Le bon filsmercia son père de son bon avertissement, louis xi. JVouv. lu. || xvi" s. .... Qu'il venoit de la part de ceulx qui, durant la guerre, auparavant luy souloient donner de secrets advertissemens, amyot, Nicias, 46.

— êtym. Avertir; bourguig. evartissemwn ; provenç. avertin \ gn. advertimiento ; portug. advertimento ,- ital. avvertimento.

f AVERTISSEUR (a-vèr-ti-seur), s. m. || 1° Celui qui avertit. Apostrophant ensuite notre imprudent avertisseur, j. j. rouss. Philop. || 2° Titre d'un office de la maison du roi, dont la fonction était d'avertir quand le roi venait dîner.

— étym. Avertir.

t AVESTA (a-vè-sta), s. m. Réunion des trois premiers livres du Zendavesta; ces trois premiers livres sont le Vendidad, le Yaçna et le Vispered.

— ÉTYM. Mot zend, d'origine incertaine et pour lequel on a indiqué, avec beaucoup de doute, le sanscrit àiisli, publication.

| AVET (a-vèi, s. m. Vn des noms vulgaires du sapin argenté commun ou vrai sapin (pi nus picea,L.).

— ÊTYM. Abielem, sapin.

fAVETTE (a-vè-tf), s. f. Voy. apette.

— HIST. xvr s. Ni la rosée aux prez ni les blondes avettes, rons. Berg. Êcl. t.

AVEU (a-veu, awplur. a-veù , la prononciation étant comme dans affreux), s. m. || 1° Terme de féodalité. Acte établissant une vassalité. || Homme sans avi u, vagab md, homme qui n'a ni feu ni lieu; proprement, homme qui n'est avoué d'aucun seigneur féodal. || Par extension, en parlant des choses, ipu n'est reconnu de personne. Une telle aventure [Philippe III soumis à l'inquisition] n'est rapportée que dans des livres sans aveu, volt. Mœurs, Ho. || 2° Agrément, approbation, consentement. Je n'en puis user sans ton aveu. Il a fait cela avec l'aveu ou de l'aveu du gouvernement. Si vos amis de Rome en ont pris quelque soin, C'était sans mon aveu, je n'en ai pas besoin, cORN.ificowi.iv, 2. .si vos promesses n'ont l'aveu de Viriate, in. Sertor. IV, 3. Et par son propre aveu la reine d'Arménie Est due à l'héritier du roi de Bithynie, id. Nicom. iv, 5. Je crains que ce don n'ait jamais son aveu, in. Sertor. iv, 3. Jusqu'à ce que ma flamme ait eu l'aveu d'un père,iD. Jettent, v, g. J'ai besoin pour celade l'a\eudequelque autre, mol. leDép. u, 2. Ils ontunordre de ne rien irnpi îmer sans l'aveu de leurs supérieurs, pasc. Prov. 5. J'obtins l'aveu d'Agrippa votre frère, id. Bérén. I, 4. Sans votre aveu l'on me fait prisonnier, id. Vlaid. u, 9. Quelle verve indiscrète. Sans l'aveu des neufs sœurs, vous a rendu poète, boil. Sat. ix. Par un écrivain estimable,. qui avait l'aveu du public, d'alemb. Acad. fr. v, p. 160. || 3° En jurisprudence, reconnaissance que fait une partie du droit prétendu par son adversaire. L'aveu d'une dette. || 4° Action d'avouer, de confesser, de convenir. Après l'aveu de sa faute. Arracher ou tirer des aveux. Leur silence paraissait un aveu. Les mauvais succès sont les seuls maîtres qui peuvent nous reprendre utilement et nous arrachercet aveu d'avoir failli, qui coûte tant à notre orgueil, boss. Reincd'Anglct. Que de peine à faire un aveu sincère! Yù.Euch. 2. Dieu, reçois son aveu du sein de ton empire, volt. Zaïre, il, 3. C'est le sincère aveu que je voulais vous faire, hac. Brit. IV, 2.... Elle vous veut faire l'aveu fidèle D'un secret.... id. Baj. v, 5. Je meurs pour ne point faire un aveu si funeste, rac. Plicd. i, 3. Ce

franc aveu sied bien aux grands courages, corn. Sertor. m, 2. || De l'aveu de, avec le témoignage de. Il est certain, de l'aveu des Juifs.... boss. Hist. ii. 8. Il est certain, de leur aveu propre, que.... in. ib. m, g. La chose s'était passée, de son aveu, en tout bien tout honneur, hamilt. Gramm. 9.

— SYN. aveu, confession. Aveu est plus général que confession ; il s'applique à tout ce que l'on avait le dessein de cacher, bon ou mauvais. La confession ne s'applique qu'au mal, à un tort, à un méclief. Aussi la torture, la menace arrachent non une confession, mais des aveux.

— HIST. xiii" s. Et en tel cas, est il bon as tenans, qu'il ne facent nus aveus; car il pourroient perdre, beaum. xlv, 4. || xve s. Advint que aulcuns larrons bourguignons sans maistre ne adveu, se mirent sur les champs, j. de troyes, Chron. K74. || xvie s. Sans l'adveu de nostre volonté, mont, i, 98. Le seigneur et le vassal sont tenus réciproquement s'entrecommuniquer, de bonne foi, leurs aveus, denombremens et autres lettres; ou s'en purger par serment, loysel, 593. Un seigneur ne peut contraindre son

de bailler aveu [état, dénombrement de ce qu'il avoue tenir de lui] plus d'une fois en sa vie, id. 599. Pour simples meubles, on ne peut intenter complainte: mais en iceux, ecliet aveu [revendication] et contre-aveu, id. 754. Hz demandoient en courroux à Phœbidas par commandement et adveu de qui il avoit fait ceste surprise, amyot, Agésil. 38.

— ÉTYM. À et vœu (voy. avouer). La série des sens est: action dévouer, et proprement, dévouer service féodal; puis approbation; puis reconnaissance de ce qui est dû; et finalement confession.

AVEUER, v. a. Voy. avuer.

f AVEUGLANT. ANTE (a-veu-glan, glan-t'), adj. Qui aveugle, qui ôte le sens.

— hist. xvie s. La passion plus aveughnte c'est l'amour, marg. Nouv. lxviii.

AVEUGLE (a-veu-gf), adj. \\ i° Qui est privé de la vue. Être aveugle. Devenir aveugle. Il fut aveugle pendant sa vieillesse. Son esprit ne saurait jamais rien produire que des avortons aveugles et imparfaits, boil. Longin, Sublime, 12. Ce n'estpas l'amour qu'il fallait peindre aveugle, c'est l'amourpropre,voLT. Leltr. Damilaville, ) i mai (764. || Poétiquement et par extension. Sombre nuit, aveugles ténèbres, Fuyez, le jour s'approche, et l'olympe blanchit, rac. À laudes, nox. || 2° Dont la raison est obscurcie. L'amour rend aveugle. Être aveugle sur ses défauts. Je me trouve bien aveugle d'avoir si peu prévu ce qui nous menaçait. Je ne suis pas ensemble aveugle et téméraire ; Je connais bien l'erreur que l'amour m'a fait faire, malh. v, 30. Les hommes sont aveugles et sur le bien et sur le mal, fén. Tél. xvm. Les Romains, les Grecs étaient les plus aveugles sur la religion, boss. Hist. il, i>. [Il] Déchaîne contre moi ce prophète imposteur, Aveugle sur mon sort, sur le sort de l'empire, Mais non sur l'intérêt, le seul dieu qui l'inspire, volt. Œdipe, u, 2. Ou plutôt trop aveugle ministre, rac Baj. iv, 7. Dieu veut qu'on espère en son soin paternel; Il ne recherche point, aveugle en sa colère, Sur le fils qui le craint l'iniquité du père, id. Athal. i, 2. |] 3° Qui offusque l'entendement. Fureur aveugle. Mouvement aveugle. Emportement aveugle. Ambition aveugle et effrénée. || 4° Qui agit sans discernement. La force aveugle. Le hasard , aveugle et farouche divinité, préside au cercle des joueurs, la bruy. 6. Vous les verrez soumis rapporter dans Bysance L'exemple d'une aveugle et basse obéissance, rac. Baj. i, i. Mais me réponds-tu bien deleuraveugle zèle ? volt. Mérope, i, 4. || 5° Terme de commerce. Tapis aveugles, grands tapis de Smyrne dont le travail n'a pas bien rendu le dessin. || En anatomie, on a dit quelquefois l'intestin aveugle pour le caecum. ||6° Substantivement. Les aveugles ont le tact singulièrement exercé. Si pourtant il est permis à un aveugle de chercher son chemin à tâtons, volt. Memmius, xiv. || Aveugle-né,*, et ad;. Aveugle de naissance qui n'a jamais vu la lumière. Les aveugles-nés. Un enfant aveugle-né. Une femme aveuglenée. || Jeu des aveugles, jeu analogue au jeu d'oie. || Crier comme un aveugle qui a perdu son bâton, crier bien fort pour peu de chose. || Juger d'une chose comme un aveugle des couleurs, enjugersans y rien connaître. || Fig. C'est un aveugle qui en conduit un autre, se dit d'une personne aussi imprudente et aussi malhabile que celle qu'elle dirige. || 7° Aveugle, *'. m. Un des noms vulgaires de Languis fragile (ophidiens) dit aussi orvet, serpent aveugle et envoyé. || 8" A l'aveugle, en aveugle, loc. adv, Sans réflexion, sans discernement. Quand

une fois on a trouvé le moyen de prsndre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom, boss. Heine d'Anglet. Je marche en aveugle, sans savoir ma destinée, sêv. 3G2. X son mauvais destin en aveugle obéit, corn. Pomp. n, 2. Puisque après tant d'efforts ma résistance est vaine, Je me livre en aveugle au transport qui m'entraîne, rac. An'dr. i, \. Quelle ardeur inquiète Parmi vos ennemis en aveugle vous jette? id. Brit. i, 3. ||, Proverbes. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, c'està-dire parmi des gens ignorants ou incapables, un peu de savoir ou de capacité suffit pour procurer la prééminence. || Troquer son cheval borgne contre un aveugle, c'est-à-dire faire un mauvais marché, empirer sa condition.

— HIST. xinG s. Si aveugle qu'il ne gardoient à Dieu n'a ses comendemenz, Psautier, f° 86. LiDieu des païens sunt mu et avugle, ib. f° 1)7. Longis, qui de Grèce fu nés, Aveules fu, bien le savés, Vie de 3. C. dans du cange, avoculatus. Li mort en sont ressuscité, li avule renluminé, ib. On ne doit laissier le [la] garde des enfans sous-aagiés ne des orfelins à nului qui seit mal renommés de vilain cas, ne à nul fol naturel, ne à nul awgle, beaum. xv, 32. Toutes voies ne volons nous pas qu'on mete en tex offices faus [fous], ne mellix [querelleurs], ne sours, n'avegles, id. liv, 12. ||xive s. Nul ne doit improperer ou reprocier à un homme ce que il est aveugley, se il est tel de nature, oresme, Eth. 74. || xvie s. Borgne est roy entre aveugles, h. est. Précell. p. 180. Il estoit à craindre que, la nuit venant à les surprendre, on ne se battroit qu'à l'aveugle, Me'm. s. du G. ch. 10. L'ignorance oste la veue de l'entendement à ceulx qui en sont entachez, tout ne plus ne moins que ne fait l'aveuglement la veuë des yeux corporelz à ceulx qui sont aveugles, amyot, Lysand. 34. Le malade demeurera aveugle de cest œil, paré, xv, <o.

— ÉTYM. Wallon, aveûle; ïomc)\\, aveule; bourguig. éveugle; picard, aveule, avugle, avule; ital. avocolo, vocolo; de ab, marquant privation, et de oculus, œil (voy. ce mot) : sans œil.

AVEUGLÉ, ÉE (a-veu-glé, glée), part, passé. || 1° Privé de la vue. Aveuglé par un coup de feu. Aveuglé par la poussière. || 2° Fig. Aveuglé par la passion de l'or. Ah! que je crains, mes sœurs, les funestes nuages Qui de ce prince obscurcissent les yeux; Comme il est aveuglé du culte de ses dieux! rac Esth. u, 9. Ce n'est plus un vain peuple en désordre assemblé; C'est d'un zèle fatal tout le camp aveuglé, id. Iphig. v, 3. Les cœurs si troublés Sur les vrais intérêts sont toujours aveuglés, volt. Zulime, i, 2.

AVEUGLEMENT (a-veu-gle-man), s. m. || 1" Privation de la vue. M. Cassini avait l'esprit égal, tranquille.... son aveuglement même ne lui avait rien ôté de sa gaieté ordinaire, fonten. Cassini. Il [un opéré de la cataracte] n'avait eu, pendant le temps de son aveuglement, que des idées faibles des couleurs, buff. De la vue. S'il faut souffrir, mes yeux, un si sensible outrage, Qu'on m'ôte la puissance aussi bien que l'usage, Vous aurez moins de peine en cet aveuglement, rotr. Bélis. i, c. || Par analogie. Ce soir, lorsque la nuit; aux amants favorable, Sur les yeux des mortels répand l'aveuglement.... chaul. Aumarq. de Lafare. || 2° Fig. Trouble, égarement, obscurcissement delà raison. L'aveuglement où l'idolâtrie les avait plongés, boss. Hist. u, 7, Une partie des Juifs est tombée dans l'aveuglement, id. ib. Si une confiance insensée ne l'eût pas jetée dans l'aveuglement, id. ib. ni, 4. Dans son aveuglement pensez-vous qu'il persiste ? corn. Poly. m, 3. Puis-je ne pas vous plaindre en cet aveuglement ? id. Nicom. ni, 2. N'accusez point ici mon choix d'aveuglement, id. Brit. u, 3. Tel est de mon amour l'aveuglement funeste, id. Andr. n, 2. Ils ont le transport de l'ivresse , sans en avoir le trouble et l'aveuglement, fén. Tél. xix.

— REM. Des grammairiens ont dit qu'aveuglement ne se disait pas au propre, et qu'alors il fallait se servir de cécité. De bons auteurs, on l'a vu, s'en sont pourtant servis au propre; et il n'y a pas de raison pour ne pas les imiter.

— hist. xiie s. Par lo jor puet l'om alsi lo deleit [plaisir] delpechiet et par la nuit l'avoglement de la pense [pensée] entendre, Job, 455. || xve s. Decongnoissance ou aveuglissement, g. chastel. Exp. s. vérité mal prise. || xvi° s. Celui qui présume d'avoir plus d'intelligence, est d'autant plus aveugle, qu'il na recognoistpas son aveuglement, calv. 1 nst. iO'i. Hors de l'Eglise il ne reste que ténèbres et aveuglissement, id. ib. 207. H eflïaia les Turquomans

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