BRUME
BHUMAL , ALE (bru-mal, ma-P), adj. D'hiver; qui appartient a l'hiver. Plante brumale. Peu usité en général, et inusité au pluriel masculin.
— ÉTYM. Voy. BRUMAIRE.
f BRUMASSER (bru-ma-sé), v. impers. Terme de marine. Il brumasse, l'atmosphère est chargée d'un léger brouillard.
— étym. Brume.
BRUME (bru-ru'), s. f. Brouillard, surtout en parlant des brouillards de mer. Les brumes épaisses qui régnent dans les mers des régions arctiques. Toujours plane une brume Sur cette mer.... v. hugo, Orient. 1. 1| Brume sèche, brouillard qui ne dépose aucune humidité. || Fig. et poétiquement. Si quelque brume obscurcit votre aurore , Leur disait-on , attendez le soleil, bérang. Suicide. || Proverbe. Dans la brume tout le monde est pilote, c'est-à-dire, quand personne n'en sait plus que les autres, personne ne peut prendre la direction, et aussi dans le désordre tout le monde ordonne.
— HIST. xiv° s. Si que ces tempestes cessèrent, Mais tels brumes i engendrèrent, Telz ordures et telz
fumées, Qui ne furpnt gueres amées, machault, p. 72. y xvie s. Sept jours devant et sept jours après brume [le solstice d'hiver] , jamais n'y ha sus mer tempeste, rahel. dansLACURNE sainte-palays. Cela estoit au temps de la brume, environ le quatorzième décembre, au solstice hyvernal, lorsque le soleil est au tropic du capricorne, .Hector, roman, p. 75, dans lacurne sainte-palaye.
— ÉTYM. Provenç. bruma; catal. broma; espagn. et ital. bruma; walaque, brume, givre; bas-bret. brumen, brouillard; de bruina, solstice d'hiver, hiver (les étymologistes latins tirent bruma de brevissuma, brev-u-ma, lejourleplus court). On conçoit comment bruma, l'hiver, a donné son nom à la brume. Déjà dans les Gloses d'Isidore brumosus se trouve avec le sens de pluvieux.
| BRUME, ÉE (bru-mé, niée), adj. Terme de pêche. Morue brumée, morue couverte d'une poussière brune.
— ÉTYM. Brume, par métaphore.
f BRUMER (bru-mé), r. impers. Terme de marine. Il brume, le temps est plus ou moins chargé de brume.
— ÉTYM. Brume.
BRUMEUX, El'SE (bru-meû, meù-z'), adj. Couvert de brume, de brouillard. Temps brumeux.
— ÉTYM. Brume; provenç. brumos.
BRUN, BRUNE (brun, bru-n'; Yn ne se lie pas: brun ou blond, dites : brun ou blond; si brun se trouvait devant son substantif, ce qui n'arrive presque jamais, l'n se lierait : un brun n-Allemand, brun ayant le son du nom de nombre un; au plur. Vs se lie : bruns et blonds, dites : brun-z et blonds), adj. H 1° Qui est d'une couleur de châtaigne foncée tirant sur le noir. || Invariable dans les locutions de ce genre : des étoffes brun foncé. || La couleur brune. Cette étoffe est d'un beau brun. || Brun de montagne, terre d'ombre. Brun rouge, ocre dont on se sert dans la peinture. || 2° Familièrement. Il commence à faire brun, la nuit vient. || S. f. La brune, le moment du jour où il commence à faire brun. Les heures s'envolaient; et l'aurore et la brune Te retrouvaient toujours dans ce chemin perdu, a. de musset, dans le Dict. de dochez. || À la brune, sur la brune, loc. adverb. Au déclin du jour. Un petit laquais était sorti sur la brune, hamilt. Gramm. 9. Hier au soir, sur la brune, Un chat-huant s'en vint votre fils enlever, la font. Fabl. ix, t. Avanthier, advint que de fortune Je rencontrai ce Guignard sur la brune, volt. Hijpocr. || 3" En parlant du teint et des cheveux, qui offre une légère nuance de noir J'ai le teint brun, mais assez uni, le front élevé, la rochef. Portrait. || Substantivement, personne qui a le teint et les cheveux bruns. Un brun. Une brune. Une petite brune vive et piquante, j. j. rouss. Ém. v. Plus d'un brun à large poitrine, bérang. Grég. En secret un brun m'accompagne; Tout se découvre; adieu mon roi, id. Cartes. || Aller de la brune à la blonde, être inconstant dans ses amours.
— hist. xie s. Neirs les chevels [cheveux] il ot et auques bruns, Ch. de Roi. cclxxix. Dreites ces hanstes, luisant cil espié brun [poli], 16. lxxx. [Il] fiert Charlemagne sur l'haume d'acier brun , ib. cclxiii. Il xii" s. [Cheval] baucent ou b^un, Bonc-. p. 133. E un suen escuiern'i volt il oublier, Rogierde Brai, un brun, un prode bachelier, 27t. lemart.is. \[ xmes. Et li bruns airs esclaircis Par la lune.... Ane. poésies dans lacurne ste-palaye. Nus toissarans ne puet tistre à Paris camelins bruns et blancs, se il n'est.... I,. des met. H8. Si surcil sont brun et petit; Onques nus nom plus bel ne vit, FI. et Bl. 2853. Il xve s. Il estoit toute nuit et faisojt moult brun et moult espais, froiss. i, i, 292. Et sur la brune rencontrèrent en leur chemin de cinq à six cents combattants de leurs ennemis, msnstrel. liv.n, ch. 102. Certes, nennil, vostre vie est trop brune [mauvaise], e. desch. Poésies mss. f° 357, col. 3, dans lacurne ste-palaye. C'estoit en hiver, et faisoitbrun et noir, louis xi, Nouv. lui. Faulte de blanc pain faict aulcunes fois manger le brun, Perceforest , t. vi, f" 76, dans lacurne ste-palaye. Il xvie s. Voyant cette fille assez belle, pour une claire brune, marg. Nouv. lui. Se doubtant bien que les ennemis, sur le soir, quand il commencerait à faire brun, se retireroient à la file un à un, amyot, Philop. 24. Je veux mourir pour le brun de ce teint, rons. 27.
— ÉTYM. Provenç. brun; espagn. et ital. bruno ; de Pane, haut allem. brun; aliéna, mod. braun. Le sens radical de brun est brûlé (voy. brunir).
f BRU.ÂTRE (bru-nà-tr'), adj. Tirant sur le brun.
— ÉTYM. Brun, et la désinence dégradative dtre.
f BRUNE (bru-n'), i. f. Terme de pêche. Poisson du genre des labres.
BRUNELLE (bru-nô-1'), s. f. Terme de botanique. Genre de la famille des labiées. La brunelle commune et la brunelle à grandes fleurs sont les deux espèces les plus répandues. On dit aussi prunelle
BRUNET, ETTE (bru-nè, nè-t'), s. m, et f. || 1° Petit brun, petite brune. Autant qu'une plus blanche il aime une brunette, Régnier, Sat. vu. || 2" Brunet, s. m. Espèce de merle. || 3" Brunette, s. f. Espèce de bécasseau. || 4° Anciennement, brunette, petite chanson tendre et d'un goût naturel et délicat.
— HIST. xne s. La dameiselle ot non Lunete, Et fu une avenanz brunete, ciirestien de troies dans holland, Chrestien de Troies, p. 75. || xine s. Car ausinc bien sunt amoretes Sous buriaus comme sous brunetes [étoffe fine presque noire], la Rose, 4348. Desous le front sont li sorcil Brunet et estroit et soutil, Bl. et Jeh. 263. Prenez garde à celui qui chanta cest motet; S'avoie à faire ami, le feroie brunet, Salut d'amors, jubinal, t. 11, p. 239. ||xves. Si fut enfant.... de joyeux visaige, un peu sur le brunet et assez coulouré, Bouciq. 1, ch. 2. j'schateray, ou gris, ou verd, Et pour un Manchet, Guillemette, Me faut trois quartiers de brunette, Patelin. || xvie s. Allégez moy, douce, plaisant brunette, marot, iii, 119. La brunete Marguerite, id. m, 135. J'aime la blanche et j'aime la brunette, yver, p. C27.
— étym. Diminutif de brun; bourguig. breugnotle.
1. BRUNI, IE(bru-ni, nie), part, passé. || 1" Rendu brun. Un teint bruni par le soleil. || 2° Poli. Or bruni. Et toute son armure, emblème de malheur, Était de fer bruni, sans or et sans couleur, guibert, Jlourbon, iv, 9.
2. BRUNI (bru-ni), s. m. Terme d'orfèvrerie. Le poli, par opposition au mat.
— ÉTYM. Brunir.
BRUNIR (bru-nir), v. a. J 1 1° Rendre brun. Mais déjà l'ombre plus épaisse Tombe et brunit les vastes mers, lamart. Méd. 1, 21. || Peindre en brun. Faire brunir une voiture. || Brunir de l'acier, signifie quelquefois faire subir à l'acier une préparation qui le rende plus brun. || V. n. Devenir brun. Il a bruni. Il Se brunir, v. réfl. Devenir brun. || 2" Rendre brillant par le poli. Brunir de l'or, de l'argent. || Saupoudrer de gypse calciné la baudruche destinée à recevoir l'or battu. || Terme de vénerie. Se dit du cerf, frottant son bois pour le dépouiller de la peau morte. Ce cerf brunit son bois. [[ 3° Se brunir, v. réfl. Devenir brillant. Cette sorte d'or se brunit mieux.
— HIST. xie s. Franceis i fièrent des espiez brunissans, Ch. de Roi. cxxm. || xiie s. Toz vos images [je] fis faire d'or bruni, Ronc. p. 141.11x111° s. Que nuls ne puisse nulles vielles euvres reparer ne brunir, ne vendre pour nueves, sus peine de perdre les, Liv.desmét. loi. Quiconques est fremailliers de laton, et il fasse oevre qui ne soit bruntie que d'une part, si comme de fermaus rons, celé oevre n'est mie souffisans, ib. 96. Cilz deux lieux Sbnt faiz à pugnir Tous ceulx qui fai lient à venir A ces biens souverains ensemble, Qui pevent blanchir et brunir Tout homme.... j. de meung, Très. 532. j| xive s. De la mâche [massue] déferle feri li marehis, Pardessore le hiaume, qui bien estoit burnis, Baud. de Seb. iv, (58. |] xvie s. Comme un myroir par son lustre bruny, Monstre.... J. marot, v,20O. L'esprouvette, estant sur l'os, glisse comme sur quelque chose brunie et polie, paré, xi, 22. Il [amour] fit son trait de ton œil brunissant, rons. 73.
— ÉTYM. Brun; Berry, brunezir; provenç. brunir et bornir ; espagn. brunir, bronir; ital. brunire ; moyen-allem. brinnen, rendre brillant. Dans l'ancien haut-allemand brun signifie à la fois brun et brillant; ancien Scandinave, bruni, incendie, feu. On conçoit comment le même radical a pu donner brun, ce qui est noirci par feu, et brunir, rendre brillant comme le feu, d'où polir.
t BRUNIS (bru-ni), 4'. m. Terme de métier. L'effet du bruni.
— ÉTYM. Brunir.
BRUNISSAGE (bru-ni-sa-j') , s. m. Action de brunir, de polir.
— ÉTYM. Brunir.
BRUNISSEUR, EUSE (bru-ni-seur, seû-z'), s. m. et f. Celui, celle qui brunit les ouvrages d'or et d'argent.
— HIST. xve s. L'espée estoit plus clere et plus luysante que s'clle venoit des mains du brunisseur, Perceforest, t. vi , f° r»i , recfo, col. 2, dans lacuunb