CARL. V
— ÉTYM. Blanc, signé.
f BLANCS-MANTEAUX (blan-man-tô) ,s.m. plur.
Moines appelés autrefois Guillemites, établis à Paris.
— ÉTYM. Ainsi dits à cause de leur habit blanc. f BLANC- SOUDANT (blan-sou-dan) , s. m. La
dernière teinte que prend une barre de fer avant sa fusion ; elle passe d'abord au rouge, puis au rouge cerise, au rouge blanc, et enfin au blanc-soudant. |1 Adjectivement et invariable, la couleur blanc-soudant. Donner une chaude blanc-soudant, legoarant.
— ÉTYM. B'anc, et sans doute souder.
f BLANC-TAPIS (blan-ta-pi), s. m. Ancien nom
d'une maison de jeu. || Au plur. Des blancs-tapis.
— étym. Voy. TAPIS.
f BLANDICES (blan-di-s') , s. f. plur. Flatteries
pour gagner le cœur; charmes, jouissances. Je trouvais à la fois dans ma' création merveilleuse toutes les blandices des sens et toutes les jouissances de l'âme, chateaubr. dans le Dict. de poitevin. || Vieux.
— HIST. xvc s. Adulacion n'est autre chose, fors, foinctement par mençonge, loerautrypar controuvée blandice , christ, de pisan , Hist. de Ch. V, part, il, ch. 18. || xvr s sans avoir pu estre esmue par la mémoire des blandices, compagnes d'un nouveau mariage, yver, p. 5GG. Toutes ces blandices ne sont qu'autant de pièges à leur liberté, mont, dans le Dict. de poitevin.
—ÉTYM. Blanditix, deblandiri, flatter, faire des caresses. Au reste, blandir était un ancien verbe : xme. s. Tant [il] les blandi et losenga Que avoec lui les a menés, Lai de Melion. Dame Hersent lor vint devant, Si les a blandiz et proiez, flen.457. || xve s. Es grans cours fault souvent faire le sourt, Qu'on ne voit rien, et qu'on ne scet parler, Autrui blandir.... e. desciiamps , De la manière d'estre à la cour. Le substantif blandices et le verbe blandir sont à regretter.
1 . BLANQUE (blan-k') ,s.f. || 1° Jeu en forme de loterie , et dont les billets gagnants correspondent à des chiffres déterminés. Ainsi qu'en une blanque où par hasard on tire, Régnier, Sat. m. || Fig. Hasard. À la blanque , à tout hasard. Cette locution a vieilli. || 2° Dans les jeux où l'on tire au sort, coup où l'on n'amène rien.
— ÉTYM. Bianca, ainsi dite de bianco , blanc (voy. ce mot), parce que les billets blancs y sont plus nombreux que les billets noirs.
f ■>. BLANQUE (blan-k'), s. f. Variété de raisin.
f BLANQUET (blan-ké), s. m. || 1° Terme de pêche. Blanchaille. || 2°Terme d'agriculture. Maladie des jeunes oliviers. || 3° Poire d'une médiocre-qualité.
— ÉTYM. Autre forme de blanchet.
BLANQUETTE (blan-kè-f) , s. f. || 1" Petite poire
qui a la peau blanche. || 2° Sorte de raisin qu'on nomme autrement chasselas doré. || 3° Petit vin blanc et pétillant du Languedoc. Blanquette de Limoux. || 4° Ragoût de veau ou d'agneau à la sauce blanche. Se nourrir d'une blanquette de veau, volt. Dial. 16. || 5" Sorte de soude qui se prépare en France. || 6° Produit de la première distillation de l'eau-de-vie.
— HIST. xvic s. Sur tous lesquels vins paroissent les musquats et blanquetes de Frontignan et Miravaux en Languedoc, o. de serres, 145.
— ÉTYM. Blanc.
| BLANQUIEH (blan-kié), s. m. Ouvrier qui fait
des mouvements d'horlogerie en blanc.
\ BLANZÉ (blan-zé) , s. m. Variété de blé du nord de la France.
— ÉTYM. Brace, blé, mot qui, dans les auteurs latins, est donné comme gaulois (voy. brasser 1).
BLAQUE (bla-k'), s. f. Voy. blague.
f BLAQUET (bla-kè), s. m. Terme de pêche. Fretin qui sert à amorcer les lignes; et aussi petits poissons bons à manger. A Dieppe on vend du blaquet.
— ÉTYM. Autre prononciation de blanquet. BLASÉ, ÉE (blâ-zé, zée), part, passé. Un homme
blasé. Un estomac blasé. Vous ne ramènerez pas au
vin de Bourgogne des gens blasés qui s'ei
de mauvaise eau-de-vie, volt. Leur. Tout aille,
5 juill. 1774. || Blasé par les voluptés. Je frémis lorsque j'entends un de ces citoyens, blasé sur les plaisirs, se dire : je m'ennuie.... dider. Ess. sur Claude, liv. il. Ainsi la pointe de la douleur est émoussée, non que le cœur soit blasé, non que l'âme soit aride.... stael, Corinne, liv. il, ch. 4. Enfin, ivre, énervé, ne sachant plus que faire, Sans haine, sans amour, et toujours, 6 misère! Avant la fin du jour blasé du lendemain, v. hugo, Crépuscule, 13.
BLASER (blâ-zé), v. a.\\ 1° Emousserles sens par. des excès de jouissances. Sans risquer de leur blaser lepalais, J. J. rouss. Ém. il. || 2" Fig. Au moral, rendre à la longue le cœur insensible à ce qui devrait le toucher. Celui-ci est blasé par l'excès des plaisirs, celui-là par l'habitude de la honte. || 3° Se blaser, v. réfl. Mme de Vendôme mourut le 1 1 avril, sans testament ni sacrements, de s'être blasée surtout de liqueurs fortes, st-sim. 484, 1. || Fig. Se blaser sur les vrais plaisirs. |) On dit se blaser de, et se blaser sur.
— ÉTYM. Origine douteuse. On trouve, dans Du Gange, blas, sot, dépourvu de sagesse; mais le sens ne se prête pas à la dérivation; il n'en est pas de même de i'anglo-saxon blase ou blœse, brandon, anglais, toblaze, brûler , bas-latin blascrius, incendiaire. Le sens propre de blaser paraît être brûler; c'est celui que lui donne St-Simon dans l'exemple ci-dessus rapporté; et dans plusieurs provinces blaser est un terme pour signifier brûler, dessécher, lorsque cet effet est produit par l'usage excessif des liqueurs fortes. Faudrait-il rapporter à blaser cet exemple du xive siècle : Prince, après ce qu'on eust mangié Et bu tant qu'on estait blecié, Vont estuver li pèlerin , viriville, Isabelle de Bavière, p. 9.
BLASON (bla-zon), s. m. || 1° L'ensemble de ce qui compose l'écu armoriai. Un antique blason. On prendrait la poule d'eau pour un oiseau en blason, tombé de l'écu d'un ancien chevalier, cuateaub. Génie, i, v, 7. L'étranger briserait le blason de la France! v. hugo, Odes, m, 7. D'après mon blason Je crois ma maison Plus noble ma foi Que celle du roi, bérang. Carab. || 2° La connaissance de tout ce qui se rapporte aux armoiries. La langue du blason, qui se lie à l'histoire et à l'archéologie, se lie aussi à l'étude du français à cause du nombre de mots anciens et de vieilles formes qu'elle a conservés. || 3° Blason des couleurs, explication de ce que les couleurs signifient, comme l'argent qui est le blanc signifie espérance, pureté, innocence, humilité.
— HIST. xne s. Teinz ne blasons ne le puet contrester, llonc. p. 61 . De sous la boucle [il] li perce le blazen; El cors li met le pan del confanon , Baoul de C. 98. || xme s. Et se ferirent sous les blasons si roidement que il rompirent poitraus et chaingles [sangles] et se portèrent à terre par dessus les crupesdes chevaus, Chron. de Rains, p. 65. Quiconques veut estre blasonier à Paris, c'est assaveir ouvreres et cuireres de selles et de blasons, estre le puet, Liv. des met. 2I9. || xive s. Les lances en leur poins,au col le blazon,RAYNOUARD, Lexique. || xvies. Aussi n'est-il blason, tant soit infâme, Qui sceust changer le bruit d'honneste femme, Et n'est blason, tant soit plein de louange, Qui le renom de folle femme change , marot, ii, 56. Il feit honorablement inhumer les os de ceulx qui estaient morts en ceste guerre, et luy mesme feit le blason funèbre à leur louange selon la coustume, amyot, Perte. 54. On treuve encore aujourd'huy un blason ou harengue funèbre qu'il feit devant le peuple à la louange de son filz, id. Fab. 3. Phebus lui donna l'esprit poétique pour repondre promptement en se défendant contre le blason que sa dame avoit si finement et deliberéement songé contre lui, desper. Contes, lxvi.
— ÉTYM. Provenç. bleso, blizo; espagn. blason, armes et gloire; portug. brasâo; ital. b'asone. Blason signifie bouclier, écu, et armes peintes sur l'écu; puis, sens perdu aujourd'hui, louange ou blâme. D'aprèsDiez, del'angl. sax. blxse, flambeau, d'où éclat, écu orné; d'après d'autres, de l'ail, blasen, sonner du cor. Le sens premier est écu orné.
BLASONNÉ, ÉE (bla-zo-né, née), part, passé. || 1° Expliqué conformément au blason. || 2° Moqué, blâmé.
f BLASONNEMENT (bla-zo-ne-man) , s. m. Action de déchiffrer les armes d'un écu.
— ÉTYM. Blasonner.
BLASONNER (bla-zo-nô), v. a. || i° Expliquer le
blason ou les parties des armes d'une maison ou d'une province en termes propres et suivant l'art. || Expliquer le sens des symboles, de l'émail, des : du blason. || 2" Fig. et familièrement, médire, blâmer, critiquer. On l'a blasonné à la cour J
BLA
et à la ville. Ainsi l'ont dit les malins huguenots, Qui du papisme ont blasonné l'histoire, volt. Mute du pape. || 3° Se blasonner, v. réfl. Être expliqué suivant le blason. Les armes de France se blasonnaient ainsi : trois fleurs de lis d'or en champ d'azur, deux en chef et une en pointa.
HIST. xve s. Luy remontrant le droit qu'il avoit
en ce beau royaume de Naples, qu'il luy sçavoiJ bien blasonner et louer, comm. vu, 2. Par sainte Marie la belle, Je l'ay armé et blasonné, Si qu'il le m'a presque donné, Patelin. Mademoiselle, dit-il, vous blasonnez très-bien mes armes; je ne sais qui vous meut, car je ne vous ai pas fait déloyauté que je sache, louis xi, Nouv. xxxi. Les vertus ne doivent estre celées ne esteintes, mais en commune audience publiquement blasonnées , id. ib. xxxiv. || xvie s. De moy mesdit par tout injustement, Et me blasonné, marot, i, 379. One ne voulut Chancles luy donner Dix escus seuls, pour ne le blasunner D'estre l'aisné des enfans de sa mère, amyot, Nicias, 7. Je vous recommande par testament que vous ne laissiez point perdre les vieux mots et que vous les défendiez contre ces marauds qui ne tiennent pas élégant ce qui n'est point ecorché du latin et de l'italien, et qui aiment mieux dire collauder, contemner, blasonner, que louer, mépriser, blasmer, d'aubigné, Préface des Tragiques.
— ÉTYM. Blason; ital. blasonare. On voit que d Aubigné .blâme blasonner, au sens de dire du mal (ou du bien), comme un mot nouveau tiré de langues étrangères. Il se trompait en cela , et le mot est beaucoup plus ancien qu'il ne croyait.
f BLASONNEUR (bla-zo-neur), s. m. || 1° Celui qui blasonné. Les anciens blasonneurs, les vieux auteurs qui ont écrit du blason. || 2° Celui qui critique, qui censure.
— HIST. xvie s. Aux grands assauts acquiert on les honneurs, Et tant plus sont aigres les blasonnaurs, Plus le constant a de los méritoire, marot dans bescherelle.
BLASPHÉMATEUR. TRICE (bla-sfé-ma-teur, tri-s'), s. m. et (. || 1° Celui, celle qui blasphème. Le dieu, poursuivant sa carrière, Versait des torrents de lumière Sur ces obscurs blasphémateurs, le franc depomp. Odes, m, i.Mais du Dieu trois fois saint notre injure est l'injure ; Faut-il l'abandonner au mépris du parjure, Aux langues du sceptique ou du blasphémateur? lamart. Harin. i, 6.\\i°Àdj. Des cris blasphémateurs.
— HIST. xne s. Li homicides et li blastemeres de très cruele mort mori , Machab. il, ch. 9. || xvc s. Par l'opinion et délibération desquels trouvèrent les dits juges icelle Jeanne superstitieuse, devineresse de diables, blasphemeresse en Dieu et en ses saints et saintes, monstrel. ii, ch. 105. ||xvies. Quelque disciple de Porphyre, ou autre blasphémateur, calv. Instit. 783.
— ÉTYM. Blasphémer; provenç. blasmairc, blasmador; ital. biasimalore. L'ancien français blastemere est au nominatif; le régime est blaslemeor. En provençal aussi, blasmaire est au nominal f, et blasmador au régime.
BLASPHÉMATOIRE (bla-sfé-ma-toi-r'), adj. Qui contient des blasphèmes. Écrit, proposition blasphématoire. Ne crains point les paroles blasphématoires des officiers du roi d'Assyrie, volt. Plnl. iv, 419.
— HIST. xvie s. Nostre arrogance nous remet tousjours en avant cette blasphemeuse appariation ,mun r. il, 268. Quelcun possible dira que je n'ay pas encore amené raison, pour refréner ceste excuse blasphématoire que je condamne, calv. Instit 765.
— étym. Blasphémer.