BAY
chose avec une grande avidité. Vanité...; Oui baye après un bien qui sottement lui platt, Régnier, Sat.v. Ce verbe vieillit en ce sens. ||Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.
— ItEM. Il serait à désirer que la prononciation de ce verbe fût bé-ier et non ba-ier, tant à cause de l'analogie avec payer et de l'ancienne orthographe et prononciation béer, que pour le distinguer de bâiller. Ces deux verbes en efiet ont été souvent confondus, et le sont encore. La Fontaine a dit : C'est l'image de ceux qui bâillent aux chimères, Fabl. 11, 13; et : Le nouveau roi bâille après la finance; Lui-même y court pour n'être pas trompé, id. ib. vi, c. Les éditions données par la Fontaine luimême ont baailler (c'est-à-dire bâiller); mais c'est une faute de sa part (faute qui prouve qu'il prononçait ba-ier et non bé-ier) , et que des éditeurs subséquents ont corrigée avec raison. On lit de même dans St-Simon : Les tables sans nombre et à tous les moments servies; jusqu'aux bâilleurs les plus inconnus, tout était invité, retenu, 60, 2. Lisez bayeurs, et voy. ce mot.
— HIST. xii* s. Moût [je] voi baie celle gent d'or- Ienois, Bonc. p. 137. Pinabel ont saisi, qui gist goule baée, ib. p. 4 96. Et du douz lieu où mes cuers tent et bée, Couci, xvn. N'est pas amours dont on se peut mouvoir, Ne cil amis qui en nule manière La
[l'amour] bée à décevoir, ib. xvm Fins cuers
qui bet à haute honeur, Ne se pourrait de tel chose desfendre, 16. xxiv. || xiii" s. Et que c'est pour noient que rois Flores i bée, Berle, lxviu. [Une ourse] qui vers lui s'en venoit courant gueule baée, 16. xlvi. Pour qui ferai mais ne chançon ne chant, Quant je ne bé à nule amour ateindre? anonyme dans Couci. Qui honeur cace [chasse, poursuit], honeur ataint; Et ki à peu bée à peu vient, Bl. et Jehan, 2. Endementieres que Brun [l'ours] bée, Renart a les coins empoingniez Et à grant peine descoigniez, Ren. 10304. Mais qu'il ne puissent aparçoivre Oue vous les beés àdeçoivre, la Rose, 7456. Vers 1J b.uton tant me treoit Mes cuers, que aillors ne beoit, t6. 1736. Et quant il sera resaizis, li sires pot propozer contre li ce qu'il bée à demander, en la présence de ses pers, beaum. 47. Je ne me bée pas à combatre pour vostre querele, id. vi, 16. Or [elle] a quanques demandé a, Or a ce à qu'ele bea, Or a ele sa volonté, ruteb. il, 185. Sire de Joinville, foi que doi vous, je ne bée mie si tost à partir de ci, joinv. 304. Il xv" s. Et si tost après diner ils revenoient devant son hostel, et beoient en la rue, jusques à donc qu'il vouloit aller aval la rue, froiss. I, 1, 65. Et quant je voy que créature humaine X repentir n'a bien faire ne bée, E. desch. Souffr. du peuple. Et quant ce fut fait, il dit que les Turcs avoyent euxmesmes fait une partie de ce qu'il beoit à faire, Bouciq. 1, ch. 32. Nous avons beau coucher en raye, L'oreille au vent, la gueule baye, villon, Malle paye et Baillevent. Elle s'avança de venir beyer et regarder par les crevances des fenestres, louis xi, Nouv. c. Il xvi* s. Ores des dieux les autelz elle adore, Et de présents chacun jour les honore; Ores béant aux poitrines sanglantes, Regarde au fond des entrailles saillantes , dubel. ix, 8, recto. Tu ne verras béer les portes grandes De la maison espouvantable à veoir, Si paravant tu n'as fait ton devoir, id. ix, 41 , verso. Car c'est de là que vient la fine marchandise, Qu'en béant on admire, et que si hault on prise, id. 83, verso. Aller béant aprez les choses futures, mont. 1, 11. Qui ne bée point aprez la faveur des princes, id. iv, 165. Nous ne voulons pour conseillers et médecins ceux de Lorraine, qui de long-temps béent après notre mort , Sat. Mén. p. 177. Il acculoyt ses souliers, baisloyt souvent aux mousches , rab. Car. 1 , 11. Les gentilz hommes de Beauce desjeunent de baisler, et s'en treuvent fort bien, id. ib. 1, 46. On trouvoit les bestes par les champs , mortes la gueule baye , id. Pant. 11 , 2. Ressemblans aux petits oysellets qui ne peuvent encore voler, et qui baillent toujours attendans la becquée d'autruy et voulans que l'on leur baille ja tout masché et tout prest, amyot, Comment il faut ouir, 28.
— étym. Picard, béer et beyer ; Berry, pater et é-bader, ouvrir, élargir; wallon , bawi; namurois, bauï, bâiller et bayer; rouchi, baier, être étonné; provenç. badar; ital. badare. Êtymologie incertaine. Le bas-breton bada, être dans l'étonnement , est sans doute emprunté au roman. L'ancien irlandais bàith, sot, imbécile, et l'ancien haut allemand beilôn, muser, tarder, n'ont pas le sens primitif de bayer, qui est être béant. Diez propose comme conjecture une onomatopée, ba, exprimant l'ouverture de la bouche, avec un suffixe itare : ba-itare
BEA
BAYEUR, EUSE (ba-ieur, ieû-z'; quelques-uns prononcent bè-ieur, bè-ieuse; voy. bayer), s. m. et f. Celui, celle qui baye, qui regarde en bayant. La maréchale de Villa rs y alla [aux Invalides] pour le voir [Pierre I"] comme bayeuse ; il sut que c'était elle, et il lui fit beaucoup d'honnêtetés, st-sim. 407, 142. Les gradins les plus proches du trône étaient pour les dames de la cour, les autres pour les hommes et pour les bayeuses, id. 383, 173.
— ÉTYM. Bayer.
BAYONNETTE (ba-io-nè-f) , s. /".Voy. baïonnette.
BAZAR (ba-zar), *. m. || 1° Marché public en Orient. || Par extension, dans nos villes, lieu couvert où sont réunis des marchands tenant boutique et vendant toutes sortes de menus objets ou ustensiles. Paris a de très-beaux bazars. || 2" Fig. Grand centre où affluent les marchandises et les produits. Londres est un immense bazar. Et tous mes sens émus s'enivraient à la fois De la splendeur du jour, des murmures de l'onde, Des trésors étalés dans ce bazar du monde [Venise], delav. Slarino Faliero, 1,2.
— ÉTYM. Arabe, bazar, marché.
f BDELLAIRE (bdèl-lê-r') , adj. Terme de zoologie. Qui a des ventouses.
— ÉTYM. B5éX)a, sangsue.
BDELLIUM (bdèl-li-om'), s. m. Gomme résine qui vient du Levant et des Indes orientales. L'or de cette terre est excellent; on y trouve le bdellium et l'onyx, volt. Phil. iv, 12.
— ÉTYM. Hébreu, bdolach, Genèse, 11, 42; dans Dioscoride, 1, 80, jj.âoeXxov, poAyôv ou (IXo^év; dans Pline, xil, 19, brochon, malachum , maldacon. M. Lassen rattache ce mot au sanscrit madâlaka, qui, il est vrai, n'existe pas sous cette forme; mais on trouve madâra, qui n'en est pas très-éloigné et qui signifie un parfum encore indéterminé.
fBDELLOMÈTRE (bdèl-lo-mè-tr'), s. m. Terme de chirurgie. Instrument destiné à remplacer les sangsues pour les saignées capillaires, et qui fait connaître la quantité de sang évacué.
— ÉTYM. BôsXXa, sangsue, et (jtitpov, mesure.
f BÉ.... particule préfixe qui est la môme que ba.... bar.... bes.... bis.... et qui a un sens péjoratif.
BÉANT, ANTE (bè-an , an-t'), adj. || 1° Qui présente une large ouverture. Gouffre béant. D'autres veulent crier ; et leur voix défaillantes Expirent de frayeur sur leurs lèvres béantes, delille, Enéide, vi. Et les rapides dards deleurlangue brûlante S'agitent en sifflantdansleurgueulebéante, id. îo.n.La haute cheminée, Béante, illuminée, Dévore un chêne entier, v. hugo, Odes, v, 25. Il 2° Qui bée, qui regarde avec étonnement. Elles ont à leur suite une troupe béante, Régnier, Sat. m. Et les peuples béants ne purent que se taire, v. hugo, Crép. 5. || Être, demeurer bouche béante , être frappé de stupeur.
— HIST. xn" s. J'alasse à dieu grâces et merciz rendre, De ce que ainz [vous] soufrites à nul jour Que je fusse baans à vostre amour, Couci, xxiv. Il xiii" s. El [l'avaricej n'aloit pas à ce béant Que de la borse ostat néant, la Rose, 233. S'il est une dame envoisie Qui en un païs soit mananz, Chevaliers i aura beanz, Qui ne feront fors baer, Lai du conseil.
Il xvi" s et si est la caverne Du noir Pluton
béante nuict et jour, dubell. iv, 43, verso.
— ÉTYM. Ancien participe présent de béer , baer ou bayer (voy. bayer).
BÉAT, ATE (bé-a, a-t'), s. m.etf. || i' Homme ou femme plongée dans une grande dévotion et à qui l'entourage attribue une sorte de sainteté. Pour béate partout le peuple la renomme, Régnier , Sat. xiii. Castel dos Rios pressa le roi d'employer son autorité pour faire révoquer la condamnation que la Sorbonne avait faite des livres d'une béate espagnole qui s'appelle Marie d'Agreda, st-sim. 72, 177. Tu cours chez ta béate à son cinquième étage, volt. Disc. 7. Mon doux béat très-peu me répondait, Riait beaucoup et beaucoup plus buvait, id. Apol. du luxe, y Béates, nom de quelques femmes portant l'habit religieux, sans être cependant cloîtrées. || 2" Dans le langage de l'Église, celui, celle qui a reçu la béatification. || 3° Adj. Un ton béat, une mine béate, un ton, une mine qui exprime une dévotion outrée ou hypocrite. L'évêque de Troyes allait passer deux jours à Paris et s'en retournait dans sa retraite, sans avoir paru ni rouillé, ni béat, ni déplacé, ni gâté, st-sim. 422, 90. || 4° S. m. Terme de jeu. Celui qui, par le sort, se trouve exempt de jouer dans une partie et de payer sa part. Nous sommes cinq pour jouer le dîner ; "faisons un béat, et jouons deux contre deux. Il vieillit en ce sens.
BEA
BEA
BEA
— HIST. xvi' s. Les paovres beats pères jacobins, mineurs et minimes, hab. Pant. ni, 22.
— ÉTYM. Ilinlus, de beare, rendre heureux. BÉATIFICATION (bé-a-ti - fi- ka-sion ), s. f.
|| 1° Terme dogmatique. Cérémonie ecclésiastique, dans laquelle le pape, assisté du collège des cardinaux, déc'are, après des informations juridiques, qu'une personne de l'un ou de l'autre sexe a mérité par ses vertus d'être proposée au culte religieux et à l'invocation des fidèles. || 2" Terme de physique. Béatification électrique, expérience dans laquelle la lumière électrique fait paraître la tête d'un individu comme environnée d'une auréole.
— SYN. béatification, canonisation. La béatification diffère de la canonisation, en ce que la personne béatifiée est un bienheureux, et la personne canonisée un saint; ensuite, que dans la béatification le pape accorde à certaines personnes ou à un ordre religieux le privilège de rendre au béatifié un culte particulier; tandis que, dans la canonisation, il présent pour tous les fidèles le culte qui doit être rendu au canonisé.
— ëtym. Béatifier.
BÉATIFIÉ, ÉE (bé-a-ti-fî-é, êe),part. passê.Leur ennemi ne pouvait être béatifié que leur cause ne fût condamnée, balz. 6* dise, sur la cour.
BÉATIFIER (bé-a-ti-fi-é), je béatifiais, nous béatifiions; que je béatifie, que nous béatifiions, v. a. Il i° Rendre bienheureux. Il fallait qu'il les créât, béatifiât et guérit, pasc. J. C. 7. On aimerait autant Dieu, quand même (par supposition impossible) il ne voudrait jamais être béatifiant pour nous, fén. xviii, 312. Il 2° En termes dogmatiques, donner la béatification. || 3° Familièrement. Rendre heureux. Cette nouvelle l'a béatifié.
— HIST. xiv* s. Et semblablement des hommes nous béatifions ceulx qui sont très parfects eteomme divins et très bons excellemment, oresme, Eth. 28. Il xvi* s. C'est en quoy les roys ressemblent mieulx à la divinité, de pouvoir béatifier et rendre heureux tout un monde , par manière de dire, amyot, Moral, éplt. 2. Le ciel, qui par son influence m'a tant daigné beatirfier, carl. vi, 37. S'il eust pieu à sa saincteté me beatiffier [gratifier] d'ung remerciaient, par lettre de sa main.... id. x, 4 6.
— ÉTYM. Beatificare, de bealus, béat (voy. ce mot), et le suffixe ficare, faire.
BÉATIFIQUE (bé-a-ti-fi-k'), adj. Qui rend bienheureux; usité seulement dans cette expression : vision béatifique, la vue que les élus ont de Dieu dans le ciel. Le pape [Jean XXII] ayant prêché que les saints ne jouiraient de la vision béatifique qu'après le jugement dernier.... volt. Mœurs, 68.
— ÉTYM. Beatificus (voy. béatifier).
BÉATILLES (bé-a-ti-lT; Il mouillées, etnonbé-
a-ti-ye),s. f.plur. || l°Les menues viandes délicates, crêtes de coq, riz de veau, etc. dont on garnit les pâtés. Enfin Phébus, étant à souper à six pistoles pour tête chez la Coiffier, n'a pas mangé de meilleurs pâtés de béatilles que ceux dont j'ai tâté tantôt, Franci'on,liv.vi,p. 244. || 2" Certains petits ouvrages de religieuses, comme agnus, pelotes, boites, etc.
— ÉTYM. Diminutif de beatus, heureux.
BÉATITUDE (bé-a-ti-tu-d'), s. f. || i° Félicité parfaite et principalement celle des élus. La béatitude céleste. Des péchés véniels qui offensent Dieu à la vérité, mais ne l'irritent pas au point de nous priver de la béatitude, montesq. Lett. pers. 67. |l 2° En général, bonheur. Votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude. — Voilà un point vidé; mais votre béatitude! pasc. dans cocsin. J'ai trouvé, aussi bien qu'Aristote, que la béatitude n'était pas dans le jeu, et de fait je ne joue plus, voit. Lelt. 193. y 3° En langage mystique, on donne par excellence le nom des huit béatitudes à huit perfections de vertu que Jésus-Christ a relevées par ses éloges, en nommant heureux ceux qui les possèdent. Il 4" Titre d'honneur qui s'est donné aux ecclésiastiques. Votre Béatitude. Le clergé demandait la protection de Sa Béatitude [du pape] auprès du gouverneur, volt. Mœurs, 42.
— hist. xv* s. Désirant de laissier les choses basses et tendre aux haultes béatitudes, christ, de pisan, Charles V, 1 , ch. 44. || xvi* s. Celluy qui donne aux bons béatitude Le veult ainsi par sagrand rectitude, J. marot, v, 234. La béatitude et le souverain bien de l'homme ne gist point en quantité d'argent, amyot, Comment lire les poêt. 67. L'heur et la béatitude qui reluit en la vertu, mont, i, 70. Nos courtisans, qui ne parlent que de la béatitude de ceux qui prient Dieu à repos en leur maison, des accords, Bigar. Contre-peteries.
— ÉTYM. Beatitudo, de beatus, béat.
BEAC (bô) ou BEL, BELLE (bel, bè-1'; au pluriel l'as se lie : de beaux hommes, dites: de bô-z hommes; bel se dit devant un mot commençant par une voyelle, mais non pas indifféremment; c'est seulement devant le substantif auquel il est joint : un bel homme, un bel enfant, mais non pas : il est bel en tout temps, ni : ce drap est bel et bon, mais : est beau et bon; toutefois on prononce bel dans ces deux phrases presque proverbiales : Tout cela est bel et bon, mais.... On l'a bel et bien mis en prison), adj. || i'Quiplaltparlaforme.enparlantdes êtres animés. 0 le bel enfant. Un beau garçon. Femme très-belle. Sa pudeur la rendait encore plus belle. Un beau cheval. Un bel arbre. Des traits beaux et réguliers. J'ai vu souhaiter d'être fille, et une belle fille, depuis treize ans jusqu'à vingt-deux, et, après cet âge, de devenir un homme, labruy. 3. Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles, id. t'6. Vous vieillirez, 6 ma belle maltresse, Vousvieillirez et je ne serai plus, bêrang. La bonne vieille. Ce n'est pas le moyen de plaire à ses beaux yeux Que de priver du jour ce qu'elle aime le mieux, corn.
Cinna, ni, 4 Le lierre Qui croît beau tant qu'à
l'arbre il se tient bien serré, Et ne profite point s'il en estséparé,M0L.S3an.2. || Il s'emploie quelquefois avec de et un nom sans article : il était beau d'indignation et de colère. || Le beau sexe, les femmes. Il Ma belle amie, ma belle enfant, ou simplement ma belle, expression affectueuse et familière dont on se sert envers une jeune fille ou une jeune femme. Il Familièrement, élégant, bien vêtu. Une belle dame. Pourquoi vous faites-vous si beau? || Distingué. Le beau monde. Les gens du bel air. || Beau fils, jeune élégant à mise recherchée, à manières affectées. Ce Saumery avait un cadet qui faisait le beau fils et l'homme à bonnes fortunes, st-sim. 366, 91. H 2° Remarquable par les proportions, en parlant des choses , qui plaît à la vue , agréable. Une belle maison. Un beau théâtre. Beaux jardins. Un très-beau site.'' 1 v.slesbelleschosessontrares.Chacuntrouve beau ce qu'il possède. Les statues de Phidias, qui sont ce qu'il y a de plus beau en ce genre. La plus belle saison de l'année. Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable, boil. A. poét. I. ||3°Qui est en bon état, bon, qui fait bien une chose. Trèsbelle flotte. Champ de belle apparence. Belles moissons. Beau feuillage. Belle santé. Cette maison est en bel air. Un beau mangeur. Un beau danseur. Un beau diseur. || Beau joueur, celui qui fait les plus grandes pertes au jeu, sans laisser apercevoir le chagrin qu'il éprouve, et figurément, celui qui supporte galamment les diverses chances. || Belle humeur, bonne disposition de l'âme, gaieté. On dit, par belle humeur et dans la liberté de la conversation, de ces choses froides qu'à la vérité on donne pour telles, et que l'on ne trouve bonnes que parce qu'elles sont extrêmement mauvaises, la bruy. 5. Hier dans sa belle humeur elle entretint Valère, copn. Hor. 1, 4. Que cette belle humeur soit véritable ou feinte, id. Agésil. iv, 7. Il Digne d'être écouté. De belles paroles, de belles promesses. Combien de belles et inutiles raisons à étaler à celui qui est dans une grande adversité, pour essayer de le rendre tranquille! la bruy. 6. Il Ironiquement, de belles paroles, de belles promesses, des paroles dites, des promesses faites, sans qu'on veuille les faire suivre d'effets. || Un beau pinceau, un beau ciseau, un beau burin, pour dire un bon peintre, un bon sculpteur, un bon graveur. ||4° Pur, serein. Beau jour. Par un beau temps. Quel beau ciel! || 11 fait beau temps, il fait beau, le temps est beau. Elle se promène dès qu'il fait beau, sëv. 253. || Ironiquement, il fera beau temps, il fera beau quand.... c'est-à-dire à l'avenir la chose ne se passera plus de même. 11 fera beau temps quand je lui confierai un secret. || Les beaux jours, la saison chaude de l'année; et figurément, les beaux jours, les belles années, le bel âge, le temps, l'époque de la jeunesse. || En termes de marine, une belle mer, une mer qui n'est pas agitée. Il Mourir de sa belle mort, mourir de sa mort naturelle. H Â la belle étoile, en plein air. || 5°Fig. Grand, relevé, en parlant des choses de l'esprit. Beaux poèmes. Beaux génies. Belle harangue. De très-belles expressions. Il a laissé de beaux ouvrages. J'aime encore les beaux morceaux de Lulli , malgré tous les Glucks du monde, volt. Lettr. Mme du Défiant, 25 janv. 4775. Il Bel esprit, genre d'esprit qui ne manque ni de distinction ni d'élégance, mais qui tombe facilement dans la prétention. La Garouffière, qui prétendait fort au bel esprit, se fit apporter un portefeuille, scarr. .Rom. corn, il, ch. 43. ||Un bel esprit, un homme dont l'esprit est orné de connaissances agréables. Voiture est le premier qui fut en
France ce qu'on appelle un bel esprit , volt. Louis XI V, Écrivains, Voiture. Je le sais, Théobalde, vous êtes vieilli; mais voudriez-vous que je crusse que vous êtes baissé, que vous n'êtes plus poète ni bel esprit? la bruy. 6. Ascagne est statuaire , Hégion fondeur, Eschine foulon, et Cydias bel esprit, c'est sa profession, id. ib. Oui, allez dire qu'on peut nous voir; c'est sans doute un bel esprit qui a ouï parler de nous, mol. Préc. 7. Vous recevez beaucoup de visites? Quel bel esprit est des vôtres? id. ib. 10. Il II se prend souvent en mauvaise part. C'est un bel esprit ennuyeux; une femme bel esprit. || Les belleslettres, la grammaire, l'éloquence et la poésie. Il y avait des savants à belles-lettres qui ne cherchaient que la pureté des langues, fén. xxi, 44. H Les beaux-arts, l'éloquence, la poésie, la peinture, la sculpture, l'architecture, la musique et la danse d'expression. Il 6* Noble, élevé, généreux, glorieux. De beaux sentiments. Un beau caractère. Belle âme. Une belle naissance. Les beaux temps de notre histoire. Jugez mieux du beau feu qui brûle l'un et l'autre , corn. Rodog. m , 4. Don Rodrigue et don Sanche à l'envi font paraître Le beau feu qu'en leurs cœurs ses beautés ont fait naître, id. Cid, 1, i. Qu'il mourût, Ou qu'un beau désespoir alors le secourût, id. Hor. m, «. Rome unique objet d'un désespoir si beau, rac. Mithr. m, i. Par un beau désespoir me secourir moi-même, id. Baj. u, 3. Au nom d'une amitié si constante et si belle, id. Bérén. m, t. Conduisez ou suivez une fureur si belle, id. Andr. iv, 3. Mon malheur est parti d'une, si belle cause? id. Mithr. iv, 2. Ah! que d'un si beau sang dès longtemps altérée Rome tient maintenant la victoire assurée, id. t'6. v, 1. Vous ne souffrirez pas que le fils d'une Scythe Commande au plus beau sang de la Grèce et des Dieux, id. Phèd. 1, 3. Là, si tu veux mourir, trouve une belle mort, corn. Cid, m, 6. Je mourrai trop heureux, mourant d'un coup si beau, id. ib. m, 4. Il est beau de mourir maître de l'univers, id. Cinna, u, 4. S'efforce à noircir une si belle vie, id. Nicom. in, 8. Ah! Seigneur, d'une si belle vie Un si faible ennemi peutil troubler la paix? rac. Esth. 11, i. Et beau pour vous sera faire mentir Tout ce qu'a dit de moi la médisance, chaulieu, à Mme de Bouillon. Qu'il est beau de périr dans des desseins si grands! volt. Mort de Ces. 11, 4. || 7° Bienséant, convenable, honnête. Il est beau de.... Il serait très-beau, à mon avis, de.... Le plus beau rôle est de regarder. Il y a un langage qui est beau pour les vieillards. Trouvezvous que cela soit beau? Cela n'est pas beau. Il n'est pas beau que vous ayez pris sa place. || 8" Heureux, favorable. Un très-beau succès. Un bel emploi. Avoir de belles protections. Être en belle passe. Un beau commencement. L'occasion est belle, il la faut embrasser, rac. Plaid, v, i. Seigneur, l'occasion ne peut être plus belle, corn. Nicom. u, 8. Cependant puisqu'enfin l'apparence est si belle , id. t'6. iv, 2. La paix à qui nos feux doivent ce beau succès, id. Hor. 1, *. Pour moi qui, gémissant sous le poids des années, Ne dois plus espérer de belles destinées, royou, Phocion, m, 3. Et si ton entreprise a quelques beaux effets, Nous te reconnaîtrons par de plus grands bienfaits, mair. Mort d'Asdrub. 11, 4. Hélas j'ai cru ce jour le plus beau de ma vie, volt. Brutus,m, 5. Un vieillard qui succombe au poids de ses années Peut-il troubler ici vos belles destinées? id. Zaïre, m, 6. || 9° Gros, grand, considérable, précieux. De belles pommes. Une belle quantité d'or. Une belle somme d'argent. Belle fortune. Belle provision de livres. Ces conquêtes seraient déjà d'assez beaux prix de la victoire. Très-beaux présents. Belles promesses. Vous nous avez fait une belle peur. Une belle et bonne fluxion de poitrine. Mais beaux et bons sangliers, daims et cerfs bons et beaux , la font. Fabl. 11, 4». Il vous en rapportera un beau nombre, pasc. Prov. *. H Familièrement. Il y a beau temps qu'il est parti, il y a longtemps qu'il est parti. Il Dans un sens ironique. Répondez, beau défenseur des mauvaises causes. 0 le beau général ! Mon bel ami! Oh! la belle victoire que vous remportez! La belle chose, la belle affaire si...! Me voilà dans un bel état! Arrangé de la belle manière. Le bel appui que j'ai là! Belle demande! Aussi on en a fait beau bruit en Flandre, pasc. Prov. 19. Si faut-il voir si cette belle philosophie.... La belle chose de crier à un homme.... pasc dans cousin. La reine les mande [les maîtres des requêtes], les appelle de belles gens pour s'opposer à la volonté du roi, retz, h, 104. Vous vous taisez exprès et me laissez parler par belle malice, mol. D. Juan, m, t. Pendant ce beau discours Seigneur loup étrangla le baudet sans remède, la pont. Fabl. vin, 1 7. Quand tout le monde est des-
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cendu dans la rue, il s'y fait un bel embarras, montesq. Lctt. pers. 24. || Familièrement. Vous avez fait un beau coup, c'est-à-dire, vous avez fait une maladresse, une action blâmable. || En faire de belles, en dire, en conter de belles, faire, dire des sottises, des extravagances. || De belle sorte, ironiquement , de la bonne manière , sans ménagement. .... Que si la colère une fois me transporte, Je vous ferai chanter hélas de belle sorte, mol. Sgan. t. Nous les avons menés de la belle manière , p. l. cour. i, 2)8. || On lui en fera voir de belles, on le malmènera. Danslemême sens, il verra beau jeu. || 10°Quelquefois beau est redondant. On beau jour il pourra, je l'espère.... A beaux deniers comptants. Au beau milieu de la rue. Crier comme un beau diable. Le cheval le déchira à belles dents. Le chat et le renard comme beaui petits saints S'en allaient en pèlerinage, la font. Fab. ix, 4 4. Au beau premier lapidaire, m. t'6. I, 20. Que sa chatte en un beau matin, i». il). H, 48. || Fig. Déchirera belles dents, médire. || 11" Il fait beau, suivi d'un infinitif, il est agréable de. Qu'il fera beau chanter tant d'illustres merveilles! bac. Poésies, 2. || Ironiquement, il fait beau, on serait mal reçu à.... 11 serait étrange.... Il ferait beau alléguer l'opinion publique à Mademoiselle dePisseleu, p. L. cour, ii, 391. 11 me ferait beau voir aller à la fontaine des fées, Perrault, 23. Il nous ferait beau voir attachés face à face, mol. Amph. i, *. Il ferait beau voir une province entière se disperser dans les forêts, dider. Pens. phil. 6. || 12' Terme de jeu. Donner beau jeu à quelqu'un, lui donner des cartes mattresses; et figurément, donner à quelqu'un les moyens de réussir contre nous. Avoir beau jeu, avoir les cartes maltresses; et figurément, avoir l'occasion favorable. Cela lui fait beau jeu, cela lui donne un grand avantage. || Faire un beau coup, avoir un coup heureux. Fig. || Un beau coup de bourse, un grand gain. || Au jeu de paume, donner beau, jouer la balle de manière qu'elle soit facile à prendre. Donner beau sur les deux toits, envoyer la balle à son adversaire de manière à ce qu'elle porte sur les deux toits, ce qui la rend aisée à prendre. || Fig. et familièrement. Donner beau ou la donner belle à quelqu'un, fournira quelqu'un une occasion fa> vorable. Pour lui donner plus beau, elle ne cessait de le railler, hamilt. Gramm. 40. Nous convînmes [Bezons et moi] que, s'il [le duc d'Orléans] nous le donnait beau dans la conversation à l'un de nous deux, celui qui trouverait jour le saisirait pour pousser l'ouverture, st-sim. 264, 407. || Ironiquement. La donner belle à quelqu'un, se moquer de lui. Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle D'insulter ainsi notre ami , la font. Fables, xn, 2. Pinuccio nousl'allait donner belle, id. Berc. || La bailler belle à quelqu'un, lui en faire accroire. On m'en baille, en discours, de belles, Régnier, lipît. ni. || L'avoir beau ou l'avoir belle, avoir l'occasion favorable. Mme de Nemours fut desservie auprès du roi, Puysieux eut beau à la donner comme peu mesurée avec un prince du sang, st-sim. 4 29, 4 69. || Au jeu du mail, mettre en beau, ajuster au milieu pour franchir la passe. || 13" L'échapper belle, échapper à un grand péril. Nous l'avons en dormant, madame, échappé belle, mol. Femmes sav. iv, 3. Je viens de l'échapper bien belle, je vous jure, id. Éc. des f. IV, 6. || La manquer belle, perdre une bonne occasion. Le galant indigné de la manquer si belle, la font. Fiancée. || 14° Avoir beau, faire inutilement. lia beau se remuer, il ne réussira pas, c'est-à-dire bien qu'il se remue, il ne réussira pas. La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles, On a beau la prier, malh. à du Périer. On a beau la défendre, on a beau le prier, corn. Rod. I, 6. J'ai beau faire et beau dire afin de l'irriter, u>. Iléracl. v, 2. Je suis reine, seigneur; et Rome a beau tonner, Elle ni votre roi n'ont rienàm'ordonner, id. Nicom. I, 4. Crois que dorénavant Chimène a beau parler, Je ne l'écoute plus, id. Cid, îv, 3. Et mes feux dans mon âme ont beau s'en mutiner.... id. Rodog. iv, 4. Ils ont beau se cacher; l'amour le plus discret Laisse par quelque marque échapper son secret, id. Baj. m, 8. Ses vœux depuis quatre ans ont beau l'importuner, id. iirt'l. h, 2. J'ai beau pleurer, sa mort est résolue, id. Andr. m, 6. On a beau avoir des troupes, boss. Hist. m, 3. Vous avez beau dire et beau faire, sév. 4. On a beau étudier les hommes, fén. Tél. xn. Ce fait [l'Iliade renfermée dans l'alphabet] étant supposé, un homme qui voudra trouver de l'art dans l'Iliade, raisonnera très-mal; il aura beau admirer l'harmonie des vers, la justesse et la magnificence des expressions, iD.Ezisf.74.Nous avons beau leur annoncer qu'on meurt comme on a vécu, mass. Car. Mort. Vous avez beau faire montre d'une
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vaine intrépidité, id. Carême, Évidence. Les prophètes avaientbeau alors leur reprocher leurs injustices, m. Car. Culte. || 15° En termes d'escrime, avoir les armes belles, faire bien des armes et avec grâce. || 16" En termes de manège, ce cheval porte beau,
il porte bien la tête. || 17° S. m. Ce qui < si In le beau
côté d'une chose. Le beau est rare. Où est le beau dans un monceau d'or? Le beau de cette victoire c'est.... Quand on achète, il faut prendre du beau. Lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à souhaiter, tout le beau de la passion est fini, mol. Festin, i, 2. Pendant qu'il [le roi de Suède] rassemble de nouvelles forces, Dieu tonne du plus haut des cieux; le redouté capitaine tombe au plus beau de sa vie, et la Pologne est délivrée, boss. Anne de Gonz. || Tout ce qui éièvel'âme en lui faisant éprouver un sentimentde plaisir. Le beauidéal.Vous y cherchiez levrai, vous y goûtiez le beau, volt, tôt nat. C'est ce beau universel [de Platon] qui enlève le corps et qui fait oublier toute beauté particulière, fên. xviii, 323. || Enbeau, endonnantplusde beauté, et figurément, sous un favorable aspect. Peindre quelqu'un, quelque chose en beau. Je mets dans son portrait un peudeGrignanenbeau,SEV. 675. || Au beau, en parlant du temps, à un état serein. Le baromètre est au beau. Le beau fixe auquel le baromètre se tient depuis quelques jours. Faites un soupir ou un sourire, et dites que le temps est au beau, p. l. cour, i, go. Il S. m. Un beau, un homme recherché dans sa toilette et dirigeant la mode. || Familièrement. Faire le beau, la belle, se pavaner. || S. f. Une belle , une
femme qui a de la beauté le fécond pinceau qui,
sûr dans ses regards, Retrouve un seul visage en cent belles épars, a. chén.3. || Une belle, une maîtresse. Il attendait sa belle. || 18° Elliptiquement. Belle, avec un substantif féminin sous-entendu. Prendre sa belle, saisir l'occasion. Attendre sa belle, attendre une occasion favorable. M. Talon avait conclu en plein contre M. de Luxembourg; ce fut aussi où il arrêta son affaire; et à son érection nouvelle il attendit sa belle, st-sim. 47,495. H Terme de jeu. Jouer la belle, se dit de deux joueurs qui, ayant gagné chacun une partie, en jouent une troisième pour décider finalement du gain ou delà perto. || De plus belle, en augmentant. Le seigneur fait frapper de plus belle, la font. Paysan. La main qu'on lui serrait de plus belle à cette déclaration, hamilt. Gramm. 4. Bien le connais, ce dieu sans foi ni loi, Qui de plus belle, et sans savoir pourquoi, Veut prendre encor chez moi son domicile, chaul. o MmeD. || En conter de belles sur, raconter des choses peu honorables, peu favorables sur quelqu'un. On m'en a conté de belles sur son peu de probité, hamilt. Gramm. 9..|| 19"Toutbeau, loc. adv. Doucement, modérez-vous. Tout beau, ne les pleurez pas tous, corn. Hor. m, 6. Tout beau, ma passion, deviens un peu moins forte, id. Cinna, i, 2. Tout beau, Pauline, il entend vos paroles, id. l'oly. iv, 3. Tout beau : que votre haine en son sang assouvie N'aille point à sa gloire, il suffit de sa vie, id. Pomp. m, 2. Tout beau, Flaminius, je n'y suis pas encore, id. Nicom. iv, 4 Il faut sans discourir Que tu meures. — Tout beau! Mon âme pour mourir N'est pas en bon état, mol. Dép. m, 7. Tout beau, dira quelqu'un, vous entrez en furie, boil. Sat. i. || Tout beau, qui dans la langue de Corneille appartenaitau style le plus élevé, n'est plus aujourd'hui que du style familier. || Tout beau, tout beau! expression dont on se sert pour modérer les mouvements d'un chien. Ces chiens à qui l'on dit tout beau, sév. 499. || Bel et bien, bel et beau, bien et beau, loc. adv. Tout à fait, entièrement. Il le fit bel et bien. Dis-lui bien et beau [clairement] que.... mol. Dép. i, 6. || Proverbes. A beau jeu beau retour, rendre la pareille. || Ce que vous me proposez est beau et bon, mais je n'en ferai rien, se dit à une personne dont on ne goûte pas les propositions. || Il a le commandement beau, c'est-à-dire il ordonne des choses impossibles, ou peuimportecequ'il commande, on n'en tientcompte. || Voilà un beau venez-y-voir, se dit pour rabaisser une chose trop vantée. || La belle plume fait le bel oiseau, c'est-à-dire les beaux habits donnent de la bonne mine.
— REM. 1. La locution avoir beau pour dire faire inutilement, peut s'expliquer ainsi : avoir beau, c'est toujours avoir beau champ, beau temps, belle occasion; avoir beau faire , c'est proprement avoir tout favorable pour faire. Voilà le sens ancien et naturel. Mais par une ironie facile à comprendre, avoir beau a pris le sens d'avoir le champ libre, de pouvoir faire ce qu'on voudra, et, par suite, de se perdre en vains efforts. Fous avez beau dire, c'est, primitivement, il est bien à vousdedire; puis, vous pouvez dire, on vous permet de dire, mais cela ne
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servira à rien. || 2. Molière a écrit : Nous l'avons échappé belle, et c'est ainsi qu'on écrit maintenant; mais ce n'en est pas moins une irrégularité, et, dans le xn' siècle, on écrivait : il l'a échappée belle.
— SYN. beau, joli. Le joli n'est qu'un diminutif du beau; il n'en a ni la grandeur, ni la régularité, ni la généralité, ni l'idéal. La chaîne des Pyrénées vue du haut du pic du Midi est un beau spectacle; un joli paysage est quelque chose de bien plus restreint. Un vieillard peut avoir une belle tête ; mais il n'a jamais un joli visage ; une femme jolie peut n'être pas belle. Enfin le joli n'a point un type idéal de perfection auquel les lettres et les arts cherchent à se conformer.
— hist. x« s. Bel avret [elle avait] corps, bellezour anima, Eulal.
— xi's. Que nous perdons claire Espagne la bêle, Ch. de Roi. iv. Belsfut livespres, etli soleils fut clair, ib. xi. Bel sire reis , je vous ai servit tant, ib. lxvti. Ancui [nous] aurons un eschec [butin] bel et gent, ib. lxxxix. Quand Charles veit si bêles contenances [de ses guerriers] , ib. ccxiv. Je vous durrai [donnerai] moillers gentes et bêles, t'6. ccxlvii.
— xn* s. Li solaus luit, si fu et bel et cler, Roue. p. 32. Biaus douz amis, de moi aiez pitié, ib. p. 92. D'or est la boucle, et belle à esgarder, ib. p. 425. Bêle suer Aude, ne vous esmaiez mie, t'6. p. 4 74. Mais à dame de valor Bêle et bone et acesmée [parée], Couci, i. Moult m'a amors atournée Douce peine et biau labor, t'6. i. Et je la [madame] proi [prie] sans biau respons avoir, t&. ix. Au mont [au monde] n'a [il n'y a] voir [vraiment] si cruel traïson Qu'un bel semblant et courage félon, t'6. ix. Bêle dame me prie de chanter, t&. x. Je ne me sai tenir ne conforter De vous, biaus cuers, servir entièrement, t'6. x. Carquantjeme repourpens Comme ele est bêle à veoir, t'6. xn. Et sachez bien, se biauz servira ne ment [trompe], Que tous les biens qu'on peut avoir d'aimer, Aura mes cuers qui adès s'i attent, t'6. xiii. Mais moult m'est bel qu'à son vouloir [il] me maine, t'6. xiv. De ses biauz ieuz [elle] me vint sans desfiance Ferir au cuer, que n'i ot autre effort, ib. xn. Biauz sire Diei, comment pourrai avoir Vraie merci?... t'6. xvn. Et quant mi mal [mes maux] lui sont bel et plaisant, t'6. xx. Il est biaus et je suis gente; Quant l'uns à l'autro atalente, Pour quoi nous as despartis?Z)amc de Faiele dans Couci. Sa mère entra, si s'assiet devant li [elle]; Bel li pria : fille, prenez mari, Romancero, p. 73. La mère vit son enfant angoissous; Trop bel lui dit: fille, rehaitiez-vous, t'6. p. 74. Ce fu à Pentecoste que il fait bel et cler, Sax. xm. Helissant [ils] enmenerent, la bêle au cors legier, t'6. xvi. Quant li euens les i sut, moult lui fu bel et bon, t'6. xxn. Si bel leur a li cuens la parole taillie,[que] N'[y] a baron en la court qui de rien l'en desdie [dédise], t'6. xxxii. Nis [même] pur les mues bestes [pour la chasse des bêtes] faitilmult grief justise. Les beaus hummes deslaire, mètre maintàjuise [jugement], Th. lemart. 4 52.
— xm* s. Et por ce enveia li quens et Henris ses frères de lor nés [navires] chargies de dras et de viandes et autres belles choses, villeh. xxx. Quant la saison du douz temps s'asseûre, Que biaus estez se rasraine [rassérène] et esclaire, Lors [je] chanterai. ...eust. le peintre dans Couci, p. 4 25. Biaus très dousfils, fait-elle, commentosaspenser? Berte, m. Par un jour si très bel qu'il ne pleut ni ne vente, t'6. x. Belle, ce dist li rois, laissez ce deuil ester, ib. xvn. En la bêle forest où ert [était] maint haut sapin, t'6. lv. EtBlanchefleursleuraleur bel salut rendu , t'6. lxxix. Bel et courtoisement [il] a le roi salué, t'6. lxvii. Je vos aporte bones noveles ; Je quit [pense] que moult vos seront bêles, Ren. 968. Si vi ung songe en mon dormant, Qui moût fut biax, et moult me plot, la Rose, 27. Vers une rivière m'adresce , Quej'oi prèsd'ilecques bruire ; Car ne me soi aillors déduire Plus bel que sur celé rivière, t6. 107. Mais face dire ses paroles le plus biau et le plus corteisement qu'il pora, Ass. deJér. 46. On ne li pot biau veer [empêcher] qu'il ne feist se [sa] volonté et cortoisie à son père de ce qui sien estoit, beaum. xxxiv, 49. Et des autres conditions qui sunt entre les autres sers estranges, nous noz en avons biau taire, pareeque nostre livre si est des coustumes de Biavoisis, id. xlv, 34. Et porce qu'il peust le pueple garantir contre les enviex, et les malvès justicier, regardèrent cix qui estaient li plus bel, plus fort et plus sage, et lor donerent seignorie sor eus, id. xlv, 32. Tu iez Hester qui s'umelie, Tu iez Judit qui biau se père [sépare], ruteb. n, 0. Onques [homme] si bel armé ne vi [je
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ne vis], joinv. 22c. J'ai mes petis enfans à qui je sui tenus Plus qu'as povres estranges, ne qu'as frères menus; Je les ai jusque ci bien et bel maintenus, J. DE MEUNG. Test. 355.
— XIV s. Et aussi nulle punicion ne deffence ne b^au parler ou persuasion ne les pourrait retraira de mal faire, ouesme, Eth. 72. Par mon cliief! fist li ducs, voici chose faée;Li vilains nous en a une belle donnée, Oui nous a fait venir et regarder la bée, Guescl. 4 495.
— xv* s. Nous nous en avons beau [nous ferons bien] taire et souffrir, velà les frères au duc de Glocestre qui bien y pourvoiront, fhoiss.iii, iv, 6). Il les rappaisa [ses gens] au plus bel qu'il pust, m. I i 97. Et leur fit grâce pourtant que si bel et si vaillamment iU s'estoient tenus et desfendus conlre leurs ennemis, id. i, I, -146. Et le gentil homme qui pris m'avoit estoit très bel homme, id. m, iv, 42. Volontiers au matin, quand il estoit levé, mais que il fit bel, (Yvain de Galles] s'en venoit devant le chastel, id. h, ii, 30. Et leur montra adonc tant de belles raisons qu'ils s'en souffrirent [ils s'en contentèrent], ID. 1,1, 4 4 4. Si passa le roi son mautalent adonc au plus beau qu'il put, id. I. i, 296. Et le lendemain au matin, les dits Anglois ordonnèrent leurs batailles, et passèrent à beau pié la dite rivière, AL. chart. Hist. de Charles Vil.... en nom de Dieu tu la bailles Belle 1 de qui appelles-tu? ift'r. de Sle-Genev. À recommencer de plus belle, J'en voy jà les adjournements Que font, vers vieulx et jeunes gens, Amours et la saison nouvelle, es. d'orl. Rond. Etpourcesle cause allèrent à Pontoise les dicts ducs de Berry et de Bourgongne, et y eut articles faicts beaux et bons, lesquels pleurent à toutes les parties, juv. des tmsiNS, Charles VI, 44)3. Les Gois estoient trois frères, fils do Thomas le Gois qui estoit boucher, bel homme, et en son estât bon marchand, id. ib. 4 444. Je vous l'ay appellée ma dame, Et devoye dire demoiselle, Là où j'ay failly par mon ame; Pourquoy el'la me bailla belle, coquill. Le monologue du Puits. Et [le roi] eust eu beau se retirer en France, sans péril, si n'eussent esté ses longs séjours sans propos, comm. vm, 6. II fut là laissé toute la belle nuit, louis xi, Nouv. xxvn. Il auroit bel attendre, id. ib. Si s'avisa bon jacobin de venir voir sa dame et qu'à l'aventure il pourrait estre si heureux que de la trouver en belle, id. ib. xlvi. Quand il vit que par beau ne par laid [prières ni menaces] il ne là pouvoitoster de sa mauvaistié , id. ib. lxxxiv.
— xvi* s. Ses successeurs voyans qu'ils n'y gagnoient rien, se déportèrent bien et beau de ceste obstination, calvin, Instit. 909. Mais dessus tout, qu'il fit beau voir Le royarmé, accompaigné de princes! J. marot,v, 29. Or estCassan basty dessus ung hault, Et au beaupyô est la rivière d'Ade. id. v, 90. ....Aubeau travers[àtravers],iD.v, 443. 0! vousfacteurs [poètes] , parlant beau comme ung ange, D'honneuret loz donnez un million Au roy Loys , id. v, 4 36. De plus belle, id. v, 465. De plus beau [même sens], id. v, «8). Homme faulx, et bel enlangaigé Vault pis que faulx es mains d'un enraigé, id. v, 4 94. On a beau dire : une colombe est noire, marot, ii, 56. Belle en qui gistma mort ou mon secours, id. i, 353.Xbellesdents, mont.i, 24. Cette belle [ironiquement] sentence, id. i, 24. Eschylus a beau se tenir à.... id. i, 74. Tu as beau faire, douleur! si ne diray je pas que tu sois mal, id. i, SOI. Tant que l'ennemy est en pied, c'est à recommencer de plus belle, id. i, 364. Vrayement Protagoras nous en contoit de belles.... id. ii, 344. Il a bel aller à pied, qui mené son cheval par la bride, id. m, 287. Il est bel à veoir [évident] que d'ores en là ce leur est plus languir que vivre, la boetie, 29. Et, pour ce qu'en ce nom le beau est accouplé avecques le bon, le premier que je voyois beau et bien formé, je m'approchois de luy, id. «53. Il fait beau voir les habillements tous séparez.... cela est beau à l'oeil, id. 4 78. Ce beau tiltre de Bel et Bon qu'on t'a donné , id. 207.Voyla beau coude, ce dit quelqu'un. Bel estil vrayement, dit elle, mais non pas pour demeurer en veuë, id. 298. Amorces de bonne espérance et de belles paroles , amyot, Timol. 46. Hz employèrent leur loisir à un très bel et très digne exploit, id. ib. 23. Il s'en alla en tel equippage, dansant jusques au beau milieu de l'assemblée du peuple, id. Pyrrhus, 27. 11 feit imaginer à ses compagnons, que c'estoit belle couardise qui luy faisoit tenir ces propos là, id. Kieias, 39. Hz empoignoient à belles mains les bourdons des Parthes, id. Crassus, 48. Les corbeaux recommencèrent à crier arrière do plus belle, id. Phoc. 42. Paulinus ne voulut pas, remonstrant qu'il falloit aller tout beau, et
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ne se travailler pas trop, ny aller chaudement, id. Olhon, 4 6. Et dès lors recommença plus beau que devant à siffler, des pêr. Contes, cxv. Notre curé la bailla belle Aux huguenots de la Rochelle, d'aub. Fœn. il, 6. La royne d'Hongrie a beau [beau jeu pour] faire ce qu'il luy plaist, puisqu'on luy en donne le loisir, carloix, iv, 20. De ce que, par sa faveur, ils l'avoient, non pas si belle, mais si mortelle et sanglante, eschappée, carloix, vu, 4. X quoy le roy l'eschappa belle; car l'harquebusade.... brant. Launoy. Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle, Assise auprès du feu, devisant et filant, Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant : Ronsard me célébrait du temps que j'estois belle, ronsard.
— ÉTYM. Berry, Mau; bressan, bal; picard, biau et biel; provenç. bel; catal. bell; espagn. et ital. bello; de bellus. Bèze, au xvi* s. dit qu'on prononce beo, un e fermé s'entendant avec o et ne faisant qu'un son, et il recommande de ne pas prononcer biau comme font les Parisiens. Dansl'ancien français, au nominatif singulier, bels ou baus, au régime bel; au nominatif pluriel bel, et au régime bels ou baus. C'est du régime singulier que nous est restée la forme bel.
t BEAUCÉANT (bô-sé-an) et mieux BAUÇANT (bô-san), *. m. Nom de l'étendard des Templiers.
— HIST. xvi*s. Un grand baucent [étendard] vermeil, qui sera au boust du mast en enseigne nuit et jour.... Cinq baucens battis à or pour les trois grans nefs le roy et pour deux galées, du cange, baucens.
— ËTYM. Provenç. bausan. Bausan en provençal et en ancien français signifiait un cheval balzan, c'est-à-dire un cheval noir ayant des marques blanches au pied ; et en effet l'étendard des Templiers était mi-parti de noir et de blanc, ce qui lui avait fait attribuer le nom du balzan. On voit donc que la vraie orthographe et prononciation est bauçant ; beauceant est une fausse assimilation comme si le mot était beau-séant, qui sied bien. On trouve, il est vrai, dans des textes anciens, l'orthographe bauceant, mais, comme alors la cédille manquait, l'e n'est là que pour indiquer la prononciation du e.
•j- BEAU-CHASSEUR (bô-cha-seur), s. m. Chien qui crie bien dans la voie, et qui marche toujours la queue en l'air.
BEAUCOUP (bô-ltou;leppeut se lier, etilselietoujours dans le parler soutenu, devant une voyelle: beaucoup en disent du bien,bô-cou-p en disent du bien),ï. m. pris toujours sansarticle. || l°Proprementunbeau coup, c'est-à-dire une belle quantité, une grande ou belle chose, un grand nombre. C'eûtété beaucoup d'avoir mérité son estime. Celui qui possède beaucoup. Homme qui sait beaucoup. Beaucoup de sang répandu. Beaucoup de gens. Il a beaucoup d'autorité sur moi. Joindre beaucoup d'honneur à bien peu de rudesse, corn. JVicom. u, 4. C'était beaucoup pour moi, ce n'était rien pour vous, rac. Brit. iv, 2. On lui promit beaucoup, c'est tout ce que j'ai su, id. Esth. ii, 3. Il comptait pour beaucoup de l'avoir auprès de lui , hamilt. Gramm. 6. N'eût [II] voulu pour beaucoup en être soulagé, la font. Fab.i, 4. Toutes vos lettres me font plaisir et beaucoup, mais non pas toutes autant que la dernière, p. l. cour. Lett. i, 40. || C'est beaucoup, c'est faire beaucoup, se dit quelquefois par ironie, pour à peine, à grand' peine. C'est beaucoup qu'il daigne vous parler. C'est beaucoup s'il vous regarde. C'est faire beaucoup que de réussir à lui plaire. || X beaucoup près, locution par inversion qui est pour près à beaucoup, c'est-à-dire s'en manquant beaucoup pour être près, et qui signifie : avec une grande différence, avec une grande distance ; en plus si la phrase est affirmative, en moins si elle est négative. Il n'est pas, à beaucoup près, aussi riche qu'on le dit. Je suis son aîné, à beaucoup près. || De beaucoup, en quantité notable. Son dernier état deviendra de beaucoup pire que le premier, mass. Inconst. || Il s'en faut de beaucoup exprime une différence de quantité. Il s'en faut de beaucoup que vous ne m'ayez payé tout ce que vous me devez. Le pays n'est pas peuplé à proportion de son étendue, il s'en faut de beaucoup, volt. Hist. de Huss. i, 2. || Il s'en faut beaucoup , exprime une différence de qualité. Il s'en faut beaucoup qu'il soit aussi sage que son frère. 11 s'en faut beaucoup que cette étoffe soit aussi bonne que l'autre. 11 s'en fallait beaucoup, avant Pierre le Grand que la Russie fûtaussi puissante, \OLT.Hist. de Russie, 1,2. L'auteur n'est pas l'ami du comte Lally, il s'en faut beaucoup, id. S. de Louis XIV, ch. 34. Il s'en faut beaucoup que nos commerçants nous donnent l'idée de cette vertu dout nous parlent nos missionnaires;
BEA
on peut les consulter sur les brigandages des mandarins, montesq. Esp. ch. xxi. Il s'en faut beaucoup que Don Garcie soit une pièce indigne d'estime, Acger , édit. de Mol. || 2" Plusieurs. Beaucoup d'entre eux. Beaucoup en ont parlé, mais peu l'ont bien connue, volt. //enr. ch. n. || 3° Avec l'art, le. Le beaucoup. Séparer le peu d'avec le beaucoup, bayle, Dict. hist. Chrys. Rem. 0. || i" Pris adverbialement. Grandement. Il ne parlait pas beaucoup. Je l'aime beaucoup. Je m'appliquais beaucoup à l'étude. Chemin beaucoup plus facile. J'aimerais beaucoup mieux. Je vous suis beaucoup obligé, mol. Pourc. ni, 9. Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire, id. F. sav. iv, 3.
— REM. 1. L'usage ne permet guère qu'on joigne point à beaucoup; et c'est pécher que de dire : je n'en ai point beaucoup; dites : je n'en ai pas beaucoup. || 2. Beaucoup employé pour plusieurs doit être le sujet du verbe : beaucoup s'en plaignaient. Ou bien, s'il est régime, il doit être précédé de en:j'enconnaisbeaucoupquiprétendent....|| 3. Quand beaucoup se joint à un comparatif, si on le met après l'adjectif, il faut intercaler de avantbeaucoup : il est beaucoup plus diligent que son frère; ou il est plus diligent de beaucoup que son frère. [| 4. Beaucoup, suivi de la préposition de, veut que le substantif qui suit n'ait point d'article : il a beaucoup d'instruction, et non de l'instruction; il fait beaucoup de fautes, et non des fautes. || 5. Beaucmip, d'après sa formation, est un substantif employé comme nom de quantité, quand il est sujet de verbe ou complément, puisqu'il n'y a que les noms qui puissent remplir cette fonction; et employé comme adverbe quand il modifie un verbe ou un adjectif.
— HIST. xm* s. Nos engins getoient aus leurs; et les leurs aus nostres; mes onques n'oy dire que les nostres feissent biau cop, joinv. 224. || xiv* s. Et si [j'] avoie des esbattemens biau cop; car, en tout le chemin, on ne faisoit que chanter et veoir dames et damoiselles, nachault, p. 4 47. || xv* s. Et ne luy veis jamais tant de gens ensemble à beaucoup près, comm. il, 2. Et si luy manda que on l'a voit volu trahir, et qu'il y avoit eu deux Bourguignons prins dont l'un estoit pendu, et l'autre avoit requis qu'on luy saulvast la vie, et qu'il diroit des choses beaucop, BibJ des Chartes, 4* série, t. u, p. 666. || xvi" s. C'est beaucoup si la fortune y arrive une fois en trois siècles, mont. I, 207. Quand le peu suffit, le beaucoup devient superflu, lanoue, 263.
— ÉTYM. Bourguig. beacô; ital. bel copo; de beau et coup, c'est-à-dire un grand coup, un coup heureux, et de là une grande quantité. Cette locution ne paraît bien s'établir que dans le xiv* siècle, car biau cop dans Joinville est au propre; et il s'agit de beaux coups faits avec les engins de guerre. Mais, dès le xm* siècle, on disait grand coup au sens do beaucoup, ce qui est évidemment la même chose : Le roy ot, par la paix fesant, grant coup de la terre le comte, joinv. 206. Et dans le xiv* siècle : L'en [on] estoit en conseill souvent; Grant coup avoit de sage gent; Làoïssiez de beaux langages, Le livre du bon Jehan, 4 549.
t BEAUCU1T (bô-ltui), s. m. L'un des noms vulgaires du blé sarrasin.
— ÉTYM. Anglais, buchwheat, blé noir.
BEAU-FILS (bô-fl), s. m. Fils de la personne
qu'on a épousée; gendre. || ./tu plur. Des beauxfils.
— ÉTYM. Beau, fils. Beau est ici un terme d'affection qui , se disant très-souvent dans le moyen âge quand on s'adressait à des personnes qu'on aimait, bêle suer, bêle amie, biaus dous fils, etc. s'est attaché, dans la langue nouvelle, aux termes de parenté par alliance. St Louis disait à son fils : Biau filz, la première chose que je t'enseigne, c'est que tu mettes ton cuer en amer Dieu, joinv. Éd. fr. michel, p. 236. L'ancienne langue disait fillaslre pour beau-fils, marastre pour belle-mère, parastre pour beau-père; mais la finale astre ayant pris décidément un sens péjoratif, la langue s'est sentie inclinée à chercher une périphrase, et elle l'a trouvée dans l'usage ancien qui faisait de beau un terme d'affection , surtout entre parents.
t BEAU-FRAIS (bô-frê), s. m. Terme de marine. Vent maniable, soufflant uniformément,
— ËTYM. Beau et frais.
BEAU-FRÈUE (bô-frê-r') , s. m. Celui qui a épousé notre sœur, ou dont on a épousé le frère ou la sœur. Aux noms jadis si doux de beau-frère et de sœur, corn. Ilor. u, 6. || Au plur. Des beauxfrères.
— ÉTYM. Beau, frère (voy. beau-fils). L'ancienne langue disait sororge ou serorge, de sororius.
BEA
t BEAC-PARTIR (bô-par-tir), s. tu. Terme do manège. Beau départ du cheval, sa vitesse jusqu'à son arrêt.
— ÉTYM. 7?rat< et partir.
BEAU-PÈRE (Im-h'-i'), s. m. || i^Celui dont on
a épousé le Bis ou la BU». Est-ce ainsi que d'un
1rs un beau-père est l'appui? corn. l'nhj. m, 3.
il 2° Le second mari de notre mère. || Au plur. Des
beaux-pères.
— hist. xvi* s. Scipion, beau père de Pompeius,
— ÊTYM. Beau, père (voy. beau-fils). L'ancienne langue disait parastre.
BEAUPRÉ (bô-pré), s. m. Terme de marine. Mât placé à l'avant du navire, et couché sur l'éperon. Quoique nous n'eussions point de chaloupe dehors, je me jetai du mat de beaupré dans la mer, chateaub. Foy. Amer. 805. || Petit beaupré, le mât qui est placé sur la hune du beaupré.
— étym. Angl. bowsprit, de l'allemand Bugspriet, de Bug, la proue, proprement chose courbée, de biegen, courber, et de Spriet, pièce do bois.
+ BEACPRÊSENT (hô-pré-zan) , s. m. Variété de poire, la mêmequecelle qui estappelée aussi épargne et saint-samson.
— ÉTYM. Ileau et prient.
tBEAU-REVOlB (bô-re-voir), s. m. Terme de
chasse. || 1° Action du limier qui, étant sur les voies, bande fort sur la tête et sur lé trait. H 2" Action de voir facilement l'empreinte du pied d'un animal sur le terrain humide.
— étym. Beau et revoir.
RIÎ.UITÉ (bô-té), s. f. \\ 1" En général qualité de ce qui est beau. La beauté idéale. Il appartient à l'esprit, c'est-à-dire à l'entendement, de juger de la beauté, parce que juger de la beauté, c'est juger de l'ordre, de la proportion et de la justesse, eoss. Cnnn. i, ». Dans la solitude de Ste-Fare, oii les épouses de Jésus-Christ faisaient revivre la beauté des anciens jours, m. Anne de Gonz. || 2° En parlant des êtres animés. Un fils d'une rare beauté. Femme d'une très-grande beauté. La beauté de ce cheval, de ce chien, de cet oiseau. Combien de filles à qui une grande beauté n'a jamais servi qu'à leur faire espérer une grande fortune , la bruy. 3. L'amour naît brusquement, sans autre réflexion, par tempérament ou par faiblesse : un trait de beauté nous fixe , nous détermine, id. 4. De plus secrets et de plus invincibles charmes que ceux de la beauté, m. ib. Elle ne sera pas d'une beauté surprenante, sév. 5. 0 beauté qui te fais adorer en tous lieux.... corn. Attila, in, *. || Attraits, en parlant d'une femme. Le beau feu qu'en leurs creurs ses beautés ont fait naître, corn. Cid, I, i. Mais au lieu d'offrir à ses beautés Un hymen et des vœux dignes d'être écoutés, rac. Milhr. I, t. C'est faire à vos beautés un triste sacrifice, m. ib. m, 5. || 3° Une femme qui est belle. Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix, bac. Brit. iv, 2. Home contre les rois de tout temps soulevée Dédaigne une beauté dans la pourpre élevée, ID. Bérén. m, I. Ciel! quel nombreux essaim d'innocentes beautés.... m. Esth.lj i. C'est aux gens mal tournés, c'est aux amants vulgaires X briller constammentpourdes beautés sévères, bol. Mis. in, f . Avec cette beauté que je t'avais don- . gorn. Cinna, v, 3. Ouvre-moi ton cœur, ô ma beauté! cela fait tant de bien, chateaub. Atala, 254. Que la heauté vous charme et vous attire ; Dans oulez tous vos jours, bérang. Mes citer.... "unes beautés qu'elle effaçait encor Croyaient [enlafillede Pharaon] la fille de l'onde, v.iiigo, Odes, iv, :*. Heureuse la beauté que le poète adore! lamart. MM. i. 3. || 4° Kn parlant des choses inanimées. La beauté de ces lieux. Beauté des couleurs. La beauté des pâturages de la Normandie. La beauté de la nature, d'un ciel étoile. La beauté constante du temps pendant notre navigation. Des allées qui font une beauté achevée, sév. 543. Mes allées sont propres, et mon parc est en beauté, id. 09. || 5° En parlant des choses morales. La beauté morale. La ité de la vertu. De nos arts, de nos lois, la beauté les offense, volt. Orphel. i, i. Elevez, ô Seigneur, et mes pensées et ma voix; que je puisse nter à, a tte auguste audience l'incomparable beauté d'une âme que vous avez toujours habitée,
toss. Karie-Thér. || Par ironie je voudrais (m'en
lt-:l grand'chose) Pour la beauté du fait avoir perdu ma cause, mol. Mis. i, I. 1| 6" En parlant des choses d'esprit ou d'imagination. La beauté des oraisons funèbres de Bossuet. Beautés oratoires. nés de l'éloquence. Lorsque dans un poème les beautés prédominent. Ses ouvrages, tout pleins d'af-
DtCT. DE LA LANGUE FRANÇAISE.
BEC
freuses vérités, Etincellent pourtant de sublimes beautés, boil. Art poét. cb. il. Recueille-toi, ma lyre! et ne sors du silence Que pour vaincre en beauté les plus beaux de mes vers, millev. Élég, liv. H. 11 se peut aussi que les aulres morceaux de ce Gluck ne soient pas de la même beauté, volt. Lettr. Mme du Deffant, 25 janv. <775. ||7° Beautés, au plur. Titre de certains livres composés de récits, de traits, de descriptions remarquables. Les beautés de l'histoire romaine.
— hist. xi* s. Pour sa beltet dames lui sont amies, Ch. de Bol. lxxv. || xir" s. E la beauté des femmes se changea, Machab. i, ch. 4. Toute beauté nous est amaneïe [ préparée] [en paradis], Bonc. p. (74. Entre merci et biauté Sont pour moi desassemblé [la compassion et la beauté sont séparées] , Quant en vous, dame, n'aittrouvé Merci.... Couc»,iv. Une beauté m'est venue devant, Qui me semont et prie que je chant [chante] , ib. v. Toute biautez qui sur autre resplent Est mise en lui [elle] , qu'il n'i a que mesprendre, ib. Douce dame, d'orgueil vous défendez, Ne trahissez vos biens [qualités] ne vos biautez, ib. xiv. Car sa biautez me fait tant esbahir, Que je ne sai devant lui [elle] nul langage, ib. xix. Dame, valeur, beauté et courtoisie [il y] A tant en vous qu'on n'i fait qu'amender, ib. xxi. Avec beauté vous est bonté donnée; Si [je] me doi moult louer et cher tenir, Quant j'ai beauté et bonté enamée, vidame dk Chartres, Bomancero , p. 115. Sage [elle] fu et courtoise, bêle et bien entendanz; One i'ame de biauté ne fut àli [elle] semblanz, Sax. v. .... sa femme od soi mena : Li reis pur sa beauté li toli et roba, Th. le mart. 05. Et cil depanent lor restures, ki ne soi espargnent mie el deschirement de la deforienne [extérieure] bealteit , Job, 440. || xnr* s. N'ert [était] famé qui a ele de granl biauté s'afiere, Berte, xn. D'une part se tient orgueilleuse, Por sa grant biauté merveilleuse, (a Bose, 6134. Biauté se puet trop poi garder; Tantost a faite sa vesprée, Com lesfloretesenlaprée,t'b.8359. || xiv* s. C'est, dit li rois, semblance des seigneurs et des dames, Qui soubz un poure abit ont grant biauté des âmes, Girart de Bossillon, 2893. || xv« s. Et [Robert Salle] vous commence à escarmoucher et à faire place autour de lui, que c'estoit grand beauté de voir, froiss. n, il, -H*.
— ÉTYM. Berry, biauté; picard, biauti et bieuté; wallon, baité, nom de la lune; provenç. beltat, beutat; espagn. beldad; ital. bcllà; d'un mot latin qui ne se trouve pas uans nos textes, bellitatem, de bellus (voy. beau).
f BEAUVOTTE (bô-vo-f), *. f. Nom vulgaire des insectes qui attaquent le blé.
f BÉBÉ (bé-bé), s. prop. m. Nain de Stanislas, roi de Pologne. || Fig. Personne de très-petite taille. || Un petit enrant. || Une poupée représentant un petit enfant. Un bébé articulé.
— ÊTYM. Peut-être onomatopée des enfants appliquée à désigner un enfant; d'où les autres significations.
BEC (bèk), s. m. || 1° Enveloppe cornée recouvrant les os maxillaires chez les oiseaux, et remplaçant chez ces animaux le système dentaire. || Terme de fauconnerie. Tenir bec au vent, se dit d'un faucon qui résiste sans tournerla queue. || Fig. Avoir bec et ongles, avoir, les moyens de se défendre et savoir en user. Le maraud a quelquefois le bec retors et la griffe tranchante, volt. Lettr. d'Argental, )9 octobre 1708. || Familièrement. Montrer à quelqu'un son bec jaune (on prononce bè-jaune), par allusion aux jeunes oiseaux, lui montrer qu'il se trompe comme un sot. Monsieur, souffrez que je lui montre son bec jaune, et le tiie d'erreur, mol. Mal. imag. m, 16 (voy. béjaune). || Fig. Tenir quelqu'un le bec dans l'eau, le tenir dans une attente qui ne doit rien produire. Celui.... à qui.... Ce malheureux honneur tenait le bec en l'eau, Régnier, Sat. vi. || Passer la plume par le bec à quelqu'un, le frustrer de ses espérances. Je ne prétends pas qu'on me fasse passer la plume par le bec, mol. Fourb. m, e. Charost certain qu'on lui voulait faire passer la plume par le bec, st-sim. 312, 30. Locution tirée de la pratique qui consiste à passer à travers les deux orifices du bec de l'oie une plume qui, se présentant de travers , lorsque l'oiseau veut passer par quelque haie, suffit pour l'arrêter à cause de la douleur que cela lui cause. || Bec à bec, en tète-à-tête. Je le voyais [le P. TeliierJ bec à bec entre deux bougies, n'y ayant du. tout que la largeur de la table entre deux, st-sim. 350, 4*5. || 2° La parole, la langue, le babil. || Avoir bon bec, parler avec vivacité, et une certaine malice. M. de Duras ne craignait personne et avait le bec aussi bon que Rose,
BEC
st-sim. PC, n 2. || N'avoir que du bec, n'avoir que du babil. || Se prendre de bec, se disputer. Le grand prieur y présidait [à un chapitre], le bailli de Conflans se prit de bec avec lui, st-sim. 329, 58. J'en reviens toujours à vous dire qu'il ne faut jamais se prendre de bec avec la canaille, p. l. cour. Lelt. I, 383. || Etre pris par le bec, être convaincu par ses propres paroles. || Clore le bec à quelqu'un, le faire
taire Qui tâche en vain de lui clore le bec, la
font. Diable. || Avoir le bec bien affilé, parler ave» promptitude et facilité. || Se défendre dubec, se défendre de paroles. || Caquet bon bec, une pie; etfigurément, femme bavarde et médisante. || On lui a fait le bec, c'est-à-dire, on l'a instruit, on lui a dit ce qu'il devait dire ou faire. J'attends même encore un mien parent gascon, X qui j'ai fait le bec et qui ce soir s'engage X venir traverser ce maudit mariage, regnard, le Bal, 3. || Donner un coup de bec, lancer un trait piquant, une méchanceté, une médisance. || Autrefois, dans les conciergeries, on nommait, par une plaisanterie inhumaine, la porte de bon bec, celle par où on amenait les prisonniers à la question. || 3° Familièrement, la bouche. Et quoi? toujours pâtés au bec! la font. Pâté. Me rendre, en me torchant le bec, le ventre creux.... bégnier, Épîtr. ni. || Faire le petit bec, faire la petite bouche. || 4° Minois. Un sien valet avait pour femme Un petit bec assez mignon, lafojit. Pâté.... Tu voudrais me déplaire, X moi, Crispin, à moi, que tu nommais toujours Ton bec, ton petit bec?... hauteboche, Nobles de province, iv, 4. || 5° Labouche des tortues, des têtards, des sèches, de tous les mollusques céphalopodes, etc. || Saillie cornée qui sert de suçoir à certains insectes. Le bec de la cigale, du charançon. || 6° Extrémité de certains objets terminés en pointe. Un bec de plume. Le bec d'un alambic. Un bec de lampe. Le bec d'un navire. Le bec d'une ancre. || 7" Pointe de terre au confluent de deux rivières. Le bec d'Amb' s. || 8° Angle saillant de la pile d'un pont. Avant-bec, arrièie-bec, ce sont les angles d'une pile de pont, le premier opposé au fil de l'eau, le second de l'autre côté. || 9" Hee de flûte, partie aplatie et qui se met entre ies lèvres, de certains instruments à vent, comme la clarinette et le flageolet, qu'on rangeait et qu'on range encore sous le nom générique de flûte, bien que flûte, en un sens plus restreint, soit devenu le nom d'un instrument qui n'a pas de bec. De là l'expression de : en bec de flûte, pour exprimer tout ce qui a une forme allongée et pointue. Fracture en bec de flûte. || 10" En chirurgie, nom de plusieurs espèces de pinces plus ou moins longues et recourbées, dont la forme a quelque ressemblance avec le bec de certains oiseaux, et qui servaientà l'extraction desdents ou à celle de corps étrangers engagés dans une cavité ou dans l'épaisseur d'une partie quelconque. Bec-de-cane; bec-de-corbin ; bec-de-cygne; bec-delézard; bec-de-grue; bec-de-perroquet; bec-de-vautour. || il" Extrémité aiguë et recourbée de l'aiguille du métier à bas. || i2° Terme d'architecture. Petit filet au bord d'un larmier, où il forme la mouebette pendante. || 13° En termes de blason, bec signifie les pendants du lambel. || Proverbe. 11 n'y a plus que le bec à ourler pour faire une canne, se dit quand on veut se moquer de gens impatients de voir finir un ouvrage. || Bec cornu, voy. bec-cornu.
— REM. La locution fenir le bec dans l'eau est obscure. Provient-elle du héron restant longtemps le bec dans l'eau sans rien prendre? ou faut-il y voir une hypallage comme dans casque en tête, et entendre que le bec dans l'eau est pour l'eau dans le bec, c'est-à-dire faire venir l'eau à. la bouche, et ne pas satisfaire au désir excité?
— iiist.xiii's. Espérons [il] ot etbecd'oisel, Fabli. édit. barbazan, t. iv, p. oi. Car quant plus à son bec l'enchauce, Et la pomme plus se rehauce, la Bose, 19493. Çou estoit uns tourterele, En son bec tint une roelle, FI. et Bl. 855. Quant les chevaus furent ens, nostre mestre notonnier escria à ses notonnien qui estaient ou bec de la nef [à la proue], joinv. 2|o. || xiv* s. L'esprevier n'auroit plume sur lui qu'il ne remuast au becq l'une après l'autre, Ménagier, in, 2. || xv s. Et sur l'entrée, au bec du Havre, a une grosse tour souveraine des autres, froiss. m, iv, (5. Ils [les Gantois] firent faire et ouvrer une bombarde merveilleusement grande, laquelle avoit cinquante-trois pouces de bec, id. n, h, lai.Trop mieulx vauldroit coulent payer Que repaistre les gens du bec, coquill. Droits nouveaux. Quoy qu'on tient belles langagières Genevoises, Venieieunes, Il n'est bon bec que de Paris, villon, Bail, des femmes de Paris. || xvi' s. Un coup de bec, qui tout honneur efface Par faulx rapport, i. marot, v, 25â.
BEC
Et qu'ainsi soit, en amy tous conseille Que désormais vostre bec teniez coy, marot, h, 56. Prenons chascun pannetiere et bissac, Fluste, flageol, cornemuse et rebec, Ores n'est pas temps de clorre le
bec, id. n, 255 et leur va commandant De ne
dormir, mais rire, ce pendant Que faux danger, maubec et jalousie Sont endormis au lict de fantasie, id. i, 353. Ces babillars, lesquels se contentent d'avoir l'évangile au bec , le mesprisant en toute leur vie, calv. Inst. 637. Si quelqu'un assis bec à bec raconte.... aiiyot, De la curiosité, *o. Lansac estant entré en Gironde, mit à terre sa noblesse et ses soldats, et avec les matelots passa au bec des deux eauês, d'aub. Hist. u, 294. Tenadles capitales incisives, dites bec de perroquet, paré, vin, 8. Autre tire-balle nommé bec de perroquet, pour tirer quelques pièces du harnois insérées au profond des membres, id. ix, 4. Autre figure de tireballe, nommée bec de lézard, pour tirer la balle lorsqu'elle sera applatie, id. ix, 6. Cestuy est nommé bec de grue, pour la similitude, lequel pareillement doit estre dentelé : et est propre à extraire du profond, dragées, mailles, etc. Bec de grue droit, Bec de grue coudé, id. tb. Et ceste paille en passa par le bec du dict marquis, qui ne fut faict là gênerai, brant. Gomague. Nous lui donnasmes tant du bec et de l'aile qu'il nouscreut, id. Couronnels françnys, ch. 4 7. L'empereur ne tendoit qu'à l'entretenir le bec en l'eau de toutes choses, cependant qu'il se fortifieroit d'amis et d'alliances, M. DO BELL. 467.
— ÊTYM. Picard, bé; wallon, pèche; rouchi, bièque; Berry, M devant une consonne : Quand il pleut à St-Médard, Il pleut quarante jours plus tard, X moins que saint Barnabe Ne lui tape sur le bé; provenç. etcatal. bec; portug. bico; ital. becco; du gaulois : eut Tolosx nato cognomen in puerilia becco fuerat, id valet gallinacei rostrum, suet. Yit. 4 8 ; mot gaulois qui se retrouve dans le néoceltique : bas-bret. bec ou beg; gaél. beic; d'où l'angl. beak.
BÉCABUNGA (bé-ka-bon-ga), s. m. Voy. becca-
BUNGA.
f BEC- ALLONGÉ (bé-ka-lon-gé) , s. m. Terme de zoologie. Espèce de poisson. || Auplur. Des becs-allongés.
f BÊCARD (bé-kar), *. m. Voy beccard.
BÉCARRE (bé-ka-r') , s. m. Terme de musique. Signe accidentel qu'on place devant une note diésée ou bémolisée, pour la remettre au ton naturel. || Autrefois, signe qui exprimait simultanément le dièse et le bécarre par opposition au bémol, et, par suite, sorte de musique dont le caractère était opposé au bémol. Ah ! monsieur , c'est du beau bécarre ! Que diantre veux-tu dire avec ton beau bécarres- Monsieur, je tiens pour le bécarre; vous savez que je m'y connais; le bécarre me charme; hors du bécarre, point de salut en harmonie; écoutez un peu ce trio. — Non je veux quelque chose de tendre et de passionné, quelque chose qui m'entretienne dans une douce rêverie. — Je vois bien que vous êtes pour le bémol, mol. Sicilien, 4.
— hist. xvi' s. Qui est la vraie recette de faire devenir un homme parfait en la science de folie, par B carre et par B mol; vrai est qu'il faut qu'il y ait de la nature, despêr. Contes, lxx.
— ÉTYM. B et carrer (voy. carrer); ainsi dit à cause de sa forme, t\. Dans la série des lettres prises comme notes de musique, l'a est le la, et b le si, et ainsi de suite. Le si étant souvent baissé d'un demi-ton dans le plain-chant, on le représentait par un b arrondi qu'on appelait b mol; au contraire, quand le si était naturel, on le représentait par un b carré ou b dur. Depuis, le b carré ou bécarre est devenu le signe de toutes les notes remises en leur ton naturel , comme le bémol est devenu celui de toutes les notes baissées d'un demi-ton.
BÉCASSE (bé-ka-s'), *. /. || 1" Nom d'un oiseau de passage , marqueté de gris , qui a le bec fort long , et qui fréquente les bois et les marais ; le temps de son passage est l'hiver. || Familièrement. La mère des Mailly , que son long nez faisait appeler la bécasse , ne bougeait de chez mon père pendant sa vie, stsim. 460, 484. || Fig. Brider la bécasse, attraper, tromper quelqu'un. Ma foi, monsieur, la bécasse est bridée, et vous avez cru faire un jeu qui demeure une vérité, mol. JUmour méd. m, 8. Par ce qui s'était passé dans le cabinet du roi, du chancelier et de M. le duc d'Orléans immédiatement, la bécasse fut bridée à son égard [à l'égard du duc d'Orléans], st-sim. 405, 67. || Fig. et populairement. C'est une bécasse, se dit d'une femme sans esprit. || 2* Bécasse d'arbre ou perchante, nom vulgaire de la huppe, Il Bécasse de mer, nom vulgaire de
BEC
l'huîtrier et du courlis. || 3° Nom vulgaire de divers poissons. || 4° Bécasse, instrument des vanniers pour enverger leurs ouvrages de clôture. || Sorte de balance ou de jauge pour peser ou mesurer la mine de fer. || S° Terme de blason. Oiseau qui se distingue à son long bec.
— rem. La locution brider la bécasse provient d'une chasse qu'on fait aux bécasses avec des lacets et des collets qu'on tend et où les bécasses se brident elles-mêmes et se prennent.
— HIST. xvi* s. Perdrix, bécasses, allouettes, francolins, pluviers, paré, iii, p. 705. Ceste becquasse n'est pas assez rostye, palsgr. p. 694.
— ÉTYM. Picard, bécache ; de bec (voy. ce mot), et bas-latin, accia, ancien français, acée ou assée, nom de la bécasse. Accia ou act'a est une forme du bas-latin qui se retrouve dans hache (voy. ce mot).
BÉCASSEAU (bé-ka-sô), t. m. || 1" Petit de la bécasse. || 2' Autre nom vulgaire du cul-blanc (totrane ochrope).
— ÊTYM. Bécasse.
f BËCASSIN(bé-ka-sin), jt.m.Nom vulgaire d'une espèce de bécassine.
BÉCASSINE (bé-ka-si-n'), s. 'f. || 1° Oiseau de passage comme la bécasse, et qui a comme elle le bec fort long, mais qui n'a que la moitié de sa giosseur. Il se plaît dans les marais et dans les lieux aquatiques. || Familièrement. Tirer la bécassine, cacher sa force au jeu à l'effet de gagner plus sûrement. || 2' Nom vulgaire de plusieurs poissons et coquillages.
— ÊTYM. Diminutif de bécasse; bourguig. becassaigne.
t BÊCASSON (bé-ka-son), *. m. Nom vulgaire de plusieurs oiseaux.
— ETYM. Bécasse.
f BÉCASSONNIER (bê-ka-so-niê) , «. m. Terme de chasse. Long fusil à monture légère, de fort calibre, et dont on se sert pour la chasse des oiseaux aquatiques.
— ÊTYM. Bécasson.
fBÉCAU (bé-kô), t. m. Petit de la bécassine. || Au plur. Des bécaux.
f BECCABUNGA (bé-ka-bon-ga), *. m. Terme de botanique. Nom vulgaire et spécifique de la véronique beccahunga.
BECCARD (bè-kar), s. m. Nom qu'on donne au brochet, à la truite et au saumon lorsqu'ils sont d'une certaine grandeur. Quelques-uns prétendent que c'est seulement le nom des femelles et qu'elles ont le bec plus crochu que les mâles.
— ÊTYM. Bec; wallon, bècar, vieux mâle de saumon. f BEC-CORNU (bèk-kor-nu) , *. m. Voy. becque-