YVER
— étym. Berry, sarniau, noix; écerner des noix,
en tirer le cerneau quand elles sont vertes; ainsi dit de cerne, parce qu'on fait un cerne pour tirer lo cerneau de la coquille.
j CERNEMENT (sèr-ne-man) , s. m. Action de cerner.
— ÉTYM. Cerner.
CERNER (sèr-né), v. a. || 1° Entourer comme d'un cerne. Déjà des bois épais qui cernent les remparts La viste profondeur cache vos étendards, viennet, Clov. m, lu. || 2° Par extension, investir, surveiller tout autour, de manière à empêcher de fuir, etc. La place, la maison fut cernée. Il fut immédiatement cerné par les assistants et désarmé. || Fig. Cerner quelqu'un, l'obséder, l'entourer de conseils, de gens apostés, le circonvenir. || 3° Enlever une bandelette circulaire. Cerner l'écorce d'un arbre. Vitruve dit qu'avant d'abattre les arbres il faut les cerner par le pied jusque dans le cœur du bois, et les laisser ainsi sécher sur pied, buff. Expér. sur les végét. 2e mém. || 4° Détacher tout autour. Cerner des noix, en faire des cerneaux en les détachant de la coque. || En chirurgie, cerner une tumeur, la circonscrire tout entière par une incision, pour l'extirper. || Terme de jardinage. Cerner un arbre au pied, creuser tout autour pour l'enlever avec des racines ou pour y mettre du terreau tout autour. || 5° Se cerner, v. réfl. Devenir cerné. Les yeux de cet enfant se cernent.
— HIST. xvie s. Petitz demy coulteaux, dont les petiz enfans cernent les noix, rab. Garg. i, 27. Faut tout premièrement cerner le nombril, paré, i, i. Les mains de ceux qui cernent les noix nouvelles en sont noircies pertinacitement, id. xxv, 46.
— ÉTYM. Circinare , de circinus (voy. cerne); norm. cêner.
f CERNOIR (sèr-noir), s. m. Espèce de serpette.
— HIST. xvi° s. De l'arbre d'un pressoir, [faire] le manche d'un cernoir [pour exprimer une décadence] , cotgrave
— ÉTYM. Cerner.
| CÉROÈNE ou CÉROINE (sé-roi-n') , s. m. Terme de pharmacie. Emplâtre dont la cire fait la base, regardé comme résolutif et fondant. || On trouve aussi cirouène.
— HIST. xn° s. N'y ot emplastre, ne ciroine, Ne n'y ot nerfs, ne os ne voine, j. de mf.ung, Tr. 334. || xvie s. Cerouenne est une composition plus dure et solide que les onguens et plus molle que les emplastres, paré, xxv, 27.
— ÉTYM. Bas-lat. ceroneum, de xiipôç, cire (voy. ce mot).
f CÉROFÉRAIRE (sé-ro-fé-rê-r'), s. m. Terme de liturgie, ancien synonyme d'acolyte. Celui qui porte les cierges.
— HIST. xvie s. Exposant le nom d'acolythe, ceroferaire, calv. Inslit. 1180.
— ÉTYM. Bas-lat. ceroferarius , de cera, cire, et ferre, porter.
t CÉROGRAPHIE (sé-ro-gra-fie) , s. f. Nom donné quelquefois à la peinture à l'encaustique.
— ÉTYM. Kripôç, cire, et -{çtâynv, peindre.
f CÉROÏDE (sé-ro-i-d') , adj. Terme didactique. Qui a l'apparence de la cire.
— ÉTYM. Kïipoç, cire, et eîSo;, forme (voy. idée). | CÉROINE (sé-roi-n'), s. m. Voy. céroene.
f CÉROLÉINE (sé-ro-lé-i-n'), s. f. Terme de chimie. Une des trois substances qui constituent la cire des abeilles.
— ÊTYM. Cera, cire, et olcum, huile (voy. huile). t CÉROMANCIE (sé-ro-man-sie), s.f. Divination
pratiquée en versant goutte à goutte, dans un vase plein d'eau, de la cire fondue.
— ÉTYM. Kripo;, cire, et mande, suffixe.
t CÉROMANCIEN (sé-ro-man-siin), s. m. Celui qui pratique la céromancie.
f CÉROMEL (sé-ro-mèl) , s. m. Terme de pharmacie. Mélange d'une partie de cire et de deux parties de miel qu'on employait autrefois au pansement des plaies et des ulcères.
— étym. Cera, cire, et mel, miel.
f CÉRON (sé-ron) , s. m. Terme de commerce. Ballot couvert d'une peau de bœuf fraîche, dont le poil est en dedans. On dit aussi suron.
f CÉR0PLAST1QUE (sé-ro-pla-sti -1; ') , s. f. Art de modeler en cire.
— ÉTYM. Kv-poç, cire, et plastique.
f CÉROTIQUE (sé-ro-ti-k'), adj. Terme de chimie. Acide cérotique ou cérine, un des principes constituants de la cire.
— ÉTYM. Kopoç, cire.
t CÉROXYLE (sé-ro ksi-]') , s. m. Terme de botanique. Palmier qui produit de la cire.
— ÉTYM, Kripo;, cire, et SîwXov, bois.
CER
CER
CER
f CERRE (sè-r'), c. m. Espèce de chêne d'Europe. — ÊTYM. Cerrus, sorte de chêne.
CERTAIN, AINE (sèr-tin, tfe-n'), adj. || 1° Oui ne peut manquer, faillir, tromper, en parlant des choses. Ce qui est certain. 11 est certain que.... Je n'oserais donner pour certain que Tenir pour certain. Un espoir certain de salut. Je le sais de science certaine, le mettrais en ses mains que je tenais certaines Quelque bien.... mol. VÉtoxtr. iv, 1 . Quiconque est loup agisse en loup; C'est le plus certain de beaucoup, la font. Fabl. m, 3.... Quand le mal est certain, La plainte ni la peur ne changent le destin, id. ib. vm, 1 2. On doit tenir pour certain que.... boss. Ilist. il, 10. Perfide, je te veux porter des coups certains, rac. Mitlir. ni, 6. Et ne devrait-on pas à des signes certains Reconnaître le cœur des perfides humains? m. Phcd. iv, 2. Ce qu'il y a de certain dans la mort est un peu adouci par ce qui est incertain ; c'est un indéfini dans le temps.... la bhuy. xi. || En termes de peinture et de gravure, contours certains, contours bien dessinés et bien liés. || 2° Fixé à l'avance, déterminé, invariable. On se réunira à jour certain. Supposons, pour prendre un nombre certain, qu'il s'agisse de cent personnes. Ces marchandises n'ont pas de prix, de taux certain. Et le meilleur remède à son infirmité [de l'homme] , C'est de choisir toujours un but certain à suivre, corn. Imit. I, o. || 3° En parlant des personnes, qui a la certitude de. Être certain de quelque chose. Bien certain que le gouvernement ferait la guerre. Je suis certain de m'exposer à deux reproches. Ils demandaient fort peu, certains que le secours Serait prêt dans quatre ou cinq jours, la font. Fabl. vu, 3. || Terme d'ancienne pratique. Fondé de pouvoirs suffisants. Venir certain à l'audience. j| 4° Un, quelque, d'une façon indéterminée, sans doute par antiphrase, puisque, de soi, certain a un sens tout contraire. Certaines gens pensaient. Un certain mal. Les murs étaient déjà élevés à une certaine hauteur. L'insolence de certains hommes. L'on voit de certaines gens qui rient également des choses ridicules et de celles qui ne le sont pas, la bbuy. xi. Certain chagrin conçu dans l'esprit de la reine.... rotrou , Bélis. m, 5. Certain cuvier dont on fait certain conte En fera foi.... la font, le Cuv. Les Levantins en leur légende Disent qu'un certain rat, las des soins d'ici-bas.... id. Fabl. vu, 3. Certain ajustement, dites-vous, rend jolie. id. ib. îv, 3. Certain loup aussi sot que le pêcheur fut sage, id. ib. ix, 10. Il y a de certains impertinents au monde qui viennent prendre ies gens pour ce qu'ilsnesont pas, mol. Méd. m. lui, n, 9. Il coûte moins à certains hommes de s'enrichir de mille vertus que de se corriger d'un seul défaut, la bru y. xi. Il y a, sans mentir, de certains mérites qui ne sont point faits pour être ensemble, de certaines vertus incompatibles, id. v. || Certain, certaine, se met aussi avec un nom propre, non .'•ans quelque nuance dedédain. Un certain Mazzaniello pêcheur fut le promoteur de l'insurrection de Naples. || En style de moniloires, de procès-verbaux, un certain quidam, certains quidams, pour désigner des personnes imparfaitement connues. || De même que, au singulier, on dit avec l'article, certain homme ou un certain homme; de même, au pluriel, on dit avec de ou sans de, certaines gens ou de certaines gens. On le dit même avec l'adjectif démonstratif ces. Ces certains savants-là peuvent, à les connaître, Valoir certaines gens que nous voyons paraître. — Oui, si l'on s'en rapporte à ces certains savants; Mais on n'en convient pas chez ces certaines gens, mol. F. sav. iv, 3. || Dans le même sens, substantivement, au pluriel, quelques-uns. Certains prétendent que.... || 5° Il sert à atténuer, à restreindre ce qu'une expression a de trop absolu. Il jouit d'une certaine réputation. Je n'y vais pas sans une certaine crainte. Il y a dans quelques hommes une certaine médiocrité d'esprit qui contribue à les rendre sages, la bruy. xi. || Un certain âge, un âge déjà avancé. Cet homme est d'un certain âge. || 11 est d'un certain mérite, il n'est pas sans mérite. Il est d'une certaine force au billard, il n'est pas sans quelque habileté à ce jeu. || Quand on est d'une certaine qualité; quand on est fait d'une certaine manière, etc. locutions qui se disent pour exprimer avec une sorte de réticence qu'on est de qualité, qu'on est bien fait, etc. Cette locution, qui est passée dans l'usage, est signalée par de Caillières , en 1690, comme une mauvaise façon de parler des gens de cour. || 6° S. m. Chose certaine. Quitter le certain pour l'incertain. Abandonner le certain. || Terme do banque. Monnaie prise pour terme de comparaison dans l'appréciation du taux du change; c'est le terme fixe; l'incertain est le terme qui varie. Londres donne
le certain. || 8° Pour certain , loc. adv. Assurément. Il ne l'aima jamais, pour certain, corn, le Ment, iv, 7.
— REM. Certain change de signification suivant qu'il est devant ou après son substantif : certaines nouvelles, c'est : quelques nouvelles; des nouvelles certaines, c'est: des nouvelles qui ont de la certitude. Cependant Pascal a dit : Taille-t-on vos avis à une certaine mesure? pasc. Prov. 2. Alors, pour certain comme pour même, l'usage n'avait pas encore attaché un sens différent aux deux positions avant ou après le substantif.
— SYN. certain, sûr. En parlant des choses, certain exprime ce dont on ne peut pas douter; sûr exprime ce sur quoi on peut se fier. D'une nouvelle certaine, on ne peut douter; à une nouvelle sûre on se fie; la nouvelle est certaine, venant par une voie sûre. En parlant des personnes, la distinction est la même : une personne certaine est celle qui sait d'une façon indubitable; une personne sûre est celle en qui on peut se fier; à quoi il faut ajouter que, en ce sens, certain veut toujours un complément: certain de la nouvelle; et que sûr peut se dire absolument : un homme sûr.
— HIST. xiie s. Tant [j'] ai d'amor mon fin cuer esprouvé, Que jà sans lui n'aurai joie certaine, Couci, xiv. Â moi haïr, dont si [je] la voi certaine, ib. 126. || xiiic s. Son errement [elle] lui conte, dont bien [elle] estoit certaine , aud. le bast. Romane, 1 1 . Et Symons, et ses filles, chascuns ot cuer certain [en qui on peut se fier], Perte, xlviii. [Ils envoyèrent] Un certain messager cui bien faisoit à croire, ib. lxvi. Soixante sols [il] cousta, un an a, en certain, ib. lxxiii. Il s'en deit faire certain parle reçoit des homes de la court qui furent là quant il garda son jor, Ass. de Jér. 90. À ce repondi li roys, que il leur commanderoit volentiers de touz ceulz dont en le feroit certein que il eussent tort, joinv. 200. Il ne sceit pas ne n'est certeins que il ait eu tele repentance que Dieu li ait pardonné, id. 194. ]| xive s. Remettons et pardonnons par ces présentes, de certaine science, grâce especial et de la puissance et auctorité royal dont nous usons, Lett. du rémission en 1358, dans Bibl. des chartes, 5e série, 1. 1 , p. 82. Le juge pourroit dire quant il li plairoit que il scet de certain que il n'est pas culpable, oresme, Eth. i<î2. Pour certain il vault mieux , te, vi (io). En commun parler nous assignon sapience es ars à ceulz qui sont les plus certains selon telz ars, id. ih. 177. || xve s. Jean Lyon savoit tout de certain que.... froiss. ii . n, 55. Et se mirent et establirent en trois aguets , afin que cils ne leur pussent mie eschapper; et vinrent les plusieurs et les plus certains sur un pas entre haies et buissons et là s'embucherent, id. i, i, 108. Certain est que.... id. i, i, 34. Quarante mil escus qui depuis, pour certain, leur furent rendus, comm. v, (5. || xvie s. Valant par chacun an en deniers certains... En moins de quatorze jours, il dilapida le revenu certain et incertain de sa chastellenye pour troys ans, rab. Pant. m, 2. Ils esgarent çà et là les poures âmes en spéculations volages, plustost que les adresser à un certain but, calv. Instit. 'i 17. Certains Indiens.... mont, i, 16. Il est certain que.... id. i, 42. Prendre pour certain l'opposé de ce que dit le menteur, id. i, 37. Le bien est certain et finy, le mal infiny et incertain, id. ib. Fourni d'une contrebatterie d'enchantements certains à le préserver, id. i, 94. Sans obligation à nul certain office, id. i, 280. Laisser le certain pour prendre l'incertain, amyot, Numa, 9. Il rencontra lettres et messagers qui luy apportaient nouvelles certaines de la victoire, id. P. Mm. 41. Des mémoires sans nom d'autheur certain, in. Arist. 7.
— êtym. Provenu, certan; espagn. et ital. cerlano; tiré du latin certus (voy. certes), à l'aide du suffixe de dérivation an, comme si l'on avait dit certanus. Certus avait donné , dans l'ancien français, cerf.
CERTAINEMENT (sèr-tè-ne-man), adv. || Ie D'une manière certaine. Vérité connue si certainement par l'expérience. Le roi veut qu'on l'arrête, et qu'on sache certainement de quel pays il est, fén. Tel. m. || 2° Par extension, sans doute, en vérité, assurément. Certainement vous ne m'écoutez pas. Le connaissez-vous? certainement. C'est certainement une fort belle chose. Et certainement on ne saurait assez plaindre la perte de ces excellents originaux, boil. Lonyin, Préface.
— iiisr. xii1' s. Car tu sais bien certainement, La charrette, 3206. Qu'encore i est [Durandal] pour voir [vrai] certanement, Roncisv. toc. Mais [je] ne sai pas encor certeinnement Quel guerredon ele me voudra rendre, Couci, v. Il sout [sut] certainement,
Th. le maîV. 105. || xnie s. Devers Aussai [Alsace] sui née.saehiez certainement, Berte, xlvii. Et quant Blondiaus l'oï, si sot certainement que c'estoit ses sires, Chr. de Reims, 55. ||xv s. Il dist qu'il s'estoit levé [avait décampé], parce qu'il estoit certainement informé, comm. iv, 4. || xvi° s. Mutius, ne le cognoissant pas certainement, n'oza demander lequel c'estoit, amyot, Pub. 33. Cette amitié que nous avons nourrie, tant que Dieu a voulu, entre nous, si entière et si parfaicte que certainement il ne s'en lit gueres de pareilles, et entre nos hommes il ne s'en veoid aulcune trace en usage, mont, i, 207.
— ÊTYM. Bourguig. çartaigneman; provenç. cettanamen; anc. catal. certanament ; de certaine, et du suffixe ment.
fCERTEAU (sèr-tô), s. m. Variété de poire.
— H1ST. xvie s. La vessie du fiel est de magnitude et figure d'une bien petite poire, vulgairement nommée de certeau, paré, i, 9.
CERTES (sèr-f), adv. Certainement, en vérité, à coup sûr. En quoi certes personne ne le surpassa jamais, vaugelas, dansBOUHOURS. Certes, messieurs, le barreau n'a vu que trop de ces malheureux, patrf, Plaidoyer, dans bouhours, Nouv. rem. Mais certes c'en est trop d'aller jusqu'à la joie, corn1. Jior. 1, 1. Certes l'exemple est rare et digne de mémoire, id. ib. iv, 2. Certes les chrétiens ont d'étranges manies, id. Poly. iv, 5. Certes plus je médite, et moins je me figure Que vous m'osiez compter pour votre créature, rac. Brit. 1, 2.
— REM. On trouve peu d'exemples de certes écrit sans s ; Ménage en rapporte un de Michel Marot : J'ai trouvé certe une chose bien rare Au cabinet de mon père Marot. En voici un de Molière : Cela certe est fâcheux. — Oui. plus qu'on ne peut dire, Tart.iv, 5. Cette licence a été prise aussi par V. Hugo : Certe on peut parler de la sorte, Quand c'est au canon qu'on répond, Orient. 35.
— HIST. XIe s. Non ferez certes, dist li quens Oliviers, Ch. de Bol. xvm ||xn* s. Certes, dit Charles, trop avez mal talent, Roncisv. 14. Certes, dame, moult s'honneure Qui courtois est contre tort, Couci iv. Diex! tant avons esté preus par buiseuse [oisiveté]; Or verra on qui à certes ert [sera] preus, quesnes, Romane. 94. Par Dieu, vassal, jel [je le] di pour vous gaber; Cuidiez-vous donc qu'à
[je] le vous die? ib. 108. Cei neur, dist-il,
trop tost le saura on, Sut. xxv. || xm* s. La royne me pria si à certes comme elle pot, joinv. 171. Il xve s. La fille lui respond : Certes, merc, nenni, louis xi, Nouv. xiv. Vous voyez bien que c'est à certes [pour tout de bon], quand de rechef s' paru l'ange vers moi, id. ib. Chargeant à chacun, par exprès et bien à certes, qu'il no faille pas à son heure assignée, id. 16. xxxiv. || xvie s. Aucuns personnages m'ont amiablement, mais acertes, adverty que.... m. du bellay, 311. Socrates avoit seul mordu à certes au précepte de son Dieu : de se cognoistre, mont, n, 62. J'en vaulx certes bien mieulx. id. n, 83. Il ne pouvoit croire qu'ils eussent parlé à certes [sérieusement] d'une si vaine matière, id. ii, 2:îo. Quand Platon escript selon soy, il ne prescrit rien à certes, id. ii, 244. Quand il vit qu'ilz parloient à certes, il leurmonstradu doigt le camp des Romains, amyot, Lucull. 19. Elle luy respondit magnanimement certes , sans se troubler ny estonner , id. Dion, 25.
— ÉTYM. Provenç. et anc. espagn. certas ; catal. certes. Il y avait l'ancien adjectif cert, dont certes, certas, est le pluriel féminin. La locution complète est â certes, que l'on trouve en effet . et sous-entendu un substantif indéterminé féminin pluriel, comme voies, manières, choses; elle suppose une forme latine a certis ; c'est pour cela que certes s'est toujours écrit avec une s, qui, comme on voit, n'es! point un caprice d'orthographe et qui seule permet de comprendre comment certes a un sens adverbial. Certus est, par métathèse, pour cretus, participe passé de eernere, séparer, distinguer, le même que le grec xpivciv. juger (voy. crise).
CERTIFICAT (sèr-ti-fi-ka; 1er ne se lie pas), s. m. Acte par lequel un individu, un fonctionnaire, un corps constitué, rendent témoignage d'un fait qui est à leur connaissance. Le certificat est une déclaration lorsque celui qui le délivre y est intéressé. Donner, délivrer, prendre, produire un certificat. Certificat d'inscription, d'origine, de bonne vie et mœurs, de civisme, d'indigence, de résidence. Ce domestique a de bons certificats. Certificat do vie, certificat constatant l'existence d'un rentier. Certificat de capacité, attestation, délivrée dans les écoles de droit,' de la capacité do ceux qui se destinent à la profession d'avoué. Certificat d'étude. j| Familièrement,
CER
assurance, garantie. La goutte est un certificat de vie. Vous serez sévèrement puni, je vous en donne mou certificat.
— HIST. xv s. Quand les ambasadeurs de Portingal orent apporté certificats.... froiss. Il, ni, 18.
s. Et n'oublièrent aussy de retirer chacun ung certificat de leurs services, signé de la main du
I i . v. i. lis avoient signé certifficat à M. de Vieilleville, de ne, marcher que pour le service du roy . m. vin , 35.
— ÊTYM. Latin fictif certt/îcafttm, du bas-latin certificarc. de certvs, certain, et du suffixe ficare, faire.
CERTIFICATEUR (sèr-ti-fi-ka-teur). || 1° S. m. Terme de pratique et de commerce. Celui qui certifie une caution, une promesse, un billet. Certificateur de criées, celui qui attestait en justice la régularité des criées. || 2° Adj. Notaire certificateur, notaire choisi par l'Etat pour délivrer aux rentiers les certificats de vie.
— HIST. XVIe s. J'ai eu juste crainte qu'on m'eust pris pour certificateur [approbateur] des enormitez,
n'AUB. Hist. III, 423.
— ÊTYM. VOy. CERTIFICAT.
fCERTIFICATIF. IVE (sèr-ti-fi-ka-tif, ti-v'), adj. Qui a la vertu de certifier.
— HIST. xvie s. Que je ne partirois point sans une lettre certifficative de sa parole, carl. vu, 7.
— ÉTYM. VOy. CERTIFICATION.
CERTIFICATION (sèr-ti-fi-ka-sion), s.f. || 1" Terme de palais. Assurance par écrit. Certification de caution, de criées. Vieilli. || 2° Terme de bourse. Certification des signatures, obligation du cédant et souvent des deux parties dans le transfert de certaines actions (particulièrement celles de chemins de fer), de faire certifier leurs signatures par un agent de change ou un des administrateurs de la compagnie.
— HIST. xivc s. Telles raisons ne font pas certification, oresme, Thèse de meunier. [| xv" s. Quand le pape Clément et les cardinaux en eurent la certification, froiss. m, îv, io. || xvie s. La circoncision leur estoit une certification et souvenance pour les confirmer en la promesse faite à Abraham, de la semence bénite, c.vi.v. Instit. 1043. Comme Eumene^ en eust pris et emmené des chevaux autant >p.i'il voulut, et en eust envoyé une lettre patente de certification aux harassiers et escuyers qui en avaient la charge, amyot, Eum. 15.
— ÉTYM. Certifier.
CERTIFIÉ, ÉE (sèr-ti-fi-é, êe), part, passé. Fait certifié par un témoin oculaire.
CERTIFIER (sèr-ti-fi-é), v. a. || 1° Assurer qu'une chose est certaine. Je vous le certifie. Je vous certifie que.... 11 certifia à son ami qu'il en était ainsi. || Autrefois ce verbe voulait le régime direct de la personne. Il me certifia du fait. Dieu certifie l'âme en tout ce qu'il convient, bossuet, Leur. abb. 153. || 2° Terme de pratique. Certifier une caution, en répondre. Certifier des criées, en attester la régularité.
— HIST. xme s. Si ne peust-il pas le nombre Des grans contens [disputes] certefier, Tant seûst bien monteplier, la Rose. (2999. Et [que] nous [soyons] certefiés des noms des hommes que vous aurez fait adjorner, du cange, assisa. Se le seignor viaut [veut] estre certefié que il ait son jor gardé si comme ildeit, Ass. deJér. 90. Certifier son essoine [excuse] au seignor et à la court qui ajorneles parties, ib. 97. || xive s. Et dès maintenant peut assez aparoir quele chose est science, mes toutevoies il en convient plus certifier, oresme, Eth. (73. || xve s. Faites apporter de grands mairins, nous vous certifions que par force ou la pertuisera [l'abbaye] en plusieurs lieux. pkoi>s. i, i, 137. Car il n'eut, je vous certifie, Or ne argent de son poisson, villon, \" repue, comment ils eurent du poisson. \\ XVIe s. Il cognoist bien que le printemps revient, Et aux fruits meurs l'automne il certifie : Voilà son art et sa philosophie, st-gelais, 209. Les ministres sont ordonnez de Dieu comme tesmoins, et quasi comme pleiges, pour certifier les consciences de la remission des péchiez, calv. Inst. 495. 11 sera droitement certifié, là où auparavant il estoit en doute, id. ib. 497. Toutefois [César] estant par le chemin certifié qu'il [Caton] s'estoitluy mesme desfait de sa propre main, amyot, César, 70. IL le certifia de tout ce qu'il avoit veu et entendu, carloix, iv, 23.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. certificat; ital. cerli ficare; bas-lat. cerlificare, du latin certus . certain (voy. certes), et ficare, fréquentatif de facere, faire.
CERTITUDE (sèr-ti-tu d') , s. f. || Ie Qualité de ce qui est certain. Certitude morale, mathématique. L'histoire commence à avoir de la certitude, boss. Hist. I, 7. Il faut toujours compter avec la foitune
CER
avant que de compter sur la certitude des félicités, iiamilt. C.ramm. 10. M. Malouin trouvait, parmi les savants et les gens de lettres, des malades souvent peu disposés à croire à la certitude de la médecine; et peu de médecins en ont été aussi persuadés que lui, condorcet, Malouin. || De certitude, locut. adverb. Certainement , assurément. C'est moi qui suis Sosie enfin, de certitude, mol. Amph. 1,2. || Terme de philosophie. Conviction qu'a l'esprit que les objets sont tels qu'il les conçoit. La question de la certitude. || 2° Stabilité. 11 n'y a nulle certitude dans les choses du monde. || 3° Terme de graveur. Fermeté de main dans la conduite du burin.
— hist. xvie s. Tellement que qui voudrai t représenter la certitude de Pinteresl qu'a supporté chacun diocèse, pour raison d'icelle surcharge.... froumenteau, Finances, ni0 liv. p. 389. Sinon qu'on donne de fermes raisons pour la certitude d'un tel article, m. ib. p. 391. Son dessein [de la philosophie] est de chercher la vérité, la science et la certitude, mont. II, 230.
— ÉTYM. Provenç. sertetut; catal. ccrlitut ; espagn. certidumbre ; ital. certitudinc ; du latin certitudinem, de certus, certain (voy. certes). On disait dans l'ancien français certaineté, mot très-bon et à tort tombé en désuétude.
f CÉRULÉ, ÉE (sé-ru-lé, lôe), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a une teinte d'azur.
— ÉTYM. Le latin crruleus, bleu.
f CÉRUL1NE (sé-ru-li-n'), s. f. Terme de chimie. Bleu d'indigo soluble.
— ÉTYM. Voy. CÉRULÉ.
t CÉRULIPÈDE (sé-ru-li-pè-d') , adj. Terme de zoologie. Qui a les pattes bleues.
— ÉTYM. Latin fictif cœrulipes, de cxrulus, bleu, et pes, pied.
f CÉRULIPENNE (sé-ru-li-pè-n'), adj. Terme de zoologie. Qui a les ailes bleues.
— ÉTYM. Latin fictif cxrulipenna, de cxrulus, bleu, et penna, aile.
CÉRUMEN" (sô-ru-mèn'), s. m. Terme de physiologie. Humeur onctueuse, épaisse, analogue à la cire, qui s'amasse dans le conduit auditif externe.
— ÉTYM Bas-lat. cérumen, de cera, cire (voy.ee mot).
CÉRUMINEUX, EUSE (sé-ru-mi-neû, neû-z'), adj. Qui est relatif au cérumen. Glandes cérumineuses. Humeur cérumineuse.
— ÉTYM. Cérumen.
CÉRUSE (sé-ru-z'), s. f. Carbonate de plomb, de couleur blanche. Blanc de céruse. Leur visage reluit de céruse et de peautre, Régnier, Sat. ix. La coquette tendit ses lacs tous les matins, Et mettant la céruse et le plâtre en usage, Composa de sa main les fleurs de son visage, boil. Épit. ix. || Céruse native, nom donné par quelques minéralogistes au plomb blanc terreux.
— HIST. XVIe s. La manière de faire le sel de ceruse [acétate de plomb], c'est qu'il faut prendre de la céruse bien pulvérisée, et la mettre avec vinaigre distillé, paré, xxv, 44. Poudre de céruse de Venise lavée en eau rose, id. ib.
— ÉTYM. Provenç. ceruza -, espagn. cerusa; ital. cerussa; du latin cerussa, céruse.
CERVAISON (sèr-vè-zon), s. f. Temps de l'année où les cerfs sont gras, et qui est le plus propre à la chasse de ces animaux.
— hist. xive s. À la nostre dame de mars commencent les appareils des cervoisons, Ménagier, II, 5.
— étym. Cerf.
CERVEAU (sèr-vô), s. m. || 1" Masse de substance nerveuse qui occupe la cavité du crâne chez l'homme et les- animaux vertébrés, et est un des principaux organes de la vie. Le cerveau est le centre des sensations et le siège des penchants, de l'intelligence et de la volonté. La substance, les ventricules, les membranes du cerveau. Transport au cerveau. Ce vin porte, monte au cerveau. Il faut que ce matin à force de trop boire II se soit troublé le cerveau, mol. Amph. n, l. || Rhume de cerveau, inflammation catarrhale de la membrane qui tapisse les fosses nasales, ainsi dit à cause d'une ancienne théorie qui supposait une communication entre les fosses nasales et le cerveau. Etre pris du cerveau, avoir le cerveau pris, avoir un rhume de cerveau. || En anatomie, plus particulièrement, et en distinguant le cerveau du cervelet, masse nerveuse qui s'étend du front aux fosses occipitales supérieures, et s'appuie en devant sur les voûtes orbitaires, en arrière sur les fosses moyennes de la base du crâne, et postérieurement sur la tente du cervelet. || 2" Fig. Tète, esprit, raison, intelligence. Cer-
CER
veau étroit. Pauvre cerveau. Ce critique, changeant d'humeurs et de cerveau, régnier, Sat. v. Ce malheureux jaloux s'est blessé le cerveau, cohn Je Ment. i, 3. Un homme à fort petit cerveau, mol. le Dcp. v, 1. Ce galant homme a le cerveau blessé, id. l'Etour. I, 4. Parbleu! dit le meunier, est bien fou du cerveau Qui prétend contenter tout le monde et son père, la font. Fabl. m, I. Il [Démocrite] y joint le» atomes, Enfants d'un cerveau creux, invisibles fantômes, id. ib. vin, 26. Le courroux lui montant ai . cerveau, id. Rém. On les traite de cerveaux faible) et blessés, boss. Oraison. Un prince dont le cerveau serait si malade, id. Arert. 5. Paul IV avait le cerveau encore plus blessé que Charles-Quint, volt. Mœurs, 12G. Ce Telliamed me paraît un peu blessé du cerveau, id. Dial. xxix, H. Il le crée, il le tire de son cerveau, j. j. rouss. Ém. iv. Mon voisin, faible de cerveau, Ne boit jamais son vin sans eau, bérancDco grat. || Se creuser le cerveau, méditer profondément. || Familièrement, s'alambiquer le cerveau, se fatiguer à des choses abstraites, trop subtiles. Un seigneur comme M. le marquis ne doit pas se dessécher le cerveau dans ces vaines études, volt. Jeannot et Coi in. || Cerveau timbré, fêlé, mal timbré, malade, troublé, c'est-à-dire personne d'un esprit peu sain, dérangé. || Cerveau brûlé, personne emportée, extravagante. Voilà donc M. le duc d'Orléans livré à un homme de néant qu'il connaissait pleinement pour un cerveau brûlé, étroit et fougueux outre mesure, st-sim. dans le Dict. de dochez. || Cerveau creux, un rêveur, un visionnaire. || 3° Les fondeurs appellent cerveau la partie supérieure ou le timbre de la cloche. || 4° Cerveau de mer ou de Neptune, sorte de polypier pierreux.
— HIST. xie s. De son cervel le temple [la tempe] en est rompant, Ch. de Roi. cxxxii. Du chef [il] lui a le cervel espandut, ib. cclxxxiii || xne s. Ne li sevrèrent pas del chief tut le chapel, Mais al carnail del frunt retint e à la pel, Que tut à descuvert veïssiez le cervel, Th. le mart. 151. || xin° s. Tant burent à lor volenté Qu'à Primaut le cervel bolut [devint bouillant], Ren. 3151. || xvr s. Le cerveau se mettra en resverye, et ne baillera sentiment es nerfz, ne mouvement es muscles, bar. l'ant. m, 3. Les cerveaux s'eschaufferent davantage, lanoue, G06. Le cerveau est double, antérieur et postérieur.... le postérieur est nomme cerebello, à raison de sa petitesse, et l'antérieur à raison de sa grandeur a retenu le nom du tout, à sçavoir de cerveau, lequel est encore double, dextre et senestre, paré, m, g. Chacun brasse et cabasse et le cerveau se casse, le roux de lincy, Proverbes, t. n, p. 2G7.
— étym. Bourguig. çarvéa; provenç. cervel, servel; catal. cervell; ital. cervello; bas-lat. cervellus; du latin cerebellum, diminutif de ccrebrum. L'ancien français est : au singulier, nominatif li ccrvels, licerveax, régime le cervel; au pluriel, nominatif li cervel, régime lescervels, les cerreax.
t CERVEAUX (sèr-vô) ou CERF-VA-AUX (sèrva-ô). Terme de chasse. Cri par lequel on appuyé les chiens chassant en crainte ou rapprochant.
CERVELAS (sèr-ve-la; Vs ne se lie que dans le parler soutenu : un sèr-ve-la-z épicô), s. m. Espèce de grosse et courte saucisse remplie de chair salée et épicée. )| Nom qu'on donnait à un instrument de musique à anche et à vent, ayant cinq pouces de long et huit trous.
— HIST. xvie s. Ung groz cervelat saulvaige et farfelu.... et trencha le cervelat en deux pièces, vray dieu que il estoit graz! rab. Pant. iv, 4). Quant aux viandes d'Italie, je ne vous donnerai qu'un petit boucon de cervelat, h. est. Dialogue du français italianisé, p. 297.
— ÉTYM. Ital. cervcllata, ainsi dit, parce que sans doute on y faisait entrer de la cervelle. Le mot italien prouve que l'ancienne orthographe cervelat est préférable à cervelas. Le nez fait comme un cervelat, Régnier, Ép. m.
CERVELET (sèr-ve-lè; le t ne se lie pas), s. m. Terme d'anatomie. La partie postérieure de l'encéphale. Les esprits animaux se filtrent dans le cervelet, volt. Oreilles, 1.
— ÉTYM. Diminutif de cerveau, par l'ancienne forme cervel.
t CERVELIÈRE (sèr-ve-liè-r') , s. f. Anciennement, sorte de casque ouvert.
— ÉTYM. Cervelle.
CERVELLE (sèr-vè-E) , s. f, || Ie La substance du cerveau. La cervelle jaillit sur le pavé. 11 s'est fait sauter, il s'est brûlé la cervelle d'un coup de pistolet. Belle tête [un buste] , dit-il, mais de cervelle point; Combien de grandsseigneurs sont bustes en ce point! la font. Fabl. iv, 14. || Le soleil
CEK
CES
CES
lui a fait bouillir, lui a desséché la cervelle, se dit d'un homme qui est incommodé pour s'être exposé à la trop grande ardeur du soleil. || Terme de cuisine. Cerveau de certains animaux de boucherie. Des cervelles frites. || Par extension, cervelle de palmier, moelle bonne à manger que contiennent certains palmiers. || 2° Fig. Tête, esprit, fantaisie, raison. S'alambiquer la cervelle. Tête sans cervelle. C'est une bonne cervelle, c'est un homme de sens. Cervelle légère, évaporée, éventée. Mais pour diie !e vrai, je n'en ai la cervelle, Régnier, Sat. m. Passer pour esprit faible ou pour cervelle usée, corn, le Ment, v, 3. On n'a point à louer les vers de messieurs tels, Â donner de l'encens à madame une telle, Et de nos francs marquis essuyer la cervelle, mol. Mis. m, 7. Jupin en a bientôt la cervelle rompue, la font. Fabl. m, 4. Corrigezvous, dira quelque sage cervelle, id. t'6. n, ■H. Le vertueux Anselme à la sage cervelle, m. Pel. chien. Elle eût à Job fait tourner la cervelle, id. Belph. L'émotion lui tourna la cervelle, id. Rem. Il croit régler le monde au gré de sa cervelle, boil. Sat. ix. Un faux Esculape à cervelle ignorante, id. Poésies div. 7. Je ne puis arracher du creux de ma cervelle Que des vers plus forcés que ceux de la Pucelle, id. Sat. vu. Je ne souffrirai point que l'amour lui fasse tourner la cervelle, regnard, la Serai. 7. il Familièrement. Cela lui trotte depuis longtemps dans la cervelle, il en est préoccupé depuis longtemps. || Mettre, tenir en cervelle, en inquiétude, dans l'embarras. Et c'est cela qui me tient en cervelle, scarr. Jodelet, i, 5. Ce dédit m'embarrasse et me tient en cervelle, hegnard, Distrait, m, U. || S'user la cervelle. L'amant, à force de rêver Sur les ordres nouveaux qu'il lui fallait trouver, Vit bientôt sa cervelle usée, la font. Cliose imposs. || Cervelle de lièvre qui se perd en courant, se dit d'un homme qui a mauvaise mémoire.
— SYN. cerveau, cervelle. Ces deux mots, étymologiquement identiques, ont pris cette nuance que cerveau est plutôt l'organe considéré en sa totalité, et cervelle plutôt la substance qui le compose.
— HIST. xic s. Et la cervele lui chet as piez, Ch. de liol. civ. Par les oreilles fors se ist la cervele, ib. clxv. || xne s. Sanc et cervelle [il] fait voler en l'herbage, Roncisv. 65. || xme s. Entre païens se fièrent, moult en vont ociant, De sanc et de cervele va li ruissos courant, Ch. d'Ant. i, 460. ||xvies. Es ungs escarbouilloyt la cervelle, es aultres rumpoyt braz et jambes, rab. Garg. i, 27. Il fault frotter et limer nostre cervelle contre celle d'aultruy, mont. I, )64. M. le mareschal d'Anville m'a dit aussi avoir esté en armes et en cervelle bonne partie de la nuit, lanoue, 569. Il y a de trop bonnes cervelles au conseil du Roy pour donner les gens de bien en proye à cette canaille, d'aub. Fœn. m, 2(i. Fonslebon d'un coup de pistolet defonsa la cervelle au comte d'Aiguemont, id. Hist. ni, 23t. Affin que le soldat ne devint poultron, et pour le tenir toujours en devoir et cervelle, il faisoit donner souvent des allâmes, carloix, ix, 7.
— ÉTYM. Bourg, sarvelle ; provenç. cervela, sercela ; du neutre pluriel cerebella , de cerebellum (voy. cerveau), transformé en nom singulier féminin, transformation qui n'est pas rare dans les langues romanes.
CERVICAL, ALE (sèr-vi-kal, ka-1'j, adj. Terme d'anatomie. Qui appartient àla nuque, à la partie postérieure du cou. Nerfs cervicaux. Région cervicale.
— HIST. xvie s. La septième distribution de la veine cave ascendante dite cervicale, va par les trous des apophyses transverses.... paré, n, 16,
-- ÉTYM. Cervix, cou.
t CERVICOBRANCHE (sèr-vi-ko-bran-ch') , adj. Terme de zoologie. Qui porte des branchies au cou.
— étym. Cervix, cou, et branchies.
jCERVICORNE (sèr-vi-kor-n'), adj. Terme d'entomologie. Qui a des antennes semblables à des cornes de cerf.
— ÉTYM. Cervus, cerf, et corne.
t CERVICULÉ, ÉE (sèr-vi-ku-lé, lée), adj. Terme d'entomologie. Qui est en forme de petit cou.
— ÉTYM. Cervicula, diminutif de cervix, cou. CERV1ER (sèr-vié) , adj. Voy. loup-cervier.
— ÉTYM. Cervarius, du latin cervus (voy. cerf). tCERVIN, 1NE (sèr-vin, vi-n'), adj. Terme de
zoologie. Qui ressemble au cerf. || S. m. Les cervins, la famille d'animaux dont le cerf est le type.
— ÉTYM. Le latin cervinus, de cervus(\oy. cerf). CERVOISE (sèr-voi-z') , *. /. Nom ancien de la
bière. Nulle liqueur au quina n'est contraire; L'onde insipide et la cervoise amère, Tout s'en imbibe.... LA font. Quinquina, n.
— HIST. xiiic s. Nus cervoisiers ne puet ne ne doit faire cervoise fors de yaue et de grain, Liv. des met. 29. Ne cervoise ne vin por boivre, Ren. t3ois. || xvr s. Ceux qui ont accoutumé de boire de la cervoise ou bière, le pourront faire, pourveu que la bière soit bonne, claire et déliée, paré, xxiv, 23. Et de Ceres [ce breuvage] sera nommé cervoise, rons. 684.
— étym. Provenç. ceroeza ; espagn. cervesa; portug. cerveja; ital. cervogia ; de cerrisia dans Pline; cervisa dans Marcellus, de Bordeaux; mot celtique: cornwall. coruf, coref; kymri, cwrw; bas-bret. kufr, autrefois koref.
CES (se), pluriel de ce, cette, adj. démons!.
CÉSAR (sé-zar), s. m. || 1° Nom du célèbre romain qui conquit les Gaules, défit Pompée, et devint maître de la république romaine. C'est un César, se dit, à cause du renom militaire de Jules César, d'un homme d'une très-grande vaillance. Il est brave comme un César. || Il veut être César ou rien, se dit d'un homme qui hasarde tout, pour être tout ou rien. || Par plaisanterie. Ce chien.... Fut le premier César que la gent chienne ait eu, la font. Fabl. vin, 24. || 2° Nom commun à Jules César et aux onze premiers princes qui, héritiers de sa puissance, gouvernèrent après lui l'empire romain. Les douze Césars. Suétone a écrit la vie des douze Césars. Errant dans le palais, sans suite et sans escorte, La mère de César veille seule à sa porte, rac. Brit. i, I. || Titre donné par extension aux empereurs et princes romains après les douze premiers empereurs. Tel que sur son char Victorieux dans Rome entre notre César, corn. Poly. i, 3. Et quoiqu'à ses Césars fidèle, obéissante.... rac. Bér. il, 2. || Titre particulier des héritiers présomtifs de l'empire. C'est surtout à partir de Dioclétien que cette signification fut arrêtée; Dioclétien régla qu'il y aurait toujours deux empereurs et deux Césars; les empereurs s'appelaient Augustes et s'adjoignaient, sous le nom de Césars, des aides ou coadjuteurs qui devaient leur succéder. || Par extension, qualification des monarques qui ont le titre d'empereur. Une fille des Césars, une tille de la maison d'Autriche. Les prélats s'étaient donné la liberté de faire un César, volt. Mœurs, 51. || Proverbe. Il faut rendre à César ce qui appartient à César, c'est-àdire: à chacun ce qui lui est dû.
— HIST. xvc s. Hardy comme un César je suys à cette guerre Où l'on combat armé d'ung grand pot et d'ung verre, 0. bassel. V. de Vire, 19.
— ÉTYM. Le latin Ciïsar ou Cœso fut un surnom donné à des enfants que l'on tirait du sein de leur mère par une incision, dite plus tard césarienne, de csedere, couper, inciser.
f CÉSARIEN, IENNE (sé-za-riin, riè-n'), adj. || 1° Qui appartient à Jules César ou aux Césars. Famille césarienne. Troupes césariennes. 1 1 2° S. m. Celui qui était partisan de César. Les Césariens et les Pompéiens.
— ÉTYM. Csesarianus, de Csesar.
CÉSARIENNE (sé-za-riè-n'), adj.f. Terme de chirurgie. Opération césarienne, incision pratiquée aux parois de l'abdomen et à celles de l'utérus pour extraire le fœtus.
— HIST. xvie s. F. Rousset, en son livre de l'enfantement cœsarien, escrit que.... paré, xvm, 42.
— ÉTYM. César (voy. ce mot).
\ CÉSARISME (sé-za-ri-sm'), s. f. Domination des Césars, c'est-à-dire des princes portés au gouvernement par la démocratie mais revêtus d'un pouvoir absolu. || Théorie de ceux qui pensent que cette forme de gouvernement est la meilleure. || Néologisme.
— étym. César.
\ CÉSERON (sè-ze-ron), s. m. Un des nom- < il gaires du pois chiche.
— ÉTYM. Dérivé du latin cicer, pois chiche. fCESPITEUX, EUSE (sè-spi-teù, teû-z'), adj.
Terme de botanique. Qui croît en touffes sen é dit des feuilles ou des rameaux qui viennent sur un rhizome ou sur la ba.se de tiges vivaces détruites annuellement.
— ÉTYM. Le latin cespes, touffe, gazon. CESSANT, ANTE (sè-san, san-t'), adj. Qui cesse.
Il faut exécuter cet ordre, tous empêchements cessants. Je viens, toute affaire cessante.... la font. Fais. Pour me prier, toutes choses cessantes, d'aller voir ce chef-d'œuvre, sév. 272. De ces obscurités cessantes Tu verras sortir triomphantes Ma justice et ma liberté, lamart. Méd. i, 8.
CESSATION (sè-sa-sion; en poésie, de quatre syllabes), s. f. Action de cesser. Cessation d'hostilités, de poursuites, de commerce, etc, Une cessation d'inquiétude, pasc. dans cousin. La cessation de presque tout le commerce qui ne se fait plus que par
des contrebandiers, volt. Lell. d'Argental. 22 décembre 1766. y Cessation de payements, faillite.
— HIST. xive s. La remission ou cessation de te! mouvement, oresme, Thèse de meunier. || xvies.Voyez Plutarque au livre de la cessation des oracles, rab. Pant. iv, 27. On accuse ma cessation en un temps où quasi tout le monde estoit convaincu de trop faire, mont, iv, 1 72. Les consuls décernèrent la cessation de la justice, et surseance de tous affaires, amyot, Sylla, 18. La cessation de la sécheresse, id. Numa, 23.
— ÉTYM. Provenç. cessalio; espagn. cessacion; ital. cessazionc ; du latin cessaliomm, de cessare (voy. cesser).
CESSE (sè-s'), s. f. Fin, relâche. Mot qui tombe peu à peu hors de l'usage et qui n'est plus guère usité que dans les locutions : n'avoir pas de cesse, et sans cesse. Parler, travailler sans cesse. Il n'a ni repos ni cesse. Sa haine contre vous n'aurait jamais de cesse, tristan, M. de Chrispe, 11, 5. 0 cruauté du sort qui n'a jamais de cesse! rac an, Bcrg. 11 , 2, Lisimandre. L'esprit [le démon] s'en va. n'a point de cesse Qu'il n'ait mis le fil sous la presse, la font. Ch. imp. Point de cesse, point de relâche, id. Fab. v, 6. Astre par qui vont avoir cesse Nos ténèbres.... malh. m, 1.
— HIST. xvi° s. Or sus, esprit, temps est que donnes cesse  ta douleur et fascheuse tristesse, marot, r, 3<9. Je ne l'ay plus, par mort il a pris cesse, id. 11, 67. Ce pendant ma destresse Ne prendra fin ne cesse Que par vous sa maistresse, st-gelais, 240.
— ÉTYM. Voy. cesser. L'ancien français avait cessement et aussi ces.
Cr.SSÉ, ÉE (sè-sé, sée), part. passé. Des poursuites judiciaires cesséesparautorité supérieure. Où sont-ils ces maris? la race en est cessée, la font. Couj>e. La justice y était abolie, le négoce cessé, st-sim. 4 72, 17.
CESSER sè-sé). || 1" V. n. Mettre fin à, ne pas continuer, être dans l'inaction. Je n'ai ni affaires ni loisir; je ne fais rien et je ne cesse jamais, balz. 1, 300. Romains, souffrirez-vous qu'on vous immole un homme Sans qui Rome aujourd'hui cesserait d'être Rome? corn. Hor. v, 3. Le bruit cesse, on se retire, la font. Fabl. 1, 9. Cessez donc de tenu un langage si vain, id. ib.iv, 3. Il ne cesse de les rappeler à la pénitence, boss. Hist. 11 , 4. Cesse, cesse, et m'épargne un importun discours, rac. Phèdre, iv, 2. Joas ne cessera jamais de vous aimer, id Ath. iv, 4. Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire, boil. Ép. vin. Cesse donc à mes yeux d'étaler un vain titre, id. Lutr. n. Les orages Ont cessé de gronder sur ces heureux rivages, volt. Ériph. 11, 3. Le soleil se coucha ce jour-là à onze heures et se leva à deux, sans qu'on cessât de voir aussi clair qu'en plein midi, regnard, Voy. de Laponie, t. iv, p. 264. Ces bois ont repris leur verdure nouvelle; L'orage en est cessé, l'air en est éclairci, malh. v, 25. Il Faire cesser, mettre fin à. Faire cesser une querelle, les discordes, le tumulte, une révolte. La nuit fit cesser le combat. Le même arrêt invita l'archevêque à faire cesser lui-même le scandale, volt. Louis XV, 36. Il 2° V. a. Ne pas continuer. Cesser tout effort. Cessons nos plaintes. Legénéreuxvainqueur a cessé le carnage, volt. Henr. vu:. La Sorbonne menaçait de cesser ses leçons ; et le parlement, qui avait lui-même cessé ses fonctions plus importantes, ordonnait à la faculté de continuer les siennes, id. Louis XV, 36. Vous avez cessé vos désordres, mais vous ne les avez pas expiés, mass. Car. Petit nombre des élus.
— REM. 1. Cesser se conjugue avec l'auxiliaire ai oir, quand on veut marquer un fait : les plaintes ont cessé au moment que vous entriez; avec l'auxiliaire être, quand on veut marquer un état qui persiste : les plaintes sont cessées depuis que vous êtes entré. Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées, rac. Esth. 1, t. H 2. D'après Chifflet, cesser, ». n. commençait de son temps à être employé activement. Ou trouvera à l'historique un exemple d'Amyot et un de Marguerite où cesser est verbe actif.
— HIST. XIe s. Gent paienor ne veulent cesser onque, Ch. de Roi. ci.xxxvn. || XIV' s. Mais quant l'amisté est dissolue et cessée vers aucun, oresme, Eth. 265. Endormant l'ame repose et cesse de toutes les operacions selon lesquelles elle est dite ou bonne ou malvaise,iD. ib. 3*>. Karenlouet l'oy, lors a dit sans cesser : Seigneur, or du biau faire! il nous convient ouvrer, Gtccscl. <4970. || xve s. Et en tua lui et sa compagnie, ains qu'ils cessassent, plus de trois cents, froiss. 1, 1. 43. Et si tost qu'il en savoit en une ville, il ne cessoit jamais tant qu'il l'eust banni ou l'ait tuer sans déport, id. i, i, 65. Quand ce cri fut répandu parmi î'ost, tous se cessèrent, id. n,
CES
H, 21 •. 11 vont plus do 600 chevaux qui toute la unit ne cessèrent de trotter par la ville pour trouver logis, car personne ne vouloit les loger, iuv. [Sins, Charles 17, nu. Je me veulx cesser 1er de faite d'angleterre, comm. m, 7. || xvi's. i les armes, régnent les toges, rab. Pant. il convient cesserdu labeuretsoi repouser, id. ib. i 5. Advenant le prince, cesse le magistrat, id. ib.
17 Ne que je cesseà louer ton haut nom, marot,
i . 225. Il arreste la tempeste et la fait tenir coie , et lait cesser les vagues à ceux qui navigent, Calvin, Instit. 1 10. Si la charrue cesse, et si la main rustique Oisive par les champs au labeur ne s'applique, lay, vin, 46, verto. Le très fort a commandé er cesser ses ondes, marg. Lett. 20. Elle ne de me prescher et l'aire envers moy l'office de rt, id. ib. Le duc envoya deffendre à tous deux qu'ils ne passassent plus outre, ains qu'ils eussent à s'en cesser et déporter, m. du bellay, l'J». Il a de vivre, mont, i, 72. Ils ne cessent jusques au dernier souspirde les braver et desfier, id. i, 2ii. Encore seroit-il raisonnable que vous cessissiez le i pour l'amour de nous, amyot, Rom. 29. S'il y avoit aucun qui n'y prist point de plaisir, il falloit seulement qu'il priast l'autre de s'en abstenir, et incontinent il cessoit, id. I.ijC. 19.
— ÉTYM. Provenç. cessar, sessar; espagn. césar; ital. cesisare; du latin cessare, fréquentatif de cedere
(VOV. CÉD.rR).
fCESSIBILITÉ (sè-ssi-bi-li-té), s. f. Qualité d'une chose susceptible d'être cédée.
— ÉTYM. Cessible.
CESSIBLE (sè-ssi-bl') , adj. Terme de jurisprudence. Qui peut être cédé. Droit, pension cessible.
HIST. xvie s. Retrait [droit de rachat] seigneurial et conventionnel est cessible; le lignager non, si ce n'esl a un lignager, lovsel, 428.
— ÉTYM. Le latin cedere (voy. céder), par l'intermédiaire du supin cessum.
CESSION (se-sion), s. f.\\ 1° Action de céder à un autre quelque chose dont on est propriétaire, et spécialement une créance. Dans ce dernier sens, synonyme de transport. |j 2° Cession de biens, abandon de ses biens par un débiteur à ses créanciers. Cession volontaire, cession acceptée parles créanciers. Cession judiciaire, cession autorisée par la justice quand elle admet le débiteur au bénéfice de cession, nrlgré les créanciers. Elle permet à ceux qui font cession de retenir leurs biens, pasc. Prov. 4 2. On met dans les finances un vieux prodigue, qui en sa jeunesse a fait cession de biens, balz. 2e Disc, de la cnur. Il était obligé a faire cession de ses biens, boss. Fr. d'Ass. I. Il fit sur-le-champ cession de biens, montf.sq. Espr. 11, 8.
— hist. xiv= s. Nulz debteurs n'estoit receuz en la dicte ville à cession [de biens] , Ordonn. des Rois, t. vu, p. 544 II xvic s. Qui veut faire cession [abandon de biens pour rester libre] , doit confesser la dette en jugement et en personne, loysel, 681. L'on peut renoncer aux répits [en contractant], mais non au bénéfice de cession, in. C82. Répits ou cession n'ont lieu en dettes privilégiées ou procédantes de riol ou de crime, id. 683. Ils ne font point ces cessions et ces reculemens là pour révérence qu'ils leur portent , amyot , Com. dise, le flatteur de l'ami, 29.
— ÉTYM. Le latin cessio, de cedere (vcy. ce mot). CESSIONNAIRE fsè-sio- nè-r'), s. m. et /'. || J°Celui;
celle qui accepte une cession, un transport. || ^Quelquefois, par abus, celui qui a fait cession de sesbiens. Il 3° Terme de bourse. Celui qui reprend à une autre personne une action nominative.
— ÉTYM. Cession.
t. CESTE (sè-sf), s. m. Nom d'un gantelet de cuir souvent garni de plomb, qui servait aux anciens athlètes, pour combattre à coups de poings, dans les jeux publics. Le prix du cesle, le prix donné au vainqueur dans cette sorte de combat.
— HIST. xvie s. Pollux bon à combattre Aux cestes emplombés.... ronsard, 847.
— ÉTYM. Ciuslus , ie même que ceste 2, malgré œ. 2. CESTE (sè-sf), s. m. Terme de mythologie. La
ceinture de Vénus, et aussi celle de Junon.
— HIST. xvie s. Estimant que ce fust le vrai cesto tant célèbre dont Venus conjoint les amants, yver, 56). Cythere entroit au bain, et te voyant près d'elle, Son ceste eile te baille afin de le garder, bonsard, 277. Quand j'admire le ris de l'amour gracieux Et le ceste puissant de sa mère aux doux yeux, am. jamyn, Poésies, p. (73, dans lacurne.
— ÉTYM. Ke^toç, piqué, bien piqué (sous-entendu t|Mcç, courroie), courroie bien piquée; de xevteïv,
CES
piquer, a cause de l'instrument pointu qu'on emploie (voy. centre).
f CESTOÏDE (sè-sto-i-(i'), adj. Terme didactique. Qui a la forme d'un ruban, d'une ceinture. || Vers cestoïdes, ordre d'animaux de la classe des helminthes, caractérisés par un corps mou. Le taenia est un ver cestoïde.
— ÉTYM. Ke<rTo; (voy. ceste 2), et àSoç, forme (voy. idée).
f CESTREAU (sè-strô), s. m. Terme de botanique. Genre de plantes de la famille des solanées (cestrum).
— ÉTYM. Latin cestrum, sorte de marteau. CÉSURE (sé-zu-r'), s. f. || 1" Dans la poésie
latine, le vers hexamètre se divisant en deux parties inégales et impaires, l'une de cinq, et l'autre de sept temps ( si la première avait sept temps, la seconde n'en avait que cinq), on appelait - ésure la première partie, considérée comme séparée du reste du vers; c'est dans ce sens qu'on la disait semi-quinaire ou semi-septenaire. || Dans les collèges, on nomme césure la syllabe qui termine un mot et commence un pied. || 2" Dans la poésie française, repos marqué dans le vers de dix syllabes après la quatrième, quelquefois, mais rarement, après la cinquième, et dans l'alexandrin après la sixième syllabe. La césure sépare les hémistiches. Ce vers n'a pas de césure.
— ÉTYM. Cépsura, coupure, césure, de cxdere couper (voy. césar).
CET, adj. de'monst. Voy. ce, adj. démonstratif.
CÉTACÉ, ÉE (sé-ta-sé, sée), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui appartient aux grands mammifères ayant la forme de poisson. Les animaux cétacés. || S. m. plur. Les cétacés, ordre de mammifères auquel appartiennent les baleines, les cachalots, les dauphins. C'est dans les régions du nord que vivent les puissants cétacés, chateaub. Génie, i, vi, 4.
— REM. Autrefois on écrivait avec deux e, cétacée, même au masculin, pour se conformer à la finale latine ceus.
— ÉTYM. Latin cete, les gros poissons, pluriel neutre de forme grecque, dexr)Tr], pluriel de KÎjtoç, gros poisson de mer.
CÉTÉRAC (sé-té-rak), s. m. Terme de botanique. Autrement doradille. Espèce de fougère médicinale dont les feuilles ont été préconisées comme pectorales [asplenium ceterach, £.).
— ÉTYM. Ital. cetracca, citracca; bas-latin, ceterah; bas -grec xixapàx, tô reTpâyy.aTov , dans Du Cange, qui dit que le mot est arabe.
f CÉTINE (sé-ti-n'), s. f. Terme de chimie. Principe immédiat, gras, qui constitue presque seul le blanc de baleine.
— ÉTYM. KrJTo;, baleine (voy. cétacé).
f CÉTOGRAPHIE (sé-to-gra-fie), s. f. Terme didactique. Description des cétacés.
— ÉTYM. Kf,xoç, gros poisson de mer, et ypdccpetv, décrire.
| CÉTOINE (sé-toi-n'), s. f. Nom d'un genre de coléoptères dont une espèce, la cétoine dorée, est souvent mêlée par fraude aux cantbarides, dont sa forme ramassée etovalairelarend facile à distinguer.
f CÉTOLOGIE (sé-to-lojie), s. f. Terme didactique. Histoire des cétacés.
— ÉTYM. Ky|to;, gros poisson de mer, et )6yoç traité.
f CÉTOLOGISTE (sé-to-lo-ji-sf) , s. m. Naturaliste qui s'occupe de l'histoire des cétacés.
f CÉTRARINE (sé-tra-ri-n') , s. f. Terme de chimie. Matière amère trouvée dans le lichen d'Islande (cetraria islandica).
CETTE, adj. démonst. Voy. ce.
f CETTUI (sè-tui), adj. démonstr. masc. sing. Ce, cet. Il n'est plus usité; mais on le trouve encore dans le style marotique. Cettui me semble , à le voir, papimane, la font. Papef. Cettui Richard était juge dans Pise, id. Cal. Et cettui lieu beaux pères fréquentaient, in. Maset. De cettui preux maints grands clercs ont escrit, la bruy, xiv. Cettui pays n'est pays de cogagne, volt. Conte du Bourbier.
— HIST. xir s. Cestui prenderons nous, se n'en trouvons plus grant, Roncisv. 199. || xve s. Car tous les autres ne nageoient que sous le vent de cestui, comm. v, i.
— ÉTYM. Cestui est le cas régime du pronom dont cist, cest est le nominatif, et répond à ecceistius, génitif de ecce-iste.
CEUX, plur. de celui. Voy. ce mot.
| CÉVADK (sé-va-d'), s. f. Avoine. On abandonna 100 pièces d'artillerie, 150 milliers de poudre, 30 000 sacs de farine, 20 000 de cévade, 15 000 de
pain, ST-SIM. 460, 97.
— ÉTYM. Espagn. cebada, orge; de cébar, don-
CHA
ner a manger; du latin cibare, de cibus, aliment.
fCÉVADILLE (sé-va-di-11', Il mouillées), s. f. Terme de pharmacie. Fruit du veratrum snbadilla, L. qu'on emploie à l'extérieur pour détruire la vermine.
— ÉTYM. Espagn. cebadilla, poudre d'ellébore ; sans doute par comparaison avec cebada , l'orge (voy. cévade).
f CÉVADIQUE (sé-va-di-k'), adj. Terme de chimie. Acide cévadique ou sabaddlique, acide retiré de la cévadille.
■f CIIARLAGE (cha-bla-j') , s. m. Surveillance qui était exercée par certains préposés, afin que les bateaux ne rencontrassent aucun obstacle au pacsage des ponts.
— êtym. Chableur.
f I. CHABLE (cha-bl'), s. m. Grosse corde passée dans une poulie pour soulever un fardeau.
— ÉTYM. Autre prononciation de câble.
f 2. CHABLE (cha-bl'), s. m. Nom, en quelques contrées, de la herse.
— ÉTYM. Chable en ce sens est pour chaable, ancien nom d'un engin et, particulièrement, d'un engin de guerre; bas-lat. cadabula, quadablum (voy. chablis i), du grec xaraëoXri, action de renverser, xaTaëâXXsiv, renverser, de xocrà, en bas, et pâX- Xsiv, lancer (voy. baliste).
f CHARLEAU (cha-blô), s. m. Longue corde pour tirer les bateaux.
— ÉTYM. Chable t.
f 1 . CHABLER (cha-blé), v. a. Terme de marine. Attacher un fardeau à un câble pour le haler. || Tordre plusieurs cordes en une.
— ÉTYM. Chable I.
f 2. CHARLER (cha-blé), v. a. Terme rural. Chabler les noix, abattre les noix à coups de gaule.
— ÉTYM. Même radical que dans chablis ).
| CHABLEUR (cha-bleur), s. m. Ancien titre d'office. Officier de ville dont les fonctions consistaient à faire partir les coches d'eau, et à prendre des mesures pour leur sûreté dans les passages difficiles.
— HIST. xve s. A Meleun aura un chableur, appelé le chableur du pont de Meleun, du cange, chaablum.
— étym. Chable 1 , à cause du chable ou câble employé dans ces occasions.
I. CHARLIS (cha-bli), s. m. Terme d'eaux et forêts. Le chablis est le bois que la force du vent ou quelque orage abat dans les forêts.
— HIST. xiv" s. Que soubz umbre de caable l'en ne face vente de chesnes, Ordonn. des rois, t. vu, p. 775. Caables ou arbres abatuz ou secz, ib. || xvies. Telles restrinctions de lune n'ont lieu pour le boismort, ni pour le bois-chablis, qui est le presque abbatu par le vent, car on les peut prendre en tous temps, coupant à pied les arbres qui ont défailli,
— ÉTYM. Bas-lat. cablicia, chaableium, caplim, la coupe de bois; capellus, capilum ; anc. franc aulcuns cables ou arbres abattus; le bois nommé caables, du cange, cabulus. Le chaple des espées, du cange, capulare. Il y a dans ces mots deux radicaux: l'un avec un 6, écrit cable, cablicia ci mieux caable, vient de quadabalum. , chadabula, sorte d'engin de guerre , propre à renverser, qui vient de y.aTaëoXï] (voy. chable 2) et auquel se rattache ac-cabler; et l'autre caplim, chaple, qui veut dire tailler, couper, et qui vient du latin capulare, frapper.
■f 2. CHABLIS (cha-bli) , s. m. Vin blanc renommé. Boire du chablis.
— ÉTYM. Nom de lieu. C'est à tort que plusieurs personnes prononcent et écrivent Chablis.
\ CHABLOT (cha-blo), s. m. Terme de maçonnerie. Cordage.
— ÉTYM. Le même que chableau.
CUAROT (cha-bo), s. m. || 1" Espèce de poisson, appelé aussi meunier; ce sont des noms vulgaires de \a.lotte goujon. Ne faites.... présent ni don, Si ce n'est d'un chabot pour avoir un gardon, Régnier, Sat. xin. || On dit aussi cabot. Nous péchions sur ce rivage des cabots, des polypes, bern. de s. -p. Paul et Virg. H 2° Terme de blason. Meuble d'armoiries qui représente un chabot en pal, la tête en haut montrant son dos. Pour leurs armes les Chabot ont toujours conservé leurs chabots en écartelure, stsim.
— HIST. xin* s. Qui n'est pas graindres d'un cabot, du cange, cabos. || xive s. Loches etchaveloz, à la sause verte, Ribl. des Char.:*' série, t. 1, p. 233. Il xvie s. Sire, il te plaist trois poissons bien aymer : Premièrement, le bienheureux dauphin : Et le
CHA
CHA
CHA
chabot qui noue en la grand mer [allusion aux armes de l'amiral Chabot], marot,iii, <0. Les terroirs pierreux et sablonneux nourrissent les truites, chabots, cheviniaux.... o. de serres, 425.
— ÉTYM. Dérivé, à l'aide du suffixe diminutif or, de chab ou cab, tête (voy. chef).
f CHABOTTE (cha-bo-f), s. f. Terme de serrurier. Masse de fonte dans laquelle on fixe les grosses enclumes.
CHABRAQUE (cha-bra-k') , s. f. Voy. schabraque.
f Cil ABRILLOU (cha-bri-llou , II mouillées) , s. m. Nom d'un fromage de chèvre en Auvergne.
— étym. Chèwe, par chabri ou cabri.
f CHABUISSEATJ (cha-bui-sô), s. m. Un des noms vulgaires de la chevanne, sorte de poisson.
CHACAL (cha-kal), s. m. Animal de la taille du renard, mais plus haut sur jambes, gris jaunâtre en dessus, blanchâtre en dessous, et vivant en troupe. S. de longs intervalles on entendait les lugubres cris de quelques oiseaux de nuit et de quelques chacals, volney, Ruines, ch. 1. Là.... Grondent.... Le chacal, l'hyène rayée Et le léopard tacheté, v. hugo, Orient. 27. || Au plur. Des chacals.
— ÉTYM. Schdkal, mot turc.
CHACONNE (cha-ko-n'), s. f. || 1° Air de danse très-êtendu, à trois et quelquefois à quatre temps, qui servait de finale à un ballet ou à un opéra. La chaconne n'est plus en usage. Allons, cette chaconne en C sol ut, hauteroche, Crispin mus. i, -lu. |! Chaconne chantante, paroles sur un air de chaconne. Nous voudrions vous envoyer une chaconne et un écho, sévigné, 360. || 2" Danse sur un air de chaconne. Que font des menuets, des chaconnes dans une tragédie? j. j. rouss. llél. i, a:s. j| 3° Ruban que l'on portait sur la chemise.
— ÉTYM. Espagn. chacona, sorte de danse nationale, du basque chocuna, joli, gentil.
CHACUN, CHACUNE (cha-kun, cha-ku-n'; l'n ne se lie pas : chacun a ses passions, dites cha-kun a ses passions) , pronom distrib. Chacun n'a pas de pluriel. || i° Chaque personne, chaque chose. Chacun prit sa part. Chacun des assistants applaudit. Chacune de ces femmes. Chacun fut de l'avis de M. le doyen, la font. Fabl. ii, 2. Ils allaient [deux rats] de leur œuf manger chacun sa part, id. ib. x , i. Chacune avait sa brigue et de puissants suffrages, rac. Esth. i, i. Chacun se disputait la gloire de l'abattre, m. Andr. v, 3. Ce n'est pas moi qui les ai mis chacun à leur place, mass. Vérité de la religion. Quatre cent vingt-six ans après le déluge, comme les peuples marchaient chacun en sa voie , boss. Hisl. i, 3. Tout cela agité, approfondi, discuté et disputé entre nous deux [le duc d'Orléans et moi] nous laissa chacun dans sa persuasion, st-sim. 521, -172. On se battait pour avoir le pillage du camp ennemi; après quoi le vainqueur et le vaincu se retiraient chacun dans sa ville, montesq. llom. i. Les abeilles, dans un lieu donné, tel qu'une ruche ou le creux d'un vieux arbre, bâtissent chacune leur cellule , buff. Abeilles. Chacun des juges s'était adjugé le prix, en même temps que la plupart avaient accordé le second à Thémistocle, barthél. Anach. Wparlie. Les nymphes n'étaient pas inutiles : elles préparaient les autres plaisirs, chacune selon son office, la font. Psyché, i, p. 70. || 2° Au masc. d'une manière indéfinie, en parlant des hommes ou des femmes, toute personne, quique ce soit, tout le monde, on. Chacun en parle. Chacun voit ceux [les maux] d'autrui d'un autre œil que les siens, corn. Ilor. m, 4. Chacun en liberté peut disposer du sien [bien], id. Cinna, II, •(. Dans le temple voisin chacun cherche un asile, rac. Phèd. v, c. Comme un point de maturité que chacun cherchait en lui-même, flëch. le Tell. Chacun est prosterné Devant les plus heureux ; sont-ils dans la misère, On les plaint tout au plus.... des- TOUCHES, Dissip. v, -15. Par les richesses, l'ambitieux se peut assouvir d'honneurs; le voluptueux, de plaisirs; chacun enfin, de ce qu'il demande, boss. la Vallière. || Familièrement, au fém. Sa chacune, la femme avec qui un homme est uni. Â voir chacun se joindre à sa chacune ici. J'ai des démangeaisons de mariage aussi, mol. l'Étour. v, )6. Nous suivons nos désirs, et, sans pudeur aucune, Chacun comme il lui plaît avecque sa chacune, lafare, Réponse à une bail. || 3" Un chacun, pour chacun, a vieilli. Un chacun doit mourir, et la Parque félonne De ce commun devoir ne dispense personne, garnier, Antig. m. Vous recevrez les vœux d'un chacun, balz. i, <97. Ce que fait un tout seul, tout un chacun le sache, rëgnier , Élég. 2. Dans l'esprit d'un chacun je le tue aujourd'hui, mol. l'Étour. ir, t. Hautement d'un chacun elles blâment la v'e id.
Tari, i, i D'un chacun il doit être approuvé,
id. ib. ii, 4. Un chacun est chaussé de son opinion, id. Éc. des Fem. i, t. Leur gloire est un flambeau qui éclaire aux yeux d'un chacun la honte de vos actions, id. Don Juan, iv, 6. Voilà par sa mort un chacun satisfait, id. ib. v, 7. Un chacun de ces dieux faisait un Christ à sa mode, boss. Bonté, t. Il est vrai, à la lettre, d'un chacun de vous que vous allez être établis ou que vous l'êtes déjà pour édifier ou pour détruire, mass. Confér. Excell. du sacerd. Trouveriez-vous le maître que vous servez avec tant de zèle et de valeur, équitable, si là-dessus la fidélité d'un chacun de vous lui devenait suspecte? id. Car. lnj. du monde. Examinant la disposition d'un chacun, flêchier, Serm. il, 267. || Proverbes. Chacun pour soi, Dieu pour tous. || À chacun le sien ce n'est pas trop, c'est-à-dire il est juste qu'on rende à chacun ce qui lui appartient.
— REM. 1. Faut-il dire : ils ont pris chacun son chapeau; ils sont sortis chacun de son côté; ou bien, par le possessif du pluriel : ils ont pris chacun leur chapeau ; ils sont sortis chacun de leur côté ? L'un et l'autre se disent et sont corrects : quand on emploie son, on le fait rapporter à chacun en tant que chacun est distributif : ils ont pris, (savoir) chacun (a pris) son chapeau; leur, quand on l'emploie, se rapporte à chacun, en tant qu'il est collectif: ils ont pris leurs chapeaux, (savoir) chacun a pris le sien. À la première et àla seconde personne, chacun exige le possessif du pluriel: nous avons pris chacun notre chapeau ; vous êtes partis chacun de votre côté. À la vérité il n'y a aucune incorrection grammaticale à dire : nous avons pris chacun son chapeau; vous êtes partis chacun de son côté; mais cette tournure est inusitée, jullien. || 2. Chacun ne se met pas devant un nom au lieu de chaque; on ne dit pas : il sera payé par chacun an; mais on dit : il sera payé chaque année. Autrefois chacun s'employait avec un substantif. La nomination de douze officiers par chacun an, perrot, Tac. 92. Qu'aussitôt que chacune sœur [des trois], la font. Fabl.
— HIST. ixe s. Et in cadhuna cosa, Serment. \\ xic s. Pur chascun un dener, Lois de Guill. c. Quant cascuns ert [sera] à son meillor repaire, Ch. de Roi. iv. Chaucuns portout [poitait] une branche d'olive, ib. xiv. Car chascun jour de mort il s'abandone, ib. xxvm. || xir3 s. Chesquns huem [homme] est mençungiers, Liber psalm. p. -178. Chascuns est moult irez, Roncisv. M. Plorent et crient chascuns de ses casez, ib. (8. Entre ses bras il prist chascun baron, ib. 98. Chascuns paiens en baissa le menton, ib. <28. Et chascuns d'eus inclina à Mahon, ib. Dame, mar [je] vi le clair vis et la face Où rose et lis florissent chascun jour, Coud, xi. Las! chascuns chante, et je plor et souspir, ib. xm. Chascuns plore sa terre et son pais, Quant il se part de ses coraus amis, ib. xxiv. Faites chascun baron en sa terre envoyer, Saxons, vi. || xm° s. Chascuns i est couru la merveille esgarder, Berle, m. Et lui et ses deux fils chascun [le roi] fait chevalier, ib. cxxix. || xve s. Elle joue et rit à chascun, froiss. Esp. am. Et avoient chacuns bannières de leurs mestiers, id. h. II, 193. Quatre cents marcs d'esterlins, à payer chacun en la ville de Bruges, id. i, i, 27. Si se retraist chacun vers leur ville, id. i, i, 272. Chascun jour se menoit de petis marchez pour soustraire gens l'ung à l'autre, comm. i, 9. Ils s'en allèrent chacun à sa chacune [chez soi], louis xi, Nouv. xxix. Et sur ce, s'en allèrent tous, chacun en sa chacune, id. ib. xcvn. || xvi" s. Vien-ça chacun, je te veux faire entendre Et te monstrer la voye où tu dois tendre, marot, iv, 270. Justes humains, menez joie orendroit Chacun de vous, qui avez le cueur droit, Aussi un chacun et chacune, Ô Roy, t'honorera, id. iv, 297. Obligez nous bailler par chascun an deux millions d'or, rab. Garg. i, 50. Secondement que nous appliquions chacun son esprit, tant qu'il sera possible, à penser aux œuvres de Dieu, calv. Instit. 298. Quant nous disons que J. C. a esté fait homme pour nous faire enfans de Dieu, cela ne s'estend pas à tout chacun, id. ib. 384. Allons un chacun selon son petit pouvoir, id ib. 537. Il y aoccasion de priera chacune heure, id. ib. 678. Voicy le carneval, menons chascun la sienne, Allons baller en masque, allons nous pourmener, dubeli.ay, vi, 32, recto. Si est chascun de nous à soymesmes tesmoing Combien la France doit de la guerre estre lasse, id. ib. verso. Chascun peultpenser comme il feut relevé, mont, i, 39. Elles ont chascune des passions propres, id. i, 97. Au veu d'un chascun, id. i, <ll. Essayons de faire nostre debvoir, chascun de son costé, laboétie, <64. Chascune de ces parts estoit telle, qu'elle pouvoit
rendre à son maistre par chascun an 70 minots d'orge.... amyot, Lyc. 12. La ville de Corinthe recevoit une très glorieuse louange et benissement d'un chascun de délivrer ainsi la Sicile, id. Timol. 33. Tout chacun s'emhesoigna aux barricades, ca," • loix, v, (5.
— ÉTYM. Chaque, et un ; bourguig. champenois et génev. chécun ; Berry, chacun; picard cacun ; Saintonge, chaque d'yn, chaquyn; provenç. cascun, quascun; ital. ciascimo.
f CHACUNIÈKE (cha-ku-niô-r'), s. f. Mot de plaisanterie signifiant la maison de chacun. Les filles s'en vont chacune à sa chacunière, siîv. 1 7&.
— HIST. xvi° s. Toute la ville brusle; ainsi chascun s'en va à sa chascuniere. rab. Pant. ii, H. Usage ancien, que je trouve bon à refreschir, chascun en sa chascuniere, mont, i, 257.
— ÉTYM. Chacun.
f CHAFAUD (cha-fô), s. m. Terme de marine. Échafaud.
— HIST. xvc s. A St-Denis, un chafault et parterre, Joustestrès grans où l'or luit et habonde, e. desch, Poésies mss. i" 298, dans lacurne.
— ÉTYM. Voy. échafaud; bourguig. chafaud. grenier à foin.
" | CHAFAUDIER (cha-fô-dié) , s. m. Terme de pêche. Celui qui dresse les échafauds sur lesquels on fait sécher la morue.
— ÉTYM. Chafaud.
■ f CHAFÉE (cha-fée), s. f. Son qui reste quand l'amidonnier a exprimé toute la farine du froment.
-f CHAFF (chai"), s. m. Nom anglais donné au mélange, à parties égales, de paille et de foin coupés.
CHAFOUIN, INE (cha-fouin, foui-n'), x. m. et f. Celui, celle qui ressemble à une fouine, d'apparence grêle et sournoise. Petit chafouin. \\Adj. Mine chafouine. L'abbé Dubois était un petit homme maigre, effilé, chafouin, à perruque blonde, st-sim. 390, )3.
— ÉTYM. Saintonge et Berry, chat-fouin, fouine; de chat et fouine.
| CHAGNOT (cha-gno), s. m. Ternie de pêche. Squale glauque.
— étym. Le même que cagnot.
f. CHAGRIN (cha-grin), s. m. \\ 1° Cuir grenu fait d'ordinaire d'une peau de mulet ou d'âne. Peau de chagrin. Etui de chagrin. Relier un livre en chagrin. C'est avec le cuir de l'âne que les Orientaux font le sagri que nous appelons chagrin, buff. Âne. ||Fig. et familièrement. Avoir une peau de chagrin, avoir la peau rude, rugueuse. || 2" Espèce de squale dont la peau fort dure sert à faire une sorte de chagrin.
■ — étym. Ital. gigrino; vénit. sagrin; de sagri, nom turc du chagrin.
2. CHAGRIN (cha-grin), s. m. || 1° Déplaisir qui peut être causé, soit par une affliction, soit par un ennui, soit par une colère. Grand, profond, noir chagrin. Chagrin cuisant, mortel. De longs, de petits chagrins. Passer son chagrin, noyer son chagrin dans le vin. J'ai de l'ambition, et mon orgueil de reine Ne peut voir sans chagrin une autre souveraine, corn. Sert.n, 4. S'il faut que cela soit, ze sera seulement pour venger le public du chagrin délicat de certaines gens, mol. Préf. Crit. de l'Éc. des fetn. Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre, mol. Mis. i, G. Les querelles, procès, faim , soif et maladie Troublent-ils pas assez le repos de la vie, Sans s'aller, de surcroit, aviser sottement De se faire un chagrin qui n'a nul fondement, mol. Sganar. Kl. Grâce à Dieu, je passe les nuits Sans chagrin, quoique en solitude.... Un an se passe, et deux, avec inquiétude : Le chagrin vient ensuite, la font. Fabl. vu , 5. Tant de façons mettaient Pierre en chagrin, id. Jum. Oui, Lamoignon, je fuis les chagrins de la ville, boil. Ép. vi. Le cl monte en croupe et galope avec lui, id. «6. v. Jamais homme n'eut plus de chagrin que lui contre les tolérants, boss. Averl. ) . Ce mal de côté me donnait bien du chagrin, sév. 543. Vivez, philosophez avec vos amis; qu'ils égayent avec vous le chagrin secret de la vieillesse, volt. Lett. Mme du Dejfant , 21 sept. 1765. || 2" Humeur qui s'inquiète ou se tourmente. Les hérétiques, curieux ou ignorants, ont été livrés aux raisonnements humains, àleur chagrin, à leurs passions particulières, boss. Far. 1 5. Quand il a raison, il ne faut pas lui donner de chagrin [le contrarier], sév. 557. J'ai, comme Bajazet , mon chagrin et mes soins, rac. Baj. m, o. Mais toi, dont la valeur d'Amurat oubliée Par de communs chagrinsàmon sort s'est liée. id. ib. iv, 7. Et jamais leurs chagrins [des sultans] ne nous laissent vieillir, id. .ib. i, i. J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre, ip. Phèd. i, 3, X la table d'Esther portez-vous ce
CHA
chagrin? id. Esth. m, 2. Du chagrin le plus noir aile écarte les ombres, Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres, bac. i('- On a des chagrins contre son siècle et l'antiquité en profite,
\. Socr. et Mont. || Proverbe. Cent heures de chagrin ne payent pas un soude dettes, c'est-à-dire
! mieux s'évertuer que de se livrer à un chagrin inutile.
— sy.n. chagrin, tristesse. Le chagrin est une souffrance de l'âme, souffrance causée par une peine quelconque, par une contrariété, un désappointement, une perte, etc. La tristesse est un état de l'âme que le chagrin peut produire, mais qui peut aussi se développer de soi-même et sans accident. La mort d'une personne chérie cause un violent chagrin et jette dans une profonde tristesse. La tristesse est l'opposé de la joie et de la gaieté; le chagrin n'a point d'opposé. Parce qu'elle est un état, la tristesse se dit des choses inanimées : la tristesse d'une harmonie, d'un site; parce qu'il est une souffrance, le chagrin ne se dit que des personnes.
— HIST. xve s. 11 faut laisser le chalgrin importun À tout le moins à la table buvant, bass. xl. ;| xvi' s. Chagryn fait les gens aager bien tost,
PALSGR. p. 41».
— ÉTYM. Bourguig. chaigrin. Ce mot est, comme on voit, nouveau dans la langue; on ne peut donc y apercevoir que le mot chagrin, peau rude et grenue, qui, employée pour frotter, polir, limer, est devenue, par métaphore, l'expression d'une peine qui ronge (voy. chagrin <). Le patois génois a sagrinà, ronger, et sagrindse, se ronger de colère; ce qui met sous les yeux le procédé mental qui, de chagrin, peau rude, a fait chagrin, peine morale.
s'. CHAGRIN, 1NE (cha-grin, gri-n'), adj. Qui a du déplaisir, soit par une affliction actuelle, soit par une humeur habituelle. Vous paraissez bien chagrin. Quel esprit chagrin! Sénèque, si chagrin d'ailleurs, a voulu aussi s'ébattre une fois en sa vie, balz. vi, lett. '■>. Je voudrais qu'il ne fût point chagrin contre vous tous, sÉv. 49G. Âme chagrine, corn. Suréna, i, t. Tel a vécu pendant toute sa vie chagrin, emporté, avare.... la bruy. xi. La face de la raison, si je puis parler de la sorte, parait trop sérieuse et trop chagrine, boss. la Vallière.
— REM. Chagrin, au masculin, suit son substantif : un vieillard chagrin; au féminin, il peut le précéder : la chagrine vieillesse.
— HIST. xv' s. Discorde haineuse Fait vie oultrageuse.... Au cueur chagrineuse, Au corps périlleuse, al. chart. Lai de paix. Pauvreté chagrine, dolente, Villon. Grand testament. En despit de nos voisins Gens trop chalgrins , bass. xxxix. || xvi" s. À Demosthenes fut reproché par ung chagrin, que ses oraisons sentoyent l'huile, rab. Garg. I, l'rol. Elles sont pensives et chagrineuses et fort desgoustées, paré, xviii, 04. L'or n'est pas seulement de nostia corps soigneux, Il est de nostre esprit: qui tant soit chagrineux, Despit, triste, pensif, resveur, mélancolique.... rons. W05. Je crois qu'il y a quelque art à distinguer les visages débonnaires des niais, les sévères des rudes, les malicieux des chagrins,
— ÉTYM. Voy. le précédent.
CHAGRINANT, ANTE (cha-gri-nan, nan-t'), adj.
Qui chagrine. Un homme chagrinant. Une nouvelle chagrinante. On ne veut point s'engager là-dessus en de chagrinantes recherches, bourd. Serm. Dim. t. n, p. 21. D'un mal si chagrinant je sais bien le remède, hauteroche, Crispin mus. i, <2.
1. CHAGRINÉ, ÊE (cha-gri-né, née), part, passé de chagriner I. Peau chagrinée.
2. CHAGRINÉ, ÉE (cha-gri-né, née), part, passé de chagriner 2. || 1" Affligé. Chagriné par des pertes d'argent. || 2" Tourmenté. Chagriné par des créanciers.
t CHAGRINEMENT(cha-gri-ne-man), adv. D'une façon chagrine. Je passe la vie à Paris chagrinement quelquefois, et quelquefois en espérance et en amusement, sév. dans le Dict. de poitevin.
— ÉTYM. Chagrine, et le suffixe ment.
( . CHAGRINER (cha-gri-né) , v. a. Préparer une peau de manière à la rendre grenue, à eu faire du chagrin.
— ÉTYM. Chagrin I.
2. CHAGRINER (cha-gri-né), v. a. j|l° Causer du chagrin. Cette perte le chagrine beaucoup. Il se plaît à chagriner les gens. Son monsieur Trissotin me chagrine et m'assomme, mol. Fem. sav. i, 3. Phèdre vous chagrine, et blesse votre vue, rac. Phèdre, i, i Alexandre chercha tous les moyens de chagriner Aristote, fén. Arisl. || 2" Se chagriner, v. ré/l. Éprouver du chagrin. 11 n'y a pas de quoi se tant chagri-
CHA
ner. Ne vous en chagrinez pas. Ils s'émeuvent soudain, soudain ils se chagrinent, Et ne gardent plus rien de leur première paix, corn. [mit. i, )4.
— HIST. xvie s. La condition la plus heureuse où ils sauroient estre les chagrine, les ennuyé et les degouste, sully, dans le Dict. de dochez.
— ETYM. CHAGRIN 2.
t CUAGRINIER (cha-gri-nié) , s. m. Celui qui fabrique le chagrin.
— ÉTYM. Chagriner t.
t CHAH ou SHAH (cha), s. m. Titre des rois de Perse.
— ÉTYM. Persan, schd, roi.
f CHAHUT (cha-u) , s. f. Sorte de danse assez peu décente pour que la police l'interdise dans les lieux publics.
f CHAHUTER (cha-u-té), v. n. Danser la chahut.
f CHAI (chè), s. m. Magasin au ras du sol, tenant lieu de cave. Les chais servent surtout à emmagasiner l'eau-de-vie.
— ÉTYM. Bas-lat. cayum, chayum;le même que quai (voy. ce mot), par l'intermédiaire de la glose d'Isidore : kai, cancillœ, barreaux. Chai, quai a donc signifié tout ce qui renferme dans un enclos.
f CHAILLE (cha-ll',U mouillées), s. f. Un des noms vulgaires de la camomille romaine.
f CHAÎNAGE (chê-na-j'), s. m. || 1° Terme d'arpenteur. Opération qui consiste à mesurer une ligne droite sur le terrain avec la chaîne d'arpenteur. || 2° Terme d'architecture. Appareil intérieur, do bois ou de fer, qui soutient une construction en maçonnerie.
— ETYM. Chaîne.
t CHAÎNASSE (chê-na-s'), s. f. Terre argileuse mêlée de sable quartzeux.
CHAÎNE (chê-n'),s. f. || 1° Espèce de lien de métal, formé d'une suite d'anneaux. Chaîne de fer. Chaîne pesante. Chargé de chaînes. Retenir quelqu'un dans les chaînes. Briser ou rompre ses chaînes. Chien à la chaîne. Mettre à la chaîne. Le peuple ferma les boutiques, tendit les chaînes par les rues, et fit des barricades, la roch. Mém. 31. Léon IV fit élever des tours, tendre des chaînes sur le Tibre, volt. Mœurs, 28. On le peint [l'Hercule gaulois] avec des chaînes qui lui sortent de la bouche, comme s'il eût entraîné les hommes par ses paroles, la font. Lettr. xu. || Chaîne à la catalane, chaîne composée de plusieurs anneaux ronds ou elliptiques, en fer et doubles. Chaîne carrée, chaîne dont les anneaux sont de figure elliptique et ployés en deux. Chaîne en gerbe, chaîne dont les maillons sont courbés comme un 8. Chaîne en S, chaîne dont les maillons ont la forme d'une S. || Chaîne à la Vaucanson ou chaîne sans fin, chaîne qui, tenant lieu de crémaillère, fait tourner en même temps plusieurs roues ou poulies. || Chaîne d'arpenteur, chaîne d'une longueur connue qui sert, dans les opérations d'arpentage, à mesurer les distances sur le terrain. Cet instrument est formé de morceaux de gros fil de fer ou de cuivre coupés de même longueur, recourbés en boucle à leurs extrémités, et réunis deux à deux par de petits anneaux; les chaînons extrêmes sont disposés de manière à former deux poignées par lesquelles on tient la chaîne tendue au-dessus du sol (voy. décamètre). Il avait le coup d'oeil presque aussi sur que la chaîne d'un arpenteur, j. j. rouss. Ém. il. || Mesure de corde, ou faite d'anneaux métalliques, pour prendre la taille desanimaux domestiques ; mais elle est infidèle; on préfère la mesure dite potence. || Chaîne de port, la chaîne, ou, par extension, l'estacade qui barre l'entrée d'un port. || Chaînes d'abordage, longs crocs de fer que l'on lance dans les agrès d'un navire ennemi. || Huissiers à la chaîne, de la chaîne, huissiers du conseil du roi qui portaient à une chaîne d'or la médaille du roi. M. de Bouillon étant allé àÉvreux, son fils y envoya un exploit par un huissier à la chaîne, st-sim. 59, 242. || Terme de joaillier. Chaîne de diamants, chaîne garnie de diamants. Chaîne de cou. Chaîne de montre, et, absolument, chaîne, chaîne à laquelle est suspendue la montre. || Terme d'horloger. Chaîne d'une montre, l'espèce de chaînette d'acier qui tend le grand ressort. || 2" Chaîne , la peine des galères et le convoi même des forçats conduits au bagne. 11 fut condamné à la chaîne. La chaîne était escortée par un piquet de gendarmerie. C'est le conducteur delà chaîne, Ses captifs sont plus gais que lui, bérang. Indépend. \\ 3° Fig. Servitude, captivité. Briser les chaînes des esclaves. Secouer ses chaînes. Rompre sa chaîne. Elle le retient par une douce chaîne. Un captif insolent d'avoir brisé sa chaîne, corn. Nie. v, 9. Tandis que l'Orient, dans le lit de ses reines, Voit passer un esclave au sortir de ses chaînes,
rac. Bér. n, 2. Ces religieux se consacrent à briser les chaînes des chrétiens, volt. Mœurs, 1 39. || Lien, engagement étroit. Brisez votre alliance et rompez-en la chaîne, corn. Ilor. n, 6. Du sang qui vous unit je sais l'étroite chaîne, rac. Andr. i 2. Je sais de quels serments je romps pour vous'lea chaînes, in. Andr. ni, 7. Et ces noms, ces respects, ces applaudissements, Deviennent pour Titus autant d'engagements Qui, le liant, seigneur, d'une honorable chaîne.... id. lier, v, 2. Ah! si d'une autre chaîne il n'était point lié, id. Baj. m, 7. Tant d'années étaient des chaînes qui me liaient à ces deux hommes, fén. Tél. xin. Il est absurde que la volonté se donne des chaînes pour l'avenir, j. j. rouss. Contr. il, i. Celle qui par la douceur, par un amour vrai et même par les chaînes de l'habitude, l'avait subjugué [Louis XIV] , volt. Louis XIV, 26. Il Esclavage, sujétion, dépendance. Forcez, rompez, brisez de si honteuses chaînes, corn. Nie. i, 2. Cette âme, d'avec soi tout à coup divisée, Reprend de ses remords la chaîne mal brisée, id. Sert. I, ). L'ambition, l'amour, l'avarice, la haine Tiennent comme un forçat son esprit à la chaîne, boil. Sat. vin. Un voyage rompra toutes ces vilaines chaînes-là, sév. 42. Ne lesa-t-il pas vus tous deux dans les chaînes de Mlle du Bouchet? sév. 585. Hippolyte rendra ma chaîne plus légère, rac. Phèd. n, I. Tu vis mon désespoir; et tu m'as vu depuis Traîner de mers en mers ma chaîne et mes ennuis, id. Andr. i, \. Votre état est donc plutôt une irrésolution vague d'un cœur agité , et qui craint de rompre ses chaînes, mass. Avent, Délai de convers. Rompez des chaînes que je déteste, id. Carême, Motifs deconv. Pour lui faciliter les moyens de rompre ses chaînes, id. Avent, Bonh. des Justes. J'ai préparé la chaîne où tu mets les Romains, volt. M. de César, i, i. Ils tiennent sous leurs pieds tout un peuple à la chaîne, id. Henr. vu. Un sang nouveau bouillonne dans mes veines ; Des douleurs et' des ans j'ai dépouillé les chaînes, c. delavig. Paria, v, 3. Sans me lasser de vos chaînes, J'invoquerai la liberté, bérang. P2u£ de pol. Je rampe sous la chaîne Du plus modique emploi, id. Vocation. Comme un taureau dans la plaine. Vous traînez après vous la chaîne De vos longues iniquités, lamart. Méd.i, 30. 11 est comptable à sa patrie Des dons qu'il tient de leur bonté [des cieux] ; Cette influence souveraine N'est pour lui qu'une illustre chaîne Qui l'attache au bonheur d'autrui, J. b. rouss. Odes, iv, 7. || Etre rivé à sa chaîne, ne pouvoir se soustraire à la dépendance où l'on vit. || Bénir sa chaîne, se trouver heureux de la sujétion où l'on est, de l'attache qu'on a. || 4° Suite non interrompue d'objets semblables. La chaîne de montagnes qui borde l'Océan. Une chaîne d'étangs partage cette contrée. Le général disposa les postes de manière qu'ils fissent une chaîne continue. || 5° Suite de personnes disposées pour se transmettre quelque chose de main en main. Les manœuvres forment la chaîne pour transporter des matériaux. Il n'y avait pas assez de monde pour faire la chaine, de la rivière au lieu de l'incendie. || En physique, chaîne électrique, suite de personnes qui se tiennent de façon à se transmettre une commotion électrique. || Terme de danse. On appelle chaînes en général les mouvements où les lignes décrites par les figurants s'entre-croisent, et où ceux-ci se donnent la main en passant, ce qui forme en effet une sorte de chaine; la grande chaîne est celle qui se fait entre tous les danseurs d'une contredanse dans la figure d'un lacs d'amour; les cavaliers partent par leur droite, les dames par leur gauche ou réciproquement, et chacun donne alternativement la main droite ou la main gauche aux arrivants; on fait ainsi le tour entier. Les petites chaînes se font entre quatre figurants et le plus souvent avec les vis-àvis, rarement sur les côtés. La chaîne des dames, la chaîne anglaise sont les principales des petites chaînes; elles exigent huit mesures. || Chaîne anglaise, pas composé où les deux couples vis-à-vis l'ont un traversé, les dames passant au milieu, et occupent ainsi la place l'un de l'autre ; après quoi les deux couples reviennent à leur place par un mouvement semblable. || Chaîne des dames, pas composé dans lequel les deux dames traversent et retraversent. Aux deux extrémités, elles trouvent d'abord le cavalier vis-à-vis, puis leur propre cavalier, qui leur donnent la main et font un dernier tour de main avec elles. || Demi-chaîne, même pas, dont on fait seulement la moitié. Demi-chaîne anglaise, les deux couples traversent seulement et ne retraversent pas. La demi-chalne ne demande que quatre mesures. || 6° Enchaînement, continuité. La chaîne des causes. Je serais bien aise de faire voi r toute
CHA
la chaîne des autres vérités, desc. Me'tb. Cette preuve fera voir la chaîne entière de la tradition, boss. Déf. comm. Où est l'homme assez stupide pour ne pas voir -ne de tout cela? :. J. rouss. Ém. i. S'il y a quelque chose de clair en métaphysique, c'est la île ce raisonnement, chateaub. Génie, I, I, 4. Donc, ne présentez plus à mon cœur agité Ces immuables lois de la nécessité, Cette chaîne des des esprits et des mondes, volt. Dés. deLisbonne. || 7° Terme de tisserand. Les fils tendu- sur les deux rouleaux du métier, et entre lesquels passe la trame. Étoffe à chaîne de coton et trame de laine. || Terme de maçon. Rangée de pierres de taille superposée pour donner de la solidité à un mur da petites pierres. || Rangée de gros cailloux espacés sur des chemins ferrés pour contenir la pierraille intermédiaire. ||8° Collection d'auteurs qui ont travaillé sur quelque partie de l'Écriture sainte. || 9" Chaîne à poil, chaîne de surcroît dans le velours.
— SYN. chaîne, fers. La différence entre ces deux mots, pris au sens de liens pour tenir captif, est que la chaîne est le mot propre, et que fers est, en cette acception, un mot poétique; aussi dit-on mettre un chien à la chaîne et non aux fers.
— HIST. xi' s. En caeines de fer, Ch. de Roi. Cclxxii. || xii" s. En deux chaaines [il] tenoit un grant lion, Roncisv. i"3. Ou il l'en amaint [ou qu'il l'amène] pris en chaaine ou en hart, Saxons, xix. || xme s. Dont vindrent les galies et pristrent le port par force et rompirent la chaene qui moult estoit fort, villeh. xlv. L'en apele drap nays, à Paris, le drap duquel la chaene et la tisture est tout d'un, Lit:, des met. H 9. La belle chaane dorée Oui les quatre elemens enlace, la Rose, t6988. Les baillis à la fonde [bourse] et à la caenne [tribunal des contestations maritimes, ainsi dit de la chaîne du port], Hist. occid. des croisades , t. n, 475. Se puis trover François, ceste gent mal senée, Chascun el col aura caïne bien fermée, Puis les menrai a vous , à Blindas [Bagdad] la loée, Ch. d'Ant. v, 927.|| xv" s. Une chayenne forte et de dure assemblée par ordre de pluseursaneaulx joins et entretenais ensemble, chr. de pis. Charles V, n, 4. || xvie s. Pour porter au col, eut une chaisne d'or, rab. Garg. i, 8. Tandis que tu as gardé le silence
dil Apelles à Megabysus], tu sembloies quelque grande chose à cause de teschaisnes et de ta pompe,
— ÉTYM. Berry, chadaine, cordon, chaîne de vigne en espalier; picard, cayne , caine ; provenç. et espagn. cadena; portug. eadea; ital. catena; du latin aliéna.
| CHAÎNÉ, ÉE (cbê-né, née), ad). Qui est formé de parties attachées bout à bout. Cable chaîné.
f CHAÎNER (chê-né), v. a. Terme d'arpenteur. C aîner une distance, la mesurer avec la chaîne d'arpenteur.
— ÉTYM. Chaîne.
CHAÎNETIER (chê-ne-tié) , s. m. Ouvrier qui fait des agrafes et toutes sortes de petites chaînes.
— ÉTYM. Chaînette.
CHAÎNETTE (cuê-nè-f), s. f. || 1° Petite chaîne. La chaînette d'une bride. || 2° Terme de mathématiques. Chaînette ou funiculaire, la courbe que la pesanteur fait décrire à toute corde ou chaîne suspendue par les deux extrémités. Déterminer l'équation de la chaînette. En ce temps-là, le problème de la chaînette, qu'il avait proposé, faisait beaucoup de bruit parmi les grands géomètres; c'est la courbure que doit prendre une chaîne attachée fixement par les deux extrémités, également pesante en toutes ses parties et dont chaque partie est tirée en embas par son propre poids et en même temps retenue par les points fixes, fonten. Bernoulli. \\ Terme d'architecture. Voûte dont la courbe est celle d'une chaîne suspendue par les deux bouts. || 3° Point de chaînette, point de couture ou point noué qui sert à rabattre une couture et qui a l'apparence d'une chaîne. || Broderie en point de chaînette, points rentrant l'un dans l'autre en forme de lacs continu. || 4° La partie du harnais des chevaux de carrosse qui sert à soutenir le timon et à le reculer. || 5° Terme d'imprimerie. Gouttière au bas d'un tympan. || 6° Terme militaire. Troupe de soldats rangés en cercle et garantissant ceux qui sont chargés de fourrager.
— HIST. xme s. Li lormier de Paris pueent taillier et faire taillier leur renés, leur chenetes, leur poitriaus, et toutes choses qui à leur mestier apartienent, Liv. des met. 223. ||xive s. Et si tenoit une herminette Trop gracieuse et trop doucette À une chainnette d'or fin, machault, p. 46. Un demy ceint d'or, qui fut à la royne Jeanne de Bourbon, assis Eur un tissu noir, ouquel a une chainette à façon
CHA
de fleurs il" ii~. de la borde, Émaux. Et [le faucon] yra pasturer, tout lié d'une cordelle ou chainette,
~}Ii>,1iis, f° î.xxiv. || xvie s. Une médaille pendante à une chaisnette d'or, carloix, viii, 2G.
— étym. Diminutif de chaîne.
f CHAÎNEUR (chè-neur) , s. m. Terme d'arpenteur. On nomme chalneurs les hommes que l'on emploie à mesurer les distances avec la chaîne. Quand l'arpenteur prend part lui-même à l'opération, celui qui l'aide est nommé porte-chaîne. Par suite, dans un chaînage on donne souvent le nom de chaîneur à celui-là seul des deux manœuvres portant la chaîne qui est le plus intelligent et qui dirige l'autre, ce dernier n'étant alors que porte-chaîne.
— ÉTYM. Chaîner.
CHAÎNON (chê-non), s. m. || i° Anneau d'une chaîne. Il Fig. Il y a des chaînons si déliés qu'on craint qu'ils ne se rompent, volt. Lett. Prusse, 1G. Le passé, le présent, l'avenir lient tous les membres de cette société des chaînons de la loi naturelle, diderot, Réfl. s. l'esp. || 2" Bride qui embrasse les queues des tenailles. || 3° Terme de géologie. Élévation de terrains qui .sont en diminutif ce qu'est une chaîne de montagnes. || 4" Terme de marine. Anneau d'un cable-chaîne; on dit plus souvent maillon. || La portion d'un câble-chaîne comprise entre deux manilles (30 mètres environ).
— syn. maille, chaînon. Le chaînon est l'anneau, de diverses figures, qui entre dans la composition d'une chaîne; la maille, quand elle est de métal, est l'anneau, de diverses figures aussi, qui entre dans la composition d'un tissu : les mailles d'une cotte d'arme.
— HIST. xie s. Et si lui mettent ou col un caeignon, Ch. de Roi. cxxxv. || xmc s. Et fu pendus à un gibet tout nuef, et à [un] caignon tout nuer, que la corde ne rompist, Chr. de Rains, )7:t || xvi" s. Nous avons un certain nombre de syllabes en chascun genre de poème, par lesquelles, comme par chainons , le vers françois lié et enchainé.... dubellay, i, 29, verso. Une chaine, de laquelle les petits chainons d'or estaient distingués de perles et pierres de toutes couleurs, yver, 533,
— ÉTYM. Chaîne.
t CHAINTRE (chin-tr'), s. m. Nom, dans quelques endroits, de portions de terrain un peu creuses qu'on laisse aux extrémités des champs pour servir d'égout. || Lieu mis en réserve pour le pâturage des bestiaux et défendu au moyen de quelque clôture.
— ÉTYM. Autre prononciation de ceintre.
« . CHAIR (cher) , .v. f. || 1° Toutes les parties molles du corps de l'homme et des animaux, et plus particulièrement la partie rouge des muscles. Recevoir une blessure dans les chairs. Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange, rac. Ath. n, 5. || En chair et en os, la personne elle-même. On le disait au fond d'un précipice; mais le voilà en chair et en os. || Entre cuir et chair, au-dessous de la peau : il éprouvait des élancements entre cuir et chair; et figurément, en soi-même : il s'impatientait entre cuir et chair. || Être en chair, avoir de l'embonpoint, avoir la chair ferme; se dit aussi du cheval et autres animaux. || En chirurgie, on appelle chairs indistinctement les parties molles qu'on traverse avec l'instrument tranchant. || Terme de pathologie. Substance molle qu'on observe dans les solutions de continuité, formée principalement parles bourgeons vasculaires. Chairs baveuses, excroissances de chair. || Familièrement. C'est une masse, une grosse masse de chair, se dit d'une personne lourde de corps et d'esprit, ou seulement, très-grosse. || Vendeur de chair humaine, racoleur, agent pour le remplacement militaire, et aussi celui qui fait métier de prostituer des femmes. || Chair à canon, les troupes que l'on expose sans ménagement aux coups de l'ennemi. || 2° L'apparence extérieure, la peau. Avoir la chair douce, rude, blanche. || Avoir la chair fraîche, avoir un frais coloris. || Avoir la chair courte, avoir la peau sujette à se gercer. || Chair de poule, l'aspect que présente la peau lorsquel'impression du froid y détermine des aspérités dues à la saillie des bulbes des poils, ce qui la fait ressembler à la peau d'une poule plumée. || Fig. Cela fait venir la chair de poule, cela excite la frayeur, l'horreur. || 3° La viande des animaux terrestres et des oiseaux considérée comme aliment. Chair de bœuf, de mouton. Chair crue, cuite, dure, tendre, fine, courte, longue, salée, fraîche. Vendredi chair ne mangeras. Chair blanche, le veau, la volaille, etc. par opposition au mouton, chevreuil, lièvre, etc. De cette double proie L'oiseau se donne au cœur joie, Ayant de cette façon À souper chair et poisson, la font.
CHA
Fubl. îv, ^t. || Chair à saucisse, chair de porc hachée, qu'on met dans les saucisses et dans d'autres mets. || Hacher menu comme chair à pâté, mettre en pièces', couper par morceaux. || Fig. Sentir la chair fraîche, se dit des désirs amoureux qu'excite la présence d'une personne, et aussi, d'une façon générale, de tout ce qui peut exciter le désir du gain, l'intérêt, la curiosité. La Marans arriva, elle sentait la chair fraîche, sév. 35. || 4° La partie blanche ou rougeâtre, mais de nature musculeuse, que l'on mange dans les poissons. Le saumon a la chair fino et ferme. || 5° On nomme aussi chair, le parenchyme, la partie succulente de certains fruits: c'est le sarcocarpe. La chair de la pêche, du melon, de l'abricot. || 6° La nature humaine, considérée en opposition à la nature spirituelle. Le verbe s'est fait chair. La résurrection de la chair. Ou s'il y a des dieux, ils ont le cœur de chair, Régnier, Élêg. m. Fils de cette sainte veuve plus selon l'esprit que selon la chair, boss. Or. 9. La multitude adore des divinités de chair et de sang, fén. xvii, 240. Les âmes timides veulent s'appuyer sur un bras de chair ou sur la force de leur sagesse, id. xvm, (50. Ce n'est pas un bras de chair qui l'a conservée, mass. Carême, Vérité de la religion. Le reproche que fait Jésus-Christ à ses parents selon la chair, mass. Carême, Salut. Vous nous défendez dans vos écritures de nous faire un bras de chair, fléciuer, Tur. Dieu brise le bras de chair qui les appuyait, id. Le Tel!. Honteux attachements de la chair et du monde, corn. Polyeucte, iv, 2. Ceux qui vivaient selon la chair, boss. Hist. i, i. Si la chair et le sang, se troublant aujourd'hui , Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui , rac. Ath. i, 2. De la chair corrompue éteindre en nous les feux, id. Hymnes. On voit tous les jours les amateurs du monde tomber avec leurs protecteurs, et avec ces appuis de chair et de sang en qui ils mettaient une vaine confiance, mass. Myst. Purifie. Soumission. Nous allons triompher de la chair et du démon, id. Carême, Jeûne. De la chair et du sang réprimez les murmures, c delà vigne , Paria, n, i. S. Jérôme charge ses épaules d'un lourd fardeau, pour dompter une chair révoltée, chateaubr. Génie, n, m, 8. || En termes d'Écriture, toute chair, l'ensemble des êtres vivants, homme et animaux. Hors des heures de louange, toute chair est ici en silence devant le Seigneur, fén. xvii, 264. La multitude l'empêchat-elle d'exterminer toute chair au temps du déluge? mass. Car. Petit nombre îles élus. || Le mariage no fait qu'une chair de l'homme et de la femme. || C'est la chair de sa chair, c'est l'objet de ses plus vives affections, c'est un autre lui-même. || La chair , la concupiscence charnelle. L'œuvre de la chair, l'œuvre de chair, la conjonction charnelle. L'aiguillon de la chair. Le péché de la chair, le péché d'impureté. Lepéchéde la chair tentait l'humanité, Régnier, Sat. i. Vous êtes donc bien tendre à la tentation ; Et la chair sur vos sens fait grande impression, mol. Tari. in, 2. || Être de chair, avoirdes faiblesses humaines, et particulièrement des faiblesses amoureuses. Filles du sang royal ne se déclarent guères; Tout se passe en leur cœur; cela les fâche bien : Car elles sont da chair ainsi que les bergères, la font. Fianc. Vous considérerez, en regardant votre air. Que l'on n'est pas aveugle et qu'un homme est de chair, mol. Tart. m, 3. || 7° S. f. plur. Dans les arts, toute imitation de la chair de l'homme. Les chairs sont mal rendues dans ce tableau. Ce sculpteur traite bien les chairs, ses chairs sont belles. || Au singulier, tells partie est belle de chair. || Couleur de chair, rouge pâle qui approche de la couleur de la chair de l'homme. Un maillot couleur de chair. || 8° En termes de fauconnerie, l'oiseau est bien à la chair, lorsqu'il chasse bien. || 9° Terme de tanneur, côté de la peau opposé à celui où se trouve le poil . 1 1 10" En termes de forge , le fer a de la chair quand la cassure en est inégale et paraît d'un brun noirâtre. || 11° Terme da minéralogie. Chair fossile, espèce d'amiante à feuillets épais et solides. || 12° Chair à dame, espèce de poire peu estimée. || Proverbes. La chair nourrit la chair, c'est-à-dire la viande est le meilleur aliment. || Il n'est ni chair ni poisson, se dit d'un homme d'un caractère indécis, qui flotte entre deux partis. || Jeune chair et vieux poisson, c'est-à-dire il faut manger les animaux quand ils sont jeunes, et les poissons quand ils sont vieux. En vérité, mon compère, vous faites bien mentir le proverbe: jeune
chair et vieux poisson; car, n'étant qu'un jeune brochet, vous avez une fermeté que les plus vieux esturgeons n'ont pas, voit. 'Lett. )43. || H n'y a point de belle chair près d s i s, c'est-à-dire une personne maigre n'est jamais belle. || L'esprit est
CHA
CHA
CHA
prompt et la chair est faible, se dit des bonnes résolutions qui sont promptement conçues, mais que l'on tient difficilement.
— syn. viande, chair. La viande est la chair préparée dans la boucherie ou dans la cuisine pour la nourriture de l'homme ou des animaux. La chair n'a subi aucune préparation et est l'animal lui-même tel qu'il est après avoir été tué. Les animaux carnivores se nourrissent de chair; l'homme mange de la viande.
— HiST. xi* s. En [pour cela] deit hom perdre du sang et de la char, Ch. de Roi. lxxxvi. L'haubert [il] lui rompt entresques à la charn, ib. xciv. As chars vives, ib. cxxiv. [Je] ne vous lairrai pur [par cramte de] nul home de char, ib. clvii. || xne s. De mautalent [il] a la car tressuée, Roncisv. 52. Dex le garit [préserva] qu'en char [il] nel put toucher, ib. 63. Chascuns se doit enforcier De dieu servir, jà u'isoit li talens, Et la char vaincre et plagier, quesnes, li manc. 96. [Je ferai] La char oindre de miel, et lécher à mes ours, Saxons, xxvn. Mes fiz que je ai engendré de ma charn me quiert ocire. Rois, 179. ||. \me s. [Féru] Si angoisseusement que la char en fut bloe [bleue], Perte, xxxin. Ne pain, ne char, ne vin, ne gastiaux, ne biscuit, ib. xxxvi. Atant le lairons du roi Richart qui fu mors sans hoir de sa char, Chr. deRains, 33. Je ne laissai hui à l'ostel Ne pain, ne vin, ne car, ne sel, Ren. 205Si>. Nus homs ne se devroit ià prendre À famé qui sa char veut vendre) la Rose, 4580.... S'ot la char tendre. Qu'en [on] la li peûst toute fendre À" une petitele ronce , ib. 843. Et les chars salées, pour ce que il ne mangoient point de porc, joinv. 237. La maladie de l'ost estoit tele que la char de nos jambes sechoit toute, id. 236. ||xives. Mais estre batuz et feruz, ce leur est grant peine et grant douleur se il sont sensibles et se il ont char, oresme, Eth. 89. Chars legieres sont de bonne digestion et saines, id. îb. 180. || xv s. Etpourvurent ledit chastel de \ins, de farines, de chairs et de toutes autres pourveances, inoiss. i, i, 253. Il est grand et long et fort et de gros membres, sans estre trop chargé de chair, id. n, ni, H). En char crue mon cueur ne se delecie. Oublions tout le vieil gouvernement, en. d'orl. Rai. 125. Mon mari a, que je croy, Par ma foy! Le gozier de chair salée. Car il ne peut respirer Ne durer Se sa gorge n'est mouillée, ol. Bass, V. de Vir. 36. A ung jour de char [un jour gras], Bibl. des chartes, 4" série , t. îv , p. 373. || xvi" s. À qui le poisson seroit plus appétissant que la chair, mont, i, 22h. En chair et en os [en personne], id. m, 309. Et issoit de toute sa personne une odeur fort souëfve tellement que les habillemens qui touchoient à sa chair en estoient comme tous perfumez, amyot, Alex. fi. Chair et semence de courge, paré, xxi, 3. Toute chair n'est pas venaison, leroux delincy, Proverb. t. n, p. iv-2. Jamais ne demeure chair à la boucherie, m. ib.
— ÉTYM. Berry, bourguig. picard et wallon, char; nainurois, chou; provenç. carn; espagn. et ital. carne; du latin carnem, accusatif de caro, qui tient au grec xpsa:, h l'ancien haut-allem. hrêo , génit. hréwes; irland. corna.
f 2. CIJAIR (cher), s. m. Coussinet, en termes de chemin de fer.
— ETYM. Angl. chair, coussinet, chaise; l'anglais chair est le français chaire (voy. ce mot).
CHAIRE (chê-V), s. f. || 1° Siège élevé d'où l'on parle, enseigne ou commande, et, particulièrement, espèce de tribune à dais d'où le prêtre, adresse la parole aux assistants. Chaire de bois, de marbre, sculptée, etc. Ce mandement fut lu en chaire dans toutes les églises. Ce qui obligea le curé de monter en chaire, pasc. Prov. )b. Ils ne montent pas dans les chaires pour y faire de vains discours, boss. Pur. ie Dieu , i . Si nous sommes soigneux de former lies prêtres que Louis puisse choisir pour remplir nos chaires, boss. le Tellier. Ce que cette chaire, ce que ces autels, ce que l'Évangile que j'annonce, et l'exemple du grand ministre dont je célèbre les vertus, m'oblige à recommander plus que toutes choses, c'est les droits sacrés de l'Église, in. ib. Les .autres [prêtres] à l'État rendus plus nécessaires, Ont éclairé l'Église, ont monté dans les chaires, volt. Henr. v. || La chaire évangélique ou la chaire de vérité, la chaire où l'on prêche l'Évangile. Â présent que je suis assis dans la chaire de Jésus Christ et des apôtres, et que vous m'écoutez avec attention, boss. la Vallière. || Être assis dans la chaire de mensonge, de pestilence, etc. professer l'hérésie. Lucifer assis dans sa chaire infernale, boil. Sal. xn. Vous, malheureux, assis dans la chaire empestée Où le méninge règne et répand son poison, rac. Ath. ni, 4.
Des femmes de la société, de graves philosophes avaient des chaires d'incrédulité, chateaud. Génie, I, 1. || L'éloquence de la chaire, nom générique qui comprend toutes les sortes de discours qui sont ou peuvent être prononcés dans les églises, savoir : les panégyriques, les oraisons funèbres, les sermons, les prônes, les conférences, etc. || Fig. La prédication. Les orateurs de la chaire. Avec quel succès le grand art de la chaire est cultivé à Genève, j. j. rouss. Dédie. || 2° Tribune où siège un professeur dans les écoles publiques. Le professeur est en chaire. || Fig. L'enseignement même ou la place du professeur. Une chaire de littérature française. Ce professeur a obtenu la chaire qu'il désirait. Le peuple ne donne ni chaires , ni pensions, ni places d'académie, j. j. rouss. Ém. v. Le rhéteur Eumènes tenait à Rome une chaire d'éloquence, chateaub. Mart. 115. || 3°Siégequ'al'évêque au haut du chœur. L'évèque, étant dans la chaire, donna la bénédiction au peuple. Les évêques à qui ils avaient laissé une chaire, boss. Hist. il, '3. H Fig. La chaire apostolique, la chaire de saint Pierre, la chaire d'unité, termes qui désignent le siège apostolique, la papauté. || 4" Chaire curule, ou, absolument, chaire, chaise curule. Des chaires, des licteurs, des faisceaux, j. J. rouss. Em. iv. [| 5l Terme de marine. Grand bateau plat pour charger et décharger les vaisseaux.
— REM. 1. Du temps de Vaugelas, l'identité de chaire et de chaise (voy. chaise) était encore si présente qu'il indique les cas où il faut se servir de l'un ou de l'autre. Aujourd'hui l'emploi de ces deux mots, qui sont le même mot différemment prononcé, est tellement spécifié qu'il n'y a plus lieu à aucune remarque de ce genre. || 2. Th. Corneille dit: «J'ai vu plusieurs ouvrages de poésie où l'on faisait rimer chaire avec affaire; ce qui marque qu'il y a des provinces où l'on prononce ce mot comme le féminin de l'adjectif cher. D'autres le font rimer avec guerre, ce qui est mal, quoique la prononcialion de chaire en approche davantage. » Ces nuances n'existent plus pour notre oreille; et chaire rime avec affaire, chère et guerre.
— HIST. xii" s. Le povre [il] sache [tire] del fermer, od les princes le fait sedeir; chaere de glorie li fait aveir, Rois, 7. || xme s. Cil qui ci est en une chaiere entre nous, villeh. lxvii. Un riche chevalier estoit mort, et li avoit l'en fet une grant fosse large en terre, et l'avoitl'cn assis moult noblement et paré en une chaere, joinv. 266. ||xve s. Respondit tanstost messire Guillaume de Fermiton et dit : Dites à Jean de Chastel-Morant qu'il s'en voise reposer un petit en sa chaiere, froiss. ii, ii, 81. Le duc de Berry, frère du roy, presidoit assis en chaire, comm. i, 8. Ladicte demoiselle estoit en sa chaire et le duc de Cleves à costé d'elle, id. v, 14. || xvie s. S'eslançant d'une chaire où elle estoit assise, mont. m, i8t.
— ÉTYM. Saintonge, Berry et norm. chaire, chaise; bourguig. cheire, chaise; picard, cahière, cahielle, kielle, chaise; wallon, chèîre, chaise; namurois, chèière, chaise; rouchi, caière , kèière , chaise; provenç. codera, cadeira; catal. cadira; anc. espagn. cadera; portug. cadeira; ital. cattedra; du latin cathedra, siège, du grec -/.aOéopa, de xa8, vaxà, sur, et ISpa, siège, dont le radical est le'même que le radical latin sed dans sed-ere (voy. seoir). Plusieurs patois ont conservé des formes analogues à la forme ancienne chaere, c'est-à-dire non contractée; chaere, dans les anciens textes, était toujours de trois syllabes.
t CHAIS, s. m. Voy. chai. Mauvaise orthographe; c'est celle du pluriel.
CHAISE (chê-z'), s. f. \\ 1° Siège à dossier et ordinairement sans bras. Chaise de bois, de paille, de rotin. Chaise rembourrée. Prendre, donner, avancer une chaise. Loueuse de chaises. Chaise à bras pour les enfants. Alidor assis dans sa chaise, Médisant du ciel à son aise, Peut bien médire aussi de moi; Je ris de ses contes frivoles; On sait fort bien que ses paroles Ne sont pas articles de foi, boil. Épigr. xm. I| Chaise de chœur, ancien nom de ce qu'on nomme aujourd'hui stalle. || Chaise longue, sorte de lit ou de canapé qui n'a de dossier qu'à un bout. || Chaise percée, ou, simplement, chaise, siège garni d'un vase pour les besoins naturels. Et pour prix de sa peine au grand vent dispersée Vont ses papiers servir à la chaise percée, Régnier, Sat. n. Sidrac assura que [le principe de tout] c'était la chaise percée, volt. Oreilles, 7. \\ 2° Sorte de siège fermé et couvert où l'on se fait porter par deux hommes. Chaise à porteurs. Porteur de chaise. Il va en chaise. Allez, oie/, votre chaise d'ici, moi.. Prec». Je me suis
vu arrêter comme je sortais de ma chaise, hamilt. Cm m m. 7. Antigonus fit présenta Bion d'une chaise, afin qu'il le put suivre quand il voudrait, fén. Bion. || Porter en chaise, se dit de deux personnes qui entrelacent leurs mains pour en porter une troisième sur leurs mains ainsi entrelacées. || 3° Voiture de voyage à deux ou quatre roues, traînée par un ou plusieurs chevaux. Chaise de poste. Chaise roulante. Mon fils s'en va demain en chaise, sév. 345. || 4° Chaise ou chaire curule, siège d'ivoire des principaux magistrats de la république romaine. Lesdeux chaises d'ivoire ont reçu les édiles, v. hugo, Odes, îv, n . || 5" Terme d'architecture. Charpente formée de quatre grosses pièces, sur laquelle on établit la cage d'un clocher, d'un campanile, d'un moulin à vent. || Bâti de bois qui soutient la cage d'un moulin. |] 6° Partie de la roue du coutelier. || Bâti de bois pour exhausser une chèvre, une grue. || Table qui supporte la poêle lorsqu'on fait les bougies filées. || 7° Terme de marine. Large sangle disposée en un siège mobile pour les gabiers ou voiliers. || Chaise marine, sorte de siège disposé de manière à affranchir du roulis et du tangage. || 8° Terme de fief. En partage de fief noble, nom des quatre arpents de terre qui environnent de plus près le château.
— HIST. xvie s. Une chayze de fer qui estoit garnie de veloux, delaborde, Émaux, p. 200. Une chayze de Florance, id. ib. Une chayze de bois d'ouvraige de Naples, id. ib. Celuy qui vuide ma chaize Dercée. mont, i, 328. Elle passa un lacet de sa robbe dans l'un bras de sa chaize, id. m, 152. Porté sur des brancars d'or, et assis dans une chaize d'or, id. iv,
— ÉTYM. Chaise est une prononciation vicieuse du molchaire (voy. chaire). Danslexvie et le xvne siècle, le peuple de Paris, en beaucoup de mots, remplaçait le son de IV par celui du z, et cette faute, acceptée par l'usage, a fini par faire deux mots de chaire et chaise , avec une acception différente. Mais pendant longtemps l'usage ne les a pas séparés, Molière a dit chaise pour chaire: Les savants ne sont bonsque pour prêcher en chaise, Fem.sav. v, 3. Régnier, chaire pour chaise: Et chacun en son rang Se met en une chaire, Sat. x. Après sa mort on donna sa chaise [chaire] au jeune Grouovius, p. 448, Menagiana.
t CHAISIER (chè-zié), s. m. Ouvrier qui fait des chaises.
— ÉTYM. Chaise.
f CHAISIÈRE (chè-ziè-r'),6'. f. Loueuse de chaises à l'église (dans les provinces du Nord).
— ÉTYM. Chaise.
CHAKO (cha-ko), s. m. Voy. shako.
f CHALAN (cha-lan), s. m. Voy. chaland 2.
t. CHALAND, ANDE (cha-lan, lan-d'), s. m. et/. || 1° Acheteur, pratique. Ce marchand a beaucoup do chalands, de bons chalands. Il perd ses chalands. || Quelquefois, simplement, acheteur. Faire venir les chalands. || 2° Par extension, client, et toute personne qui en recherche une autre, s'attache à elle, entretient avec elle des rapports habituels. Cette femme est un fort bon parti, elle ne manquera pas de chalands. Savez-vous bien qu'elle est assez sotte? Cela n'attire point les chalands, sév. 309. Cache ton corps sous un habit funeste; Ton lit, Margot, a perdu ses chalands; Et tu n'es plus qu'un misérable reste Des premiers temps et des premiers galants, mainard, dans richelet. || Familièrement. C'est un chaland [une connaissance] dont je ne me soucie guère. Nous ne serons pas longtemps chalands [en bon; rapports], si vous vous conduisez ainsi. || 3° Se disait d'une sorte de pain assez blanc et très-massif. Mais retournons à table où l'éclanche [de mouton].... Des dents et du chaland séparait la querelle, Régnier, Sat. x. || Adjectivement, pain chaland. Ce pain était ainsi nommé, parce qu'il était le pain ordinaire des chalands d'un boulanger.
— HIST. xne s. Reis, se lu es enuinz [oint], curune d'or portant, Ne deiz estre en orgueil, niais en bien reluisant, À tun peuple deiz estre e chiefs e lur [leur] chalant, Th. le mart. 30. ||xv° s. Gantier le camus, qui estoit accompagné de dix autres compagnons acointés et chalans de ladite Tassine.... du cange, chelandium. || xvie s. Pain chalan, o. de serres, 824. Outre celles qu'ils entretenoient en leurs maisons, ils avoient leurs chalandes [maîtresses] par tous les endroits de la ville, H. est, Apol. d'Uérod. p. 58, dans lacurne.
— ÉTYM. Espagn. chalan; de chaland, sorte de bateau (voy. chaland 2); le chaland, qui achète, étant comparé au chaland, bateau, qui va chercher les marchandises pour les apporter au rivage, au quai, au marché (conip. BARGUIGNER). Dans le
CHA
passage de Thomas le martyr, chiefs et chalant signifient chef et associé, comme le prouve l'emploi de chalandise dans un texte de Froissart cité plus loin. Enfin, dans le parler de Loudéac (Côtes-du- Nord) . chaland signifie gouttière, conduit pour l'eau, peut-être par quelque assimilation avec chaland, bateau.
2. CHALAND (chalan;.le d ne se lie jamais) ou, suivant les dictionnaires de marine, CHALAN,. *'. m. ,| 1° Terme de navigation fluviale. Grand bateau plat, pour le transport des marchandises. Les chalands qui font les transports entre le Havre et Paris. || 2° Terme de marine. Allège à fond plat tirant trèspeu d'eau.
— iiist. xi" s. Il n'i a barge ne dromond ne calant, Ch. de Roi. clxxvi. || xne s. Tus les porz font guaitier e de jur e de nuit, Qu'il n'i puisse passer od plain chalant u vuit , Th. le mart. 63. || xm* s. Et li consaus [conseil] fu tex que l'empereres Henris s'en iroit au rivage et entreroit en un chalant, villeh. clxx. Lors se part de Jherusalem, Puis s'en entra en un chalan; Le flum passa, el bois en vint, buteb. il, 120. Chascuns puet ce faire, ausint comme il puet mener son chalant par le fiueve, Liv. de just. 64. Parmi le bras saint Joie Hatins les a menés, Et trovent les chalans garnis et conreés, Ch. d'Ant. n, 322. || xvc s. Grand plenté de nefs et d3 chalans, froiss. i, i, 26 i.
ÉTYM. Ane. catal. xclandrin; bas-lat. chelan-
àrium, chelindrus, salandra, calannus; bas-grec Xeaôvôiov. Origine inconnue. Diez propose, par assimilation , xéXuSpoç, tortue de mer, serpent de mer. Il yabien, dans le bas-latin, calories, barques portant le bois aux soldats; on pourrait accepter ce changement d'on en an; mais d'où viendrait le t ou d de chalant ou chaland dans les plus anciennes forrnes?
f CHALANDEAB (cha-lan-dô) ou CUALANDOU (cha-lan-dou), s. m. Terme de marin. Marin chargé de la conduite des chalands : ce qui est devenu un terme de mépris.
— ÉTYM. Chaland 2.
CHALANDISE fcha-lan-di-z') , s. f. || 1° Affluence de chalands, vogue. L'enseigne fait la chalandise, la font. Fabl. vu, (5. Pour attirer du peuple et de la chalandise, boursault, Es. à la cour, i, 5. Je voudrais parfois qu'il n'y eût que moi de femme au monde.— Vous auriez de la chalandise, REGNARn, la Coq. m, 5. || 2° Les relations habituelles qui constituent le chaland: le chaland lui-même. Vous êtes trop cher; vous n'aurez pas ma chalandise. Ce marchand a perdu toutes ses anciennes chalandises. Il n'a que de bonnes chalandises. Oui , toute notre marchandise Ne saurait dignement payer L'honneur de votre chalandise, benserade, Ballet de la nuit , dans richelet. Si j'étois que de vous, je chasserois bien cette chalandise-là, Francion, liv. v, p. 184. || On dit aujourd'hui ordinairement pratique.
— HIST. xv" s. Or me cuidai trop bien parfaire Pour prendre aillours ma calandise; Si me mis en la marchandise, froiss. Buisson de jonece. Seigneurs, nous vous disons pour le mieux que vous n'ayez nulle accointance ni challandise à ceux de Flandre, id. ii, ii, 172. || xvie s. Au lieu que les marchands prient les plus belles, celles-cy laides prient les marchands de prendre et achepter de leurs denrées, qu'elles leur laissent pour rien et à vil prix; car le plus souvent leur donnent de l'argent pour s'accoster de leurs chalandises, brant. Dames gai. t. i, p. 220, dans lacurne. Il eut peur de perdre sa chalandise, Nuits de Straparole. t. n, p. 289, dans lacurne. Ainsi faisoyent aulcuns chirurgiens de Grèce les opérations de leur art sur des eschaffauds à la vue des passants, pour en acquérir plus de praticque et de chalandise, mont, iv, 173.
f CHALASIE (ka-la-zie), s.f. Terme de chirurgie. Séparation partiellede la cornée d'avec lasclérotique.
— ÉTYM. Xâ).a<7i;, relâchement.
CHALASTIQUE (ka-la-sti-k') , adj. Terme de médecine. Se dit des médicaments qu'on croit propres à relâcher les parties.
— ÉTYM. XaAowmxô;, relâchant, de /aXâv, relâcher (voy. caler).
t CHALAZE (ka-la-z'), i. f.\\ 1° Terme de botanique. Le point qui répond, sur la tunique interne d'une graine, à l'insertion du cordon ombilical ou cordon par où la nourriture arrive à la graine. || 2° Terme d'anatomie. Nom du point germinatif dans l'œuf, et, par extension, de deux cordons qui maintiennent le jaune suspendu dans l'œuf d'oiseau.
— ÉTYM. Xa/aÇa, grêle; ce point de la graine étant comparé à un grêlon.
t CHALAZE, ÉE (ka-la-zé, zée), adj. Terme de botanique. Qui est muni d'une chalaze.
CHA
| CHALAZIFÈRE (ka-la-zi-fê-r'), adj. Mot hybride pour lequel il vaut mieux dire chalazophore (voy. ce mot).
f CHALAZION' (ka-la-zion), s. m. Terme d'anatomie. Tumeur, aussi appelée chalaze, grêle ou grêlon, du bord libre des paupières, de la grosseur d'un grain de millet ou d'un haricot.
— ÉTYM. XaXotÇiov, grêlon, de yâXaÇa, grêle.
f CHALAZOPHORE (ka-la-zo-fo-r') , adj. Terme d'anatomie. Membrane chalazophore , membrane privée de vaisseaux que la première couche du blanc de l'œuf d'oiseau produit en se condensant et s'appliquant sur la surface du jaune.
— ÉTYM. Grec fictif yaXaÇocpôpqi;, de y.âXaÇa , chalaze, et çopoç, qui porte.
fCHALCÉDOINE (kal-sé-doi-n') , s. f. Voy. calcédoine.
f CHALCIDIQUE (kal-si-di-k') , s. m. Terme d'archéologie. Sorte de vaste portique où l'on pouvait se promener et qui s'adjoignait aux basiliques.
— ÉTYM. Chalcidicum, ainsi dit d'un édifice de la ville de Chalcis, dans l'Ile d'Eubée.
f CHALCITE (kal-si-f), s. f. Ancien nom d'un minerai de cuivre, le sulfate de cuivre.
— ÉTYM. XaHitriç, de yaXxèç, cuivre.
CUALCOGRAPHE (kal-ko-gra-f ') , s. m. Graveur
en airain; tout graveur sur métaux.
— ÉTYM. XaXxôç, airain, et fpâçeiv, graver (voy. graphique).
CHALCOGRAPHIE (kal-ko-gra-fie), s. f. || 1° L'art du chalcographe. Synonyme de gravure en taille douce. || 2° L'atelier, l'établissement même où l'on exerce cet art. || 3° Nom d'une collection de gravures. La chalcographie du musée du Louvre, recueil composé de toutes les gravures dont le musée possède les planches. || Catalogue des planches gravées composant le fonds de la chalcographie , et dont les épreuves se vendent dans cet établissement , au musée du Louvre. || La chalcographie apostolique, l'imprimerie papale.
— ÉTYM. Chalcographe.
fCHALCOGRAPHIQUE (kal-ko-gra-fi-k'), adj. Qui
se rapporte à la chalcographie.
CHALDAÏQUE (kal-da-ï-k'), adj. Qui appartient aux Chaldéens, ancien peuple de la Babylonie. La langue chaldaïque. Les juifs apprirent la langue chalda'ique fort approchante de la leur , boss. llist. i, 8. || S. m. Le chaldaïque, la langue chaldaïque.
— ÉTYM. Voy. CHALDÉEN.
f CHALDAÏSME (kal-da-i-sm') , s. m. Locution propre au chaldéen.
CHALDÉEN, ENNE (kal-dé-in, è-n'), s. m. et f. || 1° Nom d'un ancien peuple habitant la Babylonie. || 2° S. m. Le chaldéen, la langue chaldaïque. Les juifs d'Egypte et de Grèce oublièrent non-seulement leur ancienne langue, qui était l'hébreu, mais encore le chaldéen que la captivité leur avait appris, boss. Hist. I, 8. || 3° Nom des prêtres astrologues de Babylone. || 4° Nom des nestoriens d'Orient.
— ÉTYM. Chaldxus, xaXSaïo;.
CHÂLE (châ-1'), s. m. || 1" Longue pièce d'étoffe que les Orientaux emploient diversement dans leur vêtement, et spécialement en turban. Mon équipage consistait en un tapis, une pipe et quelques châles pour m'envelopper la tête, chateaub. ltin. 31. || 2" Grande pièce d'étoffe carrée, ou en carré long double, qui se plie en biais une pointe sur l'autre, ordinairement dans le genre des châles de l'Orient, et que les femmes portent sur les épaules. Châle uni. Châle broché. Châle de soie. Châle de cachemire. Châle à grandes palmes. Châle long. Châle boiteux, châle carré ou châle long qui n'a de palme ou de bordure qu'à un bout. Châle de l'Inde. Châle français, châle fait en France et imitant le châle de l'Inde. Châle barlong (voy. barlong). Déjà sa main [de Lisette] à l'étroite fenêtre, Suspend son châle en guise de rideau, bérang. Grenier.
— ÉTYM. Portug. xales; de l'arabe schdl, vêtement de laine plus ou moins fine dont les hommes et les femmes en Orient se couvrent la tête, les reins et les épaules.
f CHALE (cha-1'), i. f. Pile de bois, dans les salines.
— ÉTYM. Il y a dans le bas-latin calo, sabot. Estce l'étymologie, par assimilation?
CHALET (cha-lè; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire ; au pluriel l's se lie : des cha-lè-z agréables ; chalets rime avec traits, succès, paix, etc.), s. m. || 1° Cabane de paysan suisse où se font les fromages, et où les vaches s'abritent l'été dans les montagnes; et par extension, maison de paysan suisse. Vous ne pouvez non plus rester sous ce chalet, lam. Joe. n, "3. Des colonnes de fumée bleue
CHA
et légère montaient dans l'ombre et annonçaient les parcs ou les chalets des abeilles [au mont Hymette], chateaub. ltin. 205. || 2° Maison de plaisance construite dans le goût des chalets suisses. Le lac d'Enghien est entouré d'élégants chalets.
— ÉTYM. Scheler le. tire du mot fictif chaslet, dimin. de casa, case. Je suis plus porté à y voir une contraction de castellelum, petit castei.
CHALEUR (cha-leur), s. f.\\l° Qualité de ce qui est chaud ; sensation produite par un corps chaud. Vive, forte, douce chaleur. La clialeur du feu, du soleil, du corps. Il tombe sur son lit sans chaleur et sans vie, rac. Brit. v, 5. Et que tes vains secours cessent de rappeler Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler, id. Phèd. i, 3. || Chaleur animale, la température propre à chaque espèce d'animal. || 2° La température produite par l'action du soleil. Chaleur dévorante, étouffante, tropicale. Durant les grandes chaleurs. Nous avons eu des chaleurs excessives, sëv. 289. Il leur dispense avec mesure Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits, kac. Alh. i, 4. Il sommeille accablé par la chaleur du jour, c delavigne, Vêpr. sicil. iv, 3. Je me sens ranimé par de douces chaleurs; J'y foule les gazons, j'y marche sur les fleurs, st-lambert, Saisons, hiver. || 3° Sentiment pénible de chaleur qui accompagne certains états de malaise, de maladie. La chaleur de la fièvre. Une chaleur d'entrailles, de tête. Il lui monte des chaleurs suffocantes. Des chaleurs l'empêchaient de pouvoir sommeiller, mol. Tart. i, 5. || Fig. et familièrement, chaleur de foie ou de sang, mouvement de colère prompt et passager. Vous avez raison en tout ce que vous dites ; mais ce sont chaleurs de sang dont parfois on n'est pas le maître, mol. Am. méd. ni, t. || 4° Fig. Ardeur, feu, zèle, véhémence. La chaleur de l'âge. La chaleur des passions. Dans la chaleur de la guerre. Toute la chaleur du débat se réunit sur un seul point. On débattit avec chaleur dans le sénat si.... Ils prennent la chose avec trop de chaleur. Quel est celui qui, dans la chaleur de la victoire, considère le nombre des ennemis? vaugel. Q. C. liv. ni , ch. H, dans richelet. Et si cette chaleur n'est bientôt apaisée, Jamais sédition ne fut plus disposée.... rotrou, Vencesl. v, 8. Il donne chaleur à la besogne par sa présence; il anime les ouvriers par sa mine, par sa voix, balz. le Prince, te. Je ne veux point douter que sa vertu romaine N'embrasse avec chaleur l'intérêt de la reine, corn. Nicom.i, i. Seigneur, vous pardonnez aux chaleurs de son âge, m. ib. n, 3. Et dans ce même jour, Rome en votre présence Avec chaleur pour lui presse mon alliance, id. ib. m, 4. Pardonnez à ce peuple un peu trop de chaleur Qu'à sa compassion adonné mon malheur, id. ib. v, 10. C'est d'un nouveau chrétien la première chaleur, id. Poly. m, 3. Sire, dans la chaleur d'un premier mouvement Un cœur si généreux se rend malaisément, id. Cid, n, 7. Madame, croyez-moi, vous serez excusable D'avoir moins de chaleur contre un objet aimable, id. ib. m, 3. La reine avec chaleur saurait vous y servir, m. Sert. iv, 3. Déjà les deux armées D'une égale chaleur au combat animées, id. Hor. i, 4. Vous pardonnerez donc ces chaleurs indiscrètes, id. Rod. iv, 6. La chaleur qu'ils ont pour les intérêts du ciel, mol. Tart. Prêf. Et que par la chaleur de montrer ses ouvrages On s'expose à jouer de mauvais personnages, id. Mis. i, 2. J'ai un degré de chaleur moins que vous pour la belle-sœur, sév. 392. J'ai peut-être avec trop de chaleur Rabaissé ses présents ou blâmé sa douleur, rac. Bér. n, 5. D'un coupable transport écoutant la chaleur, id. Iphig. v, 2. N'aurai-je vu briller cette noble chaleur, in. ib. i, 2. Du zèle qui pour toi l'enflamme et le dévore La chaleur se répand du couchant à l'aurore, id. Esth. Prol. Et, de moi-même Aristarque incommode, À vous poursuivre épuiser mes chaleurs, j. j. rouss. Ep. aux Muses, i, 1. || Chaleur du style, qualité d'un b-t \ le passionne, et qui fait partager à l'auditeur la passi m de l'orateur. || Concupiscence. Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte; Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte, mol. Tari, m, 2. || 5" Désir des femelles de certains animaux pour le mâle. Être, en chaleur. Temps de la clialeur des truies Devenir en chaleur. || 6° Terme de vétérinaire. U des noms de la maladie du sang chez les bêtes laine. || Proverbe. Couvrez-vous, la chaleur vous est bonne, se dit à ceux qui, par incivilité, melteat leur chapeau à contre-temps.
— HIST. xii* s. En dreit midi esteit, si faseit grant chalor, Rou, 4627. Pour la calor qui l'aloit aprochant, Roncisv. 152. || xm« s. Li jors fu biaus et clairs, et la caure est levée, Ch. d'Ant. i. 316. Oaure en froidure, matzner, p. 66. Lacaurre du jour, pu.
CHA
CHA
KOUskes, Chron. iom:>. Tantost li assoaja la maladie, et la chalor [fièvre] le laissa, Hist. occid. des croisades, t. n, p. iso. Et se ce n'estoit, nulz biens ne venroient ou pais pour la grand chaleur du solleil qui ardroit tout, joinv. 220. || xivc s. Si comme
tu du l'eu c'est chaleur par quoy il est bon en sa nature ou espèce et par quoy il fait bien son ope-
i naturel, oresme, Fth. 43.||xvi°s. [Un vieux cheval qui voyant une jument] revient à ses importuns hennissements et à ses chaleurs furieuses, HONT. m, 3.
— ÊTYM. Picard, caleur ; provenç. et espagn. calor; ital. colore; du latin calorem. La forme eaure est digne de remarque : elle provient du nominatif latin câîor avec l'accent sur ca, tandis que chaleur provient du régime calorem avec l'accent sur lo. C'est peut-être le seul exemple, dans les noms en or tels que calor, où les deux cas du latin soient restés dans le vieux fiançais.
t CHALEUREUSEMENT (cha-leu-reû-ze-man) , adr. D'une manière chaleureuse. Vous avez pris chaleureusement son parti.
— Hisr. xiv* s. En ladite niellée qui estoit menée chaleureusement et sans aguet, du cange, avenlurerius.
— ÉTYM. Chaleureuse, et le suffixe ment. CHALEUREUX, EUSE (eha-leu-reù, reû-z') , ad}.
H 1° Qui a beaucoup de chaleur naturelle, se dit des personnes et est peu usité en ce sens. À cet âge on n'est plus guère chaleureux. Quoi! en vêtements d'été, par un tel froid: vous êtes donc bien chaleureux. Il 2' Fig. Il parla d'un ton chaleureux. Il nous fit un chaleureux accueil, nous adressa quelques paroles chaleureuses. C'est une âme chaleureuse. De chaleur vient chaleureux ou chaleureux; il se passe, bien que ce fût une richesse pour la langue, la. bruy. xiv. Il Depuis La Bruyère, chaleureux a repris laveur.
— HIST. xivc s. Paroles chaleureuses, du cange, calidamctja. || xv» s. Tremblant de froit en manoir chalereux, ch. d'orl. Bal. H2. || xvi* s. La malignité de l'air, que Je vent austral a causée par son humidité chaleureuse, paré, ix , 2'disc. En ce mois chaleureux de juing où nous sommes, cakloix, vit, 10. Celuy qui a la délivre semble chaleureux, amyot, Cor. 32. Une chaleur ou complexion chaleureuse,
— étym. Chaleur ; génev. chaloureux. .
CHÂLIT (chà-li; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire), s. m. Bois de lit. Châlit de noyer, de fer. Je vis Castillon sans meubles, avec un châlit et un capucin, et qui en voulait prendre l'habit, stsim. 334, <39. Mais, montant sur son châlit, Il rencontra dans son lit Une concubine; C'était Proserpine, sedainf, la Tentation de S. Antoine.
— hist. xir s. Quant veneit que li jurs ert en la nuit plungiez, E li liz saint Thomas esteit apareilliez, Desus un chaelit qui tut esteit quiriez [garni de cuir], D'une cuilte purpointe, d'un poi d'estraim junchiez E de chiers linges dras [linges dras, toiles de lin] e blancs e déliez, Th. le mart. 104. || xm° s. Car el lit ou ele se couche, N'a il ne chaelit ne couche, Ains gist en fiens et en ordure, ruteb. ii, 34. Il xve s. Esquelles maisons avoitgentes salles, chambres, garderobes, charlistz, Jeh. de Saintré, 54. Les chalilz des liciz dorez, comm. vu, 15. Etlors prennent le lit et le chaalit tout ensemble entre leurs bras, Guy de Warwick, roman en prose. Si ensepvelirent incontinent le corps du Seigneur, et le mirent en ung chaalit couvert d'un poille royé, delaborde, Émaux, p. 198. Pour achatter de la paille pour mettre es chaliz de monseigneur [le duc d'Orléans], pour ce que les gens du Roy en avoient oslé les pailles, va. ib.
— ÊTYM. Picard, cal it , :Saintonge, chalnsse, chalut; espagn. cadalecho, lit de branches d'arbre; ital. cataletto, litière, cercueil, lit de parade; bas-lat. cadelelus; de catar, voir, regarder (voy. catafalque), et lit. Le sens propre est lit de parade, et puis toute espèce de bois de lit. Dans l'ancien français, chaa-lit ou chae-lit (de trois syllabes) , chaa ou ehae répond à cala. L'accent circonflexe de châlit est la trace de la contraction de chaa ou chae en cha.
CHALOIR (cha-loir). Verbe vieilli, qui n'est plus employé, dit l'Académie, qu'à la 3e personne du singulier du présent de l'indicatif et impersonnellement. Cependant on pourrait étendre cet emploi au futur : il chaudra; au conditionnel : il chaudrait; à l'infinitif : il ne peut chaloir, il ne doit chaloir : et au subjonctif présent : qu'il chaille. Dans l'ancienne langue chaloir avait tous ses temps : il chalait, il chalut, il a chalu), v. n. Être d'im-
portance, causer du souci. Il ne me chaut de cela. Il ne vous en chaut, n'est-ce pas? Que tout s'y pervertisse, il ne m'en chaut d'un double, Régnier, Sat. vi. Or il ne me chaudrait ....Qu'ils fissent à leurs frais messieurs les intendants, id. ib. x. Il ne vous doit chaloir ni de qui, ni combien, id. Sat. xiii. J'en suis d'avis, non pourtant qu'il m'en chaille, la font. Gageure. Car quant à moi,, du plaisir ne me chaut, À moins qu'il soit mêlé d'un peu de peine, id. ib. Allez, il ne m'en chaut, scarron, D. Japhet, m, 20. Soit de bond soit de volée, que nous en chaut-il, pourvu que nous prenions la ville de gloire [le paradis] ? pasc. Prov. 9. || Régnier a fait de chaloir un verbe réfléchi : Je ne me veux chaloir du lieu , grand ou petit, Êp. n.
— HIST. x" s. Dont [ce dont] lei [à elle] nonque chielt, Eulalie. || xi" s. Ne lui chalt, sire, de quel mort nous mourions, Ch. deRol.xv. Dececuicalt? ib. cvin. Il xne s. Beaux sire Guenes, ne vous chaut esmaier, Roncisv. 185. E bien as hui mustred que rien ne te chalt de tes cunestables ne de tes hommes, Rois, I9i . Il xin" s. Il ne chaloit, à ceus qui l'ost voloient depecier, del meilleur ne del peieur , mais que li ost se departist, villf.h. lxxxix. Et sachiés que il i avoit assés de ciaus [ceux] qui bien vousissent que li corans [le courant] enmenast les vaissiaus contreval le bras ou li vens, ne leur chausist comment l'aventure avenist, id. cm. Moi ne chaut qu'on en fasse, mais qu'elle soit tuée, Berte, xvi liai fustes conseillée, tant vous en a chalu, ib. li. Ou se d'espargnier ne li chaut, Ains viengnent li froit et li chaut.... la Rose, 5033. Mes de povreté ne vous chaille, Fors de penser, comment qu'il aille, Comment la porrés eschever, ib. 809. Ne lor chaut gueres qui le sache, ib. 7785. Car il ne pot caloirliquix [lequel] perde, beaum. lxiu, 8. Li cuers avariscieus acquiert ne li caut comment, et ne pot estre assasiés d'avoir, id. 2). || xivc s. Et ceulz qui ont receu le bien, il ne leur chaut, se il ne rendent grâces ou retribucion , oresme, Elh. 273. ||xv°s. Il ne peut chaloir, dit le duc d'Anjou; j'ai dit et juré que jamais ne partirai de ci; si aurai le chastel à ma volonté, froiss. h, ii, h. Et du l'aict du roy d'Angleterre ne leur challoit , au demourant, comment il en allast, comm. iv, 7. || xvi's. C'estoient païens, auxquels il chaloit autant de J. C. que de celui qui n'avoit jamais esté, calv. Instil. 155. Prenons le cas. quant à eux, qu'il ne leur en chaille, id. ib. 226. Ils seront si empeschés à leur profit particulier, qu'il ne leur chaudra guère de leur office, id. ib. 272. Que cbault-il quand ce soit? mont. 1, 83. Que vous chault-il de l'avoir perdue? id. i, 85. Il ne peut chaloir de quelle religion soit mon médecin, id. i, 218. Pourveu qu'il soit gentil compagnon , la guerre qui confond toutes choses, fait qu'il ne peut chaloir de quelque lieu il soit, amyot, Fab. 43. Il estoit si deshonté, qu'il ne luy chaloit d'estre vitupéré, id. Aie. 20. S'ainsin estoit, toute peine fatale Me seroit douce, et ne me chaudroit pas, rons. 25.... Ne luy chalut de mon corps périssant, id. 182.... Mais peu se chaillant d'eux, id. 746.
— ÉTYM. Provenç. et anc. espagn. caler; ital. calere; du latin calere, proprement être chaud (voy. chaleur), et de là désirer.
I. CHALON (cha-lon), s. m. Terme de pèche. Grand filet qu'on traîne dans les rivières entre deux bateaux.
— hist. xiv s. Comme ils se fussent mis en un chalon ou bateau, lequel ils trouvèrent en la rivière de Mayne, du cange, chelandium.
— ÉTYM. Chalon, bateau, se rattache peut-être au bas-latin calories, barques portant le bois aux soldats (voy. chaland 2) ; mais chalon, filet, est-il le même?
f 2. CHALON (cha-lon) , s. m. Terme de commerce. Sorte d'étoffe de laine.
CHALOUPE (cha-lou-p') , s. f.\\i° Petit bâtiment à voile et à rames, non ponté, que l'on emmène pour le service d'un grand vaisseau. Chaloupe de pèche. On arma, on mit à la mer la chaidupe. Je m'embarquai dans la chaloupe du bâtiment, chateaubr. Ilin.23. Il Chaloupe canonnière, petit bâtiment à fond plat et portant du canon. || Double chaloupe, grande chaloupe pontée. || 2" Chaloupe cannelée, nom, parmi les marchands, de la coquille de l'argonaute.
— hist. xvi* s. Les assiégez envoyèrent une ohaluppe les convier de terrir, d'aub. Hist. 1, 199.
— ÉTYM. Espagn. chalupa; ital. scialuppa; du hollandais sloep ; danois, sluppe; d'où l'anglais shallop et sloop.
f CHALOUPIER (cha-lou-pié) , s. m. Terme de marine. Matelot qui fait partie de l'équipage d'une chaloupe.
f CHALUF (cha-luf), s, m. Voy. chalut.
CHALUMEAU (cha-lu-mô), s. m. || 1° Tuyau de paille, de roseau, et, p,ar extension, de métal, etc. Humer un liquide, souffler une bulle de savon aveo un chalumeau. || Le chalumeau d'or dont se sert le pape à la communion. La distribution du sang de Notre Seigneur se faisait avec un petit tuyau ou chalumeau d'or,' bouteroue, Traité des monnaies, p. 383. Il Terme de botanique. Nom des tiges simples, herbacées, sans nœuds , et plus ou moins fistuleuses. || 2° Tube de laiton dont les émailleurs et les chimistes se servent pour diriger, au moyen d'un courant d'air, la flamme d'une lampe ou d'une chandelle sur l'objet qu'ils veulent fondre ou soumettre à une forte chaleur. || 3° Instrument de musique pastorale qui n'était dans l'origine qu'un roseau percé de plusieurs trous. Tircis, je n'ose Écouter ton chalumeau Sous l'ormeau, Car on en cause Déjà dans notre hameau, Vieille chanson rappelée par 3. 3. rouss. Conf. 1. y En poésie, se dit des flûtes et autres instruments d'une musique champêtre. Viendrai-je en une églogue, entouré de troupeaux, Au milieu de Paris enfler mes chalumeaux? roil. Sat. ix. Quand la renommée eut annoncé le départ de Lycon, les bergers dans leur douleur brisaient leurs chalumeaux, fén. xix, 67. Ainsi le dieu des bois enflait ses chalumeaux, volt. Disc. 5. Ses révolutions [d'Israël] sont tour à tour racontées avec la trompette, la lyre, le chalumeau, chateaub. Génie, n, vi, 2. X peine la musette et l'humble chalumeau Ont rassemblé le soir les galants du hameau, stlambert, Saisons, hiver. || 4° En musique, se dit des tuyaux qui s'adaptent au corps de la musette. Il Le registre le plus grave de la clarinette. || 5°Terme de chasse. Petite branche que l'on frotte de glu pour prendre les petits oiseaux.
— HIST. xnc s. Cinq jougleres od lui [il] menoit, Flahutieles et calimiaus, Lai d'ignaurcs. || xiii" s, Flahustes, timbre et calimiel, Renart, t. iv, p. 166. Là peûssiez oïr mil calimels cantant, Notices et extraitsdes bibl. de Suède par geffroy, p. H. || xve s. Et si emportons nos freteaus, Nos muses et nos ca-
nimeaus, froiss. Pastourelle. || xvi= s Faisoit
sonner chalumeaux, cornemuses, marot, i, <û6.
— ÉTYM. Picard, calumieu; bourguig. chailemine , s. f.; provenç. calamel, caramel, calmiilh; espagn. car amillo; du latin calamclhts, diminutif de calamus (voy. chaume). L'ancien français est : au singulier, nominatif chalemels, au régime chalemel ; au pluriel, nominatif chalemel , régime chalemels.
f CHALUMET (cha-lu-mè), s. m. Bout d'uno pipe.
— ÉTYM. Chalumeau.
| CHALUT (cha-lu), s. m. Terme de pêche. Nom d'un filet en forme de chausse que l'on traîne avec une drague.
— ÉTYM. Serait-ce une forme provinciale de châlit (voy. ce mot, à l'étymologie) , le filet étant ainsi dit par une vague assimilation à un châlit?
f CHALUTER (cha-Iu-té), v. n. Terme de pêche. Traîner un chalut sur le fond de l'eau.
— ÉTYM. Chalut.
CHALYBÉ, ÉE (ka-li-bé, bée), adj. Terme de pharmacie. Qui contient de l'acier ou du fer. Vin chalybé. Eau chalybée.
— ÉTYM. Le latin chalybs , fer trempé, acier, da XaXvnJ/, de XâXuëeç, nom d'une nation sur le Pont qui passait pour avoir découvert i'acier.
f CHAM (kan). Voy. kan.
CHAMADE (cha-ma-d'), s. f. || 1° Signal militaire. qui se donne avec le tambour ou la trompette, pour avertir qu'on veut traiter avec l'ennemi. Le onzième [jour] de tranchée ouverte, la chamade fut battue, et la capitulation telle à peu près que les assiégés la désirèrent, st-sim. i, 26. || Fig. Battre la chamade, se rendre, céder. Je me mis sur nouveaux frais à presser la place, jusqu'à ce qu'enfin la sefiora Mencia battit la chamade, lesage, Gil Blas, vin, <0. Il 2° Batterie de tambour pour attirer les curieux, en termes de bateleur.
— HIST. xvi" s. St Gelais fit faire quelques chamades à son trompette, et puis l'envoia parler aux capitaines, si glorieusement, qu'ils se rendirent, d'aub. Hist. n, 433. Le duc, ayant chassé le tambour qui avoit fait la chamade, ne respondit que menaces à leurs promesses, id. ib. ni, i 18. Les chiamades et salves de tant de chiormes, de sorte qu'il n'estoit pas possible d'ouyr un plus grand bruit, Carloix, i, 36. Il print ung trompette.... et la chiamade faicte, on demanda ce qu'il vouloit, id. m, 2(. Après que la trompette eust commencé la chamade de bien loing, on leur ouvrit forteourtoisement , id, iv, iG.
CHA
— étym. Portug. chamada; de chamar, appeler, du latin clnmare (voy. clameur); ital. chiamaïa. de chiamare.
f CHAM.ïROPS (ka-mè-rops'), s. m. Terme de botanique. Nom d'un genre de palmiers de petite taille [chamœrops humilis).
— ÉTYM. Xap.ai, à terre, et çûticç, broussaille.
f CHAMA1LLARD (cha-ma-llar, Il mouillées), s. in. Celui qui est disposé à se chamailler.
— HIST. xv° s. Le suppliant estoit à ung bois appelle le bois Chaniaillart, situé près la ville de Nyort, Du cange, boscairare.
— ETYM. Chamailler.
f CHAMAILLE (cha-mâ-11', II mouillées), s. f. Dispute où l'on se chamaille.
— HIST. ïvic s. Recommençans leurs chamailles, tant plus le centaure s'efforçoit de fraper celuy du dragon, et tant plus se sçavoit dextrement desmarcher et éviter ses pesans et horribles coups, Don Flores de Grèce, f° clvii, dans lacurne.
— ÉTYM. Voy. CHAMAILLER.
CHAMAILLER (cha-mâ-llé, Il mouillées, et non cha-mâ-yé), v. n. || 1* Se battre, et aussi avoir une dispute bruyante. Pour moi je n'aime point à combattre de paroles, j'aime mieux chamailler avec de bonnes armes, et montrer de vrais effets, Francion, 1. vu, p. 275. Nous irions bien armés; et, si quelqu'un nous gronde, Nous nous chamaillerons.... — Moi chamailler 1 bon Dieu! suis-je un Roland, mon maître? mol. Dép. amour, v, ). Ces trois dieux sur lui chamaillèrent, scarron, Gigantom. ch. v. il Fig. Chamailler des dents, manger beaucoup,
bâfrer d'importance Ce sont de ces gens Qui nu
craignent personne et chamaillent des dents, Et qui d'un ennemi se défont fort en hâte S'il leur duro aussi peu que fait un lièvre en pâte, hauteroche, Nobles de prov. i, 9. || 2° Se chamailler, v. réfl. .... Que les vautours plus ne se chamaillèrent, la font. Fab. vu, 8. Nos gardes se chamailleront, j. j. rouss. Ém. iv. La garde et les amours Se chamaillant toujours, bérang. Me Grégoire. || Mot familier.
— HIST. xvi° s. Enfin, après avoir bien chamaillé l'un contre l'autre, Bertrand fit un dernier effort, Hém. s. Dug. 5. Puys, les lances rompues, meirent la main aux espées,et soy chamaillèrent l'ungl'aultre si brusquement que leurs espées voilèrent en pièces, rab. la Sciom. Ils brisent les portes avec beaucoup de bruit; ils arrivent dans la grandrue, chamaillent les portes de la ville, d'aub. Hist. n, 422. Ainsi cesBoreans [fils de Borée] à grands coups d'alumelles Chamailloient sur le chef, sur les flancs, sur les ailes [des Harpies], Ronsard, 8<i3.
— ÉTYM. Picard, se camailler. M. Maury le tire deCamulus, nom du dieu de la guerre chez les Gaulois, en gaélique, camh, puissance, cam, combat, cama, brave. Mais les intermédiaires manquent, et le mot ne parait pas ancien dans la langue; aussi la dérivation la plus plausible est de camail ou chaînait, armure de tête : frapper sur le camail, d'où se battre.
CHAMAILLIS (cha-mâ-lli , M mouillées, et non cha-mà-yi), s. m. Il 1° Combat. Un carnage rapide, un ardent chamaillis Fait voir autant de morts qu'il fait voir d'assaillis, brébeuf, l'hars. vu. || Vieilli en ce sens. || Ancien terme militaire. Espèce de joute en champ clos où tous les combattants se confondaient en frappant à droite et à gauche. || 2° En langage familier, mêlée, combat où l'on chamaille; dispute bruyante. Chamaillis entre les cochers, et quelques injures; Mme d'Elbœuf, la tète à la portière, criant qu'on fit reculer, st-sim. 243, 244. Ce chamaillis de cent propos croisés Ressemble aux vents l'un à l'autre opposés, volt. Ep. G4.
— HIST. xvr s. Le chamaillis fut grand de part et d'autre, Mém. s. Dug. 13.
— ÉTYM. Chamailler.
f CHAMAN (cha-man) , s. m. Nom de prêtres bouddhistes chez les tribus qui occupent le nord de l'Asie.
— ÉTYM. Corruption du mot sanscrit sratnanas, ascète.
| CHAMANISME (cha-ma-ni-sm'), s. m. Religion et pratiques des chamans.
t CHAMARAS (cha-ma-rà), s. m. Terme de botanique. Germandrée aquatique. On trouve aussi chamaire.
— ÉTYM. Chamxdrys, de -/«p.aiôpuç, germandrée. f CHAMARRE (cha-ma-r'j, s. f. Nom ancien de
ce que nous nommons aujourd'hui simarre, et que Victor Hugo a employé dans le sens de broderies, ornements : Fùt-il tout harnaché d'ordres et de chamarres, Ruy Blas, i, 2.
— ÉTYM. V'OV. SIMARRE.
CHA
CHAMARRÉ, ÊE (cha-ma-ré. rée), part, passé. || i° Garni de rubans et semblables objets. Des laquais chamarrés de livrées , hamilt. Gramm. \ t . Les valets, troupe chamarrée, Troquant aujourd'hui leur livrée, bérang. Vieux hab. Chamarré de vieux oripeaux, Ce roi, grand avaleur d'impôts, Marche entouré de ses fidèles, id. Ch. le Simple. Qu'il voit de toutes parts les hommes bigarrés, Les uns gris, les uns noirs, les autres chamarrés, boil. Sat. iv. || 2" Fig. Style chamarré. Discours chamarré de grec et de latin. Chamarrée de tendresse et d'admiration, sév. 277. Comédie toute chamarrée des beaux endroits de la musique de l'Opéra, sév. 404.
CHAMARRER (cha-ma-ré), v. a. || i° Garnir de passements, dentelles, galons, bandes de velours, etc. Chamarrer un habit, un meuble. De chamarrer leurs lances des couleurs de chaque Dulcinée, hamilt. Gramm. 4. || 2° Arranger avec des ornements de mauvais goût. Peut-on chamarrer de la sorte ses vêtements? i| 3° Fig. et familièrement. Chamarrer quelqu'un, le chamarrer de ridicules, l'en couvrir. Le prince de Conti me conta la retraite du roi, et, malgré ma jeunesse, la chamarra bien, parce qu'il ne se défiait pas de moi, st-sim. t i, <28. || 4° Se chamarrer, v. réfl. Se couvrir ridiculement d'ornements de mauvais goût.
■ — HIST. xvic s. Fontanelle aucune ne restera au fons du terroir, que par les tranchées, dont l'aurés environné et chamarré de tous costés, les sources ne se ramassent en une, o. de serres, 758.
— ETYM. Chamarre.
CHAMARRURE (cha-ma-ru-r'), s. f. || 1° Manière de chamarrer; ornements dont on chamane. De son orgueil ses habits se sentaient; Force brillants sur sa robe éclataient, La chamarrure avec la broderie, la font. Court. || Ne se dit plus guère que par moquerie. || 2" Fig. Propos critiques, sarcasmes. La cabale se jeta sur une partie de paume faite si peu à propos ; et là-dessus toutes les chamarrures les plus indécentes, st-sim. 2<3, -126.
— étym. Chamarrer.
CHAMBELLAGE (chan-bè-la-j') , s. m. Terme de jurisprudence féodale. Droit qui se payait, dans certaines mutations, aux seigneurs féodaux.
— HIST. xvr s. Les enfants ne doivent coutumierement que bouche et mains, avec le droit de chambellage, qui est du par tous, loysel, 560. Droit de chambellage est une pièce d'or due au chambellan du seigneur, à la discrétion du vassal, id. 562.
— ÉTYM. Voy. chambellan.
CHAMBELLAN (chan-bè-lan) , s. m. || 1° Titre,
chez les princes, des gentilshommes qui servent dans la chambre. Grand chambellan , le premier officier de la chambre du monarque. Il avait l'honneur d'être chambellan de la reine, hamilt. Gramm. 8. || La clef de chambellan, la fonction de chambellan, dont la clef est l'insigne. || 2° La table dont le grand chambellan faisait les honneurs aux courtisans que traitait le roi. Allerdîner au chambellan. || 3° Chambellan ordinaire du roi, titre que portait le prévôt de Paris. || Grand chambellan, surintendant des finances du pape. || Chambellan du sacré collège, cardinal qji administre les revenus du sacré collège.
— HIST. xme s. Girart de Nivelé et Mengiers Dervi chambellanc le roi de Navarre, du cange, accensare. Cis estoit chamberlens au conte Baudoin, villeh. lv. Et lors il dit à Jehan Sarrazin son Chamberlain, que il li baillast la lettre que il li avoit commandée, joinv. 200. Nous entrâmes en son paveillon, et son chamberlanc nous vint à rencontre pour ce que nous alissiens bêlement, id. 2)8. || xiv" s. Et aussi comme si elle fust serve prinse en bataille, Appius la donna à son sergent et à son Chamberlain, bercheure, f" 69, verso. || xv' s. Ses chambrelans et ses varlets qui dorment en sa chambre et qui le veillent, froiss. ii, m, H. || xvie s. Après eux se mit l'Empereur accompagné seulement de six de ses chambellans, m. du bellay, 343.
— ÉTYM. Provenç. camarlenc, chamarlenc; espagn. camarlengo; portug. camerlengo ; ital. carnarlingo ; de l'anc. haut-allem. chamarlinc. allem. mod. Kdmmer Ung , de Kammcr, chambre (voy. chambre) : l'officier de la chambre. La syllabe Une, qui est germanique, prouve que, bien que l'allemand Kamrner provienne du latin, cependant le dérivé chambellanc et autres formes a été emprunté par les langues romanes aux idiomes germaniques.
f CHAMBELLANIE (chan-bèl-la-nie), .«. f. Par plaisanterie, dignité de chambellan. Je n'ai point reçu la lettre par laquelle vous me faisiez part de votre chambellanie, volt. Lett. Albergali, 1" octobre (767.
— ÉTYM. Cliambellan.
CHA
| CHAMBERT1N (chan-bèr-tin) , s. m. Vin de Bourgogne très-recherché. C'est, dites-vous, du chambertin? — On dit que c'est du chambertin. — Oui vraiment, c'est du très-bon vin; Mais est-ce bien du chambertin? J'en veux goûter encor pour en être certain, le Nouveau seigneur de village, se. 3. J'avais de l'encens à leur vendre Après un coup de chambertin , bérang. Guérison.
— étym. Nom d'un cru en Bourgogne.
CHAMBOURIN (chan-bou-rin) , s. m. Espèce de
pierre qui sert à faire le faux cristal. || Sorte de verra qui est de couleur verte et très-commun.
f CHAMBRAGE (chan-bra-j'), s. m. ou CHAM- BRAIS (chan-brô), s. f. Terme de marine. Charpente au pied du mât de beaupré dans un grand bâtiment.
CHAMBRANLE (chan-bran-1'), s. ni. Nom qu'on donne aux bordures ou encadrements des trois côtés d'une cheminée, d'une porte, d'une fenêtre. La manière de faire les portes et leurs chambranles e-A telle qu'il faut premièrement convenir de quel genre on les veut; car il y a trois sortes de portes, la dorique, l'ionique et l'atticurge, perrault, Vitrine, iv, 6. || Chambranle à cru, chambranle qui porte sur l'aire du parquet ou sur l'appui de la croisée sans plinthe.
— ÉTYM. Ancienne orthographe, chambranslc. On trouve dans l'ancien français cambry pour voûte, et dans le bas-latin caméra pour boiserie. Mais estce là l'origine de chambranle ?
CHAMBRE (chan-br'), s. f. || 1° Une pièce d'une maison, et principalement celle qui est affectée à l'usage particulier d'une personne, pour y coucher, travailler. Chambre à coucher, de parade, parquetée, carrelée, haute, basse, en galetas, à feu, vide. Meubles, robe, pot de chambre. Et seule dans ma chambre enfermant mes regrets, corn. Poly. n, 2. De princes égorgés la chambre était remplie, rac. A th. i, 2. || Chambre, pièce isolée qui se loue et qu'on dit par opposition à appartement, boutique, cabinet. Chambre meublée, garnie, à louer. || Travailler en chambre, se dit d'un ouvrier qui travaille chez lui sans avoir de boutique. || Garder la chambre, ne pas sortir de chez soi. Je gardais la chambre, boss. Lett. abb. il. H y a quatre jours qu'il fait un orage continuel; toutes nos allées sont noyées; nos charpentiers gardent la chambre, sév. 85. Il a gardé plus de quinze jours sa chambre, id. 395. Un mal subit qui le force à garder le lit.... — Garder le lit, Basile! il a bien fait d'envoyer: je vais le voir à l'instant.— Quand je dis le lit, monsieur, c'est la chambre que j'entends, Beaumarchais, Barbier de Sév. III, 2. || Valet de chambre, femme de chambre, homme, femme attachés au service personnel. Mettre à la chambre, faire valet de chambre, femme de chambre. C'est une fille que j'ai ui.se à la chambre, mol. Comtesse, 4. || Familièrement, mettre une fille en chambre, louer un logemenl pour l'y retirer et l'entretenir. || Fig. et familièrement, mettre, tenir quelqu'un en chambre, l'obséder, le circonvenir pour le retenir au jeu et le duper, etc. || Pièce où un homme se livre à ses occupations de bureau ou d'esprit. Aujourd'hui on dit cabinet. Soit que dans la chambre il médite, malii.ii, 3. Une haute capacité qu'ils doivent à la chambre et au loisir d'une mauvaise fortune, la bruy. xi. || Chambre noire, pièce non éclairée, et aussi dansles monastères, pièce sombre pour mettre en pénitence, ou pour se recueillir dans la retraite. |j Chambre, dans le sens d'étage, inusité aujourd'hui. Ils [les savants] sont toujours logés à la- troisième chambre, \ ètus au mois de juin comme au mois de décembre, la fon r. Fabl. viii, <9. || Terme d'ancienne législation. Chambre étoffée, meubles attribués à une femme après la mort de son mari. || 2° Musique de chambre, celle qui est faite pour être jouée dans les salons, à la différence de la musique d'église ou de théâtre qui doit être exécutée devant une assistance très-nombreuse et déploie par conséquent des ressources bien plus étendues. La musique de chambre comprend les morceaux de chant à une, deux, trois ou quatre voix, avec ou sans accompagnement, et plus spécialement encore les morceaux de musique instrumentale où les parties ne sont pas doublées; tels sont les duos, trios, quatuors, quintettes, etc. tandis que les symphonies et les concertos, avec accompagnement d'orchestre, où il y a de dix à vingt premiers violons, autant de seconds, autant de basses, etc. sont des pièces de concert et non de la musique de chambre. Avant l'invention de l'opéra, la musique se divisait en musique d'église ou sacrée et en musique de chambre. Il y avait encore celle qui servait à la danse, et l'on dansait généralement aux sons de chansons rhythmées
CHA
les Italiens appelaient ballate. Nous avions en France tes chansons à danser; celles-ci étaienl des
sa do rondes avec un refrain que l'on répétait après chaque couplet. La musique de chambre se composait d'abord de madrigaux ou de chansons a 4, 5, ii voix, quelquefois même davantage;
lie partie était écrite ou imprimée sur de petits
ps que l'on distribuait aux exécutants suivant le caractère de leurs voix ; les madrigaux et les chansons se chantaient souvent à la fin des repas. Plus lard, et avanl que l'on écrivit de la musique uniquement destinée aux instruments, ceux-ci jouaient seuls les diverses parties destinées aux voix ou les
aient, suivant leur diapason ; c'est pourquoi sur certains recueils de madrigaux imprimés en Italie au xvi* siècle on trouve ces paroles: da suonare e da cantare, pour jouer et pour chanter. Un peu avant le milieu du xvn" siècle, la cantate fut inventée; les cantates étaient des espèces de scènes détachées dans lesquelles se succédaient des récitatifs et des airs; elles élaient écrites pour une voix avec une basse chiffrée ou non chiffrée, qui servait pour l'accompagnement du clavecin; il yen avait aussi à deux voix. Les cantates de Porpora et d'Alexandre Scarlatti ont joui d'une grande célébrité; celles de Clérambault ont eu de la vogue en France au commencement du xvme siècle ; mais depuis longtemps ce genre de composition a cessé d'êtreeu usage. Aujourd'hui on entend généralement par musique de chambre celle qui est exprimée par la définition mise en tête de l'article, Noie de m. farrenc sur l'histoire de la musique de chambre. || 3" la chambre, pris absolument, signifie la chambre du roi, et par extension, les officiers de la chambre. Huissier, musique de la chambre. La chambre est entrée. Vous savez bien qui vous nommâtes à la place de Visconti ; ce fut un noble, un vicomte, un gentilhomme de la chambre, P. l. cour. I. 126. || Maître de chambre, premier officier de la maison du pape ou d'un cardinal. || 4° Dans les vaisseaux, certains espaces où couchent les principaux officiers, où se tient le conseil, etc. La chambre du capitaine. La chambre 'les passagers. || 5° Assemblée qui entre en partage de la puissance législative. Il y avait s"iN la monarchie constitutionnelle lachamhre des pairs et la chambre des députés. Dans les élats généraux, le clergé, la noblesse et le tiers état formaient trois chambres. Convoquer, dissoudre une cjiambre. Siéger à la chambre. Chambre des représentants. Chambre des seigneurs. || En Angleterre, chambre des communes ou chambre basse, assemblée des députés des comtés et des bourgs, qui représente la petite noblesse et le corps du peuple. Chambre haute ou chambre des pairs, assemblée des pairs anglais. || Chambre étoilée, en Angleterre, juridiction tirée, pour les accusations politiques, de la chambre des lord-. || G" Lieu où se réunit une assemblée qui porte le nom de chambre. || Chambre du conseil, pièce où les juges se retirent pour délibérer; et, par suite, l'assemblée du tribunal qui statue sans publicité sur certaines affaires. || 7° Nom de diverses juridictions spécifiées par une seconde désignation. Chambres de l'édit ou mi-parties, chambres instituées par l'édit de Nantes et composées par moitié de catholiques et de protestants. Chambre des comptes, chambre qui a été remplacée par la cour des comptes. Chambre de justice ou chambre ardente, commission nommée pour connaître des malversations de deniers publics, etc. Plus anciennement, on nommait chambre ardente deux tribunaux qui prononçaient la peine du feu, l'un dans les cas d'hérésie, l'autre dans les crimes d'empoisonnement. Chambre aux deniers, bureau qui tenait la comptabilité de la bouche du roi. || Chambre ecclésiastique, chambre qui connaissait des dîmes. || Chambre apostolique, juridiction romaine où se traitent les affaires qui regardent le trésor et le domaine du pape. || Chambre impériale, cour de justice qui se tenait àWezlar, depuis la ruine deSpire,etoù l'on jugeait, par appel, tous les différends des princes et des villes de l'empire germanique. || Nom les sections de certains tribunaux. Chambres île la cour de cassation, des cours d'appel. Chambre d'accusation. Chambre civile. Chambre correctionnelle. Chambres réunies, réunion de toutes les sections (ou de plusieurs) d'une cour. Président de chambre. Chambre des vacations, chambre installée pour fonctionner in place des diverses chambres pendant les vacances. I! Les chambres des anciens parlements. Les présidents et doyens des conseillers de chaque chambre furent avertis de se trouver chez eux le 5 mai, stsim. 20, 237. || Grand'chambre ou chambre du plaidoyer, première et principale chambre de chaque parlement où se tenaient les lits de justice || 8" Nom
d'assemblées chargées de la discipline d'un corps, ou réunies en vue de certains intérêts. Chambre de commerce, d'assurance. Chambre des notaires, des avoués, des huissiers, des commissaires priseurs. Chambre syndicale, littéraire. || 9° En quelques villes on nomme chambre ce qu'à Paris on nomme cercle. || Chambre de rhétorique, au xv* siècle, dans les Pays-Bas, réunion de personnes pour se livrer à des travaux littéraires. || 10° En termes d'optique, chambre noire, obscure (voy. noir, adj.), chambre claire (voy. caméra lixida). || 11° Vide, cavité. Il se forme souvent des chambres à la fonte quand la matière coule mal; le tir en produit aussi quelquefois dans les bouches à feu. Qu'ils se fassent montrer les deux chambres ou concavités qui y sont [dans le cœur] , desc. Mc'th. 5. || Chambre d'un mortier, d'un obusier, d'une mine, la cavité où se met la charge. || Fig. En jouant sur le sens de chambre et dévide. Il y a bien des chambres à louer dans sa tête, il est un peu fou. || Terme d'anatomie. Chambre antérieure de l'œil, l'espace compris entre la cornée et la partie antérieure de l'iris; chambre postérieure, l'espace compris entre la partie postérieure de l'iris et la face antérieure du cristallin. || Terme de ponts et chaussées. Chambre des portes, la partie d'une écluse dans laquelle les portes se meuvent. || Chambre do plomb, vaste pièce dans laquelle on fabrique l'acide sulfurique. || Chambre de vapeur, espace compris entre la paroi supérieure de la chaudière et la surface du liquide. || 12° Vide qu'on pratique dans une selle , un bât ou un collier de ch' val. || Ouverture à la base d'une enclume. l| Fente du peigne du tisserand par où passent deux fils. || Creux dans la verge de plomb où le vitrier insère les carreaux de vitre. || 13° Terme de chasse. Endroit de la forêt où le cerf se repose pendant le jour. || Sorte de piège à loups.
— HIST. XIe s. E si alcons [quelqu'un] est apelez [accusé] de muster [moûtier] fruisser [froisser, enfoncer] u de chambre.... Lois de Guill. M . Et Angleterre que il teneit sa cambre [province], Ch. de Uni. clxix. [Il] Fait soi porter en sa cambre voltice, ib. clxxxiv. || xne s. Dedenz sa chambre qui ert [était] peinte à gérons, Boncisv.WG. [Elle] Quim'a nourrie en sa chamhre pavée, ib. J6t. En une chambre peinte de diverse color, ib. t98. En sa chambre ert li reis od ses plus privez druz, Th. le mart. 36. Langres est chambre [province ou ville directement soumise au souverain] l'empereor Pépin, Garin, dans du cange, caméra. || xme s. Maison pour hosteler, chambre à voûte, ne salle, Berte, xxvu. Et li droghemant monte à mont par une fausse poterne et vint en la cambre la roine qui l'attendoit, Chron. de Rains, 5. Li tiers cas, si est si comme s'aucuns, qui ne soit pas mes sires, brise mes huces ou mes cambres, deaum. xxxix, 79. Deffense est fête que por dete on ne voist penre en cambre à dame, ne damoiselle ne de feme qui gise d'enfant, in. liv, 7. Et sachiez que un vieil Sarrazin chevalier qui estoit en la galée, le portoit aus chambres privées à son col, joinv. 24t. Et pour la fort menuison [dyssenterie] que il avoit, li convint coper le fons de ses braies toutes les foiz que il descendoit pour aller à la chambre [latrine], id. 237. Encore en parlerons-nous, de cette journée, es chambres des dames, id. 228. || xive s. Chambre coye ou courtoise [latrines], du
cange, caméra. || xve s Et si Courtray nostre
chambre [district], froiss. ii, ii, 56. [Le roi Charles de France] tout quoi estoit en ses chambres et en ses déduits, id. ii, ii, 45. Par foi et serment et sur deux millions de florins à la chambre du pape, id. i, i, 95. [Yvain] fut, tant que le roi Philippe île France vesquit, des enfans [pag-es] de sa chambre, m. u, ii, au. Assené [assigné] de une rente et revenue par an sur la chambre des comptes, id. ii, m, 26. Las! la chambre de ma pensée De grant plaisance reluira, en. d'orl. Bail. 44. Il sembla aux dessusdits que la bombarde ne s'estoit pas bien deschargée de toute la poudre qui mise et boutée avoit esté dedens la chambre d'icelle, j. de troyes, Chr- 1478. Ung prieuré ou chambre d'abbé dépendant de ladite abbaye, du cange, caméra. ||xvie s. Puis [le petit Gargantua] les passant par une autre grant salle, les mena à sa chambre [au haut de la maison], rab. Garg.i, <2. En ycelluy estaient 9332 chambres, chacune guarnye de arrière chambre, cabinet, guarde-robe, chapelle et yssue en une grande salle, m. tb. i, 53. L'un de ses valetsde chambre, amyot, I.uchU. 31. L'homme de chambre de M. de Lansac le jeune, pare, Introd. 24. Il observera les bestes, leurs repaires et gistes, licts, chambres, reposées, bauges et tanières, o. de serres, 993. Vides chambres font femmes folles [c'est-à-dire la pauvreté fait
que les femmes se livrent au désordre], lep.oux db lincy, Prou. t. u, p. (59.
— ÉTYM. Picard, camte, cambre; provenç. cam~ bra ; espagn. camara ; ital. caméra ; allem. Kamrner; du latin caméra ou camara, où l'accent est sur ca, toit voûté, du grec xajiotpa, voûte.
CHAMBRÉ, ÉE (cham-bré, brée), adj. || 1» En parlant des pièces d'artillerie, qui a des chambres. || 2" En termes de zoologie, coquilles chambrées, coquilles qui présentent plusieurs cavités séparées les unes des autres par des cloisons.
— ÉTYM. Chambre.
CHAMBRÉE (chan-brée), s. f. || 1° Tout ce que contient une chambre. || Un certain nombre d'ouvriers ou d'autres personnes qui couchent dans une même chambre. Homme j'étais de chambrée avec lui, nous nous étions liés de préférence, j. j. rouss. Cnnf. v. Les grandes chambrées des jeunes Lacédémoniens n'étaient que des écoles de l'amitié, behn. nE s. -p. Harm. vu, De l'amitié. || Certain nombre de soldats qui logent ensemble. Le maréchal ferrant de la compagnie où il était se trouva de sa chambrée, st-sim. 1)6, 3. Les soldats ne disposent^ quatre sous par jour, que de 73 livres, et ils vivent gaiement en s'associant par chambrées, volt. l'Homme auxio écus, entretien avec un oe'omètre. \\ 2° La quantité de spectateurs que tient un théâtre, et la recette qu'il fait pour une représentation. Bonne, faible chambrée. Si vous pouvez donner quatre ou cinq représentations do la pièce avant la fin du carême, je vous conseille de ne pas perdre ces quatre ou cinq bonnes chambrées, volt. hit. le Kain, 2 mars 4 767. || 3" Se dit des différentes profondeurs d'une carrière d'ardoise.
— HIST. xvie s. Il l'interrogua premièrement combien ils estaient logez ensemble par chasque chambrée, amyot, Lucull. 17.
— ÉTYM. Chambre.
CHAMBRELAN (chan-bre-lan), s. m. Ouvrier en chambre. || Locataire qui n'occupe qu'une chambre. || Mot populaire et peu usité.
— ÉTYM. Le même que chambellan.
CHAMRRER (chan-bré), v. n. || 1° Être de la
même chambrée; habiter la même chambre. Plus de subordination entre Gil Blas et son secrétaire; plus de façons entrï eux; ils chambrèrent ensemble, et n'eurent qu'un lit et qu'une table, le sage, Gil Blas, ix, 8. || 2" Terme de vénerie. En parlant du cerf, se reposer pendant le jour. || 3° V. a. Terme de sellier. Faire de petits creux dans une selle et en tirer la bourre , quand le cheval est blessé. || 4° Mettre en une chambre, diviser par ordre une assemblée. On vous a dit, on l'a dit au public, on en a fait une espèce de cri d'alarme contre ma motion, qu'elle tendait à chambrer les états généraux, à autoriser la distinction des ordres, mirab. Colleet. i, p. 249. || 5" Chambrer quelqu'un, l'obséder , le circonvenir pour le retenir au jeu. || Familièrement, prendre quelqu'un à part pour le ch ipitrer ou le catéchiser. || 6° Se chambrer, r. réfl. En termes d'artillerie, une pièce se chambre quand par le battement du boulet il s'y forme des creux qui bientôt la mettent hors de service.
— ÉTYM. Chambre.
t CHAMBRERIE (chan-bre-rie), s. f. Office d'économe dans certains chapitres ou monastères. || Juridiction attachée à l'ancien office de grand chambiier de France.
— HIST. xvr s. Frère Jehan de la Noue, charnbrier de l'abbaye de St-Benoist sur Loyre, procureur de la justice de la chambrerie du dit saint Benoist, Coustumier gcn. t. I, p. 980.
— ÉTYM. Chambre.
CHAMBRETTE (chan-brè-f) , s. f. Petite chambre. Les solitaires de Martaigne ont quatre chambrettes, un petit jardin et une petite chapelle chacun, st-sim. < , 32. Tu veux fuir de ma chambrette, Pour courir je ne sais où, rérang. Chatte.
— HIST. xiie s. Tut. le plus del jur ert en un suen oratur Dedenz une chambrete où faiseit stm iabur, Efermout l'uis sur sei.... Th. le mari. toi. || xmc s. Il n'i a chambrette petite Qui ne soit si bien ramonée Que jà poudre n'i ert trovée, Voie d> paradis, dans ruteb. t. ii, p. 334. || xvc s. Il descend de sa chambre si celéement, qu'il fust dedans la chambrette oùla meschine blutoit, sans qu'elle onques en sceust rien, louis xi, Nouv. xvn. || xvie s. Si y eut un de ceulx que l'on avoit condemnez, beau jeune enfuit, qui fut emmené en une petite chambrette par l'un des plus gr.mds garsons, amyot, C. d'Utiq. 4.
— ÉTYM. Diminutif de chambre; bourguig. chambrôte.
CHAMBRIER (cham-bri-é) , s. m. \\ i" Certain
CHA
CHA
CHA
officier claustral dans quelques monastères rentes et dans quelques chapitres. || 2" Grand chambrier, grand officier de la couronne qui avait l'intendance de la chambre du roi, etc. Ces Conflans se prétendent issus île la maison de Brienne si connue par son antiquité, ses grands fiefs, ses connétables, ses chambriers, st-sim. 329, 50. || 3° Grand chambrier, un conseiller de la grand'chambre du parlement. La torture à laquelle de vieux grands chambriers appliquent si légèrement les innocents comme les coupables, volt. Lett. Serran, 27 sept. i7G9. M. i'abbé d'Espagnac arriva trop tard [pour une représentation] ; il eût été agréable d'avoir un grand chambrier pour spectateur, id. Lett. Mme d'Argen-
tal, 25 OCt. «760.
— hist. xni" s. Et le vent de par lou roy li mestra ckamberier lou roy, Liv. des mît. «95. Li tainturier qui demeurent en la terre du chamberier, ib. (38. || xvi* s. Le roy ouit un chambrier du Grand-Seigneur, venu pour reconfirmer leur amitié, d'aub. Hist. i, 20G. Et se payent propines grosses aux huissiers, chambriers, protenolaires [du pape], m. du
— f.TYM. Provenç. cambrier, camarier ; catal. camarer ; espagn. camerero ; ital. cameriere; baslat. camcrarius , de caméra (voy. chambre).
CHAMBRIÈRE (chan-bri-ê-r'), s. f. || 1° Femme attachée au service de la personne et des chambres. On dit maintenant femme de chambre. 11 était une vieille ayant deux chambrières : Elles filaient si bien.... la font. Fabl. v, G. || 2° Terme de manège. Fouet léger à long manche, employé dans les manèges; c'est une aide plutôt qu'un instrument de punition. || 3° Morceau de bois attaché par un anneau sous une charrette et qui sert à la soutenir droite quand elle est sans chevaux. ||4°Sortede chandelier en usage chez les charrons et autres ouvriers. || Outil de maréchal pour arranger le fer et le charbon dans le feu. || Bâton attaché près de l'établi du tréfileur. H Petit ruban avec lequel la fileuse tient saquenouille attachée devant elle. || 5° Terme de marine. Espèce de crampe servant aux chantiers de la mâture. || Petit cordage pour serrer les voiles d'étai et d'artimon.
— HIST. xii" s. E pris ourent, en terre de Israël, une pulcele petite; e celé esteit cbamberiere la femme Naaman, Uois, 361. La dame après muntad, e cinc chamhereres od sei menad , ib. «02. Et la chambrière ki portière eret et lo frument purgivet, dormit , Job, 444. || xme s. De lui se départit la maie chamberiere, Berte, xi. La chamberiere ne li serjant au marchant de la marchandise devant dite ne pueent ne ne doivent partir aveuc aucun marchant des choses, desus dites, Liv. des met. «49. Mespris avez en tel manière, Qu'en vos en tient à chamberiere Qui conmunaus est as garçons, Ren. «2856. || xvc s. Icelle basse [servante] ou chamberiere du dit prestre, du cange, audibilis. Et fut [la princesse] de ses valetz et chambrières prise entre leurs bras, et apportée bas par une poterne sur le rivage, froiss, il, il, H 2. Femme doit dedans ordonner La maison, bestail gouverner, Les chamberieres, les sergens Kestraindre, reslargir ses gens Selon les temps, selon leur peine, e. desch. Poésies mss. f° 528, dan:; lacurne. De tout estât soit bas ou hault,Venez-y qu'il n'y ait defl'ault, Venez-y varletz, chamberieres, villon, Repues fr. || xvrs. Il n'estsoupper que demarchantz, regoubillonner [sorte de repas] que de chambrières, rab. L'ant. iv, 4G. La femme de Phocion qui va tousjours avec une chambrière seule par la ville, amyot, Plwc. 28. Il y eut tuerie sur les prestres et leurs chambrières, qui firent la principalle detTence, d'aub. Hist. i, 3t5. Les pauvres amoureux et passionnés rendent leur ame martyrée, obéissante et chambrière à leur concupiscence et désir, paré, iv, Préf. Quant au reste de sa maison, c'estoit une règle inviolable que ny luy mesme, ny ma mère ny valet ny chambrière ne parloient en ma compaignie qu'autant de mots latins que chascun avoit apprins pour jargonner avec moi, mont, i, «94.
— ÉTYM. Chambrier; bourguig. chambleire, chamleleire ; provenç. camarieria.
t CHAMBRILLON (chan-bri-llon, Il mouillées), s. f. Petite servante dont les gages sont peu élevés. Souffriras-tu toujours que je ne paraisse qu'un torchon au prix d'elle, et qu'étant en sa compagnie l'on me prenne pour sa chambrillon, Francion, liv. ii, p. go. || Mot populaire.
— ÉTYM. Chambre.
| CHAMBRULE (chan-bru-1') , s. m. Terme rural. Le charbon, maladie qui attaque les moissons.
— étym. Champ , et brûler.
CHAMK (ka-me) , s. f. Terme d'histoire naturelle.
Genre de coquilles marines bivalves, comprenant beaucoup d'espèces.
— ÉTYM. Chaîna, de yy,\>t\.
CHAMEAU (cha-mô), s. m.||l° Quadrupède ruminant haut de jambes, qui a le cou fort long, et une ou deux bosses sur le dos. Le chameau bactrien, qui a deux bosses et est dit vulgairement chameau ; il est répandu dans toute la Bactriane ainsi qu'en Tartarie et en Chine. Le chameau dromadaire, nommé vulgairement dromadaire, et ayant une seule bosse. Le premier qui vit un chameau S'enfuit à cet objet nouveau; Le second approcha; le troisième osa faire Un licou pour le dromadaire, la font. Fabl. iv, «o. Vois l'homme en Mahomet, juge avec moi ton maître; Tu verras de chameaux un grossier conducteur.... volt. Fanât, i, 4'. || Poil de chameau, poil dont on se sert pour différents ouvrages. || Terme d'injure, populaire et très-bas. Va, grand chameau. || 2° Chameau du Pérou, lama. || Chameau de rivière , pélican. || 3° Terme de marine. Sorte de grande caisse qu'on place sous le flanc d'un navire pour le porter et, le soutenir au-dessus de l'eau, dans certaines occasions. Demi-chameau, se dit quelquefois de chacun des deux pontons qui composent un chameau complet.
— HIST. xic s. Set cenz camelz et mil autours muez, Ch. de Roi. ni. ||xir s. Muls et chevaux, et charnels, Roncisv. 21. Li bon charnel gisent en sa contrée, ib. n. Et sa posessions fut set milliiers de berbiz et trois milliiers de chamoz , Job, 495. I| xnic s. Li chameus siet joste le roy, Moult fu en la cort chier tenuz, Ren. 8422. Il sont jà entré en ma terre, Et si les conduit li chameus, ib. 2G«29. Donques ont lor gaaing coilli et asamblé ; Cinc cens et mil camel i furent conquesté, Estre [outre] muls et somiers qui pas ne sont nombre, Ch. d'Ant. vm, «5io. || xve s. Ils estaient rafreschis souvent de nouvelles pourveances, .car on leur amenoit à sommes et à cameaux, froiss. m, iv, «5.
— ÉTYM. Picard, cameau; provenç. camel ; espagn camello ; ital. cammello; du latin carnelus, de xâ|»i- Xoç, de l'arabe djamal. Dans l'ancien français, le nominatif singulier est li charnels ou chamaus ou chameus, et le régime singulier le charnel.
f CHAMÉCISSE-(ka-mé-si-s'), s. m. Terme de botanique. Nom du lierre terrestre (glechoma hederacea, L.).
— ÉTYM. Xafj.a£xi<T<70ç, de/a|xcà, à terre, etxi<raoç, lierre. -
| CHAMELÉE (cha-me-lée), s. f. Charge d'un chameau.
— hist. xiii' s. Ele fist charger vingt chamelées d'aiguë rose, Hist. occid. des croisades, t. n, p. 1 03.
— ÉTYM. Chameau.
CHAMELIER (cha-me-lié; IV ne se lie jamais; au pluriel Ys se lie: des cha-me-lié-z adroits), s. m. Conducteur de chameaux. J'entendis le cri du chamelier qui conduisait une caravane éloignée, ciiateaub. Itin. n, 34.
— ÉTYM. Camelarius , de carnelus, chameau.
f CHAMELLE (cha-mè-1') , s. f. La femelle du chameau. D'autres.... Faisaient jaillir des mamelles De leurs dociles chamelles Un lait blanc sous leurs doigts noirs, v. hugo, Orient. «.
— HIST. xme s. Es nés [navire] entrent, drecent la voile, Si s'en tornent, fors la chamoille, Ren. 2GG0G
— ÉTYM. Chameau.
f CHAMÉLON (cha-mé-lon), s. m. Le petit du chameau.
|- CHAMITE (ka-mi-f), s. m. Nom des anciens Égyptiens. Se dit aussi des descendants de Cham.
— ÉTYM. Cham, nom de l'Egypte.
CHAMOIS (cha-moî; Ys se lie: un cha-moi-z
agile), s. m. || 1" Ruminant à cornes creuses, de la taille d'une grande chèvre, à pelage brun, dont la peau et la chair sont recherchées. ||2° La peau corroyée du chamois. Gants de chamois. j| Couleur chamois, couleur jaune clair. |j Passer au chamois, mettre en presse, dans une peau de chamois, des cendres métalliques d'où l'on veut extraire le mercure. || 3° Anciennement, un homme qui ne quitte point son régiment pour venir faire sa cour et qui est uniquement occupé de son métier. Locution prise de ce que les vieux officiers de cavalerie, qui ne quittent point leurs troupes, portent des vestes et des chausses de chamois, de caillières, ictio.
— HIST. xve s. Grans chaperons et cornette à visiers, Peaulx de chameulx, et draps fors et entiers; Garnissez-vous avant qu'iver vous fiere [frappe], e. desch. Poésies mss. f" 234, dans lacurne. || xvi' s. Le jésuite ne tarda gueres à estre au logis du ministre, qu'il trouva vestu de chamois, d'aub. Hist.. m, 23
— ÉTYM. Espagn. camusa, gamusa ; portug. camuça, camurça ; ital. camossa, camuscio ; du haut-allem. gam-z, allem. mod. Gemse. Chameulx, qui est dans E. Deschamps, ferait croire qu'il a confondu chamois et chameau ; mais les formes des langues romanes ne permettent aucun rapprochement étymologique entre ces deux mots.
f CHÀMOISER (cha-moi-zé), v. a. Préparer une peau à la façon de la peau de chamois.
— ÉTYM. Chamois. Il y a , dans l'ancien français, cmnosser, qui veut dire battre, frapper, et qui est sans doute le même mot.
CHAMOISERIE (cha-moi-ze-rie). s. f. Lieu où l'on prépare les peaux de chamois. || La marchandise que prépare le chamoiseur. Commerce de chamoiserie.
— ÉTYM. Chamoiser.
CHAMOISEUR (cha-moi-zeur), s. m. Ouvrier qui prépare les peaux de chamois
— étym. Chamoiser.
I . CHAMP (chan ; prononciation qui est celle qu'au xvie siècle Palsgrave indique, p. 24; le p ne se lie jamais : un champ aride, dites : un chan aride ; au plurielle se lie : des chan-/. arides), s. m. || 1° Espace ouvert et plat. Du haut du Pic du Midi un champ immense s'étend devant les yeux. || Champ de foire, l'emplacement où se tient une foire. || Champ de course, espace où se font des courses de chevaux. || Champ du repos, cimetière. || Champ de Mars, lieu, à Rome, consacré à des exercices militaires et a des réunions populaires. Le peuple au champ de Mars nomme les magistrats, rac. Brit. i, 2. || Aujourd'hui, champ de Mars, lieu destiné à faire manœuvrer des troupes. || Champ de mars, de mai, assemblées que tenaient en mars ou en mai les rois francs pour régler les affaires de l'État. || Champs Ëlysées, Ëlysiens ou Elyséens, séjour des âmes heureuses, selon les païens. || 2° Pièce de terre labourable. Petit champ. Champs cultivés. Champ fertile, stérile, labouré, fumé, ensemencé, moissonné. Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût: Creusez, fouillez, bêchez, la font. Fabl. v, 9. Si le possesseur de ces champs Vient.... Le possesseur du champ vient avecque son fils : Ces blés sont mûrs, dit-il, id. ib. iv, 22. Le lièvre et la perdrix , concitoyens d'un champ, Vivaient dans un état, ce semble, assez tranquille, id. ib. v, «7. Tel qu'un ruisseau docile Va rendre lojit un champ fertile, rac. Esth. n, 9. ||Fig. Nous devons l'apologue à l'ancienne Grèce : Mais ce champ ne se peut tellement moissonner, Que les derniers venus n'y trouvent à glaner, la font. Fabl. ri. (. Le champ de la nature ne peut s'épuiser, et l'on y trouve toujours des moissons nouvelles, chateaub. Génie, i, v, 4. || 3° Au plur. La campagne en général. Maison des champs. Travaux des champs. Vie des champs. Un homme des champs. Mener les bêtes aux champs. Aller aux champs, en parlant des troupeaux. Chemin qui va à travers champs. Quand on les envoie à leurs maisons des champs, pasc. Div. 2. Votre maître de musique est allé aux champs, et voilà une personne qu'il envoie à sa place, mol. Mal. im. n, 4. L'innocence des champs est-elle votre fait? la font. Fabl. vu, 2. Autrefois le rat de ville Invita le rat des champs, iD.il>. i, 9. Tigres dans les forêts, alouettes aux champs, id. ib. iv, 22. Mangez ce grain, et croyez-moi. Les oiseaux se moquèrent d'elle : Ils trouvaient aux champs trop de quoi, la font. Fabl. 1, 8. Il D'après de Caillières, en «690 : Je m'en vaisaux champs; Il est à sa maison des champs, étaient des façons de parler bourgeoises. Mais les meilleurs auteurs s'en servaient de son temps, et l'usage les a conservées. || Être aux champs et à la ville, être logé de façon à jouir des agréments de la campagne. || Fig. Avoir, donner, prendre la clef des champs, avoir la liberté de s'en aller, la donner, la prendre. || Avoir un œil aux champs et l'autre à la ville, veiller à tout. || Poétiquement, les champs, un pays, un canton. Un autre vous dirait que dans les champs troyens Nos deux pères sans nous formèrent ces liens, rac. Àndr. iv, 5. 0 rives du Jourdain, ô champs aimés des cieux, id. Esth. 1, 2. ô fortuné séjour, ô champs aimés des cieux 1 Que pour jamais foulant vos prés délicieux, Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde, Et, connu de vous seuls, ignorer tout le monde! boil. Ep. vi. H En plein champ, au milieu de la campagne, loin de toute habitation. || A travers champs ou à travers les champs, en s'écartant de la route battue ou du chemin frayé pour aller plus directement â son but, en traversant les champs. Allerà travers champs, la bruy. vi. || Fig. À travers champs, sans ménagement, en désordre, ou par des
en a
CHA