‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 219 sur 403 · ID. I · texte numérisé non relu

ID. I

— ÉTYM. Bosse; picard, bochu ; Berry, boussu. BOSSUE, ÉE (bo-su-é, ée), part, passé. Cette argenterie est toute bossuée.

fBOSSUELLE (bo-su-è-1'), s. f. Terme de botanique. Nom spécifique, pour certains auteurs, de la tulipe campsopétale.

— êtym. Mot à mot la petite bossue, ainsi dite à cause de la forme courbée de ses pétales. Bossuel, bosuel, s. m. qu'on trouve dans quelques dictionnaires, est une moins bonne orthographe.

BOSSUER (bo-su-é), ». a. || 1° Faire par accident des bosses à de la vaisselle, à de l'argenterie, etc. Bossuer des plats, des assiettes. || 2" Se bossuer, v. réfl. Ce plat s'est bossue en tombant.

— ÉTYM. Bossu.

BOSTANGI (bo-stan-ji), s. m. Nom des jardiniers du sérail qui sont enrégimentés et employés à la garde du Grand Seigneur. || Bostangi-bachi , le chef des bostangis.

— ÉTYM. Persan, bustân, jardin, et dji, particule turque qui, jointe aux substantifs, indique la profession.

BOSTON (bo-ston) , s. m. Jeu de salon qui se joue à quatre personnes, avec un jeu de cinquante-deux cartes et des paniers de fiches, comme ie reversis. Jouer au boston. Faire un boston.

— ÉTYM. Ainsi appelé de la ville de Boston, assiégée par les Anglais, dans la guerre de l'Indépendance d'Amérique. Misère, indépendance, termes de ce jeu, se rapportent auxphasesdu siège de cette ville.

BOT (bo; le t ne se lie pas), adj. m. Usité seulement dans cette locution : pied bot, pied contrefait par quelque contracture ou lésion permanente des muscles. || Substantivement. Un pied bot, un homme qui a un pied bot. Des pieds bots.

— Étym. Wallon, bot', émoussé, obtus; espagn. boto ; de l'allemand : holl. bot; allem. Butt, corps épais et obtus.

BOTANIQUE (bo-ta-ni-k'), *. f. Science qui a pour objet la connaissance, la description et la classification des végétaux. La botanique n'est pas une

science sédentaire et paresseuse qui se puisse acquêrirdans le repos et l'ombre d'un cabinet, font. Tournefort. Dès le temps d'Henri IV, on s'était aperçu que la botanique, si nécessaire a la médecine, devait être étudiée, non dans les livres des anciens, où elle est fort confuse , fort défigurée et fort imparfaite, mais dans les campagnes, réflexion qui, quoique très-simple et Uvs-uaturelle, fut assez tardive, id. Fagon. || Adjectivement. Nos recherches botaniques ne furent pas heureuses ; les plantes étaient peu variées, chateaubr. Toy. Amer. 334. || Région botanique, espace offrant un certain nombre de plantes qui lui sont particulières. || Jardin botanique, jardin où l'on rassemble un grand nombre de plantes pour l'étude et la curiosité. || Géographie botanique, étude des contrées par rapport aux plantes qui leur sont propres.

— ÉTYM. BoTavixri, botanique, de poTâvrj, plante, de 6oto;, nourri d'herbe, de pàcrxEiv, paître, le même que pascere (voy. paItre).

f BOTANISER ( bo-ta-ni-sé), v. n. Herboriser. Il Néologisme.

— ÊTYM.BoTaviÇeiv, pour la forme, non pour le sens; car (JotaviÇeiv signifie sarcler.

BOTANISTE (bo-ta-ni-sf), s. m. Celui qui étudie la botanique, qui est savant en botanique. Il n'y a pas une seule plante de perdue, de celles qui étaient connues de Circé, la plus ancienne des botanistes, bern. de st-pierre, Étude iv. Comme il avait repeuplé de plantes ce jardin, il le repeupla aussi de jeunes botanistes que ses leçons y attiraient de toutes parts, fonten. Fagon.

— ÉTYM. Botanique, en substituant la finale iste à la finale ique.

t BOTANOGRAPHIE (bo-ta-no-gra-fie), *./. Description des plantes.

— étym. Botol-zï), plante (voy. botanique), et-ypâçeiv, décrire.

t BOTANOLOGIE (bo-ta-no-lo-jie), s. f. Traité sur les végétaux.

— étym. Bot&wi, plante, et Aôyoç, doctrine (voy. logique).

t BOTANOPHAGB (bo-ta-no-fa-j') , adj. Terme didactique. Qui vit de végétaux.

— ÉTYM. Botdvr], herbe (voy. botanique), et 9*- Y»ïv, manger.

BOTARGUE (bo-tar-gh'), s. f. Voy. boutargue. '+ BOTHRIOCÉPHALE (bo-tri-o-sé-fa-1') , s. m. Terme d'histoire naturelle. Parasite du genre des Uenias qui vit dans les intestins.

— ÉTYM. B66piov, petite cavité, et xeçaX^, tête : tête à petites cavités.

t BOTHRION (bo-tri-on), s. m. Terme de chirurgie. Ulcération profonde de la cornée.

— ÉTYM. B68piov, diminutif de (ioGpo:, trou, cavité.

t BOTRYLLE (bo-tri-1') , *. m. Genre de mollusques qui vivent en tas, en grappes.

— ÊTYM. Diminutif de (Jôtpu;, grappe.

fBOTRYOÏDE (bo-tri-o-i-d') , adj. Terme didactique. En forme de grappe.

— étym. Bôvpu;, grappe, et eTSoç, forme.

t. BOTTE (bo-f), ». f. ||1° Quantité déterminée de choses de même espèce qu'on a liées ensemble. Botte de foin, de paille; botte d'asperges, de radis. Il Botte de soie, écheveaux de soie liés ensemble. Une botte de soie était quinze onces de soie non ouvrée. Il X la halle de Paris, botte, une quantité de certains légumes, tels que navets, poireaux, carottes, etc. liés ensemble et pesant environ un kilogramme. La botte de romaine contient 32 têtes. Il Réunion d'un certain nombre d'échalas propres à faire les treillages. || Certaine longueur de fil de fer ployée en rond. || Cahier de trente-six feuilles de parchemin. Il Botte de bordures, douze feuilles de hêtre préparées pour les ouvrages du boisselier. || Botte de seaux, six corps de seaux sortant de la première main. || Familièrement. Une bot te de paperasses, une grande quantité de papiers. || 2'S.f.plur. Grands ciseaux employés adonner la dernière tonte audroguet.

— HIST. XV s. Deux boteaux de paille où il se assist, comm. 1, *. L'ung lieve le boteau de foin , coquillart, Monol. de la botte de foin. Ceux de dedans rebouchoient les creux et trous du mur avec des bottes de bois et de terre, ». chartier, Hist. de Charles VII, p. 275, dans lacurne ste-palaye. Il xvi" s. Là dessus ils avoient assis la forme d'une grande cage avec botteaux de foin, H. DU bellay, 527. Du reste [des tiges] on fait un botteau lié estroitement avec des oziers, 0. de serres, 54». Il xvrr* s. Graveur, vous deviez avoir soin De mettre dessus cette tête Le lien d'un botteau de foin, Régnier, Épigr. (Botteau est le diminutif de botte.)

— ÉTYM. Picard, boute d'esteuble, botte de paille;

angl. bottle; bas-breton, bdlel, bôélel, botte. On la rapporte à l'allemand : tudesque, boto, faisceau, fagot; anc. allem. 60s»; holland. bos.

2. BOTTE (bo-f) , s. f. Il i" Chaussure de cuir qui enferme le pied et la jambe, et quelquefois une partie do la cuisse. Une paire de bottes. Des bottes fortes, molles, vernies. Point de politique, tout le monde en bottes [sans gêne]; quelles délices, p. l. cour. Lett. ri, 409. || Coup de botte, coup de pied. Rendons leur les coups de botte Qu'Achille nous a donnés, bérang. Mirm. || Avoir du foin dans ses bottes, être muni de ressources, avoir de l'argent. Cette locution, équivalente à celle de mettre delà paille dans ses sabots, provient de l'usage de garnir ses chaussures de paille, de foin, pour qu'elles ne blessent pas le pied. || Familièrement. Je ne m'en soucie non plus que de mes vieilles bottes, je ne m'en soucie point. || Prendre ses bottes de sept lioues, se préparer à partir et à marcher rapidement, par allusion aux bottes qui faisaient sept lieues, dans le conte du Petit Poucet. || X propos de bottes, hors de tout propos. || Graisser ses bottes, se préparer a partir; et, au figuré, être sur le point de mourir. || Fig. Il y a laissé ses bottes, il y a péri. Quand quelqu'un est mort en une bataille, nous disons seulement : il y a laissé les bottes, comme si elles étaient le vrai séjour de l'âme du cavalier. Francion, liv. x, p. 423. || Locutions vieillies. Prendre la botte, se mettre en état de partir. Où va la botte? où allez-vous? || 2e Fig. et familièrement, la terre qui s'attache à la chaussure dans un terrain gras. |) 3° Terme de manège. Serrer la botte, serrer le cheval avec les jambes. Ce cheval va à la botte, il cherche à mordre à la botte le cavalier qui est sur son dos. H Fig. Aller à la botte, dire des choses piquantes. Mme de Bouillon savait, parlait bien, disputait volontiers, et quelquefois allait à la botte, st-sim. 357 , 222. Il Morceau de cuir dont on garnit le pied d'un cheval à l'endroit où il se coupe. Il 4° Terme de chasse. Collier de cuir que l'on met au limier pour le mener au bois. || Étui où se porte le fusil quand on chasse achevai. || 5° Botte de carrosse, ancien nom du marchepied fixe et placé en dehors, à l'aide duquel on monte dans un carrosse. Il 6° Partie d'une manche fermée qui est la plus voisine du poignet. Ne se dit plus. || Proverbe. Graissez les bottes d'un vilain, il dira qu'on les lui brûle, c'est-à-dire un avare trouve toujours moyen de se dispenser de la reconnaissance d'un service.

— HIST. xm' s. Par vos botes, ce dist RenartQui moult fu plain de maies ars, Se vos voliez moines estre, Je feroie de vos mon mestre, Ren. 4 06). Il xvi* s. Nous avons un ennemy qui ne dort pas, et qui use plus de bottes que de souliers, Sat. Mên. p. 49. Sur la peau elles avoient de fort grosses bottes, d'aub. Fœn. iv, 4 3. L'homme veut avoir toutes ses pièces bonnes et saines, son corps, sa teste, ses yeux, son jugement, sa mémoire, voire ses chausses et ses bottes, charron, Sagesse, u, 3. Une dissenterie me surprit; mon médecin pensa perdre sa leçon, etmoy mes bottes [je faillis mourir], montlug, Jfc'in. t. 11, p. 269, dans lacdrne. X propos de bottes, combien l'aulne de fagots? oudin, Curios. franc.

— étym. Voy. botte 3, la botte, chaussure, ayant été dite ainsi par assimilation à la botte, tonneau.

3. BOTTE (bo-f), s. f.\\ 1° Sorte de tonneau. Une botte d'huile. || 2° Tuyaux des lieux d'aisance qu'on nomme aussi chausses de bouteilles. || 3° Nom vulgaire du charançon du blé.

— hist. xnr» s. Bon vin burent et fort et roit, Ce m'est avis, d'Auçoire [Auxerre] esloit, Pleine une bout de trois sistiers, Fabliaux, t. m, p. 312. Le barillier et le chartier des bouts, du cange, butta, n° 3. y xiv* s. Jehan le Tourneux, qui vouloit vendre une busse de vin, id. ib. Un bussart de vin, id. ib. H xvie s. Il print un faix de paille et une botte de pouldre de canon, et espandit par le cerne des cordes, rab. Pant. n, 25.

— êtym. Provenç. et espagn. bota; ital. botte; bas-lat. botta, butta, busa; grec, (Jouviç; gaél. bot, botte, chaussure; flam. bootje et angl. boot, botte, chaussure ; anglo-sax. butte, bytte, grand vase; i<|. bytta; allem. Busse, cuve. Ces mots ont la signification de outre, vase en cuir, botte à chausser, tonneau, par des assimilations de sens qu'il est facile de concevoir; ils sont, comme on voit, communs à plusieurs langues.

4. BOTTE (bo-f), *. f. Terme d'escrime. Coup de fleuret ou d'épée. Il trouvait des analogies entre les bottes de tierce et de quarte et les intervalles musicaux, J. 3. rouss. Conf. v. H Appuyer la botte, appuyer le fleuret contre le corps de son adversaire

BOT

après l'avoir touché. || Botte secrète, coup aont la parade est inconnue de l'adversaire. || Fig. Pousser, porter une botte à quelqu'un, lui faire une interpellation, une attaque imprévue. Quelle brave botte il vient là de lui porterl mol. la Princ. H, 4. Le chancelier passait quelquefois jusqu'à porter des bottes indécentes et parfois scandaleuses [au duc de Beauvilliers], st-sim. 305, 23 1.

— hist. xvi* s. Henri II jouoit au maille qu'il avoit fort bien en main; car il estoit fort et adroit, et en faisoit de très belles et longues bottes ou coups, brant. Capit. fr. t. n, p. 46, dans lacurne.

— ÊTYM. Espagn. bote; de botar, toucher, bouter (voy. bouter).

BOTTÉ, ÉE (bo-té, tée), part, patsé. Chaussé de bottes. Il était botté jusqu'à la ceinture, iiamilt. Cramm. s. || Fig. Il faut être toujours botté et prêt à partir; c'est-à-dire il faut être toujours préparé à mourir. || C'est un singe botté, se dit d'un homme petit, mal fait et embarrassé dans son accoutrement. ROTTKI.AGE (bo-te-la-j'), s. m. || 1" Action de botteler du foin, de la paille, etc. || 2° Opération qui consiste à redresser les verges de fer, pour pouvoir les serrer par des liens, les mettre en botte.

— ÊTYM. Bolteler.

BOTTELÉ, ÉE (bote-lé, lêe), part, passé. Du foin bien bottelé.

BOTTELER (bo-te-lé; l'Académie ne disant rien, on peut ou doubler 17 quand la syllabe qui suit est muette : je bottelle, je bottellerai, comme dans appeler, ou mettre un accent grave : je bottèle, je bottèlerai , comme dans marteler) , v. a. Lier en bottes. Botteler de la paille.

— hist. xiv» s. Car H soulphre vulgal n'a nulle Substance, qui bien le calcule [à bien calculer, à bien juger], Métallique, à dire le vray, Ainsi comme esprouvé je l'ay ; Et n'est bon qu'à ces femmelettes Oui botellent des allumettes, Tr. d'Alchim. 48. H xvi* s. Le foin sera bottelle en faisseaux, à l'usage du païS, O. DE SERRES, 269.

— ÊTYM. Botte 4 .

t BOTTELETTE (bo-te-lè-t'), s. f. Petite botte de foin, de paille, eto.

— hist. xm' s. Quiconques est liniers à Paris, il puet et doit vendre soulement en gros par poigniées, par pesiaus, par cartiers et boteleites, Liv. des met. 4 45.

— ÉTYM. Diminutif deboMe 4.

BOTTELEUR (bo-te-leur), t. m. Celui qui fait

des bottes de foin, de paille, etc. Les rédacteurs sont gens connus, vignerons, bûcherons et botteleurs de foin, p. l. coor. h, 276.

— ÉTYM. Botteler.

fBOTTELOIR(bo-te-loir), s. m. || Instrument pour

le botlelage du foin, etc. || Instrument pour réunir les asperges en bottes d'égale dimension.

— ÊTYM. Botteler.

BOTTER (bo-té), v. a. || 1* Fournir des bottes; faire des bottes à quelqu'un. Botter un régiment de cavalerie. || Absolument. Ce cordonnier botte bien. || 2* Mettre des bottes à quelqu'un. On est obligé de le botter et de le débotter. || Substantivement. Sortant du cabinet du roi, je trouvai M. le duc et quelques courtisans distingués qui attendaient son botter dans sa chambre, st-simon, 428, 462. Les dernières entrées étaient appelées au lever, un moment avant les courtisans distingués ; d'ailleurs nul privilège que le botter du roi, m. 455,4 48. ^"Trèstrivialement, cela me botte, cela m'arrange, me convient. ||4°Se botter, ». re1/!. Mettre ses bottes. On allait partir [à la chasse] et Portland se bottait, st-simon, 54, 150. Il me fâche fort de perdre de vue mon canal et mes allées dans lesquelles je me promenais sans être obligé de me botter, balz. Liv. iv, lelt. 30. || Se botter bien, mal, porter ordinairement des bottes bien ou mal faites. || Se botter , se disposer à partir. M. de St-Malo se botte pour le clergé, sêv. 233. || Fig. et familièrement, amasser beaucoup de terre autour de ses pieds en marchant.

— hist. xvi* s. Les Anglois sont toujours bottez et esperonnez dans les navires, et les gens de robe longue au palais, d'aub. Fœn. iv, 2.

— ÉTYM. Botte 2.

t BOTTERIE (bo-te-rie) , ». f. Atelier, boutique de bottes.

— ÉTYM. Botter.

BOTTIER (bo-tié; IV ne se lie jamais; au plur. l'j se lie : les bottiers habiles, dites : les botié-z habiles), s. m. Cordonnier qui fait des bottes.

— ÉTYM. Botte 2.

t BOTTILLON (bo-ti-llon, Il mouillées), s. m. || 1* Petite hotte de racines ou d'herbes que l'on porte au marché. X la halle de Paris, subdivision de la

BOU

botte de romaines qui contient quatre têtes de romaine; il y a 8 touillons dans une botte. || 2* Pièce de cuir que les boyaudiers s'attachent au cou-de-pied.

— ÊTYM. Diminutif de botte 4 .

BOTTINE (bo-ti-n'), t. f. || 1" Petite botte courte et légère, à l'usage des femmes, des enfants et quelquefois des hommes. Un homme fat et ridicule porte un long chapeau, un pourpoint à ailerons, des chausses à aiguillettes et des bottines, la bruy. 43. || 2* Appareil chirurgical en forme de bottine, destiné à remédier aux vices de conformation du pied ou du bas de la jambe. || 3" Pièce de cuir, dite aussi botte, dont on garnit le pied des chevaux à l'endroit où ils se coupent.

— HIST. XV s. Housseaulx, souliers, bottines, espérons, froiss. ii.iii, 35. j| xvi*s. Une paire de bottines fourrées de peau de lièvre, d'aub. Fœn. in, 22. Les souliers lui semblèrent bien venir à ses pieds, comme les bottines à ses jambes. — Or, combien qu'en ce joyeux devis il soit usé de ce mot bottines, toutefois il ne faut pas entendra des bottines à la façon des nostres, puisqu'elles se mettent en des souliers, desper. Contes, xcvi. On leur baillera des souliers assez hauts, comme des demies botines, pare, xvn, 44.

— ÉTYM. Botte 2; wallon, boteUne; espagn. botequin; ces deux derniers sont des dérivés de forme germanique du flamand bootje, botte.

+ BOU (bou), t. m. Sorte de thé. Thé bou.

—ÉTYM. Nom d'une montagne de la Chine qui produit ce thé.

f BOUARD (bou-ar), t. m. Gros marteau qui servait autrefois dans les monnaies. Le même que bouvard.

fBOUBOULER (bou-bou-lé) , v.n. Se dit du cri du hibou.

BOUC (bouk; au pi. 1'* ne se lie pas : les boule et...; certains lient : les bouk-z et....) s. m. ||l°Male de la chèvre, qui répand uneodeur très-forte et tr'sdésagréable. Puer comme un bouc. Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses? rac. Athal,i, 4 . Il Fig. Homme très-désagréable ou qu'on doit fuir. Que fait le bouc en si joli bercail T piron, Épigr. contre Desfontaines. || Fig. Barbe de bouc, barbe qu'un homme porte seulement sous le menton. || 2" Dans le Lévitique, bouc émissaire, bouc que l'on chassait dans le désert, après l'avoir chargé des malédictions que l'on voulait détourner de dessus le peuple. || Fi gurément, homme sur lequel on fait retomber les torts des autres. || 8" Terme de l'Ecriture. Réprouvé. Pour faire le terrible discernement des boucs et des brebis, mass. Élus. Â moi, réprouvé, bouc infâme, Va brûler, dira-t-il, boil. Épitr. xii. Quand Dieu viendra juger les vivants et les morts, Et des humbles agneaux, objets de sa tendresse, Séparera des boucs la troupe pécheresse, id. t'b. Voilà l'agneau devenu tout à coup ce bouc d'abomination, boss. i, Pass. 4. || 4* Outre remplie de vin ou d'huile. Un bouc d'huile. || 6* Poulie garnie de cornes de fer pour faire monter une chaîne. || Grande roue à eau dans une forge.

— hist. xiu* s. Quant uns bouz passe par Petit- Pont, Liv. des met. 287. La chievre est plus saine du bouc; et se li bouz est de grant eage.... alebrant, f° 46. || xvi* 8. Ils vindrent de boucq-estourdy trouver M. le connestable dedans ses tranchées, sans demander ny prandre hostaiges, carl. m, 24. Il s'y est allé jetter de bout estourdy, sans mon commandement ny pouvoir, pour y estre obey, m. v, 3.

— ÊTYM. Wallon, 6o, boc; bourguig. bô; provenç. boc; aragonais, coque; du celtique : gaél. boc, bute; bas-bret. buch; cornw. byk et bouch; irland. boc; il y a bien Bock dans l'allemand; mais les étymologistes pensent qu'il y est venu des langues romanes. Dans l'ancien français, au nominatif singulier, li bous, au régime, le bouc.

BOUCAGE (bou-ka-j'), ». m. Genre de plantes de la famille des ombellifères, dont trois espèces sont employées en médecine : le boucage anis (pimpinella anisum, L.); le boucage mineur ou petit boucage (pimpinella saxifraga, £.); et le boucage majeur (pimpinella magna , i.).

— ëtym. Ainsi dit de bouc, à cause de l'odeur forte qu'a une des espèces.

BOUCAN (bou-kan) , s. m. || 1° Lieu où les Caraïbes fument leurs viandes : le gril de bois sur lequel ils les fument. || 2° Claie sur laquelle on sèche la cassave. || 8° Préparation que l'on fait subir à la tortue pour la mettre en pâté. || 4° Dans le langage populaire et très-bas, boucan s'emploie pour vacarme, sans doute par allusion à la vie bruyante et désordonnée des boucaniers, et aussi pour bordel.

— ÊTYM. Mot caraïbe, dit Furetière, qui signifie claie.

BOU

t BOUCANAGE (bou-ka-na-j'), s. m. Dessiccation des viandes, du poisson, des légumes, etc. à la fumée d'un foyer.

— ÊTYM. Boucaner.

BOUCANE, ÉE (bou-ka-né, née), port, posté. Viandes lioucanées.

BOUCANER (bou-ka-né), v. a. || 1* Faire sécher de la viande ou du poisson à la fumée. Après l'avoir fait boucaner à la fumée [la chair de castor], les sauvages la mangent, lorsque les^vivres viennent à leur manquer, ciiateaubr. Amer. 10. || Fumer de la cassave. |J 2° V. n. Aller à la chasse des bœufs sauvages ou autres bêtes pour en avoir les peaux.

— ÊTYM. Boucan.

BOUCANIER (bou-ka-nié), s. m. || 1° Celui qui va à la chasse des b^ufs sauvages. || 2* Gros et long fusil dont on se servait pour cette chasse, et, adjectivement, fusil boucanier. || 3° Par extension, pirates qui infestaient les Antilles. Par la hardiesse d'un peuple nouveau que le hasard composa d'Anglais et surtout de Normands, on lésa nommés boucaniers.... volt. Moeurs, 4 52.

— ÊTYM. Boucaner ; angl. buccaneer.

t BOUCANIÈRE (bou-ca-niê-r') , s. f. Femme d'une vie aussi désordonnée que pouvait l'être celle des boucaniers. Dont le mari lui dit : ha ! boucanière! J. b. rouss. Épigr. iv, 8. || Mot qui n'est employé que dans un langage tout à fait sans gêne.

— ÊTYM. Boucanier.

BOUCARO (bou-ka-ro), s. m. Terre odorante et rougeâtre dont on fait des vases à rafraîchir. On trouve aussi bocaro , bucaro.

— ÊTYM. Espagn. bujaro, sorte de terre rougeâtre, qui se trouve en Espagne, et non, comme le disent quelques dictionnaires, dans les Indes.

BOUCASSIN (bou-ka-sin), s. m. Futaine pour doublure. || Sorte de toile peinte en bleu ou en rouge, qui servait à doubler les tendelets des galères.

— HIST. xiv* s. Un pourpoint de blanc boucassin, qui bien povoit valoir seze sols, du cange, boucassinus. || xv* s. Un drap blanc de boucassin à une croix de noir de cendal, pour mettre sur corps, >». t'b. || xvi" s. Son estendart estoit de toille ou boucassin bordé de veloux, pasq. Bech. liv. vi, p. 474, dans lacurne.

— ÉTYM. Bas-lat. boccasinus; espagn. bocaci. On croit ce mot d'origine orientale.

t BOUCASSINÉ, ÉE (bou-ka-si-né, née), ad;'. Fait à la manière du boucassin.

4. BOUCAUT (bou-kô; le ( ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel l's se lie : des bou-kô-z emmagasinés), ». m. Tonneau qui sert à renfermer certaines marchandises sèches. Un boucaut de sucre, de café. Un boucaut de morue.

— HIST. xiii* s. Nus tainturiers ne puet ne ne doit mètre alun de bouquauz ne fuel de fuelle; car ce sont fausses taintures, Livr. des met. 4 36. || xiv's. L'on n'achètera.... bouts ne bouciaus sansle congé du maistre d'hostel, du cange, butta, n» 3.

— ÉTYM. Bas-lat. boucellus, de buia, butta, botte, tonneau (voy. botte 3).

t 2. BOUCAUT (bou-kô), ». m. Contenance d'une peau de bouc.

— HIST. xiii' s. Ilestabli les eves de la mer Rouge ausi comme en un boucel [outre] , si que mal ne firent au pueple qui passoit, Psautier, f° 83.

— ÊTYM. Bouc.

t BOUCHAGE (bou-cha-j'), ». m. Terme de métier. Ce qui sert à bouclier une ouverture. || Terre détrempée et pétrie, dont ou se sert dans les forges pour la coulée. || Action de boucher. Le bouchage des bouteùies.

— ÊTYM. Boucher 4.

t BOUCUARDE ( bou-char-d' ) , ». f. Instrument garni d'acier en pointes dp diamant, qui sert aux sculpteurs, pour faire dans le marbre les ouvertures qui ne se feraient pas bien avec les outils tranchants. || Marteiu à pointe des maçons.

t BOUCHARI (bou-cha-ri), ». m. Un des noms vulgaires de la pie-grièche.

BOUCHE (bou-ch'), ». f. Il 1" «avité située à la face et par ou les aliments sont mtroduits dans le corps. Mettre à quelqu'un les morceaux à la bouche. Emplir la bouche. Porter une coupe à sa bouche. Une bouche fendue jusqu'aux oreilles. Ouvrir la bouche. La bouche ouverte. Bouche amère. Bouche sèche. David reproche aux païens des dieux qui ont une bouche et n'ont point de parole, fontes. Oracl. i, 6. La bouche pleine, osez-vous bien Chanter l'amour qui vit de rien ? bêrano. Gourihands. || Faire venir l'eau à la bouche, se dit d'un aliment appétissant, qui en effet fait venir la salive à la bou-

BOU

bou

BOU

che; et, au figuré, de toute espérance qui nous flatte. L'eau leur vient à la bouche, la font. Vill. || lionne bouche, saveur agréable dans la bouche. Cela fait ou donne bonne bouche. Laisser quelqu'un sur la bonne bouche, le laisser sur quelque chose de bon ou d'agréable. Vous n'en tâterez plus et je vous laisse sur la bonne bouche, mol. G. Dand. n , 7. || Garder pour la bonne bouche ou pour faire bonne bouche, réserver pour la fin ce qu'on croit être le meilleur ou le plus agréable. Cela est ainsi dit à cause des douceurs que l'on met sur la table au dessert. || Avoir mauvaise bouche, avoir un mauvais goût dans la bouche. L'excès de la boisson donne mauvaise bouche. || Au figuré, demeurer sur la mauvaise bouche, rester avec un échec, un affront, etc. L'empereur [d'Autriche], fort embarrassé des avantages que les Turcs avaient remportés, ne voulait point de paix sur la mauvaise bouche, st-sim. 49, 76. M. le duc d'Orléans ne voulait pas demeurer sur sa mauvaise bouche d'Italie, et voyait peu d'apparence d'y faire rentrer son armée, id. 170, 12. || Flux de bouche, abondance inaccoutumée de salive; et figurément, bavardage; on dit présentement d'ordinaire flux de paroles. || Familièrement. Manger de la viande de broc en bouche, aussitôt qu'on l'a tirée de la broche. || 2° Partie extérieure de la bouche, les coins et les lèvres. Il avait le sourire sur la bouche. Une bouche pincée, une bouche à lèvres minces et qui se tient fermée. || Faire la petite bouche, serrer les lèvres pour paraître avoir une petite bouche; et, figurément, faire le difficile, le dédaigneux. Faire ici de la petite bouche Ne sert de rien , la font. Cal. Les Pontchartrain ne firent pas la petite bouche de l'honneur qu'ils recevaient, st-sim. 44, 10. || Fig. Faire la bouche en cœur, faire des minauderies, affecter des manières doucereuses. || 3" La bouche considérée comme organe de la parole. Parole bien digne de sortir de la bouche d'un si grand homme. Je le tiens de sa propre bouche. Dire tout ce qui vient à la bouche. Le front, les yeux mentent souvent, et la bouche plus souvent encore. La menaceà la bouche. Dire quelquechose de bouche, non de cœur. Exercé dans la philosophie grecque qu'il ne professait que de bouche. Ouvrir la bouche, parler. Ne pas ouvrir la bouche. Il n'en a pas ouvert la bouche, il n'en a pas parlé. Être dans la bouche de tout le monde, dans toutes les bouches. Ces mots sont, cette parole est dans la bouche de tout le monde. Dire quelque chose de bouche, le dire de vive voix, par opposition à par écrit. De votre bouche, ô ciell puis-je l'apprendre? eac. Brit. iv, 3. Jamais rien de plus vrai n'est sorti de ma bouche, id. Iphig. iv, 1. Même le nom d'Esther est sorti de sa bouche, id. Esth. n, 1. Nous fûmes étonnés de la sagesse qui parlait par sa bouche, fén. Tél. i. La sentence fut prononcée par la bouche du prophète Elie, boss. Hist. i, 6. La bouche obéit mal lorsque le cœur murmure, volt. Tancr. i, 4. Laissez parler, seigneur, des bouches plus timides, rac. Iphig. m, 7. Des satisfactions si sensibles, que je ne te les pourrai dire de bouche, pasc. Leur. 1 .Vous pourrez vous concerter avec lui de bouche, J. J. houss. Hél. n,3.Quesais-jesilecœura parlé par la bouche? mol. Tart. n, 3. Vous vous condamnez par votre propre bouche, mass. Lai. Que mon cœur démentait ma bouche à tout moment, rac. Andr. v, 3. Mais d'en ouvrir la bouche elle n'osa, la font. Court. Dès qu'il ouvrit la bouche, sév. 445. Les rois n'osent ouvrir la bouche devant lui, boss. Hist. n, 4. Alexandre vit dans la bouche de tous les hommes, sans que sa gloire soit effacée ou diminuée depuis tant de siècles, id. la Vallière. On me ferme la bouche,rac. Iphig.m, e. Ah ! l'on s'efforce en vain de me fermer labouche.iD. Brit. m, 3. Cela ferm» la bouche, sév. 320. Vous fermerez la bouche à tous ceux qui défendront la vérité, fasc. Prov. H. Il a trouvé le secret de vous fermer la bouche, id. Prov. 15. Elle avait de quoi fermer la bouche aux médisants, hamilt. Gramm. 9. Cela ferme la bouche à tout, mol. l'Âv. 1,7. Il ferma la bouche aux semi-pélagiens, boss. Hist. 1,11 C'était leur fermer la bouche par l'autorité du souverain, id. Var. •14. Voilà une réponse qui ferme la bouche, id. Averl. 6. || Elliptiquement. Bouche close, bouche cousue, c'est-à-dire gardez le silence sur ce point. Adieu! bouche cousue, au moins! Gardez bien le secret, que le mari ne le sache pasl bol. G. Hand. I, 2. || Avoir souvent un mot à la bouche, le répéter sans cesse. Nous avons sans cesse la paix à la bouche, boss. Trin. 2. Pourquoi a-t-il toujours à la bouche qu'il faut mourir? id. Pdq. 1. La parole de Dieu que nous avons toujours à la bouche, id. Démons, 2. On a sans cesse l'Etat dans la bouche, mass. Obst. Avoir toujours en bouche angles, lignes, fossés, corn.

Le lient, i, e. Le blasphème à la bouche, m. Poly. in, 6. Nous n'avons en la bouche Que le nom de Marie et le nom de Louis, malh.vi, 6. || Aller, passer, voler de bouche en bouche, circuler rapidement dans le public, devenir célèbre. Ces mots : guerre aux tyrans, volent de bouche en bouche, delav. Vêpres Sicil. v, 2. || Familièrement. Etre fort en bouche, parler avec hardiesse et même insolence. || Avoir la bouche pleine d'une chose, en parler avec emphase. || La déesse aux cent bouches, la Renommée. Le monstre composé de bouches et d'oreilles [la Renommée], boil. Lulr. u. || Dans sa bouche, dans leur bouche, selon lui, selon eux. Le Tartuffe, dans leur bouche, est une pièce qui offense la piété, mol. Préface de Tart. || Ouvrir la bouche à quelqu'un, le faire parler. Le vôtre [intérêt] toutefois m'ouvrira seul la bouche, corn. Nie. il, 3. || Le pape ouvre la bouche aux cardinaux nouvellement créés, se dit de la cérémonie que le pape fait pour autoriser les cardinaux à parler dans les consistoires. || Par extension, bouche se dit des discours ou des écrits. Le Saint-Esprit l'explique par la bouche de saint Paul, boss. Hist. n, 7. Les principes que l'antiquité nous a enseignés par la bouche de saint Augustin, id. Béfut. || Avoir le cœur sur la bouche, parler comme on pense. Mais moi qui suis sensible à tout ce qui vous touche, Qui, mauvais courtisin, ai le cœur sur la bouche, rotr. Antig. v, 2. || Fig. Â pleine bouche, ouvertement. Saint Clément expliquait à pleine bouche leur apathie, boss. Nouv. myst. 17. Jésus-Christ s'est expliqué à pleine bouche, id. Inst. 1. 1| 4° La bouche considérée comme recevant les aliments. Provisions, munitions de bouche. Le moyen le plus convenable est de les mener [les enfants] parleur bouche, J. J. rouss. Ém. n. Friande assez pour la bouche d'un roi, la font. Rem. || Prendre sur la bouche, se retrancher de la nourriture par économie. || Être sur sa bouche, être gourmand. || Être sujet à sa bouche,

même sens Ma compagne de couche Fut, comme

son papa, fort sujette à sa bouche, scarron, Von Japhet, i, 2. || S'Ôter les morceaux de la bouche, se priver de manger suffisamment, et, plus généralement, se priver du nécessaire. Il s'ôte les morceaux de la bouche pour faire une petite pension à sa vieille mère. || Les officiers, le service de la bouche ou, simplement, la bouche, les gens préposés au service de la table du roi. Servez, disais-je, à messieurs de la bouche, Versez, versez, messieurs du gobelet, bérang. Damoclès. \\ Avoir bouche à cour ou en cour, avoir droit de manger à quelqu'une des tables chez le roi. Il fallut établir des tables [à Marly] comme à Versailles, pour le bas étage de ce qui y avait bouche àcour, st-sim. 268, n 3. || Familièrement. Traiter quelqu'un à bouche que veux-tu, lui faire faire excellente chère; et fig. être abouche que veux-tu, avoir tout en abondance. || Fig. Gourmand ou plutôt gourmet. Fine bouche. C'est une fine bouche. || Personne à nourrir. On fit sortir de la place assiégée toutes les bouches inutiles. || 5° En parlant du cheval , on dit la bouche. La bouche est l'ensemble des parties sur lesquelles agit le mors. Bonne bouche ou belle bouche, celle qui reçoit du mors une impression modérée; bouche sensible ou tendre, celle qui souffre trop de l'action du mors; bouche égarée, celle qui présente ce défaut porté a l'extrême; bouche dure ou forte, celle qui résiste à la main du cavalier; bouche fraîche, celle qui écume lorsque l'animal est bridé. Bouche à pleine main, se dit d'un cheval qui a l'appui ferme sans peser, sans battre à la main. Bouche en action, se dit d'un cheval qui mâche son mors. Assurer la bouche d'un cheval, l'accoutumer à souffrir le mors. || Ce cheval est fort en bouche, il n'obéit point au mors. Il n'a ni bouche ni éperon, il est fort en bouche et dur à l'éperon. Tout ainsi qu'un cheval qui a la bouche forte, Régnier, Sot. vu. || Fig. et familièrement. N'avoir ni bouche ni éperon , être stupide et insensible. Bocchoris était comme un beau cheval qui n'a point de bouche, son courage le poussait au hasard, et la sagesse ne modérait point sa valeur, fén. Tél. n. || On dit de même la bouche d'un âne, d'un mulet, d'un chameau, d'un éléphant. || En histoire naturelle, bouche se dit, chez tous les animaux, de l'ouverture par où les aliments sont introduits, excepté chez ceux où elle a la forme de bec. || 6° Ouverture. La bouche d'un volcan, d'un four, d'un canon. Bouche à feu, un canon, un mortier, un obusier, etc. Bouche de chaleur, ouverture pratiquée sur les côtés d'une cheminée, d'un poêle ou d'un mur, et qui sert à faire passer dans les appartements la chaleur d'une cheminée, d'un poêle ou d'un calorifère. || 7° Embouchure d'un

fleuve. Les bouches du Nil. Je [le Gange] me rends par plusieurs bouches dans le sein des mers, fén. xix,8ï. Jusqu'aux bouches du Tibre un vaisseau m'a conduit, m. 3. ciién. Tibère, i, I. Vers la bouche du fleuve ils ont osé paraître, corn. Cid, n, 7. |j 8" En physiologie, bouches veineuses, bouches absorbantes, orifices qu'à l'époque où l'on ne connaissait pas encore la propriété physique d'endosmose, on avait supposées dans les membranes pour expliquer l'absorption des liquides mis en contact avec ces membranes. || 9° Terme de géologie. Bouche d'Eole, ouverture dans les montagnes, d'où sortent des vents trèsfroids. || 10° Terme de féodalité. Un vassal doit la bouche et les mains à son seigneur, c'est-à-dire, avec l'aveu de soumission, il met sesmains dans celles du seigneur. || 11° Terme cre musique. Ouverture horizontale du bas d'un tuyau d'orgue. || 12° Terme de boulangerie. Tirer à la bouche, attirer la braise vers la bouche du four. Bouche de pain, la croûte de dessus. || 13° Terme de marine. Bouche ou bosson, rondeur des baux et tillacs, et de tout ce qui n'est m plat ni uni. [| Proverbes. C'est saint Jean bouche d'or, un saint Jean bouche d'or, c'est-àdire, c'est un homme beau parleur et qui fait de belles promesses, et aussi c'est un homme qui dit toujours sa pensée avec franchise, par souvenir de saint Jean Chrysostome ou Bouche d'or. || Il dit cela de bouche, mais le cœur n'y touche; il parle contre sa pensée. || Il arrive beaucoup de choses entre la bouche et le verre, c'est-à-dire il ne faut qu'un moment pour faire manquer une affaire par quelque accident imprévu. || Gouverne ta bouche selon ta bourse, c'est-à-dire ne fais pas pour ta table, et en général pour quoi que ce soit, plus de dépenses que ta fortune ne permet.

— REM. Des grammairiens ont condamné cette locution : il n'a que de mauvaises paroles en bouche, assurant qu'il faut dire: à la bouche. Le fait est que cette dernière façon de parler est aujourd'hui la plus usitée; mais l'autre n'est condamnable ni quant à la grammaire (car la préposition en est ici aussi bonne que la préposition à) ni quant à l'usage (car on peut voir que de bons auteurs s'en sont servis).

— SYN. bouche, gueule. C'est en parlant des animaux qu'il y a quelque difficulté à distinguer ces deux mots. L'usage veut qu'on dise la bouche d'un cheval, d'un âne, d'un mulet, d'un chameau, d'un bœuf, et en général des animaux que l'on monte ou que l'on attelle; mais on dira la gueule d'un chien, d'un chat, du moins dans le langage ordinaire; car le mot bouche pourra être employé toutes les fois qu'on se rapprochera du langage de l'histoire naturelle qui, elle, ne se sert pas du mot gueule : le lion montrait une gueule menaçante; mais on pourra dire : la bouche du lion est garnie de dents incisives.

— HIST. xi" s. Puis se baisèrent es bûches et es viz [visages] , Ch. de Roi. xlviii. [Il] Met à sa huche une claire buisine [trompette], ib. cclvii. || xii* s. [11] Met le [le cor] à sa boche, si sone durement, Ilonc. 278. Sa bêle bouche et li vair œil riant, ib. vin. Mais [ils] n'i voient riens qui fasse à desplaire N'en cors, n'en bras, n'en bouche, n'en menton, t'6. il. La boiche [elle] ot savoureuse, plus vermeille que sans [sang] , Sax. v. Sires reis, fait li il, forment ai désiré Qu'une feiz vus eusse veû et avisé, E que jo bûche à bûche eusse à vus parlé, Th. le mart. 77. [Elle ne peut s'empêcher] Que ele ne lui rende arrière, Au moins de bouche, son salut, La charrette, 1566. || xiii* s. Les autres nés [vaisseaux], qui par là n'alerent mie, furent entrées en la bouche de Avie [Abydos] , viLLEn. lx. à force [ils] lui ouvrirent la bouche outre son gré, Berte, xv. Mauvaisement lor souvient de l'escritoure, qui dist par la bouce David le roi ; fairés jugement et justice en tous tans, Chron. de Ravis, p. 2. Renart vit qu'il ne pot durer Ne por foïr ne por aler; La boche li vet escumant, Jlcn. 11333. Moult m'as hui fait grant destorhier Qu'entre ma boce et ma cuillier As hui proie sor moi sesie, ib. 20632. Si m'a mes mestres deffendu, Que ja mot n'isse de ma boiche Qui de ribaudie s'aproiche, la Rose, 6739. Et si doivent li clerc jurer qu'ils escriront ce qui lor sera dit des bouques as auditeurs tant solement, beaum. xl, 26. Aucune fois avient il que prière n'est pas fête de bouce; mais on le [la] mande par letres, id. xxix, 6. L'evesques si de li s'aprouche Queparleir i pout bouche à bouche, ruteb. 278. Ce est cil sires qui s'aparut à Jacob et parla à li boche à boche, Psautier, f° (77. Tel en pensé, tel en la bûche, marie, Fab. 82. Le jour fu mis en escript et fu aporté au légat ; que [car] monsieur le me dit de sa bouche, joinv. 280. Preu-

BOU

domme est si grand chose et si bonne chose que neis [même] au nommer emplist il la bouche, id. tb. || xiv* s. Il est escript que celui qui sera occis périra parlabouchededeuxtesmoingsoude trois, oresme, Eth. 162. || xv s. Puis dit [le comte de Flandre à son valet] : aie bonne bouche ; si tu eschiés [tombes! es mains de mes ennemis et on te demande de moi, garde toi que tu n'en dises rien, fhoiss. il, II, 4 56. Nous vous prions que vous fassiez la response au héraut. — Volontiers, dit-il, mais il faut qu'il ait de nostre argent; si, nous fera courtoisie, et nous portera bonne bouche [parlera favorablement] envers ses seigneurs qui ci l'ont envoyé, ID. II, m, 42. Et lors ledit roy de France recevra ledit roy d'Angleterre et duc de Guienne au dit hommage lige, à la foy et àla bouche, sauf son droit et l'autrui [forme de l'hommage d'Edouard à Ph. de Valois], id. i, i, 53. En close bouche n'entre mouche, I Jacques Cœur dans iaubert, Gloss. J'aymasse mieux de bouche vous le dire, cil. d'obl. Hall. 20. Il gardera de mal parler sa bouche, id. 40. Soit vérité en ta bouche; Car cilz en qui elle touche Est amis de Dieu prouchain, e. desciiamps, Lay du roy. Les deux qui meilleures bouches avoient pour franchement parler tout ce que ne pourroient celer, J. de Saintré, p. 4 26 , dans lacur. L'ay sceude bouche par ceulx qui les conduysoient, comm. v, 13. Elle lui promit que, s'il portoit bonne bouche [gardait le secret], elle lui donnerait.. .. louis xi, Nouv. xl. Pour faire bonne bouche [à la fin], la bonne demoiselle d'un maistre prestre s'accointa, id. tb. lxxviii. Qui m'aime, ma bouche le scet, Proverbe, dans lerol'x de lincy. Et le capitaine respondit : Il ne faut pas faire la petite bouche, Roman du Jouvcncel, t° 58, dans leroux de lincy. || xvr* s. Une oraison, laquelle garantit la personne de toutes bouches à feu, rab. Garg.i, 42. Par la vertu desquelles paroles il luy faisoyt venir l'eaue à la bouche, id. Pant. u, 24. Jeté reservoysà bonne bouche : je te prye, dy moi ton adviz, id. ib. m, 26. Les trente escutzsont quasi venuzà leur fin; etsinon ay rien despendu en meschanceté, ny pour ma bouche, id. Epi. <2. Tandis rostir sa perdrix on faisoit... [le gros prieur] La perdrix vire : au sel de broque en bouche La dévora.... marot, Épigr. contre un gros prieur. Ces nations que, si à pleine bouche, nous appelons barbares, mont. i, 24. C'est une règle en la bouche de touts les hommes, id. i, 25. Ordinairement ils ont ce proverbe en la bouche, lanoue, 50). Aucunes, après avoir apris à amadiser de paroles, l'eau leur venoit à la bouche, tant elles desiroyen'.... id. 134. Et tel y a qui tient en sa maison plus de vingt bouches, et treize ou quatorze chevaux, id. 299. Les maladies s'engendrèrent parmi ces grosses troupes : à quoy aidèrent beaucoup les excès de la bouche, id. 409. Comme celles qui, venant au banquet après avoir bien disné, font la petite bouche devant le monde, yver, p. 562. Les enfans ne doivent coutumierement que bouche et mains [foi et hommage] , avec le droit de chambellage, qui est du par tous, loysel, 560. En quelques contrées la femme ne doit que la main ; mais la courtoisie françoise doit aussi la bouche, id. 564. Cinglant oultre la bouche de la rivière d'Achelous, il alla courir toute la province d'Acarnanie, amyot, Péric. 40. fi ferma la bouche aux larrons, qui si haultementlelouoient, id. Arist. 40. Il n'estoit aucunement sujet à sa bouche, il ne beuvoit jamais oultre mesure, id. Sertor. 4 7. Ses rencontres et brocards sentoient leur soudard à pleine bouche, id. Anton. 32. Le cheval de Cyrus, qui estoit ardent, et avoit fort mauvaise bouche, le porta malgré luy bien loing de ses gens, id. Artax. 4 3. Apelles luy ferma la bouche dextrement en luy disant.... id. De la tranq. d'Ame, 25. M. le mareschal leur donne mille livres et bouche à cour, pour se tenir près de sa personne, d'aub. Fcen. ni, 20. Monsieur, je me mets à genoux devant vous pour que vous m'en disiez quelque cause, et que je m'en aille en cette bone bouche, id. tb. m, 21. Emporté par un cheval fort en bouche, id. llist. i, 302. Le Dauphiné, la Provence et le Languedoc ne faisoient plus la petite bouche de la guerre, id. ib. u, 234. Sur quoi le gouverneur venant d'un festin s'essuya la bouche de son gouvernement [trouva la ville prise], id. tb. m, 378. Il monta au dessus de l'artillerie ennemie, puis, se jetant à droite, la saisit et tourna la bouche vers le gros, id. tb. 424. Tambour battant, mèche alumée, baie en bouche, id. tb. 477. Ces espions estans au supplice chargeoient tout hault le mareschal du Biez; et qu'il leur avoit ainsi fait la bouche [la langue], caklwx, II, 43. Et une aultre charrette chargée de pains de

BOU

bouche, aussi dedans des tonnes, id. v, 46. Vin

d'Oleans, de Magdon, de Gascoigne blanc et clairet, et tous les aultres vins de bouche [fins], id. ni, 26. Nostre armée tourna la teste vers l'ennemy, marchant nostre artillerie la bouche devant, u. du bell. 143. Tant ce bestail a bonne bouche, se paissant de tout , mesme du foin , des perches de saule. . . . o. de serres, 414. Mais tout ainsi qu'un beau poulain farouche, Qui n'a masché le frein dedans la bouche, rons. I8S. Dessus un coffre à bouche [à dents, sur le ventre] se coucha, m. 629. Bouche en cueur, gênin, Récréât, t. Il, p. 236. Ils parlent bas et à demy bouche, charron, Sagesse, liv. n, Préface. Comment? ay-je laissé quelque mauvaise bouche [bruit] de moy après ma mort? pasq. Rech. p. 905, dans lacurne. Nous trouvons que deux rustiques se rapportèrent à un juge s'il falloit dire la bouche d'un cheval ou la gueule, et firent une gageure; le juge va dire qu'à cause de l'excellence du cheval, il falloit dire la bouche, bouchet, Serées, liv. i, p. 346, dans lacurne. Il survient bien des inconvénients entre bouche et cuillier, Contes oVEutrapel, p. 4 85, dans lacurne. Case ou maison de terre, cheval d'herbes, amy de bouche ne vaillent pas une mouche, gabr. meurier, Trésor de sentences, dans

Page 1