‹ Dictionnaire de la langue française contenantChapitre 331 sur 462 · CITA · texte numérisé non relu

CITA

voies détournées du droit chemin. D'un certain magister le rat tenait ces choses, Et les disait à travers champs, la font. Fabl. vm, 9. || Se sauver à travers champs, essayer d'échapper par des subterfuges à une question pressante. || Familièrement. Courir les champs, errer dans la campagne. || Fig. Quitter son logis, errer de lieux en lieux. Mme de Mazarin court les champs de son côté, sév. 240. Et dans un autre sens figuré, être compromis. Son honneur? ah I il y a longtemps qu'il court les champs. || Fou à courir les champs, réellement fou. || Fig. et familièrement. Être aux champs, être en colère ou en grande perplexité. Un rien le met aux champs. Il se met aux champs pour rien. Voila M. le duc aux champs et le roi en colère qui voulut savoir qui était du souper, st-sim. 42, 248. || 4° Terme militaire. Battre aux champs, battre la marche, ou pour rendre les honneurs. Quand le duc d'Anjou [roi d'Espagne] sortait ou rentrait, la garde battait aux champs, st-sim. 83, 83. || Fig. Battre aux champs, prendre la campagne. L'armée est assez forte Pour faire corps et battre aux champs, la font. Coupe. || 5° Le lieu où se livre une bataille. Champ de bataille. Quitter le champ de bataille. Mourir ou rester sur le champ de bataille. Laissant le champ libre à l'ennemi. Le prince au champ de Mais, Chaque jour, chaque instant, s'offre à mille hasards, corn. Héracl. i, f. Dans ton champ de bataille, aux yeux de ton armée, id. Rod. iv, 4. Toi qui connais ce peuple et sais qu'aux champs de Mars Lâchement d'une femme il suit les étendards, id. ib. il, 2. Quel champ couvert de morts me condamne au silence? bac. Iphigén. iv, 4. Qu'il me tarde déjà d'être au champ de la gloire, D'aller aux ennemis arracher la victoire! regnard, Folies amour, m, io. Un guerrier expirant au champ d'honneur, dans la force de l'âge, peut être superbe [en statue], chateaub. Génie, ni, I, 5. || Fig. et familièrement. Il prend, il choisit bien son champ de bataille, il prend ses avantages II reste toujours maître du champ de bataille, il a toujours le dessus dans un débat. Dans le même sens, le champ de bataille lui est demeuré. || 6° Champ ou champ clos, lice, lieu fermé de barrières, soit pour les duels judiciaires, soit pour les tournois. Ouvrir le champ, y admettre les combattants. Faites ouvrir le champ, vous voyez l'assaillant, corn.. Cid, iv, 5. Les deux généraux et les deux armées semblaient avoir voulu se renfermer dans des bois et dans des marais pour décider leur querelle comme deux braves en champ clos, boss. Louis de Bourbon. Ceux qui perdaient le champ étaient les vaincus, voltaire, Mœurs, •107. || Prendre du champ, prendre de l'espace, de l'élan. Ils prirent du champ et coururent l'un sur l'autre avec furie, chateaubr. Dern. des Abenc. •185. || Fig. et familièrement. Avoir encore du champ devant soi, avoir des ressources, le temps, les moyens de se tirer d'affaire, n'être pas encore au moment critique. || Être à bout de champ, n'avoir plus de ressources. || 7° Tout théâtre où il se débat quelque chose. Sans entrer dans le champ j'attends que l'on m'a;saille, Régnier, Ép. n. Viens combattre eu champ clos aux joutes du barreau, boileau, Lutr. vi. Je Lusse aux plus hardis l'honneur. de la carrière, Et regarde le champ assis sur la barrière, id. Ép. I. Ouvrir sur cette table un champ au lansquenet, id. Sat. x. Je vous fermais le champ où vous voulez courir, rac. Iph. iv, 6. ||8° Espace libre, carrière, sujet. Le champ de la gloire. Un champ où l'éloquence puisse se déployer. Un vaste champ s'ouvre a votre activité. Le champ est ouvert aux soupçons. Laisser le champ libre à l'injure. Ils me laissent le champ libre pour faire ce qui me plait,

sev. es Par quel caprice Laissez-vous un champ

libre à votre accusatrice? rac. Phèd. v, t. Sylla

N'a fait qu'ouvrir le champ à César et Pompée, corn. Cinna, il, i. Vous ave^ le champ libre, mol. Mis. m, d. Et laissent .un champ libre à leur persévérance, id. Fdch. il, 4. Et l'aigreur de la dame à ces sortes d'outrages Dont la plaint doucement le complaisant témoin , Est un champ à pousser les choses assez loin, id. Éc. des maris, i, c. Voilà un beau champ ouvert aux catholiques, boss. Var. 15. Voilà un champ bien ample pour exercer un cœur, sév. 230. Et si l'effet enfin suivant mon espérance Eût ouvert un champ libre à ma reconnaissance, rac. Baj. v, 4. Puisse le ciel.... Ouvrir un champ plus noble à ce creur excité, id. Iph. i, 2. Le champ vous est ouvert, in. Plaid, n, 9. Il a bien moins de champ que nous pour comparer et pour combiner, mder. Leltr. sur les aveugl. La Trinité ouvre un champ immense d'études philosophiques, chateaub. Génie, i, 3. En morale et en histoire, on tourne

dans le champ étroit de la vérité, chateaub. Génie, m, m, 3. || 9° L'étendue qu embrasse une lunette d'approche, etc. Tâchez de mettre ces deux objets dans le champ de la lunette. Tout ce qui regarde l'augmentation des objets, les ouvertures qu'il faut laisser aux lunettes, le champ qu'on peut leur donner, fonten. Harlsoeker. || 10" Terme de peinture et de gravure. Le fond d'une toile et d'un cuivre d'attente, où l'art n'a encore rien tracé. || Terme de blason. Le fond de l'écu, qui est chargé des diverses pièces dont se composent les armoiries. Ses armes sont un lion d'or en champ d'azur. || Terme d'architecture. L'espace qui reste autour d'un cadre; le fond d'un ornement, d'un compartiment. || 11" Terme d'art militaire. Champ de feu, espace que parcourt un projectile lancé par une arme à feu. || Champ de lumière, excavation oblongue pratiquée sur une bouche à feu autour du point où aboutit la lumière. || 12° Le milieu d'un peigne qui a deux rangées de dents. || 13° Sur-le-champ, locut. adverb. Aussitôt, sans délai. Parler sur-le-champ, sans préparation. Être forcé de prendre sa résolution sur-le-champ. Exécuter les ordres sur-le-champ. Ets'ilm'eût voulu perdre, il l'eût fait sur-le-champ, mairet, Sophon. i, 4. Je voulais sur-le-champ congédier l'armée, rac. Iph. i, 4. || Sur-le-champ que, aussitôt que. L'aveuglement sur Vaudemont fut tel qu'il eut, sur-le-champ qu'il le demanda, le régiment d'Espinchal, st-sim. )20, 66. Locution hors d'usage et qui ne se trouve peut-être que dans St-Simon. || 14° Â tout bout de champ, à chaque bout de champ, locut. adverb. et familière. À chaque instant, à tout propos. Or il ne me chaudrait, insensés ou prudents, Qu'ils fissent à leurs frais messieurs les intendants A chaque bout de champ.... Régnier, Sat. x. A chaque bout de champ vous mentez comme un diable, corn, le Ment. m, g. Ils lui faisaient atout bout de champ des contes, hamilt. Gratnm. H. Je m'arrête vraiment à tout bout de champ; ici, j'y suis depuis huit jours, et ne sais encore quand j'en partirai, p. l. cour, ii, 63. || Proverbe. Il y a assez de champ pour faire glane, c'est-à-dire il y a assez de besogne pour tout le monde, ou bien il y a de quoi contenter tout le monde.

— HIST. xie s. Tant riches reismorz et vaincuz en champ, Ch. de Roi. xl. Li quens Rolans au champ est repaire, ib. cxxxix. Averons-nous la victoire du champ? ib. cclvi. || xnes. Servez le bien, l'onor dou camp aurez, Roncisv. 4t. Encore en sont li champ ensanglantez, ib. 94. Tant que Dexvoille, du champ aions l'honor, ib. 108. L'erbe du camp qui ert verte et delgée [menue], ib. • 37. Vous jurerez premiers de ce camp [champ clos] arrami, ib. i 92. Tuit en [de chevaliers] seront couvert li champ et li larri, Saxons, xxiv. Tuz suis entra en champ cumme bons champiuns , Th. le mart. 38. E tut cil qui laburent el champ nostre seigneur, ib. 73. || xme s. Li jours estoit biaus et li cans si plains [uni] que il n'i avoit fosse ne mont ne val, h. de val. v. Car fors à estre as chans moût durement [elle] convoite, Berte, xxix.Li tans est tix que périlleuse coze est d'aler as cans, beaum. ix, 8. Quant tuites ces cozes dessus dictes seront fêtes, cil qui se combatent doivent estre mis el camp de la bataille, id. lxiv, h . || xiv" s. Aucun peut vouloir que en un champ de bataille celui ait vittoire, qui faint estre champion, oresme, Eth. 64. || xv* s. Et se partirent un samedi [les soudoyers] et aussi ceux du castel et de la malemaison, et se trouvèrent tous sur les champs, froiss. i, i, ioo. Si monta au plutost qu'il put sur fleur de coursier et prit les champs, id. i, i, (03.... Qu'ils fussent forts et puissans de résister contre les François qui y tenoient les champs, id. i, i, 215. Je vous en appelle de champ et veez ci mon gage, id. ii, ii, 46. Et incontinent mist ses gens d'armes aux champs, comm. i, 2. || xvie s. Loin de penser à lui donner la clef des champs, Mém. sur du Guescl. 7. Sur le champ, mont, i, H. Avoir la clef des champs, id. i, 125. Le vray champ et subject de l'imposture sont les choses incogneues, id. i, 247. Il faut qu'il y en ait un [penchant] à qui le champ demeure, id. i, 26 9. Tel en camp clos, qu'en une battaille, id. ii, 7. En ce qui concerne les combats, les conseils se prenent ordinairement sur le champ [sur les lieux], lanoue, 436. L'armée de terre se mettroit aux champs, id. 440. La fortune luy favorisa en ce combat, de manière qu'il dcsfictle Gaulois, et le despouilla sur le champ [sur place], amyot, Num. 22. Fabius s'en prit à rire, et luy respondit sur le champ, id. Fab. 47. Il avoit combattu vingt et trois fois en camp clos, m. P. Mm. 53. Je bus, dit-il, mes armoiries. — Et bien, Monsieur, quel en est le camp? d'aub. Fœn. iv, 7. Ce fut aux ministres à desploier leur éloquence,

et se servir d'une nouvelle qui arriva sur ce champ, assavoir que.... id. Hist. 11, 277. Nombre superficiel quarré qui peut estre appelé champ ; quarré de quarré, que nous appelions champ de champ, et. de laroche, Arismetique , f" 42. Mieux vaut un bon temps qu'un bon champ, le rouxdelincy, Prov. 1. 1, p. 61. Bois ont oreilles, et champs œillets [yeuxj, cotgrave.

— ÉTYM. Picard, camp; nivernais, samp ; provenç. camp, cambo ; espagn. et ital. campo; du latin campus, de même radical que le grec -/.yjtio;, jardin.

2. CHAMP (chan), s. m. || 1° La partie la plus étroite d'une pièce de bois, d'une brique. || 2" De champ, locut. adv. Sur le côté étroit. Mettre une solive de champ. Des briques sont posées de champ, quand le sens de leur largeur est vertical et celui de leur longueur horizontal; dans le cas contraire elles sont debout, et enfin de plat, si ces deux sens sont horizontaux. || Roue de champ, se dit en mécanique, de toute roue, horizontale ou non, dont le plan est perpendiculaire à la direction des dents; ainsi quand la roue est verticale, les dents sont horizontales, legoarant.

— REM. Champ, comme on le verra à Pétymologie, est une très-vicieuse orthographe qui rend la locution inintelligible, et qui est provenue d'une confusion de sons. C'est chant qu'il faut écrire; et l'Académie devrait rectifier cette grosse faute da l'usage.

— ÉTYM. Norm. de cant, de côté; wallon, can, le côté, mêle one brike so s'ean, mettre une brique de champ; ancien français, cant, côté; espagn. et ital. canto (voy. canton) : mettre de chant, c'est mettre sur le côté. Comparez décanter.

t t. CHAMPAGNE (chan-pa-gn') , s. f. || 1° Province de France qui produit un vin blanc et mousseux très-renommé. Aurions-nous des hôtes plus doux, Si l'Allemagne entrait chez nous? J'aime mieux les Turcs en campagne Que de voir nos vins de Champagne Profanés par des Allemands, la font. Lett. xxiii. On a planté plus de vignes et on les a mieux travaillées : on a fait de nouveaux vins qu'on ne connaissait pas auparavant, tels que ceux de Champagne, volt. Louis XIV, 30. || 2° S. m. Le Champagne, le vin de Champagne. Le Champagne est un vin factice qui s'est fait d'abord avec le vin de la Champagne, plus propre en raison de sa légèreté a être travaillé de la sorte, mais qui a été imité en Bourgogne et ailleurs. Je vide gentiment mes deux bouteilles. — Peste! — Oui vraiment, du Champagne encor, sans qu'il en reste, regnard, Fol. amour. m, 4. Rien qu'à voir mousser le Champagne, bêrang. Deo gratias. Il faut déboucher le Champagne, afin que la glace le saisisse.... Je donnais des conseils à cet imbécile de Joseph, pour glacer le vin de Champagne à point, bayard et de wailly, le Mari à la campagne, n, 2. || Champagne frappé, celui qu'on refroidit vivement à l'aide de la glace pilée mise autour de la bouteille, au moment de le boire. Ah! c'est qu'ici, tu vois, pas de contrainte, pas de mines renfrognées; de la gaieté et du plaisir à discrétion; frappez le Champagne, passez le punch, commencez la valse, et vive la liberté! bayard et de wailly, le Mari à la campagne, n, 6.

— ÉTYM. Champagne, province de France, ainsi nommée de ce qu'elle est une plaine (voy. campagne).

f 2. CHAMPAGNE (chan-pa-gn') , s. /".Terme de teinturier. Cercle de fer, garni d'un filet , empêchant les étoffes de toucher au fond de la cuve à pastel.

f 3. CHAMPAGNE (chan-pa-gn'), s. m. Terme du blason de France. L'espace, en bas, du tiers de l'écu.

CHAMPART (chan-par; le f ne se lie pas), x. m. Terme de jurisprudence féodale. Une certaine portion des fruits que le seigneur percevait sur l'héritage donné à cens. Dites aux femmes ce que c'est que fiefs, rentes, dîmes inféodées, droit de champart, lods et ventes, fén. xvii, loi. Les autres [contributions] se lèvent en espèces lors de la récolte à une certaine quotité, plus ou moins, selon la quantité des gerbes que la terre donne; et c'est ce qu'on appelle champart ouagrier, vauban, Dimc, 71.

— HIST. xme s. Ventes de vilenages de cans à campart poent bien qeoir [tomber] en pris de terre, beaum. xxvii, 24. || xvie s. Qui tient terres sujettes à champart n'en peut lever la desblée sans appeler le seigneur, sur peine de l'amende, loysel, 544. Terres tenues en fief ne doivent champart, id. 54C.

— ÉTYM. Campipars, de campus, champ, et pars, partie (voy. part, s. f.).

CHAMPARTË, ÉE (chan-par-té, tée), port, passé. Gerbes champartées.

CUAMPARTER (chan-par té), v. a. Terme de

CHA

CHA

CHA

jurisprudence féodale. Exercer le droit do chanirffrt. Champarter un champ.

— hist. xiir s. Bertoultqui fu en sa meson, Saut por veoir que ce estoit Qui ses gelines chanpartoit, Ben. 5042. Cil ne fet pas de son campart ce qu'il doit, qui emporte ses garbes, anchois qu'eles soient campartées, beaum. xxx, 29. Pierres si camparta à un sien tenant une pièce de terre, id. xxx, 32.

— ÉTYM. Champart.

CIIAMPARTEUR (chan-par-teur), s. m. Terme de jurisprudence féodale. Celui qui levait le champart au nom du seigneur.

— étym. Champarter.

fCHAMPÉ, ÉE (chan-pé, pêe), adj. Terme de blason. Le fond de l'écusenomniantchamp, champé se dit de la qualité du champ.

t CHAMPÉAGE (chan-pé-a-j'), s. m. Droit que quelques communes ont encore de faire paitre leurs bestiaux sur des terrains vagues.

— HIST. xvr* s. Pasturage et champeage de bestes, en héritage d'autruy qui n'est clos ne deffensable, n'acquiert droit de possession ne prescription sans titre vallable, Coustumier génér. t. 11, p. 263.

— ÉTYM. Champ. 11 y avait autrefois le verbe champayer. Les habitants des villes et villages peuvent mener et faire mener leurs bestes grosses et menues champayer et pasturer es lieux de vaine pasture, Coustumier génér. t I, p. 210.

CHAMPEAUX (chan-pô), s. m. plur. Prés, prai- Nous montons dans la forêt, nous parcourons les champeaux, j. j. rouss. Ém. ni. || Ce mot tombe en désuétude.

— HIST. xvi» s. Â toutes bestes sont prohibez les prez champaux dès les premiers jours de février, et 1rs prez on fonds de rivière dès le premier jour de mars. Coustumier génér. t. 11, p. <i52.

— ÉTYM. La locution entière est prés champeaux ou mieux champaux, prés des champs, par opposition aux prés de rivière; de campalis, qui appartient aux champs, de campus, champ. On voit par la que ce mot ne peut avoir de singulier; ou du moins ce singulier serait champal.

f CHAMPELURE ( chan-pe-lu-r' ) , s. f. Voy.

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