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SC

— ÊTYM. Croustille.

CROUSTILLEUSEMENT (krou-sti-lleû-ze man, Il

mouillées), adv. D'une manière plaisante, graveleuse.

—ÊTYM. Croustilleuse, et le suffixe ment.

CROUSTILLEUX, EUSE (krou-sti-lieù, Ueû-z', Il mouillées, et non krou-sti-yeû), adj. Qui produit sur l'esprit l'effet que quelque chose de croustillant produit dans la bouche, plaisant, graveleux, dangereux. Des contes croustilleux. Anecdote croustilleuse. Le juge les a prises [les pages], a cherché l'endroit croustilleux, a déchiré les feuillets et les a jetés au feu, bachaumont, Mém. secrets, t. xxxiv, p. 94, dans pougens.

— REM. D'après De Caillières, 1690, qui donne ces exemples : Cela est croustilleux, cet homme est croustilleux, c'étaient alors des locutions basses. Aujourd'hui ce sont des locutions familières.

— ÊTYM. Croustille.

CROCTE (krou-f), s. f. ||i°La partie extérieure du pain, durcie par la cuisson. [Le dîner de M. le Prince] C'était un potage, et la moitié d'une poule rôtie sur une croûte de pain, st-sim. 225, 64. Quand nous mangeons quelque croûte de pain, il nous est avis que nous faisons un bien grand bruit, mais il n'y a personne que nous qui l'entende; ainsi en estil de ce pauvre rimailleur, Francvm, liv. vi, p. 231. Nous y rencontrâmes un homme de vingt-sept à vingt-huit ans, qui trempait des croûtes de pain dans une fontaine, lesage, Gil Blas, n, 8. || Familièrement. Casser la croûte, une croûte avec quelqu'un, manger amicalement et sans façon avec lui. || Absolument. Casser la croûte, manger un morceau. || Fig. Ne manger que des croûtes, faire maigre chère. || 2* Absolument, gros morceau de pain où il y a plus de croûte que de mie et que l'on fait tremper dans le pot au feu. Manger une croûte au pot. || Croûte au pot, tranches de pain qu'on met au fond d'une casserole, qu'on laisse gratiner avec un peu de bouillon, qu'on dresse dans la soupière et sur lesquelles on verse le bouillon. || On dit dansunsensanaloguecroûte au madère. || Croûte aux champignons, croûte de pain frite dans du beurre, sur laquelle on sert les champignons pré- | pares d'une certaine façon. || 3° La pâte cuite qui ' enferme un pâté, une tourte, un vol-au-vent. ||4°Le dessus de certaines choses. Il s'est l'ait une croûte de tartre autour du tonneau. Le limon que le Tanaïs avait apporté avait formé une espèce de croûte sur le Bosphore, montesq. Rom. 17. Le terrain qui s'étend sous son front escarpé , D'une croûte brillante au loin enveloppé, Trahissait le trésor des mines souterraines, delille, Paradis perdu, i. || Croûte terrestre, la portion superficielle du globe terrestre qui est accessible à l'observation des hommes et que l'on suppose portée sur un noyau central de matières en fusion. La terre, selon Woodward, n'est qu'une croûte superficielle et fort mince qui sert d'enveloppe au fluide qu'elle renferme, buff. Thcor.de laterre, 2° dise. AinsiDescartes l'a regardé [un corps céleste] comme ayant été autrefois un soleil, obscurci et étouffé depuis par une croûte épaisse dont il s'est couvert, d'alemb. Abus de la critique, Œuvres, t. iv, p. 255, dans pougens. L'étude des tremblements de terre importe à la science, qui commence à dresser des tables et des inventaires de la croûte terrestre, marchand, Acad. des se. Comptes rendus, t. Lin, p. 1259. || Fig. Une croûte d'ignorance et d'avarice a tellement recouvert les principes invariables de la doctrine monétaire.... Mirabeau, Collection, t. v, p. 63. || 5° Terme de marine. Partie irrégulière et inégale d'épaisseur que l'on scie en planche, plus ou moins épaisse, sur une pièce de bois de construction. || 6° Nom vulgaire de petites plaques formées sur la peau ou à l'origine des membranes muqueuses par une humeur muqueuse ou purulente qui se dessèche et se solidifie. Croûtes vanoleuses. Croûtes vaccinales. Croûtes dartreuses. || Son corps n'est qu'une croûte, il est tout couvert de gale. || Croûtes de lait , éruption exanthématique qui occupe particulièrement le cuir chevelu et le visage chez les enfants à la mamelle. |] 7° Terme de botanique. Partie du lichen qui, produisant les fructifications, est adhérente aux pierres, aux écorces, etc. ||8°Cuir en croûte, cuir plané, poudré, tanné et séché, en sortant de la fosse au tan. || Croûte de garance, superficie dure de la garance pulvérisée et mise en pipe ou en sac. || 9° Terme de peinture. Vieux tableau noirci et gercé par ]»

CRO

temps et que l'on compare à quelque chose decroûteux. Toujours point de coloris, ou plutôt un ton blafard, qui donne l'air d'une croûte à celui-ci [tableau] et qui répugne au spectateur, bachaumont, Slém. secrets, t. xxx, p. 170, dans pougens. || Mauvais tableau. Ce peintre ne fait que des croûtes. || Tableau douteux, copie qu'on voudrait faire passer pour un original. || 10° Locution populaire. C'est une croûte, c'est une vieille croûte, se dit d'un homme encroûté dans la routine, dans des idées arriérées. || Proverbe. Croûte de pâté vaut bien pain.

— HIST. xii* s. Porterons nos auvec nos nule chose , Ne pain, ne vin, ne nulle crostre grosse? Raoul de C. 286. || xiii* s. Durs fu li pains et crouste et mie,

RUTEB. < 73.

— ÊTYM. Artois, cruste; bourguig. crôte; wallon, crose; provenç. crosta; espagn. costra; ital. crosla ; du latin crusta. Le latin crusta signifie tout ce qui enveloppe, et la croûte de pain n'y est qu'un sens particulier; par conséquent l'ordre des sens devrait commencer non par la croûte de pain, mais par le sens qui est le plus général. Mais en français, à en juger par l'historique, croûte de pain est l'acception ancienne, d'où alors les autres dérivent.

CROÛTELETTE (krou-te-lè-t'),*. /'.Petite croûte, petit morceau de pain. Manger une croûtelette en goûtant du vin.

— ÊTYM. Diminutif de croûte; provenç. crostela; catal. crostela ; espagn. costrilla.

f CROÛTER (SE) (krou-té) , v. réjl. Se couvrir de croûte, se durcir en croûte.

— HIST. xvi* s. On n'en cognoissoit rien à l'œil, pour ce que le dessus [de ce bourbier] estoit crousté,

amyot, Rom. 27 Et les glaçons Dont janvier

crouste la terre De l'eau prompte à se brider, rons.

— ÊTYM. Croûte.

fCROÛTEUX, EUSE (krou-teu, teû-z'), adj. Qui a des croûtes, des galles.

— hist. xvi° s. Lors il advient ron et gralele crouteuse, paré, Introd. 6. Pustules malignes et crousteuses, id. v, 7.

— étym. Croûte.

CROÛTIER (krou-tié; IV ne se lie jamais; au pluriel, l's se lie: des krou-tié-z indignes), s. m. Mauvais peintre qui ne fait que des croûtes. || Brocanteur qui se charge de vieux et mauvais tableaux et qui cherche à tromper.

— ÉTYM. Croûte.

CROÛTON (krou-ton), s.m.\\ 1° Le bout du pain avant qu'il soit entamé, et aussi un morceau de pain entouré de croûte. Donnez-moi un croûton. Us veulent absolument qu'on mange un croûton à certains jours, volt. Lettr. Mme du Dejfant, 24 avril 1769. || 2" Petites croûtes grillées ou frites. Purée aux croûtons. || 3° Terme de dénigrement. Mauvais peintre. Ce n'est qu'un barbouilleur, un croûton. || 4° Populairement. Celui qui est entiché de routine, d'idées arriérées.

— ÉTYM. Croûte; ; Berry, crouston, crousson.

f CROWN -GLASS (krôn'-glas'), s. m. Espèce de verre constitué par 1 atome quadrisilicate de potasse et 1 atome quadrisilicate de chaux. C'est un verre blanc de la plus belle qualité, qui est employé dans les lunettes achromatiques.

— ÉTYM. Angl. crown-glass, proprement verre de couronne; de glass, verre, et crown, couronne.

CROYABLE (kro-ia-bP ; d'autres disent kroi-ia-bl'), adj. || 1° Digne d'être cru, en parlant des personnes et des choses. J'ai voulu être hardi quelquefois, afin d'être croyable toujours, balz. à Richelieu. J'entre en des sentiments qui ne sont pas croyables, corn. Poly. m, 5. ô toi qui me connais, te sembloit-il croyable Que....? rac. Phèd. n, 1. Les dix seigneurs qui étaient avec le dauphin étaient aussi croyables que les dix qui avaient accompagné le duc de Bourgogne, st-foix, Ess. Paris, Œuvres, t. v, p. 202, dans pougens. On ne croirait pas ces choses, si tout n'était pas croyable de la part d'un homme en démence qui voulait passer pour Dieu, condillac, Hist. anc. il, 10. Mais peut-être que vous avez jugé que cette fortune était tellement au delà de ce que je devais espérer, qu'il vous fallait avec loisir chercher des termes pour me la rendre croyable, voit. Lett. 1. || 2" Substantivement. Tout renchérit au delà du croyable, tandis qu'il ne restait plus de quoi acheter au meilleur marché, st-sim. 223, 26 1 .

— REM. Il est croyable que.... veut l'indicatif: 11 est croyable que cela est ainsi. Il n'est pas croyable que.. . Est-il croyable que.... veut le subjonctif: Il n'est pas croyable que cela soit ainsi. Avec l'imparfait ei la négation ou l'interrogation, le verbe suivant se met également à l'indicatif; mais il peut

CRO

se mettre aussi au conditionnel: Il était croyable, il n'était pas croyable, était-il croyable, n'était-il pas croyable que vous iriez dans cet endroit, que vous feriez une telle chose?

— HIST. xn* s. Li tuen testimonie [témoignages] credable fait sunt mult, Liberpsalm: p. 136. || xiii's. Quiconques veut estre boucliers d'archal à Paris, estre le puet, por tant que il se face creable par devant le prevost de Paris que il soit preudome et loial, Liv. des met. 69. Et à cel recort soufist une seule personne creable et envoie de par le [la] cort ou uns serjans serementés, beaum. ix, 6. Et s'il ensonioit [s'excusait], et li sires requeroit qu'il se feist creavles de l'ensoine, il le feroit, id. lxvii. Or. doit regarder li quel tesmong sunt plus creable et de mellor renommée, id. xl, 36. Se home u feme venoit avant, qui se fesist creaule que ce fust sien [l'objet mis en gage], il le raveroit quitement, taillar, Recueil, p. 227. Car se li faus traïstres pooit estre veables [visible], De rien qu'il en ostast ne seroit jà creables, j. de meung, Test. 1779. || xiv" s. Et celui qui noie [nie] ceste raison, il ne a pas paroles plus croyables, oresme, Elh. 296. Je trouve ches aucuns aucteurs, et ce est plus creable.... bercheure, f° 42, verso. La quelle chose fut assez creable au peuple, qui estoit indigné contre son seigneur, Ménagier, i, 6.||xves. Ainsi que leur disoient chacun jour gens creables, chevaliers et escuyers, qui bien le cuidoient savoir, froiss. i, i, 31. || xvi0 s. Il n'est pas croyable combien cela le faisoit aimer, souhaiter et désirer des soudards, amyot, Anton. 5. La malignité de ce Theophanes n'a pas tant rendu cela croyable, comme le naturel de Pompeius l'a fait tenir pour incroyable, id. Pomp. 70. Saint Paul, estant de son dire croyable, marot, I, 278.

— ÉTYM. Croire.

CROYANCE (kro-ian-s'; d'autres disent kroi-ian-s'. D'après Vaugelas et Marguerite Buffet on prononçait créance), s. f. || 1° Action de croire, confiance. Charles XII supportait la fatigue au delà do toutu croyance. Puis-je à de tels discours donner quelque croyance? corn. Cid, i, 2. Doit-on quelque croyance à des âmes si noires? id. Nicom. m, 8. Ceux dont il a gagné la croyance et l'appui, id. Se7'tor. i, 1. Donnez moins de croyance à votre pai ion, in. Cinna, IV, 4. Et, ce qui n'a pas peine à gagner la rrnvatirc mol. D. Gare, v, 1. L'opinion sur les faits, soit moraux, soit physiques, est tantôt de pleine croyance, tantôt de simple adhésion, marmont. Élém. lilt. Œuvres, t. x, p. 506, dans pougens. || Crédibilité. L'effet à tes discours ôte toute croyance, corn. lléracl. iv, 6. || 2° Opinion, attente, prévision. Cela est arrivé contre la croyance de tout le monde. || 3° Persuasion ou conviction intime. Tournez sur Vinius toute la défiance Dont veut ternir ma gloire une injuste croyance, corn. Oth. v, 1. La croyance de n'être entendu de personne me faisait parler aussi haut que si j'eusse parlé à quelque confident, scarr. Rom. com. 2" part. ch. 14. La croyance répandue partout que rien ne leur résistait, faisait tomber les armes des mains à leurs ennemis, et donnait à leurs alliés un invincible secours, boss. Hist. m, 6. || 4° Foi religieuse. Peut-être qu'après tout ces croyances publiques.... corn. Poly. iv, 6. Les décrets des conciles, la doctrine des Pères, l'ancienne tradition du saint-siége et de l'Eglise catholique n'ont plus été comme autrefois des lois sacrées et inviolables ; chacun s'est fait à soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance, boss. Reine d'Anglet. Je le vois trop; les soins qu'on prend de notre enfanco Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance, volt. Zaïre, i, i. On suppose que la croyance des hommes détermine leur morale, et que des idées qu'ils ont de la vie à venir dépend leur conduite en celle-ci, J. J. rouss. Lett. à l'archev. de Paris. || Par extension, adhésion accordée comme une espèce de foi à des opinions qui ne sont pas religieuses. Croyances philosophiques. Les croyances morales de l'humanité.

— SYN. croyance, foi. La foi est une persuasion déterminée par l'autorité de celui qui a parlé. La croyance est une persuasion déterminée par quelque motif que ce puisse être.

— HIST. xiii* s. Leur créance est tcle que nul no peut morir que à son jour, et pour ce ne se veulent il armer, joinv. 230. || xiv°s. U eurent tele croiauca par un signe ou argument qui n'est pas souffisant, oresme, Eth. 231.

— ÉTYM. Croyant (voy. créance).

CROYANT, ÀNTE (kro-ian, ian-t' : d'autres disent kroi-ian, ian-t'). |j i" Adj. Qui alafoi religieuse. Elle est redevenue croyante. Les âmes croyantes,

CRU

Une nation croyante. J'étais croyant, je l'ai toujours été, quoique non pas comme les gens à symboles et à formules, J. J. bouss. Dial. I. M. Lambercier, bien qu'bomme d'Eglise, était croyant en deilans, id. Conf. II. Le vrai croyant ne peut s'accommoder de toutes ces simagrées; il sent que l'homme est un être intelligent auquel il faut un culte raisonnable, j.j. rouss. le't. à l'archev. de Paris. Ma conviction religieuse, en grandissant, a dévoré mes autres croyances; il n'est ici-bas chrétien plus croyant et homme [dus incrédule que moi, CHATEAUB.dansle Dict. d>D0CHEz. '| 2° S. m. et f. Fidèle, en parlant de la religion chrétienne. Abraham mérila d'être le père des croyants, mass. Panég. St Benoît. Le corps des chrétiens se distinguait en croyants ou fidèles, et en catéchumènes, chateaub. Génie, iv, m, 2. || Les sectateurs de la religion musulmane se donnent aussi le titre de croyants. Commandeur ou chef des croyants était le titre que prenaient les califes.

— hist. xnes. Celé out à nom sébile, qui puis fti bien creanz [croyante], Sax. v. || xmcs. Et bien créant en Dieu et de mont bon courage, Berte, lxx. Et disoit que il [le cordelier] ne trouvoit ne es creans ne es mescreans, que onques reaumesse perdist ne chanjast de seigneurie à autre, ruez [mais] que par defaute de droit, joinv. 199.

— ÉTYM. Croire.

f CROYE (kroî), s. f. Voy. croie.

t. CRU (kru), s. wt.||l°La quantité dont une chose a crû, a pris croissance. Ces arbres ont bien poussé, voilà le cru de cette année. || 2° Production. On leur a défendu d'apporter d'autres marchandises que celles du cru de leur pays, montesq. Esp. xx, 8. Son vin noir et grossier mais désaltérant et sain est du cru de sa vigne, j.j. rouss. Êm. ni. || 3° Terroir considéré comme ce qui l'ait croître les végétaux et leurs produits. Ce vin-là est d'un bon cru. Après ce qui lui vient de son cru, rien ne lui paraît de meilleur goût que le gibier et les truffes que cet ami lui envoie, la bruy. ni. Droit qui fut fixé à cinq pour cent sur toutes les marchandises des Indes et de la Chine, et à trois pour cent sur toutes celles du cru des îles de France et de Bourbon, raynal, Hist. phil. iv, 26. Les seules denrées du cru couvrent notre table, j. j. rouss. Ilél. v, 2. Des vins d'un cru céleste épanchent leurs trésors, delille, Parad. perdu, v. || Vin du cru, vin fait sur le lieu même où il est bu. Moi, gai comme un dieu sans nectar, Au vin du cru je me résigne, bérang. Nourrice. || Fig. Cet ouvrage est une compilation, l'auteur n'y a rien mis de son cru. Ce que nous désirons aujourd'hui avec tant de chaleur et de besoin vient immédiatement du cru de Dieu, balz. Disc, à la régente. Le vieux marchand ine dit à l'oreille : On voit bien que ce n'est pas de son cru [à M. de Beaufort], retz, m, )07. Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru qui ne coûtent rien, mol. Avare, i, 5. C'est de votre cru que vous dites cela, boss. lnstr. 2. 11 n'a rien de son cru que le mensonge, id. i, Pent. I . La pièce est de mon cru, rac. Épigr. 11 sait par cœur une infinité de bons contes qu'il a récités tant de fois comme de son cru, qu'il est parvenu à se figurer qu'ils en sont effectivement, lebage, Gil Bios, m, H. || Fig. Le vin de mon cru, le vin de son cru, les actions, les pensées, les paroles de quelqu'un. Lorsque Mondor osa te dire en face Que tu saignas du nez dix fois au moins, Te citant l'heure et le jour et la place. — Conte grossier que personne n'a cru, Qui n'était pas digne de ma colère : On me connaît, et le vin de mon cru Ne passera jamais pour de l'eau claire, pons (de Verdun), les Excusrs dans les Contes et poésies diverses, p. 191. || 4° Terme de chasse. Milieu d'un buisson, dit plus communément creux, où la perdrix se retire quelquefois pour éviter la poursuite des chiens.

— REM. Cru n'est pas autre chose que le participe passé du verbe croître qui s'écrit crû; l'Académie devrait donc l'écrire avec un accent circonflexe, comme elle fait pour dû : réclamer son dû.

— HIST. xvrs. Est dit vin du cru de la ditte ville tout vin qui croist dedans les limittes du ruisseau de Saint Jouandeau.... Nouv. coust. génér. t. îv, p. 91 1. Je sçais très bien sentir, à mesurer ma portée, que mon terroir n'est aulcunement capable d'aulcunes fleurs trop riches que j'y treuve semées •3t que touts les fruicts de mon creu ne les sçauroient payer, mont, h, 99.

— ÉTYM. Crû, participe de croître.

2. CRU, CRUE (kru, krue), ad;. || l°Qui n'est point cuit. De la viande crue. Des fruits crus. Préparer les viandesqu'auparavant ils dévoraient crues, J.J. bouss. In*g. 2e part. || Fig. La sagesse toute sèche et toute

CRU

crue fait mal au cœur, balz. liv. vi, lett. 6. Us n'en suivaient pas la doctrine toute crue, boss. Var. xi. || 2" Qui est d'une digestion difficile. Le concombre est très-cru. || 3° De l'eau crue, eau chargée de sels et qui ne peut dissoudre le savon ni cuire les légumes. L'eau que je buvois était un peu crue et difficile à passer, comme sont la plupart des eaux des montagnes, J. J. rouss. Conf. vi. |j 4" Qui n'a pas encore subi de préparation. Cuir cru. Soie crue. Métaux crus, ceux qui sont tels qu'ils sortent de la mine. || Chanvre cru, chanvre qui n'a pas été trempé dans l'eau. ||5°Qui n'a pas encore subi une élaboration suffisante. Ces semences, tant qu'elles sont vertes et crues, demeurent attachées à l'arbre pour prendre leur maturité, boss. Conn. y, 2. || Terme de médecine. Humeurs crues, matières crues, celles qui n'ont pas reçu le degré de coction nécessaire. || 6° Oui est à l'état de simple ébauche, en parlant des choses de l'esprit. Ce n'est encore là que sa pensée toute crue. Ronsard avait forcé notre langue par des inversions trop hardies et obscures; c'était un langage cru et informe, fén. t. xxi, p. 191. || 7° Terme de peinture. Un ton cru, ton qui ne se fond pas avec les autres. Couleur crue, couleur trop tranchante. Ce ne sont point les feuilles d'un vert cru qui font les admirables paysages, chateaub. Itin. m. || Lumière, ombre crue, se dit quand les grands clairs ne sont pas séparés des grands bruns par des gradations de nuances. || 8" Choquant, dur, en parlant des expressions, du langage. Cela est bien cru. Je te vois accablé d'un chagrin si profond, Que j'excuse aisément ta réponse un peucrue, corn, la Veuve, m, 3. || Â cru, d'une façon crue. Elle veut qu'en détours la chose s'enveloppe, Et ce mot dit à cru lui cause une syncope, regnabd, le Joueur, n, 4. || Peu décent, trop libre. Ils ont tenu devant elle des discours un peu trop crus. || 9° À cru, loc. adv. Sur la peau nue. Bottés à cru les gros milours [milords], Armés d'épieux, en habits courts, scarr. Virg. trav. iv. 11 prit les bottes qui étaient au pied du lit et les ayant chaussées à cru.... s'alla mettre auprès de l'Olive, id. Bom. corn. 2* part. ch. 2. Leurs transparents seraient plus beaux, si elles voulaient les mettre à cru, sév. 324. N'avoir de la dévotion que ce retranchement me parait être bottée à cru, id. 548. Un surtout emprunté Vêtit à cru ma triste nudité, volt. P. diable. || Monter à cru, monter un cheval sans selle ni couverture. 11 fut étonné de voir Massinissa, âgé pour lors de plus de quatrevingts ans, monté à cru sur un cheval selon la coutume de son pays, donner partout les ordres comme un jeune officier et soutenir les fatigues les plus dures, rollin, Hist. anc. Œuvres, t. i, p. 519, dans pougens. Les barbares [Francs] montaient à cru des étalons sauvages, chateaub. Mart. <90. || Terme d'architecture. Une construction porte à cru, quand elle repose sur le sol même, et non sur des fondements. || Teindre sur le cru, ou teindre à demi-bain, mettre les soies à la teinture, sans qu'elles soient bien décreusées.

— REM. Cet adjectif se met toujours après son substantif.

— HIST. xme s. Riens qu'on peùst mangier [il] n'i ot ne cru ne cuit, Berte, xxxvi. Et quanqu'il i aura de cuirier [cuir] cru es charretes, Liv. des met. 280. || xiv« s. Mais les autres plus impurs sont, Por ce que le vif argent ont Trop crud et leur soulphre terrestre Trop aduste.... Nat. à Valch. err. 129. ||xvcs. Au roy fut faicte la responce non point creue, mais la plus honneste qu'on l'eust peu entendre, comm. il, 13. || xvie s. Son herbe tant verde et crude que conficte et préparée, rabel. m, 47. Us trouvoient trop crud de dire qu'il n'estoit pas plus vraisemblable que la neige feust blanche que noire, mont, il, 317. Ce fut aussi un estât nouveau quand la ligue formée monstra les cornes en desploiant ses tiltres et ses forces armées à cru de toutes les fonctions et authoritez d'un parti, d'aub. Hist. n, 485. Un feuillant boiteux, qui armé tout à crud se faisoit faire place avec une espée à deux mains, Sat. M en. p. 13. Le labeur toutesfois ses membres ne consomme, Tant il est cru [verd] vieillard, rons. 740. Aucuns font leur mère ou saloir, d'une peau de beuf crue, un peu salée, o. de serres, 83a. Armure à cru, monet, Dict. Un discours bien crud, oudin, Curios. fr. Vous me la baillez crue [vous me la donnez belle], les Marguer. de la Marguerite, t. i, f* 90, dans lacurne.

— ÉTYM. Liégeois, crou; namurois, cru, froid et humide en parlant du temps; provenç. cru; espagn. et ital. crudo; du latin crudus.

3. CRU, CRUE (kru, krue), part, passé du verbe croire. || 1° À quoi on donne croyance. Une nou-

CRU

vellc crue légèrement. Les miroirs trop peu crus par celles qui les consultent. Quel plaisir d'aimer la religion, de la voir crue, soutenue, expliquée par de si beaux génies et par de si solides esprits! la brut, xvi. II resta encore à la piété de la troisième race [les Capétiens] assez de fondations à faire et de terres à donner; les opinions répandues et crues dans ces temps-là auraient privé les laïques de tout leur bien, s'ils avaient été honnêtes gens, montesq. Esp. xxxi, 10. || 2° À qui on donne croyance. Un sage ami cru trop tard. Les dieux crus par les païens. || 3° Regardé comme, tenu pour. Hercule cru fils de Jupiter.

CRÛ, CRUE (kru, krue), part, passé dn verbe croître. Les arbres crus depuis mon départ. La rivière crue et menaçante empêchait le passage.

CRUAUTÉ (kru-ô-té), s. f. || 1» Penchant à infliger des souffrances et la mort. Exercer sa cruauté contre des innocents. Quels foudres lancez-vous quand vous vous irritez, Si même vos faveurs ont tant de cruautés? corn. 7/or. m, i. Il y a de la cruauté à tuer un homme, pasc. Prov. 7. Insensé qui ne voit pas que sa cruauté, à laquelle il se confie, le fera périr, fén. Tél. ni. Les remparts abattus, les palais mis en cendre Sont de ta cruauté les plus doux monuments, J. b. rouss. Odes, iv, 8. La loi séparait sans cesse la monarchie; la crainte, l'ambition et la cruauté voulaient la réunir, montesq. Esp. xvm, 29. Le tyran le plus dur, l'esclave le plus bas, Si dans une même âme ils confondaient leur être, En lâche cruauté ne l'effaceraient pas, masson, Hclvét. h. || 2° Action cruelle. Les cruautés de Néron. Il exerce des cruautés inouïes, boss. Hist. il, 5. Père dénaturé, malheureux politique, Esclave ambitieux d'une peur chimérique, Polyeucte est donc mort, et par vos cruautés Vous pensez conserver vos tristes dignités, corn. Pohj. v, 6. J'en ai fait un martyr, sa mort me fait chrétien ; J'ai fait tout son bonheur, il veut faire le mien; C'est ainsi qu'un chrétien se venge et se courrouce; Heureuse cruauté dont la suite est si douce ! id. ib. L'excèsde la douleur m'a fait commettre contre Lichas une cruauté que je me reproche, fên. Tél. xv. || 3° Chose fâcheuse; acte rigoureux. Quelle cruauté de se voir trahi par ses amis ! Vous refusez de me voir, quelle cruauté! Je ne me ferais pas de cruautés comme cette fois [je ne m'infligerais pas une peinesi grande], sév. 287. || Les cruautés du sort. Que nos plaisirs passés augmentent nos supplices! Qu'il est dur d'éprouver après tant de délices Les cruautés du sort! la font. Psyché, il, p. <33. Partout environnés des cruautés du sort, Des fureurs des méchants, des pièges de la mort, volt. Dés. de Lisbonne. Je plains Gusman, son sort a trop de cruauté, id. Alz. v, 2. || 4° La cruauté, les cruautés d'une maîtresse, son indifférence ou ses rigueurs. Que je bénis, seigneur, 1 heureuse cruauté Qui vous reud.... — Tu l'as vu comme elle m'a traité, rac. Andr. n, 5.

— hist. xne s. Par vos grant cruautez, Ronc. p. 14. Membrer vous doit que laide cruauté Fait qui ocist son lige homme demaine, Couci,xiv. ||xines. Or oés se ceste gens dévoient terre tenir, qui si grant cruauté faisoient li uns envers les autres, villeii. cxv. [Us] Lui ont mis celé corde; ce fut grant cruauté, Berte, xv. Il meïsmes n'a pas vergoigne De recongnoistre, ains le tesmoigne, Et sa crualté pas ne celé, Quant perilleus miroir l'apele, la Bose, 20615. Ne nul testamens ne doit mie estre fes selonc crualté, mais selonc miséricorde, beaum. xn, 65. || xive s. Crudelité ou ire, oresme, Elh. 204. xve s. Sire de Lava!, respondit le duc, laissez moy faire ma voulenté; car Clisson m'a tant de fois courroucé, que maintenant il est heure que je luy monstre; et partez vous d'icy; je ne vous demande rien; laissez moy faire ma cruauté; car je vueil qu'il meure, froiss. liv. mi, p. 198, dans lacubne. Et encores par tel folie As-tu hui fais re^rès et plains; Tu es un jeune homme tous plains De cruautés [de souffrances], id. Poésies mss. p. )2, dans lacurne. Et prendrons tribus et apatissemens sur nos adversaires le plus que pourrons; et sur ceulx de nostre parti ferons aucune cruaulté [imposition] la moindre et la plus douce que faire se pourra, le Jouvcncel, f° 31 , dans lacurne. Quant la dame se fust ;ucun peu advisée et qu'elle eut fort regardé le fondemeDt du temple et la cruauté [aspect horrible] des lance, qui y apparoient, Perceforest, t. iv, f" 73. ||xvi'î C'est comme une Heleine, pour laquelle les ennemis de la vérité aujourd'hui bataillent en si grande crudelité, en si grande fureur, en si grande rage, calv. Instit. 1161. Comment se vient-il à enflamber de une telle cruauté ?id. ib. \ 199. Parquoi, si vous aimez ma vie, en sauvant votre conscience decrudelité,

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vous me la sauverez, marg. Nuuv. xxii. Que nul ne faict cruauté en la rendant, que les premières s'appellent cruautés, les secondes justice, d'aub. Eût. I| «55. Je ne leu jamais tant de rigueur (je ne dirai cruauté) comme celle qui fut exercée contre cette dame [Marie Stuart], ny de constance comme celle qui se trouva en elle, pasquier, Rech. liv. vi, p. 612, dans LACURNE.

— ÊTYM. Provenç. cruseltat , crueltat; catal. crudeltat; espagn. crueldad; portug. crucldade; ital. crudeltà ; du latin crudelitatetn , de crudeiis (voy. cruel). Crudelité qu'on trouve dans quelques textes était refait sur le latin, qui, à l'origine, avait donné régulièrement cruelle, crudité, cruauté.

fCRUCUADE (kru-cha-d') , s. f. Sorte de bouillie de maïs.

— ÉTYM. Cruche; cette préparation se faisant dans une cruche.

CRUCUE (kru-ch'), s. f. ]|i°Vase en poterie à large panse Aller quérir de l'eau avec une cruche. D'un vin pur et vermeil il fait remplir sa coupe; Il l'avale d'un trait, et, chacun l'imitant, La cruche au large ventre est vide en un instant, boil. Lutr. I. Le pilote couronné de fleurs laissait le gouvernail et tenait en sa main une grande cruche de vin qu'il avait presque vidée, fén. Tél. iv. || 2° Quantité de liquide contenue dans une cruche. Une cruche d'huile. Répandie une cruche d'eau. Joseph ne cessa de me donnera boire de grandes cruches d'eau, chateai;b. Itin. 245. Une cruche de vin de Falerne se vendait cent deniers romains, montesq. Esp. vu, 2. || 3° Familièrement. Personne ignorante et stupide. J'aimerais mieux cent fois être grosse pécore, Devenir cruche, chou, lanterne, loup-garou, Etque monsieur Satan vous vint tordre le cou, mol. l'Etour. I, il. Cornes cela! vous me prenez pour cruche! Ce sont oreilles que Dieu fit, la font. Fabl. v, 4. Le cousin méconnaît; oh! je ne suis pascruche, Tel que vous me voyez, regnard, le Bal, 7. N'y aurait-il pas moyen de réveiller le deux-cents [nom d'un conseil àGenève]? s'il ne voit pas ici son intérêt, ses membres ne sont que des cruches, j. 3. rouss. Lett. à M. d'Iternois, Corresp. t. vi, p. 4C4 , danspouGENS. || Vous le feriez devenir cruche, se dit à ceux qui veulent trop s'opiniâirer ou trop tourmenter un homme. || Proverbe. Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse ou qu'enfin elle se brise, c'est-à-dire quand on s'expose souvent à quelque danger, à quelque tentation, on y succombe. || Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle s'emplit, arrangement du proverbe par Beaumarchais, pour signifierqu'une fille qui s'expose finit par succomber.

— HIST. xve s. Jehanne print sa cruye ou bouteille, pour aler à l'eaue en une fontaine, ducange, cruga. Pour ce est bien dit que tant va la cruche à l'eaue que le cul y demeure, le ciiev. de la tour, Inslr. à ses filles, f° 33, dans lacurne. || xvi's. La cruche va si souvent à la fontaine, qu'à la fin elle se rompt le col, desper. Contes, lxxxi. Telle terre, telle cruche, cotgrave. Ce chien, estant en peine d'avoir l'huile qui estoit dans le fond d'une cruche où il ne pouvoit arriver de la langue, alla quérir des cailloux et en meit dans cette cruche jusques à ce qu'il eust faict haulser l'huile plus prez dubord, où il la peust Mtaindre, mont, ii, < 76.

— ÊTYM. Kymri, crwc, dont le radical est aussi dans l'allemand : anc. h. allem. cruoe, krôg; allem. mod. Krug.

CRUCHÉE (kru-chée), s. f. La quantité de liquide que contient une cruche. Une cruchée de vin. Va-t'en tout à l'heure à la fontaine de Jouvence, et m'en rapporte une cruchée d'eau, la font. Psyché, il, p. 176.

— ETYM. Cruche.

f CRUCHER (kru-ché), v. n. Ancien terme de musique. Se disait du son du tuyau d'orgue appelé cromorne.

f CRUCHER1E (kru-che-rie), s. f. Terme trèsfamilier. Bêtise, ânerie.

— ETYM. Cruche.

f CRUCUETTE (kru-chè-f), s. f. Petite cruche.

— HIST. xvi* s. Cruchette, cotgrave.

— ÊTYM. Diminutif de cruche.

CRUCUON (kru-chon), s. m. Petite cruche. || Le contenu d'un cruchon. Bo're un cruchon de bière.

— HIST. xv* s. Ung crugeon d'uylle, du cange, cruga. || xvi* s. Un cruion d'huile de noix, d'aub. Fœn. ni 3.

— ÊTYM. Dérivé de cruche; provenc. crugo.

t CRUCIADE (km- si -a -d'), s. (. Bulle accordée par les papes aux rois d'Espagne et de Portugal, pour lever sur les ecclésiastiques des décimes destinés aux guerres contre les infidèles.

— ÊTYM. Cruciade, croisade.

CRU

CRUCIAL, ALE (kru-si-al, a-P), adj. Terme technique. Qui est fait en croix. Des ferrements cruciaux. Ah ! quel plaisir je vais prendre à faire sur son corps [un corps à disséquer] une incision cruciale et à lui ouvrir le ventre depuis le cartilage xiphoïde jusqu'aux os pubis! hauteroche, Crispin médecin, n, 4. Le chirurgien me fit d'abord une incision cruciale, volt. Cand. 28.

— HIST. xvie s. Faut faire la section triangulaire ou cruciale, de grandeur qu'il sera besoin, paré, vin, 4.

— ÊTYM. Lat. crux, croix (voy. croix).

f CRUCIANELLE (kru-si-a-nè-1'), s. f. Terme de botanique. Genre de la famille des rubiacées (crucianella).

— ÉTYM. Lat. crux, crucis, croix.

CRUCIFÈRE (kru-si-fè-r'), adj. \\ 1» Terme d'architecture. Colonne crucifère, monument de religion, qui porte une croix, dans les cimetières et sur les grands chemins. || 2" Terme de botanique. Plantes crucifères, plantes ainsi nommées à cause de la disposition de leurs pétales qui est en forme de croix. || S. f. plur. La famille des crucifères. La nombreuse famille des crucifères ou fleurs en croix, laquelle compose une classe entière dans presque tous les systèmes des botanistes, :. j. rouss. Lett. sur la bot an.

— ÊTYM. Lat. crux, croix (voy. croix), et le suffixe fer, qui porte.

t CRUCIFIANT, ANTE (kru-si-fi-an, an-t'), adj. Terme de dévotion. Qui crucifie, qui mortifie. On s'unit bien mieux à Dieu en sa volonté crucifiante, fén. xvm, 207. ôtez de la morale les maximes crucifiantes, la violence, l'humilité, mass. Car. Mot. de conv.

— ÉTYM. Crucifier.

CRUCIFIÉ, ÉE (kru-si-fi-é, ée)', part, passé. || 1° Mis en croix, soumis au supplice de la croix. Les jésuites, quand ils se trouvent en des pays où un Dieu crucifie passe pour folie, suppriment le scandale de la croix et ne prêchent que Jésus-Christ glorieux et non pas Jésus-Christ souffrant, comme ils ont fait dans les Indes et dans la Chine, pasc. Prov. 5. Et nous, continue l'Apôtre, nous prêchons Jésus- Christ crucifié, scandale aux Juifs (et non pas miracle), folie aux gentils (et non pas sagesse), mais qui est aux Juifs et aux gentils appelés à la connaissance de la vérité, la puissance et la sagesse de Dieu, boss. Hist. n, t). Ouvrez les yeux, incrédules; n'est-il pas vrai que la rémission des péchés vous a été prêchée au nom de Jésus-Christ crucifié? id. ib. n, 10. Cette fable avait indisposé les Siamois contre la religion d'un Dieu crucifié, raynal, Hist. phil. iv, 13. || Substantivement, ô ridicule erreur, de vanter la puissance D'un imposteur, d'un fourbe et d'un crucifié! rotrou, St Gen. v, 2. Si tu ne veux périr, charge sur toi ta croix, Suis du crucifié les douloureuses traces, corn. Lm.it. n, 12. C'est ce monde qui doit être pour vous un crucifié, c'est-àdire un objet d'horreur, mass. Car. Élus. Leur premier législateur [des chrétiens] leur a fait accroire qu'ils sont tous frères, depuis qu'ils ont renoncé à notre religion [le paganisme] et qu'adorant le crucifié, ils vivent selon ses lois : de sorte qu'ils méprisent tout et croient que tout est commun, recevant ses dogmes avec une obéissance aveugle, d'ablancourt, Lucien, Mort de Peregrinus. || 2° ferme de dévotion. Mortifié. Quelle vie ! une vie souffrante et crucifiée! flêch. Dauph. || Fig. Être crucifié avec Jésus-Christ, être entièrement mort au monde.

CRUCIFIEMENT ou CRUCIFIAIENT ( kru-si-fiman), s. m. || 1° Action de crucifier et aussi le supplice de la croix. L'action du crucifiement semble avoir élevé Jésus pour être l'objet de tout le monde; il est en butte à toute contradiction d'un côté; et de l'autre il est l'objet de l'espérance du monde, boss. dans le Dict. de dociiez. Nos sibylles ont prédit le crucifiement de cet ami de la vérité, volt. Phil. v, 2U4. || Tableau représentant Jésus- Christsurlacroix.LecrucifiementdeKubens. || 2°Kig. Mortification. Le crucifiement de la chair. Elle [Ste Thérèse] porte la chanté jusqu'à l'union intime avec son époux, l'humilité jusqu'à l'anéantissement, la pauvreté jusqu'à l'entier dépouillement des biens et du désir de les posséder, la chasteté jusqu'au continuel crucifiement de sa chair, fléch. Panég, Ste Thérèse.

— étym. Crucifier; provenç. crucifiamen; anc. catal. crucificamen.

CRUCIFIER (kru-si-fi-é), je crucifiais, nous crucifiions, vous crucifiiez; que je crucifie, que nous crucifiions, que vous crucifiiez, v. a. || 1° Infliger le supplice de la croix. Alexandre, ayant pris une

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ville où plusieurs rebelles s'éts ent enfermés, en emmena huit cents à Jérusalem, et les fit tous crucifier en un même jour, rollin, Hist. anc. Œw-

vres, t. ix, p. 451, dans pougens Et les auteurs

du crime Sont fils de ces bourreaux qui t'ont [ô Jésus] crucifié, malh. vi, 37. Ne suffit-il pas de voir par l'Évangile que ceux qui crucifiaient Jésus-Christ avaient besoin du pardon qu'il demandait pour eux, quoiqu'ils ne connussent pas la malice de leur action? pasc. Prov. 4. Il est vrai que, dans la dernière persécution, et trois cents ans après Jésus- Christ, les païens, qui ne savaient plus que reprocher ni à lui ni à ses disciples, publièrent de faux actes de Pilate, où ils prétendaient qu'on verrait les crimes pour lesquels il avait été crucifié, boss. Hist. n, 12. || Par exagération. Je mêlasse plutôt laissé crucifier Que.... Régnier, Sat. xi. | j Se faire crucifier pour quelqu'un, lui être complètement dévoué. || Se faire crucifier pour quelque chose, souffrir tout pour cette chose. || 2° Fig. Mortifier, sacrifier. [Celui qui] De la chair et des sens tellement se défie, Qu'à force de ferveur l'esprit les crucifie, corn. Imit. m, 48. Les macérations vivifient l'ame en crucifiant le corps et la chair, patru, Plaid. 15, dans richf.let. Il faut renoncer à tout, tout crucifier pour le suivre, boss. Hist. n, 11. Pour lui apprendre à crucifier sa propre chair, lo.Serm. Quinq. i. Nousdevons crucifier en nous le vieil homme, id. Pén. 3. La nuit du prétoire, les crachats, les soufllets, les fouets, les dérisions, le bois fatal, ces images affreuses la crucifient par avance [l'âme de J. C], mass. Car. Passion. Les chrétiens ont crucifié leur chair avec ses désirs, id. Car. Riche. Il faut vous appliquer à crucifier vos sens, id. Myst. Miser. || Absolument. Mais elle est menée par une autre voie, par celle qui crucifie davantage, boss. Anne de Conz.

— HIST. xn* s. Ne sunt pas fil Jesu, ainz sunt tuit foislignié; N'erent uan [cette année], s'il poent, pur Deu crucifié, Th. le mart. 127. E si cum en Calvaire unt Deu crucifié, 16. 150. f| xiii" s. Dame en cui nous nous fions, Devant vous nous cruoefions; Dame, par Dieu merchi prions, Et vos crions, Vierge saintisme , Poésies fr. avant 1300 , t. 11, p. 872, dans lacurne. Que, puisque Dieu laissa sou cors crucefier, Berte, xi. Si m'aïst Diex li crucefis, la Rose, 19409. Lors m'assaillent tuit de rechief; Chascun à hors bouter me tent: Il ne me grevast mie tant Qui me vosist crucefier, ib. 15271. || xv* s. Toutes excuses mises derrière, sa commune crioit: Crucifige! crucifige! g. chastelain, Chron. du duc Philippe, ch. 55. || xvi" s. Elle commanda aux bourreaux qu'ils crucifiassent et attachassent son corps en travers à trois crois, amyot, Artax. 21.

— ÊTYM. Picard, cruchijié , mortifié; provenç. et espagn. crucificar; de crux, croix, et ficar, ficher (voy. ficher). L'italien dit crocifiggere, dérivé directement du latin figere, fixer.

CRUCIFIX (kru-si-fi; l'a; se lie: un kru-si-fi-z en ivoire), s. m. \\ Représentation de Jésus-Christ attaché à la croix. Un crucifix de bois. Baiser le crucifix. Des pieds d'un crucifix devant lequel il avait accoutumé de faire sa prière, il écrit à Erasme des choses si tendres sur les douleurs ineffables de Jésus-Christ, boss. Var. n, § 24. Madame demande le crucifix sur lequel elle avait vu expirer la reine, sa bellemère, comme pour recueillir les impressions de constance que cette ame vraiment chrétienne y avait laissées avec les derniers soupirs, in. Duch. d'Orl. M. de Condom [Bossuet] lui parlait toujours; et elle lui répondait avec le même jugement que si elle n'eût pas été malade, tenant toujours le crucifix attaché sur sa bouche; la mort seule le lui fit abandonner, M™* de la fayette, Hist. d'Henr. d'Angleterre, Œuvres, t. m, p. 187, dans lacurne. Je n'osais!... mais le prêtre entendit mon silence, Et, de ses doigts [de la morte] prenant le crucifix : Voilà le souvenir et voilà l'espérance; Emportez-les, mon fils, lamart, Nouv. méd. 22. || Mettre une injure au pied du crucifix, la souffrir patiemment pour l'amour de Dieu. || Fig. et familièrement. Un mangeur de crucifix, un faux dévot. Aller dans les églises manger les crucifix. || Confrérie du crucifix, à Borne, société de bienfaisance. || Populairement. Faira le demi-crucifix, c'est demander l'aumône, parce qu'on n'étend qu'un bras pour la recevoir.

— HIST. xn« s. Entrée en est el mostier saint Geri ; En crois se met devant le crucefi; Dieu réclama qui onques ne menti, Raoul de C. *u. ||xm* s. Quiconques veut estre ymagiers à Paris, ce est à savoir tailleres de crucelix, Liv. des mit. <&5. Se raison vient, point n'en créés; S'el vousaportoit crucelix, Nel créés point ne que ge fiz [ne la croyez pas plus que je ne la crus], la Rose, 16P07. Diex veut nue

CRU

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vous l'alez vengier, Sans controver nul autre essoine, Ou vous lessiez le patrimoine Qui est du sanc au crucefi: Mal le tenez, je vous afî.... ruteb. 96. || xiv" s. Et riches croces à evesques, À abez et à archevesques, Crucefiz et ymagerie D'argent et d'yvoire entaillie, Dict des marcheans, dans de laborde, Émaux, p. 237. || xvie s. Je n'estois pas grand mangeur de crucifix, et je sentois un peu le fagot, Sal.Mén. p. 72. Quel devotieux Ypocrite, Qui faisiez semblant de manger Les crucefix, et estre hermite! l'Amant rendu cordeiier, p. 532, dans

LACURNE

— ÉTYM. Provenç. crucifie; espagn. crucifixo ; ital. crocifisso ; du latin crucifixus, de crux, croix, et fixus, attaché (voy. fixe).

f CRUCIFIXION (kru-si-fi-ksion), s. f. Action de crucifier. Dans le manichéisme la crucifixion du Christ est le symbole des souffrances de la nature et de l'âme humaine, Nicolas, liev. Germ. t. vm,

— ÉTYM. Crucifix.

f CRUCIFORME (kru-si-for-m') , adj. Qui est en forme ae croix. || Terme d'anatomie. Ligaments cruciformes. Petits ligaments en forme de croix qui affermissent l'articulation des phalanges.

— ÉTYM. Lat. crux (voy. croix), et forma (voy.

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