BIA
Il Terre de beurre, eilo fondra au soleil, dicton des marins pour désigner un brouillard lointain qu'un œil inexpérimenté prend pour la terre. || 2° En termes de cuisine, nom de plusieurs préparations dont le beurre est la base. Beurre d'anchois, beurre de piment, beurre d'ail, etc. || Beurre fondu, beurre qu'on a fait fondre pour le conserver, en le purgeant de tout ce qui le ferait aigrir. || Beurre noir, beurre qu'on a fait noircir pour certaines sauces. || Populairement. Avoir les yeux au beurre noir, avoir les yeux meurtris et gonflés par un coup. || Œufs au beurre noir, œufs frits légèrement dans du beurre noir et assaisonnés avec du sel, du poivre et un filet de vinaigre. || 3° Beurre de mai , beurre fait dans le mois de mai, et considéré superstitieusement comme un onguent propre à guérir plusieurs sortes de plaies. On le prépare avec du sel et on l'étend sur un morceau de toile qui prend le nom de toile de mai. De lagraisse de loup et du beurre de mai , Régnier, Sat. ». || 4" Beurre de cacao, huile grasse, concrète, qu'on obtient des amandes du cacaotier. || Beurre de cire, composé obtenu par la distillation de la cire, etemployê autrefois comme résolutif. || Beurre de coco, graisse blanche, suave et de consistance onctueuse, renfermée dans les noix de cocotier. || Beurre de palme, huile végétale de la consistance du beurre, qu'on retire d'un arbre qui croît dans le pays de Bambouc, en Afrique, et que l'on pense être Vêlais guineensis,L. || 6°Beurresminéraux, nom que les anciens chimistes donnaient à certains composés peu consistants, déliquescents, tels que les chlorures d'antimoine, de zinc, d'étain et de bismuth, etc. || Beurre de montagne ou beurre de roche, mélange d'argile, d'alun, de feretde pétrole qu'on trouve en Lusace et en Sibérie.
— HIST. xiii* s. Les burres vont trestot devant, FàbH. barbazan.Mv, p. 88. || xv s. Pleilst Dieu que je fuisse uns chiens , Ensi que tu es , par nature ; S'auroie dou pain et dou bure Au matin , et la grasse soupe, froiss. le Débat du cheval et du lévrier. Bien lui sembloit, que s'il en pouvoit venir à chef , que Monseigneur auroit beure pour œuf [la pareille] , louis xi, Nouv. m. || xvi" s. Qu'il entrerait dedans Strasbourg et les aultres villes du Rhin comme dedans du beurre, carl. iv, <6. Des reliefs des beurres ou fait la burate, pour servir durant l'année à l'appareil des viandes de la grossière famille. La burate se fait ainsi : ce qui demeure en la beurriere, après en avoir tiré le beurre, est mis dans un sachet de toile pour s'y esgoutter.... o. de serres,
— ÊTYM. Bourguig. et picard, &ure;provenç. buire, boder; ital. burro; de butyrum, de poûtvpov, de poûç, vache (voy. bœuf), et Tupoç, fromage.
4. BEURRÉ, ÉE (beu-ré, rée), part, passé. Du pain bien beurré. || Proverbe. Il sait de quel côté son pain est beurré, c'est-à-dire c'est un homme qui ne se trompe pas sur ses intérêts.
2. BEURRE (beu-ré), s. m. Espèce de poire fondante. Un beurré gris. Une poire de beurré.
— ëtym. Beurre.
BEURRÉE (beu-rée) , ». f. Tranche de pain sur laquelle on a étendu du beurre. Je prends une beurrée, SÉV. 237.
BEURRER (beu-ré) , v. a. || 1" Étendre du beurre sur quelque chose. Beurrer du pain, une feuille de poirée. || 2° Terme de pâtisserie. Faire tremper dans du beurre.
— êtym. Beurre.
fBEURRERIE (beu-re-rie) , s.f. Lieu où l'on fait, où l'on conserve le beurre.
— êtym. Beurre.
4. BEURRIER, 1ÈRE (beu-rié, riê-r'; IV de beurrier ne se lie jamais; au pluriel, l's se lie: des beurriers achalandés, dites: des beu-rié-z achalandés), ». m. et f. Celui, celle qui vend du beurre. Il est étonnant en quelles mains tombent souvent les pièces originales les plus curieuses; il n'est pas rare d'en trouver chez lesbeurrières, st-sim. 462,2. Louvois sentit le premier le danger que les dépêches restassent entre les mains des particuliers et souvent de leurs valets, qui en pouvaient faire de dangereux usages, et quelquefois jusqu'aux beurrières, comme il est arrivé à des curieux d'en retirer de irès-importantes d'entre leurs mains, id. 279, 232. || Fig. Livre, ouvrage bon pour la beurriere, livre, ouvrage qui ne se vend pas; bon à envelopper du beurre. X la honte de notre siècle, on a été obligé d'envoyer à la beurriere plus de cinq cents exemplaires du Registre de Baluze, qui est néanmoins un très-beau recueil et très-instructif , Longueruana, p. U5. On dit aujourd'hui plutôt : aller chez l'épicier.
— HIST. xvi* s. Les beurriers et beurrières de Vanves, les carreleurs de Ville-Juifve, sont devenus maistres es arts, Sat. Mén. p. 80.
— ÊTYM. Beurre.
t 2. BEURRIER (beu-rié), ». m. Vase où l'on met du beurre.
( . BEURRIERE ». f. Terme de commerce. Sorte de toile de Bretagne.
t 2. BEURRIERE (beu-riê-r'), ». /'.Vase destiné à mettre du beurre. Des seaux pour le lait et une beurriere composaient l'ameublement
— êtym. Beurre.
t BEUSE (beu-z'), ». f. Terme de métier. Boite pour recevoir les bandes provenant de la coupe des tables de cuivre.
— êtym. Forme altérée de boite (voy. ce mot).
BÉVUE (bé-vue), ». f. Erreur commise par ignorance ou par inadvertance. Une étrange bévue. Cette fausse lumière est une bévue de ses yeux et une illusion de son esprit, balz. 2« dise. De la cour. D'abord je n'ai pas pris garde à cette bévue, boss. Déf. comm. N'allez pas me faire une bévue, mol. l'Etour, n, 4. Faire de pareilles bévues, id. G. Dand. i, 7.
— SYN. bévue, méprise, erreur. 'L'erreur est le terme général; il indique toute espèce de manquement, quel qu'en soit le caractère. La bévue, où se trouve le mot vue, indique qu'on a mal vu. La méprise, où se trouve le mot prise, indique qu'onamal pris. Mal prendre, mal choisir peut être aussi bien la faute des objets qui me sont soumis que la mienne; par conséquent la méprise n'implique pas nécessairement que je sois coupable d'inattention et de légèreté. Mais mal voir implique que c'est moi qui n'ai pas vu comme il fallait; bévue suppose donc chez moi inadvertance, passion, aveuglement.
— ÊTYM. Bé, particule qui a un sens péjoratif (voy. bé.... préfixe), et vue: proprement, fausse vue, mauvaise vue.
BEY (bè), ». m. Titre, en Turquie, de certains gouverneurs de petites provinces. Nous appelons bey de Tunis le souverain de cette Régence.
— ÊTYM. Altération du mot turc beg.
+ BEYI.IK. (bé-lik') , s. m. Province gouvernée par un bey.
fBEYLIER (bé-lié), ». m. Métier donnant une première filature à la laine.
t BEYLIEUR (bé-li-eur), s. m. Ouvrier qui donne à la laine la première filature.
BEZESTAN (be-zè-stan) , ». m. Nom donné, dans les principales villes de Syrie, à des marchés publics, qui sont des espèces de halles ouvertes.
— êtym. Mot turc qui signifie littéralement marché à la toile.
BEZET (be-zè), ». m. Terme de trictrac (voy. beset).
BÉZOARD (bé-zo-ar ; le d ne se lie pas ; au pluriel , 1'» ne se lie pas: lesbézoards humains, dites : les bézo-ar humains; pourtant quelques-uns lient l'».bézo-ar-z humains), ». m. Nom donné aux concrétions calculeuses qui se forment dans l'estomac, les intestins et les voies urinaires des quadrupèdes. Bézoard oriental, celui qui se trouve dans le quatrième estomac de la gazelle des Indes. Bézoard occidental, celui qui se trouve dans le quatrième estomac de la chèvre sauvage du Pérou, de l'isard ou du chamois (ces bézoards étaient regardés autrefois comme ayant de grandes vertus alexipharmaques). Bézoards humains, calculs urinaires de l'homme. Bézoard factice, ou pierre de Goa, composition destinée à être substituée aux vrais bézoards, et fabriquée à Goa.
— hist. xvi* s. Son bezahard ou contrepoison est le suc de mélisse, paré, xxiii, 44. D'autant qu'en parlant des signes de chacun venin à part, nous avons nommé son antidote bezahar, il faut sçavoir ce que veut dire ce mot : les antidotes et contrepoisons ont esté appelles par les Arabes en leur langue bezahar, c'est à dire en leur baragouin, conservateur de la vie; de là est venu que tous antidotes et contre-poisons par excellence ont esté appellés bezardica.... une espèce de bouc appelle en langue persique pazain (dont la pierre à proprement parler doit estre appellée pazardadu mot pazain, qui signifie bouc : mais nous d'un mot corrompu l'appelions bezar).... paré, xxiii, 46.
— Etym. Persan padsehr, de pai, préserver, et iehr, poison.
f BEZOCIIE (bé-zo-ch'), ». f. Bêche de pépiniériste pour couper les racines.
— ÊTYM. Voy. BESOCHE.
B-FA-SI (bé-fa-si). Terme de musique. Nom par lequel on désignait le ton de »i.
— ÊTYM. B est le signe du si, comme a est celui du ta-, et on a dit b-fa-si, comme a-mi-la, c-soUut , etc.
f BI.... Préfixe qui, dans le langage scientifique, s'ajoute à quelques mots pour indiquer que la chose est double : bi-ailé, qui a deux ailes.
— ÉTYM. Bis, deux fois.
BIAIS (bi-ê ou biê; Molière fait ce mot tantôt monosyllabe, tantôt dissyllabe; 1'» se lie: un biais adroit, dites : un bi-ê-z adroit), ». m. || 1* Obli» quité, ligne ou sens oblique. Ce mur présente un biais. Cette allée a un biais. || Fig. Le mauvais goût est une fausseté de jugement, un biais naturel dans les idées, chateaub. Génie, m, iv, 6. Sans cet art, mon âme se pliant avec peine à des biais chimériques, l'illusion ne serait que momentanée, dider. Éloge de Bichardson. || 2° Différentes faces d'une chose, côtés d'un caractère. Pour s'accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses, desc. Mélh. 3. Vous me défendez mieux que je ne saurais faire Et du biais qu'il faut vous prenez cette affaire, mol. Sgan. 2). Voyons, voyons un peu par quel biais, de quel air.... id. Mis. IV, 3. Vous avez pris le bon biais pour toucher son cœur, id. Bourg, ni. Je vois de quel biais on se doit prendre à faire.... desc. Mélh. Il n'y a point d'esprit faux dont on n'eût tiré des talents utiles, en le prenant d'un certain biais, J. J. rouss. Hél. v, 3. || 3" Moyens détournés qu'on emploie pour réussir. Nous n'aurions pas besoin maintenant de rêver X chercher les biais que nous devons trouver, mol. l'Étour. i, 2. J'ai donc cherché longtemps un biais de vous donner La beauté que les ans ne peuvent moissonner, id. F. sav. ni, 6, Et comme pour résoudre avec votre maltresse Des biais qu'on doit prendre à terminer vos vœux, id. l'Étour. iv, ). Mais encore une fois, madame, je ne sais point le biais de faire entrer ici des vérités si hautes, id. Ép. dédie, de la Crit. de l'Éc. des f. On a cent biais pour le rendre public, bourd. Âvent. Surl'évang. 417. Ils sont morts avant qu'on ait bien concerté le biais qu'il faut prendre pour les avertir qu'ils doivent mourir, fléch. Serin, i, 474. Je ne sais quel biais ils ont imaginé, rac. Plaid, i, 7. || 4" En biais, de biais, loc. adv. Obliquement, de travers. Tailler en biais, de biais. Les parties des eaux aigres s'y coulent de biais, desc. L'homme. || Fig. Accoutumés que nous sommes à ne voir aller les hommes que de biais et par détours.... masc. Or. fun. de Tur. || 5" Biais passé, surface réglée gauche employée pour la construction des voûtes en biais. || 6° Adj. Qui est de biais. Un pont biais.
— HIST. xiv s. Une figure quarrée etledyametrequi la traverse de biais [diagonale] sont de celle condicion que par nulle mesure tant soit petite par quoy l'en peut une de ces deux choses mesurer, l'en ne pourrait l'autre mesurer précisément, oresme, Eth. 66. || xvi* s. Ce grand monde, c'est le mirouer où il nous fault regarder pour nous cognoistre de bon biais, mont, i, 174. Xce biais s'accommode la voix divine : ne soyez pas plus sage qu'il ne fault, id. i, 224. Chasque chose a plusieurs biais et plusieurs lustres [aspects], id. i, 272. De biais ou de droict fil, id. ii, 363. Une interprétation destournée, contraincte et biaise, id. iv, 239. Le dit cabinet sera tortu,4 bossu, ayant plusieurs bosses et concavitez biaises, palissï, 62. Les bandes doivent estre coupées de droit fil et non de biaiz, paré, xii, 4.
— ÊTYM. Wallon, biaii; provenç. fcioi»;anc.catal. biais; catal. mod. biax, biaix; sarde, biasiiu; ital. s-biescio; napolit. s-biaso; piém. î-oi'os; angl. bias, obliquité, pente. Diez le tire de bifax, qui est dans Isidore avec cette signification : duos habensobtutus, c'est-à-dire ayant un double regard, louche, comme l'espagnol bis-ojo, qui a deux yeux, louche. De là au sens d'oblique on voit sans peine le passage. La suppression de l'fne fait pas obstacle : car on en ades exemples dans le provençal refusar et reusar, le français refuser et reuser, et encore dans le provençal preon de profundus. Bifax n'est pas isolé dans la basse latinité; on y trouve befax, bifacius, bifacies. Ce mot est un adjectif; et biais l'est aussi , comme on le voit dans l'historique et dans la phrase provençale : lia biayssa , voie biaise. Bifax, bifacius viennent de bis, deux (voy. bis), et faciès, face (voy. face).
4. BIAISEMENT (bi-ê-se-man),».m. || «."Manière d'aller en biaisant. || 2° Fig. Détour pour tromper. Ces sortes de biaisements en matière d'affaires d État sont toujours dangereux, bouhours, Nouv. Rem.
— HIST. xvi* s. Si lus ouvertures sont faites en biais et non droites, les oiseaux do proie, cuidans entrer au colombier, en seront engardés par la biaizeure, o. de serres, 389.
— . ÊTYM. Biaiser.