XVII
— ÉTYM. Provenç. artipcial; ital. artifiziale ; d'artifirialis, A' artificium, artifice.
ARTIFICIELLEMENT (ar-ti-fi-si-è-le-man) , adv. D'une manière artificielle. Un automate se meut artificiellement.
— HIST. xiv* s. Et ne trueve l'en pas de ceste science livres plus raisonnablement, artificialement et complectement composés que sont les livres de Aristote, oresme, Prol. ||xvi* s. Que celuy qui est studieux d'éloquence y note diligemment ce qu'il y a d'escrit purement et artificiellement [avec art] , amyot, Comm. lire les poètes , 43. La mareschalle, aiant reçu quelques discourtoisies en passant par les villes des refformez, soit qu'elles fussent par accident, ou qu'elle-mesme les eust artificiellement pratiquées, en irrita son mari , d'aub. Hist.it, 267. Et sont les dites tours si artificiellement construites que charrettes y montent aisément, h. du bell.
— Etym. Artificielle, et le suffixe ment. ARTIFICIER (ar-ti-fi-sié) , s. m. Celui qui fabrique
des pièces d'artifice.
— étym. Bas-lat. artificiarius , de artificium (voy. artifice).
ARTIFICIEUSEMENT (ar-ti-fi-si-eû-ze-man) , adv. D'une manière artificieuse. Il a parlé artificieusement. Il s'est artificieusement conduit dans cette affaire.
— ÉTYM. Artificieuse, et le suffixe ment; provenç. artifiziosament; esnagn. artificiosamente.
ARTIFICIEUX, EUSE (a-ti-fi-si-eû, eù-z"), ad). Plein de ruse, d'artifice, en parlant des personnes ou des choses. Discours artificieux. Femme artificieuse. C'est un artificieux coquin. L'ambition a fait trouver ces dangereux expédients où, semblable à un sépulcre blanchi, un juge artificieux ne garde que les apparences de la justice, boss. Le Tellier. Sacrés autels, vous m'êtes témoins que ce n'est pas aujourd'hui par ces artificieuses fictions de l'éloquence que je lui mets en la bouche ces fortes paroles, id. tb.
— HIST. xv* s. Mais cuer et corps et finance ruiner M'a fait du tout femme artificieuse, e. desch- F 'emmeet enfants. || xvi's. Nature, sage ouvrière, n'& jamais rien fait sans cause et sans une grande, artificieuse et admirable industrie, taré, i, 23.
ART
— ËTYM. Provenç. artipcios; espagn. arli/lcioso; d'artificiosus, d'artificium (voy. ARTIFICE).
ART1IXÉ, ÉE (ar-ti-llé, liée, (( mouillées, -et non ar-ti-yé), adj. Terme de marine. Garni de son artillerie, de ses canons. Un vaisseau artillé. Vieux; on dit maintenant armé.
— HIST. xiii* s. Avoit fait son chastel fermer, Qui moult estoit bien batilliés, Si fort est et si bien artilliés Qu'il necremoit ne roi ne comte, du cange, arttllaria. || XV s. Le roi d'Angleterre , accompaigné de vingt mil Anglois bien artillez, jean de troyes, Chron. (475. Si les habilla, remonta, arma etartillaleroyaumieusqu'ilpeut le faire, a. chart. Hist. de Ch. Vil. Artillié soit d'avis avantureux , Coulevrineset canons, à largesse, ch. d'orl. Rond. 54. || xvr* s. Il est certain que l'armée de Monsieur, artillée à plaisir, eust emporté tous ces gens de pied en huict jours, d'aub. Hist. I, 220. Quatre navires bien artillez pour estre marchands , id. ib. n, 300.
— ÊTYM. Espagn. arlillado; provenç. artilha , fortification. Artillé est le participe de l'ancien verbe artiller, pour lequel on a proposé deux étymologies. L'une est celle de Muratori , qui le tire de l'italien artiglio, griffe, serre; mais artiglio est articulus, et notre mot arteil (aujourd'hui orteil) ; or, il y a trop loin même du sens italien à artiller, pourvoir de toute sorte d'engins, et à artilleria , qui veut dire toute sorte d'engins, pour qu'on accepte cette étymologie. Reste l'autre qui n'offre aucune difficulté : ars, artis, art, d'où artillum, engin, arlillare, pourvoir d'engins. L'ancien français a artilleux, artificieux, dont l'étymologie, qui est ars, artis, confirme celle d'artiller.
ARTILLERIE (ar-ti-lle-rie, Il mouillées, et non ai-ti-ye-rie) , s. f. || i° Partie du matériel de guerre consistant en canons, bombes, boulets, etc. || Pièce d'artillerie , canon , mortier. || 2* Troupes employées au service de l'artillerie. L'armée est divisée en infanterie, cavalerie, artillerie, génie et marine. || 3° Fig. Bains et parfums.... Vin ducoucher, toute artillerie De Cupidon.... lafont. Orais.
— HIST. xirr» s. Et si tost comme il enforçoient, il getoient leur ars en l'artillerie [arsenal] au soudanc, et le mestre artillier leur bailloit ars si fors comme il lepooit teser [tendre], joinv. 234. || xiv's. Artillerie est le charroi Qui par duc, par comte ou par roi, Ou par aucun seigneur de terre, Est chargié de quarriaus en guerre , D'arbalestes , de dars , de lances Et de targes d'unes semblances, G. guiart, dans du cange , artillaria. Les diz complaignanz getterent pierres, garroz et arteilleries contre iceus nos ennemis, id. ib. Le suppliant s'arma de haubergeon, chapeline, garde-bras, arc, artillerie et autres armures invasibles, du cange, ib. Lors fist Bertran venir la bonne artillerie : Archiers, arbalcstriers commencent l'envaïe, Guescl. 20009. ||xv' s. Ainçois qu'il y parvint, il trouva un chastel que on appelle la Roche- Millon, qui estoit bien pourvu de bons soudoyers et d'artillerie, froiss. 1,1, 232. Il xvi' s. Des machines d'artilleries pour ruiner et demollir les villes, amyot, Démétr. 59. Si luy monstra incontinent le besoing la grande faute qu'il avoit faitte de laisser derrière son artillerie, id. Anton. 47. Mustapha , par ce moyen ayant foudroyé tout ce que l'artillerie pouvoit voir, mit la place hors de toute deffense, d'aub. Hist. 11, 245. On marcha au siège de Menerbe avec (5 pièces de toute artillerie, id. ib. 11, 373. Ils capitulèrent à la veuê du pétard, aprehendans ceste artillerie peu congneuë vers eux en ce temps là, id. ib. in, 403.
— ÊTYM. Voy. artillé. Provenç. artillaria, arlilheria; espagn. artilleria; ital. arliglieria. Artillerie, avant la poudre à canon, a signifié l'ensemble des engins de guerre , soit pour l'attaque soit pour la défense.
ARTILLEUR (ar-ti-lleur, Il mouillées , et non ar-ti-yeur), s. m. Soldat attaché au corps d'artillerie.
— HIST. xiv s. Jehan de Lyons, artilleur [chef de l'artillerie] du chastel du Louvre, du cange, artillator. Quiconque doresenavant vouldra estre artilleur et user du mestier d'artillerie en la ville et banlieue de Paris, c'est à savoir faiseur d'arcs, de flèches, d'arbalestes, id. ib.
— ÉTYM. Voy. ARTILLÉ.
ARTIMON (ar-ti-mon), s. m. Nom de celui des mâts d'un vaisseau qui est placé le plus près de l'arrière ou de la poupe. La différence avec les autres, est qu'il ne porte point de perroquets, et que la vergue le traverse de biais.
— ÉTYM. Artemo, dugrccàpTé[«ov, d'àpiâta, être suspendu, ou àptEto, disposer, lesquels tous deux se rattachent à âpw, arranger.
ART
■f ARTIOZOAIRE (ar-ti-o-zo-ê-r') , s. m. Terme de zoologie. Animal dont la forme est paire ou symétrique.
— ÊTYM. 'Apxio;, pair, et Çwâpiov, animal. ARTISAN (ar-ti-zan), s. m. || 1" Celui qui exerce
un art mécanique, un métier. Artisan habile, adroit. Il 2° Anciennement, artiste. Vous.... voyez dans les arts les secrets qui ne sont connus que des artisans, balz. Liv. vi, Lelt. 6. L'artisan exprima si bien Le caractère de l'idole, Qu'on trouva qu'il ne manquait rien X Jupiter que la parole, la font. Fab. ix, 0. Ce monarque guerrier, Qui ne pouvait souffrir qu'un artisan grossier Entreprît de tracer.... Un portrait réservé pour le pinceau d'Apelle , boil. Disc, au rot. Il 3" Fig. Auteur, cause. C'est un artisan de désordres. L'artisan des maux que le sort vous destine, Tombera le premier dessous notre ruine, rotr. Vencesl. m, 3. Nous sommes du bonheur de nous-mème artisans, Régnier, Sat. xiv. Chacun est artisan de sa bonne fortune, id. Sat. xiii. Quoi ! ce même Lépide, De nos derniers malheurs sacrilège artisan, volt. Triwnv. 1, 4. Trop crédule artisan de mes tristes destins, id. Œdipe, v, 2. Villars avait été l'artisan de sa fortune, id. Louis XIV, 48. II y a quelque chose de plusdoux à être soi-même l'artisan de sa propre grandeur et à ne devoir rien qu'à soi-même, Mlle de scudéri, Conversation des souhaits. || Proverbe. À l'œuvre on connaît l'artisan, c'est-à-dire le mérite d'un homme se connaît à ce qu'il fait.
— SYN. artisan, ouvrier. L'étymologie est au fond de la distinction qui existe entre ces deux mots. L'ouvrier, de opéra, œuvre, fait un ouvrage; artisan, de ars, exerce un art mécanique. L'artisan est un ouvrier; mais l'ouvrier n'est pas un artisan. On dit les ouvriers d'une fabrique, et non les artisans. On dit encore les ouvriers de la campagne pour désigner ceux qui labourent, moissonnent, fauchent, etc. maison ne dit pas les artisans de la campagne , ou ce serait un autre sens. Bref, artisan, retenant toujours son étymologie, indique l'homme exerçant un métier considéré comme art mécanique.
— REM. L'Académie ne donne pas le féminin artisane. Cependant des lexicographes réclament l'enregistrement de ce mot, qui en effet se dit : une artisane, la femme d'un artisan; la classe artisane, la classe des artisans. Dans les anciens dictionnaires, on trouve noté que artisane ne se dit qu'au figuré : La sagesse est l'artisane de toutes choses.
— HIST. xvi* s. Peintre, poète ou aultre artisan, mont, m, 26. Si bien que la facture De Partizan surmontait la nature, rons. 638. De Dieu certain ça bas viennent les songes , Et Dieu n'est pas artisan de mensonges, id. 644. De leur petit bec artisan, belleau dans H. est. Prècett. p. 70.
— ÊTYM. Bourguig. atizan; espagn. artesano; portug. artesào; ital. artigiano; bas-lat. artesanus; de ars, artis (voy. art), par l'intermédiaire du latin artitus, bien instruit; d'où un adjectif bas-latin, artitianus.
ARTISON (ar-ti-zon) , s. m. Nom commun des insectes qui rongent le bois, les pelleteries et les étoffes.
— HIST. xiv" s. Artuison , c'est ver de drap , Gloss. du p. labbe. H xvi* s. Ne plus ne moins que les artisons s'engendrent et se mettent principalement es bois tendres et doulx, amyot, Comm. dise, leftatt.3. Les artusons , mittes , vermisseaux et autres bestioles ne mordront aux fourmages, si on les frotte avec de la lie molle de bon vin, 0. de serres, 289.
— ÊTYM. Origine inconnue. On a dit aussi autrefois arte et artre.
ARTISONNÉ, ÉE (ar-ti-zo-né, née), adj. Rongé par les artisons.
— ÊTYM Arlison.
ARTISTE (ar-ti-sf), s. m. et /*. || 1« Celui qui exerce un des beaux-arts. Ce peintre, ce sculpteur est un grand artiste. Une jeune artiste, une pauvre artiste. Remarquez, pour la consolation des grands artistes, que les persécuteurs sont assurés du mépris et de l'horreur du genre humain, volt. Leur. Albergati, 23 déc. 4760. || 2" Adj. Qui a le génie, le sentiment, le goût des arts. Cet homme est né artiste. Il 3" Artiste dramatique ou simplement artiste, comédien. Il 4° Artiste vétérinaire, celui qui soigne les animaux malades.
— REM. Artiste n'a pris le sens qu'il a aujourd'hui que dans l'édition de l'Académie de 1762; il se disait : relativement, artiste en tapisserie, en orfèvrerie ; absolument, artiste, celui qui était chimiste, qui travaillait au grand art.
— HIST. xvi* s. Nature faict naistre, ez nations moins cultivées par art, des productions d'esprit souvent qui luicteiit les plus artistes productions,