‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 153 sur 754 · IX · texte numérisé non relu

IX

— ÊTYM. Sucer ; picard, ehucheu, suceur, parasite.

SUÇOIR (su-soir), s. m. Terme d'histoire naturelle. Organe qui sert à sucer. Les racines, par les suçoirs qui sont à l'extrémité de leurs petites fibres chevelues, pompent dans le sein de la terre les sucs nourriciers qu'elles y trouvent, thenard , Traité de chim. t. m, p. 4(, dans pougens. || Organe à l'aide duquel les végétaux parasites puisent les sucs des plantes qui servent à leur nutrition.

— ÉTYM. Sucer.

SUÇON (su-son), s. m. || 1* Espèce d'élevure qu'on fait à la peau en la suçant fortement. || Baiser qui laisse quelque marque sur la peau, quand il a été fortement appliqué. Cette nourrice, en baisant son enfant, lui a fait un suçon. {| i' Morceau de linge rempli de pain sucré et mouillé de lait ou d'eau, que, dans quelques pays, les nourrices donnent à sucer à leurs nourrissons.

— ÉTYM. Sucer.

SUÇOTÉ, ÉE (su-so-té, tée), part, posté de si»çoter.

SUÇOTER (su-so-té), ». a. Terme familier. Sucer peu à peu, à plusieurs reprises.

— HIST. XVI' s. Dieu vous gard', troupe diaprée Des papillons, qui par la prée Les douces herbes

suçotez, RONS. 498

— I TYM. Fréquentatif de sucer.

f SUCRATE (su-kra-f), t. m. Terme de chimie. Sucrate de chaux, substance qui se forme dans la fabrication du sucre, quand on introduit dans le travail un excès de chaux ; il ne faut pas confondre le sucrate de chaux avec les sels de chaux; les sels de chaux entravent la saccharification, tandis que le sucrate de chaux y est favorable.

SUCRE (su-kr'), s. m. || 1' Suc très-doux que l'on tire de plusieurs végétaux, principalement de la canne à sucre et de la betterave, et que l'on transforme, au moyen du feu, en une substance cristallisée soluble dans l'eau. Le sucre ne coûte que onze sous la livre, maintenon, Lett. à Mme d'Aubigné, t. i, p. <74, dans pougens. Et d'aller du récit de ta gloire immortelle Habiller chez Francœur le sucre et la cannelle, boil. ÉpU. l. Savezvous que le célèbre Margraaf, chimiste de Berlin, en a tiré [de la betterave] du véritable sucre et df la meilleure qualité? bonnet, Lett. div. Œuv. t. xii, p. 128, dans pougens. Les nombreuses fabriques de sucre de betterave qui s'étaient formées, annonçaient à l'Europe qu'on était au moment de secouer le joug du nouveau monde, chaptal, Instit. Mém. acad. scienc. t. i, p. 349. L'écrivain à la mode, entre un double flambeau. Et son verre, et son

SUC

sucre, et sa carafe d'eau, delille, Convert. i. Le sucre ordinaire est connu depuis nombre de siècles; mais ce n'est que depuis la découverte de l'Amérique que l'on s'en est servi comme aliment, THENARD, Traité de ehim. t. m, p. < 02, dans pou- OENS. Il Fig. Le sucre des paroles, paroles flatteuses, doucereuses. Portez à vos païens, portez à vos idoles Le sucre empoisonné que sèment vos paroles, corn. Poly. v, 2. || Fig. Un apothicaire sans sucre, un homme qui manque des objets nécessaires à sa profession. || Fig. C'est tout miel et tout sucre, se dit d'une personne doucereuse. Hél qu'il est doucereux I c'est tout sucre et tout miel, MOL. Ée. des maris, i, 2. Mon fils m'a rendu compte d'une conversation qu'il eut avec M. de la Trousse, le croyant ... tout sucre et tout miel, sÉv. 28 août <e80. Il Populairement. C'est un sucre, en parlant des fruits très-doux, jj Fig. Dans l'argot du théâtre, manger du sucre, se dit des applaudissements reçus par un acteur, soit des son entrée en scène, soit après une tirade à effet. || 2" Sucre brut, sucre qui, ayant été cuit, n'est pas encore raffiné. Dix milliers de betteraves exploitées par jour donneront trois cents livres de sucre brut, chaptal, Inslit. Mém. Àcad. scienc. t. i, p. 376. || Sucre raffiné, sucre brut qui a été blanchi par le raffinage. || Sucre royal, le sucre qui a été raffiné deux fois. |l Sucre en pain, masse de sucre raffiné, à laquelle on a donné une forme conique. || Familièrement. En pain de sucre, en forme de cône. 11 a la tête en pain de sucre. Le duc de Noailles prit le château de Castelfolit, sur un pain de sucre de roche, ST-siM. 23, 2. Il Sucre candi, sucre pur dissous dans l'eau, cuit en consistance de sirop, et cristallisé ensuite par une cvaporation lente dans une étuve. || 3° Sucre cristallisable, sucre ordinaire, sucre de canne , de betterave, etc. j| Sucre interverti, sucre de canne dont, par l'action des acides, le pouvoir rotatoire dextrogyre est devenu lévogyre. || Sucre liquide, sucre de fruit ou incristallisable : ce sucre accompagne le précédent dans les raisins, les fruits, le miel, les mélasses, etc. Il i' Fruits confits à plein sucre, fruits confits une livre avec une livre de sucre. || Un plein sucre, se dit, chez les confiseurs, des fruits préparés on mettant une livre de sucre pour ime livre de fruit; on l'oppose à demi-sucre. || Confitures à mi-sucre, confitures faites avec la moitié du sucre qu'on y met d'ordinaire. || Fig. Les autres ne lui donnaient que des louanges pour ainsi dire i. misucre, LESAGE, Gil Blas, X, 4. Il est vrai que le diable est déchaîné ; votre confident est devenu martyr pour des confitures qui ne sont pas à misucre, VOLT. Lett. Tillevieille, 23 mars 1767. || 5° Sucre d'orge, voy. orge. || Sucre de pomme, espèce de sucre candi fait en y mêlant du jus de pomme; il est ordinairement en bâton. Il ne diflere du sucre d'orge que parce qu'on le prépare avec du sucre trës-blanc, aromatisé à la fleur d'orange ou au citron. || Certains confiseurs écrivent suc de pomme. jfSucre cuit au grand cassé, sorte de cuisson du sucre; au petit cassé, cuit à un moindre degré de cuisson. Il Sucre tors, anciennement pâte faite de sucre et de jus de réglisse, à laquelle an donne la forme de petits bâtons tordus; aujourd'hui sucre trèsblanc, cuit au petit cassé, coulé sur un marbre, étiré vivement et souvent, entre les mains, poule rendre opaque et blanc, puis divisé en petits cylindres que l'on tord deux à deux; on l'appelait jadis pcnide. || Sucre rosat, sucre blanc cuit dans de l'eau rose et réduit en tablettes. || Le sucre en s'échappant de la cuiller se divise en une espèce de pellicule mince et légère.... on nomme sucre cuit à la petite plume ou perlé celui qui produit difficilement cet effet, et sucre cuit à la grande plume, celui qui le produit facilement, Dict. des arts et m. Confiseur. || Sucre rouge, se disait de la cassonade. || 6' Terme de chimie. Nom donné à tout corps qui, dissous dans l'eau et mis en contact avec le ferment, peut être décomposé et transformé en acide carbonique et en alcool. || 7' Sucre du foie, sucre de diabète, sucre urinaire, sucre des urines, glycose animale, principe sucré qui existe à l'état normal dans le parenchyme du foie, et dans l'urine en certains états pathologiques. || 8° Sucre de lait, voy. LACTiNE. Il 9* Sucre de gélatine, substance organique, obtenue en traitant la colle forte par l'acide sulfurique et l'eau, d'abord à froid, puis à la température de l'ébullition; cette substance n'est pas un véritable sucre, puisqu'elle ne fermente pas •n contact avec la levure à une température convenable. Il 10* Acide du sucre, ancien nom de l'acide oxalique, obtenu pour la première fois par Mar-

SUC

graaf en traitant du sucre par l'acide nitrique. Il 11* Sucre de .Saturne, acétate de plomb cristallisé,

— HIST. xn* s. Et destrampe suie de miel. Et mesle cucre avoeques fiel, Chev. au lyon, v. <403. Il XIII* s. De moult bêles canes, de quoy l'en arrose ce dont le sucre vient, joinv. 276. Il font vin de sucre moult bon, et fait devenir yvre moult tost, MARC POL, p. 646. Il xiv* S. Gingembres et canele, et chucre et asur bis, liaud. de Seb. xi, 6<6. Menue» espices, sucre en pierre, llén,agier, 11, 4. Il XV* s. Tu m'as cy donné de mos emmiellés, de paroles farcies de sucre, G. chastel. Exposit. sur vérité mal prise. Les espices et succres qui s'i font. Les fins draps d'or et soye du pays, e. deschamps, Sur les beautés de Parts. ||xvi* s. Une once de sucre rouge et lenitif, paré, xx, 2<. Des tablettes de sucre rosat, id. xx bis, t ( . Sucre candi, m. xx, 42. Sucre de reglisse, m. xx, 2C. Sucre blanc, id. xxiv, 22. Après que les abricots confits auront séjourné au liquide un mois, pourront estre mis au sec, recevans leur dernier sucre, qui leur donnera lustre, o. de serres, 862. Le mal passé en comparaison du présent n'estoit encore que sucre, comme on parle en commun proverbe, H. est. Ayiol. d'Hérod. p. 87, dans lacurne. Politien n'eust sceu gouster un vocable, s'il n'eust esté en sucre conflct, bonivard, Advis et devis des langues, p. 67.

— ETYM. Wallon, souk; bourguig. seucre; provenç. sucre; portug. açucar; ital. succhero; lat. socc/iarum, grec, (ràvix«pov; du persan sftoftaro, pracrit, sakkara, qui vient du sanscr. çarkarâ, sucre, signifiant originairement grains de sable, à cause que le sucre était en grains (cassonade) {çarkarâ vient de çrï, briser en morceaux). On peut supposer que la forme arabe sukkar n'a pas été étrangère à la conversion de l'o de saccharum en « dans toutes les langues modernes.

SOCRÉ, ÉE (su-kré, krée), part, passé de sucrer. Il 1* Rendu doux avec du sucre. Votre café est sucré. Un verre d'eau sucrée. || 2° Il seditdes fruits, des légumes qui sont fort doux, qui ont le goût du sucre. Ces fruits sont très-sucrés. || 8' Par extension, il se dit des personnes qui aiment beaucoup les sucreries. Il partageait dans ce paisible lieu Tous les sirops dont le cher père en Dieu, Grâce aux bienfaits des nonnettes sucrées , Réconfortait ses entrailles sacrées, ghesset. Ver-vert, 4. Il Fig. Une personne sucrée, une personne dont on compare le moral au goiit des sucreries, chattemite. Hier je mis chez Cloris en train de discourir Sur le fait des romans Alison la sucrée, la font. Bail, sur les romans, en 4667. C'est à Minerve et pédante et sucrée Que ces conseils devraient être adressés, volt. Poés. mêlées, 205. Il Faire la sucrée, avoir des manières affectées, jouer la modestie, l'innocence, le scrupule. Faites moins la sucrée et changez de langage, CORN, le Ment, rv, 9. Elle fait la sucrée et

veut passer pour prude, mol. l'Ét.m, 2 j'en crois

plus encor que vous n'en sauriez dire, Et n'en fais point ici la sucrée avec vous, th. corn. l'Amour à la mode, 11, 6. Tu danseras, madame la sucrée, volt. Prude, iv, 6. || On dit de même : un langage, un air sucré, un langage, un air mielleux, d'une douceur affectée. Cet air pincé de la bouche lui donne un yeiii air sucré, dider. Salon de 4766, (Eue. t. xni, p. ' 204, dans pougens. Il 4° Sucré vert, ou sucrin vert, voy. sucrin.

SUCRER (su-kré), v. a. \\ 1* Mettre du sucre dans quelque chose. Sucrer du café, des fraises, etc. Il Fig. Sotte et fâcheuse humeur de la plupart des hommes. Oui, suivant ce qu'ils sont, jugent ce que nous sommes. Et, sucrant d'un souris un discours ruineux, Accusent un chacun des maux qui sont en eux, hégnier, Sat. vu. Tu sais donc l'art d'emmieller les noirceurs. Et de sucrer le fiel de l'Euménids, lebrun, Épigr. >•. || 2° Familièrement. Se sucrer, v. réfl. Sucrer son café, son thé.

— HIST. XV* s. Il est mainte femme sucrée, Mainte bourgeoyse tant ne quant. Qui en a bien toute l'année [des amants], coquill. Plaidoy. de la simple et de la rusée. Ne faictes point tant la sucrée; Sçavez pas bien que m'avez dit? id. le Vonologue du puits. || xvi* s. La volupté est bien plus sucrée quand elle cuict, mont, m, 2. Si la santé mesme, si sucrée, vient à me retrouver par boutades, c'est pour me donner regret, id. iv, 4 6". Tant fit et dit avec ses paroles sucrées, qui eussent fait fendre des pierres, qu'il adoucit le vouloir obstiné d'icelle, Nuits de Straparole, t. l, p. 239, dans lacurne.

— ÊTYM. Sucr«; wallon, soukri.

Page 1