SYN. BIZARRE , FANTASQUE , EXTRAVAGANT
L'homme bizarre n'est ni l'homme fantasque, ni l'homme extravagant. S'écarter du goût ordinaire par une singularité non convenable, c'est être bizarre; s'en écarter par une fantaisie qui tout à coup change d'idée, c'est être fantasque; s'en écarter d'une manière contraire au bon sens, c'est être extravagant, LAVEAUX.
— hist. xvie s. Quand cette bonne dame eut connu l'humeur de l'homme, elle le laissa avec ses opinions bigearres et lui dit seulement, desper. Contes, xxxv. Le soldat françois est beaucoup plus bisarre : et ne peut quasi vivre sans se battre, ne monstrant que trop sa valeur contre ses compagnons, lanoue, 2C9. C'est un petit homme bisarre et qui jure en diable, ne parle que d'estrangler mille homes à la fois, d'aub. Fœn. ni, <7. C'est une bizarre pièce, {6. Maladie d'une nature estrange et bigerre, paré, Mr. 23. L'assiette de Luxembourg est fort bisarre, m. du bell. 543. Quelque bigearre et rebours que soit le lieu [emplacement] , il se peut neantmoins ageancer, 0. de serres, 18. Ce mesme meslinge fait le mulet capricieux, bigearre, de difficile conduite, id. 312. Pour rendre la racine de bouïs solide et lui confirmer la beauté de sa blonde couleur et bigearre madreure, id. 556.
— ÉTYM. Berry, bigearre; bigearrer, disputer; espagn. et portug. bizarro, magnanime, vaillant; ital. bizarro, emporté, colère. Notre mot français vient de l'espagnol et il a eu d'abord le sens de vaillant, brave (voy. à l'historique l'exemple de Lanoue). L'italien a, il est vrai, un substantif bizza, colère; mais bizarro n'en peut dériver, puisque le suffixe arr n'est pas italien. Tout porte à croire que le mot est d'origine espagnole ; dès lors deux étymologies s'offrent : le basque bizarra, barbe, décomposé par Larramendi en biz arra (qu'il soit un homme); et l'arabe bâskâret, beauté, élégance, d'où vaillant, chevaleresque, puis les sens de colère, emporté, extravagant
BIZARREMENT (bi-za-re-man), adv. D'une façon bizarre. Voilà comment Je m'entretiens bizarrement, Régnier, Épît.m. De notre amour bizarrement jaloux, Il - >C, peut-être, en se jouant de nous, Ncv.s enrayer.... malfil. Narcisse, ch. iv.
— HIST. xvie s. Les dits curez, un petit plus bizarrement armez, faisoient le premier rang, Sat. Mén. p. 12. y xviie s. Ecoute ce discours tissu bijarrement, Régnier, Sat. vi.
— étym. Bizarre, et le suffixe ment.
BIZARRERIE (bi-za-re-rie), s. f. Caractère de ce
qui est bizarre. La bizarrerie des modes. La bizarrerie de l'humeur. Comprenez-vous de sa part une telle bizarrerie? Que sait-on si l'amour, dont la bizarrerie Se joue assez souvent du fond de notre cœur.... corn. Agésilas, n, 3. Il fallait essuyer les bizarreries d'un peuple flatté, boss. Hist. ni, 5. Nous cherchons notre bonheur hors de nous-mêmes et dans l'opinion des hommes que nous connaissons flatteurs, peu sincères.. ..quelle bizarrerie! labruy. )). Il y a assez d'injustice dans le procédé des hommes, assez d'inégalités et de bizarreries dans leurs humeurs incommodes et contrariantes, boss. La Vallière.
— hist. xvie s. Les jeunes mulets et mules ne tettent tant longuement que les chevaux et asnes, pour leur propre naturel capricieux, lequel les mères ne peuvent souffrir plus que de six ou sept mois, croissans en bigearrure avec l'aage , 0. de serres.
— étym. Bizarre.
j- BLADAGE (bla-da-j'), s. m. Terme d'ancienne
coutume. Quantité de grain payée par un emphytéote pour chaque bête employée au labour.
— ÉTYM. Bas-latin, bladum, blé (voy. blé). BLAFARD , ARDE (bla-far ; le d ne se lie pas :
blafard et défait, dites : bla-far et défait ; au pluriel, Vs ne se lie pas : blafards et défaits, dites : bla-far et défaits; cependant plusieurs prononcent Vs : bla-far-z et défaits), adj. D'un blanc terne. Que les teintes des nuages soient blafardes et livides.... chateaub. Génie, n, v, c. Quand il arrive à un nègre de faire l'amour à une personne de cetie espèce blafarde [Albinos], il est tourné en ridicule, volt. Relat. 178. Car la nature bonne et sage.... A fait sans le secours du fard D'un Vendôme un peu trop blafard Un Vendôme plus beau qu'un
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ange, chaiil. An duc de Ncvers. || Fig. Pour voir ce que produirait une union si blafarde [un mariage entre blonde et blond] , hamilt. Gramm. 9.
— HIST. xiv" s. Ains suis si blaffard et si fade, Qu'il semble qu'aie esté malade, J. bruyant dans Ménagier, t. n, p. 6. Et celui qui en ce excède et veult plaire à chescun, se il le fait de son inclinapion et volonté, sans que il tende à autre fin, il n'a pas nom approprié et par aventure peut estre appelle blafart, oresme, Eth. 50. || xve s. Mais s'il y a qui imputer Li vueille aucun crime ou blafarde, Lieve soy sus et plus ne tarde, Mart. de S. Etienne. || xvic s. Leur urine est quelquefois blaffarde, et de couleur cendrée et fétide, paré, xxn, io. L'ombre.... Luy rend un jour blafard tel qu'aux noires forêts, am. jamyn, liv. iv, Élég. Celui qui....
— étym. Bas-lat. blaffardus, dans un texte du xme siècle, nom d'une monnaie qui paraît répondre à un blanc. Ménage tire ce mot de l'allemand bleifarben, couleur de plomb; mais Die/, propose l'ancien haut-allemand blei-faro, de bleihoubleieh, pâle, etfaro, couleur (d ajouté comme dans homard). Oresme auxiv" siècle a pris blafard dans le sens figuré, de bénin, sans volonté; et dans le xv° siècle on a donné à blafarde la signification de mauvaise action.
BLAGUE (bla-gh'), s. f. || 1° Petit sac dans lequel les fumeurs mettent leur tabac. || 2° Populairement, mensonge, vanterie.
— étym. Gaélique, blagh, souffler.
f BLAGUER (bla-ghé). ||1° V. n. Dire des mensonges, faire des contes. 112" Y. a. Blaguer quel qu'un, se moquer de lui. Ce verbe est du plus bas langage.
— étym. Gaélique, blagh, souffler, se vanter, f BLAGUEUR, EUSE (bla-gheur, gheû-z), s. m.
et f. Celui . celle qui blague. Mot du plus bas langage.
— ÉTYM. Angl. blackguard mauvais drôle ; du gaélique, blaghair, vantard, de blagh, souffler.
BLAIREAU (blè-rô), s. m. |] 1" Mammifère d'Europe, qui est rangé parmi les bêtes puantes (ursus mêles). L'homme n'a pu vivre comme les blaireaux et les lièvres, volt. Mœurs, Saur. Le blaireau est un animal paresseux, défiant, solitaire, qui se retire dans les lieux les plus écartés, dans les bois les plus sombres, et qui s'y creuse une demeure souterraine, buff. Blaireau. || 2° Blaireau, pinceau lait de poil de blaireau, servant pour l'aquarelle; blaireau pied de biche, pinceau servant à vernir ou à lisser le fond sur la porcelaine. || Blaireau, savonnette à barbe faite en poil de blaireau.
— HIST. xve s. En fiel de loups, de regnards et blereaux Soient frittes ces langues venimeuses, Villon, Bail. |] xvie s. Quinze sanglerons, deux blereauz, troys grandz regnardz, rab. Faut, n, 26.
— ÉTYM. L'adjectif kymri blaur, gris de fer, a été proposé; mais comment la diphthongue aie serait-elle devenue ai? Il y a en celtique : cornwall. Wert.loup; gallois, blaidd; et bas-breton, bZei's.lynx, mélange de loup et de chien; mais cela aurait donné blaideau ou blaiseau. Considérant la forme du mot qui, reproduit en latin, donnerait bladarellus, diminutif de bladarius, marchand de blé (de bladum , voy. blé), Diez y voit une dénomination figurée : le petit marchand de blé ou plutôt, comme remarque M. Malin, le petit voleur de blé, à cause des habitudes de cet animal qui, dit-on, emporte beaucoup de blé sarrasin. Dans cette étymologie , il est satisfait à la forme du mot; mais, quant au sens Hguré qui aurait conduit à blaireau, il faudrait quelques intermédiaires qui manquent pour l'assurer davantage.
f BLAIRIE (blè-rie), s. f. Terme de droit féodal. Redevance seigneuriale à raison de la vaine pâture.
— HIST. XIIIe s. Et de la blarie [produit en blé] de montarrage.... du cange, 6toma.N0 [notre] blaverie, m. ib.
— étym. Bas-latin, blaeria, bladaria, de- bladum, blé (voy. ble).
f BLAISEMENT (blè-ze-man), s. m. Voy. blé-
SITÉ.
BLÂMABLE (blâ-ma-bl'), adj. Digne de blâme. Homme action blâmable. De blâmables erreurs. C'est en quoi mon offense est plus blâmable encore, De tromper lâchement un mari qui m'adore, mairet, Sophon. 1, 4.
— ÉTYM. Blâmer.
BLÂME (blà-m'), s. m. \\ 1° Expression de l'opinion, du jugement par lequel on trouve quelque chose de mauvais dans les personnes ou dans les choses. Le blâme et l'éloge. Encourir un blâme sévère. Il ne mérite pas le blâme. Les louanges étaient pré-
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cienses, parce qu'elles se donnaient avec connaissance; le blâme piquait au vif les cœurs généreux et retenait les plus faibles clans le devoir, boss. llisi. m, 6. Épargnez-vous le blâme D'un coup peu convenable à la main d'une femme, rotr. Bèlis. | Imputer à blâme, reprocher à quelqu'un une action comme une faute. Une action ne peut imputée à blâme lorsqu'elle est involontaire, Proo. 4.112° Reproche, tache. Après m'avoir quand je vivais sans blâme, Qui m'aimagénéait infâme, corn. Cid,in,4. H3° Terme de jurisprudence. Réprimande faite par le juge.
— HIST. xi" s. Dist Oliviers : d'ice ne sai-je blasme , Ch. de Roi. lxxxiv. Cil qui là sont n'en deivenl aveir blasme, ib. cxxvm. || xii" s. Par ma foi, Guenes, vous avez blasme grant, Ronc. p. -181.
xi] " s. Il s'en alla en une nef de marcheans et guerpi l'ost, dont il reçut grant blasme, villeh. i.iy. Chose que on ne'puist [puisse] à mal blasme atourner, Berte, m. Et non pourquant jà pour moi ne demourra, ne je ne voel que on m'en mette blasme sus, Chron. de Rains, 102. || xve s. Or fut moult grant blasme [action blâmable] pour les premiers, et mieux leur valsist estre ordonnés à l'ordonnance du vaillant chevalier que ce qu'ils firent, froiss. 1, 1, 286. Je veux bien que vous sachiez que je ne suis pas celle qui fera tel blâme [honte] à l'iiostel où je demeure, louis xi, Nouv. xviii.
— f.TYM. Voy. blâmer; provenç. blasme ;anc. espagn. blasmo; ital. biasimo.
BLÂMÉ, ÉE (blà-mé, mée), part, passé. Jeune homme blâmé par son père. Action blâmée de tous, de chacun. L'inaction de ce général, blâmée de toute l'armée. Blâmé de qui de droit. || Terme de jurisprudence. A qui le juge a fait une réprimande.
BLÂMER (blâ-mé), v. a. || 1° Juger et prononcer que quelqu'un est digne de blâme. La première chose dont il fut blâmé. On le blâma d'avoir ainsi parlé. Blâmer la légèreté de quelqu'un, ou quelqu'un de sa légèreté. On me blâme de ce que.... Je ne vois pas pourquoi l'on me blâme d'obscurité, Desc. Rép. 3. Ne blâmez pas Perrault de condamner Homère, boil. Épigr. 21. Ne savez- vous pas bien que je brûle pour elle, Et que me la blâmer, c'est me faire mourir? malh. v, 23. Je les blâme tous deux d'avoir tiré l'épée, Bien que le ciel ait pris le parti de César, Et que Caton soit mort dans celui de Pompée", maynard, Sonnet sur Pompée et César. Ne blâmez donc pas de fausseté ceux.... pasc. Moyens, * . Je ne puis te blâmer d'avoir fui l'infamie, corn. Ctd,ui, 4. S'il les [ses vœux] pousse trop loin, moi-même je l'en blâme, id. Serlor. ni, 2. J'ai beau vous blâmer, Lui-même il vous défend, vous excuse sans cesse, id. Suréna, 1, 2. Et le roi, plus piqué contie vous que contre elle, Blâmera vos frayeurs et nos légèretés D'avoir osé douter de la foi des traités, in. llod. ni, 2. Je ne puis exciter ni blâmer son courage, volt. Alz. v, 2. || Absolument. Le sénat, dont l'approbation tenait lieu de récompense, savait louer et blâmer quand il fallait, boss. Hisi. 111, c. Il 2"Terme de jurisprudence. Réprimander quelqu'un par autorité judiciaire. |] 3° Se blâmer, r. réfl. Je me blâme d'avoir été si peu prévoyant.
— SYN. BLÂMER, CENSURER, RÉPRIMANDER. Il faut
d'abord mettre à part réprimander, qui indique le blâme infligé par le supérieur à l'inférieur, par le maître à son élevé : un précepteur réprimande son élève inattentif; un ministre réprimande un employé. Entre blâmer et censurer, la nuance est que blâmer est plus étendu et signifie aussi bien le blâme secret que le blâme public; tandis que censurer implique toujours une certaine solennité dans la forme, comme était l'acte du censeur à Rome : vous le blâmez, j'ensuis sûr; mais irez-vous jusqu'à le censurer?
HIST. XIe s. Et altre qui blasmed ait esté, Lois
dr Guill. IÔ. Que» mi parent pur mei seient blasmet, Ck. de Roi. lxxxii. || xii° s. Par eux es blasmez, Ronc. p. 14. Se il s'enfuit, n'en doit estre blâmez, 16. p. 69. Se j'en travail ^souffre], je n'en sai qui blasmer, Couci, H. La peine de mon service Me veuillez guerredonner, Ou trop feriez à blasmer, ib p. <t9. Que [car] mon langage ont blasme li François Et mes chançons, oïant les Champenois, quesnes, Romancero, p. 83. Car tost [nous] en seriens blasme et vil tenu, Sax. xxvm. Li evesque se sunt encuntre lui drecié; De la cruiz l'unt blasme qu'il porte, e chastié, Th. lemart. 38. Engranthumilité devez à curt aler, Que nuls ne vus en puisse reprendre ne blasmer; De pes [paix] en purra l'un vers le rei mielz parler, ib. 3G || xiiic s. Einsi leur failli li vesques d'Ostun et li quens Guis de Forais,
et Pierres Bromons et maint autres assés, qui moult, enfuient blasme, VILLEH. xxxi. Moût [elle] se blasme en son cuer et forment se démente, Berte, cxi. Morans, ce dist li rois, n'en faites à blasmer [vous n'êtes pas à blâmer], ib. cxxxix. Et un pou après monsieur Jehan de Waleri revint, qui blasma le roy et son conseil de ce que il estoient en demeure, joinv. 227. Il xiv" s. Ou se il se cource [courrouce] sans raison ou autrement que par raison, il est à blasmer, oresme, Eth. 43. || xvQ s. Quoi qu'on lui blamast ni desconseillast, le gentil chevalier ne s'en voulut oneques delaier, froiss. i, 1, 16.
— ÉTYM. Provenç. et anc. espagn. blasmar ; ital. biasimare; de blasphemare, qui prit le sens particulier de blâmer (voy. blasphémer). Blasphemare, terme ecclésiastique, ayant passé dans le langage vulgaire, v prit un sens général.
i. BLANC, BLANCHE" (blan , blan-ch'; le c ne se lie pas : blanc et noir, dites : blan et noir; excepté dans cette locution où d'ordinaire on le fait entendre : du blanc au noir, dites : du blan-k au noir; Vs au pluriel se lie : blancs et noirs, dites : blan-z et noirs. Palsgrave au xvi" siècle dit qu'on prononce blan ; et au xvne, Chiffiet recommande de ne pas prononcer le c final, même devant une voyelle), adj. || 1° Qui est de la couleur du lait, de la neige, des pétales de la marguerite. Blanc comme la neige. Cheveux blancs. Dents blanches. Barbe blanche. Vêtement blanc. Robe blanche. Gelée blanche. Suivre de loin de blanches voiles, Voir au ciel briller les étoiles Et sous l'herbe les
vers luisants, v. hugo, F. d'aut. 25 Quand,
selon ta prière, Elle aurait obtenu D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière, malh. vi, )8. || Eau blanche, eau dans laquelle on a mis du son pour faire boire les chevaux. || Terme de pharmacie. Eau blanche, eau dans laqueWe on a mis de l'acétate de plomb ou extrait de Saturne. || 2° Par analogie, il se dit de toutes choses dont la couleur se 1 approche du blanc. Du vin blanc. Pain blanc. Delabière blanche. Un teintblanc. || Viande blanche, le veau, la volaille, le lapin, par opposition à la viande noire ou gibier. || Sauce blanche, sauce faite avec de la farine et du beurre qu'on n'a pas fait roussir. || 3° Propre, net. Mains blanches. Chemise blanche. |] Fig. Mettre quelqu'un en beaux draps blancs, le mettre dans l'embarras : dit par ironie; car mettre dans des draps blancs, c'est bien mettre. Il En termes de marine, cordage blanc, cordage qui n'a pas été goudronné. || Fer-blanc, tôle recouverted'é ain. || Argent blanc, monnaie blanche, toute sorte de monnaie d'argent. || Arme blanche, toute arme offensive autre que les armes à feu. || 4° Qui n'est pas assez noir, assez foncé. L'encre devient blanche. || 5° Sur quoi l'on n'a pas écrit. Papier blanc. Aussi blanche est la page où je notai mes jours; Qu'aurais-je-écrit?... lamart. Joe. il, 56. || Fig. Ah! grâce aux passions que mon cœur se retranche, Puisse toute ma vie être une page blanche! id. ib. Il Fig. Donner carte blanche à quelqu'un, lui laisser toute liberté. Carte blanche, papier non écrit où l'on met ce que l'on veut. || Terme de jeu. Cartes blanches, cartes parmi lesquelles il n'y a pas de figures. J'avais cartes blanches. || Armes blanches. C'étaient jadis les armes d'un jeune chevalier dont l'écu n'était chargé d'aucune armoirie. || Blanc seing, voy. blanc-seing. || Blanc signé, voy. blancsigné. Il 6° Vers blancs, vers qui ne riment pas. Poème envers blancs. Les vers blancs sont inusités dans la poésie française. || 7° Au jeu de quilles, faire chou blanc, ne rien abattre; et, au figuré, ne pas réussir. |j 8° Nuit blanche, nuit passée sans sommeil. J'ai passé trois nuits blanches. Dans ce beau bois.... nous avons des nuits blanches comme à Sceaux, volt. Lett. vers, 6. Peut-être cette locution provient-elle du jeu où l'on fait chou blanc , où l'on amène blanc : nuit blanche, nuit où l'on n'a pas réussi à gagner du sommeil. || 9" Fig. Innocent. Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir, la font. Fab. vn, h. Il Sortir d'une affaire blanc comme neige, s'en tirer d'une manière tout à fait honorable. Mais n'est hérétique qui ne veut; il n'y a qu'à partager le différend et donner une distinction; quelle qu'elle soit, intelligible ou non, elle rendra un homme blanc comme de la neige, montesq. Lett. pers. 29. y Très-familièrement. Il n'est pas blanc, il sera puni, blâmé. || Fig. Se faire blanc de son épée, proprement, se justifier par son épée, comme on faisait dans les combats judiciaires, et, par suite, se prévaloir d'un crédit, d'un pouvoir qu'on n'a pas. Et se faisant tout blanc de son épée, la font, Diable. || 10° Terme d'eaux et forêts. Coupe
à blanc être, coupe de bois où l'on ne réserve ni taillis ni baliveaux. On dit dans le même sens : coupe à blanc estoc, et coupe blanche. || 11° Substantivement, un blanc, une blanche, homme, femme appartenant à la race blanche. Un blanc et un nègre; une blanche et une négresse. Il y a sept lunes que les blancs de la Virginie se sont emparés de nos terres, chateaub. Atala, 319. || 12° Terme des troubles révolutionnaires de France. Un blanc, un homme du parti du drapeau blanc, de l'ancienne monarchie, de la dynastie des Bourbons. || Dans l'antiquité, faction des blancs, une des deux factions secondaires du cirque à Rome et à Constantinople. Il Dans le moyen âge, les Gibelins de Florence. Il Proverbes. C'est bonnet blanc et blanc bonnet; c'est-à-dire il n'y a pas de différence. || 11 a mangé son pain blanc le premier; c'est-à-dire il a été heureux d'abord, il ne l'est plus. || Rouge soir et blanc matin, c'est la journée du pèlerin; c'est .1 dire, quand le ciel est rouge le soir et blanc le matin, la journée ordinairement sera belle.
— HIST. et ÉTYM. Voy. le suivant.
2. BLANC (blan ; le c ne se lie pas) , s. m. || 1" La couleur blanche. Distinguer le blanc du noir. Tirer sur le blanc, être blanchâtre. Ce papier est. d'un beau blanc. Blanc sale, blanc dont l'éclat est terne. Il Saigner quelqu'un jusqu'au blanc, le saigner jusqu'à ce que le sang devienne moins rouge ; et, tigurément, lui enlever ses dernières ressources. On dit quelquefois, dans le parler négligé, saigner à blanc. Il Mettre à blanc, dévaliser, ruiner. Sache que dernièrement allant à la picorée, je me ruai dans la case d'un pauvre manant et non content de l'avoir mis à blanc... La seconde partie du Courrier polonais, 1649, p. 5. Il Fig. ei familièrement. Aller, passer du blanc au noir, passer d'une opinion à l'opinion contraire, d'une extrémité à l'autre. Voilà l'homme en effet, il va du blanc au noir, boil. Sal. vin. Il Si vous lui dites blanc, il répond noir; il se plaît à contredire. || Voir tout en blanc, voir les choses sous un aspect favorable. Le duc de Chevreuse toujours équanime , toujours espérant , toujours voyant tout en blanc, st-sim. 322, 209. || Mettre du blanc sur du noir, écrire, faire des livres, avec un sens de raillerie. Le voilà fierdepuis qu'il met du blanc sur du noir. || 2" Substance qui sert à peindre. Blanc de céruse, blanc de plomb, nom vulgaire du carbonate de plomb. || Blanc de fard ou, simplement, blanc, sorte de fard qui teint la peau en blanc. Mais elle met du blanc, et veut paraître belle, mol. Mis. ni, 6. Point d'autre rouge sur son visage que celui que causait la pudeur, ni de blanc que celui que donne l'abstinence, boss. I'ensécs chrét. 4 3. Loin ces études d'oeillades, Ces eaux, ces blancs, ces pommades, Et mille ingrédients qui font des teints fleuris, mol. Éc. des F. ni, 2. || Blanc de fard est l'ancien nom du sous-azotate de bismuth. || Blanc de chaux, eau dans laquelle on adélayé de la chaux, et avec laquelle on blanchit les murailles. |[ Craie. Faire une croix à une porte avec du blanc. || Fig. Marquer de blanc une journée, la compter parmi les jours heureux; locution tirée de l'habitude des Romains de marquer les jours heureux avec de la craie. || Au billard, morceau de craie avec lequel on frotte le bout de la queue pour rendre les coups plus sûrs. Mettez du blanc à votre queue. Passezmoi le blanc. Il A blanc, locut. adv. De manière à devenir blanc. Chauffer à blanc, chauffer jusqu'à ce que la chaleur soit assez forte pour faire passer le métal du rouge au blanc. || 11 a gelé à blanc, il y a eu une gelée blanche. || Poudré à blanc, poudié do façon que la couleur des cheveux ne se voie plus. On voit Caton poudré à blanc et Brutus en panier, J. j. rouss. llél. 11, 17. y Mets au blanc, mets accommodé à la sauce blanche. || 3°Vètements blancs. Ils étaient tous vêtus de blanc, fén. Tél. ix. || Vouer un enfant au blanc, faire vœu, enl'honneur de la Vierge, de le vêtir de blanc jusqu'à un certain âge. || 4° Le blanc de l'œil, le blanc des yeux, la partie blanche de l'œil qui est formée par la portion de la sclérotique revêtue de la conjonctive. Le duc de Chevreuse rougit jusqu'au blanc des yeux, il s'embarrassa, il balbutia, st-sim. 192, 64. || Regarder quelqu'un dans le blanc des yeux, le regarder fixement. Il Fig. lisse sont mangé le blanc des yeux, ils se sont violemment querellés. Si Sa Majesté avait la bonté de nous laisser manger le blanc des yeux, sév. 176. On se mange dans Pans le blanc des yeux fort mal à propos, volt. Int. Mmedu Deffant, 24 OCt 1772. Il Celui qui n'a pas de blanc dan, l'o il, le diable, qui, suivant la croyance populaire <.. 1 l'œil tout noir. 11 5° Un blanc d'œuf, la | reu.se, albumineuse de l'œuf. ||6° Un blanc de pou-