FIR
(Rouillet, Dirtionn. des sciciic.) C'est l'ndjeclif firal)c j5iUi fdâli, de Talilet ou Tnfilalct. En cspn{jnol,^/c/i ddsifjne une sorte de tissu fabric|U(5 originaircinenl dans le môme pays. M. Defn'mery' a le premier élabii cette dtymolofjie, abondamment confirmée par M. Dozy dans son Glossaire, p. a68. L'espafrnol a aussi tajllete dans le sens de maroquin, peau de Tafilet.
FiRMAN. Ce mot est le persan ^J^^fermân, ordre (yiy«j fennoîukn, ordonner), qui a passé dans toutes les langues musulmanes et nous est venu par les Arabes ou les Turcs.
FoMALHAUT. Nom d'un<-' étoile de première grandeur, a du Poisson austral. Es^.Jomahant, fomalumte. C'est l'arabe o^ *i /oum al-haut, la bouche du Poisson, une des quinze étoiles de première grandeur citées par Alfergaiii, qui la ratlache au signe du Verseau^. Le terme arabe a été altéré de bien des façons par nos anciens astronomes; car Lalande cite les formes fomahana, fumaliant, fumalkant, Jhutabant, Jomahaut et, d'après Schickard , /bïJw/cM<(. Cette dernière forme est remarquable en ce qu'elle montre une transcription du ^ h par un c, sous la plume d'un des plus célèbres orientalistes du xvii° siècle; fomolcuti représente en effet très-exactement l'expression arabe prononcée avec les terminaisons casuelles,ybH»imoM '/-Aawtj. Tycho-Brahé écrit /b»ja/ifln(.
Fonde, Fondic, Fondique, Fondodc. Esp. fumhigo, alfomhga, alfondiga, alhondiga; portug. alfandega^ (douane), '\\.i\\. Jondaco. Tous ces mots signifient ou ont signifié magasin, boutique, maison pour recevoir les marchands étrangers , hôtellerie. C'est l'arabe (^:><J^ fondouq , même sens. L'arabe vient lui-même du grec xsavSoxshv , ou plutôt aârSoiios ou tsdvSo')(pi.
Je n'hésite pas à réunir, ainsi que l'a fait M. Littré, fonde a\ecJondoue. L'accentuation a produit ici un fait ana-
G;lC
logue à celui que nous avons conslalé pour allicrge. (Voy. Abhicot.) Je crois donc que Miiller a raison lorsqu'il propose de raltachcr l'espagnol yîWa aux autres vocables dérivés de (i<Slifondouq. On remarquera (jue, dans alfondega , alfandiga, etc. l'accent tonique est surdon. Une rue de la ville de Cahors s'appelle encore la Fondue; c'est probablement un mot de la même famille.
Fou. Une des pièces du jeu dca échecs. Esp. aijil, nrjil, portug. alJil, ital. alfdo, alfno, bas lat. alpkilis, itljilits, alphiUus, alphinus, vieux françab auphin, aujin, anjfin, dauphin. De l'arabe ^ fil (persan Jaj pil), éléphant, avec l'article al-fil, parce que la pièce en question avait, chez les Orientaux, la figure d'un éléphant. La dérivation des formes qui ont gardé l'article al, nu,, est évidente. Celle de/o« ne l'est pas autant: on a dâ dire//, jtmsfol, par assimilation avec le personnage de la cour qu'on appelait le fou ou le bouffon du roi. C'est par une assimilation analogue que Vaufn est devenu le dauphin*, tant il est vrai, comme je l'ai dit ailleurs, que le peuple a une tendance naturelle à altérer les mots étrangers pour leur donner une apparence de signification dans sa propre langue.
FouTAH. Portug. fola. Le nom de celte étoffe (ou vêlement) est persan : isj^foutah; mais il a surtout été répandu par le commerce arabe. Les Arabes écrivent iJa^i foula. Ce fut de bonne heure un objet d'échange avec les Iribus africaines et océaniennes. Dans un ouvrage du i* siècle de notre ère intitulé ô^] t-*.»!:^ Merveilles de l'Inde, on voit un navire arabe commerçant avec des nègres, payer le prix des esclaves avec ce produit de l'industrie orientale : r^<w<^' cs^^s j*^^} idsyôi> (>^*à)tj ^yU^j; t( et nous en achetâmes avec deafoutahs, des dalles et des bagntrlles. » (iVIan. appart. à la collecl. de M. Schefer, p. 8.) (Voir sur ce mot Dozy, Gloss. p. 270, et S. de Sacy, Chrest. ar, t. P%p. 195.)
Gabklle. Esp. alcabala, alcavala, gabeîa, portug. alcavala, gahclla, ital. gabella. Les mots alcabala, alcavala, signifiant impôt, toa;e, viennent certainement de l'arabe aJLaJI al-qabûla, qui a été employé dans le même sens (de la racine JaS qabal, recevoir, prendre). Mais Diez conteste que la même étymologie convienne à gabcla, gabella, gabelle, qu'il veut tirer de l'anglo-saxon gaful, gafol. La seule raison qu'on donne pour rejeter l'étymologie arabe, c'est que le (3 y ne deviendrait jamais g dans les langues romanes. M. Dozy' fait remarquer avec raison que l'italien écrit aussi caballa, cahella (la permutation entre c et g- n'est
pas rare en cette langue). D'ailleure on a plusieurs exemples de (^ q devenant g (p. ex. algodon, coton, de fjai qoton), et de toute façon rien ne s'oppose à l'identification de tous ces termes avec le terme arabe.
Gâche. Personne n'a songé à comparer ce mol à l'espa^ gnol alguaza, penture, gond, pas même M. Dozy en établissant l'origine arabe du terme aragonais**. Cette origine même tend à confirmer l'identité des deux termes; car l'arabe isJl ar-razza signifie à la fois go)id et gâche. (Voy. plus loin au mot Mortaisb.)
' /oijcn. osi'at. janvier 1861, p. 90.
* Éilit. de Golius, p. 76.
' Alfandega manque dans le Gloss. de Dozy, qui donne alhandega , simple variation orlliograj)Iiique.
' Voir ce que je disais à ce sujet dans la Rev. de l'ittstr. publ. numéro du aS janvier 1866, p. 677. Voyez aussi Defrémery,younwiosia(igu«, janvier 186a, p. 88.
' Glots. p. 75.
• Glois. p. i3i. «Les Aragonais, dit M. Dozy, doiveol l'avoir reçu de personnes qui no pouvaioul pas prononcer lo r, el qui, fiar ronséqiienl, étaient au,«si obli/jécs dans celle circonstance de ne pas assiinilir l.i consonne de l'article  la première consonne du sulislanlif.» Pour moi, je pense, ainsi que je l'ai dit ailleurs (Mém. de laSoc. de ling., l. III, p. 1G8), quecat r, «ccidenlellement grasseyé, a été confomlu avec un rh (gliain).
GAL
Galanga. Esp. et portuu[. galanga, anc. franc, gakngal, garhigal, angl. galangale. Le nom de cette plante, originaire des Indes, nous est venu par l'arabe yl:s\Xi- klinlandjm. On la nomme aussi langas, lanquas, qui est le malais (j~jX«J langkouas. L'ancienne forme vulgaire est galangue: «La pulpe d'arlichaud, cuicte en bouillon de chair, mangée avec sel, poyvre et galangue en poudre, sert à l'acte vénérien. » (^Agi'icult. et maison rustique, de Jean Liebault, liv. II, ch. xiv, p. 200.)
Gaviaciie. Mot vieilli qui signifiait guêtres, et que Diez tire de gamba. (Litlré.) La vraie étymologie, je crois pouvoir l'affirmer, est le nom d'une ville africaine, (j.mi!>Xs Gadamès (dans l'État de Tripoli), célèbre par ses cuirs «moelleux comme une étoffe do soie», dit un auteur arabe ^. Dans le Quercy, ie Rouergue et sans doute en plusieurs autres parties de la France méridionale, on appelle encore garamaches (^gorromatzos) les grandes guêtres ou jambières de cuir des cavaliers et les grosses hottes à l'écuyère. Le mot nous est sans doute venu par l'espagnol guadamaci, portug. guadatnecim, qui désignait autrefois une espèce de cuir fabriqué d'abord à Gadamès et plus tard en Espagne même^.
Gambib. Substance astringente, analogue au cachou , que les Malais mâchent avec le bélel, et que l'industrie européenne emploie pour la tannerie. On écrit quelquefois gamhier, à la façon hollandaise. C'est le malais v^Xg-amitr, nom d'un arbre de l'archipel Indien, le Nauclea gamhir des naturalistes, dont les feuilles fournissent cette substance par décoction '. Celle-ci est nommée parles Malais j-siJ^ *^ ghetah-gambir, gomme de gamhir, du mot a*^ glietah ou gatah, gomme, baume.
Gandascli. Plante des Indes orientales cultivée dans nos serres pour ses fleurs et son parfum. Du malais ^i^ùJi^ gandasoûli. On peut voir ce que dit l'abbé Favrc " de l'origine de ce nom, dont la première partis paraît être le sanscrit g-anrfa, odeur.
Gandole. Plante des Indes orientales qu'on mange à la façon des épinards (^gandola, de Rumpf). Du malais J^J^Ji^ gmidôla ou goundôla.
Garbin. Vent du sud-ouest. Ital. garhino. De l'arabe j^ gliarbl, occidental, adjectif dérivé de c>^ gharb, couchant, occident, mot d'où vient aussi le nom du Magreb, en arabe, Vr** niaghreb ou maghrib, occident, Afrique occidentale, et notre terme maugrebin, habitant du Magrcb, Maure.
Gaupe. Est-ce l'arabe iC*.^ qahba, vieille femme, courtisane, qu'on lire de <-«i qaliab, tousser, par allusion au loussement dont les courtisanes se servent pour attirer les chalands? Les dictionnaires persans et turcs donnent aussi *A^, A*^, qabpè, qahpè, dans le même sens; et Richard-
GEN
son , *'>l^ »<j^ qahhi-khaneh, « a brothel n ; qnhha est actuellement le tenue usité en Algérie. Le patois napolitain appelle guappa une femme hardie, batailleuse, matamore. (Voy. Naples et les Napolitains, par M. Marc Monnier, dans le Tour du Monde, IV, p. 2 9 3.) Comp. les termes d'argot populaire g'OMrt^e, gouapeur^.
Gazelle. Esp. gacela, gacele, gacel, aiitref. algacel; portug. gazella, ital. gazzella. De l'arabe Jijs gluizâl, même sens. BufTon a donné le nom à^algazclle à une espèce de gazelle, qui, selon Cuvier, ne diffère pas de la gazelle proprement dite.
Gecko. Espèce de lézard des contrées chaudes. Valentijn prétend que les Javanais se servaient des humeurs sécrétées par cet animal pour empoisonner leurs flèclies. En malais, (^XaS gliskoq, par imitation de son éri. Dans les mots terminés par un (^ q, cette finale se fait à peine sentir.
Géhenne. Ce vocable biblique peut être cité comme un curieux exemple de la transformation de sens que peut subir un mot par l'effet du temps et des circonstances. La vallée d'Hinnom ou du fils d'Hinnom, en hébreu Din"j3 '3 gêi ben-hinnom, ou simplement gêi ttirmom, était un lieu de plaisance, au-dessous des murs de Jérusalem : «De belles fontaines répandoient leurs eaux dans tous les jardins, dont la verdure et les beautés rendoient ce lieu très-agréable. Il y avoit aussi beaucoup d'arbres fruitiers et des plantes d'une odeur merveilleuse^.» Les Juifs s'avisèrent d'y bâiir un temple à Moloch, à qui ils sacrifiaient des victimes humaines. Le roi Josias ayant supprimé ce culte sanglant, et voulant rendre cette place souillée désormais exécrable à tous les Juifs, y fit répandre toutes les immondices de la ville. Après avoir été un but de promenade, un lieu de délices, la vallée d'Hinnom devint un objet d'horreur, si bien qu'à une époque postérieure géhenne fut synonyme d'enfer. Plus tard, ce ne fut que la torture. Et enfin, le mot se contractant en gêne a perdu, de nos jours , presque tout J l'énergie de ses significations antérieures.
Gémara. Partie du Talmud. Transcription de l'hébreu iTiDî gemarah {g dur). Le verbe ii33 gamar signifie achever, compléter; la gémara est en effet une glose qui sert de commentaire à une partie de la Mischna.
Gemmadi. Cinquième et sixième mois de l'année musulmane. En arabe, t^il^t djoumâdfi, prononcé chez les Turcs djoumadi ou djemadi (voy. Meninski). Gemmadi est la transcription usitée chez nos écrivains du xviu' siècle.
Genêt. Espèce de cheval d'Espagne. Nous avons emprunté ce mot à l'espagnol ginetc, cavalier armé à la légère, terme pour lequel on a proposé une foule d'étymologies aussi peu satisfaisantes les unr; que les autres. (Voy. le Dict. de Littré.) M. Dozy'' a fait voir que g-inete vient
• Vov. Dozy, Ghst. p. a8o.
• Ibid.
' Dans son Uerbarium Arnboinense, le botaniste Riiiiipf cite l'arbre gambirlaut, qui e«t le malais <^yi ya^aambir làout, gambir de mer.
• Dicl. mal.-Jr.i. I", p. 44o.
• M. K. Rolliind {lùiunepoptil. de la Fr., p. lo) raltaclie goupe à tavpt,
• Simon, Dict. de la Bible ( iC(j3).
' Glo$ii. p. 976, «77.
GEN
de âjU) zennta, grande nation berbère connue pour la valeur de sa cavaierie. De ginete, qui est aussi en portugais, le catalan avait iailjanet et l'italien giannetto.
Genette. Esp. et portug. (pneta, latin des natural. genettn. D'après M. Cherbonncau S le nom de ce quadrupède africain est, en arabe, la*'^ djerneit. Citons, pour mémoire, l'hypothèse de Sonnini : «Ce nom est venu vraisemblablement, dit-il, de ce que la genette se tient volontiers dans les cantons couverts de genêts, fort communs en Espagne^.» Le savant naturaliste oublie que genêt, en espagnol, se dit ginesta et non gineta.
Quant à genette, courte lance, c'est l'espagnol gine<a, dont l'origine est la même que celle de ginete. (Voy. cidessus Genêt.)
Gengéu. Espèce de sésame. Esp. aljonjoU , ajonjoli, portug. gergelim, zirgelim. On trouva aussi, en français, jugeoline, jugoline (dans la Botan. de Jean Bauhin). C'est l'arabe yS^s;^. djoundjoulân , prononcé, en Espagne, djondjolîn; \'â long, en ell'et, s'adoucit très-fréquemment en S ou en t.
Gerboise ou Gehbo. Lat. des natural. gerhoa, esp. ger~ hasia. De l'arabe ejj^ yerbo'. On peut voir, sur ce petit animal et sur les auteurs qui en ont parlé, le Voyage en Nubie de Bruce, t. V, p. i45 à 162 (édit. Panckouke). M. Cherbonneau écrit f^/?- djerhoa. [Dict.fr.-ar.)
Ghazel, Petite pièce de vers amoureux chez les Orientaux. C'est i'arabe Ji* ghazal: «Ce mot, dit d'Herbelot, signifie des vers amoureux qui ne doivent pas excéder le nombre de dix-sept ou dix-huit beits (o^aj) que nous appellerions disliques, mais dont chacun n'est qu'un vers arabique. Lorsqu'ils passent ce nombre, le poëme s'appelle cassiJah (ô^Xa*** qas'ula), qui répond à notre élégie. Le gazai ne peut être aussi moindre que de sept beits, ou tout au moins de cinq; car, quand il n'y a que quatre beits, c'est un rabeât (i^^) rebâ 'a) ou quatrain. Les deux premiers beits d'un gazai s'appellent metidà (^xXk* malla', début), et les deux derniers, mecllid (^SaJi^ maqta', conclusion). » {^Bibliolli. orient.)
GiAocB. Mot par lequel les Turcs désignent quiconque n'est pas musulman. Le mot^j^, prononcé par les Turcs ghiaour, est persan; sa vraie prononciation est gaivr, et c'est une autre forme du terme j^ ghebr, adorateur du feu , guèbre.
GiBBAB. Espèce de cétacé (baleinoptère gibbar). Ce
semble être l'arabe ^IXa^ djehbâr, géant, être d'une taille extraordinaire. Cependant, le naturaliste Rondelet, dans son célèbre ouvrage sur les Poissons, imprimé en i55^, donne une autre étymologie : «Vocant gibbar, dit-il, a gibbero dorso, id est in tumorem elato. » (^De piscibus mariiiis, lib. XVI, cap. xn.)
* Joum. atiat. i" sem. 18&9, p. 5/ii,