DD CANOË
SERVITEUR (sèr-vi-teur), t. m. || 1* Celui qui est au service, aux gages d'autrui. Je dois tous avertir, en serviteur fidèle. Qu'en sa faveur déjà la ville se rebelle, cobn. Poly. m, 6. Et j'ai des serviteurs et ne suis point ser^■i, mol. Femm. sav. il, 7. Tel est le conseil de Dieu, et la sage économie que ce grand père de famille a établie dans sa maison : il a voulu avoirdes serviteurs vigilants et perpétuellement attentifs, BOSS. Sermons, nécessité pressante de s'éveiller, i. N'oublions jamais que ie serviteur peut valoir mieux que son maître, dider. Claude et Nér. u, 67. || Dans le langage biblique, au lieu de domestique, on dit toujours serviteur. Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec toute sorte de respect, saci. Bible, St Pierre, i"épU. n, )8. Il 2* Fjg. Il se dit de ceux qui rendent des seiw vices à l'État, au prince. Comme jls [les rois] n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs; Et tombent avec eux d'une chute commune Tous ceux que la fortune Faisait leurs serviteurs, malh. i, 3. La reine croyait assurer au roi des serviteurs, en conservant à Dieu des fidèles, boss. Reine d'Anglet. M. de Montausier racontait que ses pères avaient toujours été fidèles serviteurs des rois leurs maîtres, mais qu'ils n'avaient pas été leurs flatteurs, fléch. Duc de Uont. \\ Serviteur de l'État, homme zélé et fidèle dans ce qui regarde le service de l'Etat. Il 8* U se dit de ceux qui servent Dieu. Josué, fil» de Nun, serviteur du Seigneur, mourut âgé da cent dix ans, saci. Bible, juges, xs, s. C'est moi qui ai fait la terre avec le» homme» et les anir
lL«uï.... et maintenant j'ai voulu soumettre tes terres à Nabuchodonosor, roi de Babylone, mon serviteur; il l'appelle son serviteur, quoique infidèle, à cause qu'il l'a nommé pour exécuter ses décrets, Boss. Reine d'Anglet. Nous pouvons dire que nous voyons en Louis, non un roi, mais un serviteur de Jésus-Christ, m. Uar.-Thér. Quoi qu'en pense le monde, Dieu ne manque point encore de vrais serviteurs, bourdal. t dim. après la Pentecôte, Dominie. t. m, p. 79. || C'est un grand serviteur de Dieu, c'est un homme d'une grande piété. Il Serviteur des serviteurs de Dieu, qualification que le pape se donne dans ses bulles. || 4" En termes de civilité, attaché à, disposé à rendre service. Pardieu, monsieur, je vous suis serviteur, RÉGNiEH, Sat. m. Toute votre maison m'a toujours été chère; Et j'étais serviteur de monsieur votre père, MOL. Tart. v, 4. Vous savez combien je suis de ses serviteurs, Hoss. Lett. quiél. 428. || Votre serviteur, se dit pour se désigner soi-même sans se nommer par son nom. Point du tout, on vous chasse et votre serviteur, oresset, le lléch. ii, i. Quoi I m'ccriai-je encore, c'est donc vous qui êtes le mari qu'on me propose, monsieur? C'est justement votre serviteur, me dit-il, mariv. Marianne, «• part. Il Je suis votre serviteur, ou, elliptiquement, votre serviteur, et quelquefois, simplement, serviteur, formule do politesse dont on se sert en saluant quelqu'un. Votre serviteur Gille, Cousin et gendre de Bertrand, Singe du pape en son vivant, LA FONT. Fabl. a, 3. Après s'être bien dit serviteur, moi le vôtre, boursault, fables d'Ésope, ii,
8 Si l'on ne voulait vous souffrir ni vous voir,
On vous dirait: monsieur, serviteur et bon soir, BARON, le 'Jaloux, III, ti. Quel honneur! quel bonheur! Ahl monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur, béh. Sénateur. || Votre serviteur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, formules de politesse pour finir les lettres. || Ironiquement et familièrement : je suis votre serviteur, je suis son serviteur, ou, elliptiquement, serviteur, se dit i quelqu'un ou de quelqu'un quand on n'est pas de son avis, quand on refuse ce qu'il propose, ce qu'il demande. Serviteur, c'est un fourbe, je le connais et je ne m'y fie point. Serviteur au portier, Dit-il, et de courir, la font. Fabl. IX, (0. Je louerai, si l'oE veut, so" train Ji, „i dépense. Son adresse i Jucvii, aux armes, à la danse : Mais pour loue: ses vers, je suis son serviteur, mol. Mit. rv, i. Valèra: Si je ne vous croyais l'âme trop occupée. J'irais parfois chez vous passer l'après-soupée. — Sganarelle: Serviteur, iD. Éc. des mar. i, 5. Si elles [les nièces de Voltaire] se marient à des bourgeois de Paris, serviteur très-humble, elles sont perdues pour moi, VOLT. Lett. Thiriot, 21 déc. (737. Du grand Napoléon je suis l'admirateur; S'il me croit son sujet, je suis son serviteur, guiciiard, Épigr. contre Napoléon. Il Familièrement. Serviteur à, s'j lit pour signifier qu'il n'y a plus moyen de faire telle ou telle chose. Voilà l'hiver, serviteur à la promenade. J'ai la goutte, serviteur aux bons dîners. Avec une femme on a des enfants, c'est la coutume; auquel cas, serviteur au collatéral, mabiv. Fauss. confid. i, ». || Populairement. Faites serviteur à monsieur, à madame, se dit aux petits enfants à qui l'on dit de faire la révérence. Il l'.e bourgeois] fit venir son fils, qui était un petit garçon de sept ans: Jcannot, faites serviteur, lui dit-il, cailliIres, Bon et mauv. usage, Convers. t". Il 5" Celui qui courtise une femme. Des hommes comme vous ne sont que des conteurs; Vraiment, c'est bien à moi d'avoir des serviteurs, corn. Gai. du Palais, iv, )0. On devient grandelette, Puis grande tout à fait, et puis le serviteur, la font. Coupe J'ai perdu tout mon bonheur; J'ai perdu mon serviteur, J. i. rouss. Devin du vill. se. *.
— SYN. SERVITEUR, DOMESTIQUE. Ces dcux mots sont synonymes pour le sens, et ne varient que pour l'emploi. Dans le style et le parler ordinaire on dit domestique et non pas serviteur : Mon domestique vous portera ma lettre; j'ai un nouveau domestique , etc. Mais, hors de l'usage de la conversation et du style semblable i la conversation, on peut, si l'on veut, dire serviteur au lieu de domestique : Un fidèle serviteur; le maître et ses serviteurs, etc.
— HIST. xrs. Deus fist l'imagine, pur sucamur, parler Al servitor kl serveit à l'alter [autel], Sai'nl AUxit, xixiv. Il xii' s. Mais nus clerc [nous clercs], qui en sûmes minist.-e e servitur [de la maison de Dieu], Th. le mort. «47. || xiii's. Bien doi dire mon
•«onsire [avis], Dont «ui pensaire ; Car sorvire et
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jàinrtfe [celai (fui jouit] Sui et amaire, Ifs. it poés, franc, avant )300, t. u, !p. 90i, dans laccrne. Où sont li riche serviteur Ki me servoient nuit et jor? GUI DE CAMBRAI, Barh. et Jos. p. 203 |{ xiv s. S'elles [femmes qui quittent leur pays pour entrer en service] fussent sans tache, elles fussent malstresses et non servlteresses, Ménagier, n, 3. Il XV* s. Gouvernement fut en une maison, Où serviteurs ot en grande abondance, e. desch. -Idmi'n. de Vhostel du prince. Quant ilz furent trestous dedans entrez, ils regardèrent combien ilz povolent bien avoir perdu de lours gens, si trouvèrent qu'il leur en falUoit bien encores cent chevaliers, sans les serviteurs, Lancelot du lac, t. III, f* I4t, dans LACURNE. Estoit capitaine dudit chasteau pour les Anglols Reynaud de St-Jean, escuyer gascon et serviteur du Captai de Buch, j. CHARTiiiR, Hist. de Charles VU, p. 222, dans LACURNE. Il XVI' S. Que les serviteurs so rcndentservlables à leurs maistres, et diligens à leur complaire, CALV. Instit. 307. En ccste nuict le dieu d'amours resveille Ses serviteurs.... marot , i, 363. Estant touts deux serviteurs [poursuivants] de la sœur du sieur de Foungueselles, mont, i, 263. Parler tousjours d'un langage maestral à ses serviteurs, m. ni, 278. Amoureux qu'on appelle maintenant serviteurs, H. est. Àpol. d'ilérod. p. 64, dans LACURNE. Bon maistre, bon serviteur, leroux DE lincy, Prov. t. II, p. 102. X peine sera bon maistre qui n'a esté serviteur, id. ib. p. 229. Sans la résistance que luy fit à la porte de Bussy un qui luy est aujourd'huy serviteur, il nous eust pris, Sat. Uén. édit. labitte, p. I8l.
— ÊTYM. Wallon, sierviteur; provenç. servire, serveire, servidor; espagn. servidor; ital. servitore; du lat. servitorem, de servire, servir Le vieux franc, et le provenç. servire sont le nominatif (du latin servitor); et servitor, servidor sont le régime (du latin servitorem).
SERVITUDE [sèr-vi-tu-d'), s. f. \\ i' État de celui qui est esclave. Pourral-je moi-même me rengager sous les lois et la servitude d'un tyran dont j'ai éprouvé la dureté et la perfidie? mass. Paraph. ps. XXX, V. 6. Du droit de tuer dans la conquête, les politiques ont tiré le droit de réduire en servitude, MONTES" -Fan- V, 3. || Servitude barbare, état de l'esclavage tel qu'il se comporta sous les barbares après la chute de l'empire romain, et qui diffère peu de l'esclavage antique. || La servitude des femmes, leur état de réclusion dans les pays musulmans. La servitude dos femmes esttrès-conïorme au génie du gouvernement despotique, MONTESQ. Esp. XVI, 9. || 2» Il est quelquefois synonyme de servage, de condition de serf. La servitude, solennellement abolie en France par Louis Hutin, subsistait encore sous Louis XV dans plusieurs provinces, condorcet, Tie de Voltaire. Il 3° Perte de l'indépendance nationale. Prenez bien garde de ne pas oublier le Seigneur, qui vous a tirés du pays d'Egypte, de ce séjour de servitude, SACi, Bible, Deutéron. vi, 13. Babylone menaçait toute la terre de la mettre en servitude, boss. //is(. I, 7. Sous les Assyriens leur triste servitude [des Juifs] Devint le juste prix de leur ingratitude, raC. Esth. III, 4. Les ennemis le vaincront[un roi pacifique], et réduiront son peuple en servitude, fén. Tel. V. Il Corneille l'a dit au sens actif : la servitude des Romains, la servitude imposée par les Romains : Et ce qu'ils [les rois d'Espagne] ont osé contre leur servitude N'en a rendu le joug que plus fort et plus rude, 5er(or. ii, 1. 1| 4" Perte de la liberté politique. Sylla, qu'on nommait l'heureux, le fut trop contre sa patrie, que sa dictature tyrannique mit en servitude, boss. Ilist. i, 9. Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom; ceux-ci [les Anglais], occupés du premier objet qui les avait transportés, allaient toujours, sans regarder qu'Us allaient à la servitude [sous Cromwell], ID. Heine d'Anglet. Si les rois se mêlent de la religion, au lieu de la protéger, ils la mi^ttront en servitude, fén. Tél. xxiii. Les hommes s'accoutument à tout, même à la servitude, pourvu que le maître ne soit pas plus dur que la servitude, mon- TESQ. Esp. XV, 16. Les grandes vertus se cachent ou se perdent ordinairement dans la servitude, in Rom. XX. La servitude abaisse les hommes jusqu'à s'en faire aimer, vauvenarg. Réflex. et maximes, 2J. La guerre n'est pas si onéreuse que la servitude, ID. t'b. 58. La servitude, tombeau des nations, condil. Ilist. anc. Lois, ch. n. |[8° Par extension, état de dépendance, d'infériorité. Il voit la servitude où le
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roi s'est Soumis, cobn. Nicom. tu, s. [Britannlcus] D'une cour qui le fuit pleurant l'ingratitude, Las de votre grandeur et de sa servitude, bac. Brit. Il, 2. Il Servilité. Le clergé, qui donne toujours l'exemple do la servitude, la prêchait aux autres sous le titre d'obéissance, retz, Mém. n. Leur prompte servitude [des Romains] a fatigué Tibère, RAC. Brit. IV, 4. Il 6° Contrainte, assujétissement. U est obligé de se rendre là tous les jours à la même heure; c'est une grande servitude. Vous trouverez Mme de Coulanges bien au-dessus des servitudes où vous l'avez vue autrefois : elle n'aime plus qu'autant qu'on l'aime; et cette mesure est bonne, surtout avec les dames de la cour, sÉv. 282. Une troisième erreur de cet hérésiarque était de compter parmi les servitudes de la loi l'observance de certains jeûnes marqués, et de vouloir que le jeûne fût toujours libre, boss. Ilist. j, 11. Quels soins [d'un berger pour son troupeau] I quelle vigilance! quelle servitude I la eruy. x. Libre de son joug le plus rude [de la cour], J'ignore ici la servitude Do louer qui je dois haïr, ciiaul. Louange vie champ. La raison règne, et sous ses lois Y rassemble ces esprits droits Échappés à la servitude Des préjugés et des emplois, gresset, Ép'it. Égal. Il 7° Ce qui exerce sur l'âme un effet comparé à la servitude. Ce monde, si vain et si fragile, est trompeur, ingrat, plein de trahisons ; 6 combien dure est sa servitude I boss. Sermons, Oblig. de l'état relig. t. L'âme, honteuse de sa servitude, vient à considérer pourquoi elle est née, id. la Valliêre. Les hommes [Marseille faisant une ovation à Mirabeau] sont plus près de la servitude de la reconnaissance que des excès de la licence, mirab. Col'ection, t. i, p. 41. || La servitude du démon, la servitude du péché, la servitude des passions, éta' d'un homme qui est dominé par le démon, par li péché, par les passions. |i 8* Terme de droit. Assujétissement imposé à un champ, à une maison, etc. par lequel le propriétaire est obligé d'y souffrir certaines charges, comme l'écoulement des eaux, un passage, une vue, etc. Nulle servitude sans titre, c'est la jurisprudence du parlement de Paris, VOLT. Lett. à Mme de Choiseul, 8 oct. 1770. Une servitude est une charge imposée sur un héritage pour l'usage et l'utilité d'un héritage appartenant à un autre propriétaire. Code Nap art. 637. Les servitudes établies par la loi ont pour objet l'utilité publique ou communale, ou l'utilité des particuliers, ib. art. 649. Les servitudes sont établies ou pour l'usage des bâtiments, ou pour celui des fonds de terre, ib. art. 687. || Servitude réelle, celle qui est constituée sur un immeuble pour l'utilité d'un autre immeuble, par opposition à la servitude personnelle, qui est constituée temporairement sur un héritage au profit d'une personne déterminée, comme le droit d'usufruit. || 9" Terme de marine. Bateaux ou navires do servitude, sortes de petits navires destinés à faire le service de» ports et des r.ides. || 10 II s'est dit, mais ne se dit plus, comme formule de politesse, au sens d'être serviteur. Tous nos amis me parlent de vous quand je les rencontre, et me prient de vous assurer de leur servitude, SÉV. à Jf me de Grignan, 15 juin 1676. — mST. xn' s. Par force au pais il sejorne En servitune et en essll, la Charrette. C42. l|xiii* s. Por ce, compains, Il ancien, Sans servitute et sans lien, Pesiblement, sans vilenie S'entreportoient compaignie, la Rose, 9532. LI lais [le legs] ne doit pas estre fes d'erltage qui doie servitute au segncur, beaum. xii, 21. Li sires qui le veut ataindre [un homme] de servitute, le doit sivir par devant le segneur soz qui il est couquans [couchant] et levans, id. xlv, 6. Servitutes de cors si sunt venues en moût de manières, id. xlv, 1». Nos [nous] Othes, cuens palatins de Bourgoigne.... comme nostre amés cousins Tiebaud.... nous ait amené les gens à pied et à cheval tos de sa terre, en nostre service, lequel service nous tenons à grâce, non pas à servitute, castan, Siège de Besançon, p. Oi. ||xiv» s. Maisj'aim trop miex franchise et po d'avoir. Que grant richesse et servitute avoir, machaut, p. 90. || xv' s. Ces meschans gens [les serfs anglais] se commencèrent à élever, pour ce qu'ils disoient que on les tenoit en trop grant servitude, froiss. Ii, u, 106. ||xvi*s. Et que miculx vault la mort que servitude, j. MAROT, V, 42. Aiant à commencer une maison en raze campaigni;, sans sujection ne ser^'itude aucune.... 0. de serres, 19. Servitutes aucunes sont ruraux, autres de ville et de cité, Coiist. gén. t. n, p. 100. Société n'est pas servitude, Mém. de Btiliivreet de Sillery, p. 225, dins lac^rkb.