VU
— HIST. xi* s. fils] Lèveront nous en bières [brancards] sur somiers [bêtes de somme] , Ch. de Bol. cxxx. || xii* s. En Aleschans fu la bataille fiere; Le jor i fist Renoars mainte bière, Bat. d'Aleschans, 6291. Prendront nos cors, qu'il ne voudront laissier, Desor les bières [brancards] que porteront sommier, Ronc. p. 83. Faisons des bières de verges et de peaus, ib. p. 4 50. Tout droit à Blaives [il] fist les berres [brancards] porter, ib. p. 4 68. Nel larra [il ne le laissera] qu'il n'i aut [aille] pur vivre u pur mûrir; Ainz s'i fereit porter sur bière e sustenir, Th. le mart. 35. E meïsmes li reis seiveit la bierre, Bois, 4 32. || xm* s. Acostez s'est à une pierre ; Bien vosist estre mors en bière, Tien. 6642. Bau sire, laissiez cest afere, Mes faites une bière fere X porter Roonel en l'ost, ib. 24828. Dedenz gisoit une geline Que l'en amenoit en litière Fête autresi com une bière, ib. 9980. Mors gist [il] là hors en leu de bière En ces fossés, gole baée, la Bose, 4 26G8. Al conte Estevenon font la bière aprester, X douze des plus povres de l'ost se fist porter, Douze deniers de Luque à chascun fist doner, Ch. d'Ant. vi, 226. || xv* s. Item s'en suivent ceux qui portèrent les bannières de la bière et du tournoy [funérailles du comte de Flandre], froiss. n, n, 247. Se j'avoye lamaistrie Sur ceste faulse mesgnie, Je les meisse tous en bière; Si est telle nia prière ; Je pry Dieu qu'il les maudie, ch. d'orl. Bal. 20.
—ÉTYM. Wallon, birâ, brancard; namurois, ht, bière; rouchi, beard, civière; provenç. bera; ital. bara; de l'allem. Bahre, civière, de l'anc. haut-al lem. bdra; anglo-sax. bxr, blre.
BIEVRE (bié-vr'), s. m. Nom du castor.
— HIST. xiv* s. Il n'y ot vars ne gris ne drap fourré debievra, G<rart de Ross. 2044. Pour un chappel de bievre, fourré d'armines, laborde, Émaux, p. 206. || xv* s. Arriva Saintré, qui couvert estoit d'un très bel chapel de bievre, J. de Saintré, 50. Peaulx de martres et de bieuvres, Percefor. t. iv, p. 28. ||xvi*s. Entre les animaux terrestres et aquatiques sont les amphibies : comme sont Iesbievres, loustres, tortues, paré, Animaux, 24.
— ÉTYM. Anc. wallon, buivre; du celtique :cornwall. befer; ou de l'allemand Bibcr. Comparez le latin fiber, castor. On a rapproché le sanscrit babhru, rat, ichneumon.
BIEZ (bié), s. m. Fossé creusé à côté d'une rivière pour l'usage d'un moulin, et pris d'assez loin pour pouvoir ménager une chute d'eau ou au moins une pente qui augmente la rapidité de l'eau. Le conduit se nomme buse quand l'eau tombe sur la roue, et coursier quand elle passe au-dessous.
— hist. xii* s. De faire bieus, murs e fossés, benoît, Chron. 2674 4. Tuzenjur [les paysans] sont semons de plaiz : Plaiz de forez, plaiz de moneies, Plaiz de biez et plaiz de moutes [moutures], wace, Rou, 6975-0074. || xm* s. Sire, ce n'est marliero viez, Ne grant fousez, ne parfont biez, Ainz est abimes vraiement, Uen. 20220. Que tute la grant ewe fait isirde sun bied, Voyage de Charlem. 774.
—ÊTYM. Norm. bieu, ruisseau ; génev. 61; wallon, bi; rouchi, biéfe; piém. bial; génois, beo; bas-lat. bedale, biale, beale, bedum, becium, byesium; du germanique : angl. saxon, bed; anc. nord, bedr; anc. haut allem. betti; allem. moderne, Bett, proprement lit, par suite lit d'une rivière, d'un fossé, conduit. Il y a bien dans le bas-breton béi, fossé, mais isolé et sans congénère dans les autres langues celtiques. Biei en deux syllabes, de Wace, vient de bedale; biet monosyllabe vient de bedum.
fBIFASCIÉ, ÉE (bi-fa-ssi-é, ée), adj. Terme didactique. Qui offre deux bandes.
— ÉTYM. Bi pour bis (voy. bis), et fascia, bande. 7 BIFÈRE (bi-fê-r'), adj. Terme de botanique. Qui
produit du fruit deux fois dans l'année.
— ÊTYM. Bifer , de 61 pour bis, et fer, qui porte.
f BIFFAGE (bi-fa-j'), s. m. Les ratures faites sur une pièce d'écriture.
— ÉTYM. Biffer.
f BIFFE (bi-f), s. f. Pierre précieuse contrefaite.
— HIST. xvi* s. Il achapta une fois un diament faux, fort grossièrement faict;quoy voyant, un sien ami lui dit : Vous n'avez gueres à faire de porter ceste biffe, les Contes du sieur Gaulard, p. 33.
— ÉTYM. Il est possible que biffe soit, en ce sens, une altération de l'italien beffa, tromperie, attrape. Mais il y avait dans l'ancien français, biffe, signifiant une sorte d'étoffe (voy. biffer, à l'étymologie).
BIFFÉ, ÉE (bi-fé, fée), part, passé. Un passage biffé. Un acte biffé. Sur les registres des curés la qualité de prince [du cardinal de Bouillon] fut rayée, biffée; et annoté en marge, que.... st-sim. 280, 45.
fBIFFEMENT (bi-fe-man), s. m. Action de biffer. H Dans les statuts des orfèvres, biffement était employé pour exprimer l'action de rompre les poinçons.
— hist. xvi* s. Aussi s'estoyent-ils bien recordez ensemble, pour parvenir au bifement des deux parties de question, froumenteau, Finances, 3* livre, p. 425.
— ÊTYM. Biffer.
BIFFER (bi-fé), v. a. || 1° Effacer ce qui est écrit. Biffer une ligne. || 2° Terme de palais. Annuler en effaçant. Biffer une clause d'un contrat. || 3° Rompre. Il était dit dans les statuts des orfèvres que l'on bifferait ou romprait les poinçons des maîtres après leur décès.
— ÉTYM. xvi* s. Portrait si biffé qu'il ne s'est peu faire cognoissable , mênard, Hist. de du Guesclin, p. vi.
— étym. Origine incertaine. Ménage le tire de blafard, parce qu'en effaçant on rend pâle; ce qui ne peut se soutenir. On a, dans le bas-latin et l'ancien français, biffa et biffe, signifiant une sorte d'étoffe qui était rayée : Et de biffes camelines raiées, Liv. des met. 393. Qui veut sa robe de brunote, D'escarlate ou de violete, Ou biffe de bone manière, BARBAZAN, FabUaUX, éd. MÉON, t. IV, p. 479.
11 serait possible que de là on eût fait biffer pour rayer. 11 y a aussi un composé dcsb'ITer : Au reste
BIG
sont plus esgriffées, Plus usées et desbiffées Que les vieilles chausses d'ung poste, J. marot, v, 216. On a dit aussi biffe pour tromperie : Il veoid que ce n'est que biffe et piperie, mont, i, 330. Mais biffe est ici pour beffe, beffle, ital. beffarc, beffa. Enfin biffe avait aussi le sens de pierre fausse.
t BIFFURE (bi-fu-r'), s. f. Raie par laquelle on biffe. Ces trois exemplaires sont condamnés à toutes les ratures et biffures que j'y pourrai faire, p. L. cour. Lett. ii, 41.
— étym. Biffer.
BIFIDE (bi-fi-d'), adj. Terme de botanique. Qui est fendu en deux.
— étym. Bifidus , de bi , deux, et findere, lendre. BIFILAIRE, adj. Voy. magnétomètre.
t BIFLABELLÊ, ÊE (bi-fta-bèi-lé, lée), adj. Terme didactique. En forme de double éventail.
— ëtym. Bi pour bis, et flabellum, éventail, de flare, souffler.
t BIFLEXE (bi-flè-ks'), adj. Terme didactique. Fléchi en deux sens.
— étym. Bi, et flexus, fléchi, part, passé de fleclere (voy. fléchir).
t BIFLORE (bi-flo-r'), adj. Terme de botanique. Qui porte deux fleurs.
— ÉTYM. fljpour bis, etflos, fleur.
fBIFOLIÉ, ÉE (bi-fo-li-é, ée), adj. Terme de botanique. Qui porte deux feuilles.
— étym. Bi pour bis, et folium (voy. feuille).
t BIFORE (bi-fo-r'), s.f. Terme d'hisloire naturelle. Nom d'un genre d'acéphales nus dont le manteau a deux ouvertures (salpa).
— ÉTYM. Voy. biforê. C'est Brugnyères qui a créé ce mot, et il l'a écrit biphore : « J'ai supprimé, dit-il, le nom générique de salpa, et je l'ai remplacé par celui de biphore, qui caractérise les deux ouvertures de ces vers (Encycl. méthodique, Hist. nat. des vers, t. i, p. 179).» Ainsi il a voulu dire percé de deux trous, ce qui ne peut se rendre que par bifore; biphore voudrait dire qui porte double, et serait d'ailleurs hybride (bi latin, et <popè; grec).
fBIFORÉ, ËE (bi-fo-ré, rée), adj. Terme didactique. Qui est percé de deux trous.
— étym. Bi pour bis, et foré.
t BIFORME (bi-for-m'), adj. Terme didactique. Qui a deux formes différentes.
— étym. Biformis, de bi pour bis, et forma (voy.
FORMF.).
BIFTECK (bif-tèk), s. «t. Tranche de bœuf grillée. Deux biftecks.
— ÉTYM. Angl. bcefsteak, tranche de bœuf en grillade; de beef, bœuf, mot venant du français (voy. bœuf), et steak, tranche.
BIFURCATION (bi-fur-ka-sion), s.f. || i6 Action de se bifurquer. || 2" Endroit où une chose se b*furque. À la bifurcation de la route, vous prendrez à droite. || 3° Aujourd'hui, dans l'Université, séparation des élèves en élèves des sciences et élèves des lettres, après les classes de grammaire.
— H1ST. xvt" s. De l'artère umbilicale à la bifurcation de la grande artère, près de l'os sacrum,
PARÉ, t. II, p. 031.
— ÉTYM. Bifurquer.
BIFURQUÉ, ÉE(bi-fur-ké,kée), pari. passé.\\l°T\ge bifurquée. || 2° Terme de science. Classification bifurquée, dite aussi dichotomique, classification qui procède en divisant chaque terme en deux autres, dont l'un a et l'autre n'a pas telle ou telle qualité. Ainsi les angles se divisent en droits et non droits; les non-droits en aigus et obtus, etc.
BIFURQUER (SE) (bi-fur-ké), V. tifl. Se diviser en deux, à la façon d'une fourche. Cette racine se bifurque. X ce point le Tuisseau se bifurquait.
— HIST. xvi* s. Parvenue environ le milieu du coulde, ceste artère se bifurche en deux insignes el notables rameaux, paré, iv, 23.
— ÉTYM. Bifurcus, bifurqué, de bi pour bù, et furca, fourche (voy. fourche); provenç. bifurcar.
tBIGAILLE(bi-ga-ll', Il mouillées) , s. f. Nom générique des insectes ailés dans nos colonies.
BIGAME (bi-ga-m'), adj. Qui est marié à deux personnes en même temps. H Substantivement. Un bigame; une bigame. || En droit canonique, celui qui a été marié deux fois, et aussi celui qui, ne s'étant marié qu'une fois, a épousé une veuve.
— hist. xni" s. Noz ne tenons pas bigame por clerc, carilsunt tout revenu de toutes cozes à le [la] laie juridition , beaum. lxiii, 2. Li uns [clercs] revont aprendre, li autres se marient, Et deviennent bigame, j. de meung, Test. 638.
— ÉTYM. Bigamus, de bi pour bis, deux, et yâ- (to;, mariage.
BIGAMIE (bi-ga-mie), s. f. \\ 1» Action criminelle
big
de l'homme qui a deux femmes vivantes, de la femme qui a deux maris vivants || 2* Terme de droit canonique. État de celui qui a épousé successivement deux femmes (la première étant morte). || Bigamie spirituelle, se dit quand un ecclésiastique possède deux bénéfices incompatibles.
— étym. Bigame.
BIGARADE (bi-ga-ra-d'), s. f. Orange aigre, globuleuse, à peau raboteuse, et dont l'écoixe iDterne est amère.
— hist. xw s. Bigarrât ou cornu, nom provençal d'une espèce d'oranger, o. de serres (voy. orange).
— étym. Bigarrât, qui, d'après 0. de Serres, parait avoir signifié cornu dans la Provence, et qu'on pourrait rattacher à bec avec un changement de voyelle (voy. bigot 2).
t BIGARADIER (bi-ga-ra-dié) , s. m. Espèce du genre oranger (citrus bigaradia), qui fournit les fleurs d'oranger dont on prépare l'eau distillée de ce nom et l'essence de néroli, les orangettes et l'écorce d'orange amère.
BIGARRÉ, ÉE (bi-ga-ré, rée), part, passé. Et si je meurs, il [le roi] veut avoir Un manchon de ma peau, tant elle est bigarrée, la font. Fab. ix, 3. Les hommes bigarrés, Les uns gris, les uns noirs, boil. Sat. vm. || Fig. Vers bigarrés, langage bigarré, vers, langage où l'on entremêle les mots de deux langues, comme dans le Malade imaginaire : Grandes doctores doctrinal De la rhubarbe et du séné. || Style bigarré, style où il y a de la bigarrure.
BIGARREAU (bi-ga-rô), s. m. Espèce de cerise rouge d'un côté et blanche de l'autre, d'une chair très-ferme. || Au plur. Des bigarreaux.
— ÉTYM. Bigarré, à cause que ce fruit est bigarré de deux couleurs.
BIGARREAUTIER (bi-ga-rô-tié), s. m. Arbre qui porte des bigarreaux.
— ÉTYM. Bigarreau.
| BIGARREMENT (bi-ga-re-man), s. m. État de ce qui est bigarré.
— hist. xvi* s. La queue longue à la guenone, Mouchetée diversement D'un naturel bigarrement,
DU BELLAY, VII, 40, rCCtO.
— ÉTYM. Bigarrer.
BIGARRER (bi-ga-ré), t). a. || i" Marquer de couleurs qui tranchent l'une sur l'autre. Bigarrer son ajustement. || 2" Fig. Ont-ils pu démêler toutes les nuances qui bigarrent la vie commune? volt. Lett. Prusse, 79. Sans bigarrer son discours de quelque plaisanterie hors de place, vauven. Batylle.
— hist. xvie s. Tu fais germer la terre, et de vives couleursTubigarreslesprésorgueillis de leurs fleurs, rons. 913. Son oraison tant bien parée Semble une juppe bigarrée De plus de sortes de couleurs Que les prez ne portent de fleurs, dubell. vu, 75, verso. Que le vert pré desserre Ses plus douces odeurs, Se bigarrant de fleurs, yver, p. 674. Après eux marchoient les prevost des marchands et eschevins, bigarrez de diverses couleurs, Sat. Mén. p. '3. Les vers bigarrés sont pires que ceux qui sont d'une seule couleur, paré, xxii, 4. 11 y en a [des pigeons] de blancs, de noirs, de gris, d'enfumés, de meslés et de bigarrés, o. de serres, 404. Par telle curiosité [entements réitérés], les fruits s'en diversifient et bigearrent avec utile et plaisante admiration, id. 640. Si on veut bigearrer le taillis, en y entremeslant diverses espèces d'arbres pour le decorement, id. 793. Pourquoy bigarres tu ton saion en ceste façon? palsgr. p. 482. Et tu ne fais point de cas de doux, trois et quatre cens collecteurs bigarrez, froumenteau, Finances, 3« liv. p. 395. Ce qu'aucuns bigarrés [irrités] hors de saison ne veulent concéder, paré, vm, 23.
— étym. Ménage le tire de bis et variare , bis dans le sens péjoratif (voy. bis.... préfixe), et ïoriare. Diez, qui ne repousse pas cette étymologie, en suggère cependant une autre, qui serait: bi-garrer pour bi-carrer, de carrer, disposer, arranger en forme de carrés, d'échiquier. Mais C8 qui paraît décider la question pour Ménage, c'est l'existence, en Berry, de gare, gareau, gariau, gariche, tous mots qui signifient de couleur variée. Que le e latin puisse se changer en g comme le in germanique, bien que plus rarement, c'est ce que prouve guivre de ripera, gaine do vagina, etc. On voit par quelques exemples qu'on a confondu bigarrer avec biiarre, qu'on écrivait bigeare, et qu'on en a fait bigearer; mais cela ne peut être considéré que comme une erreur.
BIGARRURE (bi-ga-ru-r'), s. f. || i" Assemblage de couleurs tranchantes. La bigarrure plaît ; partant chacun le vit [le léopard], la font. Fab. ix, 3. || 2" Fig. Les nations ne jettent pas à l'écart leurs
BIG
antiques mœurs comme on se dépouille d'un vieil habit; il en résulte des lambeaux qui forment, avec les nouveaux vêtements, une effroyable bigarrure, Chateaub. Génie, ni, i, 8. || Bigarrure de style, mélange de styles disparates. || 11 y a bien de la bigarrure dans cette société, elle est composée de toutes sortes de gens. || 3° S. f. plur. Terme de fauconnerie. Taches rousses ou noires, ou diversités de couleur, sur le plumage d'un oiseau de proie.
— HIST. xvi* s. Afin que nous nous rangions tous à l'ancienne fidélité que nous devons à nos roys, sans partialité ny bigarrure [révolte], Sat. Mén. p. 236. Les planches seront bordées d'ozeille, de persil, d'hyssope, dont la diverse bizarreure contentera la veuè, o. de serres, 6u7.
— étym. Bigarrer.
t BIGAUT (bi-gô), s. m. Sorte do houe à crochets pour le binage des vignes.
t BIGE (bi-j'), s. m. Terme d'antiquité latine. Char à deux chevaux.
— étym. Biga, de bi pour bis, et agere, mener, pousser (voy. agir).
fBIGÉMINÉ, ÉE (bi-jé-mi-né, née), adj. Terme de botanique. Fleurs bigéminées, fleurs qui croissent au nombre de quatre, deux à deux, sur un pédoncule commun.
— étym. Bi pour bis, et geminus, double (voy. gémeau).
t BIGEMME fbi-jè-m'), ai}. Terme de botanique. Qui porte deux boutons.
— étym. Bi pour bis, et gemma (voy. gemme). tBIGÉNÈRE (bi-jé-nê-r'), adj. Terme d'histoire
naturelle. Qui appartient à deux genres différents. Hybriditébigénère, bybridité produite par deux animaux appartenant à deux genres différents de la même famille.
— ÉTYM. Bi pour bis, etgenus (voy. genre).
I. BIGLE (bi-gl') , adj. Louche. Homme, femme bigle. La loi du borgne Locrien, à mon avis, était extrêmement juste, et il avait grand intérêt à la proposer; et, pour moi, quand je n'eusse été que bigle, je m'y fusse hasardé , voit. Lett. i 92. Si vous êtes bigle, vous verrez que je deviens aveugle et sourd, volt. Lett. Pictet, sept. (763. || Substantivement. Unbigle. || Bigle a vieilli.
— HIST. xvi' s. Estre louche ou bicle : c'est une distorsion contrainte avec inégalité de la veuë, paré, XV, 5.
— ÉTYM. Génev. bicle; ital. bieco. On tire ce mot de bis, deux, et oculus, œil (voy. œil); double oeil, comme l'espagnol bis-ojo, louche. Bien que la mutilation soit forte, cependant ce qui peut appuyer cette étymologie, qui reste douteuse, c'estle cdans bicle du genevois et de Paré, et icle dans le mot patois bourn-icle, borgne. On n'en doit rien inférer pour besicle, dont l'étymologie est donnée non par une conjecture, mais par la série des formes.
t 2. BIGLE (bi-gl') , s. m. Terme de chasse. Espèce de chien anglais pour les lièvres 8t les lapins. On a dit aussi bicle.
— ÉTYM. Angl. beagle, nom de ce chien. BIGLER (bi-glé), v. n. Loucher, avoir les yeux do
travers. Ce verbe vieillit. || 11 se conjugue avec l'auxiliaire avoir.
— ÉTYM. Bigle; génev. bicler. Quelques personnes disent bicler; c'est, comme on voit, un provincialisme. Bigler est peu usité; on dit loucher.
t BIGLOCIIIDË, ÉE (bi-glo-chi-dé , dée), adj. Terme didactique. Qui est muni de deux pointes.
— ÉTYM. Bi pour bis, et fltoyi;, pointe. BIGNE (bi-gn'), s. f. Tumeur à la tête qui provient d'un coup. Vieux.
— HIST. xv« s. Et une fois il se feit une bigne, Bien m'en souvient, à Testai d'un boucher, villon, Grundtest. Bail, et oraù. |J xvi* s. Puis il trépigne et se fait une bigne; Comme une guigne estoit rouge son nez, marot, h, 352. Il se faisoit à tout coup une bigne au front, des per. Contes, lxxix.
— étym. Berry et lorrain, beugne; romagnol, bo~ ûiid ,- milanais, bugn; sarde, bugnu; provenç. moJ. bougno. Origine incertaine. Il y a dans le germanique: anc. haut-allem. bungo; moyen haut-allem. bunge; anc. nord, bûnga; anc. angl. bung, avec bunny, tumeur. Ces mots, d'après Diez, auraient donné bonga, bongue. Mais ne pourrait-on pas voir dans bunny le moyen terme qui ferait comprendre comment le mot roman a pu sortir du mot germanique?
tBIGXON(bi-gnon), s. m. Terme de pêche. Filet nommé aussi truble.
— HIST. XV s. Le suppliant, qui aucunefoiz s'entremect de pescher, passant avec aucuns engius, nommez bignons ou venuges, du cange, bigo.
— ÉTYM. Origine inconnue.
BIG
BIGORNE (bi-gor-n'), t. f. Sorte d'enclume dont chaque extrémité est en pointe, et qui sert à tourner en rond ou arrondir les grosses pièces. || Terme de marine. Coin de fer pour couper les clous qu'on trouve dans les joints quand on calfate. || Terme de métier. Masse en bois qui sert au corroyeur à fouler les peaux mouillées.
— HlST. xiv s. Le dit François fery l'exposant d'un baston ferré gros au bout, que on appelle bigorgne, du canoë, biscoma. || xvi* s. Le chasteau semble tonner, Tandis qu'on tourne et retourne Le haruois sur la bigourne, Pour le buste façonner,
AMADIS JAMYN , Poésies , p. 68.
— ÊTYM. Bi pour bis, deux, et corne.
f BIGORNEAU (bi-gor-nô), s. m. || i° Petitebigorne ou enclume qui sert à tourner en rond les petites pièces. || 2° Nom donné dans les départements de l'ouest à un coquillage (littorine vulgaire), espèce comestible, qui est le turbo littoral de Cuvier. Manger des bigorneaux. || 3" Ancien sobriquet moqueur des soldats de marine.
— ÊTYM. Bigorne.
t BIGORNER (bi-gor-né), v. a. Forger le fer sur la bigorne. Bigorner l'anneau d'une clef.
— ÊTYM. Bigorne.
i . BIGOT, OTE (bi-go, go-t' ; le t se lie ; un bigot insensé, dites: un bi-go-t insensé; au pluriel l's se lie : des bigots insensés, dites : des bi-go-z insensés; bigots rimeavec repos, dos, faux, travaux, etc.), adj. || 1° Qui est livré à une dévotion étroite et superstitieuse. La différence est totale entre une armée fanatique et une armée bigote, montesq. Rom. SS. || 2° Substantivement. Un bigot, une bigote. L'un, défenseur zélé des bigots mis en jeu.... boil. Épit. vu. Vous moquez-vous des gens d'avoir fait ce complot? Votre fille n'est point l'affaire d'un bigot, mol. 'l'art. h, 2. Les soubrettes sont comme les bigotes, elles font des actions charitables pour se venger, lesage, Turc.i, 9. Sais-tu bien cependant, sous cette humilité, L'orgueil que quelquefois nous cache une bigote? boil. Sat. x.
— HlST. xn' s. Moult ont Francheis Normans laidis Et de meffais et de mesdis; Souvent lor dient reproviers, Et claiment bigos et draschiers; Souvent les ont meslez au roi; Souvent dient : Sire, pourquoi Ne tollez la terre as bigos?WACE, itou, dans du cange, bigothi. || xv s. Des bigotz ne quiers l'accointance, Neloueleuroppinion, ch. d'obl. Bal. 78. Icelui Rebours en appelant l'abbé de Creste bigot, qui est un mot très injurieux selon le langage du pays, du cange, bigotlii. ||xvi' s. Cette Roxolanefit la devotieuse, et cognoissaut Soliman bigot et grand bastisseur de chapelles.... d'aub. llist. I, SI, [L'hypocrisie] Qui parle doucement et sur son dos bigot Va par zèle porter au bûcher un fagot, d'aubig. Tragiques. Bigot dénote celui qui avec une trop grande supeistilion s'adonne au service divin, pajqcier, Recherclies, liv. vin.
— ÊTYM. Bas-lat. bigoti. Une vieille chronique latine (duciiesne, m, 300) dit que Rollon, sommé de baiser le pied du roi Charles, s'écria : Ne se bi god, jamais par Dieu , et que le sobriquet de bigot vint de là aux Normands ; bg, par, et god, Dieu. On peut soupçonnerque l'anecdote (ce qui arrive souvent) aété imaginée pour expliquer le mot. Remarquez (et cela s'oppose à l'étymologie) que le mot est commun aux langues romanes : espagn. ligote, moustache (dans le Dictionnaire de l'Académie de (690 : bigotelle ou bigotere, pièce d'étoffe ou de cuir dont on se sert pour tenir la moustache relevée), hombre de bigote, homme d'un caractère ferme; ital. s-bigottire, effrayer, ôter le courage. Fr. Michel a proposé visiyothus, visigoth. Cette étymologie n'est pas sans probabilité; car elle permet, dans bigot, à la fois un terme de mépris et un terme d'éloge; ayant pu, selon le point de vue, exprimer ou un homme méchant ou un homme brave et courageux; d'où l'italien s-bigottire; et le changement du » en b, toujours difficile en français, a pu se faire dans les autres langues romanes, qui le comportent davantage. Le sens moderne de bigot ne commence, d'après l'historique, qu'au xv* siècle.
| 2. BIGOT (bi-go), s. m. Sorte de pioche à deux fourchons.
— 1UST. xiv s. Instrumentent ferreum dictum bigot, du cange, bigo. \\ xv s. Tenant un bigotz ou pale, id. ib. Le mary d'icelle femme curoit restable à ung engin, appelle bigot, id. t'6.
— ÊTYM. Bas-lat. bigo, bigonis, peut-être dérivé de bec, à cause de la forme de l'instrument.
BIGOTERIE, (bi-go-te-rie), s. f. La dévotion du bigot. Une bigoterie universelle abattit les courages et endormit l'empire d'Orient, montesq. Rom. 22.
BU
— HlST. xvi' s. 11 allégua à son frère pour l'en divertir plusieurs exemples de leur nation qui s'estoit laissée décevoir à telles bigotteries, d'aubigné, Uist. 1, 34. Les moynes, soubz bigotize et faincte dévotion; ne laissent pas de faire de terribles remuements, carloix, v, 20.
— ÊTYM. Bigot.
B1GOTISME (bi-go -ti-sm') , s. m. Caractère du bigot. Cadogan faisait agir les prédicants, et remuait par leur moyen les passions, du bigotisme protestant, st-sim. 498 , 255.
— ÊTYM. Bigot.
f 1. lilGRE! (bi-gr'), interj. Jurement adouci. Trèsfamilier (voy. bougre).
f 2. BIGRE (bi-gr'), s. m. Terme d'ancienne coutume. Qarde forestier spécial pour la conservation des abeilles. || Chasseur d'essaims dans les forêts.
— HlST. xv* s. Avons droit d'avoir et tenir en la dite forest [de Conches] ung bigre, lequel peut prendre mousches, miel et cire pour le luminaire de notre dite église, mercher [marquer], couper et abattre les arbres, où elles seront, sans aucun dangier ne reprinse, du cange, bigrus. Ai droit de trois ans en trois ans, quand on met les mouches en ladite forest [de Breteuil], d'envoyer mon bigre avec les bigres du roi, lequel doit estre juré devant le chastelain de Breteuil, de bien et fidèlement querre lesabeiles et le miel, pour en faire mon besoing, id. ib. Et dudit fief d'Auvergny dépend ung hostel appelle la Bigrerie, ou l'hostel aux mouches, id. ib.
— ÊTYM. Bas-lat. bigrus, bigarus. Etymologie inconnue.
B1GUE (bi-gh'), s. f. Terme de marine. Mat ou mâtereau servant à élever des fardeaux à l'aide de poulies ou de cordages qui en garnissent l'extrémité. Il Terme de maçon. Assemblage de deux longues pièces de bois dressées et unies par le haut, où se trouve une poulie.
— ÊTYM. Provenç. biga, bigua, chevron, solive; bas-lat. bigus, biga.
t BIGUER (bi-ghé), v. a. Changer, troquer. Il se dit principalement à certain jeu de cartes : j'ai bigué mon as contre le sien ; et absolument, voulezvous biguer? Nous avons remis le reversi sur pied, et, au lieu de biguer, nous disons bigler, sëv. 237. Vieux.
— ÊTYM. On indique l'anglo-sax. bygan, bycgan, vendre et acheter ;angl. to buy, acheter.
fBlUASTÉ, ÉE (bi-a-sté, stée), adj. Terme didactique. Qui a la forme d'une double lance.
— ÊTYM. Bi pour bis, et hasta, lance (voy. haste).
t BIHOREAU (bi-o-rô), s. m. Espèce de héron.
BIJON (bi-jon), s. m. Terme de pharmacie. Résine liquide qui coule du pin, sans incision, dite aussi périnet vierge.
BIJOU (bi-jou) ,s. m. || 1° Petit ouvrage d'un travail élégant et d'une matiùre précieuse, et qui sert de parure et d'ornement. Elle a vendu tous ses bijoux. Il 2° Fig. Toute chose élégante et ornée, et, en particulier, petite maison élégante et commode. Le financier la Cour avait fait un bijou d'un vilain lieu et d'une méchante maison que Chamillart lui avait donnée, st-sim. 222, 253. Cirey est charmant, c'est un bijou, volt. Lett. vers, 80. || 3° Fig. et familièrement. Cet enfant est un bijou. C'est le bijou de la famille.
— HlST. xvi' s. Il ne convient qu'à des femmes et à des comédiens de se parer de bijoux, Henri iv, dans le dictionnaire de dochez.
— ÊTYM. On a indiqué le bas-bret. bisou, bézou, beieu, qui signifie bague, et qui vient de : bas-breton, biz; gall.bys, doigt. Le changementd'soude^en j, n'est pas facile. Ménage a indiqué bis-jocare, bijouer, de sorte que bijou exprimerait quelque chose qui joue ou qui brille de plusieurs côtés; cette étymologie est approuvée par Diez.
BIJOUTERIE (bi-jou-te-rie), s. f. \\ 1° Profession de celui qui fabrique les bijoux ou en fait le commerce. H 2" Les objets de ce commerce.
— ÊTYM. Bijoutier.
BIJOUTIER, 1ÈRE (bi-jou-tié, tiô-r'; IV de bijoutier ne se lie jamais; au pluriel l's se lie: les bijoutiers et leurs boutiques , dites : les bi-joutié-z et....), *. m. et f. Celui, celle qui monte les pierres sur or; qui fait et qui vend des bijoux. Il Par extension, celui qui porte sur soi des bijoux. Comme il [le garde des sceaux] était extrêmement bijoutier, et qu'il avait toujours les doigts pleins de petites bagues, retz, m, <43. Peu usité en ce dernier sens.
— ÊTYM. Bijou.
BIL
tBIJUGUÊ, ÉE(hi-ju-ghé, ghée), adj. Terme de botanique. Qui offre deux couples de parties opposées deux à deux.
— ÊTYM. Bi pour bit, etjugum, joug, couple (voy. joug).
t BILABIÊ.ÊE (bi-la-bi-é, ée), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui est partagé en deux lèvres.
— ÊTYM. Bi pour bis, et labium, lèvre (voy. lèvre).
t BlLAMELLÊ,EE(bi-la-m«M-!é,lée), adj. Terme didactique. Qui est composé de deux lamelles.
BILAN (bi-lan), «. m. || 1° Terme de commerce. Anciennement, livre, sorte de carnet sur lequel les négociants ou banquiers inscrivent ce qui leur est dû. et ce qu'ils doivent , ou leurs opérations de diverse nature. Aujourd'hui, compte ou mémoire, dans lequel un marchand expose ses dettes actives et passives. Lesbilansdecesdeuxmaisons de commerce. || État de l'actif et du passif d'un négociant en faillite. Déposer son bilan. || Fig. L'état du parquet est de peser et de comparer les raisons des parties, et d'établir cette espèce de bilan avec toutes les grâces et les fleurs de l'éloquence devant les juges, st-sim. 463, 422. Il 2" Solde de grand-livre, d'un compte particulier, ou de la clôture d'un inventaire.
— ÊTYM. Ital. bilancio, balance, de bilanx (voy. balance).
t BILATÉRAL, ALE(bi-la-tê-ral, ra-1'), adj .Terme didactique. Qui a deux côtés; qui se dirige de deux côtés opposés. H Terme de jurisprudence. Qui assigne des obligations aux deux parties contractantes. Des contrats bilatéraux.
— ÊTYM. Bi pour bis, et latéral.
BILBOQUET (bil-bo-kè; le t ne se lie pas dans le
parler ordinaire ; au pluriel l's se lie : des bilboquets en ivoire, dites: des bil-bo-kè-z en ivoire; bilboquets rime avec traits, jamais, succès, etc.), s. m. || 1° Jouet de bois ou d'ivoire, composé d'un petit bâton qui est terminé par une pointe à un bout et une sorte d'écuelle à l'autre, et d'une boule qui, suspendue au bâton et percée d'un trou, doit être reçue par un bout on par l'autre du bâton. Jouer au bilboquet. Il 2° Petite figure en moelle de sureau ou autre substance très-légère, avec un peu de plomb aux pieds, qui se redresse brusquement , de quelque façon qu'on la pose. H Fig. et familièrement. Le duc d'Orléans, qui se prenait assez aux figures, me répondait sans cesse : mais on se moquera de nous avec ce bilboquet [la Vrillière], nain grosset, monté sur da hauts talons, st-simon, 396, 142. || Familièrement. Se tenir droit comma un bilboquet, se tenir toujours debout. || Se retrouver toujours sur ses jambes comme un bilboquet, se tirer toujours d'affaire quoi qu'il arrive, [j C'est un vrai bilboquet, c'est un homme sans consistance. || 3° Terme de typographie. Léger ouvrage de ville, tel que têtes de lettres, cartes d'adresse, factures, etc. || i' Morceau de fer dans lequel le monnayeur ajuste le flan. || Outil avec lequel le doreur place l'or dans les endroits difficiles à atteindre. || Fragment de pierre bon seulement à faire du moellon.
— HlST. xvr* s. Henri III portoit quelquefois à la main un bilboquet dont il se jouoit, Journal de Henri lit, p. 89.
— ÊTYM. Bilpour bille, avec une finale qui est sans doute bocquet, fer de lance dans le blason (voy. bocquet).
BILE (bi-l'),s. f. H 1° Matière animale particulière, liquide, amère, jaunâtre ou verdàtro, savonneuse, qui se fait dans le foie, et qui, se rendant dans le duodénum, sert à la digestion. L'eau se jaunit en bile au corps du bilieux, Régnier, Sat. v. Des yeux remplis de bile font voir tout jaune, boss. Connaiss. I, 7. Dont le corveau est offusqué par les noires vapeurs de la bile, desc. Médit. 1. 1| 2° Fig. Mauvaise humeur, colère. Une humeur chagrine décharge sa bile sur eux, boss. Pens. 22. Ils ont une bile intarissable sur les plus petits inconvénients, la bruï. u. Et quel homme si froid ne serait plein de bile.... boil. Sat. 1. Ma bile s'échauffe, mol. Tari, u, a. Par lacorbleu! gardez d'échauffer trop ma bile, id. Sgan. 4. Modérez votre bile, et vous rendez traitable, hauteroche, Nobles de Province, 1, 4. Labilo de l'auteur était encore animée par quelques contestations particulières avec des aristotéliciens, fonten. Leibnt'U.Les plus satiriques et les plus misanthropes sont assez maîtres de leur bile pour se ménager adroitement des protecteurs, m. Dangeau. Il n'y a que la méchanceté orgueilleuse et hypocrite qui m'a quelquefois émula bile, volt. Lett. Berger, 25 févr. 1766. Il 3° Bile noire ou mélancolie, sorte d'humeur que les anciens imaginèrent par suite d'une fausse observation, et dont ils plaçaient le siège dans la
BIL
rate. || Fig. Tristesse, ennui. Il ne faut pas que vous vous fassiez de la bile noire, sév. 88.
— ÊTYM Bilis. L'ancien français disait cote ou chnle, de yoMi, bile.
BILIAIRE (bi-li-ê-r*), adj. Terme d'anatomie. Oui a rapport à la bile. Calculs biliaire». Canaux biliaires.
— ÉTYM. Biliarius, de bilis, bile.
BILIEUX, EUSE (bi-li-eû, eû-z), adj. || 1* Terme
de médecine. Oui abonde en bile. Tempérament bilieux. Complexion bilieuse. || Fièvre bilieuse, fièvre qu'on attribuait à une surabondance ou à une altération de la bile. Fièvre bilieuse des pays chauds, fièvre grave qui a généralement le caractère rémittent ou, comme disent les médecins, pseudo-continu. || 2" Fig- De mauvaise humeur, colère. Je suis bilieux comme tous les diables, et il n'y & morale qui tienne, mol. Bourg, gent. n, 6. J'ai aperçu l'ombre pale et bilieuse de M. d'Épernon, qui s'approche avec toute sa fierté gasconne, fén. xix, 4*7. Et dites-moi : quand jadis la Fontaine.... De ses bons mots sur plus d'une matière Contre Lully, Quinault et Furetière Fit rejaillir l'enioûment bilieux. Fut-il traité d'auteur calomnieux?).b. rousseau, liv. i, Aux muses. || 3° Substantivement. Les bilieux sont sujets à de grandes maladies. || Fig. Cette bilieuse Oui follement outrée en sa sévérité.... boil. Sat. x.
— REM. Bilieux est de trois syllabes en vers; cependant Béranger ne l'a fait que de deux, suivant, en cela, le parler ordinaire : Combien d'imperceptibles êtres ! De petits jésuites bilieux ! bérano. Infiniment petits.
— ÉTYM. Biliosus, de bilis, bile. Des gens qui parlent mal disent bileux au lieu de bilieux.
f BILIGULÉ, ÉE (bi-li-gu-lé, lée), adj. Terme de botanique. Oui est partagé en deux languettes.
— etym. Bi pour bis, et ligula, languette. fBILlNE (bi-li-n'), t.f. Terme de chimie. Principe extrait de la bile.
— ÊTYM. Bile.
f BILINGUE (bi-lin-gh'), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a deux langues. || Terme de philologie. Oui se sert de deux idiomes différents ; qui est en deux idiomes différents. Des inscriptions bilingues.
— ÊTYM. Bilinguis, de bi pour bis, et lingua (voy. langue).
fBILITÈRE (bi-H-tS-r') , adj. Terme de grammaire. Composé de deux lettres : ta, je, sont des mots bilitères.
— ETYM. Bi pour bis, et litera ou littera, lettre (voy. lettre).
BILL (bil. Des grammairiens recommandent de prononcer bill avec les II mouillées; à tort : il n'y a aucune raison de changer la prononciation anglaise de ce mot), s. m. Projet d'acte du parlement d'Angleterre, et aussi quelquefois, loi rendue. L'Angleterre publia des bilis afin de défendre aux sujets de S. M. britannique de porter des secours aux Américains, chateaub. Amer. 3(2. Après ce bill des miladys de l'ordre, Dans la commune arrive un grand désordre, gresset, Vert-Vert, ch. H. || Bill d'indemnité, expression qui, du parlement anglais, est venue dans le langage parlementaire, et se dit de l'absolution que la chambre donne à un ministre pour quelque chose d'irrégulier, il est vrai, mais commandé par les circonstances.
— ÊTYM. Angl. bill, anciennement bille. Le baslat. billa, cédule , mémoire , contrat , n'est que le mot anglais latinisé. Bill ou bille, n'ayant de relations avec aucun mot germanique, est une altération de bulle, bulla , qui veut dire aussi cédule, rescrit (voy. bulle) , comme le prouvent billette et bullete qui avaient le sens de rescrit; la confusion ontre bille et bulle est évidente. Il y a eu peut-être aussi d'autres confusions : à l'article billot, on verra que ce mot a été dit pour pancarte , et cela parce que la pancarte était fixée à un pieu, à un billot; faudrait-il penser que, de la même façon , bille, pièce de bois (voy. bille 2) a influé sur l'assimilation entre bille et bulle? Quoi qu'il en soit, bill est un mot d'origine française.
BILLARD (bi-llar, il mouillées, et non bi-yar; le d ne se lie pas : un billard élégant dites : un bi-Ûar élégant; l's au pluriel ne se lie pas : des billards élégants, dites : des bi-llar élégants; cependant plusieurs lient l's: des bi-llar-z élégants), s. m. j| ^Autrefois bâton recourbé avec lequel on poussait les boules, et aussi queue de billard. Le but est un cœur fier; la bille, un pauvre amant; La passe et les billards, c'est ce que l'on pratique Pour toucher au plus tôt l'objet de son amour, la pont, à Mme de la Fayette, en lui envoyant un petit billard.
BIL
Il 2° Jeu qui se joue avec des boules d'ivoire sur une table entourée de rebords rembourrés et garnie d'un tapis vert. || La table sur laquelle on joue. || La salle dans laquelle est le billard. Montons au billard. || Petit billard, billard portatif. Ce billard est petit, ne l'en prisez pas moins; Je prouverai par bons témoins Qu'autrefois Vénus en fit faire Un tout semblable pour son fils; Ce plaisiroccupait les amours et les ris, la font, d Mme de la Fayette. || 8° Fer qui sert à fixer la raquette du paumier. || Billard de terre, sorte de jeu qui consiste à ficher un ou deux anneaux en terre, pour y faire passer ensuite de petites boules ou billes que l'on fait rouler avec une palette. || 4" Terme de chasse. Morceau de bois se terminant en pointe d'un bout et recourbé de l'autre, dont se servent les oiseleurs. |j 5° Terme de marine. Barre de fer ronde dont le gros bout ressemble à une masse de billard.
— HiST. xiv s. Après avoir féru d'une voiture ou billars le tavernier sur le bras, tant que l'espêe qu'il [le tavernier] tenoit li vola du poing, Lett. de Rémission, Arch. de Sens, fonds de St Bémy ; Transactions. || XVe s. Très fort vous avez combatu Et j'ay mon billart bien tenu, ch. d'orl. .Rond. Et un billard de quoi on crosse, villon, Petit testament. || xvi' s. Je vous prie nous envoyer ung jeu de billard et ung autre jeu que l'on nomme le trou madame, DELABORDE, ÉmaUX, p. 465.
— ÊTYM. Bourguig. billard, boiteux, àcauseque les boiteux marchent avec un bâton qui s'est dit billard. Billard est proprement une crosse à crosser et vient de bille au sens de pièce de bois (voy. bille 2) ; et le nom du jeu actuel vient de la queue, qui était et s'est dite un billard ou bâton.
BILLARDER (bi-llar-dé. Il mouillées, et non biyar-dé) , v. n. || 1° Toucher deux fois sa bille ou pousser deux billes à la fois. || Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir. || On dit aujourd'hui queuter. || 2° Terme de manège. On dit qu'un cheval billarde, quand, en marchant, il jette les jambes de devant en dehors. || 3° On dit des cornes d'un bœuf qu'elles billardeut quand elles s'écartent beaucoup l'une do l'autre.
— ÊTYM. Billard.
t BILLAUD (bi-llô, Il mouillées), s. m. Instrument de bois recourbé et en pointe, dont se servent les oiseleurs ; le même que billard, n* 4.
— ETYM. Bille 2.
<. BILLE (bi-11', Il mouillées, et non pas bi-ye),
s. f. || 1° Boule d'ivoire servant au jeu de billard. || 2° Petites boules de pierre ou de marbre qui servent à des jeux d'enfants. || Fig. Être à billes pareilles, à billes égales, se dit de deux personnes qui dans une concurrence n'ont point d'avantage l'une sur l'autre. Ah! bien, bien, billes pareilles, baron, Coquette et fausse prude, i, 8.
— hist. xir* s. Li trois enfant que il ot engendrez, Jeuent et rient et tiennent pain assez; Â la billette jeuent desus le sel [les sacs de sel] , Li eharois de Nirnet, 88*. || xni' s. Par foi n'i donroie une bille, Ce ditTybert, en elz n'en toi, Ben. 20580. .... Ceste closture Qui n'est pas faite en quarreûre, Ains est si ronde et si soutille, Ou'onques ne fu beril en bille De forme si bien arrondie, la Rose, 20496. Mais en vain me travaillerai ; Tout ne me vaudroit une bille, ib. 9375. || xiv s. Alons faire [jouer] ceste quarte de vin au jeudes billes, du cange , billa. Quant Félix voulut biller son coup, il prit sa bille, et, la cuidant ferir, elle echeut à terro, ib. || xv s. Sont-ce coups d'esteufs ou de billes? en. d'orl. Rondeau. Une bille d'or, servant à chappes, garnye de plusieurs perles, de rubis et de dyamans,
DE LABORDE, ÉmOUX, p. <65. || XVI* S. JaU [COq] SUS
braise et bille sur tabour (Proverbe pour exprimer une chose mobile).
— ÉTYM. Espagn. billa; ital. biglia. Diez conjecture que ce mot vient du germanique : haut-allemand moyen, bickel; flamand, bikkel, osseletdont les enfants se servent pour jouer. Mais le sens n'est pas satisfaisant; et il faut plutôt songer à une assimilation vicieuse entre bille (voy. bille 2) et bulla (voy. boule), assimilation dont il reste une trace évidente dans billette et bullete (voy. bill).
2. BILLE (bi-11', H mouillées, et non pas bi-ye), s. f. || 1° Pièce de bois de toute la grosseur de l'arbre, destinée à êlre mise en planches. || 2" Bille d'acier, morceau d'acier carré. || 3" Jouer a la bille, faire sauter la bille. On dit plus ordinairement jouer au bâtonnet , faire sauter le bâtonnet. || 4° Bâton dont le peaussier et l'emballeur se servent pour tordre et serrer. || 5° Outil du perceur d'aiguilles, de l'orfèvre. || 6° Rejeton qui pousse au pied d'un arbre. || Branche d'arbro coupée par les deux bouts, propre à mettre en pépinière.
LîIL
— ÉTYM. Wallon, bèie, bâton et quille; ano. franc, bille, quille, dans un texte du xiv siècle: quillize, quae in partibus illis [Bapaume] vocantur gallice billet, du cange, billa; bas-lat. billael billus dans un texte du xn* siècle, branche, tronc d'arbre; du celtique : irland. bille; bas-bret. bill,pill; gall. pill, tronc d'arbre.
BILLEBARRÉ, ÉE (bi-lle-ba-ré, rée, Il mouillées), part, passé. Quand les sorciers font porter pierre ou anneaux avec des lettres ou figures ineptes et billebarrées, Statutt synod. de le Gouverneur, évoque de St-Malo, art. 2( ()6(8).
BILLEBARRER (bi-lle-ba-ré, Il mouillées), V. a. Marquer de raies de diverses couleurs.
•—ÊTYM. Bille 2, et barrer : barrer avec des billes, des bâtons, c'est-à-dire faire des raies qui ressemblent à des verges.
BILLEBAUDB (bi-lle-bô-d', «mouillées), t. f. Terme familier qui signifie confusion, désordre. Je suis fort aise de n'avoir point ici [à Vichy] le bon abbé, il y eût fait un mauvais personnage; quand on ne boit point, on s'ennuie; c'est une billebaude qui n'est point agréable, sév. 277. || X la billebaude, lue. adv. En confusion. || Tir à la billebaude, tir irrégulier et à volonté, s'est dit autrefois soit à la guerre, soit à la chasse.
— ÉTYM. Origine incertaine. On peut cependant conjecturer que bille est pour belle (voy. BILLEVESÉE), et que baude est le féminin, pris substantivement, de l'ancien adjectif baud, hardi, vif: le tout signifiant belle hardiesse, et de là hasard, confusion.
t BILLEBAUDER (bi-lle-bô-dé , Il mouillées),», n. Terme de chasse. On ditque des chiensbillebaudent, quand ils chassent mal.
— ÉTYM. Billebaude.
t BïLLER (bi-llé, Il mouillées), v. a. Tordre une
peau ou serrer une balle avec la bille. || Pousser à droite ou à gauche une pièce de bois en équilibre sur un appui. || Dans le halage des bateaux, attacher la corde à une pièce de bois courbée placée derrière le cheval. || Biller la pâte, l'aplatir avec un rouleau qui se nomme bille.
— ÉTYM. Bille 2.
BILLET (bi-llè, Il mouillées, et non bi-yê; le t se
lie : un billet amical, dites : un bi-llè-t amical; au pluriel \'t se lie : des billets amicaux, dites : des bi-Uè-z amicaux ; billets rime avec traits, succès, jamais), s. m. || 1* Missive, petite lettre qui n'a pa3 les formules usitées dans les lettres ordinaires. Madame, dois-je croire un billet de Maurice? corn. lléracl. Il, 6. J'ai trouvé ce billet enfermé dans son sein.... rac. Baj. iv, 6. Mais quels malheurs dans ce billet tracés.... id. Iphig. i, <. 11 m'écrivit l'autre jour un fort joli billet, sev. 6)4. Te voilà ravi d'écrire des billets à ta maîtresse, hamilt. Gramm. 4. Il reçoit des billets d'invitation pour un dîner, J. J. rouss. Ém. il. H Papier plié à la manière d'une lettre. On jeta sur la scène un billet qui contenait des vers. || Billet doux, billet d'amour et de galanterie. L'un dans la main vous glisse un billet doux, L'autre à Passy vous propose une fête, volt. Épit. 80. Billets de change étaient mes billets doux, id. Poutre diable. On sait, pour lire un billet doux, Quel moyen prennent nos coquettes, béranger, B. Maman. || 8" Avis imprimé ou écrit. Billet de naissance. Billet de faire part ou billet de part, billet par lequel on fait part à ses parents et à ses amis d'une naissance, d'un mariage ou d'une mort. || Faire courir le billet, s'est dit autrefois pour avenir les membres d'une corporation de se rassembler, ou pour informer les orfèvres et les joailliers qu'un vol ayant été commis, ils eussent à arrêter ceux qui leur porteraient l'argenterie volée. || 3° Terme de commerce et de finance. Obligation souscrite par une personne au profit d'une autre personne; écrit qui la constate. || Divers papiers de crédit qui ont cours dans lo public. Billet de banque, billet émis par une banque de circulation, et, plus spécialement, promesse de payer par une banque à vue et au porteur. Billet de change, promesse de fournir une lettre de change. Billet à ordre, billet payable à celui au profit de qui il est souscrit et de ceux à qui il aura été transmis successivement au moyen d'un simple endos. Billet au porteur, billet qu'on doit payer au porteur. Cet enfant de famille à qui nous prêtâmes l'année passée trois mille livres, et à qui je fis faire un billet de neuf par votre ordre.... lesage, Turcaret, m, 9. || Billet de l'épargne s'est dit anciennement d'une rescription payable sur le trésor royal qu'on appelait alors l'Epargne. || 4" Carte qui donne le droit d'entrer dans un théâtre, dans un lieu public. Je ne puis disposer que de dix billets pour cette représentation. || Petit morceau de pa-
BIL
BIL
BIL
picr ou de carton qu'on délivre à ceux qui prennent une place dans un chemin de fer. || 5° Bulletin qui, portant un numéro, est délivré a toute personne qui met à une loterie. || Bulletin, petit rouleau de papier qui sert à tirer au sort. || Tirer au billet, choisir par le sort entre les noms de plusieurs personnes inscrits sur des billets. Oue l'on tire au billet ceuxque l'on doit élire, BOiL.£ufn'n,l. || Tirerau billet s'est dit autrefois quand, sévissant sur des militaires, on mettait leurs noms sur des billets et tirait au sort qui serait passé par les armes. Rosen fut pris avec d'autres en maraude et tira au billet, st-sim. •1(6, 3. || 6° Bulletin, petit papier sur lequel est écrit le suffraîe dansune élection, le vote dans une assemblée délibérante. || Billet blanc, billet sans nom misdans l'urne d'un scrutin. ||7° Billet de logement, écrit portant injonction à un habitant de loger un ou plusieurs soldats. || Billet de garde, billet portant ordre d'un service militaire. || Billet de confession, attestation par Laquelle un prêtre certifie qu'il a entendu quelqu'un en confession. || Billet de santé, certificat constatant que, dans le pays d'où vient un voyageur, il ne règne aucune épidémie. |j Dans la marine, écrit délivré aux marins, pour la solde ou la ration. || Dans les eaux et forêts, billet d'afforestement, permis d'exploiter. Billet de contentement, déclaration de caution suffisante délivrée par le receveur des domaines. || Proverbe. Ah ! le bon billet qu'a la Châtre I Se dit pour exprimer qu'une promesse est sans valeur. Ce mot est fondé sur ce que le marquis de la Châtre, amant de Ninon de Lenclos, obligé de partir pour l'armée, avait exigé d'elle un billet où elle s'engageait à lui être fidèle. Ce fut elle-même qui, à la première infidélité qu'elle lui fit, prononça ces mots, qui depuis passèrent en proverbe.
— ÊTYM. Angl. billet. Bien que le mot billet n'ait pas été rencontré dans des textes français anciens, cependant on doit penser qu'il existait en français dès le xv siècle au moins; car le prédicateur Menot, qui remplissait son latin de locutions françaises, dit : Et cum essem sic in pede crucis et sic desolatus, quod ego eram in fine billeli met, du cange, billelus;h la fin de mon billet, ce que nous dirions: au bout de mon rouleau. Billet et billette (voy. ce mot) sont des diminutifs du bas-latin billa, rescrit, cédule (voy. bill).
tBILLETÊ, ÉE (bi-lle-té, tée, Il mouillées), adj. Terme de blason. Chargé de billettes.
— ÉTYM. Billette 2.
BILLETEK (bi-lle-té. Il mouillées; le «se double quand la syllabe qui suit est muette : il billette, il billettera; cette orthographe est indiquée par billette, s. f. car, autrement, on pourrait écrire : il billète; l'Académie ne dit rien), v. a. || 1° Attacher des étiquettes sur les marchandises. Il a vieilli; on dit étiqueter. || 2" Loger par billets de logement. Les soldats furent billetés.
— ÉTYM. Billet.
t BILLETEL'U (bi-lle-teur, II mouillées), s. m. Terme de marine. Matelot qui reçoit la paye totale de plusieurs de ses camarades pour la leur distribuer.
— ÉTYM. Billet.
+ BILLET1ER (bi-lle-tiê, 21 mouillées), s. m. Dans les douanes, commis qui expédie les billettes.
i. BILLETTE (bi-llè-f, Il mouillées, et non pas bi-yù-f), s. f.\\ 1° Petit écriteau placé aux endroits où un péage est établi, pour avertir les passants d'acquitter le droit. || 2° Acquit que le douanier délivre aux marchands.
— hist. xv s. Deusbilhetes ou brevez [brevets], Du cange, billa.
— ÉTYM. Billet, dont billette n'est qu'une autre forme. On a dit aussi bullete dans le sens de rescrit : xiV siècle : Et bailleront les gardes des dits pois bullete, autrement dite police, à ceux qui auront passé le dit sel, no cange, bulleta.
2. BILLETTE (bi-llè-f, 21 mouillées), s. f. || 1° Bois de chauffage fendu et séché. || Fagot de billettes, nom, dans quelques provinces, de ce qu'on nomme, à Paris, cotret. || Rouleau de bois pour aplanir la terre à mouler. || Morceau de bois qu'on place le long du toit d'une veine de charbon minéral. || 2° Terme de blason, pièce d'armoirie solide, en forme de carré long, dont on chargeait l'écu. || 3° Cylindre ou bâton de jus de réglisse. || 4° Terme d'architecture. Série de petits parallélogrammes ou portions de cylindres séparés par des vides, et dont les rangs, plus ou moins nombreux, chevauchent.
— ÉTYM. Diminutif de bille 2; bas-lat. bilietum. \ 3. BILLETTE (bi-llè-f , Il mouillées), s. m. Reli-
gieux ainsi appelés parce qu'us portaient de petits scapulaires dits billettes pour leur ressemblance avec la billette du blason. La rue des Billettes. Ami, dit le billette. X tout pécheur Dieu fait rémission, J. B. Bouss. l'pigr. IV, 7.
BILLEVESÉE (bi-le-ve-zée), *. f. Discours frivole, idées chimériques, vaines occupations. Il traite de billevesées tout ce que nous croyons, mol. Fest.i. 2. Je n'ai parlé de ces sublimes billevesées que pour faire savoir les opinions de Newton, volt. Lett. vers, 80. Je suis accablé de tant de riens, si surchargé de billevesées, m. Lett. d'Argental, A" mai 1761. Toutes les billevesées de la métaphysique ne valent pas un argument ad hominem, dider. Pens. phil. 4 7.
— HIST. xvi' s. Ayez en révérence le cerveau caseiforme, qui vous paist de ces belles bille-vezées, rab. Prol. du \" livre.
— ÊTYM. Lamonnoye , au mot bourguignon vezai , dit : « Veze est une espèce de musette ; de là gros vexé, pour un gros homme; ve;e, pleine de vent, dans babelais, iv, 43. » Leduchat tire billei:esée de bille, boule, et vesée , soufflée. Il est certain que vesée est ici l'équivalent de vessie; mais bille parait une altération de belle : belle vessie, chose de vent, chose de rien. Cela se voit par ce vers du xni* siècle : Car Mahomes ne vaut une belle vessie, Roman du chevalier du Cygne, dans schweighaOser, De la Négation, p. 81.
BILLION (bi-li-on), f. m. Terme d'arithmétique. Dix fois cent millions ou mille millions, un milliard, qui est plus particulièrement usité dans le langage de la finance et dans le langage ordinaire.
— HIST. rvi's. Ung billion vault mille milliers de millions, est. de la roche, Arismelique, f" 7. L'on peut diviser les figures de six en six, en commençant toujours à dextre, et sus la première figure d'une chescune sixiesme, la première exceptée, l'on peult mètre ung petit point; et doit on savoir que toutes les figures, depuis le premier point jusques au second, si tant en y a, sont tous millions; et du second au tiers sont millions de millions; et du tiers au'quart sont millions de millions de millions; et ainsi des aultres pointz, en proférant ce vocable million autant de fois comme il y aura de pointz ; ou, qui veult, le premier point peult signifier million, le second point billion, le tiers point trillion, le quart quadrillion, etc. id. ib.
— ÉTYM. Mot formé sur le modèle de million, avec bi pour bis, le degré au-dessus du million. Ces formes, billion, trillion, etc. ont été créées dans le xvi' siècle pour signifier des tranches de six en six chiffres, les unités représentant, à partir de la droite, les six premiers rangs de chiffres; le million représentant les chiffres du T rang au 4î*; le billion représentant les chiffres du 43» rang au (8*, et ainsi de suite. C'est pour cela qu'Est, de la Roche dit qu'un billion vaut mille milliers demillions. Ce n'est qu'au milieu du xvii* siècle qu'il fut réglé que les tranches, au lieu d'être de six en six chiffres, seraient de trois en trois chiffres; ce qui revint à diviser par 4000 l'ancien billion, l'ancien trillion, etc. Ce mode de compter ne fut admis que tard en Angleterre, puisque Locke, Essai sur l'entendement humain, il, (6, reproche à ses compatriotes de ne pouvoir compter les grands nombres qu'en redoublant le mot de million.
1. BILLON (bi-llon, 22 mouillées, et non bi-yon), s. m. || 1° Autrefois composé d'un métal précieux avec d'autres métaux qui sont en proportion plus considérable; nom qu'on donnait à l'or ou à l'argent, lorsque l'alliage était au-dessous du carat prescrit par les ordonnances. || 2° Aujourd'hui toute espèce de monnaie décriée et défectueuse. || 3° Monnaie de cuivre pur ou mêlé d'un peu d'argent. Une des raisons qui fit augmenter chez eux la valeur numéraire des monnaies, c'est-à-dire établir le billon, fut la rareté de l'argent, montesq. Esp. xxi, (6. || 4° Bas argent affiné avec de la casse d'orfèvre, sans usage d'eau forte. || 5° Lieu où l'on porte toute monnaie en décri ou de faux poids. Envoyer au billon. || Fig. Être, mettre au billon.
— HIST. xiii* s. Quand je vaurai [voudrai] savoir ke li marsdebillonsàcinq deniers valra [vaudra].... Comput, f*23. || xiv s . Et vous mandons que vous deffendez et faictes deffendre que nulles autres monnoyes, tant d'or comme d'argent, faictes tant en nostre royaume comme dehors, ne ayent aucun cours, mais soyent portées à nos plus prochaines monnoyes, au marc pour billon, et que nul ne soit si hardi de porter ou faire porter hors de nostre royaume billon d'or ne d'argent en masses ne en billes n'en plates ne autrement ne nulles autres monnoyes,
Ord. de 4365, t. rv,p. 662. Quenulznes'entremecte de faire courretaige d'or, d'argent, ne de nul billon, quel qu'il soit, nedebillonneren l'ostel ne dehors.... Ordonn. t. m, p. »o. Que toutes personnes puissent sauvement porter à les échanges ou bullion, et ne mie ailleurs, argent en plate.... — Que toutz marchauntz puissent sauvement porter plate d'argent, billettes d'or et tut autre maner d'or à nostre bulione, Ordonnances des mis d'Angleterre (Passages où bullion signifie lieu où se fabrique la monnaie, et qui sont cités dans : Transactions of the philological sociely, 4858, part. I, p. <). Icellui du Rut trouva un petit sachet où il y avoit mitaille qui est apelée billon, du cange, mita. || xv s. Je l'aleve bien [l'argent] sans essai, Ne sans envoyer au billon, froiss. Le dit dou florin. Il n'a tente ne pavillon Qu'il n'ayt laissé à ses amys, Et n'a plus qu'un peu de billon, Qui sera tantost à fin mys, villon, Pet. test. Enfans, bâillon Force billon Pour conquérir telle pourprise, o. crétin, Poésies, p. 463. || xvi' s. Si je montrois une masse de plomb et quo je disse : ce billon d'or m'a été donné par un tel prince; on m'estimeroit un fol insensé, calv. lnstit. 4 55. Puisque tu as desja veu nos richesses et nos thresors, et combien nous avons d'or en billon.... les Œuvres de Lucian de Samosate traduites par j. beaudoin, f° »+, verso.
— ÉTYM. Provenç. billo ; espagn. vellon; portug. bilhâo; ital. biglione ; bas-lat. billio, bullio; angl. bullion. Billon a certainement voulu dire primitivement masse. « L'or et l'argent en masse est celui que l'on appelle culot, soit qu'on le laisse refroidir dans le creuset, soit qu'on le jette dans quelque récipient creux et profond. L'or et l'argent en bille est celui que l'on jette en lingot dans une espèce de machine qui est appelée lingotière. L'or et l'argent en plate est celui que l'on jette, quand il est fondu, dans un vase moins creux que celui où l'on jette le* masses, Note dans Ordonnances des rois de France, t. iv, p. 553. » Billon ou billette ou bille d'or ou d'argent est le métal qui a pris la forme d'une bille (voy. bille 2). Cependant une difficulté se présente : comment alors expliquer l'anglais bullion, bas-latin bullio? D'abord remarquons que ces deux formes n'en font vraiment qu'une, le bas-latin bullio ne se trouvant que dans des textes anglais et n'étant par conséquent que la transcription du bullion anglais. Cela posé, et la forme anglaise restant isolée, il faut seulement y voir une altération du français billon. Maintenant quelle est la série des sens? Le sens primitif est lingot, soit d'or, soit d'argent; puis lieu où l'on fait des billons, où. l'on fabrique la monnaie; en troisième lieu, monnaie bonne ou mauvaise qu'on porte au billon, à l'hôtel des monnaies pour y être refondue; en quatrième lieu, iaauvaise monnaie, cuivre avec alliage d'argent, et même cuivre seulement.
2. BILLON (bi-llon, Il mouillées, et non bi-yon), i. m. || 1° Terme d'agriculture. Bande de terre élevée par la charrue au-dessus du niveau environnant. Le billon est formé par deux ou un plus grand nombre de tranches adossées; la largeur en varie donc avec le nombre des tranches. || 2* Sarment taillé fort court. || 3° Terme de construction. Pièce de bois de sapin équarrie.
— ÊTYM. Ce mot dans le sens de sarment vient du bas latin billa, pièce de bois, rameau (voy. bille 2); dans le sens de ados, il est vraisemblable qu'il en vient aussi par l'assimilation de l'adosà une poutre, à une solive.
4.BILLONNAGE(bi-llo-na-j, 22 mouillées, et non bi-yo-na-j'), s. m. |j 1* Délit de celui qui fait un trafic illégal de monnaies défectueuses. || 2° Terme de monnaies. Opération dite aussi triage, qui consiste à trier les pièces qui excèdent le poids pour les fondre. || 3° Sur-achat de monnaies d'or ou d'argent, pour les exporter ou les fondre. || 4" Mélange prohibé des matières de billon.
— ÊTYM. Billonner 4.
S. BILLONNAGE (bi-Uo-na-j', Il mouillées), s. m. Terme d'agriculture. Labourage en billons.
— ÊTYM. Billonner 2.
BILLONNEMENT (bi-llo-ne-man, Il mouillées), s. m. Action de billonner.
— ÊTYM. Billonner 4 .
4. BILLONNER (bi-Uc-né, 22 mouillées, et non bi-yo-né), v. a. Faire un trafic illégal de monnaies défectueuses. || Acheter les monnaies d'or ou d'argent pour les exporter ou les fondre.
— HIST. xvi- s. Vous ne faites que commuer, altérer et billonner tout l'argent qui vient de France,
CARLOIX, VI, 9.
— ETYM. Billon I.