‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 220 sur 403 · LEROUX DE LINCY · texte numérisé non relu

LEROUX DE LINCY

— ÊTYM. Picard, bouque; provenç. et espagn. boca ; ital. bocca; du latin bucca, que l'on rattache au sanscrit bhuj, manger.

BOUCHÉ, ÊE (bou-ché, chée), part, passé. Bouteille bien bouchée. Le trou dans la haie est bouché. Que ne puis-je aller à mon gréDansl'Olympe.... Mais le chemin m'en est bouché, volt. Épitres, 48. || Fig. Voilà encore une source de vices bouchée dans le cœur d'Emile, i. j. rouss. Ém. a. C'est en vérité avoir l'esprit trop bouché aux choses célestes, boss. Messe. || Être bouché, manquer d'intelligence. Avoir l'esprit bouché, ne rien comprendre. Ils avaient l'esprit si bouché qu'ils ignoraient.... boss. Avert. 6. Esprit bouché! dit le chevalier, hamilt. Gramm. 3. Je n'étais pas assez bouché pour ne pas sentir cela, J. 3. rouss. Prom. 4. Je n'ai supposé ni un génie transcendant, ni un entendement bouché, m. Ém. iv. || En termes de musique, sons bouchés, sons qu'on tire du cor en introduisant la main dans le pavillon.

BOUCHÉE (bou-chée), s. f. || 1° Morceau qu'on met dans la bouche en une seule fois. Bouchée de pain, de viande. || Par exagération. Il n'a mangé qu'une bouchée, il a mangé très-peu et à la hâte. || Ne faire qu'une bouchée d'un morceau, l'avaler en une seule fois ou tout au moins très-vite. Il ne fit qu'une bouchée du pâté. || Fig. et familièrement. Il n'en ferait qu'une bouchée, il en triompherait vite et sans petne. || 2° Nom de différentes pâtisseries. Petites bouchées ou bouchées àla reine, très-petits vol-au-vent.

— HIST. xir s. Aporte mei un poi, se vels, une bouchie depain, Rots, 341. || xirr* s. Novelement est acouchie , X chascun donoit sa bouchie, Mais n'avoit pas son chief covert, Ren. 364.

— ÊTYM. Bouche; ital. boccata.

fBOUCHELLE fbou-chè-1'), s. f. Terme de pêche. Entrée de la tour de la bourdigue.

— ËTYM. Boucher, verbe.

fBOUCHEMENT (bou-che-man) , s. m. Terme

d'architecture. Action de boucher une ouverture. On a opéré le bouchement, en plein mur, de cinq grandes fenêtres.

f BOUCHE-NEZ (bou-che-né) , s. m. Ce qui sert à garantir des mauvaises odeurs. || Au plur. Des bouche-nez.

— ÊTYM. Boucher, verbe, et nés.

4 . BOUCHER (bou-ché) , v. a. || i" Fermer une ouverture, un passage. Des chariots bouchaient le passage. Le conduit était bouché par une pierre. On boucha les fenêtres. Boucher les jours, les vues d'une maison, en murer les fenêtres. || Boucher la vue, l'intercepter, l'empêcher. Ces arbres nous bouchent la vue. || 2° Fermer avec un bouchon , avec un tampon. Boucher une fente. En bouchant le trou avec le pouce. Le procédé pour boucher les bouteilles de vin de Champagne. Le Nil bouche avec son limon les interstices de la terre. || Se boucher le nez, se garantir contre une odeur forte ou délétère. || Se boucher les yeux, les oreilles, ne vouloir point voir, entendre. Et se bouchant l'oreille au récit de ses vers, RÉGNiEn, Sot. ii. La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier, malh. vi, 4 8. Je fermerai les yeux, je boucherai mes oreilles, desc. Médit. 3. L'opéra toujours Fait bruit et merveilles; On y voit les sourds Boucher leurs oreilles, bérang. Musique.

BOU

|| Fig. et familièrement. Boucher un trou , payer une dette. || 3" Terme de doreur. Boucher d'or moulu, réparer les ouvrages d'or qui ont quelque petit défaut après avoir été brunis. || 4" Se boucher, v. réfi. Se fermer. La voie par où les eaux s'écoulaient s'est tout à fait bouchée.

— HIST. xra* s. Et puis reclost l'en la porte et la boucha l'en bien, aussi comme l'en naye [noie, jette à l'eau] untonnel, joinv. 210. Assez près de Damiete trouvâmes un flum qui issoit de la grant rivière; et fut acordé que l'ost séjourna un jour pour boucher ledithraz. in. 219. Dont je vis un Coremyu [Chorasmien]qui fu des gens l'empereour de Perse, qui nous gardoit en la prison, que, quant il ouvrait son sac, nous nous bouchions, que nous ne povions durer pour la puneisie [puanteur] qui issoit du sac , id. 265. || xiv s. Il saigna tant de sanc, bouchier ne pout sa plaie, Girart de Ross. 4661 . || xv" s. Sa cheminée il [l'avare] boschoit, Craignant perdre la fumée, basselin, xliv. Avoit la première les oreilles bouciées tant estroitement que à nulle rien fors qu'à propre affection ne voloit doner ascout, G. chastel. Expos, s. vérité mal prise. Icelle femme dist que son mari estoit en ung lieu appelé les Arceiz, où il bouchoit son blé [mettait en gerbe] , du cange , bouchellus. || xvi" s. Alors le grand pontife tire la patiente toute bouchée [voilée] hors de la littiere, amyot, Numa, 4 8. 11 n'y a d'autre différence entre cecy et cela, sinon que le corps qui fait ces ténèbres est plus grand que mon manteau qui te bouche les yeux, id. Péric. 67. Un caveau, lequel n'a porte ny demie, sinon une grosse pierre dont on bousche l'entrée, id. Philop. 33.

— ÊTYM. Ménage tire ce mot de pùÇeiv, boucher, mais on n'a aucun intermédiaire qui justifie l'introduction directe de ce mot grec dans le langage vulgaire. Diez, se reportant à bouchon, dit que ce mot est l'équivalent du provençal bocon, etde l'italien boccone, qui signifient bouchée (ancien français boucon) ; de là boucher, avec le sens de ce qui remplit la bouche, et, en particulier, la bouche de la bouteille. C'est avec raison que Diez rapproche boucher de bouchon; mais est-ce bien à bocon, boccone qu'il faut rapporter bouchon ? L'orthographe boscher, bouder, bouscher n'y conduit guère; le sens de mettre en botte que boucher a dans un de nos exemples n'y conduit pas non plus. Boucher ne peut venir de bouchon : l'un et l'autre supposent un substantif bouche, masculin ou féminin, qui voudra dire ce qui obture et ce qui fait gerbe ou botte; substantif qui existe réellement, comme on le voit dans cet exemple du xv° siècle : Confessent iceulx habitans devoir au dit prieur, pour cause du disme de toutes leurs chanves qui est de dix bouches [gerbes], ung bouchot, nu cange, boteronus. Or un pareil substantif ne peut pas être rapporté à bouche, ouverture placée au visage; mais il appartiendra sans peine (car il est le primitif de bouchon de cabaret, voy. bouchon 2) à un radical qui se trouve dans bots, dans bosquet, dans bouquet , dans bûche, etqui, signifiant bois ou morceau de bois, aura facilement le double sens de tampon ou de bouchon, sorte de faisceau. En définitive, Pétymologie reste indécise entre deux conjectures : 4° bouche, ouverture dans la face; bouchée, ce qui emplit la bouche; d'où boucher, obturer; à quoi on objectera que, historiquement, ni bouchée n'a jamais eu le sens de ce qui obture, ni boucher celui de mettre en bouche (ce qui , si on l'avait trouvé, aiderait grandement cette étymologie) , ni le provençal bocon et l'italien boccone celui de bouchon (ce qui aiderait l'assimilation, en montrant que bocon et boccone sont les mêmes que le français bouchon); 2° bouche, faisceau de paille, de javelle, de branchage, d'où bouchon de cabaret, ce qui s'applique sans difficulté à tout ce qui bouche, obture.

2. BOUCHER (bou-ché; IV ne se lie jamais; au pluriel l's se lie : des bouchers enrichis, dites : des bou-ché-z enrichis), s. m. Celui qui tue les bestiaux, les débite, et en vend la chair crue. || Garçon boucher, celui qui aide le boucher dans son travail. || Fig. C'estun boucher, se dit d'un homme cruel, ou d'un chirurgien inhabile et maladroit, et encore d'un général prodigue de sang. || C'est un rire de boucher, Une passe pas le nœud de la gorge, se dit de quelqu'un qui témoigne à l'extérieur qu'il est content, quoiqu'en effet il ne le soit pas trop. Locution qui vient de ce que les bouchers tiennent leurs couteaux à leur bouche, ce qui leur fait montrer les dents et faire une contorsion de lèvres imitant le ris.

— HIST. xni" s. Et un cotelqui souef tranche Con ce fust cotel à bochier, Ren. 46977. Li bochier d'Or-

BOU

liens prennent sor chascune beste six deniers, et metent en une boete, à défendre cels de lor bore contre autres genz, Liv. de just. 7. Parce que noz veisines qu'il estoit tués d'un seul coup de mail ou de machue, noz preismes un boncier, li quix avoit soupe la nuit devant aveques li, beaum. xl, 20. Quant les bouchiers et les autres homes de l'ost et les femmes qui vendoient les danrées oïrent ce, il levèrent le cri en l'ost, joinv. 2:i3. ||xiV s. Olivier de Clisson par la bataille va; Il tenoit un martel qu'à ses deux mains porta ; Tout ainsi qu'un bouchier, abati et versa, Guescl. 6)35. Que les pères l'avoient créé non pas consul pour gouverner, mes Souchier pour tourmenter et murdrir le peuple, dKRCHEURE, f 48, recto. || xv« s. Et l'appelloit on le boucher, pource que, à besongnesoù il estoit contre les Anglois, il en prenoil peu à rançon, juvénal, Charks VI, 4 407. Chier filz, c'est pour vous reprouchier Que n'avez pas cuer de bouchier, Mir. de Ste Geneviève.

ÊTYM. Provenç. bochier; catal. botxi; ital. bee-

caio, beccaro. Une analogie apparente semble d'abord indiquer bouche comme primitif do boucher; mais l'italien beccaio s'y oppose. Remarquant que becco en italien signifie bouc, et que la forme française et la forme provençale peuvent être sans peine rattachées à bouc, on acceptera cette étymologie qui, indiquée avant Baynouard, a été établie par lui. Le boucher est proprement le tueur de boucs (la partie pour le tout). Ainsi, pour le mot boucherie, à côté de bocaria, le provençal avait brecaria, qui, venant de berbix, signifie proprement la tuerie de brebis (encore la partie pour le tout). Bien qu'il semble très-étrange que le boucher ait été nommé d'après le bouc ou le chevreau, cependant, étymologiquement, il n'y a aucun moyen d'écarter l'italien beccaio, ni de rapporter le provençal boehieret le français boucher à bouche.

+ BOUCHERAIE (bou-che-rê) , s. f. Un des noms vulgaires de l'engoulevent.

BOUCHÈRE (bou-chê-r') , s. f. Celle qui vend de la viande crue ; la femme d'un boucher.

— étym. Boucher 2.

BOUCHERIE (bou-che-rie), s. f. || 1« L'endroit où l'on tue les bestiaux; lieu où l'on débite et où l'on vend la chair crue des bestiaux. Vous avez [à Paris] des boucheries dans de petites rues sans issue, qui répandent en été une odeur cadavéreuse, capable d'empoisonner tout un quartier, volt. Lett. Poulet, 22 avril 4 768. Quand au mouton bêlant la sombre boucherie Ouvre ses cavernes de mort, A. chénier, 268. || Viande de boucherie, la grosse viande, bœuf, veau et mouton. || 2° Le corps des bouchers. Toute la boucherie de la place aux Veaux fut sur le point de prendre les armes, retz, iv, 284. || 3° Fig. Tuerie, massacre. Ce ne fut pas un combat, ce fut une boucherie. La boucherie qu'on fit de plus de 600 citoyens, volt. Mœurs, 4 30. || Mener, envoyer des soldats à la boucherie, les exposer à une mort presque certaine. Pendant que M. de Contades mène à » boucherie tous les descendants de nos anciens nevaliers et leur fait attaquer quatre-vingts pièces de canon, comme don Quichotte attaquait des moulins à vent, volt. Lettr. Mme d'Argenlal, 4 5 août 1769. || Proverbe. Il n'a pas plus de crédit qu'un chien à la boucherie, se dit de quelqu'un qui est sans crédit, qui ne peut rien.

— HIST. xiii* s. Et qui est assené sur rentes de besanz , si corne est fonde ou cheene ou loge ou boucherie, Ass. dej.i, 274. || xiv* s. Dessus la boucherie, là où sont li bouchier, Tous les jours qu'on vent char, i font aler Gautier, Baud. de Seb. vu, 3»o. Depuis fut transporté en une autre prison , appelée la boucherie [à Paris] , qui est prison très orrible et où plusieurs se sont désespérez et occis, du cange, boucheria. Et mené non pas seulement en servage, mais en une chartre et en une boucherie [prison], bercheure, f° 36, verso. || xv* s. L'un estoit des plus grands navieurs, et l'autre estoit boucher, le plus grand de la boucherie et qui le plus y avoit de voix, proiss. Il, n, 239,

— ÊTYM. Boucher 2; provenç. bocaria. 11 serait possible que boucherie, au sens de prison, dans l'historique, vtnt de boucher, verbe.

t BOUCHET (bou-ché), s. m. Espèce de boisson faite d'eau, de sucre et de cannelle. Inusité aujourd'hui.

— HIST. xiv* s. Une cuvée de hochet, qui mise y estoit pour reffroidier, du cange, bochetus. Après vespres dictes, ilz alerent par compaignie boire du boischet, id. ib. Des vins de la cité aporter vous fera, Et du bouchet aussi; car assés en y a, id. ib. || xv« s. Le suppliant feust boire en une taverne en

BOU

la ville de Coustances en l'ostel d'une femme, qui lors vendoit boschet et servoise, id. ib. Cervoise, ou hochet, ou bière, ou cidre, ou peré, ou telles manières de bruvaiges, m. ib. || xvi* s. Il usera de ptisane , eau bouillie, eau d'amendes, bouchet, paré, v, 9.

— ÊTYM. On ne sait d'où vient ce mot.

t BOUCHETON (X) (a-bou-che-ton), loc. adv. Terme de métier. Quand des pièces de faïence creuses, comme les saladiers, sont placées dans le four, on les met l'une sur l'autre par leurs bords, ce qu'on appelle les poser à boucheton.

— HIST. XV s. Icellui Pyocart regarda par une des fenestres de la chambre, et, pour ce faire, monta sur icellui Pommart, qui se mit à boucheton [les mains sur ses genoux], du cange, bouchellut.

— ÊTYM. Bouche. Dans le langage populaire, tomber à bouchon c'est tomber sur le ventre, c'est-àdire, au propre, sur la bouche, sur la face, ce que nos anciens disaient tomber adenz [à dents, sur les dents].

BOUCHE-TROU (bou-che-trou), *. m. || i-Ce qui sert à boucher un trou. Un placard qu'on met devant un vide, dans une maison, est un bouche-trou. || 2° Ce qui ne sert qu'à faire nombre. Vous trouverez dans cet ouvrage quelques bouche-trous. || 3* Une personne qui ne sert qu'accidentellement à remplir un emploi vacant. Il est familier. || Au plur. Des bouche-trous.

— ÊTYM. Boucher et trou.

t BOUCHETTE (bou-chè-f) , s. f. Petite bouche, mot qui s'est dit comme un diminutif gracieux.

— HIST. xii* s. Mais son clair vis et sa fresche bouchete, Couci, vt.

— ÊTYM, Bouche ; provenç. boquela; espagn. boquita; ital. bocchetta.

t BOUCHETURE (bou-che-tu-r') , *. f. Ce qui sert à fermer un pré, une terre labourable.

— ÊTYM. Boucher.

fBOUCHEUR (bou-cheur), adj. Qui bouche.

— HIST. xvi* s. Les deux obturateurs ou boucheurs [nom de deux muscles], paré, iv, 42.

— étym. Boucher 4 .

BOUCHOIR (bou-choTr) , s. m. Plaque de fer qui sert à fermer la bouche d'un four.

— ÉTYM. Boucher 4.

4. BOUCHON (bou-chon), t. m. || 1° Ce qui sert à boucher une bouteille, une carafe, un flacon. Bouchon de liège, de cristal. || Faire sauter le bouchon, faire partir avec bruit le bouchon d'une bouteille de vin fumeux. Le bouchon part, l'esprit pétille ; La décence môme y babille, berang. Gourmands. \\ Familièrement. Aimer à faire sauter le bouchon, aimer à boire. || 2° Jeu dans lequel on met des pièces de monnaie sur un bouchon qu'il s'agit d'abattre avec un palet. Jouerau bouchon. |] 3°Termede pêche. Morceau de liège pour soutenir la ligne sur l'eau. || 4° Terme d'horloger. Pièce de laiton rivée dans les platines des montres ou pendules. || 5" Sorte de laine d'Angleterre. || Inégalité à la surface des fils de la soie. || 6° Sorte de couvercle métallique adapté à une bouche de chaleur. || 7" Terme d'artillerie. Bourre des bouches à feu.

— hist. xvi* s. Mole, comme estant le plus petit des dieux et un bouchon seulement d'iceux, a peur du roy qui commande à la mer, merlin cocaïe, 1. 1, p. 349, dans lacurne.

— ÉTYM. Il y a dans le provençal bocon, dans l'italien bnccone,et dans le français boucon, qui signifient bouchée , morceau. Diez pense que c'est là notre mot bouchon, signifiant ce qui remplit la bouche, l'ouverture, et par suite, ce qui bouche. La locution populaire tomber à bouchon, tomber sur le visage, en italien boccone ou bocconi, ventre à terre (il le fait choir à bouchon contre le sablon, oliv. de la marche, Mém. liv. i, p. 273), montre bien que bouchon peut appartenir à bouche, mais n'est pas un intermédiaire qui témoigne du passage du sens de bouche au sens de bouchon. Aussi les objections qu'a soulevées le verbe boucher (voy. boucher 1) restent entières; et, bouchonne pouvant être séparé de boucher, c'est là qu'il faut examiner les deux étymologies entre lesquelles il y a débat : bouche de visage, et l'ancien français bouche, faisceau de branchage. L'espagnol buïo'n, bondon, bouchon, ne peut être rapporté ici; il tient à buion, canal par où se vide un étang.

2. BOUCHON (bou-chon), s. m. || 1° Bouquet, rameau de verdure servant d'enseigne à un cabaret. Et ravalant Phébus.... Font un bouchon à vin du laurier du Parnasse, Régnier, Sat. iv. || Le cabaret même. Les rouliers s'arrêtent à tous les bouchons. || 8- Bouchon de foin, de paille, poignée de foin,

BOU

de paille tortillée. On se sert d'un bouchon de m pour frotter les chevaux et autres animaux domestiques. || Mettre un bouchon de paille à la queue d'un cheval pour indiquer qu'il est à vendre. || 3* Par extension, bouchon de linge, tas, paquet de linge. Les draps Qu'en bouchons tortillés elle avait sous les bras, Régnier, Sat. xi. || Familièrement. Elle est torchée comme un bouchon, elle est mal habillée. j| Fig. Petite fille négligemment habillée. C'est un joli petit bouchon qui nous réjouit fort, sév. 242. || Fig. et familièrement. Mon petit bouchon, terme de tendresse et de caresse. Vieux en ce sens. Hai, hai, hai, mon petit nez, pauvre petit bouchon, mol Éc. des mar. n,44. Crispin : Allons donc, sans façon, çà le baiser de paix.... — Florine : Au retour,— Crispin: Souviens-t'en; ah! bouchon, tes attraits Sans cesse avec plaisir m'attirent.... hauteroche, Nobles de province, iv, 6.

— HIST. im' s. Tu iez la droite Sarray, Tu yez la toison arouzée, Tu yez li bouchons [buisson] Synay, ruteb. ii, 44.||xiv«s. Seigneur, cesteforest, dont je fais mention, Fu «moult grant et horrible; haut y sontli boucon [buissons , bois], Guescl. 9214. Le bouchon de chanvred'un cent doit obole par terre, du cange, boteronus. || xvi' s. Il va gentiment prendre le chat, et lui aiant attaché un boucho» de paille à la queue met le feu dedans, desper. Contes, xxm. Elle lui faisoit des moustaches et des bouchons à lacquaise, d'aub. Fœn. iv, 47. Aiant exagéré la foiblesse de la place , où il n'y avoit que des forts de bouschons, id. Jlist. H, 4 39. Il faut lui passer doucement l'estrille , le peigne, l'epoussete et le bouchon sur le dos, o. de serres, 308. X bon vin ne faut point de bouchon, oudin. Curios. fr.

— ÊTYM. Namur. bouchon, buisson; wallon , bouhon, même sens, etbouhéie, touffe de plantes; de l'ancien français bouche, faisceau de branchage, de javelle ; voy. bois; allem. Busch, buisson. la forme boucon, que l'on rencontre, doit être une forme picarde, le picard changeant souvent eh en c ou k.

BOUCHONNÉ, ÉE (bou-cho-né, née), part. passé. Cheval bien bouchonné. Elle fut frottée, bien bouchonnée, SÉV. 644.

t BOUCHONNEMENT (bou-cho-ne-man) ,*. m. Action de passer sur le corps des animaux un bouchon de paille, une brosse ou tout autre corps sec.

— ÉTYM. Bouchonner.

BOUCHONNER (bou-cho-né), v. a. \\i° Mettre en bouchon, en paquet, chiffonner. || 2° Bouchonner un cheval, le nettoyer avec un bouchon de paille. || 3° Familièrement, cajoler, caresser. Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai, mol. Éc. desf. v, 4. Vieux en ce sens. || 4° Se bouchonner, v. réfl. Un verrat enveloppé de fange Se bouchonne partout, Régnier, Sat. x.

— HIST. xvi« s. Il la vous bouchonne, il la vous estrille, il la traite si bien, qu'il sembloit qu'elle fust encore bonne beste, desper, Contes, xxvn.

— ÉTYM. Bouchon, 2.

f BOUC1IONNECX, ECSE, adj. Soie bouchonneuse , soie grossière qui a des bouchons.

BOUCHONNIER (bou-cho-nie), s. m. Celui qui fait, qui vend des bouchons.

— ÊTYM. Bouchon 4 .

f BOUCHOT (bou-cho), s. m. Terme de pêche. Parc ouvert du côté de la côte, pour prendre le poisson à marée basse. || Parc pour multiplier ies moules et autres coquillages.

— ÉTYM. Probablement bouche, à cause de l'ouverture que présentent ces parcs.

t BOUCHURE(bou-chu-r'), s. f. Terme de campagne. Haie vive.

— étym. Boucher 1.

t BOUCIROLLE (bou-si-ro-1') , s. f. Un des noms vulgaires d'une espèce de bécassine.

BODCLE (bou-kl') , s. f.\\i° Anneau de métal avec un ou plusieurs ardillons. Boucle de ceinture. Des boucles de jarretières, de souliers. || 2° Anneau que les femmes portent aux oreilles comme ornement. Des boucles d'oreilles en brillants ; des boucles de diamants. || 3° Anneaux que forment les cheveux frisés. Trente filles de Corinthe dont les cheveux tombaient à grosses boucles sur les épaules, montesq. Cnide, 3. || 4° Anneau de cuivre que l'on met aux cavales, pour les empêcher d'être saillies. || 5° Terme d'architecture. Petit cercle en forme d'anneau qui sert d'ornement à une moulure ronde. || 6° Terme de vétérinaire. Nom vulgaire donné à la stomatite aphtheuse du porc. || 7° Aiguillon qui arme la peau de la raie bouclée. || 8° Terme de marine. Organeau placé à côté d'un sabord pour la manœuvre du canon. H Nœud simple. || 9" Heurtoir en anneau filé à une porte cochère. || Sorte de pioche à large fer.

BOU

H Terme de métier. Velours à boucle, velours qui a été fait à l'épingle.

— HisT. xi" s. Tuute [il] lui freintla bucle de cristal, Ch. de Roi. xcm. || xtr S. Le destrier broiche qui lu va randonnant.Et fiert Fromant sur son escu devant; De soz la boucle le va tout pourfendant, Jlaoul de C. 98. || mi' s. La boucle d'une pierre fa, Qui ot grant force et grant venu, la llose, (075. As dens [il] sesi la bougie de l'escu, Agolant, 602, dans nu cange, bouclela. || xvr* s. Tenir la volonté et

: souks boucle, MONT. I, 184.

— ETYM. Wallon blouke; picard, blouke et bhtke; norm. et Berry, bloucque; provenç. bloca, bocla, la bosse du bouclier; anc. espagn. bloca, même sens;

it. bucu la scuti, dans lest/oses d'Isidore ;dulatin buccula, joue, proprement petite bouche, diminutif de bucca (voy. bouche), puis la partie centrale d'un bouclier (ainsi dite parce qu'au centre on dessinait souvent une têts et une bouche d'homme ou d'animal), et, en bas-latin, de plus une boucle.

BOUCLÉ, ÊE (bou-klé, klée), part, passé. || l'Attaché avec une boucle. Petit coffre bouclé. Ceinture bouclée. Il I* Garni de boucles. Souliers bouclés. Il 3° Oui a des boucles de cheveux. Une demoiselle loute bouclée, sêv. 435. || 4° Terme de blason. Collier bouclé, collier d'un lévrier ou d'un autre chien qui aune boucle; buffle bouclé, buffle à la gueule duquel pend un anneau d'un émail différent du reste du oprps. H 6° l'oissons bouclés, poissons qui ont le corps armé de pointes recourbées. Raie bouclée.

f BOCC.LEMEXT (bou-kle-man) s. m. Terme de vétérinaire. Action de boucler pour empêcher la génération.

— ETYM. Boucler.

BOUCLER (bou-klé), v. a. || !• Attacher, serrer avec une boucle. Boutler ses souliers, sacravate. || 2° Mettre des cheveux en boucles. Boucler sa chevelure. Boucler un enfant, lui faire des boucles. || V.n. Ses cheveux bouclent naturellement. || 3° Terme de vétérinaire. Boucler une cavale, lui mettre des boucles pour empêcher qu'elle ne soit saillie. || Traverser le boutoir d'un porc par un anneau, pour l'empêcher de fouiller dans la terre. || 4" Boucler un port, en fermer l'entrée. Vieux en ce sens. || 5° Boucler des prisonniers, fermer sur eux les portes de leur cellule. H 6° Terme de marine. Faire un nœud simple. Il 7° Y. n. En termes de maçonnerie, se dit d'un mur dont les parements s'écartent faute de liaison suffisante dans sa construction. Ce mur boucle, c'est-à-dire bombe en forme de boucle. || 8° Se boucler, v. rcfl. Mettre une boucle. Prenez votre ceinture, et bouclez- vous. || Arranger les boucles de ses cheveux. Elle est, tous les soirs, une heure à se friser, à se boucler. || Être fermé par une boucle. Ces guêtres se bouclent par le côté.

— HIST. xii* s. X son col [il] pent son fort escu bouclez. Rnnc. p. 36. || xnr* s. Cil chevalier novelement Fu venus d'ung tournoiement Où il ot faite pour s'amie Mainte jouste et mainte envale, Et percié maint escu bouclé, la llose, 1(93. || xvi" s. La Boulaye Passeuroit que le marché esloit bouclé [conclu], et que la Magdelaine coucheroit chez lui pour se trouver & l'assignation indiquée, d'acb. Vie, Vf. Il porta luy-mesme de ses nouvelles aux fors de Nivelay et de Kisbam investis et battus en mesme temps : les premiers furent contraints de boucler [boucher les passages] pour se sauver à la ville, les autres se rendirent, m. 16.1, 27. Averti que leiluc le voulait boucler [assiéger] en quelque lieu qu'il fust, m. 16. m, 28.

— ÉTYM. Boucle; provenç. blocar, garnir de bosses. Un escu bouclé ne veut pas dire autre chose qu'un écu bombé ; c'est une épithète banale.

t BOUCLERIE (bou-kle-rie), s. f. Fabrication des boucles et anneaux de fer. Tenir la bouderie. Paris avait autrefois une rue de la Vieille-Bouclerie.

— hist. xiit' s. Li aprentis qui aprend au mestier de bouderie, /.tu. des met. 57.

— ÉTYM. Boucle.

t BOUCLETTE (bou-klé-f) , t. /. Petite boucle ou petit anneau.

— HIST. xin* s. Il puet estre patrenostriers à Paris qui veut, c'est à savoir faisieres de toutes manières de patrenostres et de boucletes à soulers que on fait de laiton, de archal et de quoivre [cuivre] nuef et viez, Livr. des met. 97. || xiv' s. Et en chascun cordiau a une bouclette faicte des cordiaux mesmes, M odus, f" cxxm, verso.

— ÉTYM. Diminutif de boucle.

BOUCLIER (bou-kli-é : IV ne se lie jamais; l'j se lie au pluriel : des boucliers épais, dites : des boukli-é-z épais), s. m. || 1° Partie de l'armure défensive des anciens. Le bouclier se portait au bras

BOU

gauche. Bouclier rond. Bouclier échancrê. Bouclier d'osier. Los soldats armés de boucliers. Sur un bouclier noir sept chefs impitoyables Epouvantent les dieux de serments effroyables, boil. Longin , Sublime, 13. || Fig. Faire un bouclier de son corps à quelqu'un, parer les coups qu'on lui porte. Je lui fis si longtemps bouclier do mon corps, corn. D.San.

I, ». 5 vous hommes vaillants.... Oui faisant boucliers et remparts de vos corps.... mair. Sophon.

II, t, || 2° Levée de boucliers, démonstration par laquelle les soldats romains témoignaient leur résistance aux .volontés de leur général. || Fig. Démonstration armée, attaque à main armée. Il y eut dans la Vendée une levée de boucliers. Cette levée de boucliers était le prélude d'une guerre sérieuse. ]| Dans les affaires politiques, démonstralion d'attaque ou d'opposition. Boileau [non le poëte] n'était pas content de ce que M. de Paris ne levait pas bouclier pour les jansénistes, st-simon, 65, 78. || 3' Fig. Sauvegarde, protection, défense. Qui fut tantôt le bouclier et tantôt l'épée de son pays, fléch. Tur. J'en parerai les coups du bouclier de la foi, eotr. St Gen. m, 2. Vous étiez son bouclier au milieu des alarmes, id. Anlig. t, 4. La crainte de déplaire aux ducs et a Mme de Maintenon lui fit faire [à Fénelon] bouclier de modestie et de ses fonctions de précepteur, st-sim. si, (08. Couvert du bouclier de ta philosophie, Le temps n'emporte rien de ta félicité, lamart. Mtd. 1, <2.||4* Terme d'astronomie. Nom d'une file de petites étoiles en ligne courbe, entre l'épaule gauche d'Orion et Aldébaran, la plus brillante étoile du Taureau. C'est cette forme et la position de ces étoiles qui les a fait nommer le bouclier d'Orion, et, par abréviation, le Bouclier. || 6° Dans les anciennes chroniques, et, d'après la physique d'Aristote et de Sénfeque^ jusqu'au xvn' siècle, bouclier, sorte de météore ïgné. Il 6" Terme d'artificier. Planche mince de bois léger, découpée en forme de bouclier. || 7° Partie du corps de certains animaux. || Nom marchand de coquilles du genre des patelles.

— rem. Autrefois bouclier était, en poésie, de deux syllabes, et Rotrou a encore suivi cet archaïsme. Écrit bucler, comme il l'était souvent, ce mot était dissyllabique; écrit bouclier, quelques indices portent à croire que, dans la prononciation, une des consonnes tombait : boulier; de là l'usage de le faire dissyllabique, lors même que la prononciation avait changé.

— hist. xi' s. Tans coups [il] a pris sur son escu bucler, Ch. de Roi. xxxrx. || xiii' s. Li bers fiert Matamar sor son escu bocler ; De l'un ohief dusqu'à l'autre li fait fendre et froer, Chans. d'Ant. iv, 643. Il xvi* s. Les hérétiques modernes font bouclier d'Yrenée et Tertullien , calv. Instit. 37S.

— ÉTYM. Provenç. bloquier ; anc. catal. broquer; espagn. et portug. broquel ; du bas-latin buccularius, c'est-à-dire clypeus bucculariiu, escu bucler ou bouclier, comme on disait; dans escu bouclier, bouclier n'était qu'une épithète signifiant bombé (voy. boucle), épithète qui a fini par éliminer le substantif et devenir le nom même de l'écu.

BOUCON (bou-kon), s. m. Mets ou breuvage empoisonné. Donner le boucon à quelqu'un, l'empoisonner. D'Effiat se détourne, va àl'armoire, l'ouvre, jette son boucon, puis, entendant quelqu'un , s'arme de l'autre pot d'eau commune, st-sim. 94, 246. Ce mot a vieilli.

— HIST. xvi's. Or ces villains, pour loyer de leurs gestes, Baillent boucons, ou leur couppent les testes, j. MA110T, v, 70. Voudroit-il bien à bailleurs de bouccons Donner lui-mesme à garder ses flaccons? marot, 11, 318.

— ÉTYM. Provenç. bocon, morceau; ital. boccone, bouchée; de bocca, bouche (voy. bouche).

t BOUDDHIQUE (bou-ddi-k'), adj. Qui appartient au bouddhisme.

t BOUDDHISME (bou-ddi-sm') , s. m. Doctrine philosophique et religieuse qui est une réformation du brahmanisme et qui consiste essentiellement, au point de vue négatif, à nier que le sacerdoce soit inhérent à la caste de3 Brahmanes, et, au point de vue positif, à prêcher une morale ascétique dont le but est de délivrer l'être vivant de la nécessité de la transmigration. Le bouddhisme, chassé de iinde vers le vu* siècle de l'ère chrétienne, après des guerres sanglantes, s'est propagé dans le Thibet, la Tartarie, la Chine et le Japon, pays dans lesquels il compte des centaines de millions de sectateurs.

— ÉTYM. Buddha, nom du réformateur, qui appartenait à une famille de princes et qui vivait dans le vi' siècle avant l'ère chrétienne. En sanscrit, buddha signifie sage.

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t BOUDDHISTE (bou-ddi-sf) , ». m. Sectateur dubouddhisme.

BOUDÉ, ÊE (bou-dé, dêe), part, passé. Ce mari boudé par sa femme.

BOUDER (bou-dé), v.n. || ^Témoigner parune certaine expression chagrine du visage, et particulièrement des lèvres, qu'on a du mécontentement. Vous avez contrarié cet enfant; le voilà qui boude dans un coin. Il 2° Avoir de l'humeur, du mécontentement. Lasse de bouder sans qu'on y prit garde, sév. 460. La reine n'a point baisé Monsieur, qui en boude, m. 506. Madame de Cleveland bouda contre le roi, hamilt. Gramm. 1t. Il s'est apprivoisé pas à pas, jour à jour; 11 boude à mon départ, il saute à mon retour, lamart. Joe. m, 122. || Fig. C'est un homme qui ne boude pas, il est toujours prêt à répondre à qui l'attaque. Cet homme ne boude pas à table, c'est un bon convive. Cet officier passe pour bouder au feu, pour ne pas s'y exposer volontiers. Il Familièrement. Bouder contre son ventre, se priver d'un repas ou d'un mets qui ferait plaisir, et, parextension, se priver par dépit d'une chose agréable. Il 3° Terme du jeu de dominos. N'avoir pas de dé à jouer. Il 4° Terme de jardinage, qui se dit d'un arbre ou d'un arbuste qui ne profite pas. Ces jeunes pommiers boudent. || 5° V. a. Votre Majesté a peutêtre cru que je la boudais, volt. Leur, à Cath. 113. Plus que jamais il t'aime; C'est ton tour maintenant de le bouder lui-même, A. chën. 231. Il Se bouder, v. rf/î. Se faire mutuellement mauvaise mine. Ces deux amants se boudent.

— hist. xv s. Par ma foy vous ne boudez mie; Or povez bien, commant qu'il aille, Hardiement faire bataille; Tuit en sommes entalenté, La Pass. de N. S. J. C.

— ETYM. Diez rapproche de ce mot l'ancien français boudiné, bouton et nombril, le provençal moderne boud-enfld, boud-ouflâ, boud-ijlâ, gonfler, boudougno, bosse ; à cette liste on peut ajouter boudufe, qui se dit dans l'Angoumois pour toupie, chose de forme ronde. Ces formes conduisent à un radical bod, qui est dans le piémontais fé'lbodou, avancer la lèvre inférieure, et dans le rouchi boder, gonfler. Ce radical a déjà été trouvé dans borne (bod-ne). S'il est latin, dit Diez, il existe dans bot-ulus, boudin. Il y a, dans l'anglais, bud, bourgeon; mais, ce mot manquant à l'anglo-saxon, on ne sait s'il est propre à la langue anglaise ou emprunté.

BOUDERIE (bou-de-rie), s. f. Action de bouder; état d'une personne qui boude. Leurs bouderies continuelles sont impatientantes. Le maréchal d'Huxelles boudait de honte et ne sortait de chez lui que pour le conseil depuis son aventure du traité d'Angleterre ; Dubois fit entendre à son maître [le régent] qu'il ne fallait pas prendre garde à la mauvaise grâce ni à la bouderie, st-sim. dans lafaye, Synon. Cela eût été pris en pique et en bouderie, m. ib. J'ai eu un petit moment de bouderie [avec le roi de Prusse] ; mais l'explication a bientôt tout raccommodé, volt, dans lafaye, ib. Cette affaire avait plus l'air d'une bouderie que d'une rupture, J. 1. rouss. dans lafaye, ib. Nous ne permettons point la bouderie.... nous ne voulons jamais que nos amis restent brouillés plus d'un quart d'heure, màhmontel dans lafaye, ib.

— SYN. bouderie, fâcherie. Ce sont des mécontentements légers. Dans la bouderie, il y a un signe extérieur, à savoir l'expression du visage, le silence, la froideur. Au lieu que la fâcherie n'est pas nécessairement accompagnée de quelque signe. On peut être très-fâché sans bouder; on cache, on dissimule sa fâcherie; et l'on peut bouder sans être aucunement fâché ; on feint alors une fâcherie qui n'est pas dans le cœur et qui n'est que sur le visage et dans les manières.

— ÊTYM. Bouder.

BOUDEUR, EUSE (bou-deur', deû-z'), ad].

H 1° Qui boude habituellement. Un enfant boudeur. Il 2" Qui exprime le mécontentement. Air boudeur Une petite mine boudeuse. || 3° Substantivement, C'est un boudeur.

— Etym. Bouder.

BOUDIN (bou-din), s. m. || 1» Mets fait avec un boyau qui a été rempli de sang et de graisse de porc. Boudinnoir. Noussommesjuifscommevous, ne mangeant point de cochon, point de boudin, voltaire, Phil. m, 174. Les hommes au rang desquels vous ne voulez pas être, mangeront votre lard, vos boudins et vos jambons, fén. xix, 142 || Boudin blanc, boudin fait avec du lait et un hachis de blanc de volaille. || Un boudin, une portion de boudin longue de 15 à 20 centimètres, et fermée par un nœud au» deux bouts. || Eau de boudin, eau dans laquelle on

nou

.lave les tripes à boudin, et qui n'a aucune utilité. || Fig. et familièrement. S'en aller en eau de boudin, se dit d'une affaire qui se réduit à néant. || Envoyer de son boudin à quelqu'un, lui servir quelque plat de son métier, lui jouer un mauvais tour; se dit par allusion à l'habitude d'envoyer du boudin à ses amis quand on a tué un cochon. || 2° Toute chose qui, par la forme, a quelque ressemblance avec le boudin. Des boudins de grosse toile. Boudin de cheveux, boucle de cheveux en spirale. Il [Boudin] était boudin de figure comme de nom, fils d'un apothicaire du roi, dont personne n'avait jamais fait cas, st-sim. 286, 142. || Fusée avec laquelle on met le feu à la mine. || 3° Petit portemanteau en cuir, et de forme ronde, qu'on attache sur le dos d'un cheval. || 4° Terme de serrurerie. Espèce de ressort formé d'une spirale de fil de fer. || S" Membre d'architecture de forme cylindrique qui décore les archivoltes, les arcs-doubleaux, arcs-ogives, bandeaux, etc. || 6° Terme de marine. Bandeau placé autour d'un bâtiment à la hauteur du second pont. || 7° Boue qui sort d'un tuyau qu'on dégorge avec la sonde. || Rouleau de tabac. || Faire un boudin est un vieux proverbe, qui signifiait marier un gentilhomme avec une riche roturière, parce que, le mari étant le soutien de la maison, la femme, qui est riche, fournit la graisse pour l'entretenir.

— HIST. xin's. Que nulz du dit mestier ne puisse vendre boudins de sanc, à peine de la dite amende, Liv. des met. I 77. || xiv" s. Aler boire à Paris la chopine de vin, Et la soupe humer, et rostir le boudin, Guescl. 22010. || xvi' s. La cuisine basse qui n'est pas seure, donnant la bassesse de ses fenestres facile accès au diabolique boudin [pièce d'artifice] at à autres inventions que nostre misérable siècle a produites, o. de serres, 22.

— ÉTYM. Berry, bodin. On a indiqué le latin botulus; mais il faut supposer quelque diminutif tel que botulinus, ou plutôt, par interversion, bollinus. On a indiqué aussi le celtique : bas-breton, bousellen, boyau; irlandais, putog, boyau, boudin; kymri, polen. Enfin Diez a recours au radical bod (voy. bouder et borne) , qui signifie quelque chose d'arrondi.

t BOUDINADE (bou-di-na-d') , s. f. Terme de cuisine. Quartier d'agneau farci de boudin et cuit à la broche.

— ÉTYM. Boudin.

t BOUDINAGE (bou-di-na-j') , s. m. Action de tordre le fil de lin avant de le mettre sur les bobines.

— ÉTYM. Boudiner.

BOUDINE (bou-di-n') , s. f. Nom qu'on donne aux nœuds du verre, ou à la bosse qui demeure dans le plat du verre à l'endroit où il a été coulé.

— HIST. xvs s. Flambe ardente se bouta en ce lit entre les linceuls, par telle manière que le roi fut atteint de cette flambe ; on n'y put oncques venir à temps, ni lui secourir, qu'il ne fust tout ars, jusques a la boudiné [nombril], froiss. ii, m, 96.... Estre en l'eau jusques à la boudiné, 1D. il, H, 23t.

— ÉTYM. Ce mot, dans l'ancien français, signifiait extrémité obtuse, nombril. Diez y voit le même radical que dans bouder.

t BOUDINÉE (bou-di-née), s. f. Plat de boudin.

— ÉTYM. Boudin.

t BOUDINER (bou-di-né) , V. a. Exécuter l'opération du boudinage.

— ÉTYM. Boudin.

t BOUDINIÈRE (bou-di-ni-è-r'), s. f. Petit entonnoir de fer-blanc qui sert à faire du boudin.

— ÉTYM. Boudin.

+ BOUDINOIR (bou-di-noir), t. m. Machine qui sert à boudiner la soie.

— ÉTYM. Boudiner.

fBOUDJOU (bou-djou), s. m. Pièce d'argent, unité monétaire dans l'Algorie. Le boudjou est compté pour t fr. 80 centimes.

— ÉTYM. Mot arabe.

BOUDOIR (bou-doir), s. m. Cabinet élégant attenant à l'appartement d'une dame. Je l'avais, dès la veille, Fait fuir de ton boudoir, bérang. Inf. de Lisette. Crains que la révolte ennemie Dans ton boudoir ne trouve accès, id. Polit.

— ÉTYM. Bouder, ainsi dit parce les dames se retirent dans leur boudoir quand elles veulent être seules.

t BOUDRIÈRE (bou-dri-ê-r') ou BOUDRINE (boudri-n'), s. f. Nom rural de la carie du froment.

BOUE (boue), s. f. || 1- Mélange de terre, de sable, de substance organique, plus ou moins consistant, quireoouvre le pavé des villes ou remplit les égouts,

BOU

les fossés. Un tas de boue. J'ai été couvert de boue par un fiacre. Il avait des brodequins à l'antique que les boues avaient gâtés, scarron, Rom. com. ch. 1. || Payer les boues et lanternes, se disait autrefois de la taxe à payer pour boues et lanternes. || Traîner dans la boue, traîner dans les rues boueuses. On avait commencé à la traîner dans la boue , fén. Tél. vm. Fig. diffamer. || De vieilles équivoques ramassées parmi les boues des halles (empruntées au langage le plus bas et le plus grossier). || Familièrement. Ne pas faire plus de cas d'une chose que de la boue de ses souliers, ne s'en soucier aucunement. Ils [les traitants] sont méprisés comme de la boue, pendant qu'ils sont pauvres; quand ils sont riches, on les estime assez, montesq. Lett. pers. 98. || 2° Terre délayée. Des cahutes de boue et de paille. Toi que les éléments ont fait d'air et de boue, Ordinaire sujet où le malheur se joue, Théophile, Sut. 1. 1| Maison faite de boue et de crachat, peu solide. || Fig. Bâtir sur la boue, se bercer de vaines espérances. C'est bâtir sur la boue que d'appuyer les fondements de sa fortune sur l'affection passagère d'une vile populace, vertot, Révol. rom. xiv, p. 303. || Poétiquement. Cet amas de boue, ce tas de boue, le globe terrestre. Atomes tourmentés sur cet amas de boue, Que la mort engloutit et dont le sort se joue, Mais atomes pensants.... volt. Désastre de Lisb. || 3° 11 se dit des choses auxquelles on n'attache aucune valeur réelle. Le monde aujourd'hui ne m'étant plus que boue, malh. iv, 9. Ils [ses biens] lui échappent cependant ; ce tas de boue fond à ses yeux, mass. Avent, Mort, du péch. C'est avoir perdu la foi, d'aimer mieux. risquer son salut éternel qu'une fortune de boue, id. Car. Rechutes. La vertu de la parole de la croix n'est pas attachée à celle des ministres qui l'annoncent ; la boue entre les mains du Seigneur peut éclairer les aveugles, id. Car. Fausse confiance. || 4° Terme mystique. Le corps humain. L'auteur de notre être avait d'abord animé notre boue d'un souffle d'immortalité, mass. Car. Sur la mort. Il sent que cette maison de boue s'écroule; il se sent mourir peu à peu à chacun de ses sens, id. Avent, Mort du péch. Se persuadant qu'il n'est qu'une vile boue que le hasard a rassemblée, mass. Car. Vérité de la religion.Vous connaissez, Ô mon Dieu, la fragilité de notre boue, id. Car. Rechutes. Voyez s'il n'en coûta rien autrefois à Augustin; quels efforts pour s'arracher à sa boue, pour rompra la chaîne de fer qui liait sa volonté rebelle I id. Avent, Délai de la conversion. \\ Nous sommes tous sortis de la même boue, nous avons tous la même origine. Tout s'étudie, tout s'empresse à leur persuader [aux grands] qu'ils sont pétris d'une autre boue que les autres hommes, mass. Car. Prospérité tempor. Ô mon Dieu, souvenez-vous que vous nous avez formés d'une boue fragile, id. Profession religieuse, serm. 4. || 5° Etat misérable. Aujourd'hui dans le trône, et demain dans la boue, corn. Poly. iv, 3. Les peuples sont soulagés, les vicieux laissés dans la boue, mass. Petit carême, Exemples. Lorsque la fortune à sa roue Attache mille ambitieux, Les précipite dans la boue, Ou les élève jusqu'aux cieux, bérang. Tournebr. || Tirer quelqu'un de la boue, le tirer d'une position basse et misérable. || 6° Bassesse, impureté. Ces âmes que le ciel ne forma que de boue, corn. Pomp. i, 3. Mais son sang que le ciel n'a formé que de boue, id. D. San. i, i. Dès que ce poison a gagné le cœur, on trouve des âmes de boue, mass. Obst. Ses efforts impuissants pour s'arracher à sa boue, m. Sainar. N'avezvous pas traîné votre cœur sur la boue de mille passions? id. Disp. à la comm. Un cœur qui se traîne encore sur la boue et qui ne sait s'élever au-dessus des créatures , id. ib. Tirez-moi de cette boue où je ne saurais marcher sans enfoncer tous les jours davantage, id. Car. Sur les causes ordinaires de nos rechutes. || 7° Boues minérales, limons que l'on trouve près des sources de quelques eaux minérales, et qui, imprégnés des matières contenues dans ces eaux, jouissent de propriétés analogues à celles des eaux elles-mêmes. || 8" Terme de géologie. Couches de boue noire, contenant beaucoup de lignite terreux et des troncs d'arbres conifères. || 9° Boue d'émeri, potée qui se forme sous les roues ou meules des lapidaires, et qui sert à polir le marbre. || 10° Dépôt épais qui se forme au fond d'un encrier. Cette encre n'est que de la boue. || 11" Pus qui sort d'un abcès. On lui ouvrit l'apostume ; il en sortit beaucoup de boue.

— HIST. xn* s. Jo's osterai [je les ôterai] si cume la puldre de la terre ; si cume la boe de la strae [de la rue] les defulerai, Rois, 209. || xm" s. Quant de si haute honor [je] sui chetie en la boe, Berte,

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xxxm. Ele [fortune] a une roe qui tome ; Et quant ele veut, ele met Le plus bas amont ou sommet, lit celi qui est sor la roe Reverse à un tor dans la boe, la Rose, 4000. Entai ou en bohe, tailliar, Recueil, p. 148. || xv' s. Et quant ils sont tous eslevés et ils cuident estre au plus sur , fortune les retourne en la boue et les met plus bas que elle ne les a eus de commencement, froiss. ii, m, 49. ||xvr* s. En l'ouverture d'un empyeme, il faut que la boue qui en sort.... paré, Introd. 17. Ce mot, qui est en francois appelle boue, en latin pus, et en grec pyon, signifie un humeur putride, id. xi, 2. On la [une ville] disoit n'estre faite que de boue et de crachat; de tels mots usoit on pour monstrer sa foiblesse, brant. Capit. fr. t. h, p. 178, dans lacurne.

— ÉTYM. Picard, baue et beue. L'étymologie parait être dans le celtique : kymri, baw, boue, budhyr, boueux. Le lorrain bodère, qui tient sans doute de boue, veut un radical avec une dentale. Le lombard boga, boue, est douteux. Le celtique garde la probabilité, sans tout expliquer.

BOUÉE (bou-ée), s. f. Terme de marine. Morceau de bois, baril et tout corps flottant destiné à marquer la place d'une ancre ou à indiquer un danger, une passe difficile. On dit d'une bouée qui est toute prête à être mise à l'eau quand on jette l'ancre, qu'elle est à la veille. Les uns [oiseaux] se placent à 40 et 50 lieues d'une terre inconnue et deviennent un indice certain pour le pilote qui les découvre, flottants sur l'onde comme les bouées d'une ancre, chateaue. Génie, i, v, 8. || Bouée de sauvetage, grand plateau de liège qu'on jette à un homme en danger de périr.

— HIST. xvi* s. En allant à ceste isle, nous trouvasmes plusieurs bouées, Journal du voyage de J. Parmentier, dans jal.

— ÉTYM. Norm. bot'e;.espagn. boya ; portug. bote; angl. buoy ; allem. floj'e; du latin boja, chaîne, lien , parce que la bouée est un morceau de bois flottant, mais fixé par un lien (boja). C'est à bouée qu'il faut rapporter ce texte du xv* siècle : I?our ce que ledit batel estoit bouyant et petit, icellui Houf chey en la rivière, du cange, bullire. Bouyant veut dire flottant, chancelant sur l'eau, et répond à l'anglais buoyant.

t BOUEMENT (boû-man), s. m. || 1° Action de bouer. || 2" Pièce de menuiserie dont les parties unies sont assemblées carrément à tenon et à mortaise.

— ÉTYM. Le même que bouvement (voy. ce mot), f BOUER (bou-é), v. a. Lorsque la monnaie se

frappait au marteau dit bouard, on appelait bouer l'action de frapper sur les flans, pour leur donner les formes convenables avant que de les blanchir.

— ÉTYM. Voy. BOUVARD.

t BOUETTE (bouè-f), s. f. Terme de pêche. Voy. boitte.

BOUEUR (bou-eur), s. m. Charretier chargé de l'enlèvement des boues.

— ÉTYM. Boue.

BOUEUX, EUSE (bou-eû, eû-z'), adj. \\ 1° Plein de boue. Un chemin boueux. Ce funeste lac dont les eaux nous sont représentées si noires et si boueuses, balz. le Prince, Av. propos. Le juste ici-bas ressemble à ce feu sacré que les Juifs retrouvèrent caché dans les entrailles de la terre; il ne leur parut d'abord, dit l'Écriture, qu'une eau épaisse et boueuse, mass. Carême, Resp. humain. || 2° Impression boueuse, celle dont l'encre s'étend et tache le papier. Estampe boueuse, estampe mal venue et tirée sur une planche où il était resté du noir entre les hachures. Ecriture boueuse, écriture qui répand l'encre au delà du trait et tache le papier. || Maçonnerie boueuse, maçonnerie mal ragréée. || Menuiserie boueuse, menuiserie mal profilée. || Terme de marine. Ancre boueuse ou de toue, la plus petite des ancres.

— HIST. xiv* s. Jusqu'à tant qu'il se fust bouté Droit au chemin de povreté. Qui tant par est boueux et ort, bruyant dans Ménagier, t. n, p. 34. [|xv*s. La terre estoit boueuse et mauvaise, froiss. h, ii, 184. || xvi" s. Puis passant le marets le dernier de tous avec grande difficulté à travers de l'eau boueuse et fangeuse, partie à nage, et partie à pied, il feit tant à la fin qu'il gaigna l'autre rive, amyot, Ces. 20. L'urine estant boueuse, on cognoist le malade avoir ulcère aux reins, ou vessie, ou autre partie, paré, Introd. 23. Je me jecte dans le battu, le plus boueux et enfondrant, mont, m, 47.

— ÉTYM. Boue.

BOUFFANT, ANTE (bou-fan, fan-t') , adj. || l°Qui bouffe, qui paraît gonflé. Étoffe, garniture bouffante. Ces deux tètes charmantes, renfermées sous ce jupon bouffant, me rappelèrent les enfants de Léda,

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«ern. se st-p. Paul et Virg. || t* Bouffante, ». f. Espèce de guimpe gaufrée que portaient autrefois les femmes. Petit panier qui servait aux femmes à faire bouffer leurs jupes. || 3" Bouffant, ». m. Partie bouffante de la manche d'une robe.

— ÊTYM. Bouffer.

t BOUFFARDE (bou-far-d') , ». f. Pipe, dans le parler familier. Fumer sa bouffarde.

— ÊTYM. Bouffer.

1. BOUFFE (bou-f), ad;'. || 1° Bouffon. Opéra bouffe, genre d'opéra opposé au genre sérieux. || Chanteur bouffe, chanteur qui joue un rôle plaisant dans un opéra. || 2° Substantivement. Acteur qui joue dans les opéras italiens. \\Auplur.m. Les bouffes, le théâtre italien à Paris.

— ÊTYM. Ital. buffa, plaisanterie (voy. bouffon). f2. BOUFFE (bou-f), ». f. Air bouffi, morgue. Il

n'a point avec nous la bouffe de gouverneur, sév.

— ÊTYM. Bouffer.

t 3. BOUFFE (bou-f), ». m. Sorte de chien à long poil. Les chiens à longs poils, fins et frisés que l'on nomme bouffes et qui sont de la taille des plus grands barbets, viennent du grand épagneul et du barbet, buff. Chien.

— ÊTYM. Bouffer: à cause que le poil de ce chien semble bouffer.

BOUFFÉE (bou-féc), ». f. || 1° Souffle qui sort de la bouche d'une personne. 11 sort de la bouche de ce3 ivrognes des bouffées qui soulèvent le cœur. Il m'envoyait des bouffées de tabac à m'étouffer, hamilt. Gramm. 3. || 2" Onde d'air ou de vapeur qui semble venir d'un souffle de bouche. Le vent soufflait par bouffées. Il sortait de la cheminée des bouffées de fumée. Des bouffées de chaleur. L'autre jour que nous eûmes une bouffée d'été, sév. 42. || 3° Fig. Accès subit et passager. Ma tante a eu une bouffée de fièvre, sév. 96. Elle est dans une bouffée de coliques, m. 008. || Bouffée d'humeur, d'orgueil, de générosité. Je ne puis oublier cette bouffée de philosophie que vous me vîntes souffler, sév. 188. || Familièrement. Ne faire une chose que par bouffées, ne s'en occuper que par boutades. || 4* Terme de médecine. Bouffée de chaleur, sensation de chaleur à la face survenant rapidement et disparaissant de même ou peu à peu. || Terme de vétérinaire. Sorte d'accès des maladies épizootiques pendant lesquels un plus grand nombre d'animaux sont frappés. La clavelée , par exemple , attaque les moutons par bouffées. || 5° Terme d'hydraulique. Secousse.

— WST. xiv" s. Quant les bouffées de vent viennent, ifodus, 1° lviii, verso. || xvi* s. Ils cognoissoient que ce n'est qu'une bouffée de vent, que les saincts ont à endurer tribulation, que les grâces qu'ils doivent recevoir sont éternelles, calv. Instit. 836. Il leur fait sentir sa miséricorde présente comme par une bouffée, id. ib. 427. Lors il se leva soudain une bouffée de vent impétueux qui enflamma incontinent tout le bûcher, amyot, Sylla, 76. Comme le bateau poussé par le vent et les avirons, quibransle et marche inégalement, par secousses, boutées et bouffées, charbon, Sagesse, n, 3.

— ÊTYM. Bouffer.

BOUFFER (bou-fé), v. n. || i- Témoigner par un certain gonflement de la face qu'on est en mauvaise humeur; être dans une colère qui n'éclate pas. Il bouffe. Le grand écuyer [après cette sottise] se releva le nez de dessus la table, regarda toute la compagnie, toujours bouffant, st-sim. 477, 110. || 2° Se soutenir sans s'affaisser en parlant de certaines étoffes. Ce taffetas bouffe. || Par extension. Il [le duc de Bourgogne] avait des cheveux châtains si crépus et en telle quantité qu'ils bouffaient à l'excès, st-sim. 322, 34 1. 1| 3" Se gonfler, enparhntdela pâte qui ressent dans le four l'effet de la chaleur. Le pain avait déjà bouffé. || Tetme de maçonnerie. Le plâtre bouffe, il gonfle. Un mur bouffe, il pousse en dehors. || Terme de jardinage. Un fruit bouffe, quand il grossit plus d'un côté que de l'autre. || 4" V. a. Terme de boucherie. Souffler une bête tuée pour en rendre la chair plus belle.

— RF.M. Le langage populaire confond bouffer avec bâfrer : il bouffe bien; sans doute à cause de la rondeur des joues, quand la bouche est emplie. Mais ce n'en est pas moins une locution rejetée par le bon usage.

— HIST. xiu* s. Li rois l'entent, boufe et sospire, Tristan, 1S59. dans lacurne. || xivs. Icelluy Taillefer dist â l'exposant qu'il buffast, et qu'il lui donroit une buffe, nu cange, buffare. ||xv* s. De ceste vie suys bouffez [fâché], villon, Bail. || xvi" s. Hz deschiquetoyent leur peau pour y faire bouffer la gresse, ne plus ne moins qu'on descouppe le haut

BOU

de chausses pour y faire bouffer le tafletaz, rab. l'ant. v, 16. Point ne t'est bien ceste forme séante; Jette moy là toute fluste bouffante, Et prens en main les armes, sans enfler Si laidement tes joues à souffler, amyot. Comment refréner la colère, 12. Lasynoque fait paroistre tout lo corps comme bouffi et enflé, ce qui a donné occasion à quelques médecins de l'appeller synoque enflante et bouffante, paré, xi, ». [Pallas] Bouffante d'ire et d'une forte voix. Comme un tonnerre appeloit les Gregois, bons. 596. Un seul Bacchus doit su bouferde haine Contre ton isle.... id. 684. || Gaioffe, bouffé, se cholere contre soy mesme, merlin cocaïe, t. i, p. 288, dans

LACORNE

— ÊTYM. Provenç. et espagn. bufar, souffler; ital. buffare, souffler et plaisanter. D'après Diez, et selon toute apparence, il faut le rattacher à une onomatopée exprimant le bruit que fait La bouche en soufflant. Bouffer et pouffer sont deux formes d'un même mot.

BOUFFETTE (bou-fè-t'), ». f. || f Petite houppe; nœuds de rubans. Sa coiffe de nuit ornéo de deux grosses bouffettes de ruban, j. j. rouss. Conf. iv. || 2" Terme de marine. La troisième voile du grand mât des galères.

— ÊTYM. Bouffer.

BOUFFI, IE (bou-fl, fie), part, passé. || 1« Gonflé. Chair bouffis. ô chérubins à la face bouffie, Réveillez donc les morts peu diligents, bérano. Dieu des bonnes gens. Je trouve en ce monde Où la graisse abonde, Vénus toute ronde Et l'amour bouffi , id. Cocag. || 2° Fig. Être bouffi de colère, de rage. Mme de Soubise avait l'air tout bouffi et la comtesse [de Furstemberg] paraissait furieuse, st-sim. 76, 245. Et les petits tyrans bouffis de vanité Dont mon indépendance irritait la fierté, volt. Disc. 7. Je prétends soulever les lecteurs détrompés Contre un auteur bouffi de succès usurpés, Gilbert, If on apol. || 3° Style bouffi, style ampoulé. Il a des mots hargneux, bouffis et relevés, Régnier, Sat. îx. On aurait beau montrer ses vers tournés sans art.... Ou bouffis de grands mots qui se choquent entre eux L'un sur l'autre appuyés, se traînant deux à deux, gilb. Le dix-huitième siècle.

BOUFFIR (bou-fir). || 1° T. a. Rendre enflé, en parlant des chairs. L'hydropisie lui a bouffi tout le corps. || 2" V. n. Le visage lui bouffit tous les jours. || Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir. || 3° Se bouffir, v. réfl. Devenir bouffi.

— hist. xnr" s. Certes ains les devraient toutes lessier bouffir, Que leur âmes por elles as deables offrir, J. de meung, Test. 1301. || xvi* s. Il en debvoit rapporter l'ame pleine, il ne l'en rapporte que bouffie, mont, i, <46. Je me sens, dict il, enfler et bouffir, comme d'hydropisie, H>. m, 24 4. Hectiques, bouffis, lentigineux, et généralement tous cachectiques, paré, vm, 10. Dont se fait leucophlegmatie, qui fait le corps tout bouffi, et la couleur du visage basanée et blaffarde, id. xvm, 7t. Les autres sont trop empoulez et presque creux d'enfleures comme hydropiques, les quels pensent n'avoir rien fait d'excellent s'il n'est extravagant, creux et bouffy, rons. 684. Et d'autre part on le [l'homme] trouvera tout enflé et bouffi de vent, charron, Sagesse, il, t.

— êtym. Autre conjugaison de bouffer; bourguig. bôfi.

BOUFFISSURE (bou-fi-su-r') , ». f. || 1° Terme de médecine. Intumescence molle et sans rougeur, plus ou moins étendue, formée par de la sérosité infiltrée dans le tissu cellulaire sous-cutané. || 2° Fig. Orgueil. La bouffissure [du cardinal de Bouillon] est si générale, qu'il se loue d'avoir exercé cette charge très-fidèlement,ST-siM.27i),29. || Bouffissure de style ou, simplement, bouffissure, emploi de termes ampoulés. Je préfère à ces vaines bouffissures le simple squelette de la pensée, bern. de s.-p. Mort de Socrate.

— ÊTYM. Bouffir. On disait , dans l'ancien français, le boufois pour la morgue, la bouffissure.

f BOUFFOIR (bou-foir), ». m. Instrument de boucher qui sert à insuffler de l'air sous la peau et dans le tissu cellulaire des bêtes tuées.

— êtym. Bouffer, au sens de souffler.

4. BOUFFON (bou-fon), ». m. || 1° Personnage de théâtre dont l'emploi est de faire rire. Cet acteur est un bouffon assez amusant. Le bouffon du roi. || Fig. Un auteur dont les plaisanteries sont quelquefois excessives. Si Horace est le premier des faiseurs de bonnes épîtres, Uabelais, quand il est bon, est le premier des bons bouffons, volt. Leltr. Urne du Deffant, 12 avril 1760. || 2° Par dénigrement, celui qui cherche à amuser par ses plaisante-

ries. Il se platt à faire le bouffon. Il Servir de bouffon, être un objet de moquerie. || Au féminin, uns bouffonne. C'est une petite bouffo ,ne.

— hist. xvr* s. Les propos de tous ces beuveurs, Que vous avez, buffons, baveurs, Vous font-ils frenatique [fou]T marot, iv, 465. C'est à ce mestier là que des biens on amasse, Non à celui des vers, où moins y a d'acquêt Qu'au mestier d'un bouffon ou celui d'un naquet [homme de rien] , dubell. vi, 40, verso. La bouffonne [plaisante] Atrie, d'aub. Hist.

— êtym. Ital. buffone, de buffare, railler, proprement bouffer (voy. ce mot); parce que celui qui dit des bouffonneries dit des choses que l'on compare au bruit qui s'entend quand on bouffe ou souffle, et, plus probablement, parce que l'art des bouffons consistait anciennement à faire des grimaces, dont la plus fréquente était de grossir ses joues.

a. BOUFFON, ONNE (bou-fon, fo-n*), adj. || i'Qui tient du bouffon, qui fait rire. Avoir la mine bouffonne. Une joie bouffonne. Voilà un réveil assez gai et assez bouffon , ham. Gramm. 2. Ces égrillards iraient d'humeur bouffonne. Pincer au lit le diable et ses suppôts, Bérang. Préface. || L'opéra bouffon, l'opéra italien; on dit plus ordinairement l'opéra bouffe. Ils voulurent enfin tout voir et tout connaître, Les boulevards , la foireet l'opéra bouffon, volt. Trois emper. || 2" Substantivement, ce qui, en parlant des ouvrages d'esprit , porte le caractère d'un comique bas. Mais de ce style [le burlesque] enfin la cour désabusée, Dédaigna de ces vers l'extravagance aisée, Distingua le naïf du plat et du bouffon, boil. Art p. i.

— ÊTYM. Bouffon, s. m.

BOUFFONNER (bou-fo-né), v. n. Faire ou dire des bouffonneries. Bautru et Nogent bouffonnaient et représentaient, pour plaire à la reine, la nourrice du vieux Broussel qui animait le peuple à la sédition, retz, n, 123. Dans les livres de Platon, il [Socrate] bouffonne presque toujours, balz. to. vi, lett. 6. || Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

— HIST. xvi* s. Allons voir Marc Antoine ou Zany bouffonner Avec son magnifique à la vénitienne, dobell. vi, 33, recto. Saint-Pont fut laissé pour commander à Mascon , inventeur de toutes cruautez , qui bouffonnoit en les exécutant, d'aub. Hist. i, 145. Ils bouffonnoient sur les harangues du prince, id. ib. u, 293. Après avoir bouffonne avec le Mas.... id. ib.

— ÊTYM. Bouffon; ital. buffonare.

BOUFFONNERIE (bou-fo-ne-rie), s.f. || t-Cequ'on

dit ou ce qu'on fait pour exciter le rire. Cessez ces bouffonneries. Sa vanité lui fit prendre sur son rompte des gracieusetés qui n'étaient que pour ses bouffonneries et son badinage, hamilt. Gramm. 7. || 2° Chose plaisante. Une notice d'un livre par quelqu'un qui ne l'a point lu est une bouffonnerie toute neuve, p. l. cour, i, 67.

— ÊTYM. Bouffonner; ital. buffnneria.

t BOUFFRON (bou-fron) , ». m. L'un des noms vulgaires de la seiche.

t BOUGANÈSB (bou-ga-nè-z') , s. m. et f. Enfant d'un indigène de l'Amérique, dit indien, et d'une négresse.

4. BOUGE (bou-j'), ». m. || i* Petit cabinet de décharge. Une chambre avec un bouge. || 2° Plus souvent, logement obscur et malpropre. Mais d'un bouge prochain accourantà ce bruit.... boil. Lutr. u. Notre maître, poussé dans quelque bouge, la font. Cand. Il ne me faut tant de cérémonies; Je suis content de mon bouge , et les dieux Dans mon taudis m'ont fait un sort tranquille, volt. La Bastille.

— HIST. xiv* s. Il y avoit gens qui beuvoient en une chambre derrière, et un bouge devant où on faisoit la cuisine, du cange, bougius. || xv« s. Et n'y avoit en celle maison fors [que] le bouge devant et par dessus un povre sober auquel on montoit par une eschelle de sept eschelons, froiss. h, jj, 157. Lesdits foulons disnerent tous ensemble ou bouge ou sale de l'hostel, du cange, ib.

— ÊTYM. Bas-lat. bugia, bougia, bougius. Il y avait dans l'ancien français le mot féminin bouge, qui signifiait bourse; italien bolgia. D'après Diez, bouge masculin et bouge féminin sont le même mot; il est de fait que le bas-latin a bogia , bougia. ce qui prouve qu'on a dit aussi une bouge, pour petite chambre, petit édifice; mais le sens, comment le trouver? Comment passer de bourse à chambre ou cabane î On passerait plutôt de chambre , réduit, i coffre-fort; comme le latin loculus, qui signifiant un petit lieu, avait aussi le sens de lieu où l'on met son argent, poche, bourse En conséquence, on

BOU

BOU

BOU

songerait au bas-latin bodium, qui, pour /a forme, a pu donner 607e ou bouge, et qui, pour le sens, signifie habitation , demeure. Mais bouge 2 semble faire le lien entre bouge, bourse, et bouge, logis.

fa. BOUGE (bou-j'),î. m. || 1* La partie la plus bombée d'un tonneau. Les dimensions des futailles sont réglées de manière que lalongueur intérieure, le diamètre intérieurdu bouge et le diamètre intérieur de chacun des fonds soient dans toutes les pièces comme les nombres 24, 48 et 16, legoarant. || 2° Terme de construction navale. Courbure des baux suivant leur longueur. || 8" Terme de métiers. Outil à l'usage du ciseleur. || Pièce de bois de charpente qui bombe en quelque endroit. || Partie du chandelier qui commence à la poignée et descend sur le pied en s'évasant. || Petite cuve qui sert à porter le railin au pressoir.

— hist. iv* s. La rivière estoit si grande qu'elle no pouvoit demeurer en ses bouges, andré de la vigne, Voy. de Naples de Charles Vlll, p. <77, dans lacukne.

— êtym. Ici bouge a le sens général de chose arrondie; et, si d'une part on ne comprend guère comment bouge signifiant chambre, édifice, aurait pu donner lieu à tous ces emplois, on comprend comment l'ancien français bouge ou boulge, signifiant bourse, a pu, inversement, produire bouge de tonneau, et celui-ci bouge, logis (voy. bougette).

fBOUGEAGE (bou-ja-j'), s m. Terme d'eaux et forêts. Action de bouger.

— ÊTYM. Voy. bouger 2.

BOUGEOIR, (bou-joir), s. m. Chandelier bas de corps, avec un pied très-large et relevé en forme de coupe ou de soucoupe, pour recevoir le suif ou la cire fondus qui peuvent y tomber quand on le porte, et avec un manche ou un anneau attachés à ce pied, et non au chandelier lui-même. Il y avait un bougeoir d'or au coucher du roi, et c'était une distinction pour les seigneurs de le tenir. Monseigneur lui parle et lui fait donner le bougeoir, sév, 469. Le roi lui donna [à Portland] un soir le bougeoir à son coucher, qui est une faveur qui ne se fait qu'aux gens les plus considérables, st-sim. 54, 4 4».

— hist. xvi« s. Un bougeoir d'argent doré, Inv. de Marie Stuart, deladorde, Émaux, p. 470. Un bougeoir à queue, un chandellier à tapisserie et un pot de chambre, le tout d'argent blanc, id. tb. Un bougeoir d'argent, vermeil, doré, pour attacher au chevet du lit, où y a une cassonnette et trois petits chandeliers à mettre bougie, garni de flambe d'or, esmaillé de rouge, Inv. de Cabrielle d'Estrées, ib.

— ÊTYM. Bouger, parce que c'est un chandelier portatif. Cependant on a aussi indiqué bougie; le fait est que l'italien nomme un bougeoir bugia ; mais il est plus difficile d'aller à bougeoir par bougie que par bouger.

1. BOUGER (bou-jé), nous bougeons; je bougeais; je bougeai; que je bougeasse; bougeant, v. n. || 1" Se mouvoir, changer de place. Si vous bougez, vous tomberez. || Se remuer. Cette femme est avancée dans sa grossesse, elle a senti son enfant bouger, ou, elliptiquement, elle a senti bouger. Il 2° Avec la négation, demeurer assidûment dans un lieu, auprès d'une personne; en ce cas on supprime souvent pas ou point : Je n'ai presque point bougé d'ici, boss. I.ett. Corn. 32. Vous qui.... touchés de la grâce, ne bougez plus comme elle [Marie Madeleine] des pieds du sauveur.... mass. Carême, Lagare. Je croyais que je ne bougerais d'ici ou de Vitré, sév. 70. M. de Larocliefoucauld ne bouge plus de Versailles, id. 468. Je n'ai bougé toute nuit d'auprès d'elle, la font. Berc. Et mesurant les cieux sans huuger d'ici-bas. Il connaît l'univers et n» se connaît pas, id. Fabl. vin, 26. Désormais je ne bouge et ferai cent fois mieux, id. tb. vu, 42. On trouvera insupportable de ne bouger de la ville, pasc. Div. 2. Sans bouger de la terre, allez au firmament, régn. Sat. ix. [Plaisirs] qu'il abandonnait pour ne bouger d'auprès de ses charmes, iiamilt. Gramm. 4 0. La famille du duc n'en bougeait, id. Gramm. 6. Du coin d'où le soir je ne bouge, J'ai vu le petit homme rouge, BÉRANCff. rouge. || S* Fig. S'agiter, se soulever. Les mécontents n'osèrent pas bouger.

— REM. 1. Molière a fait de bouger un verbe actif et réfléchi : Et personne, monsieur, qui se veuille bouger Pour retenir des gens qui se vont égorger, Dép. am. v, 7. C'est un archaïsme (voy. l'historique) qui n'est plus usité : bouger est neutre maintenant, et ne peut plus devenir réfléchi. || 2. Les puristes du siècle de Louis XIV, Marguerite Buffet et Caillières trouvaient que bouger d'un lieu était un

terme fort rude ou une façon de parler bourgeoise; mais, comme on a vu, les meilleurs écrivains s'en sont servis.

— HIST. xiv g Li verseïs [la chute] de Pierre

Qui dort ne ne se bouge ne que fait une pierre, Girart de Ross. 4 789. Se li consuls se bouge, bercheure, f° 47, recto. H xv* L'argent ne devoit estre contourné ailleurs ni bouger de Paris, proiss. h, h, 4 28. Le mareschal les-convoya jusques à la vue de Galipoli, et de là ne se bougea afin de les secourir si aulcune chose leuradvenoit, Bouciq. 1, ch. 30. Tenez-vous saintement en cloistre ; Là mettez peine à vous cognoistre; N'en bougiez; car le villoter Fait mains et maintes assoter, Miracles de suinte Geneviève. Je croy bien que je ne bougeray d'ici encore d'un mois, Bibl. des chartes, 4* série, t. 1, p. 2'). Et un peu de reconfort leur est venu, c'est que ladite dame, princesse de Castille et royne do Portugal, aesté grosse d'un enfant bougeant, comm. vin, 4 7. Et tira [le roy] à l'avant garde, qui jamais n'estoit bougée, id. vm, 6. || xvi" s. Ponocrates advisoyt quelque jour bien serain, onquel bougeoient on matin de la ville, et alloyent à Gentilly, rab. Garg.

I, 24. Maintenant je suis fort bien, et ay senti bouger mon enfant, marg. Lelt. 68. Je vous prie encores me mander si l'intention du roy est que je ne bouge d'avecques la royne, id. ib. 447. Elle n'a bougé de couchée [de son lit] depuis vostre partement, sinon ung jour ou deux qu'elle alla jusques en la garderobe, id. ib. 46. Le dieu leur respondit qu'ils ne bougeassent rien, mont, i, 4 23. Il ne feut d'advis de bouger de sa place, id. 1, 342. Hz se desfirent l'un l'autre à combattre d'homme à homme au milieu de leurs deux armées, sans qu'elles se bougeassent, amyot, Rom. 24. Sa coustume esloit de frapper rudement, jamais ne bouger le pied, ny reculer en arrière, id. Calon, 3.

— ÊTYM. Provenç. et espagn. bojar. Ménage a parlé de l'allemand wogen, s'agiter; mais wogen donnerait guoguer et non bouger. Diez a mis le doigt sur la vraie étymologie, remarquant, dans le provençal, bolegar, remuer, s'agiter, dont bojar et bouger sont des contractions et qui répond à l'italien bulicare, bouillonner, qui est un fréquentatif du latin bullire, bouillir : bouillonner, et, de là, par métaphore, ne pas rester en place, bouger.

f 2. BOUGER (bou-jé), v. a. Couvrir de terre l'amas de bois destiné à faire le charbon.

— ÊTYM. Ici bouger, c'est faire quelque chose d'arrondi, et il se rapporte probablement à bouge 2.

BOUGETTE (bou-jè-f), s. f. Petit sac de cuir qu'on porte en voyage. Vieux.

— HIST. xiv* s. Lesquels florins il afferma estre en unes bouges, Bibl. des chartes, 2" série, t. m, p. 424. Il xv* s. Et lui mist on une belle bougette à l'arçon de sa selle pour mettre sa cotte d'armes, COMM. iv, 7.

— ÊTYM. Bourguig. boujôle; anc. franc, bouge ou boulge, bourse; de bulga, bourse de cuir, mot gaulois d'après le dire des auteurs latins, lequel se trouve en effet dans le celtique : ancien irlandais, bolc; gaélique, builg. De bougette, les Anglais ont fait budget, revenu de l'État.

BOUGIE (bou-jie), s. /. || i° Chandelle de cire. Après que les ruches sans miel N'eurent plus que la cire, on fit mainte bougie, la font. Fab. ix, 42. Ils rallument le feu de leur bougie éteinte, boil. tutr. m. Un homme qui vit sans réflexion ne regarde le soleil qui l'éclairé pendant le jour, que comme la bougie qui l'éclairé pendant la nuit, fên. Exùt. 40. Pontchartrain n'avait [au conseil de régence] d'autre fonction que celle qu'il avait prise, d'y moucher les bougies, st-sim. 428, 499. || Aux bougies, à la lumière des bougies. || Pain de bougie, dit aussi rat de cave, bougie mince et flexible pliée en rond, qu'on porte dans sa poche pour s'éclairer au besoin dans une cave ou ailleurs. | 2" Terme de chirurgie. Instrument (ainsi dit par assimilation aui bougies de cire) qu'on introduit dans l'urètre, soit pour le dilater, soit pour porter un caustique sur quelque point de sa surface.

—HIST. xiv* s. Deux livres, bougie grosse et menue, trois sols quatre deniers la livre, Mênagier,

II, 4. Il xv" s. X Jehan Guerin en faveur de ce qu'il a apporté à madame des chandelles de bougye que envoyoit à ladite dame le comte de Beauvais, de laborde, Émaux, p. 202. || xvi" s. Des chandelles toutes de cire, l'on fait aussi; la mère de famille en fera faire de diverses couleurs distinctes; des bougies aussi pour les usages ordinaires dont elle tirera service agréable avec espargne [la chandelle de cire est la bougie de cire, et la bougie le rat de cave], 0. de serres, 880.

— ÊTYM. Bougie, ville de l'Algérie, où l'on fabrlquait celte sorte de chandelle.

BOUGIE, ÈE(bou-ji-é, ée), part, passé. Etoffes bougiées.

BOUGIER (bou-ji-é), v. a. Arrêter les effilures d'une étoffe avec de la cire fondue.

— ÊTYM. Bnugie.

t BOUGILLON (bou-ji-llon, Il mouillées) , t. m. Qui ne peut passe tenir en place.

— ÊTYM. Bouger. On dit aussi populairement bougeon, qui aime à bouger : un enfant bougeon. Bougillon et bougeon sont tout à fait populaires et ne peuvent pas s'écrire.

t BOUGON (bou-ghon),». m. Grondeur, radoteur. Mot tout à fait populaire et qui ne peut s'écrire que dans le style le plus négligé. || Harengs bougons, harengs qui ont perdu la tête et la queue.

— ÊTYM. Voy. bougonner.

BOUGONNER (bou-go-né). || i" Y. n. Murmurer, gronder entre ses dents. Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir. H 2° V. a. Réprimander. On le bougonne quand il rentre trop tard.

— ÊTYM. On trouve dans Du Cange, bas-latin boujonator, et vieux français boujoneur et bougonneur, celui qui était chargé d'inspecter les draps et de faire observer des règlements. Bougonner viendraitil de là, attendu que les bougonneurs devaient souvent avoir lieu de réprimander et de blâmer? Bougonneur, en ce sens, dérive de l'ancien français boujon, qui signifie le règlement de la draperie (voy. boujon).

BOUGRAINE (bou-grè-n') ou BOUGRANE (bougra-n') , s. f. Voy. bugrane.

BOUGRAN (bou-gran), s. m. Terme ae commerce. Toile forte et gommée, employée dans les doublures des vêtements.

— HIST. xii' s. L'anfant a pris la dame au cors vaillant; Si l'envoslepe en un chier boquerant, flaoui de C. 4. || xin" s. Dariere celi qui tenoit les trois coutiaus, avoit un autre qui tenoit bouqueran entorteillé entour de son bras, joinv. 259. || xiv* s. Se ne dévoie boire au voirre [verre] mon vivant, Ne avoir qu'une robe qui fust de bouquerrant, Guesc. 9010. L'escu li a rompu et le bon jazerant, Mais l'auqueton fu fort, qui fu de bouguerant, ib. 4 6C82. Il xvi" s. On met sous le malade une pièce de marroquin, ou de camelot, ou de bougran, estoffes qui ne retiennent que bien peu la chaleur, pare, xxi, 2.

— ÊTYM. Provenç. bocaran; catal. bocaram; ital. bucherame. On donne pour étymologie bouc, boc, boc-ar-an, à cause que l'on suppose que le bougran fut d'abord de poils de chèvre; ou bien l'italien bucherare, transpercer, ce qui donnerait à bougran le sens étymologique d'étoffe à mailles peu serrées.

f BOUGRANER (bou-gra-né), v. a. Terme de métier. Apprêter une toile comme le bougran.

— étym. Bougran.

f BOUGRE (bou-gr'), s. m. |j 1° Nom de certains hérétiques que l'on assimilait aux albigeois. || 2" Celui qui se livre à la débauche contre nature : dénomination venue de ce que les haines populaires accusaient les hérétiques de désordres infâmes. Il 3° Terme de mépris et d'injure, usité dans le langage populaire le plus trivial et le plus grossier. Dans ce sens, il a aussi le féminin bougresse : un vilain bougre, une méchante bougresse. Le bougre avait juré de m'amuser six mois; H s'est trompé de deux.... la font. Poésies mêlées, cxvi. Le dieu, qui vit la triste enluminure Et l'oripeau du poète glacé, Se prit à dire, en style moins pincé: Ce bougre-là n'aime pas la nature, Lebrun, Épigramme sur les jardins de Delille. || 4° Jurement très-grossier. Ah! b.... je me suis fait mal. Dans ce sens, ce mot ne s'écrit jamais que par sa première lettre; et, quand il s'écrit, il se prononce bé. Les B, les F voltigeaient sur son bec, gresset, Vert-Vert, iv.

— HlST.xm" s. Ha! maie gent, bougre desloial, dist li papes, vous avés desiervi à perdre cors et avoir, Chr. de Rains, 423. Quant aucuns est condampnés comme bougres, sainte Eglise le doit abandonner à le [la] laie [laïque] justice, beaum. xi, 2. Et li juys et li bougre aucunne fois donnoient loier as crestiens, en tele manière que.... id. xxxviii, 4 5. Il xv" s. Ces nouvelles s'espandirent, que Betisac avoit tenu un long temps l'opinion de boulgres, froiss. m, iv, 7. Le cuer d'ire ou ventre me serre, De ce que ces faulz crestiens, Ces faulx bougres, ces ruffiens Si vont nostre loy destruisant, Martyre de saint Éliemie. Il faisoit publiquement trancher les testes, pendre les larrons et meurtriers, brusler les bougres, christ, de pisan, Cluirles Y, part. 11, ch. 5.

— êtym. Bulgarus habitant de la Bulgarie. Dam

BOU

le moyen flpo , des doctrines religieuses semblables régnaient parmi les Bulgares et les Albigeois; de là le nom de bougres donné à ces hérétiques. En dehors du langage de l'histoire, bougre est resté dans le plus bas langage, comme une injure et un jurement.

t BOUGRERIE (hou-gre-rie) , ». f. || i« Hérésie des bougres. || 2° Débauche contre nature. || Dougrerie n'est plus usité en dehors du langage de l'histoire.

— HIST. xiii* s. Quant l'en ara soupcenos un home de bogrerie, li juges ordenaires deit requerre le rei ou sa jostice, qu'il le prengne, Livre de just. 12.

— ÊTYM. Bougre.

t BOUGU1ÎÎRE (bou-ghiê-r'), s. (. Terme de pêche. Filet très-délié.

fBOUHAUREAU (bou-ô-rô), s. m. Ancien nom du canard.

— ETYM. Norm. bourau, canard; picard, bour; bas-lat. boureta (du xiv" siècle).

f BOUII.LAISON (bou-llè-zon , «mouillées),*./'. Fermentation du cidre.

— ETYM. Bouillir.

BOUILLANT, ANTE (bou-llan, llan-t', 12 mouillées, et non bou-yan), adj. Qui bout. Eau bouillante. Poix bouillante. Le moût surtout, lorsque le bon' Silène, Bouillant encor, le puise à tasse pleine, la font. Quinquina, II. || Fig.Vif, ardent. Homme bouillant, qui a le sang bouillant, d'un caractère bouillant. Bouillante colère. Bouillant de colère. Et déjà tout bouillant de vin et de colère, boil. Sat. m. Et j'en ai vu l'effet si bouillant et si prompt, rotr. Yen-

»cesl. m, 2. S'il est prompt et bouillant, le roi ne l'est pas moins, corn. Nicom. v, 5. On l'a pris tout bouillant encor de sa querelle, id. Cid, U, ". Un bouillant mouvement, id. Cinna, I, t. Un souverain né avec une valeur bouillante, mass. Gloire. Le consul bouillant de jeunesse arracha quelquesunes de ses enseignes, et les jeta au milieu des bataillons ennemis, le p. catrou dans desfontaines. || En termes de cuisine, pâtés bouillants, se disait des petits pâtés, ou pâtés de hachis de volaille.

— HIST. m" s. Ja soit ce ke il soit boilhanz del céleste deseir, Job, 469. || xiii" s. Et quant il est chaut et boillanz Et talentiz et desiranz, Adonc [la dame] si le doit chastoier Et doctriner et ensei-

tgnier Au point que el le vuet avoir. Lai du conseil. Hé Diex ! que feras-tu de cest chetif dolent, De qui l'ame en ira en enfer le boillant, Et li maufez liront à leur piez défoulant, ruteb. ii, 93. || xv" s. Le comte de Sallebery, qui estoit un moult bouillant homme et de grand prudence, froiss. m, m, 38. ||xvi" s. La jeunesse bouillante s'eschauffesi avant.... mont, i, 92. Ces vers ont je ne sçay quoy de plus vif et de plus bouillant, id. i, 222. 11 les fit descendre en terre encore tous houillans de l'ardeur de la première bataille, amyot, Cimon, 21.

i. BOUILLE (bou-11, Il mouillées), s. f. Longue perche, qui a pour tête un petit bloc de bois, et qui sert à battre l'eau pour la pêche.

— HIST. xiv" s. Icelle femme feri ledit Godart d'un baston appelle boullette, sur la teste, du cange, bola. || xv" s. Un baston appelle boule ou massue, id. ib.

— ÊTYM. Boule. Dans la Nièvre, on dit boule au lieu de bouille. Boule dans l'ancien français a signifié bâton terminé par un bloc, ce qu'est la bouille. Boule venant de bulla, bouille en est une dérivation où les deux II ont été conservées.

f 2. BOUILLE (bou-11', Il mouillées), ». f. Terme d'administration ancienne. Marque que les commis mettaient à chaque pièce d'étoffe déclarée au bureau des fermes.

— êtym. Bouille est une forme correctement dérivée de bulla (voy. bulle), ainsi dite parce que les bullx, petites balles de plomb, servaient de marque officielle, de sceau.

t BOUILLE-ABAISSE (bou-lla-bê-s', Il mouillées), ». f. ferme de cuisine. Mets préparé en cuisant du poisson dans un peu d'eau douce, à laquelle on ajoute des oignons, de t'huile, du safran, etc. On sert le bouillon à part «* le poisson sur des tranches de pain. Une bonne bouille-abaisse. Préparer la bouilleabaisse, leqoabant. On trouve aussi ce mot écrit : bouille-à-baisse. || Au ptur. Des bouille-abaisse.

— ÉTYM. Expression provençale qui veut dire bouillon abaissé, réduit par Pévaporation.

t BOUILLEAU (bou-llô. H mouillées), s. m. Seau dans lequel on mettait la soupe des forçats.

— ETYM. Bouillir.

i. ROUILLER (bou-llé, Il mouillées), v. a. Troubler l'eau avec une bouille.

— HIST. xv" s. Lesdiz compaignons bouloient aux boules.... et ainsi qu'ilz bouloient, Regnaudm du

BOU

Prayel se seolt joignant desdites houloueres etavoit ses piez en icelles, du cange, bola.

— ÊTYM. Bouille i . Dans le patois de la Nièvre on dit bouler.

2. BOUILI.ER (bou-llé, Il mouillées), ». a. Bouiller une étoffe, y mettre la marque que devait porter chaque étoffe déclarée au bureau des fermes.

— Etym. Bouilli a.

fBOUILLERIE (bou-lle-rie , Il mouillées),», f Distillerie d'eau-de-vie.

— ETYM. Bouillir.

1 1. BOUILLEUR (bou-lleur, Il mouillées, etnon bou-yeur), ». m. || 1" Industriel qui convertit le vin en eau-de-vie, et aussi l'ouvrier employé à cette opération. || 2" Chaudière d'une machine à vapeur.

— ETYM. Bouillir.

f 2. BOUILLEUR (bou-lleur, II mouillées), ». m. Celui qui trouble l'eau avec une bouille.

— ETYM. Bouiller i.

i. BOUILLI, IE (bou-lli, ie, II mouillées, et non bou-yi), part, passé. Bœuf bouilli. Viande bouillie. || Cuir bouilli, cuir de vache endurci à force de bouillir. || Visage de cuir bouilli, homme qui a le teint noir, la peau épaisse et rude.

2. BOUILLI (bou-Ui, Il mouillées, et non bou-yi), ». m. Viande qui, cuite dans l'eau, a servi à faire le bouillon. C'est le plus souvent du bœuf, de sorte que, quand on dit du bouilli sans avoir désigné auparavant la viande dont il s'agit, on entend toujours du bœuf bouilli. Nous avons mangé du potage et du bouilli tout chaud, sév. 425. Cet homme [l'évêque de Chàlons] se contentait de son bouilli avec deux petite? et grossières entrées, st-sim. 78,. 45.

— HIST. xiv" s. Quint meta : un boulli lardé, ris engoulê. anguilles renversées, llénagier, H, *. || xv" s. Et devant estre serviz honestement de rost et boest et leur sauxe appartenante avecques eulx, Bibl. des chartes, 4" série, t.iv,p. 373. || xvi's. Mais celuy là qui jamais n'est content Que son rosty ou bouilly le soit tant, amyot, Comment refrén. la colère, 31. Bouillyourosty;beurreouhuyle, toutm'est

un. MONT. IV, 123.

— ÊTYM. Bouillir.

BOUILLIE (bou-llie, II mouillées, et non bou-yie), ». f. || 1* Aliment fait de lait ou d'un autre liquide et de farine bouillis. Si l'on veut absolument faire de la bouillie, J. J. rouss. Ém. 1. 1| Cela s'en va en bouillie, cela a perdu sa consistance pour avoir trop bouilli. Elle y fut en bouillie en un moment, sév. 282. || Fig. C'est une Ame de bouillie, sév. 44. |[ De la bouillie pour les chats, de la besogne perdue ; de la peine sans profit. || 2" Pâte formée avec les chiffons bouillis, pour faire le papier et le carton.

— iiist. xiii" s. Je di que boine boulie Et viande demaisnie Vaut mieus.... Bibl. des chartes , 4" série, t. v, p. 348. Nous savons bien que li quens Renaus a brasset ceste boulie, pour le descort dou conta de Saint-Pol, Chron. de Bains, 146. Ceste l'aleta de son lait, N'ot autre boulie à li pestre, laBose, IOI83. || xiv" s. Là junerent deux jours, mengant pain et boulie, N'i a chel à pité qui ne pleurt ne larmie, Baud. de Seb. xi, 778. || xvi" s. Il ne vous faut plus donner de bouillie, vous estes tout dru, oudin, Curios. fr.

— ÉTYM. Bouillir.

BOUILLIR (bou-llir, II mouillées, etnonbou-yir), je bous, tu bous, il bout, nous bouillons, vousbouillez, ils bouillent; je bouillais; je bouillis; je bouillirai; je bouillirais; bous, bouillons, bouillez; que je bouille, que nous bouillions; que je bouillisse, que nous bouillissions; bouillant; bouilli, bouillie, v. n. || 1" Produire des bulles qui crèvent au fur et à mesure, en parlant d'un liquide soumis à la chaleur ou à la fermentation. Le café bout. Le vin bout dans la cuve. L'eau bout dans le vide. || On dit, en prenant le contenant pour le contenu, le pot bout. jl Par extension. Dès qu'un certain acide en notre corps domine, Tout fermente, tout bout, les esprits, les liqueurs, la font. Quinquina, H. || Être brûlant. La tête me bout. || 2° Se cuire en bouillant. Quand les olives auront assez bouilli. La viande bouillait lentement. || Fig. et familièrement. N'être bon ni à rôtir ni à bouillir, n'être propre à rien. || Bouillir du lait à quelqu'un, lui être agréable en parole ou en action. Cette locution est le seul cas où bouillir soit employé activement. Colbert mort, et Pelletier contrôleur général de la façon de M. de Louvois, le roi lui donna ordre de chasser Desmarets et de lui faire une honte publique : c'était bouillir du lait à une créature de Louvois, st-sim. 77, 258. || 3° Faire bouillir. Faire bouillir des marrons dans de l'eau. En faisant bouillir de la viande. On dit, dans le même sens, mettre bouillir. || Au '

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