‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 722 sur 754 · DUR · texte numérisé non relu

DUR

DouRA. Qu'on écrit à tort douralt par un h, sorte de

millet. De l'arabe s^i> dhorra. Boclhor (aux mots maïs, tnil)

écrit »ji, lj:>, dora, dora, par un seul r et par un ^ d sans point; Cherbonneau (au mot maïs'j met aussi un (/ sans point, mais il double le j r [dorra). Enfin Ereytag et Richardson écrivent s^i> dhora avec le 5 dh et un seul r^. L'orthographe que j'ai adoptée est celle que je trouve dans

Razi, qui parle du doura en ces termes : icLii sJJJ! ykJJ icUl* ,!o\fii)l "^ «le dhorra est peu nourrissant et resserre le ventre. » Niebuhr, sans doute d'après la prononciation de la péninsule Arabique, double aussi l'r ; «Les champs dans ces montagnes (du Yémen) étaient semés uniquement de durra, espèce de gros millet dont le petit peuple fait son pain '. »

Drogman ou Dbagoman. Ce mot et son équivalent tru» chemmt représentent l'arabe ij^ji tardjaman, tardjoumnn , tourdjouman. Esp. trujaman, ital. drogmano, drai>omano , turcimanno; bas lat. dragumanus, drocmandus, turchimannus ; bas grec Spa.y0vyu3.vQs, vieux français (xn° et xiii" siècles) drughemant, drugcment; on a dit truchement dès le xv° siècle. La racine sémitique du mot yl:ry tardjaman se retrouve dans le nom de targum qu'on donne à la paraphrase chaldaïque de la Bible et qui signifie interprélalion *.

DuB. Sorte de lézard d'Afrique. De l'arabe <!**» dabb. Le changement de a en m (ou) est dû à la prononciation

emphatique du i y3 d, ou à l'influence des pluriels Z>^\

adoubb, ij^ doubhan.

Dugong. Vache marine de la mer des Indes. Du malais (*j^i doûyoung, nom qu'on retrouve dans les autres langues de l'archipel Indien sous la forme roudjong ou rowjong.

DuRiON, DouRioN ou DouRiAN. Fruit d'un arbre des Indes, le Durio zibcthinus de Linné. «Le fruit est une baie solide, hérissée de fortes pointes pyramidales , et grosse comme un melon, dont elle a presque la forme ^. » C'est le malais

Qj^i dourian, venant de ^^^^^ doûri, épine. Le voyageur Linschot, parlant du dourion, appelle batan l'arbre c|ui le produit et buaa la (leur de cet arbre ^''. Or batan et hu'ia sont deux mots malais, dont le premier, <jjIj bâtang, signifie simplement arbre, tronc d^arbre, et le second, a^ bofiah, fruit; peut-être faut-il lire é-y boûnga, fleur.

' Dicl. d'hiit. nat. t. IX, p. 55o. J'ijîiiore de quel mot arabe il peut être question.

• Clierbonneau, Dict. fr.-arab. au mot village, p. 617. J'ai déjà fait observer que M. Cherbonneau, tout en rédigoiirit un dictionnaire spécial de l'arabe aljjérien, a né{;iigé de donner les mots que nous avons empruntés i notre colonie. Il n'y faut donc pag chercher dotuii:

' Gloss. p. IfJ.

' Hisl. nat. t. 1", i" partie, p. 53-58. M.\I. Cammas et André Lefèvre ont eu tort d'écrire doumj par un » au singulier : tt C'est le itoums, qui diiïère du dattier par la conformation et par le fruit.» {Voy. en l'^ypte, dans le Tour du monde, 1" sem. iSG;!, p. aoa.)

' Le grand ouvrage de la commission de l'Institut d'Kgypte donne aussi »;>*» doUrah. (Hist. nat. t. II, p. 53.)

• Man. de la Bibliothèque nationale, n° ioo5 du suppMmcnt arabe, fol. 35 recto.

' Voy. en Arabie, cdit. Smith, p. 3o2.

• A vrai dire, le verbe chaldaïque DJTn tarjjem, interpréter, ne parait pas être d'origine sémitique, et récemment M. J. Halévy es.sayait de le rattacher au grec ■tpiy\i6s. (Société de linguittiqu» , séance du 18 mars 1876.)

• hict. d'hiat. nat. de Délerville, t. IX, p. 61? '• ftiJ. t. Ill.p. 3o8.

ËBL

ÉPI

Eblis ou Iblis, le démon. De l'arabe (j«-Jj1 iblis, qui paraît être une altération du grec StdSoXos.

EcuECS (Le jeu des). Portug. escaques, ital. acacchi. C'est de ce jeu que paraît venir notre substantif échec. Le nom du jeu serait lui-même une altération de »UiJl echchâli, le roi, formé de l'article arabe ecli pour al et du persan clulh, roi. Le joueur qui met le roi sous le coup d'une prise avertit son adversaire en disant: ech-châh, le roi! L'espagnol dit xaque! L'expression échec et mal est, dans le même ordre d'idées, une altération de l'arabe caU »LiJ! ecli-châh mât, le roi est mort, en portugais xamale ou xaque mate, en espagnol xaque y mate, en italien scacco matto.

La présence du ^ ou du c dans ces mots s'expliquerait par la manière dontles Arabes faisaient sentir le s h persan final; on sait qu'ils rendent souvent celte lettre par un g dj ou g dur, ce dont on peut voir un exemple plus loin au mot Emblic. 11 est vrai qu'on trouve en vieux français eschiis, escas, bas lat. scacalus; mais la forme actuelle échec ou eschec est encore plus ancienne et remonte au xi' siècle.

Quant à songer à l'arabe i^ cheikh comme employé pour chah, l'a de eschas, xaque, scacco, etc. ne le permet pas.

Efendi ou Effendi. Titre turc correspondant à notre monsieur. Transcription du turc j^<XajI efcndi, mot corrompu, dit-on, du grec av9sv7)]e (prononcé à la moderne ajthendisj, qui agit de sa propre autorité, seigneur^.

Ele'mi. Résine qu'on tire du balsamier de Ceylan et du balsamier élémifère de l'Amérique du Sud. Esp. elcmi, portug. gumileme. Bocthor traduit ce mot par j^i) *♦-« samagh lâmi, gomme de lami. J'ignore quelle est la provenance de ce lâmi. Dans une liste de termes techniques de médecine et de thérapeuthique arabes^, M. Sanguinetti a noté i^i) lâmi, gomme élémi. Mais l'ouvrage où il a recueilli ce terme est trop récent pour qu'on en puisse rien conclure sur la nationalité du mot'.

Elixib. Esp. et portug. elixir, ital. elisire. C'est l'arabe wi^i)! el-iksîr, terme par lequel les alchimistes désignent la pierre philosophale , la matière solide ou liquide qui doit servir à la transmutation des métaux, la poudre de projection : « In ipsis palveribus qui a philosophis vocantur elixir. -n (Opus mirahile de Mercurio ad ejus Jixalioyiem'^.) On trouve aussi alexir, «medicina alchymice prœparata» (Ruland, Lexic. alchem.), xir, yxir el ysir.

Le mot arabe lui-même n'est autre chose que la transcription du grec ^tjp6v, sec, médicament sec. On a objecté^

contre celte origine aue les Arabes transcrivent lo f par >iU »/f et non par j^ h; mais il existe d'nulrcs exemples de cette dernière transcription k* ou qn, -l M. Defrémcry en n cité trois": (t**-*Aj boqsU, buis -= wv^os: l9Uu»Ju Iuwmmât, bi.scuit =*=■ ■aa.^ynxSwv, et (^.*<«i^l abnik-Hlt — wpâ^n. Dans la terminologie pharmaceutique, élixir n oubi une déviation de sens analogue h celle iVakool; le mol ne se dit plus aujourd'hui que de liqueurs résultant d'un mélange de certains sirops avec des alcoolala.

Emblic, Embliqde, Ambliqur. Terme de droguerie; espèce de myrobolan. Latin du moyen ôge emblicut (voy. Chebcle), «emblica Arabes emdelgi vocant», dit Jean Baubin, d'après Garcias [Uistor. plantn-um uitivcrs.). (/est en effet l'arabe ^! mnledj, qui est le persan tX»T amleh, venant lui-même du sanscrit nmlak. J^\ nmledj est dans Razi. (Trait. 111, ch. xxviii, folio li'j recto du man. déjA cité.) La forme sanscrite est restée dans le malais JiU mnlàka, emblic officinal, lequel, d'après les traditions malaises, a donné son nom à la presqu'île de Malacca''.

Emir. Transcription de l'arabe -v«l emlr ou amu; chef; le môme mot qui a donné amiral. Dans certains pays musulmans, on dit mir; et de là vient le mirza Iv.*^, (ils d'émir, monsieur, des Persans.

Emf. Etoile ede la constellation de Pégase. C'est l'arabe v^l anf, nez, q-jiJ! ubl anf al-faras, le nez du cheval. L'étoile est en effet placée sur le mu.seau ou la bouche de

Pégase.

Ei'iNARD. Vieux franc, espinnrd, e.ipinace, espinoce, espinochc; esp. espinaca, portug. espinafre, ilal. spinace, lat. mod. spinacium, spinachium, spinaceum, spanarhium; grec mod. cnttvctxiov. Les étymologistes (et M. Dozy est sans doute du nombre, puisque espinaca, espinnfre mancpient dans son Glossaire) s'accordent ù dériver ces mots du latin spina, épine. Toutes les langues romanes se seraient donc entendues, le mot n'existant pas en latin , pour dénommer celte plante d'après un de ses caractères qui n'a rien de frappant, à savoir deux ou quaire petites pointes épineuses placées à la surface du calice'; encore manquentelles dans le grand épinard.

Mais la vérilé est que le mot a une origine tout autre; il vient sans contredit de l'arabo-persan jUjUmI, ^bUwt, »Ua*»i^, isfinâdj, isji'mâdj, aspannkh. Richardson (|ui cite ces trois formes, les donne comme venant du grec cmtvàKta, mais oTtivolxta est moderne et n'exisle pas dans la langue

' LiUré, Diet.

* Jouni. aiiat. mai 1 866 , p. Ssa. On peut voir aussi Dozy, Glosi. p. aSg. ' L'auteur, Alkalioubi, est mort en iGBg.

* Dans le man. lat. n° 71 47, ancien fonds, de la Bibl. nat. p. 18 verso. Le même volume contient un traité intitule Etixiris compotilio vera; il semble (laduit de l'hébreu et commence par ces mots : tt In notnine Adonay.»

' IL Zotenberg, Hev. crit. ao avril 1867, p. a^a.

• Joum. oâiai. août «867, p. i85.

' Voy. le Cliedjarat malayou, p. ip- du lexle édité par M. Dulaurier.

' «Espinars ou espinoclies, ainsi dites â raison que leur graine est spineuse.n (Agrtc. «I maiion ruttiqu» de M. Charles Estienne el Jean Liebault, p. ao4.)

ESC

classique; c'est la dérivation inverse qui est vraie^ Jean fiauhin écrit cntavâx"^-, qui correspond à spanachium et à ospwmkh, «sumpto nomine (dit-il) a rarilate (amivios signifiant rare)^ quod raro ilio medici utuntur», ce qui rappelle la fameuse étymologie «a^Ma, a que vivimus. »

Du reste, le célèbre botaniste du xvi' siècle ajoute qu'on appelle aussi l'épinard hispaniense ou htspmicum olus, i(';jumc d'Espagne, «ibrlasse quod inde primum duxerit originem. » Nous voilà bien loin de Xépine de nos étymologistes actuels. Nous n'avons pas besoin de dire que la prétendue qualification d'espagnol est due à une coïncidence fortuite de son. Jean Bauhin ajoute d'ailleurs que îes anciens auteurs ne font aucune mention dei'épinard, sauf les Arabes qui le nomment htspanac^.

Bauhin , en effet, avait pu relever le mot dans Razi qui, dès la fin du ix° siècle, faisait un grand éloge de ce légume'. «Les épinnrds ont été apportés d'Orient en Espagne», dit une phrase citée en exemple dans Littré; et les bolanisles savent que cette plante, jadis inconnue en Europe, croh spontanément en Perse, ainsi que l'a constaté le voyageur Olivier*. Il ne peut donc rester de doute sur l'origine arabo-persane du mot èpinard.

Escarpin. Esp. escarpin, portug. escarpim, ital. scarpa, scarpino. L'étymologie de ces mots serait bien difficile, si l'en n'avait l'italien scappino et les vieilles formes françaises eschapin, cschappin, qui sont antérieures à toutes bs autres. Joignez-y l'expression «mettre les souliers en escapiner», c'est-à-dire en pantoufles (dans Du Gange). Il me semble impossible de ne pas rattacher ces formes .sans r aux vieux mots : escafe, chaussure, et aussi coup de pied au jeu de ballon, cscafilon, escafiilon, escaffpnon, chau'-sure légère; escafinon, même sens; ba.s lat. scaffones, scuffones, scojoni^. Et maintenant, comm!?nt ne pas songer à l'arabe <uSm\, til5Cw! askaf, isicâf [eskûjl, dans Bocthor), cjj5Cw! ouskoûf,

i^S^sakkâf, tous mots signifiant cordonnier?

On peut joindre aux mots qui précèdent, comme ayant, suivant toute vraisemblance, une même origine ; escoffraie, écoffrai, écojroi, boutique de marchand de cuirs; escoff.er, bas lat. escûjerius, marchand de cuirs, et peut-être escaupile, mot emprunté à l'espagnol, qu'on lit dans ce passage de Robertson : «Les armes des Mexicains ne pouvaient pénétrer ni les boucliers des Espagnols ni leurs corselets piqués appelés escaupiles. » (Hist.d'Amér. trad. t II, p. 3o8.)

Mais tous ces mots sont-ils d'origine orientale? C'est

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