MAN. XXXIX, 4G
ABOYEUR (a-bo-ieur ou aboi-ieur; la prononciation n'est pas fixée), s. m. H 1° Terme de chasse. Sorte de chiens qui aboient à la vue du sanglier sans en approcher. || 2° Fig. Celui qui poursuit ardemment une chose. Un aboyeur de successions. Il 3° Celui qui fatigue par des criailleries, par des importunités pressantes. 11 a beaucoup d'aboyeurs; ce sont ses créanciers. Ce critique n'est qu'un aboyeur. C'est un terrible aboyeur. Quelque Fréron.... Vient l'entamer de sa dent mercenaire; À l'aboyeur il reste abandonné, volt. Ép. lxxx. Il 4° Crieur qui se tient à la porte des théâtres pour appeler les voitures, et aussi crieur qui dans les rues vend des complaintes, des nouvelles, etc. || 5" Adjectivement. Desdogues aboyeurs || Rien n'empêche d'em- 1 aboyeur au féminin : aboyeuse.
— HIST. xme s. Se l'une estoit maistre abaeresse aboyeuse], Et l'autre maistre lecharesse [gourmande] , Moult furent bien les deux d'un cuer [cœur] , Ren. 137. y xvr s .Unemeutte de chiens, de limiers, desaboieurs, des chiens pour le fauve, d'aï b. Fœn. I, 5. Ils chassent seulement avec la arquebuse ou arbalestre el Pabboyeur, carl. iv. 12.
ABRACADABRA (a-bra-ca-da-bra) , s. m. Mot auquel on attribuait des vertus magiques. De vos mains grossières, Parmi des poussières, Ecrivez, sorcières : Abracadabra, v. hugo, Bail. <4.
—ÉTYM. Proprement abrasadabra, car en grec il s'écrit ABPACAAARPA. On fait venir ce mot de l'hébreu ah , père, ruah, esprit, et dabar, parole. D'après cette étymologie.il désignerait la Trinité, grotefend (ErscKs und Gruber's Encyclopédie, t ) le regarde comme composé du mot persan abrasas, dénomination mystique de la divinité, et de l'hébreu dabar, pa rôle, parole divine.
-j-ABRAS (a-bra), s. m. Terme d'art. Garniture de fer qui entoure le manche d'un marteau de forge.
— ÉTYM. À et bras.
\ ABRASION (a-bra-zion) , s. f. Terme de médecine. 1| 1° Séparation, par petits fragments, de l'épithé lium qui recouvre les membranes muqueuses. || 2° An on <le gratter la surface des os cariés, de la cornée ulcérée, et celle d'enlever le tartre des dents.
— ÉTYM. Abrasio , de 06, indiquant séparation, et radt re, racler (voy. ras).
ABRAXAS (a bra-ksas'),\. m. Pierre précieuse sur laquelle étaient gravés des caractères et qu'on por-. tait en amulette.
—ÉTYM. Abrasas, mot persan signifiant Dieu (voy. abracadabra).
ABRÉGÉ, ÉE (a-bré-jé', ]êe) , part, passé. Route abi é gée. Méthode abrégée d'enseignement. Livre abrégé. trature dont la durée est abrégée. Si mes jours sont abrégés. Ceci est une répétition abrégée de ce qui vous a été amplement recommandé. L'exemple, vous le savez, est la voie abrégée de la persuasion, mass. Conférence, Excell. > L'enfer se dé-
chaîne; les temps de paix sont abrégés, mass. Omis. {un. Dawph. C'était là une ample matière à exercer
un génie tel que le sien, car le long chemin 1 vait
être el abrégé et facilité, fonten. Czar Pierre.
ABRÉGÉ (a-bré-jé), s. m. || 1" Réduction d'un plus
l ouvrage en un plus pi 1 I un abrégéde
toute laloi,Bûss. Hist. 11, 3A ts, disait saint
pape, un abrégé de la règle de saint ! considérez sa vie; et voulez-vous, ajoutait Le pontife, imprécis delà vie de saint Benoît, considérez
sa règle, bourd. Pens. t. m, p. 403. || 2" Par analogie, 1 u 1 . 1 u 1 ■ on raci ou ci. Le peuple juif est nn abrégé symbolique delà race humaine, chateaub. Génie, 11, vi , 2. Ce cœur e de tou les mj tères,
boss. Jean, 3. La science du salut, science suréminente, 1 abrégé de toutes les sciences, bourd. Pens. t.ni,p. 229. Cesacremenl incompréhensible,ineffable,
I ab égé de toutes les merveilles du Seigneur, id. ib. p. 38fi. Il 3° En abrégé, en peu de paroles. Je ne dis ces choses qu'en abrégé; elles sont assez expliquées ailleurs, boss. Relat. Elle renferme en abrégé toute la doctrine, id. Thér. 3. La suite de la religion mise en abrégé devant vos yeux, id. Hist. 11, -13. Voilà en abrégé les principes de dénoùment pour les passages des Pères, id. S. Écrit. Ce canon contient en abrégé toutes les raisons, id. Lett. abb'. 554. C'estfaire en abrégé votre panégyrique, mol. l'Étourdi, 11, ti.
II 4° En abrégé, par abrégé, par abréviation. Écrivez ce mot eu abrégé. || 5" Musique. Mécanisme qui dansl'orgue transmet le mouvement des touches du
clavier.
— SYN. ABRÉGÉ, SOMMAIRE, ÉPITOMÉ, PRÉCIS, RÉ- SUMÉ. L'abrégé est un ouvrage, mais la réduction d'un plusgrandàun moindre volume. Le sommaire □ point un 0 ivrage; il ne fait simplement qu'indiquer en pe 1 demots les principales choses contenues dans l'ouvrage ; on le place ordinairement à la tète de chaque chapitre ou division, pour permettre à l'esprit d'embrasser l'ensemble de ce qui va être détaillé. L'épitomé est, ainsi que l'abrégé , un ouvrage, maisplus succinct : ce mot d'ailleurs est purement grec, et n'est employé que pour le titre de certains ouvrages, GUIzot. Le précis se distingue par sa rigueur; il signifie un abrégé dans lequel ne se trouve rien de superflu : l'abrégé est court ; mais le précis est substantiel. Aussi peut-on dire : j'ai fait l'abrégé et le précis de ce Le résumé est un abrégé, non passéparé de l'ouvrage . mais mis à la fin en guise de conclusion; c'est, pour la place, l'opposé du sommaire; c'est encore une sorte d'abrégé destiné seulement à rappeler ce qu'on sait, à revoir rapidement ce dont on a besoin de se ressouvenir, lafaye.
—étym. Abréger.
-j- ABRÈGEMENT (a-brè-je-man) , s. m. Action d'abréger. L'état de ce qui est abrégé. L'abrègement d'un livre. Ceux qui ont voulu introduire les tables ont été trompés par l'abrègement des paroles, Port-R ya , cfansBOUiiouRS, Nouv. Rem. Mot utile et justifié par un usage constant.
— HIST. xin' s. Et aussi ne peut nus [nul] doncr abrègement de servitutes de fief, beau'm. xi.\ , 25. Quant on est semons porservicede tix [tels] fiés, on doit offrir à son segneur ce qui est duz por le [la] resonde l'abrègement, id. xxviii, 7. H xv- s. Mai ... l'abrègement de l'oeuvre, De point en point [je] le te descœuvre,LA font. 923.
— ÉTYM. Abréger.
f ABRÈGEMENT (a-brè-jé-man) , adv. D'une manière abrégée. Adverbe usité autrefois et qui n'a rien qui l'empêche d'être usité de nouveau, puisqu'il se comprend sans peine.
— HIST. xv' s. Pour abrègement guérir ou mourir, Plus ne puis fournir, Se sens ne m'aprent, en. d'orl. Rondeau. Et le plus abrègement que faire se peut, le bailli comanda qu'on depeschast notre pauvre coquart, l. xi, Nouv. 75
— ÉTYM. Abrégé, par contraction pour abt et ment suffixe (voy. ment).
ABRÉGER (a bré-jé. L'e se prononcée quand il est suivi d'une voyelle muette: j'a-brè-gc),r. a. \\ i°Ren- ■ f, réduire a une moindre étendue, à une moindre longueur. Abréger le temps. Ëclaircin ; ger le discours. Abréger une narration. Voulant abré ger son humiliation. C'est un bienfait de Dieu d'avoir abrégé les tentations avec les jours de Madame, boss. Duch. d'Orl. On croit qu'il expose les troupes: il les eantle temps des périls par la vigueur des attaques, id. L. de Bourbon. Les plaisirs pris sans modération abrègent plus les jours des hommes que les remèdes ne peuvent les proL fén. Tél.xvn. Cours par un prompt trépas b supplice, rac. Vithr. 11, 6, Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste, D'une infidèle vie abrégera le reste, id. Andr.iv, 1. Je la voyais bientôt, abrégeant sonabsenc i, revenir empn Oth. 1, 5. Le
cardinal de Richelieu avait abrégé ses jours par les inquiétudes qui le dévorèrent, volt. Mœurs, 177, Il 2" Faire un abrégé. Cet auteur a abrégé lui son livre. || 3" Faire paraître moins long. La conversation abrégi le chemin. || 4° Faire brève une syllabe. Quelques personnes abrègent l'o dans rôti, et disenl rôti. Il 5° V. n. Chemin qui abrège. || 6° Faire court, s'exprimer en peu de mots. En abrégeant. Abrégeons.
J'abrège 1 ji poursuis. Pour abréger, la chose s'ëxécute, ' \ ît. Rich. || 7° S'abréger', 1 réfl 1 «venir plus court. La vie, déjà si courte, s'abrège souvent par les excès de tout genre.
— HIST. xir' s. Ne ne porreit mis cors soffrir Travail ne peine ne labor ; Kar dès or s'abrègent mi jor; Molt me vois mais afebteiant, benoît, 11, 8223. Il xiiic s. Ains voil [je veux] ma parole abregier Por vos oreilles alegier, la /{ose, (907). Je ne puis souffrir à abregier le plain service qu'on tient de moi , beaum xxviii , 7. S'aucuns abrège le fief qui est tenudeli, id. xlv, 25. Se il viaut [veut] son plait abregier, Ass. de Jerus. 1, 237. ||xive s. lis lui dirent qu'il abregeast ses paroles, le Menagier, 1 , 0. || xv s. Temps sans honneur et sans vray jugement, Aage en tristour, qui abrège la vie, e. deschamps, Temps prisent. Elle [m'amie] m'a dit que je boy trop souvent Et que cela m'abregeroit la vie, bassel. 31. N'abrégeons point nostre vie Par trop nous atedier, id. 4G. On dit que ses ans il [le buveur] abbrege, id. 38. Avancezvous, prenez votre robe, abregez-vous [hâtez-vous] ; qu'il ne vois trouve ici, car vous seriez mort et moi aussi, louis xi, Nouv. 34. Pour abréger [bref],iD. ib. 75. Il xvr s. Le ciel m'a esté si bénin et si favorable que d'abrevier un long martyre, yver, 692. Ilvouloit bien abréger son chemin et passer par lieux bien habités, amyot, Ant. 52. Notaires, c'est à dire écrivains qui par notes et lettres abrégées figurent toute une sentence ,10. Caton d'Ut. 35.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. abreviar; ital. abbreviare ; bas-lat. abbrt 1 ' . indiquant la di-
rection de l'action, el brevis, bref (voy. bref).
y ABREUVAGE (a-breu-va-j') , s. m. Action d'abreuver. L'abreuvage des chevaux.
—HIST. xvie s. Aux prairies, sur toutes à celles d'abbruvage [qu'on arrose], les fumiers de telle volaille sont de giande utilité, o. de serres, 98. —étym. Abreuver; provenç. àbeuratge, boisson. ABREUVÉ, ÉE (a-breu-vé, vée) , part, passé. Au propre et au figuré. Troupeaux abreuvés. On renvoya les convives bien abreuvés, 'ferres abreuvées. L'Egypte abreuvée par les débordements du Nil. Une plante abreuvée par une eau abondante. Plaie abreuvée d'une humeur malsaine. Abreuvé d'amer tume. Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée, rac. Phèdre, r. . 6. Sa langue abreuvée de fiel et de vinaigre, boss. Hist. 11. 4. Etlejourme retrouve abreuvé de mes larmes, volt. Œd. 1, ). Et j'ai sur ces chemins de carnage abreuvés.... in. Mer. 1, 2, f ABREUVEMENT (a-breu-ve-raan), s. m. Action d'abreuver les animaux domestiques. L'abreuvement ertaines précautions, par exemple couperl'eau avec du son ou de la farine, ou la faire tiédir, si l'animal est en sueur. On donne l'avoine plutôt après l'abreuvement qu'avant. On risquede causer des ruptures ou la pousse, si l'on fait courir l'animal aussitôt après l'abreuvement.
—HIST. xme s. Cil qui sera fet mesureur d paiera por son abuvrement et por son past huit livres, Livre des Met. 356. Il xvr- s. Le prevost a de chascun bouchier, qui est fait nouvel boucliier, de l'aboivrement [pourboire] que l'on a accoustumé à faire au commencement, une maille d'or, ducange, abuvragium.
—étym. Abreuver.
ABREUVER (a-breu-vé), v. a. || 1° Faire boire des animaux. Rivière où l'on a coutume d'abreuver les bestiaux, les puits qu'ils avaient creusés pour abreuver leurs troupeaux. On mena abreuver nos chevaux . sév. (55. Il 2°Faireboireabondammentquelqu'un.Ilabreuva largement la compagnie. On l'abreuvait pour lui i'.i perdre la raison et s'emparer de lui. Le cruel d'une main semblait m'ouvrir le flanc, Et de l'autre à longs traits m'abreuverdemon b. Atrée, 11,
2. Il 3° Mouiller, pénétrer d'eau, arroser. Laterreest abreuvée. Ces prairies ont besoin d'être abreuvées Le sol est abreuvé d'eau. Les cèdres qu'abreuve la rosée du ciel. Une grande abondance d'humeurs abreuve cette plaie: il faut la er. 4° Fig.
Remplir, saturer. Abreuver quelqu'un d'outrages. On abreuve les alliés de dégoûts. Tout le fiel.... Dont un amant fut jamais abreuvé, malh. v, 27. Tout le fiel dont on vous abreuva, bourd. Pens. t. ni, p. 362. On dit aussi , dans un sens opposé, l'abreuver de joie. Il 5" En termes d'art , mettre sur un fond poreuxune couche d'huile,d'encolla leurou
de vernis pour en boucher le; on rendre la
surface unie. || Terme de tonnelier. Abreuver des tonneaux, les emplir d'eau pour s'assurer s'ils ne fuient point. Il Entérines demarine. abreuver un vaisseau, y faire entrer de L'eau , avant de le lancer, pour voir sil n'y a pas une voie d'eau. ||6° S'abreuver, v. réfl. Les chevaux s'abreuvent ici. Après s'être abreuvé de vin
ABfi
î (. Ml.