CRAVATE (kra-va-f), s. m. || 1° Cheval de
Croatie Vite, mon cheval; Comment, c'est un
cravate.... abbé Régnier, Voy. de Munich, dans richelet. Il Adjectivement. Cheval cravate. || 2° Soldat de cavalerie légère. Il fut poursuivi par un cravate. Le régiment de royal-cravate. S'enrôler dans une compagnie de cravates, voit. Lèlt. 20. La crainte des embùchesdescravatesleurdonne l'alarme, id. ib. 67. Je vois fort bien que ce sont des cravates de l'armée ennemie, hamilt. Gramm. v.
— HIST. xvie s. M. le prince croyant que ce fust toute l'armée qui se retiroit, dit au sieur de Tavannes de pousser à la cravatte [comme des Cravates ou Croates, charger à la tête] avec son régiment, pour tascher d'engager quelque combat, tavannes, Mém. p. 201 , dans lacurne.
— étym. Croate, dont Voiture , lettre 68, s'est servi : Il y a un certain Bras de fer qui est la plus redoutable créature que le ciel voye aujourd'hui; il brise tout ce qu'il touche ; et toutes les cruautés des Croates ne sont point comparables aux siennes.
2. CRAVATE (kra-va-f) , s. f. || 1° Pièce d'étoffe légère que les hommes et quelquefois les femmes se mettent autour du cou. Cravate blanche. Cravate de taffetas. Les hommes portaient alors des cravates de dentelle, qu'on arrangeait avec assezde peine, volt. Louis XIV, 16. Vous figurez-vous Ce diable habillé d'écarlate? Bossu, louche et roux; Un serpent lui sert decravate; lia lecez crochu, bérang. H. rouge. || Fig. Une cravate de chanvre, la corde avec laquelle on pend un homme. || 2° La cravate d'un drapeau, sorte d'écharpe brodée dont on orne la hampe d'un drapeau. || 3° Au trictrac, marque qui, mise au fichet, indique qu'on a grande bredouille. || 4° Cravate blanche, pie-grièche à collier blanc. || Cravate jaune, alouette à gorge jaune. || Cravate noire, colibri à cou noir. || Cravate verte, colibri à cou vert. || Cravate dorée, nom vulgaire du jeune âge du colibri topaze. || 5° Terme de vétérinaire. Cravates œsophagiennes, bandes musculaires disposées en cravates autour de l'orifice œsophagien de l'estomaedu cheval. ||6°Terme de marine. Cordage fixé à la tête des bas mâts d'un bâtiment abattu en carène. || Cordage qui suspend une ancre à l'une des extrémités d'une chaloupe. || Ancre prise en cravate, ancre levée au moyen d'un cordage qui entoure la verge, en passant sous les deux bras.
— ÊTYM. Cravate I ; parce que cette pièce d'habillement fut dénommée d'après les Cravates ou Croates qui vinrent au service de France.
f CRAVATÉ, ÉE (kra-va-té, tée) , part, passé. Qui a une cravate. Un fat bien cravaté.
f CRAVATER (kra-va-té), v. a. Mettre une cravate. || Se cravater, v. réfl. Mettre sa cravate.
— ÉTYM. Cravate 2.
f CRAVE (kra-v'), s. m. Terme d'ornithologie. Nom donné par quelques auteurs au genre frégile.
f CRA VÊTE (kra-vè-t'), s. f. Nom de la barge brune.
f CRAVICHON (kra-vi-chon), s. m. Un des noms vulgaires du prunellier.
f CRAYÉ (kra-ié), s. m. Nom de la macreuse en Picardie.
| i. CRAYER (krè-ié), s. m. Cendre du charbon vitrifiée par un feu ardent.
| 2. CRAYER (krè-ié), v. a. Marquer avec de la craie.
— HIST. xve s Ne puisse tailler draps.... qui
aura trace de croye en taille de robe ou autre garnement.... sans avoir congié du maistre qui paravant aura croyé ou taillé ledit habillement, Ordonnance 1487.
— ÉTYM. Craie.
f CRAYEUX, EUSE (krè-ieû, ieû-z'), adj. Qui tient de la nature de la craie. Nus chevaux enfonçaient dans une terre molle et crayeuse, chateaub. Itin. n, )59. || Termed'agriculture. Terrainscrayeux, terrains qui, traités par l'acide nitrique, laissent un résidu de cilice libre et d'argile ne s'élevant pas à, un dixième pour chacun de ces éléments. || Acide crayeux, ancien nom de l'acide carbonique, tiré de la craie ou carbonate de chaux.
— HIST. xme s. Les terres creouses et sablenoses, Bibl. des Chartes , 2e série, t. n, p. 1^5. || xvic s. Terres bourbeuses, croieuses, glaireuses, o. de serres, 3.
— étym. Craie.
CRAYON (krè-ion), s. w.||i° Petit morceau de minerai, propre à écrire ou ;\ dessiner. Crayon noir, blanc. Si, au milieu des tableaux de Rubens ou de
Paul Veronè^e, quelqu'un venait placer ses dessins au crayon, n'aurait-il pas tort de s'égaler à ces maîtres? volt. Brulus, Préface. Le grand coloriste [Rubens] perdait sa palette quand il retrouvait son crayon, chateaub. Italie, 44. || Fig. Muses, pour le tracer, cherchez tous vos crayons, boil. Épit. iv. La nature aujourd'hui de ses propres crayons Vient d'armer une main qu'éclairent ses rayons, a. chén. (52. || Le crayon d'un censeur, d'un critique, la note critique qu'il met à un passage. [Un censeur].... dont le crayon sûr d'abord aille chercher L'endroit que l'on sent faible et qu'on se veut cacher, boil. ■Art p. iv. || 2° Petite baguette de bois ou de métal garnie d'un crayon; le bois généralement employé pour la confeclion de ces crayons est celui du genévrier virginien ou genévrier rouge, dit aussi cèdre rouge. || 3° La manière d'un dessinateur. Cela est d'un crayon large, d'un crayon aisé. || 4° Tout dessin fait au crayon. Il pourra se délasser l'esprit et se réjouir les yeux, sur les crayons que vous lui mettrez entre les mains, balz. il ris écrit. || Portrait f.iit au crayon. Il a fait le crayon d'un tel. || 5° La description qu'on fait de quelque personne. Vous nous avez bien dépeint cet homme-là; vous nous en avez fait un fidèle crayon. Quelqu'un n'a-t-il point vu Comme on dessinesur nature? On vouscampe une créature. Une Eve ou quelque Adam; j'entends un objet nu; Puis force gens, assis comme notre bergère, Fontun crayon confirme àcetoriginal, la font. Cas. ||6" La première idée, la première esquisse d'un tableau qui se fait au crayon. || Fig. Esquisse, en parlant des écrits et des discours. Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles traits Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix, corn. Cinna, i, 3. Ce n'est ici qu'un simple crayon, un petit impromptu dont le roi a voulu se faire un divertissement, mol. l'Am. méd. Préf. On n'apporte point à ces mémoires ni le savoir, ni l'esprit, ni la méditation qu'il faudrait pour en tracer même un crayon imparfait, pelliss. Mém. pour les gens de lettres, p. 71. Les connaissances humaines ne sont qu'un crayon imparfait de la science de ces esprits, boss. Démons, i. Vous trouverez dans ma description un léger crayon de leurs mœurs, j. j. pouss. Hél. i, 23. || 7° Terme de géologie. Sorte de marne, où domine l'argile et le sable, qui se trouve sous la couche de l'humus. || Terre dure et de culture difficile.
— HIST. xvie s. Soit dit pour un craion [esquisse] de la cour, d'aub. Hist. n, (83. Et pour mettre la dernière main à ce très excellent creon, elle n'avoit pas encores saeze ans accomplis, carl. m, 7. Quoique la variété et discordance continuelle des événements les rejecte de coing en coing et d'Orient en Occident, ils ne laissent de suyvre pourtant leur esteuf, et de mesme creon peindre le blanc et le noir, mont, i, 248. Dites moy pourquoi c'est qu'on vous représente, vous autres messieurs les avocats, sous le creon des harpies; cela ne nous certifie chose autre, sinon que vous aimez fort la grippe, Contes de cholières, f" 82, dans lacurne.
— ÉTYM. Craie; saintong. créon.
CRAYONNÉ, ÉE (krè-m-né, née), part, passé.
Ces portraits colorés par la flatterie ou crayonnés par le bel esprit, volt. Mœurs, (60.
CRAYONNER (krè-io-né), v.a. || 1° Esquisser, dessiner au crayon. Crayonner une tête. Il ne fait encore que crayonner son tableau. Qu'il crayonne une maison sur une maison, un arbre sur un a.-bre, un homme sur un homme, afin qu'il s'accoutume à bien observer les corps et leurs apparences, j. j. rouss. Ém. n. || 2° Fig. Souventefois le ciel en ses augures De nos maux à venir crayonne les figures, mair. Soliman, il, 2. Ce roi.... Voulut bien que ma. main crayonnât ses exploits, boil. Epit. x. Dont je veux bien ici te crayonner l'histoire, id. Sat. x. Insipide écrivain, qui crois à tes lecteurs Crayonner les portraits de tes trois Imposteurs, D'où vient que, sans esprit, tu fais le quatrième? volt. Ép. 97. Ce Corneille qui crayonna L'àme d'Auguste, de Cinna. De Pompée et de Cornélie. VOLT, le Temple du goût. || Tracer, écrire rapidement. Il ne fit que crayonner sa réponse aux objections.
— ÉTYM. Crayon.
CRAYONNEUR (krè-io-neur), .v. m. Celui qui dessine ou peint fort mal. Ce n'est qu'un crayonneur.
— ÉTYM. Crayonner.
CRAYONNEUX, EUSE (krè-io-neû, neû-z'), adj. Qui est de la naiure du crayon. Pierre crayonneuse.
— ÉTYM. Crayon.
f CRÉABLE (kré-a-bl'), adj. Qui peut être créé.
— ÊTYM Crêei
| CRl ■>•'. kn il-1 s. "i. Voy. crat.
CRË
CRE
cm
y CRÉADIER (kré-a-dié) , s. m. Terme de pêche. Sorte de filet de l'espèce du traîneau.
i . CRÉANCE (kré-an-s').s. f. || 1° Action de croire, d'ajouter foi. Les opinions que j'avais reçues en ma créance, desc. Méih. S'il faut qu'à cent rapport ma e réponde.... rotrou, Vencesl. i, 2. Aveuglons leur créance, et passez pour l'époux, id. ib. ni, 2. Ceux qui demeureront dans la créance que l'espace n'est pas divisible à l'infini, pasc. Géom. Si l'antiquité était la règle de la créance, les anciens étaient donc sans règle, id. dans cousin. Rendre raison de sa créance, id. ib. Vous ne leur attribuez pas ces erreurs dans la créance qu'ils les soutiennent, mais dans la créance qu'ils vous nuisent, id: Provinc. 16. Ce Jérémie qu'Ésdras venait de forger avec tous les autre-- prophètes,comment a-t-il toutd'uncouptrouvé créance'? noss. Hist. n, (3. Si vous avez créance à sa doc'rine, id. Soutn. 2. Si l'idée de ce jugement pouvait être effacée de mon esprit en sorte qu'il n'en restât nul souvenir, nulle créance, bouhd. Carême, I, Jug. dern. 259. Dans la créance commune et dans les principes.... id. ib. Prédestination, 3U9. || Hors de créance, invraisemblable. Et la chose à chacun Hors de créance doit paraître, mol. Amph.u, i. |] Donner créance à une chose, la rendre croyable. Son caractère donne créance à ses paroles, la bruy. v. Il Donner créance, ajouter créance, croire. David, ce roi qui avait l'esprit de prophétie, ayant donné créance aux impostures de Siba, pasc. Prov. <8. On ne songe qu'a m ultiplier les bulles, afin que ce soient autant de litres de l'infaillibilité qui en a besoin, et que le monde s'accoutume à ajouter créance, id. ib. l". Quelle fable incroyable pourrait-on inventer? et peut-on y donner créance sans joindre l'ignorance au blasphème'' boss. IHst. 11, 13. Seigneur, à vos soupçons donnez moins de créance, rac. Brit. m, 5. Il 2" Croyance religieuse. Avec le lait, pendante à la mamelle, Je suçai des chrétiens la créance et la foi, hoir. St Gen. m, 6. Il aura vécu conformément à sa créance et à sa religion, bourd. Aient, 56. Pour avoir droit de dire aux athées soit de créance, soit.... m. ib. Les soins qu'on prend de notre enfance Forment nos sentiments, nos mœurs, notre créance , volt. Zaïre, I, t. || 3° Confiance qu'on inspire et qui fait qu'on est cru. Et tâchez, comme en vous il prend grande créance.... mol. Éc. des f. v, 0. Perdre tinte créance clans les esprits, pasc. Prov- 4. Ils ont appris quelle créance on doit avoir à ce calomniateur, id. ib. 13. Pour faire perdre à vos auteurs toute créance, id. ib. 9. Ouoi, mes pères? Est-ce ainsi que vous abusez de la créance que ces personnes d'honneur ont en vous? id. ib. <3. Lettresqui fussent assez autorisées pour obtenir créance, boss. lett. <l(i. Il fallait un homme qui, pour ne pas irriter la haine publique déchaînée contre le ministère [lors de la Fronde], sût se conserver de la créance dans tous les partis et ménager les restes de l'autorité, id. le Tellier. Vous refusez votre créance à des prodiges qui lui sont très-possibles, mass. Panég. St Franc. Le livre qui mérite le plus de créance, id. Car. Avenir. Traitez bien vos domestiques, mais ne leur donnez pas trop de familiarité et encore moins de créance, Paroles de louis xiv, dans volt. Louis XIV, 28. Il 4° Terme de diplomatie. Instruction secrète qui, remise à un ambassadeur, lui permet de conférer avec le souverain auprès duquel il est envoyé. || Lettres ou lettre de créance, lettre par laquelle un ambassadeur justifie de sa mission. || Par extension, lettre de créance, lettre par laquelle un négociant ou un banquier autorise un tiers à toucher de l'argent selon ses besoins ou jusqu'à concurrence d'une somme déterminée. |j 5° Terme de vénerie. Chien de bonne créance, chien sûr à la chasse. Chien de pu de créance, chien peu sûr. || Terme de fauconnerie. Oiseau de peu de créance, oiseau dont les indications ne sont pas sûres. || Ficelle ou filière avec laquelle on retient l'oiseau qui n'est pas encore bien assuré, il ç° Ancien terme de marine. Mouiller en créance, faire porter une ancre d'affourche. avec tout le câble, par une chaloupe qui rapporte ensuite le bout du câble à bord du vaisseau.
— SYN. créance, croyance. Comme croyance et créance ne sont que la double prononciation d'un même mot, ils doivent nécessairement se rapprocher singulièrementdans la signification. Toutefois l'usage a profité de ces deux prononciations pour introduire les nuances suivantes : au sens de croire une chose quelconque ou une religion, croyance est présentement plus en usage que créance; mais, au sensde confiance , créance est employé de préférence à croyance.
— HIST. xie s. Bons fut li secles al tens ancienur; Si ert [était] créance, dunl or n'i a nul prut [preu,
-e] ; Tu> «st muez, perdus ad sa colur, Saint '
Alexis, <.||xii"S. Sur celé gent qui en Deu n'ont créance, lionc. p. 52. Il guerpira sa créance et son Dé [Dieu],?7>. p. n 7.... Ne t'esmaier mie,empereres courtois ; Tousjours te conduira ta créance et tes drois [ton droit], Sax. xvm. || xnrs. De foi et de créance entérine et meure, Berle, xlii. Mes ce ne fust bonê créance Dont nus ne doit avoir doutance, Ren. toi6î. L'on peut plaider en la haute court de totes carelles, mes que de sa fei, ce est de sa créance, et de mariage et de testament, Ass. de .T. 47. Et Haali, quant il vit ce, si trait à li du peuple ce que il pot avoir, et leur aprist une autre créance que Mahommet n'avoit enseignée, joinv. 260. Il disoit que foy et créance estoit une chose où nous devions bien croire fermement, id. 197. S'il a foy et ferme créance, Qu'on doit en sept choses comprendre, J. demeung, Tr. 47. y xiv0 s. Créance, c'est la ligne qui est attachie à la lesse du faulcon, Modus ,f° lxxxui. || xv s. Quand il ot monstre ses lettres de créance, froiss. n, n, 2-23. Il fut déterminé de déployer [l'oriflamme du roi de France], pour la cause de ce que les Flamands tenoient opinion contraire du pape Cbment et se nommoient en créance [en matière de foi] Urbanistes, id. 11, 11, <96. Pourtant que je ne les vis ni scellées, ni approuvées, je n'y ajoutai point de foi ni de credence, id. ii, m, to3. Lequel avoit une lettre de créance adressante audit Symon escripte de la main dudit duc, comm. m, 9. Luy devoit bailler la dicte lectre et dire sa créance, qui estoit.... id. iv, 6. Sa créance [du héraut envoyé par Louis XI au roi d'Angleterre] estoit fondée sur le désir que le roy avoit dès long-temps de avoir bonne amytié avec luy, id. iv, 7. Par très ferme credence qu'il avoit au St Sacrement du baptesme, louis xi, Nouv. lxx. 1 1 xvie s. Voiro contre sa propre creance[croyance] , mont. 1. 21. Que ne peult la coustume en nos jugements et créances, id. i, 109. Nostre créance [religieuse] a assez d'autres fondements, sans.... id. i, 248. Jamais chef de guerre n'eut tant de créance sur ses soldats, id. m, 175. [Ces chefs] qui avoyent une merveilleuse créance entre ceux de la religion, desployerent tout leur art, crédit et éloquence pour persuader un chacun, lanoue, 625. Que l'audace estoit mère de la créance, la créance de la force, elle des victoires, et partant des suretez, d'aub. Hist. ni, 180. Et de qui pouvez vous attendre une telle mutation en la créance que de celui qui n'en auroit point? id. ib. ni, 4 86. Et connoissant la venté dont la créance lui causoit plus de mal que la mort, marg. Nouv. lxiv. Il me depescha devers sa majesté pour luy porter, tant par créance que par escrit, tout ce qu'il avoit faict, carl. x, 25.
— f.TYM. Autre prononciation de croijance, et qui provient du verbe creire, tandis que croyance vient du verbe croire; creire et croire appartiennent à des dialectes différents de l'ancienne langue.
2. CRÉANCE (kré-an-s'), i. f. Terme de droit. Droit d'exiger l'accomplissement d'une obligation. Exercer un simple droit de créance. On oppose les droits de créance aux droits réels. || Dans l'usage ordinaire, droit d'exiger le payement d'une somme d'argent. Créance commerciale, litigieuse. Avoir une créance sur quelqu'ùn.Transportersacréance. || Dette active fondée sur un titre. Sa créance est bonne. Il Le titre même. Transférer sa créance.
— ÉTYM. Le même mot que créance i . La créance , dette active, est un titre qui donne croyance que telle somme est réellement due.
CRÉANCIER, lÈRE(krô-an-sié, siè-r'), s. m. et/. Celui , celle qui a une créance sur quelqu'un. Frustrer ses créanciers. Créancier privilégié. C'est une fort mauvaise politique, que de se faire celer aux créanciers, mol. Don Juan, iv, 2. Elle ne se permit pas avec ses créanciers ces compositions adroitement colorées qui souvent ne sont qu'une injustice couverte d'un nom spécieux, boss. Anne de Gonz. L'État peut être créancier à l'infini, mais il ne peut être débiteur qu'à un certain degré; et, quand on est parvenu à passer ce degré, le titre de créancier s'évanouit, monïesq. Esp. xxn, 18. || Fig. Les habitants de la campagne, ces créanciers de la terre et de la nature, Mirabeau, Collection, t. 11, p. 238. Il Adjectivement. Bacchus et peut-être l'Amour L'occupent souvent tour à tour, Sans compter l'hydre créancière, la font. Lett. xxm.
— HIST. xne s. Et li prophètes cumandat que ele s'"ii alast, e vers ses créanciers s'en aquitast, e del surplus seie ses fiz suztenist e cunreast, Rois, 356. ||xnie s. Tous mes créanciers en déçut [je déçus] , Si que ge n'en poi nus paier, S'en me devoit pendre ou noier, la Rose, 7976. Le créancier qui tient le gage n'est pas possessor, Liv. de just. 90. Nous disons que en cest cas li créanciers pot fere les biens
arrester là ù la dete fu fete, beaum. 58. || xvr pouvans payer, ilz estoient adjugez à leurs créanciers.— La cruaulté des créanciers usuriers, amyot . Solon, 20.
— ÉTYM. Créance 2.
CRÉÂT (kré-a), s. m. Terme de manège. Le sous-écuyer dans uneécoled'équitation. Il était créât dans telle académie.
— hist. xvic s. Ce discoureur en savoit jusques là de faire vouloir au roi de deux choses l'une, ou effacer les exploits des liguez par son créât, ou, si la victoire tournoit en faveur des refi'ormez, si défiait d'un ingrat trop eslevé, d'aub. Hist. m, 47.
— étym. Ital. crento; espagn. triado, serviteur, élève, âecriare, élever, du latin a<
CRÉATEUR, TRICE (kré-a-teur, tri-s'), "s. m. et f.
l'.S. m. Celui qui crée; Dieu. Le créateur du c el el de la terre. Ces premiers arts que les hommes apprirent, et apparemment de leur créateur, sont l'agriculture, l'art pastoral, celui de se vêtir et peut-être celui de se loger, boss. Hist. 1, t. Les. deux substances [l'âme et le corps] étant de nature si différente, que
I une ne pourrait rien sur l'autre, si Dieu, créateur de l'une et de l'autre, n'avait, par sa volonté souveraine, joint ces deux substances par la dépendance mutuelle de l'une à l'égard de l'autre, id. Conn. ni, 2. Créateur incréé de la nature entière, volt. Guèbr. m, 5. Au Heu d'une substance spirituelle essentiellement distinguée de la matière et qui ne pouvait être unie au corps que par l'institution d'un créateur tout-puissant, boullainvilliers, Réfutât, de Spinosa . p. 1 8 i . Créateur tout-puissant, principe de tout être; Toi pour qui le possible existe avant de naître. Roi de l'immensité, lamart. Méd. 1, 7. Salut, principe et fin de toi-ruême et du monde, Toi qui rends d'un regard l'immensité féconde; Ame de l'univers, Dieu, père, créateur,. Sous tous ces noms divers, je crois en toi, Seigneur, id. ib. 1, 16.
II Le souverain créateur de toutes choses, et, absolument, le Créateur, Dieu. Ce qui appartient à la sagesse du Créateur semble être encore plus au-dessus de notre faible portée, que ce qui appartient à sa puissance, fonten. Leibnitz. Lorsque du Créateur la parole féconde Dans une heure fatale eut enfanté le monde Des germes du chaos, lamart. Méd. 1, 7. Il Recevoir son Créateur, communier. || 2° Par extension, l'inventeur, le premier auteur de quelque chose. Homère est regardé comme le créateur de l'épopée. Corneille qui fut parmi nous le créateur de la tragédie, même en copiant le Cid espagnol, volt. Lett. Faugères, 3 mai 1776. Je reiineille; c'est un créateur; il n'y a de gloire que pour ces gens-là, id. Lett. d'Argental, 26 juin 176). Il a suivi son plan avec tant d'activité et de succès que, s'il s'est montré dans ses autres ouvrages comme un physicien exact et profond, il a été vraiment créateur dans la physiologie, C0ND0RCET,//a//er. y S: f. Créatrice, celle qui crée. Phémonoé passe pour la créatrice du vers hexamètre chez les Grecs. |l 3° Celui qui produit. Le créateur d'un produit. || 4° Adjectivement, créateur, créatrice. Cet esprit créateur qui, dans toute l'étemiue du siècle le plus heureux, ne tombe guère en partage qu'à trois ou quatre hommes pris dans toute l'étendue des pays savants , fonten. Newton. Quand la Russie prenait une forme nouvelle sous ses mains créatrices [de Pierre Ic,i. condillac, Études hist. part. 111, ch. 2. Quand l'imagination créatrice eut élevé les premiers monuments, qu'est-il arrivé? Le sentiment général fut sans doute celui de l'admiration, laharpe, Cours de littér. Jntrod. Mais ce feu créateur [la vie] qui sert à l'animer [un être vivant], Si je l'avais éteint, comment le ranimer? ducis, Othello, v. 4. En France, sous le nom de seconde époque, je il signerai le temps où les quatre génies créateurs du xvme siècle n'agissent plus seuls sur la littérature, et sont remplacés ou entourés par le nomhie grand d'esprits inférieurs mais brillants, qui coururent à donner aux lettres françaises un caractère de popularité dans toute l'Europe, villemain, Litt. fr. <8e siècle, 2e partie, i" leçon.
— REM. Quand créateur est pris absolument pour signifier Dieu, l'Académie y met un grand C.
HIST. xne s. Li criere del monde, Machab
n, 7. Li unsertsire, li autre sers, li uns faitre teur, faiseur], l'autre faiture, l'uns crierre, l'autre créature, wace, Vierge Marie, p. 45. Cil qui esteit encore à naistre Connut son seignor et sun maistre, Deciples maistre, sers seignor, Créature sun creator. ib. p. 46. Tais [tais-toi], Oliver, por Deu le creator, Ronc p. 44. Pour lui [je] m'en vais souspirant en Syrie ; Car je ne doi faillir mon creatour, quesnes, Romancero, p. 93. Se sauve l'honor Du
CRE
CM
CRE
erealor Esto oudroie [qu'il] Nuit
lu jor Jamais dolor Ne pesan i [je o'auroie, ib. p. 68. Car plus criement asez le terrien seignur, Que ili ulepuissantcreatur, Th lemart.%8.
David e maint autre plusur. Quant il orent mesfait vers Deu lur creatur, Mult s'unt humilié.... ib. 78. En vain se travelleroit pour esleveir nos cuers, s'il ne savoit ke li creeres de nostre salveieit fust assigiez [assis en ciel, st bern. 525. || xmc s. Mes il ne plot au creatour, Qu'on appelle le roi de gloire, Que li nostre eussent victoire, barbazan, Fabliaux, t. î, p. iiO. || xve s. Par la grâce du souverain roi des rois, qui est noire créateur et sauveur et creeur et donneur de toute paix, monstrel. li v. i, ch. 102. || xvi" s. Eu la semence gist la vertu créative et formatrice, PABÉ, XVIII, 2.
— ÉTYM. Provenç. creaire, creator; portug. et Bspagn. criador; ital. creatore; du latin creatorem, de creare (voy. créer). Dans le vieux français et le provençal, creere et creaire est le nominatif, du latin credtor avec l'aocent sur a; creator est le régime, du latin creatorem, avec l'accent sur to.
f CRÉATINE (kré-a-ti-n*) , s. f. Terme de chimie. Bâti ère inodore, insipide, cristallisant en prismes fruadrangulaires, découverte dans l'extrait alcoolique de la \ iande.
— ÊTYM. K?;a:, viande.
f CRÉATININE (kré-a-ti-ni-n') , s. f. Terme de chimie. Principe immédiat qui existe dans les muscles avec la créatine et dans le sang.
— étym. Créatine.
CRÉATION (kré-a-sion; en poésie, de quatre syllabes), s. f. || i° Action de Dieu qui crée. La création du monde. Ceux que Dieu, par la régénération, a retirés gratuitement du pêche (qui est le véritable néant, parce qu'il est contraire à Dieu, qui est le véritable être) pour leur donner une place dans son Église, après les avoir retirés gratuitement du néant au point de leur création pour leur donner une place dans l'univers, pasc. Lettre, ter avril 1648. La création, qui paraît être un acte arbitraire, suppose les aussi invaria les que la fatalité des athées, 3Q. Esp.i, I. Il y a des philosophes qui disiiii-n nt deux créations, celle des choses et celle été l'homme, m. Lett. pers. 113. Femmes, anges mortels, création divine, Seul rayon dont la vie un moment s'illumine, lamart. llarm. Vf, n. || Absolument. Depuis la création. L'an 5000 de la création. I| 2° L'univers visible. Les merveilles de la Création. C'est l'heure où la nature, un moment recueillie. Entre la nuit qui tombe et le jour qui s'enl'ii'i. S'élève au créateur du jour et de la nuit, Et semble offrir à Dieu, dans son brillant langage, De la création le magnifique hommage, id. M éd. i, 46. Dans la création le hasard m'a jeté; Heureux ou malheureux, je suis né d'une femme, Et je ne puis m'en fuir hors de L'humanité, a. de musset, Espoir en Dieu. || 3° Action d'établir une rente, etc. La création de la rente trois pour cent. || 4" Action d'inventer, de fonder, de produire, de nommer à un emploi. La création d'un genre littéraire. Le roman peut être considéré comme une création des modernes. Les créations de l'industrie. On a fait des créations d'un président et de quatre conseillers, si v. 587. || Cela est de sa création, c'est-à-dire il a imaginé, supposé la chose. Ces deux charges rie proconsul et de maître de la milice sont purement de sa création [de l'abbé Dubos] , montesq. Espr. xxx, 24. il Par extension, action de former un homme et de faire sa fortune. Ce maréchal [Bessières] devait son élévation à d'honorables services et à l'affection de l'empereur, qui s'était attaché à lui comme à sa création, SÉGUR, Hist. de Nap. ix, 3.|| Création d'un rôk . -e dit, au théâtre, de celui qui le joue pour la première fois. Ce rôle est une de ses plus belles créations. || 5" Résultat de la création, ouvrage d'art ou rie littérature, établissement politique, social, etc. Ce tableau est une belle création. Les sal.es d'asile sont une création utile.
— hist. xiii" s. Pouvoirs et vouloirs et bontez, Ces trois sont en ung Dieu comptez, Créèrent toute breoison, j. de meung, Tr. 44". || xiv s. La première creacion dos tribuns, bercheure, f° fi) , recto. || xv,? s. Ainsi fut cette grande et dure chevauchée départie, que le roi Edouard, le premier au de sa création, fit contre les Escots, froiss. i, i, 45. Chascun me fuit, ne nulz ne me parente; Les riches voy [je vois] trop bien emparentez; Ceulx ont indignation De moi veoir, de qui création [famille] Je sui estrais.... eust. desch. Poésies mss. i" 213, dans i.acurne. Il xvr s. Il y avoit eu erreur en leur création, et ib. avoient esté induement esleus, amyot, Marcel, i.
— ftfYM. Provenç. creatio, creazo , e^pagn. créa eion ; ital. creazione; du latin creationem , de creare, créer. Creoison est formé suivant l'antique régie de changement, comme oroison ou oraison ; création a été refait sur le latin.
t CKÉATOPUAGE (kré-a-to-fa-j'), adj. Terme de zoologie. Voy. crëophage.
CRÉATURE (kré-a-tu-r'), s. f. || 1" Tout ce qui est créé. Les créatures visibles. Les créatures inanimées, les choses brutes. Les créatures animées, les êtres vivants. Que toute créature, à ta sainte présence, S'impose le silence et laisse agir ta voix! corn. Imitation, i, 3. 11 faut que je m'élève audessus de l'homme pour faire trembler toute créature sous les jugements de Dieu, boss. Reine d'Anglel. 11 [l'homme j se fait un monde du petit cercle de créatures qui l'environnent, sur lesquelles il agit ou qui agissent sur lui, nicole, £,'«,•. demor. \" traité, ch. 3. S'il se pouvait faire que nous eussions de la raison et que nous ne fussions pourtant pas hommes, et si d'ailleurs nous habitions la lune, nous imaginerions-nous bien qu'il y eut ici-bas cette espèce bizarre de créatures qu'on appelle le genre humain ? fonten. Mondes, 2e soir. La voix de l'univers, c'est mon intelligence; Sur les rayons du soir, sur les ailes du vent, Elle s'elèveà Dieu comme un parfum vivant; Et, donnant un langage à toute créature, Prête, pour l'adorer, mon âme à la nature, lamart. Méd. r, ic. Ce monde qui te cache est transparent pour moi ; C'est toi que je découvre au fond de la nature; C'est toi que je bénis dans toute créature, in. ib. || 2° L'homme par opposition à Dieu. Et moins la créature aura chez toi d'accès, Et plus du Créateur les dons auront d'excès, corn. Imit. ni. 12. Carie ciel laisse agir l'ordre de la nature Et n'a pas toujours l'oeil sur une créature, rotr. Ântig. v, 5. Votre cœur tient un peu trop aux créatures, pasc. Prot1. 9. Quelque mal qui nous arrive par la créature, boss. Lett. Corn. 6. Parmi les créatures, ceux qui ont le mieux connu cette vérité.... id. Culte. En nous attachant aux créatures, nous multiplions nos liens, mass. Panég. Mart. Tu n'étais pas encor, créature insensée, Déjà de ton bonheur j'enfantais le dessein; Déjà, comme son fruit, l'éternelle pensée Te portait dans son sein, lamart. Médit, i, 8. Créature d'un jour qui t'agites une heure, De quoi viens-tu te plaindre et qui te fait gémir? Ton âme t'inquiète, et tu crois qu'elle pleure: Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir, a. de musset, Poésies nouv. Lett. à Lamartine. Qu'est-ce que leur vie [des mondains]?... un assujettissement servile à la créature, c'est-à-dire au caprice, à la vanité, à la légèreté, à l'infidélité même, bourdal. Carême, Sur la paix chrétienne. Ce n'est pas une faiblesse à l'àme d'avoir besoin de s'appuyer sur quelque chose de véritable et de solide; ou, si c'est une faiblesse, elle est essentielle à la créature, qui, ne se suffisant pas à elle-même, a besoin de chercher ailleurs le soutien qu'elle ne trouve pas en soi, nicole, Ess. mor. t" traité, ch. H. || 3° Une personne Les arbres et les plantes Sont devenus chez moi créatures parlantes, la font. Fabl. il, i. Et ne sais comme il y manqua [l'âne j, Car il est bonne créature, id. ib. vni, (7. Avec une jeune créature que milord aimait, hamilt. Gramm. 9. La créature de France qui avait le plus de charmes, id. ib. 9. || Une femme dont on parle sans considération. Il y a longtemps que cette créature-là parlait mal de vous, sév. 15. Et non pas pour dîner avec des créatures Qui viennent, comme vous, chercher des aventures.— Des créatures! Ciel! quels termes sont-ce là? regnard , Ménech. n , r». J'ai quelque souvenir de cette créature, id. Démocr. v, 3. Le père d'Heudicourt mangeait tout à son âge avec des créatures, st-sim. 278, to. Cette dangereuse et impudente créature était la fille de Besmaux, gouverneur de la Bastille, m. I4u, 48. Mailly prit par le bois de Meudon pour n'être point vu, et pour arriver dans le quartier des Incurables où logeait une créature qu'il entretenait, id. gg, 100. || 4" Personne qu'on a gagnée par des bienfaits, des présents, et qu'on protège par son crédit. On perdait rie Néron toutes les créatures, cohn. Olhon, i, t. Je puis, quand il me plaît, faire des créatures, id. ib. Il, l. Elle s'indignerait de voir sa créature A l'éclat rie son nom faire une telle injure, id. Nicom. i, 2. Je ne veux que le nom rie votre créature, id. Sertor.u, 2. Elle avait di i tores dans la confidence du roi, hamilt. Gram. 1 1. Il répand ses trésors pour se faire des créatures, boss. n, Nativ. 2. Un art de se faire des créatures, id. Char. frat. t. Certes, plus je médite, et moins je me figure Que vous m'osiez compter pour votre créature, rac. Brit. i. 2. Personne ne se fit un
point capual (''arrêter un désordre qui donnait aux gens puissants la facilité de placer toutes leurs créatures, rayn. Hist. phil. n, 23. Certaines gens qui ne s'acquièrent des amis que pour s'acquérir des suffrages par leurs moyens; créatures de la cabale, bien différentes de cet Espagnol qui se piquait d'être fils de ses propres œuvres, la font. Contes, préface du i" vol. || 5" Il se dit des cardinaux, en tant qu'ils sont de la création de tel pape. Les créatures de tel pape avaient la prépondérance dans le conclave. Le pape a fait une promotion de ses créatures : c'est ainsi qu'on l'appelle, sêv. 188.
— HIST. xne s. Si [l'Amour] me haie plus que nule créature, Et aux autres [je] la voi si debonaire, Coud, p. 125. Il xme s. Onques, ce croi, mais une créature N'ot tant de mal pour aimer loiaument. eustache le peintre, dans Couci. Selon ce qu'ele ert [était] tendre et jeune créature, lierte, xlii. || xv° s. Que à créature du mond ,fors entre eux, ils ne reveleroient leurs secrets ne leur voyage, froiss. ii, n, G5. J'ay toutveil, quant j'ay veu madame.... J'ay tout veu, à parler par droiture, Quant j'ay veii si gente créature, id. Poésies mss. p. 317, dans lacurne. Lesquels disoient pleinement que c'estoit une créature de Dieu [une sainte personne], Hist. de la pucelle d'Orl. p. 513, dans lacurne. j| xvi's. Certes et l'yvoire, et l'or, et les richesses sont bonnes créatures de Dieu, permises, mesme destinées à l'usage des hommes, Calvin , Instit. 6G4. Je suis votre créature; tout le bien et l'honneur que j'ai viennent de vous, marg. Nouv. xti. N'estant chose moins esmerveillable qu'un simple citoyen [Jacques Cœur] durant sa prospérité eust faict tant de créatures, que de voir tant de créatures avoir recogneu leur bienfaiteur au temps de son adversité, est. pasquibr, Lettres, liv. ni, tte lettre à M. de Marillac. On le disoit estre son disciple et sa créature rie guerre [de Pescaire], brant. Gouast. Leur honneur est d'avoir des serviteurs qu'ils appellent créatures, montluc, Mém. p 448, dans lacurne".
— étym. Provenç. et ital. creatura; espagn. criadura; du latin créa tura, de creare, créer.
CRÉCELLE (krè-sè-F), s. f. Instrument de bois, qui sert à faire du bruit et dont on se sert les jours de la semaine sainte , durant lesquels les cloches ne sonnent pas, c'est-à-dire de jeudi à samedi midi; cet usa^e de la crécelle n'existe plus. Prenons du saint jeudi la bruyante crécelle, boil. Lutr. iv. || Instrument dont se servaient les lépreux pour avertir de leur approche. || Jouet d'entant.
— rem. Furetière n'a que creceae pour le nom de l'instrument et celui de l'oiseau (crécerelle). Richelet écrit cresselle. Au xve siècle, crécelle se dit de l'oiseau de proie.
— HIST. XVIe s. Et ce petit moulinet dont nous usons le jeudy et vendredy de la sepmaine sainte au lieu de cloches, que nous appelions cresserelle, a emprunté ce nom du son qu'il produit, pasquier, Recherches, liv. vm, p. G7l, dans lacurne.
— ETYM. Génev. crénelle. Origine inconnue. J. Scaliger le tire de querquedula, nom de la sarcelle; Saumaise, de crepitacella, dérivé de crepilacul\m, jouet qui fait du bruit; Ménage, du grec v.ç>ii, nom d'un oiseau.
-CRÉCERELLE (kré-se-rè-1'), «. /".'Oiseau de proie du genre faucon. La pie-grièche combat contre les pies, les crécerelles, buffon, Pie-grièche.
— HIST. xvc s. S'amours v oloient aussi bien Comme cercelles et faucons, e. desch. l'oésies mss, f°44u, dans lacurne. Ostoirs, faucons et espreviers, Gerlaux , saieres , butors, lanniers, Aigles, voultoirs, hobes, cresselles, Esmenllons, huas, cercelles, Et maint autre gendre d'oyseaulx, id. ib. f°488. Taudis qu'elle disoit ces mots, elle perceut que une cercelle volletoit à l'entour du visage de Nero; elle qui la veut destourner, phnt le gant de s-.i main senestre, car elle avoit esgaré celluy de la dextre ; si en chassa la cercelle, Perce forest, t. v, f" 32. || xvie s. La crescerelle de son naturel espouvente les espreviers, de sorte qu'ils fuyent sa veue et sa voix , paré, Animaux, 21.
— ÉTYM. Origine inconnue. Voy. checelle.
t CRÉCERELLETTE (kré-se-rè-lè-t'j, *■. f. Nom vulgaire du faucon tinnonculoide , appelé aussi cresserine.
— ÉTYM. Crécerelle.
CRËC1IE (krè-ch'J , s. {.\\\- Mangeoire des bœufs, des brebis, etc. Mettre du foin dans la crèche. Quelquefois dans la crèche une affreuse vipère Loin du jour importun a choisi son repaire, delille, Georg. m. Sous la fougère de la crèche, la brebis lui abandonne son lait, ciiateaub. Génie, i, ni, 2. || La crèche, la sainte crèche, celle où Jésus fut mis au
CRE
CRE
CRE
moment de sa naissance. Je prie le saint Enfant de vous attacher à sa crèche, boss. Lett. Corn. 143. Un ange, dans la nuit, aux pasteurs qu'il éveille, D'un Dieu né dans la crèche annonce la merveille, delille, Parad. perdu, xn. ||2°Nom de quelques hôpitaux où l'on reçoit les enfants trouvés, ainsi nommés par allusion à la crèche de Jésus-Christ. || Établissement où l'on donne asile Dendant le jour aux petits enfants pauvres âgés de moins de deux ans. || 3» Enceinte de pieux préservant les fondations d'un ouvrage hydraulique. || Terme de marine. Etabli qui, dans une corderie, porte les peignes qui servent à préparer le chanvre.
— ÉTYM. xmc s. Et armenz [troupeau J ne sera mie as cresches, Psautier, f'186. Depuis que fu nez en la greche Diex de Marie, Ne fu mes tele espouserie, ruteb. g. [Dieu le père] Delà crèche te fit ta coche [à toi Jésus], id. il, 20. Dou toriel fils] loent la biauté; Sorlui n'a ordure ne tache; N'a pas esté norri en crache, Roman de Mahommet , K..',:i. Aies, dist-il, em Belleant [Bethléem], Ilueques trouvères l'enfant Jouste le mur en une crebe, du cange, craccia.
— ÉTYM. herry, écrèche; bressan, crèce; bourguig. creiche; wallon, crêpe, cripe; provenç. crcpia , crepcha, crupia; ital. greppia; du germanique: allem. Krippe; danois, krybbe; angl. crib ; suéd. crubba; anglo-sax. crybbe; une. h. allem. krippa; comp. aussi le celtique : irland. grib.
f CRÉCHET (kré-chè), s. m. Un des noms vulgaires du motteux.
f CRÉCISE (kré-si-z'), s. f. Instrument employé dans la construction des fourneaux et des pierres factices.
f CRÉCY (kré-si), s. f. Variété de carotte trèsestimée. Potage, purée à la crécy.
— ÉTYM. Crécy, non d'une localité en Picardie. CRÉDENCE (kré-dan-s'), s. f. || 1° Meuble sur lequel
on place les verres qui doivent servir à table; bullet, garde-manger. || 2" L'endroit où l'on tient les provisions de bouche dans un séminaire ou un collège. Aller à la crédence. || Ce sens n'est plus en usage dans les collèges actuels. || 3° Sorte de petite table placée au côté de l'autel, où l'on met les burettes et le bassin servant à la messe. L'urne qui était sur une crédence et qui contenait les entrailles [de la Grande Mademoiselle] se fracassa, st-sim.
— HIST. xv s. Il avoit en Rome grande crédence [crédit], et estoit moult aymé, Perceforest, t. m, f° i 02. || xvi" s. Ung petit arbre d'or, nommé crédence. garny de sept houppes de grands saphirs et deux petis et de huict langues serpentines, de laborde, Émaux, p. 233. Seront mis les essays tout tranchez de pain pour faire la crédence à chascun plat de viande quand ilz seront posez sur la table , Honneurs de la cour, vis. p. 72, dans lacurne.
— ÉTYM. Ital. credenza, buffet, créance, croyance, decredere, croire, parce que c'était ordinairement au buffet que se faisait l'épreuve des liqueurs pour la sûreté des princes, ce que les Italiens appellent far credensa.
CRÉDENCIER (kré-dan-sié : IV ne se lie jamais; au pluriel, Ys se lie : des kré-dan-sié-z actifs), s. m. Celui qui, dans un collège ou un séminaire, a la garde et la distribution des provisions. || Ce mot n'est plus usité dans les collèges actuels.
— ÉTYM. Crédence.
CRÉDIBILITÉ (kré-di-bi-li-té), s. f. Ce qui rend une chose digne de croyance. Celui qui doute parce qu'il ne connaît pas les raisons de crédibilité n'est qu'un ignorant, dider. Pens. phil. 24. Je laisse à part le grossier sophisme d'employer la preuve morale à constater des faits naturellement impossibles, puisqu'alors le principe même de la crédibilité, fondé sur la possibilité naturelle, est en défaut, j. j. rouss. Lett. de la Montagne, m. Des témoins qui réunissent, au plus haut degré, les conditions qui fondent aux yeux de la raison la crédibilité de quelque fait que ce soit, bonnet, Paling. 21e part. ch. 8. 11 a commencé par nous dire qu'il allait nous donner un exemple de la crédibilité due aux attestations que nous présentions, mirabeau, Collection, t. m, p. 242.
— HIST. xiue s. Se le vallet aporte avec soi bone creablelé et certaine qu'il ait fait le gré de son niestre, Liv. des mit. G9.
— ÉTYM. I.at. credibilis, decredere (voy. croire). CRÉDIT (kré-di; le t ne se lie pas dans le parler
ordinaire ; au pluriel, Ys se lie : les cré-di-z ouverts), s. m. Il 1° Confiance en la solvabilité. Le crédit est l'a me du commerce. Notre trio [de marchands] poussa maint regret inutile, Ou plutôt il n'en poussa point; Leplu.s petit marchand est savant sur ce point: Pour
sauver son crédit, il faut cacher sa perte, la font. Fahl. xn, 7. Les Allemands que le fidèle Sancy avait levés sur son propre crédit, anquet. Ligue, m, 84. L'on sait qu'une personne qui a du crédit emprunte à meilleur marché qu'une personne qui n'en a pas, j. b. say, Traité, t84i, p. 388. || Faculté d'obtenir des prêts; disposition des détenteurs de capitaux à en faire l'avance à ceux qui les demandent. Le crédit règne dans un pays lorsque les prêts y sont abondants et faciles. Un particulier a du crédit lorsqu'il emprunte facilement les fonds dont il a besoin. || Crédit personnel, celui qui dépend du caractère personnel et des facultés de l'emprunteur. Crédit réel, celui qui repose sur des sûretés spéciales. Créilil hypothécaire. || Crédit agricole, industriel, commercial, celui qui procure des avances à l'agriculture, à l'industrie, au commerce. Crédit foncier, territorial, celui qui prête à la propriété foncière. || Société générale du crédit mobilier, société destinée à faire des prêts sur dépôts de valeurs mobilières, actions, coupons de rentes, etc. || Crédit public, confiance dont jouit un gouvernement pour le payement des intérêts de sa dette, pour les emprunts à faire, etc. La France et l'Espagne ont leurs trésors; l'Angleterre, un grand crédit national, raynal, Hist. yhil. .wiii, 50. L'usage du crédit public, quoique ruineux pour tous les États, ne l'est pas pour tous au même point, id. ib. xix, M. Le crédit public, comme le crédit personnel, consiste dans la persuasion où est le public, que le débiteur, qui est l'État, s'acquittera fidèlement des engagements qu'il a contractés, envers ses créanciers, j. b. say, Cours, t. il, p. 443, 1840. || Prêter son crédit à quelqu'un, engager sa signature, s'obliger pour faire emprunter à quelqu'un une somme. || Crédit est mort, on ne prête plus , c'est-à-dire on ne vend que contre argent. || Fig. Notre siècle vit sur le crédit du siècle de Louis XIV, volt. Lett. à Mme Dubocage, 3 sept. (758. || 2° Terme que le créancier accorde à son débiteur. Accorder un long crédit. Acheter, vendre des marchandises à crédit, c'est-à-dire sans payement immédiat. Mais nous avons là vingt bouteiUes, Et le traiteur nous fait crédit, bérang. Fortune. On achète des étoffes à crédit, pasc. Prov. 8. Je lui ferai crédit de trois mois, sév. 74. Votre plaisir serait-il qu'à crédit J'en puisse avoir, non pas pour grosse somme? la font. Comment l'espr. Les sauvages, pendant l'été, mettent leurs chiens en pension , à crédit, chez des gardiens, chateaub. Amer. 275. Mon hôte à crédit me traite; J'ai bonne chère et vin vieux, bérang. Homme rangé. || Familièrement. Faire crédit de la main à la bourse, ou depuis la main jusqu'à la bourse, ne livrer sa marchandise que contre payement. || Fig. Faire crédit d'une chose, en dispenser. Je fais crédit à mon fils de cette reconnaissance, sév. dans le Dict. de bescherelle. || Fig. X crédit, inutilement, sans fondement. C'est jouer en amour un mauvais personnage Et se rendre après tout misérable à crédit, mol. le Dép. .1, 2. Mais les gens de mon air, marquis, ne sont pas faits Pour aimer à crédit et faire tous les frais, id. Mis. m, t. Qui peut trouver moyen d'être fait de la sorte Ne soupire guère à crédit, id. Psyché, ni, 1. Cela se dit à crédit et sans démonstration, gui patin, Lettres, 727. || Elle a pris à crédit un pain sur la fournée, se dit d'une fille devenue grosse avant le mariage. || 3° Somme mise à la disposition de quelqu'un dans une banque, chez un commerçant. || Ouvrir un crédit à quelqu'un, et aussi faire un crédit à quelqu'un , l'autoriser à toucher à une caisse , jusqu'à concurrence d'une somme déterminée, et aussi s'obliger à prêter sur demande à la personne désignée une somme à des conditions déterminées. Avoir un crédit chez un banquier, être autorisé à toucher chez lui une certaine somme. || Lettre de crédit, lettre dont le porteur peut toucher de l'argent chez ceux à qui elle est adressée. || Terme d'administration. Somme allouée, pour tel usage déterminé, par voie de budget. Crédit ordinaire, supplémentaire, extraordinaire, etc. || 4° La page droite d'un livre de compte qui s'intitule avoir, et où l'on écrit ce qui est dû à quelqu'un, ce qu'on a reçu de quelqu'un par opposition à débit, partie d'un compte où l'on porte ce qui a été fourni à quelqu'un ou payé à quelqu'un. Tout compte courant est tenu par crédit et par débit. Portez cet article à mon crédit. || Avoir crédit en banque, être inscrit comme créancier sur les livres de la banque. || Crédit se dit aussi pour signifier la note de ce qu'un marchand doit faire entrer à son profit dans le tableau d'un compte, et encore la note de tous les articles qui doivent être portés en recette sur un compte. || 5° Terme de commerce et de banque. Confiance dont jouissent. cer-
tains effets sur la place. Les billets de cette compagnie prennent crédit. || 6" Considération, influence dont jouit une personne. Elle aura du crédit en l'empire d'amour, Régnier, Sat. vu. La fameuse Macette, à la cour si connue, Qui s'est aux lieux d'honneur en crédit maintenue, id. Sat. xm. Quelque peu de crédit que chez vous il obtienne, corn. Poly. i, 3. Et vous pensez par là leur ôter tout crédit, id. Nicom. m, 5. Mais pour peu qu'il m'aimât, du moins il m'aurait dit Que je garde en son âme encor quelque crédit, id. Tite et Bérén. u, 7. Certes, vous m'allez mettre en crédit parla ville, id. le Ment, ni, 5. [Il] Passe pour homme illustre et se met en crédit, id. ib. i, G. Si mon crédit peut obtenir sa grâce, rotrou, Bélis. i, 2. Ah! ma sœur! si sur vous je puis avoir crédit, mol. le Dép. u, 3. Rome où Diana [un casuiste] est en si grand crédit, pasc. Prov. 6. Par le crédit qu'ils ont dans le monde, id. ib. t5. Si j'avais du crédit en France, id. ib. 2. Sauver la vérité sans perdre notre crédit , id. ib. Les jésuites ont assez bonne opinion d'eux-mêmes, pour croire qu'il est utile et comme nécessaire au bien de la religion, que leur crédit s'étende partout et qu'ils gouvernent toutes les consciences, id. ib. 5. Ils s'acquirent un grand crédit par la pureté de leur doctrine, boss. Hist. n, 5. M. Colbert commença à prendre auprès du roi le crédit qui le rendit depuis le premier homme de l'État, la fayette, Henriette d'Anglet. Œuvres, t. m, p. 112, dans pougens. Pour se mettre en crédit auprès du roi, hamilt. Grarnm. 8. Par l'entremise de quelque personne d'autorité et de crédit sur son esprit, flech. Serm. i, 295. Je vois mes honneurs croître et tomber mon crédit, rac. Brit. i, t. Princesse, en leur faveur employez mon crédit, in. Eslh. m, 5. Son adroite vertu ménage son crédit, id. Brit. iv, 4.... X peine elle vous vit Que votre exil d'abord signala son crédit, id. Phèd. i, i. Ils ne souhaitent point de voir les méchants en crédit, fén. Tél. vin. Un amant mort pour nous nous mettrait en crédit, regnard, Joueur, u, H. Le crédit impérieux qui voudrait envahir avec orgueil et violence des honneurs destinés à la réunion du mérite et des vertus, d'alemb. Éloges, Lang. de Gergy. Alvarez aurait-il assez peu de crédit? volt. Alz.iv, 3. Ce crédit si vanté doit-il durer toujours? id. Tancr. i, 4. || 7° Autorité dont jouit une chose. Mettre une nouvelle, une opinion en crédit, la répandre, lui donner de l'autorité; lui donner du crédit, la confirmer. Quand cette femme aurait dit vrai Dans une chambre tapissée, On s'en serait moqué; la vogue était passée Au galetas; il avait le crédit, la font. Fabl. vu, (5. Et voir si ce n'est point une vaine chimère Qui sur ses sens troublés ait su prendre crédit, mol. Amph. m, i. La fable en son nom la demande ; Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous, la font. Fabl. vu, dédie. Tant d'autres histoires qui ont eu crédit au monde, pasc. Juifs, 5. C'est de la prose rimée qu'Horace a mise en crédit, sév. 293. Votre rang ne donnait-il pas du crédit à vos passions et à vos exemples? mass. Myst. Miser. || 8° Créance, confiance. Je crois sur sa parole et lui dois tout crédit, corn. Sert, n, 4. Donnez-vous à l'erreur encor quelque crédit? m. Ilrracl. iv, 4. N'écoute pas tout ce qu'on dit, Et souviens-toi qu'une âme forte Donne malaisément crédit À ces bruits indiscrets où la foule s'emporte, id. [mit. i, 4. Quand son instruction est salutaire et bonne, Donne-lui prompt crédit, Et, sans examinerquel maître te la donne. Songe à ce qu'il te dit, jd. ib. l, 5. Des gens à qui l'on peut donner quelque crédit, mol. Éc. des maris, n, 3.
— SYN. crédit, faveur. Le crédit est, proprement et étymologiquement, la confiance qu'inspire notre solvabilité, et qui fait qu'on nous prêtera de l'argent et, figurément, qu'on aura pour nos avis ou nos demandes une déférence méritée par notre carac^re, par notre position, par notre talent, etc. Au contraire la faveur est toute gratuite; c'est un sentiment favorable qu'on a pour nous. On dit la faveur du prince, le crédit d'un ministre. Le crédit de Sully triompha souvent de la faveur des maîtresses.
— HIST. xve s. Deux chevaliers qui avoient grant crédit avecques ledit conte de Charolois, comm. i. 2. Ceux qui gouvernoient ledit roy appellerent en cour, en authorité et à crédit, ledit duc de Lorraine, pour en avoir part et aide, m. vu, t.||xvrs. Qui pour acquérir le nom de sçavans, traduisent à crédit les langues, dont jamais ils n'ont entendu les premiers éléments, dubell; i, 9, recto. Qu'on aille donc maintenant baiser les reliques au crédit de si lourds menteurs, calv. Instit. 15). Les oracles avoient commencé à perdre leur crédit, mont. : , 43. Qu'il
CRÛ
r.RÉ
CRE
ne loge rien en sa teste par simple auctorité et h crédit, m. i, 482. Et eraignoient tous, à crédit, un que personne n'avoit veu, la boétie, 56. Et si on considère combien la pluspart des hommes sont aulourd'hui mal montez et mal dextres à la lance, on aura honte de les mettre en un corps simple, qui est autant que se faire battre à crédit, lanoue, 293. Quand ces paradoxes auront esté bien examinez, aucuns leur donneront paravanture autant de crédit qu'à l'opinion vulgaire, id. 307. En ce pays-là. le charroy n'a point de crédit, et n'y en peult-on mener, carl. x, 24. Nous croyons, jugeons, .agissons, vivons, et mourons à crédit, selon que l'usage public nous apprend, charron. Sagesse, 1, )7. Homme et femme conjoincts par mariage sont uns et communs en biens, meubles, debtes et crédits faits tant devant leur mariage que durant, Coust. génér. t. 1, p. 9)9. Toutes leurs debtes et crédites, ib. t. 11, p. 260. Je m'adresseray à ceux qui n'en parlent point à crédit, ains semblent avoir de quoy payer, h. est. Apol. d'Hérod. Préface. Servir Dieu à crédit et par procureur, cotgrave. Assez a qui bon crédit a, id.
— ÉTYM. Ital. credilo, du latin credere, croire (vuy. croire).
CRÉDITÉ, ÉE (kré-di-té, tée) , part, passé. Qui a un crédit, une somme à toucher. Crédité d'une somme considérable. || S. m. Celui auquel on a ouvert un crédit. Le crédité.
CRÉDITER (kré-di-té), v. a. Terme de commerce. Inscrire au crédit ce qu'on doit à quelqu'un, ce qu'on a reçu de lui. Je vous ai crédité des 500 fr. que vous m'avez versés. Être crédité sur une ville, avoir des lettres de crédit sur cette place.
— ÊTYM. Crédit.
f CRÉDITEUR (kré-di-teur), s. m. Terme de commerce. Celui qui a des sommes portées à son crédit sur les livres.
— ÉTYM. Créditer. Autrefois créditeur avait le sens de créancier: Monsieur, mon bon ami, j'estois icy à mesme pour payer madebte; mais j'ay trouvé un bon créditeur qui me l'a remise, mont, iv, 333.
CREDO (kré-do), s. m. || 1° Le premier mot et le nom du symbole des apôtres, qui contient en douze articles les dogmes principaux de la foi. Le credo se chante à toutes les messes chantées le dimanche, excepté aux"messes de mort: mais en semaine on le chante ou on ne le chante pas, suivant la férié. || Apprendre son credo, apprendre les premiers éléments de sa religion. || 2° Par extension, ce que l'on prend pour règle de ses opinions. Il prend son credo dans son journal.
. — liiST. xvie s. On parle de luy comme de Pilate dans le credo, oudin, Curios. fr. add.
— ÉTYM. Credo, je crois (voy. croire). Credo s'est dit pour crédit : Il vous plaise nous envoyer quelque peu d'argent pour nous povoir entretenir jusques à la venue de nostre dit maistre; car, madame, nous n'avons plus que frire synon sur credo, Lett. de louis xii, t. ni, p. 172, dans LACURNE.
CRÉDULE (kré-du-P), adj. || 1° Qui croit trop facilement. Écoute, père aveugle, et toi, prince crédule, corn. Héracl. iv, 4. Et ton esprit crédule ose s'imaginer Qu'Auguste pouvant tout peut aussi me donner, id. Cinna, m, 4. Avoir pour deux méchants une Ame si crédule, id. Nicom. 111, 8. Un fol allait ■criant par tous les carrefours Qu'il vendait la sagesse; et les mortels crédules, De courir à l'achat.... la font. Fabl. ix, 8. L'éclat de tant de gloire avait jusqu'à ce jour Ébloui mon âme crédule, quinault, Amad. 1, 3. Je ne puis plus tromper une amante crédule, rac. Baj. 11, 5. Es-tu toi-même si crédule Que de me soupçonner d'un courroux ridicule? id. ib. iv, 7. Je sais combien, crédule en sa dévotion, Le peuple suit le frein de la religion, id. ib. 1, 2. ....Crédule, je l'aimais, id. Iphig. il, v. Crédule jusqu'à croire à tous ces vains discours Et qu'il était encor d'éternelles amours, segrais, Égl. 2. Il a ressenti le malheur d'être trop crédule pour une femme, fén. Tél. xix. Putiphar, trop crédule aux paroles de sa femme, entra dans une grande colère, rollin, Traité des Et. liv. v, 2° part. ch. 2, art. 2. J'ai trompé son esprit crédule à mesdiscours, lemikrre, Charlem. m, 3. Que l'aîné, peu crédule à la vie, à la gloire, v. hugo, Voix intérieures, n, 6. Trop crédule en ton serment perfide, lemerc. Agam. v, 5. Habile à soulever le crédule vulgaire, delille, Enéide, xi. Crédule par espoir, par désespoir peut-être, il s'enivre quelques instants de cette apparence [de négociations], et, pressé d'échapper au sentiment ■nténeur qui l'oppresse, il semble vouloir s'étourdir en s'abandonnant à une joie expansive, ségur, Hist. de Nap. vin, to. || Substantivement. Or je vous demande, qui est ici le crédule? mass. Car. Avenir
[[ 2° En parlant, des choses. Avec une facilité trop I crédule, pasc. dans cousin. Attendrons-nous qu'un nouveau Lulle, Fier de ses chimiques travaux, Promette à notre espoir crédule L'art de commander aux métaux? lamotte , Odes , t. 1, p. 522, dans pougens. Je ne m'aveugle point; d'un sot orgueil épris, Mon crédule Apollon sur son faible génie N'a point fondé l'espoir de leur ignominie [de Voltaire et des autres écrivains ses amis et sectateurs] , gilbert, Mon apologie. Partouneaux crut à cette fausse nouvelle; car, en fait de malheurs, l'infortune est crédule, ségur, Hist. de Nap. xi, 7.
— HIST. xiv' s. Et se maistre Jehan estoit si crédule à eulz et à leurs douces paroles es quelles il se fiast trop ... Ménagier, 11, 3.
— ÊTYM. Lat. credulus, de credere (voy. croire). f CRÉDULEMENT (kré-du-le-man) , adv. D'une
manière crédule.
— ÉTYM. Crédule, et le suffixe ment.
CRÉDULITÉ (kré-du-li-té), s. f. État d'esprit du
crédule. Avec quelle insolence et quelle cruauté Ils se jouaient tous deux de ma crédulité ! rac. Baj. iv, 5. Pardonne, cher Hector, à ma crédulité, id. Andr. m, 6. Moi-même, rougissant de sa crédulité, id. Baj. m, 4. [Il faut] De la crédulité donner à tous l'exemple, volt. Fanât. 11, 5. Les prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense, Notre crédulité fait toute leur science, id. Œdipe, iv, t. Mais depuis que l'aspect des hautes vérités Le retira, dit-il, de ses crédulités.... lemerc. Clovis, 1, 2. Que faitesvous par vos crédulités et vos complaisances? vous animez le médisant, vous réchauffez le serpent qui pique, fléch. dans le Dict. de dochez. La crédulité des peuples, qui est toujours au-dessus du ridicule et de l'extravagant, réparait tout, montesq. Rom. t. vi, p. 240, dans pougens. Votre inépuisable crédulité ne me fâche plus, mais elle m'étonne toujours, j. j. rouss. Lett. d'Ivernois, Corrcsp. t. vi, p. 364, dans pougens. On sait qu'un vif intérêt enfante la crédulité, et qu'ainsi le nombre des charlatans dans chaque science croît en raison de l'importance plus grande que les hommes attachent à son objet, condorcet, Bucquet.
— HIST. xne s. Li agaitanz anemis fait à la fois alcun semblant de pieteit, por ke il à la fin de creduliteit puist parvenir, Job, 454. ]| xive s. La crédulité ou opinion. — 'fêles credulitez et suspections, oresme, Thèse de meunier.
— ÉTYM. Lat. credulitatem, de credulus (voy. crédule).
f CRÉE (krée), s. f. Terme de commerce. Ancienne sorte de toile de Bretagne. Dispensons les fabricants de tramer de barres transversales aux deux chefs des toiles nommées Bretagnes et de celles nommées crées [la marque de ces toiles devait porter créas nuevas], Lettres patentes, 16 déc. 1780.
— ÉTYM. Espagn. créa, sorte de toile.
CRÉÉ, CRÉÉE (kré-é, kré-ée), part, passé. ||1° Tiré du néant. Le monde créé de Dieu. Et moi je passe aussi parmi l'immense foule D'êtres créés, détruits, qui devant toi s'écoule, lamart. Harm. iv, n. Il 2° Produit. Les industries créées dans ce pays. Une suite d'opérations faites sur des corps pour ainsi dire étrangers à la nature et créés dans les laboratoires, condorcet, Bucquet. Si la vie et la mort ne sont pas même, hélas! Deux mots créés par l'homme et que Dieu n'entend pas! lamart. Harm. Vf, H. || Rôle créé, se dit, au théâtre, d'un rôle qui est joué pour la première fois. Elle n'ose aborder un rôle créé par cette grande tragédienne. Il 3" S. m. Celui qui est créé. Si un être intelligent avait créé un être intelligent, le créé devrait rester dans la dépendance qu'il a eue dès son origine, montesq. Esp. 1, t. H Le créé, l'ensemble des créatures. Afin que nous soyons contraints de sortir (le nous-mêmes, il faut qu'une plaie profonde de notre cœur fasse que tout le créé se tourne pour nous en amertume, fén. Lett. spirit. 195. || On emploie rarerement créé comme substantif, et seulement dans les cas tout spéciaux comme ceux qui sont indiqués dans les exemples.
CRÉER (kré-é), je crée, tu crées, il crée, nous créons, vous créez, ils créent; je créais, nous créions, vous créiez; je créai, nous créâmes; je créerai; je créerais; crée, créons, créez; que je crée, que nous créions, que vous créeiez; que je créasse; créant; créé, créée, v. a. [|1° Tirer quelque chose du néant. Dieu a créé le ciel et la terre. La première époque vous présente un grand spectacle : Dieu qui crée le ciel et la terre par sa parole et qui fait l'homme à son image, uoss. Hist. 1, t. Selon Platon, Dieu ne crée rien, il ne meut rien; il règle seulsment autant qu'il le peut le mouvement
que la matière a déjà par elle-même, condillac, Hist. anc. ni, 19. Pour créer l'univers et le réduire en poudre, Que te fallait-il? deux instants, c. delav. Paria, iv, 7. || Absolument. Une dérision d'un être habile à nuire, Qui s'amuse sans but à créer pour détruire, lamart. Harm. iv, n . || 2° Inventer, imaginer, en parlant de l'homme. Créer des mots. Lavoisier a créé la chimie pneumatique. La paléontologie a été créée par Cuvier. Notre esprit qu'Amour seconde, Au coin du feu crée un monde Qu'un doux ciel toujours féconde, Où s'aimer tient lieu de bien, béranger, l'Hiver. Celui-ci [Boileau] passe Juvénal, atteint Horace, semble créer les pensées d'autrui et se rendre propre tout ce qu'il manie; il a, dans ce qu'il emprunte aux autres, toutes les grâces de la nouveauté et tout le mérite de l'invention, la bruy. Disc, à l'Acad. fr. ]| Absolument. La nature est à vous, et votre main féconde Dispose pour créer des éléments du monde, delille, Jardins, 1. H Terme d'histoire naturelle. Créer un genre, une espèce, l'établir en en indiquant les caractères particuliers. || Créer un rôle, se dit, au théâtre, de celui qui le joue le premier. C'est Levasseur qui a créé le rôle de' Bertram dans Robert le Diable. Il 3° Produire, susciter. L'ordre de choses que la Révolution a créé en France. Il avait une armée et j'en forme aujourd'hui, Il m'a fallu créer ce qui s'offrait à lui, volt. Catil. n, 3 Je sus, créant une
armée, Me faire le vengeurde la terre opprimer., saurin, Spartac. ni , 4. Et le nom d'un tel chef eût créé des soldats , c. delav. Vêpres sicil. iv, 4 || Se créer, créer à soi. Il sut se créer des ressources. Par leur maladresse, ils se sont créé bien des difficultés. Les besoins factices qu'il s'est créés. || ^Fonder, instituer. Créer une académie. Créer des emplois. C'est alors qu'on créa les préfectures. On créa une seconde compagnie, une troisième, plusieurs successivement; et le gouvernement, qui se faisait une habitude d'en créer, croyait toujours qu'il lui était avantageux d'en créer encore, condillac, Comm. gouv. part. 2e, ch. 17. || Nommer à un emploi qui n'existait pas. On créa des préfets. On jugea pourtant à propos de créer de nouveaux magistrats, avant que de nommer des députés, rollin, Hist. anc. Œuvres, t. x, p. 93, dans pougens. il 5° Créer une rente, fournir l'argent nécessaire pour la rente. Créer une pension, allouer une pension sur les fonds à ce consacrés. Créer des actions, fonder une opération industrielle ou financière à laquelle on fait face pécuniairement à l'aide d'actions. H Créer une pension sur un bénéfice, se dit proprement du pape qui octroie l'établissement d'une pension sur un bénéfice. || 6° Se créer, v. réfl. Être créé. Suivant la doctrine de Démocrite etd'Épicure, rien ne se crée dans la nature.
— HIST. xne s. Loez lui, soleil et lune; loez lui, tûtes esteilles e lumière ; loez lui , ciel des ciels ; kar il dit, e fait sunt; il medesmes manda, e cried sunt. Liber psalm. p. 229. Net cuer crie en mei, Deus [Dieu, crée en moi un cœur pur], ib. ||xiv° s. Le dittateur creoit un autre office que il apeloit mestre des chevaucheurs, bercheure, f" 2, verso. |J xvic s. Les prebstres le créèrent augur, amyot, Marcel. 2. Estant nos villes pauvres et troublées comme elles sont, nos gens de guerre mal créez et disciplinez, villeroy, Mém. t. 11, p. 206, dans lacurne. Il n'y a insolence que le soldat mal créé, et en de tels endroits, ne fasse, brant. Cap. fr. t. 1, p. 29s, dans lacurne. Quitte des debtes créez par le défunt son mary, si elle ne s'est expressément obligée, Coust. gén. t. 1, p. 4 54.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. crear; ital. creare; du latin creare; de même radical que le zend kërë, faire; sanscrit, kri, faire.
j CREMA (kre-ma), s. f. Terme de métallurgie. Le résultat de l'oxydation du fer dans le fourneau.
— ÉTYM. Lat. cremare, brûler, qui a donné à plusieurs patois cremer.
CRÉMAILLÈRE (kré-ma-llô-r\ Il mouillées, et non kré-ma-yê-r'), s. f. || 1° Pièce de fer plate, dentelée et recourbée par le bas, qu'on suspend dans les cheminées pour soutenir la marmite et d'autres vaisseaux sur le feu. Hausser, baisser la crémaillère. Il Familièrement. Pendre la crémaillère, donner un repas pour célébrer son installation dans un nouveau logement. || Aller pendre la crémaillère chez quelqu'un, être invité à ce repas. || 2° Terme de mécanique. Pièce munie de crans, qui sert à relever ou à baisser une partie mobile. Fauteuil à crémaillère. Il Terme d'horlogerie. Pièce d'une montre ou pendule à répétition qui sert à la faire sonner. Il Tringle île bois dentelée qui reçoit les tablettes d'une bibliothèque. || Pièce d'un pupitre mobile.
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Il Garniturede fer mise en travers derrière les portes cochères. || Terme de marine. Crênelures pratiquées dans deux pièces de bois composant une vergue d'assemblage. Il Instrument pour rider les haubans. || 3° Terme militaire. Ligne défensive offrant la forme d'une scie. || Terme de fortification. Ouvrage à crémaillère , ouvrage qui offre cette disposition. || 4" Terme de botanique. La cuscute.
— hist. xivc s. Veez-le çà venir parmi celle chaussie A celle jaque noire comme une cremaillie , Guescl. 4 579. Crammis, du cange, crammale. Une cramelie de fer, id. ib. Deux greilz, un trépied et une cremeille aux armes de monsieur le Dauphin, de lahorde, Émaux, p. 233. || xvie s. Cremaillée, oudin, Dict.
— ÉTYM. Wallon, cramd ;Touchi, crém'glie, craméglie ; picard, cramaillé, crémaillé, crimbilli ; génev. comdcle, coumâcle; Isère, coumaclo ; provenç. mod. cumascle; champ, cramaillé; espagn. gramallera ; bas-lat. cramaculus du xie siècle, cremasculus, cremasclus du xiv" siècle. Origine douteuse : on propose le grec xp£[ia<r6at , être suspendu; ce qui est excellent pour le. sens, mais les mots grecs n'ont guère pénétré directement dans les langues romanes ; ou le verbe latin cremare, brûler, parce que la crémaillère est exposée au feu; mais le sens est peu favorable à cette dernière dérivation, la forme du mot l'est davantage : bas-latin cremium, morceau de bois sec, fagot, d'où on tirerait un dérivé cremail; enfin, le bas-allemand Kram, crampon (voy. crampon), qui est appuyé par la plus ancienne forme laquelle a un a.
CRÉMAILLON (kré-ma-llon , Il mouillées, et non cré-ma-you), s. m. Petite crémaillère qui s'accroche à une autre plus grande.
— HIST. xvie s. Cremillon, du cange, cremale.
— ÉTYM. Voy. CRÉMAILLÈRE.
f CRÉMANT (kré-man), adj. m. Vin de Champagne crémant, vin se couvrant d'une mousse légère et peu abondante.
— ÉTYM. Crème.
f CRÉMASTER (kré-ma-stèr') , adj. Terme d'anatomie. Le muscle crémaster ou, substantivement, le crémaster, faisceau musculeux, franchissant l'anneau inguinal et formant au cordon testiculaire une gaine incomplète.
— hist. xvie s. Les muscles suspensoires ou cremasteres, paré, i, 28.
— ÉTYM. Kpe|j.a<7TT|p, suspenseur.
f CRÉMATION (kré-ma-sion), s. f. Usage de brûler les corps des défunts, par opposition à inhumation.
— ÉTYM. Lat. crematio, de cremare, brûler.
CRÈME (krè-m'), s. f. || 1° Matière épaisse, onctueuse, d'un blanc jaunâtre, agréable au goût, qui s'élève à la surface du lait abandonné à lui-même, et de laquelle on extrait le beurre. || Crème fouettée, crème qui, à force d'être battue, devient tout en écume. || Fig. Ce n'est que de la crème fouettée, se dit d'un écrit brillant, mais dépourvu de qualités solides. Cette Zulime [tragédie] que je n'ai jamais regardée que comme de la crème fouettée, volt. Lett. à d'Argenson. 18 juin 1740. || 2° Fig. Ce qu'il y a de meilleur en certaines choses. Il n'y a plus rien à gagner, on a pris toute la crème. Cette famille est la crème des honnêtes gens. || 3° Mets composé de lait et d'œufs. Crème à la fleur d'orange, à la vanille, au café, au chocolat. || Préparation qu'on obtient en mêlant du jaune d'oeuf et du sucre avec du lait préalablement chauffé à 60 degrés centigrades, et soumettant ensuite le mélange à l'action de l'eau bouillante, qui le transforme en une masse de consistance molle. || 4° Nom de diverses préparations que l'on prescrit, souvent aux malades dans les convalescences. || Crème de pain, de riz, etc. espèces de bouillies faites avec le pain, le riz, cuits dans l'eau ou le lait , édulcorées et aromatisées. || 5° Nom de certaines liqueurs, qui sont des ratafias et qui ont été nommées crèmes à cause de leur consistance sirupeuse. Crème des Barbades, de Moka. Crème de vanille. Crème de noyaux. || 6" Terme d'ancienne chimie. Substance se réunissant à la surface de certaines dissolutions. || Crème de chaux, carbonate de chaux qui s'amasse sous la forme de pellicule à la surface de l'eau de chaux exposée au contact de l'air. || Grème de tartre, tartrate acide de potasse. ]| C'est par une assimilaiion semblable qu'on nomme quelquefois crème la pellicule qui se forme sur le lait chaud.
— HIST. xnie s. De ce puis bien dire mon esme [opinion] , De poisson autant que cresme Aura ma famé, ruteb. 8. La crasme [dans un combat du gras et du maigre] vint lance levée Parmi le fond
d'une vallée, barbazan , Fabliaux, t. iv, p. 89. || xve s. Certes drap est cher comme cresme, Vous en aurez, si vous voulez, Patelin. || xvr s. Leur instruction [de Sénèque et de Plutarque] est de la cresme de la philosophie et présentée d'une simple façon et pertinente, mont, h, 106. Se vend aussy cher comme crème, R. belleau, Œuvres, t. n, p. H9, dans lacurne. Sa coiffure est de cresme, elle couvre le lait [calembour entre lait et laid], oudin, Curios. fr. add.
— ÉTYM. Provenç. crema; du latin crernum, avec un changement de genre. D'après Bèze, au xvie siècle, on prononçait (csrrepte) crème, pour le distinguer de chrême.
CRÉMENT (kré-man), s. m. || Ie Terme de grammaire latine. Nombre de syllabes qu'un nom a de plus à ses autres cas qu'au nominatif, ou qu'un verbe a de plus qu'à la seconde personne du présent de l'indicatif. || 2° Terme d'ancienne législation. Accroissement de terrain qui se forme dans les rivières ou sur les rivages.
— ÉTYM. Lat. crementum, accroissement, de crescere (voy. croître).
CRÉMER (kré-mé. L'accent aigu de cré se change en grave quand il est suivi d'une syllabe muette: il crème, excepté, suivant la règle non conséquente de l'Académie, au futur et au conditionnel où l'accent aigu est conservé : il crémera), v. n. Se couvrir de crème, en parlant du lait.
— HIST. xvr s. L'eau estant eschauffée, ils la mettent à sobriété dans les aires où l'on fait cresmer le sel, PALISSY, 257.
— ÉTYM. Crème.
f CREMERIE (krè-me-rie), s. f. Établissement où l'on vend de la crème, du laitage, des œufs.
— ÉTYM. Crème.
t CRÉMEUX, EUSE(kré-meû, meû-z'), adj. Quia beaucoup de crème. Lait crémeux.
— ÉTYM. Crème.
CRÉMIER, 1ÈRE (kré-mié, miê-r') , s. m. et f. Celui, celle qui tient une crémerie.
— ÉTYM. Crème.
t CRÉMILLÉE (kré-mi-llée, Il mouillées), s. f. L'une des gardes d'une serrure.
— ÉTYM. Voy. CRÉMAILLÈRE.
t CRÉMOCARPE (kré-mo-kar-p') , s. m. Terme de botanique. Fruit se divisant en deux coques qui restent suspendues (ombellifères).
— ÉTYM. Kgs|xào) , suspendre, et xapTtoç, fruit.
f CRÉMOMETRE (kré-mo-mè-tr'), s. m. Petit instrument de verre servant à déterminer la proportion de la matière grasse contenue dans le lait.
— ÉTYM. Crème, etpiTpov, mesure.
f CRÉMONE (kré-mo-n'), s. m. Un crémone, un violon fabriqué à Crémone, ville d'Italie.
f CRÉMOSPERME (kré-mo-spèr-m') , adj. Terme de botanique. Dont la graine, attachée par le sommet ou par la partie moyenne, est commesuspendue.
— ÉTYM. Kp£|j.âa), suspendre, et cntepuoc, graine. CRÉNAGE (kré-na-j'), s. m. Action de crénerdes
caractères d'imprimerie.
— ÉTYM. Créner.
f CRÉNATE (kré-na-f) , s. m. Nom des sels que forme l'acide crénique.
— ÉTYM. Crénique.
fCRÉNATÉ, ÉE (kré-na-té, tée), adj. Qui contient des crénates. Eaux minérales crénatées.
f CRÉNATULE (kré-na-tu-F) , s. f. Terme de conchyliologie. Genre de coquilles bivalves habitant les mers des contrées chaudes et vivant dans les éponges.
— ÉTYM. Créner.
CRÉNÉ, ÉE (kré-né, née) , part, passé. || 1° Lettre crénée. || Substantivement. Une crénée, une lettre crénée. || 2° Terme de botanique. Pourvu de crans ou crênelures.
CRÉNEAU (kré-nô), s. m. || i° Terme d'ancienne fortification. Toute ouverture pratiquée au sommet d'une tour ou d'une courtine et qui servait à la défense. On ne pouvait pas avoir des créneaux dans des maisons roturières sans la permission du seigneur justicier. || Aujourd'hui, ouverture pratiquée dans un parapet, dans un mur de caserne, pour tirer sur l'ennemi au moyen de fusils. Les créneaux reçoivent vulgairement le nom de meurtrières. Grâce âmes créneaux, Â mes arsenaux , Je puis au préfet Dire un peu son fait , bërang. Carabas. j| 2° Terme militaire. Intervalle entre deux hommes, deux pelotons dans l'ordre de bataille. Les chefs de peloton se placent dans les créneaux. |j Terme de marine. Tuyau de plomb ou de bois servant au passage des ordures. || 3° Ouvertures aux fourneaux des potiers.
— HIST. xi!" s. En haute tour se siet bêle Isabel, Son beau chef blon [elle] mist fors par un crenel, Romane, p. 70. Quant moins se donent garde cil qui sont au crenel, Sax. ix. || xme s. Mes se de loing le veés estre Ou à crenel ou à fenestre, Regardés le piteusement, la Rose, 7358. Bel-Acueil quiert de chambre en chambre, Qui s'iert as karniaus àpuiés De la prison , tous ennuies, ib. 1 2753 À chascun descarniausdontilyavoit bien cinq cens, avoitune targe de ses armes et un panoncel, joinv. 2C8. Asfenestres vont tôt entor; Et le chevalier tint l'espié, A un carnel s'est apuié, Ren. 22576. || xiv" s. Lanterne à carneaux, de laborde, Émaux, p. 195. || xve s. Jà pour creniel, pour tour ne pour guérite, Je ne lairrai qu'à occoision ne die : Sus toutes flours j'aime la marguerite, froiss. Bal. D'autre part, à un autre créneau estoit le sire de Sorel monté sur une eschelleet se combattoit, main à main, à ceux de dedans, id. il, n, H. || xvie s. Au derrière d'un créneau demi abbatu estoient soixante d'hommes d'armes bourguignons, pour au besoing renforcer l'assaut, j. d'auton, Ann. de Louis XII, p. 69, dans lacurne. Ils furent pendus aux crenaux du chasteau, d'aub. Hist. I, 93. Roche-Morte avoit esté tué dans le chasteau comme il dormoit sur un créneau, id. ib. il, 443. Il fallut l'entrecouper de petites traverses qui couvroient chacune le carneau et le passage de l'autre, id. i6.ii, 368. Aussi pourra-on espargner en l'extrémité de l'espalier des créneaux ou merlets, o. de serres, 654.
— ÉTYM. Picard, carnaux; provenç. cranel ; de cran. Dans l'ancien français le nominatif est li creneh ou li crenaus; le régime est le crenel.
CRÉNELAGE (kré-ne-la-j'), s. m. Opération par laquelle on fait un cordon sur l'épaisseur d'une pièce de monnaie, cordon où l'on met l'empreinte de la légende ordonnée par les édits du souverain. || On donne aussi le nom de crénelage à l'opération par laquelle on fait de très- petits crans sur le rebord d'une pièce de monnaie, opération dite aussi grènetis.
— ÉTYM. Créneler.
CRÉNELÉ, ÉE (kré-ne-lé, lée), part, passé. || 1" Garni de créneaux. Une muraille crénelée enferme Jérusalem dans son entier, chateaub. Itin. m, 43. || Terme de blason. Pièces crénelées, pièces qui ont des créneaux sur l'un des bords. || 2° Terme d'histoire naturelle. Ailes crénelées, ailes d'insectes, légèrement incisées sur les bords. || Terme de botanique. Feuille crénelée, feuille garnie de crênelures.
f CRÉNELÉE (kré-ne-lée), s. f. Nom d'un poisson du genre des perches.
CRÉNELER (kré-ne-lé. La syllabe nel double 17, quand la syllabe qui suit est muette : je crénelle ; je crénellerai) , v. a. || 1" Munir de créneaux. Créneler une muraille. || 2° Créneler une roue, y faire des dents. || 3° Faire un cordon sur l'épaisseur d'une monnaie.
— HIST. xue s. Qui lui escrie en la tor crénelée, Ronc. p. ne. || xme s. [Elle] Vit de Montleheri la grant tor crénelée, Berte, lxxxii. || xive s. Espinars ont longue fueille et crénelée comme fueille de chesne, Ménagier, u, 2. ||xvies. La cousture des os est dentelée ou crénelée à la façon des dents de scie, paré, iv, 43.
— ÉTYM. Créneau, par l'intermédiaire de crenel. CRÉNELURE (kré-ne-lu-r'), s. f. || 1° Division en
forme de créneaux. Dentellesen crénelure. || 2°Terme d'anatomie. Division fine des bords des os qui s'unissent par suture dentée. || Terme de botanique. Découpure obtuse, droite, perpendiculaire au bord des feuilles ou des pétales. || 3° Terme d'architecture. Dentelure faite à des créneaux. || Terme de menuiserie. Ravalement en dent de scie.
— ÉTYM. Créneler.
CRÉNER (kré-né. L'accent aigu de cré se change en accent grave quand la syllabe qui suit est muette : je crène, excepté au futur etau conditionnel, suivant l'usage de l'Académie : je crénerai, je crénerais), v. a. Terme de fondeur en caractères. Évider la partie qui déborde le corps d'une lettre. |j Marquer d'un cran, d'une entaille, la tige d'une lettre, d'un filet.
— HIST. xvie s. Le premier spondyle a esté fait aussi en sa partie antérieure crené et tenu, et quasi sans corps, pour recevoir l'apophyse [odontoïde],
— ÉTYM. Cran.
| CRÉNER1E (kré-ne-rie), s. f. Action de créner. les lettres.
f CRENET (kre-nè), s. m. Nom genevois du courlieu. Je m'amusais à rappeler de temps en temps des ci < nets, j. j.rouss Hc'l. IV, 16.
CRÈ
— REM. C'est à tort que des dictionnaires donnent .crenel.
| CRÉNEUR (kré-neur), s. m. Ouvrier chargé de créner.
— ÊTYM. Créner.
fCRÉNIFÈRE (kré-ni-fê-r-), adj. Terme d'histoire naturelle. Oui porte des crénelures.
— ETYM. Cran, et le suffixe latin fer, qui porte.
f CRÊNIOT (kré-ni-o), s. m. Espèce d'auge à l'usage du verrier.
f CRÉNIQUE (kré-ni-k'), adj. Terme de chimie. Acide crénique, substance acide qu'on trouve dans certaines eaux minérales.
— ÊTYM. Kpiivr] , source.
f CRÉNIROSTRE (kré-ni-ro-str'), adj. Terme de zoologie. Oui a le bec crénelé.
— ÉTYM. Cran, et le latin rostrum, bec.
f CRÉNON (kré-non ), s. m. Première division d'un bloc d'ardoise au fond de la carrière. ■
— ÉTYM. Cran.
t CRÉNULÉ, ÉE (kré-nu-lé, lée), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a des crénelures petites et nombreuses.
— étym. Cran.
t CRÉNURE (kré-nu-r'), s. f. Trou dans les barres d'un châssis de presse d'imprimeur.
— ÉTYM. Cran.
f CRÉOGÉNIE (kré-o-jé-nie), s. f. Terme didactique. Génération, production de la chair.
— ÉTYM. Kpsoç, chair, etlesuffixe grec ....génie, production.
t CRÉOGRAPHIE (kré-o-gra-fie), s. f. Terme didactique. Description des chairs.
— ÉTYM. Kpéaç, chair, etypàçeiv, décrire. CRÉOLE (krè-o-1'), s. m. et f. || i" Homme blanc,
femme blanche originaire des colonies. Un œil noir où luisaient des regards de créole, v. hugo, Orient. 33. Les enfants qui ont reçu le jour dans cet autre monde ne portent plus le nom de chape- Ions qui honorait leurs pères; c'est ainsi qu'on appelle ceux qui sont issus de sang espagnol dans le nouvel hémisphère, baynal, Hist. phil. vin, 20. La supériorité que les chapetons affectent sur les créoles, ceux-ci la prennent sur les métis, id. ib. 2). Les créoles sont en général bien faits; à peine en voit-on un seul aflligé des difformités si communes dans les autres climats, id. ib. xi, 31. || Adj. Une femme créole. || Nègre créole, nègre né aux colonies, par opposition au nègre qui provient de la traite. || 2° Espèce de coquille du genre Vénus.
— HEM. Les dictionnaires de Furetière et de Richelet ont criole.
— ÉTYM. Ital. creolo; de l'espagn. criollo. L'origine de criollo est douteuse; si on le fait venir de l'espagn. criar, élever, nourrir, la formation est tout à fait irrégulière; d'autres prétendent que c'est un mot caraïbe; l'Académie espagnole dit que c'est un mot inventé par les conquérants des Indes occidentales et transmis par eux.
fCRÉOLISÉ, ÉE (kré-o-li-zé, zée), adj. Néologisme. Qui est acclimaté, habitué aux colonies.
— ÉTYM. Créole.
f CRÉOLISER (kré-o-li-zé), v. n. Néologisme. S'abandonner à la nonchalance qui caractérise les créoles.
— ÉTYM. Créole.
f CRÉOPUAGE (kré-o-fa-j'), adj. Terme de zoologie. Qui se nourrit de chair. || On dit plutôt Carnivore.
— ÉTYM. Kpéac, chair, et cpaysiv, manger.
t CRÉOPHAGIE (kré-o-fa-gie) , s. f. Habitude de se nourrir de chair.
f CRÉOPHILE (kré-o-fi-1') , adj. Terme de zoologie. Qui aime la chair, en parlant des insectes diptères.
— ÉTYM. Rpéaç, chair, et cpiXoç, qui aime.
t CRÉOSOTE (kré-o-zo-f) , s. f. Terme de chimie. Substance à saveur caustique, à odeur forte et désagréable, qu'on lire du goudron de bois par distillation. La créosote est employée contre le mal de dents.
— ÉTYM. Kpe'aç, chair, et awÇetv, conserver, à cause de la vertu qu'elle a de conserver les viandes.
f CRÊPAGE ('kré-pa-j') , s. m. Apprêt qu'on donne au crêpe.
— étym. Crêper.
«. CRÊPE (krê-p'), s. m. || 1° Sorte d'étoffe claire, légère et comme frisée, faite de laine fine ou de soie crue et gommée. Crêpe blanc, noir, rose. Robe, voile de crêpe. Crêpe lisse, celui qui n'est pas frisé. Ils feront aussi des crêpes unis et gros crêpes, de la même façon et qualité que ceux qui viennent de Boulogne , Statuts des marchands de draps d'or,
CRÊ
9 juillet IG67, art. 57. Voiles, crêpes, habits, lugubres ornements, corn. Cid,iv, 1. Pourquoi flotte à longs plis ce crêpe menaçant? v. hugo, Odes,i, 3. || Porter un crêpe , porter en signe de deuil un crêpe noir au chapeau, au bras ou à l'épée. Les tambours étaient couverts de crêpe, sév. 211. La plupart des souverains de l'Europe mirent des crêpes funèbres pour pleurer la mort d'un régicide [Cromwell], chateaub. Sluarts, 281. Mais si d'un long crêpe voilée, Mon amante dans la vallée Venait pleurer quand le jour fuit, millev. Chute des feuilles. || Fig. Ces tristes vers en deuil, d'un long crêpe voilés, Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes, a. chén. Élég. 2t. À l'heure où l'âme solitaire S'enveloppe d'un crêpe noir Et n'attend plus rien de la terre, lamart. Harm. 1, 9. || 2° Poétiquement. Le crêpe de la nuit, les ombres de la nuit. Dès que l'ombre tranquille Viendra d'un crêpe noir envelopper la ville, boil. Lutr. I. ||Fig. Nous jouissons par avance du plaisir de vous avoir; cette espérance a dissipé un crêpe noir que votre absence avait mis sur ma vie, sév. 298. y 3° Crêpe de Chine, espèce de châle d'été en soie ordinairement orné de broderies. Il 4° Terme de coiffeur. Cheveux nattés et frisés par le bout.
— HIST. xme s. Tant par estoient [ses cheveux] crespe et blonde, ruteb. ii, 202. Ces cheveux si crespes et si biaux Fist coper sainte Elysabiaus, id. ib. Il xve s. Homme, femme, tant soit blanc ne poli, Crespe ne blont, fort, appert ne joli, e. desch. Profiter de la jeunesse. || xvr° s. Et combien qu'il vist cette dame vefve, avec son crespe noir, marg. Nouv. xvi. L'on doit mettre dessus de la toile de crespe, à fin que, lorsqu'on les essuyé, on ne les touche à nud; et au travers de la dite toile crespe la sanie sorï librement, paré, x, 9. Pour éviter ledit prurit, pourrez couvrir les emplastres de quelque taffetas ou linge délié appelé crespe, id. xvi, )3. Elle qui tient dessus sa face un voile , Par le travers du crespe l'apperceut, rons. 640. Là Jason descendit, qui ne faisoit encor Que friser son menton d'un petit crespe d'or, id. t>39. 11 estoit de belle taille, ayant les cheveux crespes et espez, amyot, Cimon, 9. Dieu, qui en mon Loyre mouilles L'or de tes crespes cheveux, dubell. ii, 37 , verso, ô front crespe et serein! id. yi, 26, verso. Couvrechief de crespe empesé, Honneurs de la cour, ms. p. 34, dans la-
CURNE
— ÉTYM. Provenç. cresp, crisp; catal. cresp ; espagn. et ital. crespo ; du latin crispus. Dans l'ancienne langue, crespe est un adjectif signifiant crépu.
2. CRÊPE (krê-p'), s. f. || 1° Aliment commun dans l'ouest de la France où il est fait avec de la farine de blé noir détrempée, puis cuite en l'étendant par couches minces sur une poêle destinée à cet usage. Crêpe beurrée. Crêpe sèche. || 2° Sorte de petite galette faite avec la farine de froment, à laquelle on joint souvent du sucre, des œufs et quelque aromate et que l'on fait cuire à la poêle avec un tout petit morceau de beurre ou de graisse.
— HIST. xive s. Crespes : prenez de la fleur [de farine], et destrempez d'œufs.... Ménagier, il, 6. Pastés de chappons et crespes,' ib. 11, 4. Bignet ou crespe, du cange, crespellx.
— étym. Crêpe < , dite ainsi parce que la cuisson la crêpe pour ainsi dire.
CRÊPÉ, ÉE (krê-pé, pée), part, passé. Étoffe crêpée. Cheveux crêpés.
f CRÉPELU, UE (kré-pe-lu, lue), adj. Frisotté. Son poil.... crépelu ressemble une toison de soie, Régnier, Dial. Il Vieilli.
— hist. xvie s. Et de la sueur excitée par le combat, son beau poil s'escarmouchoit tout crespelu, d'une si bonne grâce que.... yver, p. 535. Cheveux crespelus, paré, Monstres, app. 3. La creste rouge comme escarlate, grande, redoublée, crespelue, 0. de serres, 360. Sa longue oreille velue D'une soye
crespelue. du bellay, vu, 37, recto Marche
à longs pas, et d'un doré lien.... Noue à l'entour ses cheveux crespelez, id. iv, io, verso.
— ÊTYM. Diminutif de crépu.
CRÊPER (krê-pé), v. a. || 1° Friser en manière de crêpe. Crêper une étoffe. Crêper des cheveux. || 2° Se crêper, v. réft. Devenir crépu. Ses cheveux commencent à se crêper. || Se crêper, crêper ses cheveux. Elle a l'habitude de se crêper.
— HIST. xvie s. Courez vitement me quérir ma robe fourrée d'agneau crespée , desper. Contes, xvin. En cependant que les rides ne font Cresper encor Faire de nostre front, rons. 117. Je voy les ondes encor' De ces tresses blondeleltes Qui secrespent dessous l'or Des argentines perlettes, dubell.
CRÊ
vu, 16, recto. Mais qu'en me façonnant comme un soldat pratique, J'eusse appris a cresper [brandir] le long bois d'une pique, À piquer un cheval, le manier en rond, r. belleau, Berger, t. i, p. 3, dans lacurne.
— Etym. Provenç. crespar: ital. crispare; du latin crispare, de crispus (voy. crêpe I).
*. CRÉPI, IE (kré-pi, pie), part, passé de crépir. Murs crépis à la chaux.
2. CRÉPI (kré-pi) , s. m. Terme d'architecture. Enduit de muraille en mortier ou en plâtre. Faire un crépi. La neige bouche en dehors les vides de la bâtisse [du castor] et lui sert de ravalement ou de crépi, chateaub. Amer. 123.
— HIST. xvr s. Le crespi ou blanchiment se deschet dans peu de temps par les pluies, o. de serres, 383.
— ÉTYM. Crépir.
f CRÉPIDE (kré-pi-d') , s. f. Terme d'antiquité romaine. Espèce de chaussure antique ferrée et qui ne couvrait pas tout le pied.
— ÉTYM. Lat. crepida, de xpï)irtç.
t CRÉPIDÉ, ÉE (kié-pi-dé, dte), adj. Terme de botanique. Qui ressemble à une crépide. || S. f. Les crépidées, nom d'une famille de plantes à fleurs composées.
f CRÉPIDOPODES (kré-pi-do-po-d'), s. m. pi. Terme de zoologie. Nom d'un ordre dans la classe des mol lusques, lequel comprend ceux dont le dessous di corps est formé par une sorte de semelle.
— ÉTYM. Kpr)7rii;, chaussure, et ttoùi;, ■koôô;, pied.
f CRÊPIÈRE (kré-piê-r'), s. f. La femme qui fait des crêpes pour les vendre.
— ÉTYM. Crêpe 2.
CRÉPIN (SAINT-) (sin-kré-pin) , s. m. || 1° Nom de tous les outils et de toutes les marchandises qui servent au métier de cordonnier, excepté les cuirs. || Nom du sac dans lequel tout cela est renfermé. || Fig. Perdre tout son- saint-crépin, perdre tout ce qu'on possède. Ce même jour les ennemis Traînèrent canons plus de six, Dont ils firent battre en ruine Le château de M. de Luyne, Lesigny, qui le lendemain Fut pris et tout son saint-crépin, stjulien, Le courrier burlesque et la guerre de Paris (la Fronrie). || 2° Être dans la prison de Saint-Crépin, avoir des chaussures trop étroites et qui font mal. || 3° S. f. La St-Crépin, fête de St Crépin qui est le 23 octobre. St-Crépin, la mort aux mouches, Annuaire de la Soc. de l'Hist. de France, 1847.
— ÉTYM. Saint Crépin, saint sous le patronage duquel était la confrérie des cordonniers , en latin Crispinus, diminutif de Crispus (voy. crêpe).
CRÉPINE (kré-pi-n') , s. f. || 1° Sorte de frange, tissue et ouvragée parle haut, qu'on emploie pour l'ornement des dais, des lits et d'autres meubles. Crépine d'or et d'argent. La crépine d'un lit, d'un dais. Le grand appartement [de Versailles] était meublé de velours cramoisi avec des crépines et des franges d'or, st-sim. 67, H3. Quoi qu'il vous dise d'une crépine d'or à deux taffetas, rien n'est si joli, si bien et si frais pour l'été, que de faire, de ces beaux taffetas, des meubles tout unis et la tapisserie aussi, sév. t. vin, lett. 8G, p. 396, dans pougens. Une crépine de faux or devenu noir par laps du temps, avec une armoire d'ébène, ornée de figures grossièrement sculptées, lesage, Gil Blas, vu, 13. || 2° Espèce de petite toile de graisse qui couvre la panse de l'agneau et qu'on étend sur les rognons quand l'agneau est habillé.
— HIST. xme s. Et dessus la crespine atache Une moult précieuse atache, la Rose, 21223. ||xive s. La toile de la fressure d'un porc que l'en dit la crespine, Ménagier, n, 5. ||xvr s. Prenés moelles de cerf, de beuf et de mouton, crespine de chevreau, o. de serres, 937. II contraignoit les jeunes garçons à porter cheveux longs comme filles et des crispines et autres affiquets d'or par dessus, amyot, Mor. t. iv, p. U)8, dans raynouard. À l'instant survint une damoiselle vestue d'un manteau jaune, le visage couvert d'un samy verd, et sur son chef une crespine de fil d'argent, V. Flores de Grèce, f ' lxxviii,
dans LACURNE.
— ÉTYM. Crêpe I ; provenç. crespina.
t CRÉPINETTE (kré-pi-nè-f) , s. f. || i« Terme de cuisine. Viande émincée qu'on met dans dos morceaux de crépine de porc frais; telles sont les saucisses plates, etc. || 2° Terme de botanique. Un d<>s noms vulgaires de la renouée.
— HIST. xme s. Aumosnieres ou crespineles Ou autres joelés [joyaux] petis, la Rose, 747G. || xvie s. La renouée ainsi dite de ses branches aians plusieurs nœuds près à près l'un de l'autre.... il y en a de
CKE
CRE
CRE
trois espèces, dont l'une est appellée crespinetc,