‹ Dictionnaire de la langue française contenantChapitre 249 sur 462 · RIE · texte numérisé non relu

RIE

BIE

BIE

on, du crédit, i;1 Dire du bien de l'un, d'un ouvrage, en parler avec éloge. Cela '"-i ass que je dise tantde bien de ma

fille, sêy. 2. Son frère lui a dit du bien de votre in. Ul. J'avais dit beaucoup de bien de son coeur, id. 364. On m'a dit cent mille biens de vous, - qui lui en onl dit des biens , m.

150 On disait à Diogène du jeune homme tous les ■ M'en, imaginables, fën. Dior/. || Vouloir du bien à quelqu'un, vouloir le bien de quelqu'un, être bien ■ en sa faveur. Vous voulez du bien à ceux qui prennent ce soin, mol. Sicilien, 7. Il faut briguer la faveur de ceux à qui l'on veut du bien, plutôt que de ceux de qui l'on espère du bien, la bru y. 4. || On dit qu'une dame veut du bien à quelqu'un, quand elle a pour lui un sentiment tendre. || 4° À bien. toc. adv. D'une façon qui réussit. Mener une entreprise à bien, faire qu'elle réussisse. Aller à bien, venir i bien, se leiminer a bien, réussir. Puisse cette action se terminer à bien, mol. le Dép. m. 4. La chose allait à bien par son soin diligent, la font. Fabl. vu, io. Moyennant Dieu, l'enfant viendrait à bien, m. Herm. || Mettre à bien, s'est dit quelquefois ironiquement pour séduire, en parlant d'une femme. Eneor faut-il du temps pour mettre un cœur à bien, la font. Joc. || 5° En bien, Incut. adverb. Avec honnêteté. On ne trompe point en bien, et la fourberie ajoute la malice au meni, la brly. n. || En bien, d'une façon favorable. Prendre en bien, interpréter favorablement. Changement en bien. Ne citerni en bien ni en mal. Ce mot peut être pris en bien comme en mal. || En tout bien, tout honneur, c'est-à-dire à bonne fin, à bonne intention. || Pourle bien, locution familière signifiant à bonnes m tentions. lia l'ait cela pour le bien. Toute feinte est sujet de scrupule à des saints; Ce qu'ils font pour un bien leur semble être un ! ofla font. Captivité de St-Malc. || 6" Bienfait. Pour tant de biens il commande qu'on l'aime, rac. Atlial. i, 4. Le bien qu'on croit caché sort de la nuit obscure, Et le ciel tôt ou tard le paye avec usure, Duas, Abu far, m, c. ||7° Ce qui appartient en propre à quelqu'un, tout ce qu'on possède. Bien patrimonial. Les biens meubles et immeubles. On convie, on invite, on offre sa maison, sa table, son bien et ses services : rien ne coûte qu'a tenir parole, la bruy. 4. Le prodigue de l'Évangile, qui veut avoir son partage, qui veut jouir de soi-même et des biens que son père lui a donnés, boss. Annede Gons. Lorsque l'on a du bien, mol. Éc. des mar.ï, 2. Clitie avait aussi beaucoup de bien, la font. Fauc. Telles je les croirai quand ils auront du bien, Régnier, Sut. ix. L'embarras était le bien; j'en avais grand besoin pour nettoyer le mien, st-sim. 4 = , 4 68. Un rival odieux , Seigneur , vous enlevait le bien de vos aïeux, volt. Tuner, ni, 3. Les saints recommandent aux riches de partager avec les pauvres les biens de la terre, s'ils veulent posséder avec, eux les biens du ciel, pasc. Pror. 4 6. || Par extension. L'Attique est votre bien.... rac. Phèd. n, 2. 1Ua vie est votre bien, in.Baj.il, t. Rome est à vous, seigneur, l'empire est votre bien, corn. Cinna, n, t. Nos libertés, nos jours ne sont pas votre bien, m. j. chën. Œdipe rot, m, 2. || Bien de campagne, ou, absolument, bien, propriété rurale. Clitie À cinq cents pas de cette métairie Avait du bien, la font. Fauc. || Familièrement. Avoir du bien au soleil, avoir des terres, des biens-fonds, des maisons. || En termes de nier, le navire a péri corps et biens, c'est-à-dire la cargaison et les hommes ont péri. || Proverbes. Nu] bien sans peine. || Le mieux est l'ennemi du bien, c'est-à-dire on risque de gâter un ouvrage, une situation, en essayant trop de l'améliorer.

— niST. xic s. Scie/ ses nom [son homme] par honur et par ben, Cit. de Roi. m. Ne ben ne mal [il] ne respont [à] son neveu, ib. xv. Deus, se lui plaist, à bien nous le mercie, ib. xxxvm. Ensemble [nous] aurons et le ben et le mal, ib. clvii. || xnc s. Paramistié et par bien, [je] vous commande, Eonc. p. 130. Puisqu'en vous sont tout mal estaint Et tout bien à droit alumé, Couci, m. Les biens d'amour que j'ai atendus tant, ib. xm. Douce dame, d'orgueil vous défendez. Ne trahissez vos biens [qualités] ne vos beautez, ib. xiv. Quanl plus me truis [je me trouve] pensis et esgaré, Plus [je1, me confort as biens dont ele est pleine, ib. Un peti/ biens vaut mieux, si Diex me voie, Qu'on fait courtoisement yue cent greignor fait envieusement, ib. xvi. S'avec ces biens [beauté et courtoisie] [vous] acueilliez félonie, ib. xxi. [Je]N'enoi[ouis]nului parler qui moult de bien n'en die, Sax. vu. El tuen bien plaisir sera exalced li notre corz [corne] , Liber psalm . p. 427. || xiw s. Et de fane tout bien [elle] fu en grant

convoitise, Berte, vi. Qui de bien est venus, droisest qu'à bien retraie, ib. vin. Dame, ce distTybers, grans biens vousest venus, ib. xxiv. Et qu'à force [elle] leur tout [enlève] leur biens et leur richoisè, ib. lxii. Quant [elle] parti de ma terre, de tous biens [qualités] estoit pleine, ib. i.xxiv. [Dieu] Qui vous rende les biens que vous fais nous avez, ib. cxxxn. Car, amis, [je] ne prise une prune Contre ami les biens de fortune, lallose, 814 1. En tele manière se pot on entremetre d'autrui service, tout n'i pensast on fors qu'à bien, beaum. xxix, 42. Pour ce que ilcuidoient avoir bien [récompense], il descendirent à pié, et l'alerent saluer là où il chaçoit aus bestes sauvages, lOlNV. 235. || xiv* s. Instruments desquex l'on se peut aidier et en user en bien, oresme, Eth. 21. .là soit ce que les biens de fortune ont aucune foiz mestier; et s'en aide l'en en aucunes nobles operacions, id. ib. 24. Bien est ce que toutes choses désirent, id. ib. 2. Ainsi doit dire cuer qui à bien veult penser, Et c'est toute la fin où li lions doit penser, Guescl. 15478. || xvc s. L'endemain il fit faire et appareiller instruments et engins, pour plus fort assaillir le chastel, et bien dit qu'il ne s'en partiroil pour bien ni pour mal, si l'auroit à sa volonté, froiss. 1, 1, 449. Sainte Marie, dis-jeau chevalier, que vos paroles me sont agréables et que elles me font grand bien, id. ii, m, ta. De celle chose s'enfelonna le duc de Berry sur le comte de Foix, et n'en pouvoit le dit duc ouïr parler en bien devant, lui, id. ib. Grant bien me fait à m'y mirer, En actendant bonne espérance, ch. d'orl. Bal. 35. Qui bien fera, bien trouvera, id. Rondeau. Il voloit [voulait] du bien beaucoup au dict leurroy, nonobstant qu'ennemy feust à son cousin germain le roy Henry, chastel, Chron. des ducs de Bourg, n, ch. 46. Lequel, comme je croy, le fait pour vostre bien, et pour maintenir sa maison vive, id. ib. n, ch. 27. Et certes, on ne peut trop honorer ne faire de bien à un vaillant homme d'armes ; car moult en est le mestier périlleux, Bouciq. n, ch. 19. Il fault dire du bien le bien, coqitll. Plaid, de la simple. Â tout quarante ou cinquante gentilz hommes de Savoye, gens de bien, comm. i, 3. Les hommes de bien et vertueux de cette avantgarde se tindrent ensemble, id. ii, 4 0. Tous deux avoient autreffois receu bien du roy, id. i, 4 2. || xvie s. J'ay ung merveilleux regret d'avoir perdu le bien de les voir si tost que je le desirois, marg. Lelt. 84. La plupart des hommes attendent à faire des biens [aumônes, bonnes œuvres], lorsqu'ils se sentent assaillis de la mort, id. Nouv. lv. Se servir d'une chose au bien de sa cause, mont, i, 4 9. Ses biens furent confisqués, id. i, 39. Perdre son bien, id. 1, 64. [Par sa mort] donner réputation en bien ou en mal à toute sa vie, id. i, 67. Des gents de bien, id. i, 4 28.

— ÉTYM. Provenç. ben, be; espagn. bien ; portug. bem; ital. bene. Bien ne peut pas venir de bonum ; à la vérité, dans le dialecte normand, bonus avait donné buen, comme homo, huem, et cornes, cuens; mais il n'y a aucun exemple que cet u y ait été changé en i. Il vient donc de bene, adverbe, mais adverbe transformé par les langues romanes en un substantif et même, comme dans un exemple du xir siècle (bien plaisir), en un adjectif.

2, BIEN (biin; devant une voyelle ou une h muette, 1'» se lie : bien honorable, bien écrire, dites : biè-n honorable, biè-n écrire; quelques-uns disent : biin-n honorable, biin-n écrire, en donnant à biin le son nasal de in dans indigne ; cela n'est pas bon ; la règle générale de ces prononciations, sauf exception, est donnée par vinaigre, vinai-gre, qui n'a pas souffert du mauvais usage), adv. || 1° De la bonne manière. Très-bien, bien, à merveille ! Très-bien, pour encourager. Voyageur bien vêtu. Il a bien employé son temps. Vous ferez bien de venir. En cela, je crois avoir bien vu. Vivre bien. Cet habit lui va bien. Champ bien cultivé. Bien écrire. Statue fort bien faite. Homme bien né. Cet acteur dit fort bien. Une discerne pas bien la vérité. Bien agir avec quelqu'un. Se bien conduire. Une chose bien ou mal faite. Surtout il est instruit en l'art de bien régner, corn. Nicom. u, 3. S'il est si bien instruit en l'art de commander, id. ib. Bien camper, bien choisira chacun son emploi, id. Sertor. 111, 2. Le monarque des dieux s'avisa pour bien faire.... 1 \ font. Fab. n, 8. Nous faisons donc bien de nous écrire, sév. 210. Est-ce à moi que I ori pu rie? ai-je bien entendu? volt, /.uin , m, 7. L'affaire est d'importance, et, bien considérée, Mérite en plein conseil d'être délibérée, corn. Cid, n, ". Cel ordre, à bien parler, n'est que ce qu'il lui plaît, id. Nie. iv, 5. Ceux qui font bien mériteraient seuls d'être

enviés, s'il n'y avait, encore un meilleur parti à prendre, qui esl de faire mieux, la bruy. 4. Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais heureusement, si elles ne sont bien cultivées, montesq. Leli. pers. m-2. || C'est bien fait, c'est-à-dire il a eu ce qu'il méritait. On l'a puni , c'est bien fait. || Aller bien, se bien porter. Le malade ne va pas bien. || Aller bien, prospérer, réussir. Le commencement va bien pour vous. Les affaires vont fort bien. Tout va-t-il bien? || Tourner bien, réussir. Suivant que cela tourne bien ou mal. || Venir bien, en parlant des plantes, croître et se développer. La vigne viendra bien à cette exposition. || 2° Beaucoup, fort, très, entièrement, tout à fait. Une lettre bien longue. Encore bien jeune. Cela est bien désirable pour nous. Chemin bien meilleur. Je suis bien malheureux. Il a parlé bien sévèrement. Ceux qui m'aiment bien. Connaître bien quelqu'un. Ce qu'il veut, il le veut bien. J'ai bien peur que.... Us payeraient bien pour obtenir cela. Parmi les choses que j'ai à vous dire, vous saurez bien démêler ce qui vous est propre, boss. La Vallière. Rappelez bien plutôt ce cœur qui tant de fois M'a fait de mon devoir reconnaître la voix, rac. Béren. iv, 5. Je songe bien plutôt à me percer moi-même, id. Milltr. v, 4. Quand ils vous accusaient, je les croyais bien moins, corn. Nicom. m, 8. Y va-t-il de l'honneur? y va-t-il de la vie? — 11 y va de bien plus, id. Poly. 1, 2. Êtes-vous pleinement content de votre gloire ? Avezvous bien promis d'oublier ma mémoire? Mais ce n'est pas assez expier vos amours : Avez-vous bien promis de me haïr toujours? rac. Bérénice, v, 5. Il Bien vendre, vendre à prix élevé. j| C'est bien lui, c'esl lui en effet, véritablement. || Vous voilà bien, le voilà bien, on vous reconnaît, on le reconnaît à cela. Il a donné son argent à ce pauvre; le voilà bien; c'est un si bon cœur. Il a cru ce que lui disait un charlatan; le voilà bien; il est si crédule. Il 3" Environ, à peu près. On marcha bien quinze jours. Ces places étaient bien au nombre de trente. Étant bien âgé de vingt ans. || 4° Â la vérité, en effet, formule de concession; quelquefois dans un sens ironique, et quelquefois redondant. Ce sont bien là de bons philosophes, mais.... J'avais bien entendu dire.... J'ai bien dit que.... Je voudrais bien être clément, mais.... Je voudrais bien que.... Je sais fort bien que.... Je ne sais pas bien si.... Je vois bien que.... Je comprends bien cela. Le ciel a bien ce souci ! Le peuple s'inquiète bien de cela ! C'était bien à moi de venir les trouver ! C'était bien la peine de.... Je le veux bien. Dites bien à votre roi.... As-tu bien pu craindre que...? Quand bien même il l'avouerait. Le dieu qu'il [Moïse] vous a montré a bien une autre puissance, boss. Ilist. n, p. 163. Ne voyais-tu pas bien, quand je l'allais trouver Que j'allais avec lui me perdre ou me sauver? rac. Baj. iv, 7. De ce trait généreux serait-il bien capable? volt. Zaïre, v, 4 0. Le fameux Scipion le fut bien [lieutenant] de son frère, corn. Nicom. 11, 3. Elle [Rome] peut bien souffrir en son libérateur Ce qu'elle a bien souffert en son premier auteur, id.

Uor. v, 3 La première, Qui, de le voir s'aven-

turant, Osa bien quitter sa tanière, la font. Fabl. n, 4. Il 5° Cas où bien peut précéder son verbe. Comme bien vous savez. || Bien lui a pris de s'être retiré en toute hâte, heureusement pour lui il a eu l'idée de se retirer. Bien lui prit de son indifférence, hamilt. Gramm. 8. Cette tournure a cela de particulier qu'elle est obligatoire et qu'on ne peut dire : il lui prit bien de son indifférence. || 6" Bien, dans le style élevé, semetparfoisen tête de la phrase, et alors le sujet se place après le verbe. Cette tournure a un peu vieilli; cependant elle est encore usitée, et, quand on l'emploie bien , elle fait bon effet. Bien sais-je que.... Bien semble être la mer une barre assez forte.... malh. ii, 4 2. Bien est-elle un soleil, et ses yeux adorables.... id. ii, 8. || 7° Dans le bien, conformément au bien. Ici bien a un emploi mixte, moitié substantif, moitié adverbe, emploi résultant de son origine commune avec bien substantif. Cela est bien. Croyez-vous que cela soit bien, ou croyez-vous cela bien ? Ah ! cela n'est, pas bien ! On trouve ceci bien et cela mal. || C'est bien, c'est fort bien, exprime l'adhésion, le consentement. C'est bien, je n'en veux pas savoir davantage. C'est bien, on fera ce que vous désirez. On s'en seri aussi ironiquement et par reproche : c'est bien, ne vous gênez pas. Il C'est bien à vous de parler ainsi, à parler ainsi, il vous convient bien de.... Se dit par ironie et par reproche. || Impersonnellement, il est bien de ou que, il est juste, il est bienséant. Il est, bien de garder le silence. U n'est pas bien que cette jeune fille suite seule. || Tout est bien, les choses du monde

BIE

BIE

BIE

Bont ordonnées parfaitement. Ô mailieureux mortels ! 5 terre déplorable! Philosophes trompés qui crie/. : tout est bien! volt. Dés. de Lisbonne. Le vautour acharné sur sa timide proie De ses membres sanglants se repaît avec joie; Tout semble bien pour lui.... id. ib. J| Cette personne est bien, elle est distinguée, d'une figure agréable. || Il est bien, il est en bonne santé. Depuis son séjour à la campagne, il est bien, il est très-bien. || 11 est bien dans ses affaires, ou, simplement, il est bien, il a de la fortune. || Ironiquement. Nous voilà bien, le voilà bien, c'est-à-dire nous sommes, il est dans une situation embarrassante, fâcheuse. || Se trouver bien, être dans un bon état. Il s'est trouvé très bien chez moi. || Se trouver bien, être dans un bon état de santé. || Se trouver bien de.... avoir à se louer, gagnera.... S'il se trouve bien d'un homme opulent.... la bruy. 13. || Être bien, vivre bien avec quelqu'un, en bonne intelligence, en faveur. Il aura su qu'Alcippe était bien avec vous, corn, le Ment, m, 3. [Il] L'avait vu plein de gloire et fort bien à la cour, id. D. San. v. J'apprends un bruit.... que nous ne sommes pas bien ensemble, boss. Lett. abb. 54. Timocrate commence à n'être plus si bien avec Protésilas, fén. Tél. xm. 11 fit, tout ce qu'il fallait pour me persuader qu'il était trop bien avec lui, tu. ib. Vous êtes bien avec les puissances, la bruy. 9. C'est là le secret d'être bien auprès d'eux, mol. D. Gare, n, 1. Vous êtes bien auprès des deux princesses, id. les Am. i, 1. 11 [Léopold de Lorraine] a eu la prudence d'être toujours bien avec la France, volt. Louis XIV, 17. || Être bien avec soi-même, avoir la conscience tranquille. L'essentiel est d'être bien avec soi-même, volt. Lett. Richelieu, 25 mars 1775. || Etre bien ensemble, se dit, en un sens particulier, de deux personnes de sexe différent qui ont un commerce de galanterie. || Substantivement. On dit qu'avec Bélise il est du dernier bien, mol. Misanth. n, ■<. Il 8e 'Bien de avec l'article le, la, les, beaucoup de. Bien des gens. Avec bien du travail. Avec bien de l'esprit. Achever quelque chose avec bien de la peine. On mande à votre mari qu'il ait bien du soin de moi et qu'il m'enveloppe dans de la soie et du coton, voit. Lett. 24. On hasarde de perdre en voulant trop gagner, Bien des gens y sont pris.... la font. Fab. VII, 4. On fait sur ce sujet bien des récits bizarres; 11 s'en faut défier; les esprits sont fort rares, andrieux, les Étourdis, m, 4. Nous pouvons nous flatter avec bien de l'apparence, fléch. i, 51. Il y a des causes générales qui ont mis bien des fois le genre humain à deux doigts de sa perte, MONTESQ. Lelt.pers. 1 1 3 . De tant de mariages, il naissait bien des infants que l'on cherche encore en France, et que la misère, la famine et les maladies en ont fait ,iitre, id. ib. '22. || Bien, en ce sens, suivi de l,i préposition de et d'un adjectif, avec un substantif exprimé ou sous-entendu, rejette l'article défini. Bien d'autres périls l'ont assailli. Vous verrez dans ce voyage bien de riches campagnes. Bien d'autres vous diront.... || 9° Bien et beau, loc. adv. Proprement, dans l'état où la chose se trouve, et, par une extension facile à comprendre, aussitôt, sur-lechamp. Un dogue de qui l'ordinaire Etait un pain entier; il fallait bien et beau Donner cet animal au seigneur du village, la font. Fab. vin, 18. Le lacs était tout prêt; il n'y manquait qu'un homme; Celui-ci se l'attache et se pend bien et beau, id. ib. ix, 16. Le fermier vient, le prend, L'encage bien et beau, Le donne à ses enfants pour servir d'amusette, id. ib. U, ig. Cependant arrivé, vous sortez bien et beau, Sans prendre de repos ni manger un morceau, mol. Sgan. 7. Je démêlai d'abord la tromperie, Et me tins coi; je jurai bien et beau De m'en venger avant Pâques fleurie , chauxieu , Madrigal sur L. || 10° Hé bien, loc. interjectin' , qui exprime l'exhortation ou l'interrogation. Hé bien , .que vous en semble? Hé bien, qu'y a-l-il? que dites-vous? Hé bien, travaillez donc! || Eh bien, s'emploie dans les mêmes circonstances. Eh bien, qu'en ditesvous? Eh bien, que faites-vous? || 11" Bien que, loc. conj. gouvernant toujours le subjonctif. Quoique. liien qu'à ses déplaisirs mon âme compatisse, corn. Cul. n, h. Bien que l'occasion moins haute ou moins brillante.... id. Jlor. v, 3. Bien qu'il change d'état, il ne change point d'âme, id, Cinna, iv,7. Bien que je te préfère aux grandeurs d'un empire, id. Poly. I, I. Bien qu'aucun Romain Du sang que vous pleurez n'ait vu rougir sa main , id. l'omp. v, 3. Bien qu'avec plaisir et l'un et l'autre espère.... id. llod. III, 3. Bien que leur naissance au trône les destine, ID. Nicom. n, 1. Mais bien qu'il l'abandonne, il l'a-

dore dans lame, id. Sertor. iv, 2. Et bien qu'on soit, a ce qu'il semble , Beaucoup mieux seul qu'avec des sots, la font, Fabl. vin, io. j| On peut sousentendre le verbe. Bien que renversé à terre, il se défendait encore. || 12° Bien plus, loc. adv. En outre. Bien plus ce même jour je te donne Emilie, corn. Cinna. v. 1. Bien plus, on ne vous souffre ici que ce seul jour, id. Piicom. ni, 4. || 13° Si bien que, loc. conjonct. gouvernant l'indicatif lorsque l'action est présente ou passée. De sorte que, au point que. Si bien qu'enfin , outré de tant d'indignités Je m'allais emporter dans les extrémités, corn. Pomp. n, 4. Si bien qu'Antiochus, percé de mille coups, Lui voulut dérober les restes de sa vie.... id. llod. I, 4. Si bien que le sénat prenant un juste ombrage, id. Nicom. i, 5. [La grenouille] s'enfla si bien qu'elle creva, la font. I'abl. i, 3. Le lacs étaitusé; si bien que de son aile , De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin, id. ib. îx, 2. Et ce qui plus le gêne et le rend misérable, Il vient de découvrir un rival redoutable : Si bien que, pour savoir si ses soins amoureux Ont sujet d'espérer quelque succès heureux, Je viens vous consulter.... mol. l'Étour. i,4. || Si bien que gouverne le subjonctif lorsque l'action est future. Faites si bien que vous réussissiez. || Si bien que , avec quelque force que ; on met le subjonctif. Je ne puis m'empêcher,si bien que je résiste, De croire à ces derniers qui n'ont rien que de triste , mair. Soph. n, 3. || 14° Aussi bien, en tout état de cause.... Et finir lui-même sa misère, Puisqu'aussi bien sans lui la faim le viendrait faire, la font. Fabl. ix,'.ts. Aussi bien, que ferais-je en ce commun naufrage? bac. Théb. II, 2. || 15° Aussi bien que, autant que, comme. L'or aussi bien que le cuivre. Faire périr les bons aussi bien que les méchants. Le vin aussi bien que le blé est cher cette année. || Avec aussi bien que, le verbe, quoique se rapportant à un seul nom singulier, peut s'accorder avec les deux et se mettre au pluriel : le vin aussi bien que le blé sont chers cette année. || 16° Un peu bien, ironiquement, beaucoup trop. Cette locution a vieilli. Vous montrez cependant un peu bien du mépris, corn. Pomp. n, 3. J'y trouverai comme elle un joug un peu bien rude, id. Othon, ni, 3.

— HEM. 1. Si l'on compare bien adverbe avec mal adverbe, on verra que ces deux mots se comportent souvent de la même façon, et que par conséquent ils doivent avoir même origine, c'est-à-dire provenir, l'un et l'autre, d'un nom substantif ou adjectif; et une étymologie exacte fait reconnaître que, debene, les langues romanes ont tiré à la fois un substantif et un adverbe ; d'où l'usage fréquent de cet adverbe comme substantif. || 2. Bien, dans le sens de beaucoup, veut après lui l'article défini du, de l\ de la, des, tandis que beaucoup veut simplement le partitif de : il m'a fait bien de l'honneur, il m'a fait beaucoup d'honneur; bien des gens pensent, beaucoup de gens pensent; voilà bien de la viande. La raison de cette construction est facile à donner. Beaucoup, malgré son emploi adverbial, est un substantif; et l'on dit beaucoup d'hommes, beaucoup de vin, comme on dit un grand nombre d'hommes , une grande quantité de vin. Au contraire bien est un adverbe, et ne peut avoir une pareille construction ; aussi ne l'a-t-il pas. et il laisse au verbe toute son action. J'ai bien de l'argent, est : j'ai de l'argent bien; j'ai connu bien des gens qui.... est : j'ai connu des gens bien.... Puis, par assimilation : bien des gens peuvent; tournure qui n'est plus susceptible de l'explication par le verbe, mais qui résulte d'une assimilation irrégulière. Â cette assimilation survient une exception : si le substantif est précédé d'un adjectif, ou si bien de est suivi d'autres pris substantivement, on se sert de la préposition de sans article : cette contrée renferme bien de fertiles prairies; bien d'autres vous en feront le récit. Il faut admettre ici, par une irrégularité qui n'a rien d'étrange, que l'assimilation avec beaucoup (car bien d'autres est l'équivalent exact de beaucoup d'autres) l'a emporté et a influé sur la construction. || 3. Bien avec un participe présent. Le participe s'accorde lorsque bien est devant, et reste invariable lorsque bien est après : des personnes bien pensantes, des personnes pensant bien. Soyons bien buvants, bien mangeants : Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans, la font. Fabl. vi, 19. La raison de cette différence, c'est que bien, se mettant comme très et fort devant des adjectifs, semble transformer en adjectif le par ticipe, et dès lors l'oreille exige l'accord. || 4. Des grammairiens ont prétendu qu'il ne fallait pas dire : il m'a bien ennuyé, mais m'a fort ennuyé; il est bien malade, mais il est très-malade; à cause que

l'idée de bien faisait contradiction aveclesidées d'ennui et de maladie. Cette observation ne vaut rien, et l'usage proteste contre elle, bien, en plusieurs cas. s'étant confondu avec beaucoup. || 5. Nous ne sommes pas encore arrivés ; bien s'en faut. Cette phrase est condamnée par des grammairiens qui veulent : il s'en faut bien. Cette locution est familière, mais n'est point incorrecte; bien peut se mettre, comme on a vu, en tète de la phrase; et la suppression de il se fait ici comme quand on dit elliptiquement: suffit. || 6. Avec le que exclamatif, l'adverbe bien ne se joint pas à l'adjectif, et l'on ne dit pas : ô qu'il est bien sage! ô quenotredestinée est bien -étrange! mais on dit : ô qu'il est sage! ô que notre destinée est étrange! 11 en est autrement avec un verbe: et l'on dit : ô qu'il a bien travaillé ! ô qu'il a bien réussi !

— SYN. bien, beaucoup. 11 a bien de l'argent; il a beaucoup d'argent. En quoi ces deux phrases diffèrent-elles? La nuance est très-faible ; cependant elle exista. II a beaucoup d'argent signifie simplement une grande quantité sans aucune idée accessoire. Il a bien de l'argent, signifie non-seulement une grande quantité', mais exprime de plus une sorte de surprise ou de satisfaction. Ainsi l'on emploiera beaucoup dansle cas où l'on ne veut qu'exprimer la quantité; et bien, quand on y joindra quelque sentiment relatif à soi ou à autrui.

— HIST. xie s. Bien [il] en pourrat louer ses soudoiers, Ch.de Roi. m. Là où cist furent, des autres i ot bien, ib. vin. Li archevesque est bien bon chevalier, ib. clii.

— xne s. Ben a set ans, Ronr. p. 2. Poezbien retorner, ib. p. 7. Bien le savez, tb. Bien est de France [il est réellement de France], ib. p. 22. Bien l'avez fait, moût [je] vous en doi amer, ib. p. 33. Bien [il] semble prince de bataille aduré, ib. p. 36.' Mais d'une chose soiez vous ben certis [certains], ib. p. 72. Et sont o lui bien cent mil conquirant, ib. p. 122. Baron, dist Charles, ben devons Deu servir, ib. p. i 55, Par foi, bêle Aude , bien est que je'l vous die , ib. p. 167. Dex, je croi bien que fustes fils Marie, ib. p. 173. Vous poez bien savoir par ma chanson, Couci, n. Bien [je] cuidai vivre sans amour Dès oreen pais tout mon aé [Age], ib. [Trois messagers] qui fassent vo [votre] besogne bien et hardiement, Sax. xxi.

— xm0 s. Et li bien entendant en seront esjoui, Berte, i. Bien savez qu'on ne peut pastrestous jours durer, tb. m. 11 fait moût bon bien faire, plus n'en peut-on porter [emporter], tb. [Ils] Surent près d'aussi bien le françois de Paris Que ceus de St Denis.... ib. v. Bien parut puis à Charle qui lu rois poestis.... ib. Aliste, se je puis, très bien [je marierai, ib. vu. Avoec Constance [elle] fu bien neuf ans et demi, ib. lix. Bien treise compaignons avec lui [il] amena, ib. cvm. Et se il le peut prover par deus leaus garens de la lei de Rome , homes ou femes, bien baste, Ass. de J. H2.

— xive s. Et celui est bien né qui a telle disposition en soy bien née et bien entée de sa nativité et de nature, oresme, Eth. 76.

— xve s. Puis s'en partit atant ; bien peut stre qu'il perdit aucuns de ses gens à se retraire, mais ce ne fut mie grandement, froiss. i, i, 43. Or dit le comte vous parlez bien; mais je vous dirai qu'il vous aviendra de ce voyage, id, h, ni. 18. Messire Roger de Mortimer qui lenoit grand terre en Angleterre, bien sept mille livres de revenu, id. i, i, 28. [Une porte de la ville fut livrée aux assiégeants] Et voulurent bien dire aucunes gens que ce fut fait assez de l'accord et pourchas ou consentement de messire Hervey de Léon; or ne sais-je pas si ce fut voir ou non. id. i, i, 157. Si en devenoient les aucunz [brigands] qui se faisoient maistrespar dessus les autres, si riches que c'estoit merveille. Et en y eut bien un entre les autres, queon appeloit Croquart. qui.... id. i, i, 325. Par qu preux aient exemple d'eux encourager en bien faisant, id. l>rol. Pourtant n'y entendez que bien; Autrement je ne le désire, en. d'orl. Chanson. 2J. Et pour ce le feirent prendre et mectre en prison, et faisoit trop bien la manière d'estre innocent . ji ven. Charles 17, t3s.j. Tout estoit si bon pillé qu'il n'y avoit plus de fourraige pour les chevaux, id. ib. i il s. Bien peu de jours après, comm. i, 2. Il Edouard] estnnoit ne estre pas bien de ses subjects et p pecial des grans, id. iv, t. Chascun des leurs leur langage, au moins ceulx qui veulent estre bien d'eulx, ID. V, 18. Aussi, à bien faire, ung prime doit estre bien sage quant il va en paysestrange,lD. vi, 3. Et luy dit : mon cas va très-bien ; Mon

ces est ce jourd'hui jugé, villon, 2' repue fra En bataille, le moins de nombre assez tost di

BIE

niE

BIE

fit le plus grand, quant ils sont bien avecques Diou, Jehan de Saintré, eh. 18.

- xvi« s. Et pour l'escouter mieux, Servir vou- 1 oreilles tous mes sous, Bien qu'à tant d'heur Irop foible je les sens, st gelais, 184. Bien qu'en pourtraict ne vous deust faire euvie, Quand vous avez le personnage en vie.... m. 1 90. Hun que de s resti s soyenl petites, id. 196. Où Dieu veull le diable ne peut nuire, J. MAROT, v. 2-î. Et [u'encorcest espoir la déçoit, 1 n autre après et un autre en reçoit, la boét. 4s<;. U ne mesprisera pas celui auquel il fait bien pour son indigence, i:\t.v. lnslit. 546. B'ien que je sçay que ce qu'on estime bonnes nouvelles ne vous ont esté celées, si faut il que je vous die que.... marg. l.<tt. 24. Lesaffaires de bien en mieulx vont en amendant par La U* «une et briefve délivrance de Messieurs, id. ib. 81. Quant bien elle le voudrait, elle ne saurait endurer la litière. ID. ib. 142. Scipion, en bien mourant, mont. 1, 07. Ou bien c'est que.... id. i, 69. Lesfemmes produisent bien toutes seules des.... m. 1. :;|- J'ayveu des récits bien plaisants devenir très en nuyeux, m. 1, 35. lue troupe de bien dix mille

h mes, id. 1, 62. Les plus parfaietz se sont bien

contentez de.... id. i, 70. Eh bien! quand ce seroit la mort! m. 1. 76. Rien qu'à la vérité lapluspart de nos actions ne soient que masque et lard, id. i,269. Et quand bien le corps s'en esmouveroit.... id.i,303. Ceux qui enseignentà estre bien à clicval, à joui r îles aimes et à voltiger, lanoue, 129. Il nous faut confesser que bien nous prend, de quoy Dieu veille peur nous, et nous sert de rempar, id. 389. 11 estoit bien mal aisé de trouver la sépulture ; et quand bien on l'eust trouvée, encore estoit il p'.us difficile d'en emporter les os, amyot. Thés. 44. Profiter de bien en mieulx. id. Lyc. et Num. 10. Il fut taillé en pièces bien quinze mille hommes, id. Fàb. 6. La paix fut bien faitte pour lors, mais incontinent après.... id. Marcel, a. Hz n'estoient pas bien l'un de l'autre, à cause de quelque différent, que le père de Eumenes avoit à rencontre de cestuy Recataeus, in. Elimines, 15. Dont ne sont par après les chandelles trop faciles à fondre, bien qu'elles sont vieilles, gardées de long temps, 0. desi;bhes, 879.

— LTYM. Bressan, bin ; Berry, bin ; picard, 6e», prononcé bin ; bourguig. bé, ben; normand, be; provenc. et catai. ben, be; anc. espagn. ben ; espagn. mod. bien ; portug. bem ; ital. bene, be ; dulat. bene. Marg. Buffet (Observ. p. ai, IG68) dit que bien que pour quoique est une vieille façon de parler qu'on doit éviter, spécialement en écrivant. Cependant bien que était dés lors employé par les meilleurs auteurs, et il est resté en bon usage. D'après l'historique ci=-dessus, celte locution ne parait s'être établie qu'à partir du xvr siècle.

BIEN-AIMË, ËE (biè nè-mé, niée; d'autres disent, ce qui est moins bon, biin-nè-mé, mée, en donnant à biin le son misai de in dans in-digne), adj. Oui esl l'objet d'une affection particulière. Fils bien-aimé. Jean, le disciple bien-aimé de Jésus-Christ. Entrez, dira le eh ivur des anges, 0 vous d'un Dieu de paix les enfants bien -aimés! delav. Paria, IV, 7. || Substantivement. Benjamin était le bien-aimé de son père. C'esl ma bien-aimée.

— hist. xvr: s. Ce frère bienaymé, mont, i,

— etym. Bien, aimé; wallon, binamé.

BIEN-DIRE (biin-di-r'), s. m. Habileté à par

1er; parler agréable, gracieux, fleuri. Qu'eux tous seuls du bien dire or.1 trouvé la méthode. Et que rien n'est parlait s'il n'est fait ;ï leur mode, Régnier, Sat. IX. Pour disputer le prix du bien-dire, boss. Par. de Dieu, i. L'abbé de Choisy y perdit [auprès du roij toute son insinuation, son esprit et son bien-dire, st-sim. 200, I7i. 11 [le duc de Berry] était amoureux fou de Mine la duchesse de Berry . et en admiration perpétuelle de son esprit et de son bien-dire, id. 294, -n. Las! si j'avais pouvoir d'oublier Sa beauté, son bien due, Et son tant doux, tant doux regarder, finirait mon martyre, vers anciens cites par laharpe. || Familièrement. Être sur son bien dire, affecter de bien parler.

— kem. L'Académie, qui ne don [ue être, se

mettre sur son bien-dire, observe que hors de là le trait d'union doit être omis et qu'il faut écrire : le bien dire, prenant dire comme un infinitif auquel bien est joint. Mais elle n'a pas tenu compte de l'emploi que Régnier, Bossuet et St-Simon en ont fait, et qui est excellent. Cet emploi réclame le trait d'union que l'on mettra toutes les fois que, d'après leur exemple, un se servira de bien-dire comme d'un substantif.

— HIST. xvic s. La grâce de bien dire, qui est

née en nostre France depuis cinquante ans, duhaillan, Hist. Préf.

— ki'ym. Bien, et dire.

BIEN -DISANT. A NTIC (biin-di-zan , zan-t'), adj. H 1° Qui parle élégamment , facilement. C'est un homme bien-disant. Votre subtile et bien-disante tristesse, balz. I, 237. Ainsi raisonnait Paul-Louis, et cependant (''routait le jeune homme bien-disant, auquel, à la fin, il s'en remet, lui confiant sa cause imperdable, p. l. Courier, Procès. || Substantivement. Après ceux qui font des présents, L'amour est pour les bien-disants, Régnier, Ara. || 2° Qui dit du bien d'autrui, par opposition à médisant. Cet hommeest bien-disant. || Peu usité en ce sens.

— ÉTY.M. Bien, dire,

BIEN-ÊTRE (biè-nê-tr'; quelques-uns disent biinnê-tr', en donnant, à tort, à biin le son nasal de in dans in-digne), s. m. || i°Etatdu corps ou de l'esprit dans lequel on sent qu'on est bien. Le gouvernement veille au bien-être public. La fièvre ayant cessé, il éprouva du bien-être. Les chats sont possesseurs d'un bien-être qui n'attend rien de nous; avec quelle économie ne jouissent-ils pas du bien-être! montcrif dans desfontaines. || 2" État de fortune convenable, douce aisance. Il regrette le bien-être qu'il a perdu. .l'attends de votre volonté seule un sacrifice de quelques années, d'où dépend l'établissement de votre fille et le bien-être de toute votre vie, bern. de s. -p. Pou! et Virg. La misère avait affaibli les ressorts de l'âme de M. André ; le bien-être leur a rendu leur élasticité, volt. l'Homme aux quarante écus, le bon sens de M. André.

— HIST. xvie s. Nostre bien estre, ce n'est que la privation d'estre mal, mont. 11, 215.

— ÉTYM. Bien, être.

f BIEN-FAIBE (biin-fê-r'), v. n. Faire plaisir, faire du bien à quelqu'un. Il se plaît à bien-faire à tout le monde. Sa première inclination est de nous bienfaire, boss. Bonté, 1. Il reçoit comme un bienfait, quand nous lui donnons le moyen de nous bienfaire, id. i, Visit. 2. "L'homme en bien-faisant ne dépend que de lui-même, j. j. rouss. Ém. v.

— REM. Ce mot a vieilli; mais il pourrait encore être employé, surtout aux modes et temps où Bossuet et J. J. Rousseau s'en sont servis.

— HIST. xin* s. Et, bien li portèrent tesmoignage cil qui là furent, qui par son bienfere furent res- COUS, et bien furent tout près d'estre perdus, villeii. cxxxv. Ses bienfaire ne li pot riens valoir, Cliron. <!<■ Reims, m. ||xive s. Ceulz qui ont bienfait veulent que ceulz vivent à qui il ont bienfait, pour gaigner et recevoir d'eulz grâces et rétributions , ohesme, Eth. 273. || xv° s. Quant Dieu fut las de leur bienfaire, comm. i, 3. || xvies. Cette siennehberalité consiste à leur mettre en main les moyens de luy bienfaire, mont, i, 21 7. Qu'il ayt besoin de moi, je lui bienferay volontiers, id. i, 270. Chacun est obligé de bien faire aux plus inconnus, lanoue, T-i.

— ÉTYM. Bien, faire.

BIENFAISANCE (biin-fe-zan-s', ou biin-fè-zans'; la seconde prononciation est surtout employée dans la récitation et la lecture), s. /'. Pratique des bienfaits, habitude de faire du bien. Une bienfaisance éclairée, active. Les lois doivent tendre à inspirer l'application, le travail, l'économie, la tem pérance, l'équité, la bienfaisance, l'abbé de stpierre, Mém. pour diminuer les procès. Bienfaiteur est un de ces mots composés qui portent avec eux leur définition; le bienfaiteur est celui qui fait du bien.... mais tous les bienfaits ne partent pas de la bienfaisance, duclos, Considérations sur les mœurs, eh. xvi. Certain législateur [l'abbé de St-Pierre].... Vient de créer un mot qui manque à Vaugelas, Ce mot est bienfaisance, il me plaît.... volt. Disc. 7. La grandeur véritable est dans la bienfaisance, Arnaud, Régulus, 1, 4. Aux êtres animés tu donnas l'existence, Pour épancher sur eux ta vaste bienfaisance, st-lambert, Saisons , Hiver. Il Terme de droit. Contrat de bienfaisance, contrat dans lequel l'une des parties procure à l'autre un avantage purement gratuit. |! Terme d'administration. Bureau de bienfaisance, bureau où l'on distribue des secours aux nécessiteux.

— REM. Bienfaisance ne se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie qu'à partir de l'édition de ITtiJ.

— HIST. xvie s. Par miséricorde et benelicence les péchez nous sont remis. — L'aulheurde l'epistre aux Hébreux, recommandant humanité et benefi cence, dit que Dieu se delecle de tels sacrifices, calv. Inst. 519. Pour rendre grâces et honorer sa libéralité et bcneficcnce par ceste souvenance éternelle, amyot, Public. 36.

— ÉTYM. Bien, faire. Ce mot est dû à l'abbé de St-Pierre. L'idée qu'il exprime était autrefois rendue par beneficence.

BIENFAISANT, ANTE (biin-fe-zan, zan-t' ou bim fè-zan, zan-t'; cette dernière prononciation est usitée de préférence dans la récitation), adj. || 1° Qui aime à faire du bien. Vous serez fidèle, honnête, humble, reconnaissant, bienfaisant, pasc. dans cousin. Elle a usé chrétiennement, de la bonne et de la mauvaise fortune ; dans l'une elle a été bienfaisante ; dans l'autre elle s'est montrée toujours invincible, noss. Heine d'Anqlct. Dans toute l'administration de la justice, il nous paraissait un homme que sa nature avait fait bienfaisant, et que la raison tendait inflexible, id. le Tellicr. Et vous, divinités aux hommes bienfaisantes, Qui tempérez les airs, qui régnez sur les plantes, la font. Quinquina , 11. César bienfaisant est mort assassiné, voltaire, Triumv. v, 5. || 2" Dont, l'influence est utile, en parlant des choses. La bienfaisante nature. Des soins bienfaisants. Une liqueur bienfaisante.

— HIST. xmc s. Ja ne sera si bien fesans, Que chascunsses ovres ne blasme, laliose, 8006. || xv" s. Là eut un fort assaut et périlleux, et moult de bienfaisans d'un costé et d'autre, fhoiss. i, i, i«3.

— ETYM. Bien, faire; bourguig. héfe tsaitt. Dans l'ancienne langue, bienfaisant voulait dire non pas seulement celui qui a de la bienfaisance, mais, en général, celui qui fait bien en quoi que ce soit. Ainsi l'on était bienfaisant dans une bataille, quand on s'y comportait bravement.

BIENFAIT (bitn-fè; le t se lie: un bienfait espéré, dites: un biin-fè-t espéré; au pluriel, l's se lie: les bienfaits espérés, dites : les biin-fè-z espérés; bienfaits rime avec bleuets, jamais, succès, faix), s. m. || l°Bien qu'on fait à quelqu'un. On sent qu'à leur place [des

grands] on serait trop heureux de répandre la j et

l'allégresse dans les cœurs en y répandant des bienfaits, mass. Humanité des Grands. Car enfin, quoique j'estime vos bienfaits, j'aime encore mieux vos caresses; et si l'on ne pouvait être de vos commis et de vos amis à la fois, je pense que vous me faites l'honneur de croire que je ne délibérerais guère silice choix, voit. I.ett. 175. On ôle du mérite au bienfait qu'on retarde, rotr. Bélis. 11, 10. Les bienfaits ne font pas toujours ce que tu penses, D'une main criminelle ils tiennent lieu d'offenses, corn. Cinna, 1, 2. Un bienfait reproché tint toujours lieu d'offense, rac Ipkig. îv, 6. Les bienfaits dans un cœur balancent-ils l'amour? id. Baj. m, 7. Et ne suffit-il pas, seigneur, à vos souhaits Que le bonheur public soit un de vos bienfaits? id. Prit, iv, 3. Les bienfaits peuvent tout sur une âme bien née, volt. Tancr. 11, 6. || 2° Par extension, bien, utilité. Les bienfaits de la science. Considérez que Rome en reçoit du bienfait [de la trahison qui livre Cartilage] ; Approuvez une cause en louant son effet, mairet. M. d'Asdrubal, ni, 2. Un mari, une femme, un père, un fils ne sont liés entre eux que par l'amour qu'ils se portent ou par les bienfaits qu'ils se procurent, montesq. Lett. pers. t04. || Proverbes. Un bienfait n'esl jamais perdu, c'est-à-dire une bonne action a toujours sa récompense. || Les injures s'écrivent sur l'airain et les bienfaits sur le sable, c'est àdire on garde un long souvenir des injures, tandis qu'on oublie facilement les bienfaits.

— SYN. bienfait, service, bon office. Le bienfait est un acte par lequel on fait du bien à quelqu'un ; le service, un acte par lequel on le sert; le bon office, un acte par lequel on lui vient en aide en quelque chose. Bienfait , élymologiquemenl , pourrait être le terme général; niais il a, pris par l'usage un sens particulier qui exprime que le bienfaiteur a une supériorité de fortune, un surplus dont il fait volontairement emploi en faveur d une autre personne. Celui qui sauve un homme qui se noie, est non pas son bienfaiteur, mais sonsauveur; et celui qui distribue une part de sa fortune est un bienfaiteur. C'est pour cette raison de supériorité de richesse qu'on dit les bienfaits du prince. Le service est imposé par le zèle, par l'amitié; et il ce ip pose que le désir d'obliger; du reste tout peut élu; égal entre celui qui sert et celui que l'on sert. Le bon office est l'emploi de notre crédit, de notre médiation, de notre entremise; le service, comme on voit, est [ilus général que le bon office. Donner de l'argent est un bienfait; prêter de l'argent est im service ; faire des démarches, parler pour une affaire, est un bon office.

— HIST. xne s. Tous li clergés et li home d'aage, Qui en aumosne et en bienfais | lionnes actions] mainront [demeureront], quesnes, Romancero, p. 94. Il xine s. Pechié porte sa paine, et bienfait sa me-

BIE

rite; De ces deux choses sunt homme et famé îteslite, j. de mi ! . ;. Test.209. |! xiv* s. Albert respont et dit bien que adultère ne peut estre bienfait; niais pour le bien que la femme fist en ce qu'elle délivra le pays d'un tyrant, pour ce le mal adultère lui doit estrepardoné, oresme, Eth. 47. Bienfais n'est point perdus à chelui qui s'entent. Baud. de Seb. mi. 770. 1 xv s. Et plusieurs autres barons et cheval e pleins d'honneur et de prouesse, desquels je ne puis mie de tous parler, ni leurs bienfaits [hauts faits] ramentevoir, froiss. i, i, 122. || xvc s. Mais d'une chose me resconforte : oneques bienfait ne fut perdu, Jrli. de Saintré, eh. 58. Bien faict ne se doibt oublier, villon, Gd. Test. || xvie s. Et en remem ainsi ses bien-faits, son aine en devenoit plus tranquille, lanole, 150. Qui en voudra sçavoir le bon usage, liseSeneque au traité des bien-faits, id. t~7. Etaffirmoit qu'il aimoit niieulx estre privé de La recompense d'un bienfaict, que non puny d'un mesfaict. amyot, Coton, i". H n'avoit bien qu'il né leur donnast, pour avoir part en leurs bienfaits [bonnes œuvres], jeunes et disciplines, marguer. iVoMV. xxxi.

— ÊTYM. Bienfaire; provenç. benfar. benifag, befat; anc. catal. benfet; anc. espagn. bienfecho; portug. bemfeito; ital. benefatto. Dans l'ancienne langue, bienfait avait le sens général de bonne action.

BIENFAITEUR, TRICE (biin-fè-teur, tri-s'), s. m. et /'. [| 1° Celui, celle qui a fait du bien. Les nations ne doivent porter le deuil que de leurs bien faiteurs, mirab. Colleet. t. m, p. 394. Ciel! pourquoi Mahomet fut-il son bienfaiteur? volt. Fanal. m, 8. Je chante en secret ma bienfaitrice, dans 1.' fond de nos déserts, volt. Lett. Mme de Choiseul, 9 avril 1770. Bienfaitrice à la fois et maîtresse du monde, saurin, Spartac. v, 5. ||2" Adj. Va, je ne blâme pas ce luxe bienfaiteur Et ce faste public qui prouve la grandeur, m. j. chën. Gracq. n, 3.

— HlST. XIIIe s. Li tierz soit por mes bienfetors, lien. t. m, p. 299. || xive s. X savoir mon se l'en doit plus rendre grâce et retribucion à son bienfaiteur ou donner à son ami, oresme. Eth. 26I-. Les bien faiteurs aiment plus leur bénéficiés que les bénéficiés ne ament ceulx qui leur ont bien fait, id. ib. 273. Tel/, benefalteurs pevent legierement recevoir d'autres aussi grans biens ou plus grans, id. ib. 255. || xve s. Le roy Loys unziesme, nostre maistre et bienfaicteur, comm. Prol. \\ xvie s. Comment luy rendroyent-ils grâces comme à leur bien-facteur ? calv. lnst. 663. Parens et amis, ou bien-faiteurs, lanoue, 73. Ceulx qui reçoivent des inenfaicts sont tenus d'en rendre la pareille à leurs bienfaicteurs, amyot, Philop. 37. Bienfaitteur, id. Flamin. 20.

— ÉTYM. Bienfaire; provenç. befaclwr, befaytor; anc. catal. benfaclor; anc. espagn. bienfechor; espagn. mod. bienhechor; portug. bemfeitor; ital. benefatlore. Du temps de Vaugelas et de Chifflet, l'usage hésitait entre bienfaiteur, bienfaicteur et bienfacteur. Bouhours déclare qu'il a entendu, toute sa vie, dire bienfacieur à des gens qui parlaient bien ; Chifflet dit (pic bienfactrice est meilleur que bienfaitrice; et on ht dans Voiture, Lettre (25 : « Bienfaiteur n'est pas bon; bienfacteur ne se dit guère; dites, s'il vous plaît, bienfaicteur. » Aujourd'hui l'usage est fixe'; et on ne dit que bienfaiteur, bienfaitrice. Bienfaiteur est dans Malherbe.

BIEN-FONDS (biin-fon), s. m. Immeubles, terres, maisons. Il n'est guère usité qu'au pluriel. Placer son argent en biens-fonds.

— ÉTYM. Bien, fonds.

BIENHEURECX,EUSE(biè-neu-reû,reû-z'; quelques-uns disent, à tort, biin neu reû, endonnantà biin le son nasal de in dans in-digne), adj. || l°Quia la félicité, le bonheur. Je le trouve bienheureux de vous avoir vue, sév. 15. ô bienheureux mille fois L'enfant que le Seigneur aime, rac. Gant. Allez, et soyez ce bienheureux époux, id. Mithr. m, i. Ô ciel! léserais ce bienheureux coupable! iD.ib. n,6.

ils.' «lit des dm-, s. i e bii nheureux moment n'est pas eDcor venu, corn. Poly. iv, -i. El ce soin bien

h< n n .i i n m qui '.mis déplaise, in- igésil i . t .

Im don qu'il me fait Voudrez-vous retarder le bien heureux effet1? in. Cinna, m, 4. Et je croyais tou cher au bienheureux moment, rac. Bo;'. i, 4. D solitude de Ste-Fare, autant éloignée des voies du que sa bienheureuse situation laséparede tout commerce du monde, boss. Anne de Gon%. ||2°Dans le style religieux . qui jouit de la béatitude étemelle. •"m les eût pris pour ces enfants du ciel, pour ces espnis bienheureux, dont la nature est de s'aimer iîern. de st-p. l'an/ et Virg. \\ Par extension. Du séjour bienheureux de la divinité Je descend ce lieu par la grâce habité, rac. I th. l'rol. | Sub

BÏE

sta'ntivement, ceux qui sont admis à jouir de la béatitude éternelle , et , en particulier, ceux que l'Eglise , par un acte solennel qui précède la canonisation, reconnaît et déclare avoir été admis a jouir de la béatitude éternelle. Celui qui obtient les honneurs de la béatification porte le titre de Bienheureux. || Familièrement. Avoir l'air d'un bienheureux, avoir l'air vénérable, recueilli; et aussi avoir une figure joyeuse, épanouie. Se réjouir comme un bienheureux, se livrer à la joie, aux divertissements.

— REM. L'Académie dit que bienheureux a vieilli (excepté dans le style religieux), et qu'on l'écrit aujourd'hui en deux mots. Cela n'est pas tout à fait exact. Bien heureux doit s'écrire en deux mois quand il signifie : qui a le bonheur de : je le tiens bien heureux, il est bien heureux d'avoir échappé à ce péril. Mais bienheureux , en un seul mot, a une antre nuance, et désigne celui qui a la félicité, le bonheur.

— HIST. xme s. Dont nous poons bien dire que il fu plus bienoeureus que Titus l'empereur de Rome, joinv. 298. || xvie s. Bienheureuse est la main qui la ploya, Et qui vers moy de grâce l'envoya ; Bienheureux est, qui apporter la sceut, marot, i, 372. Confesse donc que je [la mort] suis bienheureuse, Puis que sans moy tu ne peus estre heureux, id. m,

— ÉTYM. Bien, heureux. L'ancienne langue avait plus richement développé ce thème ayant : bieneûrer, bieneùrè, bieneûrant, bieneiirrlè.

f BIEN-INTENTIONNÉ, ÉE (biè-nin-tan-sio-né, née; quelqt.es-uns, à tort, prononcent biin-in-tansio-né, biin comme in dans in-digne), adj. Qui a de bonnes intentions. || Substantivement. L'aveuglement des bien-intentionnés est suivi bientôt aprèsde la pénétration de ceux qui mêlent la passion dans les- intérêts publics , retz . n , t46.

— ÉTYM. Bien, intentionné.

f BIEN-M0UR1R (biin-mou-rir), s. m. Clercs réguliers, ministres des infirmes ou du bien-mourir, ordre institué pour rendre aux malades toutes sortes de services tant spirituels que corporels.

BIENNAL, ALE (bi-è-nnal, nna-1'), adj. Qui dure deux ans. Office biennal. Magistrature biennale. Emplois biennaux.

— ÉTYM. Biennalis, de bi pour bis, deux (voy. bis), et annus, an (voy. an).

BIENSÉANCE (biin-sé-an-s'), s. f. || 1° Ce qui sied bien. On peut rire des erreurs sans blesser la bienséance, pasc. Prov.u. Nous sommes prêts d'offenser la bienséance, sév. t i i . Il n'y a rien qui choque tant la bienséance que ces sortes de conduites, id. 8. Il était de la bienséance qu'il liât société avec ses semblables, boss. Serm. Sept. Les belles chos le sont moins hors de leur place; les bienséances mettent la perfection, et la raison met les bienséances, la bruy. 44. Ulysse préférait l'intérêt commun de la Grèce et la victoire à toutes les raisons d'amitié et de bienséance particulière, fén. Tél. xv. Un homme qui remplisse toutes les bienséances, id. Tel. xxn. Il y a des règles de bienséance et d'honneur qui doiventètre gardées inviolablement, même à l'égard des ennemis, rollin, Ilist. anc. xvi, 8. Vous regarderez son ministère comme une bienséance de maladie, mass. Impén. Vous êtes d'un sexe et d'un rang qui vous met dans les bienséances du monde, id. Elus. Joug qu'on ne porte plus que par bienséance, id. Tiéd. 2. Pour remplir les bienséances de leur ring. id. Pass. La charité n'estas une simple bienséance, id. Pardon. Un prince qui a conservé la bienséance des mœurs publiques, id. Pet. Car. Tncarn. Ses anus, ses proches, ses esclaves même le fuient [unmourant], s'écartent, se retirent, n'osent l'approcher qu'avec précaution, et. ne lui rendent plus que des offices de bienséance et decontrainte, id. Mort du pécheur. Et même à notre sexe il est de bienséance De ne pas trop vous en presser, corn. Agésilas, i, 2. Que, sensible aux goûts des plaisirs. Éloigné de l'intempérance, je forme encor quelques désirs, Sans offenser la bienséance, chaiuii i , Ode à M. le duc || 2° Terme de littérature.

Ce qui convient. Les bienséances oratoires La

scène demande une exacte raison; L'étroite bienséance y veut être gardée, boil. Art p. n. Il semble que la bienséance y soit un peu forcée, corn. Ex. dePoly. Le 'fasse ne garde pas

exactement que Virgile les bienséances des

mais il ne s'égare pas comme l'Arioste, bouhours, Nouv. rem. || 3" Être à la bienséance de quelqu'un , en parlant de choses, lui convenir. Pi ends donc ei iense Tout ce qui peut chez nous être

à ta bienséance, la font. Fabl. ix, 15. Ce beau

BIE

morceau qui était si fort à votre bienséance, sév. 592. Les nobli ; il ! patriciens s'approprièrent sous différents prétextes la meilleure partie de ces terres conquises qui étaient dans leur voisinage et à leur bienséance, vertot, Bév. rom. liv. i, p. 66. La Marche Trevisane, le Frioul étaient à la bienséance ds l'empereur, volt. Mœurs, H3. || Par droit île bienséance, sans avoir d'autre droit que celui de sa propre convenance.

— REM. Molière a dit en au lieu de à : Celte maison meublée est en ma bienséance, l'Étourd. v, 2. Cette tournure est hors d'usage.

— tiist. xvie s. La grâce et bienséance des vestements, mont, i, tin. Je veulx que la bienséance extérieure, et l'entregent, et la disposition de 1 sonne, se façonne quand et quand l'ame, id. i. i*2. Henri VIII sur cette bien-seance [conjoncture favorable] traita amitié avec lui [Charles Quint], d'à' b. Hisl. i, t6. Le conseil débattit longtemps si le mi devoit garder la bienséance à Meaux ou se sauver dans Paris, id. ib. i, 2 1 o.

— étym. Bienséant.

BIENSÉANT, ANTE (biin-sé-an, an-t'), adj. Conforme à la bienséance. Il n'est pas bienséant de dire.... Il n'est pas bienséant à un orateur de s'emporter. Dire des choses bienséantes. Par un trait d'humilité bienséant à ce grand homme, pasc. Prar, 7. Cette confusion Me sera bienséante en cetie i ccasion, rotr. Antig. i, i. MmedeRoucy avaitbeaucoup de crainte de se méprendre, cequi lui donnait une timidité bienséante à son âge , st-sim. 61 , i" . Venez me voir; l'amitié vous engage À has cette bonne action; Chose ferez et bienséante et De son succès amour est caution, chaulieu, A Mme D. pour la prier....

— HIST. xme s. À Paris [il] s'en revindrent, la cité bien séant, Berte, cvn. [Manteau] bien séant à leur gré si comme à souhaiter, ib. cxxix. Et cinq cens [livrées de terre] bien séant [bien assises] chascuns de ses fils a, ib. cxxxi. C'est à entendre quant il sont bon et bien séant et en bon lieu, ix.us. xxvn, 45. L'ordre de Citiax tieng-je à boue et bienséant, Et si croi que il soient preudomme bien créant, ruteb. 240. || xive s. Il est bien soiant et appartient teles choses à faire à ceulx qui ont grans possessions, oresme, Eth. H5.J|xv*s. La gloire luy monta au cueur et l'esmeutde conquérir tout ce qui luy • ii.il bien-séant, comm. vi, 13. || xvie s. J'estime bienséant à un homme, mont, i, ic.

— étym. Bien,, et séant, participe du verbe set ù : mot à mot, bien assis, en bon siège.

BIEN-TENANT. ANTE (bim-te-nau . nan-t'),*.m. et f. Terme de jurisprudence ancienne, inusité au jourd'hui. Celui, celle qui possède les biens d'une succession ou des biens grevés d'hypothèques. |j Au plur. Des bien-tenants, bien-tenantes.

— étym. Bien . tenir.

t BIEN-TENUE (biin-te-nue), s. f. Possession du bien-tenant.

BIENTÔT (biin-tô; le t, dans la prononciation soutenue, se lie : bientôl il viendra, dites : biin-tù-t il viendra), adv. de temps. Tôt avec l'adverbe bien, qui le renforce; en peu de temps, promptement. Une rose qui passera bientôt. Quoi ! vous changez bientî i d'humeur < t de lin- nui1, corn. Poly. v, 2. Mais cet illustre amant vous a bientôt quittée, id. Pomp. iv, 2. Sans moi vous passeriez bientôt sous d'autres lois, Et vous auriez bien ennemis pour rois, in. < id. i, 7. Elle a feint, ser chez la triste Octavie, Mais bientôt elle a pris des chemins écartés, rac. Brit. v, 8. Que nous nous pardonnons aisément nos fautes, quand la fortune nous les pardonne, et que nous nous croyons bientôt les plus éclairés et les plus habiles, quand nous sommes les plus élevés et les plus heureux, boss. Beine d'Ânglet. || Familièrement et elliptiquement. Â bientôt, locution adverb. exprimant qu'on désire ou qu'on espère revoir bientôl la personne dent on s'éloigne. Cette locution est un néo- . gisme. || Familièrement. Cela est bientôl dit, cela est facile à. dire, mais non à faire.

— REM. Bientôt se place api simples des

verbes : il viendra bientôt ; entre l'auxiliaire ci le partii pe, quand les temps sont compo i bien-

tôl revenu. Quelquefois on le met au commencement de la phrase : bientôl vous le verrez revenir.

— hist. xiv s. Car i ar eux les fossez furent bien

Cl. 2121 5.

— ÉTYM. Bien, tôt; bourguig. betô; Berry, bentoût.

BIENVEILLANCE (biin-vè-llan-s' ; Il i ei mm biin-vè yan s'), s f. Dispos tion favoi la volonté. La bienveillance avec laquelle vous nie-

Blii

Bltt

BIF

eoutez. Avoir de la bieDveilIance pour quelqu'un.

i s'attirer la bienveillance de

.un. Reçu avec bienveillance par le ministre.

Homme sans bienveillance. DeVinius par là g

la bieni Olhon, m, i. Ma franchise

. . Poés divi rses, xxiii. Il n'en est pas de même des grands d'Euà qui la disgrâce n'ôte rien que la b en1 il lancée) la fave ir, montesq. Lett. pers. 102.

— rem. Malherbe disait btenreui anci (u, *) : Qui ne sait point qu'à sa vaillance 11 ne si peut rien ajouter? Qu'on reç lit de sa bienveuillance Tout ce qu'on en doit souhaiter?

— nisT. xnr s. Amitié est nommée l'une : C'est lionne volenté & mmune De gens entr'eus sans descordance Selon la Dieu benivoillance, laRose, 4704. Por ce amoit moult l'acointance De Richece et la

lillance, ib. 1 126. ||xive s. Benivolence a similitude à chose amable et semble estreamisté, mes ce n'est pas amisté , oresme . Eth. 269. Amisté est begnivolence entre ceulz qui veulent l'un a l'autre 1 outre bien, id. ib. 232. || xve s. Or ne souffrez que je mendie; Mais de vostre begnivolence, Me • mes gaiges à vie, e. deschamps, Supplication. Il xvic s. 11 ne sçait pas, pour avant jeu, capter la benevolence du candide lecteur, mont. i. 188. La jalousie de nos femmes pour nous empescher de l'amitié et bienveuillance d'autres femmes, id. 1, 245. Ceste victoire ne luy apporta pas moins de bienvueillance, d'honneur et de gloire, qu'avoienl fa 1 les deux autres premières, amyot, Cam. Toutefois ilz ne continuèrent pas ceste benevolence quand ilz furent instalez en leur estât, ains eurent tousjours desbat ensemble, id. Crassus, 23.

— ËTYM- Bienveillant; provenç. benvolensa, bevolensa; catal. !; nevolen a; espagn. benevolencia ; ital. h n : a longtemps hésité entre benivoil ntn-r. bienvoillance, benivi lence etbien-

'iii ce.

BIENVEILLANT, ANTE (biin-vè-llan , llan-t', U mouillées, et non biin-vè-yan), a<lj. Qui a, qui marque de la bienveillance. ■ titré fort bien-

veillant àmon égard. Un accueil bienveillant.

— HIST. xni' s. T'amie et tous ses bien-veillans Dois honorer et chiers tenir, la Rose, 2578. ||xves. Mon coeur a envoyé quérir Tous ses bienvueillans et amis, Il veult son grand conseil tenir, en. D'ORL. Ba'l. 25. Tant allèrent ces paroles que par aucuns des amis et bienvueillans du mareschal luy furent rapportées là où il estoit, Boueiq. 11, 25. Et eust esté bon que hs amys et bienvueillans du royaulme l'eussent veue [la puissance du royaulme de France], affin qu'ils en eussent eu estimation telle qu'il appartient. COMM. I, 6.

— i ivm Bienveillant poui liant, debien et ventilant, participe aujourd'hui inusité de vouloir (voy. vouloir); provenç. benvolent, bevolent, benvolen; ital. benivolente. Il est fâcheux que l'assimilation ait confondu ventilant avec veillant (qui esl de veiller), e1 n'ait pas gardé cet ancien participe présent; d'autant plus que cette forme du verbe vouloir se trouve dans : que je veuille, etc.

f BIENVENIR (bien-ve-nir), v. a. Usité seulement dans cette locution : se fane bienvenir dans la société , de la société, faire qu'on soitbien accueilli.

— hist. xir s. Bienveigniez vous, dit-il, mi dru et mi demaine, Sax. 30. || xvcs. Le roi dit à sa sœur : bien venez, ma belle so ur et mon beau neveu, froiss. I 1, 7. || xvie s. A bienve gner, à prendre ennui', à remercier, à saluer, MONT. I, 292. Delà teste, nous convions, renvoyons, desadvouons, bienveignons, id. 11, 1 59. Sa femme le bienveignant de ses criailleries accoustumées, id. ni, (27.

— ÉTYM. Bien , venir.

BIENVENU, UE (biin-ve nu, nue), adj. Qui arrive à point; que l'on accueille avec satisfaction C'est un homme qui est bienvenu partout. || Familièrement. Vous ne seriez pas bienvenu à lui dire cela, vous seriez mal accueilli si vous lui disiez cela. || Substantivement. Soyez le bienvenu. C'est une fille qui vient de naître; elle est la bienvenue. Toutes vos lettres seront les hienvenues, sev. 279.

— HIST. xiie s. L'apostolies l'asiet juste lui erramment, E bien seit il venuz, ço h ad dit suvent, Th. le mort. 58. || xme s. Et Alexis respondi que bien fust il venus corne ses fils qui auroit sa fille à feme, villeh. cxv. Commerft avez à nom? que bien soiez venue, Berte , LU. Sire , fait-il au roy, très bien venus soies, ib. cxx. Tex chevaliers preus et vaillans, Larges, cortois et bataillans, Doit partout estre bien venus, Loés, amés et chier tenus • laRose, (8909. || xve s. Et partout sont-ils bien-venus [Genuevois et Vénitiens] pour l'or et l'argent qu'ils por-

tent ou pour les marchandises que ils eschangent, n, m, 25. Tous deus estes céans les bien venu/, ch. d'orl. 10. [I xvie s. Cette lettre fut la bienvenue pour servir d'excuse au levement du siège,

DAIll. HiSt. II, 267.

— ÉTYM. Bien-venir.

BIENVENUE (biin-ve-nue) , s. f. || 1° L'heureuse de quelqu'un. || 2" Bon accueil. Ma bien .m jour me ni dans tous les yeux, a. chên. Jeune captive. [| 3° Réception dans un corps, et frais du régal qu'on paye à ses nouveaux compagnons. Ma/et à qui pour bienvenue L'on fait bêcher.... la font. Mazet. 11 fut hué et paya de cette façon .sa bienvenue, j. j. rouss. Ém. v.

— HIST. xve s. Si fut, après ses bienviengnues, une bonne pièce à séjour, Boueiq. 1, ch. 35. Se retyra ledit duc à Garni, où il luy fut fait une bien venue de grant despense, comm. u, 5. || xvi" s. Ce prince s'enquist si on avoit pris ce psaume exprès pour sa bien-venue, d'aub. Hist. 11, (88. À la bienvenue et réception de.... carloix, vi, ti.

— ÉTYM. Bienvenu.

BIENVOULU, UE (biin-vou-lu, lue), adj. X. qui l'on veut du bien. Je vécus tranquille et toujours bienvoulu dans Chambéry, j.j. rouss. Conf. v. Ces Banians et les Guèbres sont bienvoulus partout , volt . Moeurs. t02.

— HIST. xve s. Et s'il pensoit de n'estre point bien voullu, COMM. VI, 7.

— ÉTYM. Bien, vouloir.

\. BIÈRE (biè-r'. Quelques-uns écrivent bierre, dit l'Académie) , s. f. Boisson fermentée faite avec le houblon et les graines céréales, particulièrement avec l'orge. Bière de mars, bière brassée en mars. Double bière, bière forte, petite bière, ce sont diverses sortes de. bières, selon la quantité d'alcool qui s'est développée par la fermentation; la [unie bière est celle qui en contient le moins. || Fig. Ce n'est pas delà petite bière, ce n'est pas peu de chose. Il C'est une enseigne à bière, se dit d'un tableau, d'un portrait très-mal peint.

— HIST. xvt° s. La bière est une boisson faite avec des grains; diversement nommée, selon les pais et les langues, chacun aiant sa particulière appellation, comme Medon, Guttale, Cervoise , Queute, Aile, et semblables , usitées en Lorraine, Angleterre, Escosse, Flandres, Allemaigne, Pologne, Bohême, Dannemarch, Moscovie et autres nations septentrionales.... 0. DE SERRES, 251.

— ÉTYM. Ital. birra; d'un mot aussi bien germanique que celtique : angl. saxon , beor ; anc. scandin. bi'or; anc. haut-allem. pior; allem. mod. Jîi'erygaél. beôir; bas-bret. biorc'h.

2. BIÈRE (l)iê-r'), s. f. Coffre où l'on enferme un mort. Et l'art imitant la nature Bâtit d'une même figure Notre bière et notre berceau, rotr. Si Gen. v, (.Au [lied de cet autel de structure grossière Gît sans pompe, enfermé dans une vile bière, Le plus savant mortel qui jamais ait écrit, boil. Épitaphe d'Aman Id. X sa mort on le cloue dans une bière, j. j. rouss. Ém. 1. Notre défunt était en carrosse porté, Bien et dûment empaqueté, Et vêtu d'une robe, hélas! qu'on nomme bière, Robe d'hiver, robed'été Que les morts ne dépouillent guère, la fo.nt. Fub. vu, M.

— HIST. xie s. [Ils] Lèveront nous en bières [brancards] sur souliers [bêtes de . somme] . Ch. de Roi. cxxx. H xir s. En Aleschans fu la bataille fiere; Le jor i fist Renoars mainte bière, Bat. d'Aleschans, 6291. Prendront nos cors, qu'il ne voudront laissier, Desor les bières [brancards] que porteront sommier, Uonc. p. 83. Faisons des bières de verges et de peaus, ib. p. (50. Tout droit à Blaives [il] fist les berres

brancards] porter, ib. p. (58. Nel larra [il ne le ra] qu'il n'i aut [aille] pur vivre u pur mûrir; Ainz s'i fereit porter sur bière e sustenir, Th. le mart. 35. E meïsmes li reis seiveit la bierre, Rois, ia2. Il xme s. Acostez s'est à une pierre; Bien vosist tre mors en bière, Ben. 6042. Bau sire, laissiez cest afere, Mes faites une bière fere A porter Roonel en l'ost, ib. 24828. Dedenz gisoit une geline Que l'en amenoit en litière Fête autresi com une bière, ib. 9980. Mors gist [il] là hors en leu de bière En ces fossés, gole baée, la Rose, (2668. Al conte Estevenon font la bière aprester, A douze des plus povres de l'ost se fist porter, Douze deniers de Luqueàchascun fist doner, Ch. d'Ant. VI, 22c || xve s. Item s'en suivent ceux qui portèrent les bannières de la bière et du tournoy [funérailles du comte de Flandre], froiss. n, n, 2(7. Se j'avoye la maistrie Sur ceste faulse mesgnie, "Je les meisse tous en bière; Si est telle ma prière ; Je pry Dieu qu'il les maudie, ch. D'oia. Bal. 26.

— ÉTYM. Wallon, bird, brancard; namurois, M, bière; rouchi, beard, civière; provenç. bera; ital. barn ; de L'allem. Bahre, civière, de l'anc. haut-allem. bdra; anglo-sax. bu:r, bâre.

BIÈVKE (bié-vr'), s. m. Nom du castor.

— HIST. xive s. Il n'y ot vars ne gris ne drap fourré de bievre, Girart de Ross. 2044. Pour un chappel de bievre, fourré d'armines, laborde, Émaux, p. 206 Il xve s. Arriva Saintré, qui couvert estoit d'un très bel chapel de bievre, J. de Saintré, 50. Peaulx de martres et de bieuvres, Percefor. t.iv,p.28. ||xvies. Entre les animaux terrestres et aquatiques sont les amphibies : comme sont les bievres, loustres, tortues, paré, Animaux, 2(.

— ÉTYM. Anc. wallon, buivre; du celtique : cornwall. befer; ou de l'allemand Biber. Comparez le latin ftbcr, castor. On a rapproché le sanscrit babhru, rat, ichneumon.

BIEZ (bié), s. m. Fossé creusé à côté d'une rivière pour l'usage d'un moulin, et pris d'assez loin pour pouvoir ménager une chute d'eau ou au moins une pente qui augmente la rapidité de l'eau. Le conduit se nomme buse quand l'eau tombe sur la roue, et coursier quand elle passe au-dessous.

— HIST. xne s. De faire bieus, murs e fossés, benoît, Chron. 2671 1. Tuzenjur [les paysans] sont semons de plaiz : Plaiz de forez, plaiz de moneies, Plaiz de biez et. plaiz de moutes [moutures], wace, Rou , 5975-6074. || xme s. Sire, ce n'est marliere viez, Ne grant fousez, ne parfont biez, Ainz est abimes vraiement, Ben. 20220. Que tute la grant ewe fait isir de sun bied, Voyage de Charlem. 774.

—ÉTYM. Norm. bieu, ruisseau ; génev. bi ; wallon, bi; rouchi, biéfe; piém. bial; génois, beo; bas-lat. bedale, biale, beale, bediim, becium , byesium; du germanique: angl. saxon, bed; anc. nord, bedr ; anc. haut allem. betti; allem. moderne, Bett, proprement lit, par suite lit d'une rivière, d'un fossé, conduit. Il y a bien dans le bas-breton béz, fossé, mais isolé et sans congénère dans les autres langues celtiques. Biez en deux syllabes, de Wace, vient de bedale; biez monosyllabe vient de bedum.

fBIFASCIÉ, ÉE (bi-fa-ssi-é, ée), adj. Terme didactique. Qui offre deux bandes.

— ÉTYM. Bi pour bis (voy. bis), et fascia, bande, t BIFÈRE (bi-fè-r'), adj. Terme de botanique. Qui

produit du fruit deux fois dans l'année.

— étym. Biftr , de (u pour bis, et fer, qui porte.

f BIFFAGE (bi-fa-j'), s. m. Les ratures faites sur une pièce d'écriture.

— etym. Biffer.

f BIFFE (bi-f), s. f. Pierre précieuse contrefaite.

— hist. xvie s. Il achapta une fois un diament faux, fort grossièrement l'aict; quoy voyant, un sien ami lui dit : Vous n'avez gueres à faire de porter ceste biffe, les Contes du sieur Gaulard, p. 33.

— ÉTYM. Il est possible que biffe soit, en ce sens, une altération de l'italien beffa, tromperie, attrape. Mais il y avait dans l'ancien français, biffe, signifiant une sorte d'étoffe (voy. biffer, à l'étymologie).

BIFFÉ, ÉE (bi-fé, fée), part, passé. L'n passage biffé. Un acte biffé. Sur les registres des curés la qualité de prince [du cardinal de Bouillon] fut rayée, biffée; et annoté en marge, que.... st-sim. 280, 45.

f BIFFEMENT (bi-fe-man), s. m. Action de biffer. H Dans les statuts des orfèvres, bifl'ement était employé pour exprimer l'action de rompre les poinçons.

— hist. xvie s. Aussi s'estoyent-ils bien recordez ensemble, pour parvenir au bifement des deux parties de question, FROUMEiNTEAU, Finances, 3e livre, p. 425.

— ÉTYM. Biffer.

BIFFER (bi-fé), r. a. || 1° Effacer ce qui est écrit. Biffer une ligne. || 2° Terme de palais. Annuler en effaçant. Biffer une clause d'un contrat. || 3° Rompre. Il était dit dans les statuts des orfèvres que l'on bifferait, ou romprait les poinçons des maîtres après leur décès.

— étym. xvie s. Portrait si biffé qu'il ne s'est peu faire cognoissable , ménard, Hist. de du Guesclin,

p. VI.

— ÉTYM. Origine incertaine. Ménage le tire de blafard, parce qu'en effaçant on rend pâle; ce qui ne peut se soutenir. On a, dans le bas-latin et l'ancien français, biffa et biffe, signifiant une sorte d'étoffe qui était rayée : Et de biffes camelines raiées, Liv. des met. 393. Qui veut sa robe de brunete, D'escarlate ou de violete, Ou biffe de bone manière, barbazan, Fahliaii.r. éd. MEON, t.iv, p. 179. Il serait possible que de là on eût fait biffer pour rayer. Il y a aussi un composé des-bijïer : Au reste

BIG

soni plus esgrifféês, Plus usées et desbiffées Que les vieilles chausses d'ung poste, j. marot, v, 216. On a dit aussi biffe pour tromperie : Il veoid que ce n'est que biffe et piperie, mont, i, 330. Mais biffe est ici pour beffe, beffle, ital. beffare, biffa. Enfin biffe avait aussi le sens de pierre fausse.

t BIFFURE (bi-fu-r'), s. f. Raie par laquelle on h ffe. Ces trois exemplaires sont condamnés à toutes les ratures et biffures que j'y pourrai faire, p. l. cour. Lett. 11, 11.

— étym. Biffer.

BIFIDE (bi-ti-d'), adj. Terme de botanique. Qui e^t fendu en deux.

— ÉTYM. Bifidus . de bi , deux, et fmdere, fendre.

BIFILAIRE, adj. VOy. MAGNÉTOMÈTRE.

f BIFLABELLÉ, ÉE (bi-fla-bèl-lé, lée), adj. Terme didactique. En l'orme de double éventail.

— étym. Bi pour bis, etflabellum, éventail, de flore, souffler.

f BIFLEXE (bi-flè-ks'), adj. Terme didactique. Fléchi en deux sens.

— ÉTYM. Bi, et flexus, fléchi, part, passé de fleclere (voy. fléchir).

t BIFLORE (bi-flo-r'), adj. Terme de botanique. Qui porte deux fleurs.

— ÉTYM. .Bi pour bis, et flos, fleur.

fBIFOLIÉ, ËE (bi-fo-li-é, ée), adj. Terme de botanique. Qui porte deux feuilles.

— ÉTYM. Bi pour bis, et folium (voy. feuille).

t BIFORE (bi-fo-r'), s.f. Terme d'histoire naturelle. Nom d'un genre d'acéphales nus dont le manteau a deux ouvertures (salpa).

— ÉTYM. Voy. BiFORË. C'est Brugnyères qui a créé ce mot, et il l'a écrit biphore: «J'ai supprimé, dit-il, le nom générique de salpa, et je l'ai remplacé par celui de biphore, qui caractérise les deux ouvertures de ces vers (Encycl. méthodique, Hist. nat. des vers, t. 1, p. 4 79). » Ainsi il a voulu dire percé de deux trous, ce qui ne peut se rendre que par bifore; biphore voudrait dire qui porte double, et serait d'ailleurs hybride (bi latin, et (popô; grec).

f BIFORÉ, ÉE (bi-fo-ré, rée), adj. Terme didactique. Qui est percé de deux trous.

— ÉTYM. Bi pour bis, et foré.

| BIFORME (bi-for-m'), adj. Terme didactique. Qui a deux formes différentes.

— ÉTYM. Biformis, de bi pour bis, et forma (voy. forme).

BIFTECK (bif-ték), s. m. Tranche de bœuf grillée. Deux biftecks.

— ÉTYM. Angl. berfstcak, tranche de bœuf en grillade; de becf, bœuf, mot venant du français (voy. bœuf), et. steak, tranche.

BIFURCATION (bi-fur-ka-sion), s.f. || 1° Action de se bifurquer. || 2° Endroit où une chose se bifurque, â la bifurcation de la route, vous prendrez à droite. || 3° Aujourd'hui, dans l'Université, séparation des élèves en élèves des sciences et élèves des lettres, après les classes de grammaire.

— hist. xvie s. De l'artère umbilicale à la bifurcation de la grande artère, près de l'os sacrum, paré, t. ir, p. 631.

— ÉTYM. Bifurquer.

BIFURQUÉ, ÉE (bi-fur-ké,kée), part. passé. [| i°Tige bifurquée. || 2° Terme de science. Classification bifurquée, dite aussi dichotomique, classification qui procède en divisant chaque terme en deux autres, donl l'un a et l'autre n'a pas telle ou telle qualité. Ainsi les angles se divisent en droits et non droits; les non-droits en aigus et obtus, etc.

BIFURQUER (SE) (bi-fur-ké), v. réfl. Se diviser en deux, à la façon d'une fourche. Cette racine se bifurque. Â ce point le ruisseau se bifurquait.

— hist. xvi° s. Parvenue environ le milieu du coulde, ceste artère se. bifurche en deux insignes et notables rameaux, paré, iv, 23.

— ÉTYM. Bifurcus, bifurqué,, de bi pour 6m, et furca, fourche (voy. fourche); provenç. bifuraar.

tBIGAILLEfbi-ga-11', Il mouillées), "s. f. Nom générique des insectes ailés dans nos colonies.

BIGAME (bi-ga-m'), adj. Qui est marié à deux personnes en même temps. || Substantivement. Un bigame; une bigame. j| En droit canonique, celui qui a été marié deux fois, et aussi celui qui, ne s'étant marié qu'une fois, a épousé une veuve.

— HIST. xiii" s. Noz ne tenons pas bigame por clerc, carilsunt tout revenu de toutes cozes à le [la] laie juridition, beaum. lxiii, 2. Li uns [clercs] revont aprendre, li autres se marient, Et deviennent bigame, 1. de meung, Test. 638.

— ÉTYM. Bigamus, de bi pour bis, deux, et yà- (j.o:. mariage.

BIOAMIE (bi-ga-mie),*. f. || Ie Action criminelle

BTG

de celui qui épouse une seconde. femme pondant que la première vit encore. || 2° Terme de droit canonique. État de celui qui a épousé successivement deux femmes (la première étant" morte). || Bigamie spirituelle, se dit quand un ecclésiastique possède deux bénéfices incompatibles.

— ÉTYM. Bigame.

BIGARADE (bi-ga-ra-d'), .v. f. Orange aigre, globuleuse, à peau raboteuse, et dont l'écorce interne est amère.

— HIST. xvie s. Bigarrât ou cornu, nom provençal d'une espèce d'oranger, 0. de serrés (voy. orange).

— ÉTYM. Bigarrât, qui, d'après 0. de Serres, parait avoir signifié cornu dans la Provence, et qu'on pourrait rattacher à bec avec un changement de voyelle (voy. bigot 2).

t BIGARADIER (bi-ga-ra-dié) , 4-. m. Espèce du genre oranger (citrus bigaradia), qui fournit les fleurs d'oranger dont on prépare l'eau distillée de ce nom et l'essence de néroli, les orangettes et l'écorce d'orange amère.

BIGARRÉ, ÉE (bi-ga-ré, rée), part, passé. Et si je meurs, il [le roi] veut avoir Un manchon de ma peau, tant elle est bigarrée, la font. Fab. ix, 3. Les hommes bigarrés, Les uns gris, les uns noirs, boil. .S'a/, vin. H Fig. Vers bigarrés, langage bigarré, vers, langage où l'on entremêle les mots de deux langues, comme dans le Malade imaginaire : Grandes doctores doctrinœ De la rhubarbe et du séné. H Style bigarré, style où il y a de la bigarrure.

BIGARREAU (bi-ga-rô), s. m. Espèce de cerise rouge d'un côté et blanche de l'autre, d'une chair très-ferme. || Au plur. Des bigarreaux.

— ÉTYM. Bigarré , à cause que ce fruit est bigarré de deux couleurs.

BIGABREAUÏIER (bi-ga-rô-tié) , s. m. Arbre qui porte des bigarreaux.

— ÉTYM. Bigarreau.

f BIGARRÉMENT (bi-ga-re-man) , s. m. État de ce qui est bigarré.

— HIST. xvie s. La queue longue à la guenone, Mouchetée diversement D'un naturel bigarrement,

DU BELLAY, VII, 40, recto.

— ETYM. Bigarrer.

BIGARRER (bi-ga-ré), v. a. || 1° Marquer de couleurs qui tranchent l'une sur l'autre. Bigarrer son ajustement. || 2° Fig. Ont-ils pu démêler toutes les nuances qui bigarrent la vie commune? volt. Lett. Prusse, 79. Sans bigarrer son discours de quelque plaisanterie hors de place, vauven. Batylle.

— HIST. xvic s. Tu fais germer la terre, et de vives couleursTu bigarreslesprésorgueillis de leurs fleurs, rons. 913. Son oraison tant bien parée Semble une juppe bigarrée De plus de sortes de couleurs Que les prez ne portent de fleurs, dubell. vu, 75, verso. Que le vert pré desserre Ses plus douces odeurs, Se bigarrant de fleurs, yver, p. 574. Après eux marchoient les prevost des marchands et eschevins, bigarrez de diverses couleurs, Sat. tien. p. 4 3. Les vers bigarrés sont pires que ceux qui sont d'une seule couleur, paré, xxii, 4. Il y en a [des pigeons] de blancs, de noirs, de gris, d'enfumés, de meslés et de bigarrés, o. de serres, 404. Par telle curiosité [entements réitérés], les fruits s'en diversifient et bigearrent avec utile et plaisante admiration, id. C40. Si on veut bigearrer le taillis, en y entremeslant diverses espèces d'arbres pour le decorement, id. 793. Pourquoy bigarres tu ton saion en ceste façon? palsgr. p. 482. Et tu ne fais point de cas de deux, trois et quatre cens collecteurs bigarrez, froumenteau, Finances, 3e liv. p. 395. Ce qu'aucuns bigarrés [irrités] hors de saison ne veulent concéder,

— étym. Ménage le tire de bis et variare , bis dans le sens péjoratif (voy. bis.... préfixe), et variare. Diez, qui ne repousse pas cette étymologie, en suggère cependant une autre, qui serait : bi-garrer pour bi-carrer, de carrer, disposer, arranger en forme de carrés, d'échiquier. Mais ce qui paraît décider la question pour Ménage, c'est l'existence, en Berry, de gare, gareau, gariau, gariche, tous mots qui signifient de couleur variée. Que le v latin puisse se changer en g comme le w germanique, bien que plus rarement, c'est ce que prouve guivre de vipera, gaine de vagina, etc. On voit par quelques exemples qu'on a confondu bigarrer avec bizarre, qu'on écrivait bigearc, et qu'on en a fait bigearer; mais cela ne peut être considéré que comme une erreur.

BIGARRURE (bi-ga-ru-r'), s. f. || i° Assemblage de couleurs tranchantes. La bigarrure plaît : partant chacun le vit [le léopard], la font. Fab. ix, 3. || 2° Fig. Les nations ne jettent pas à l'écart leurs

BIG

antiques mœurs comme on se dépouille d'un, vieil habit; il en résulte des lambeaux qui forment, avec les nouveaux vêtements, une effroyable bigarrure, chateaub. Génie, ni, i, 8. || Bigarrure de style, mélange de styles disparates. || 11 y a bien de la bigarrure dans cette société, elle est composée de toutes sortes de gens. || 3° S. f. plur. Terme de fan- connerie. Taches rousses ou noires, ou diversités de couleur, sur le plumage d'un oiseau de proie.

— HIST. xvie s. Afin que nous nous rangions tous à l'ancienne fidélité que nous devons à nos roys, sans partialité ny bigarrure [révolte], Sat. Mén. p. 236. Les planches seront bordées d'ozeille, de persil, d'hyssope, dont la diverse bizarreure contentera la veuë, o. de serres, 5u7.

— ktym. Bigarrer.

f BIGAUT (bi-gô) , s. m. Sorte de houe à crochets pour le binage des vignes.

f BIGE (bi-j'), s. m. Terme d'antiquité latine. Char à deux chevaux.

— étym. Biga, de bi pour bis, et agere, mener, pousser (voy. agir).

+ BIGÉMINÉ, ÉE (bi-jé-mi-né, née), adj. Terme de botanique. Fleurs bigéminées, fleurs qui croissent au nombre de quatre, deux à deux, sur un pédoncule commun.

— ÉTYM. Bi pour bis, et geminus, double (voy. gémeau).

f BIGEMME (bi-jè-rn'), adj. Terme de botanique. Qui porte deux boutons.

— ÉTYM. Bi pour bis, et gemma (voy. gemme). fBIGÉNÈRE (bi-jé-nê-r'), adj. Terme d'histoire

naturelle. Qui appartient à deux genres différents. Hybriditébigénère, hybridité produite par deux animaux appartenant à deux genres différents de la même famille.

— ÉTYM. Bi pour bis, et genvs (voy. genre).

t. BIGLE (bi-gP) , adj. Louche. Homme, femmebigle. La loi du borgne Locrien , à mon avis, était extrêmement juste, et il avait grand intérêt à la proposer; et, pour moi, quand je n'eusse été que bigle, je m'y fusse hasardé, voit. Lett. <92. Si vous êtes bigle, vous verrez que je deviens aveugle et sourd, volt. Lett. Pictet , sept. 1763. || Substantivement. Un bigle. || Bigle a vieilli.

— hist. xvie s. Estre louche ou bicle : c'est une distorsion contrainte avec inégalité de la veuë, paré, xv, 5.

— ÉTYM. Génev. bicle; ital. bieco. On tire ce mot de bis, deux, et oculus, oeil (voy. œil); double œil, comme l'espagnol bis-ojo, louche. Bien que la mutilation soit forte, cependant ce qui peut appuyer cette étymologie, qui reste douteuse, c'est le cdans bicle du genevois et de Paré, et icZe dans le ni"t patois bourn-icle, borgne. On n'en doit rien inférer pour besicle, dont l'étymologie est donnée non par une conjecture, mais par la série des formes.

f 2. BIGLE (bi-gP), x. m. Terme de chasse. Espèce de chien anglais pour les lièvres et les lapins. On a dit aussi bicle.

— ÉTYM. Angl. beagle, nom de ce chien. BIGLER (bi-glé), o. ». Loucher, avoir les yeux de

travers. Ce verbe vieillit. || Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

— ÉTYM. Bigle; génev. bicler. Quelques personnes disent bicler; c'est, comme on voit, un provincialisme. Bigler est" peu usité; on dit loucher.

f BIGLOCHIDÉ, ÉE (bi-glo -chi-dé , dée), adj. Terme didactique. Qui est muni de deux pointes.

— ÉTYM. Bi pour bis, et ylor/l;, pointe.

BIG NE (l)i-gn'), s. f. Tumeur à la tète qui provient d'un coup. Vieux.

— HIST. xve s. Et une fois il se feit une bigne, Bien m'en souvient, à Pestai d'un boucher, villon, Grandtest. Bail, et orais. || xvie s. Puis il trépigne et se fait une bigne; Comme une guigne estoit rouge sonnez, marot, ii, 352. Il se faisoit à tout coup une bigne au front, des per. Contes, lxxix.

— ÊTYAI. Berry et lorrain, beugne; romagnol, bogna; milanais, bugn; sarde, bugnu; provenç. mod. bougno. Origine incertaine. Il y a dans le germanique : anc. haut-allem. bungo; moyen haut-allem. Image; anc. nord, bilnga; anc. angl. bung. avec bunny, tumeur. Ces mots, d'après Diez, auraient donné bonga . bongue. Mais ne pourrait-on pas voir dans bunny 1 moyen terme qui ferait comprendre comment le mot roman a pu sortir du mot germanique?

f BIGNON (bi-gnon) , s. m. Terme de pêche. Filet nommé aussi truble.

— hist. xvc s. Le suppliant, qui aucunefoiz s'entremect de pescher, passant avec aucuns engins, nommez bignons ou venuges, du cange, bigo.

— ÉTYM. Origine inconnue,

BIG

BIGORNE (bi gor a.'), s. f. Sorte d'enclume dont chaque extrémité est en pointe, et qui sert à tourner en rond ou arrondir les grosses pièces. || Terme oe marine. Coin deferpour couper les clous qu'on ■• dans les joints quand on calfate. || Terme de bois qui sert au corroyeur à fouler les peaux mouillées.

— HIST. XIV' s. Le ilit François fery l'exposant baston ferré gros au bout,' que on appelle bi- 1e, du cange, biscoma. || xvi" s. Le chasteau le tonner. Tandis qu'on tourne et retourne Le

harnôis sur la bigourne, Tour le buste façonner,

AMADISJAMYN, Poésies, p. 58.

— ÉTYM. Bi pour bis, deux, et corne.

f BIGORNEAU (bi-gor-nô), s. m. || 1» Petite bigorne

ou enclume qui sert à tourner en rond les petites - || i" Nom donné dans les départements de à un coquillage (littorine vulgaire), espèce comestible, qui est le turbo littoral de Cuvier. Manger des bigorneaux. || 3° Ancien sobriquet moqueur des soldats de marine.

— ÊTYM. Un/,, nie.

t BIGORNER (bi-gor-né), r. a. Forger le fer sur

la 1\- - orner l'anneau d'une clef.

— êtym. Bigorne, t. BIGOT, OTE (bi-go, go-f ; le t se lie . un bigot

insensé, dites : un bi-go I insensé; au pluriel \'s se lie : des bigots insensés, dites : des bi-go-z insensés; bigots rime avec repos, dos, faux, travaux, etc.), 1" Oui est livré a une dévotion étroite et superstitieuse. La différence est totale entre une armée fanatique et une armée bigote, montesq. ilom. 22. || 2° Substantivement. Un bigot, une bigote. L'un, défenseur zélé des bigots mis en jeu.... boil. Épit. vu. Vous moquez-vous des gensd'àvoir fait ce complot? Votre fille n'est point l'affaire d'un bigot, mol. 'l'art. ii. 2. Les soubrettes sont comme les bigotes, elles font des actions charitables pour se venger, lesage, Ture.i, 9. Sais-tu bien cependant, sous cette humilité, L'orgueil que quelquefois nous cache une bigote? boil. Sat. x.

— Hisr. xii« s. Moult ontPrancheis Normans laidis Et de meffais et de mesdis; Souvent lor dient reproviers, Et claiment bigos et draschiers; Souvent les ont meslez au roi; Souvent dient : Sire, pourquoi Ne tulle/ la terre as bigos?WAcE, Rou, dans DU cange, bigoth i. \\ xx" s. Des bigotz ne quiers l'accointance, Ne loue leur oppinion, en. d'obl. Bal. 78. Icelui Rebours en appelant l'abbé de Creste bigot, qui est un mot très injurieux selon le langage du pays, nu cange, bigothi. || xvie s. Cette Roxolanefit la devotieuse, et cognoissant Soliman bigot et grand bastisseur de chapelles.... d'aub. Hist. î, 31. [L'hypocrisie] Qui parle doucement et sur son dus bigot Va par zèle porter au bûcher un fagot, d'aubig. Tragiques. Bigot dénote celui qui avec une trop grande superstition s'adonne au service divin, pasquier, Recherches, liv. vin.

— ÉTYM. Bas-lat. bigoti. Une vieille chronique latine (duchesne, m, 360) dit que Rollon, sommé de baiser le pied du roi Charles, s'écria : JVe se bi god, jamais par Dieu, et que le sobriquet de bigot vint de là aux Normands : by, par, et god, Dieu. Un peut soupçonner que l'anecdote (ce qui arrive souvent) a été imaginée pour expliquer le mot. Remarquez (et cela s'oppose à l'étymologie) que le mot est commun aux langues romanes : espagn. bigote, moustache (dans le Dictionnaire de l'Académie de 1690 : bigolelle ou bigntere, pièce d'étuffe ou de cuir dont on se sert pour tenir la moustache relevée), hombre de bigote, homme d'un caractère ferme; ital. s-bigollire, effrayer, ùter le courage. Fr. Michel a proposé t>mgoilms. visigoth. Cette étymologie n'est pas sans probabilité; car elle permet, dans bigot, à la fois un terme de mépris et un terme d'éloge; ayant pu, selon le point de vue, exprimer ou un homme méchant ou un homme brave et courageux; d'où l'italien s-bigottire; et le changement du v en b, toujours dit'ticile en français, a pu se faire dans les autres langues romanes, qui Je comportent davantage. Le sens moderne de bigot ne commence, d'après l'historique, qu'au xve siècle.

t 2. BIGOT (bi-go), s. m. Sorte de pioche à deux fourchons.

— hist. xive s. Instrumentum ferreum dictum bigot, du cange, bigo. || xve s. Tenant un bigotz ou pale, id. ib. Le mary d'icelle femme curoit restable à ung engin, appelle bigot, id. ib.

— ÉTYM. Ras-lat. bigo, bigonis, peut-être dérivé de bec, à cause de la forme de l'instrument.

BIGOTERIE (bi-go-te-rie), s. f. La dévotion du bigot. Une bigoterie universelle abattit les courages et endormit l'empire d'Orient, montesq. Rom. 22.

BU

— hist. xvi" s. 11 allégua a son frère pour l'en divertir plusieurs exemples de leur nation qui s'estoit laissée décevoir à telles bigotteries, d'aubigné, ïïist. î, 34. Les moynes, soubz bigotize et faincte dévotion, ne laissent pas défaire de terribles remuements, CARLÛJX, V, 20.

— ÉTYM. Bigot.

BIGOTISME (bi-go -ti-sm') , s. m. Caractère du bigot. Cadogan faisait agir les prédicants, et remuait par leur moyen les passions du bigotisme protestant, st-sim. 496, 255.

— ÉTYM. Bigot.

1 1 . BIGRE ! (bi-gr') , interj. Jurement adouci. Très-

familier (voy. bougre).

t 2. BIGRE (bi-gr'), s. m. Terme d'ancienne coutume. Garde forestier spécial pour la conservation des abeilles. || Chasseur d'essaims dans les forêts.

— HIST. xv s. Avons droit d'avoir et tenir en la dite l'orest [de Conches] ung bigre, lequel peut prendre mousches, miel et cire pour le luminaire de notre dite église, mercher [marquer], couper et abattre les arbres, où elles seront, sans aucun dangier ne reprinse, du cange, bigrus. Ai droit de trois ans en trois ans, quand on met les mouches en ladite forest [de Breteuil], d'envoyer mon bigre avec les bigres du roi, lequel doit estre juré devant le chastelain de Breteuil/ de bien et fidèlement querre lesabeiles et le miel, pour en faire mon besoing, id. ib. Et dudit fief d'Auvergny dépend ung hostel appelle laBigrerie, ou l'hostel aux mouches, id. ib.

— ÉTYM. Bas-lat. bigrus, bigarus. Etymologie inconnue.

BIGUE (bi-gh'), s. f. Terme de marine. Mât ou mâtereau servant à élever des fardeaux à l'aide de poulies ou de cordages qui en garnissent l'extrémité. Il Terme de maçon. Assemblage de deux longues pièces de bois dressées et unies par le haut, où se trouve une poulie.

— ÉTYM. Provenç. biga, bigua, chevron, solive; bas-lat. bigus, biga.

t BIGUER (bi-ghé), v. a. Changer, troquer. Il se dit principalement à certain jeu de caries : j'ai bigué mon as contre le sien; et absolument, voulezvous biguer? Nous avons remis le reversi sur pied, et, au lieu de biguer, nous disons bigler, sév. 237. Vieux.

— ÉTYM. On indique l'anglo-sax. bygan, bycgan, vendre et acheter ; angl. to buy, acheter.

fBIHASTÉ, ÉE (bi-a-sté, stée), ad). Terme didactique. Qui a la forme d'une double lance.

— ÉTYM. Bi pour bis, et hasla, lance (voy. iiaste).

f BlIIOREAU (bi-o-rô), s. m. Espèce de héron.

BIJON (bi-jon), s. m. Terme de pharmacie. Résine liquide qui coule du pin, sans incision, dite aussi périnet vierge.

BIJOU (bi-jou),s. m. H 1° Petit ouvrage d'un travail élégant et d'une matière précieuse, et qui sert de parure et d'ornement. Elle a vendu tousses bijoux. Il 2° Fig. Toute chose élégante et ornée, et, en particulier, petile maison élégante et commode. Le financier la Cour avait fait un bijou d'un vilain lieu et d'une méchante maison que Chamillart lui avait donnée, st-sim. 222, 253. Cirey est charmant, c'est un bijou, volt. Lett. vers, 80. || 3° Fig. et familièrement. Cet enfant est un bijou. C'est le bijou de la famille.

— hist. xvie s. Il ne convient qu'à des femmes et à des comédiens de se parer de bijoux, henri iv dans le dictionnaire de dochez.

— ÉTYM. On a indiqué le bas-bret. bizou, bizou, bezeu, qui signifie bague, et qui vient de : bas-breton, M*; gall.bys, doigt. Le changement d\? ou de zen j, n'est pas facile. Ménage a indiqué bis-jocare, bijouer, de sorte que bijou exprimerait quelque chose qui joue ou qui brille de plusieurs côtés; cette étymologie est approuvée par Diez.

BIJOUTERIE (bi-jou-te-rie), s. f. || 1» Profession de celui qui fabrique les bijoux ou en fait le commerce. H 2° Les objets de ce commerce.

— ÉTYM. Bijoutier.

BIJOUTIER, 1ÈRE (bi-jou-tié, tiê-r; IV de bijoutier ne se lie jamais; au pluriel l'a se lie: les bijoutiers et leurs boutiques ,' diles : les bi-joutié-z et....), s. m. et /. Celui, celle qui monte les pierres sur or; qui fait et qui vend des bijoux. Il Par extension, celui qui porte sur soi des bijoux. Comme il [le garde des sceaux] était extrêmement bijoutier, et qu'il avait toujours les doigts pleins de petites bagues, retz, m, U3. Peu usité en ce dernier sens.

— ÉTYM, Bijou,

BIL 3// 5

tBIJUGUÉ, ÉE (bi-ju-ghé, ghée), adj. Terme de botanique. Qui offre deux couples de parties opposées deux à deux.

— Étym. Bi pour bis, etjugum, joug, couple (voy. joug).

t BILABIÉ, EE (bi-la-bi-é, ée) , adj. Terme d'histoire naturelle. Qui est partagé en deux lèvres.

— etym. Bi pour bis, et labium, lèvre (vov. lèvre). j

t BILAMELLÉ,ÉE(bi-la-mèl-lé,lêe), adj. Terme didactique. Qui est composé de deux lamelles.

BILAN (bi-lan), s. m. || 1° Terme de commerce. Anciennement, livre, sorte de carnet sur lequel les négociants ou banquiers inscrivent ce qui leur est dû et ce qu'ils doivent, ou leurs opérations de diverse nature. Aujourd'hui, compte ou mémoire, dans lequel un marchand expose ses deties actives et passives. Les bilans de cesdeux maisons de commerce. || État de l'actif et du passif d'un négociant en faillite. Déposer son bilan. |[ Fig. L'état du parquet est de peser et de comparer les raisons des parties, et d'établir cette espèce de bilan avec toutes les grâces et les fleurs de l'éloquence devant les juges, st-sim. 453, 122. |] 2° Solde de grand-livre, d'un compte particulier, ou de la clôture d'un inventaire.

— ÉTYM. Ital. biiancio, balance, de bilanx (voy. balance).

t BILATÉRAL, ALE (bi-la-té-ral, ra-1') , adj'.Terme didactique. Qui a deux côtés; qui se dirige de deux côtés opposés, y Terme de jurisprudence. Qui assigne des obligations aux deux parties contractantes. Des contrats bilatéraux.

— ÉTYM. Bi pour bis, et latéral.

BILBOQUET (bil-bo-kè ; le t ne se lie pas dans le

parler ordinaire ; au pluriel Vs se lie : des bilboquets en ivoire, dites: des bil-bo-kè-z en ivoire; bilboquets rime avec traits, jamais, succès, etc.), s. m. || l°Joue1 de bois ou d'ivoire, composé d'un petit bâton qui est terminé par une pointe à un bout et une sorte d'écuelle à l'autre, et d'une boule qui, suspendue au bâton et percée d'un trou, doit être reçue par un bout ou par l'autre du bâton. Jouer au bilboquet. || 2° Petite figure en moelle de sureau ou autre substance très-légère, avec un peu de plomb aux pieds, qui se redresse brusquement, de quelque façon qu'on la pose. || Fig. et familièrement. Le duc d'Orléans, qui se prenait assez aux figures, me répondait sans cesse : mais on se moquera de nous avec ce bilboquet [la Vrillière], nain grosset, monté sur de hauts talons, st-simon, 396, 142. || Familièrement. Se tenir droit comme un bilboquet, se tenir toujours debout. || Se retrouver toujours sur ses jambes comme un bilboquet, se tirer toujours d'affaire quoi qu'il arrive. || C'est un vrai bilboquet, c'est un homme sans consistance. || 3° Terme de typographie. Léger ouvrage de ville, tel que têtes de lettres, cartes d'adresse, factures, etc. || 4° Morceau de fer dans lequel le monnayeur ajuste le flan. || Outil avec lequel le doreur place l'or dans les endroits difficiles à atteindre. || Fragment de pierre bon seulement à faire du moellon.

— HIST. xvie s. Henri III portoit quelquefois à la main un bilboquet dont il se jouoit, Journal de Henri III, p. 89.

— ÉTYM. Bilpour bille, avec une finale qui est sans doute bocquet, fer de lance dans le blason (voy. bocquet).

BILE (bi-1'), s. f. y 1° Matière animale particulière, liquide, amère, jaunâtre ou verdàtre, savonneuse, qui se fait dans le foie, et qui, se rendant dans le duodénum, sert à la digestion. L'eau se jaunit en bile au corps du bilieux, Régnier, Sat. v. Des yeux remplis de bile font voir tout jaune, boss. Connaiss 1, 7. Dont le cerveau est offusqué par les noires vapeurs de la bile, desc. Médit. f.\\ 2° Fig. Mauvaise humeur, colère. Une humeur chagrine décharge sa bile sur eux, boss. Pens. 22. Ils ont une bile intarissable sur les plus petits inconvénients, la bruy. h . Et quel homme si froid ne serait plein de bile.... boil. Sat. 1. Ma bile s'échauffe, mol. Tari. 11, 2. Par lacorbleu! gardez d'échauffer trop ma bile, id. Sgan. i. Modérez votre bile, et vous rendez traitable, iiauteroche, Nobles de Province, 1, I. La bile de l'auteur était encore animée par quelques contestations particulières avec des aristotéliciens, fonten. l.ribnitz. Les plus satiriques et les plus misanthropes sont assez maîtres de leur bile pour se m mager adroitement des protecteurs, id. Dangeau. 11 n'y a que la méchanceté orgueilleuse et hypocrite qui m'a quelquefois émula bile, VOLT. Lell. Berger, 26 l'évr. 1765. j| 3° Bile noire ou mélancolie, sorte d'humeur que les anciens .imaginèrent par suite d'une fausse observation, et dont ils plaçaient le siège dans la

l. — kk

Page 1