SYN. ABATTRE, DÉMOLIR, RENVERSER, RUINER
détruire. Idée générale , faire tomber. L'idée propre d'abattre est celle de jeter à bas : on abat ce qui est élevé, haut. Celle de démolir est de rompre la liaison d'une masse construite : on ne démolit que ce qui est bâti. Celle de renverser est de mettre à l'envers ou sur. le côté, ce qui était bien placé ou debout, droit, sur pied : on renverse ce qui peut changer de sens et de direction. Celle de ruiner est de faire tomber par morceaux : on ruine ce qui se divise et ce qui se dégrade. Celle de détruire est de dissiper entièrement l'apparence et l'ordre des choses : Le temps détruit tout, ouizot.
— HIST. xi* s. Ki abate femme à terre pur faire lui force.... L.deGuill. 4 9. DeSaragoce [il] a la porte abatue, Ch. de Roi. 267. Mort il l'abat sur un buisson petit, ib. 243. 0 ses cadables les turs [il] en abatiet, ib. 8. || xu* s. Des abatus est la terre jonchée, Ronc. p.437.Diex sait bien du félon abattre la bobance, ib. p. 4 97. En mi la place [il] l'abattoutes-
tendu, ib. p. 6) lororguels qu'est si grans Fust
abatus.... ib. p. 27.11 [les guerriers] fauchent et abatent com vilain en essart, Saxons, 49. Toute plaine sa lance [il] l'abat mort au sentier, ib. 4 4. Il xm" s. Et li Venici'en firent abatre les murs et les tors, villeh. 66. S'il [le faucon] abat aue [oie] ou autre oisiel, l'Escoufle. Li cuens [comte] de Champaigne Et li rois d'Espaigne Fussent vil et abattu, Et France fust en vertu, hues de la ferté, Romane. 4 9t. Je m'ocirai s'autres que Garin m'ait [pour femme]; Dieus le me dointl Tous ces maus [il] abatrait, ib. p. 72. Maint chastel abatu, mainte vile essilie [ruinée] , Berte, 2. Le servise que il li fera doit estre conté raisnablement et abatu de la dette, Ass. de Jér. i, 489. 11 est tenu et gardé à droit que les lois soient abatues par desacostumance, Livre de justice, 6. Mahom [Mahomet], chou [ce] dist li sains hermites, Tu desloiaux et pleins de rage, Abateras saint mariage, Rom. de Mahomet, 5t. Et s'il iere si bien apris Qu'el [l'envie] ne peilst de tôt son pris Rien abatre ne desprisier.... la Rose, 274. Et dit l'en que ces choses viennent du paradis terrestre, que le vent abat des arbres qui sont en paradis, joinv. 220. Iceulx Blancs [Manteaux, ordre religieux] furent abatus au concile de Lyon, que
Grégoire le x* tint, id. 299. L'an mil deux cens soixante trois furent abatus Ji mansois [sorte de monnaie], du cange, abatare. ||xrv*s. Toutes autres monnoyes soient abatues [démonétisées], id. abatere. ||xv* s. Les cardinaux apaisoient les Romains et abatoient leur ire ce qu'ils pouvoient, frois. n, n, 20. Et à mes pieds t'a abattu à terre, en. d'orléans, 4. || xvi* s. Il faut dire que le zèle est bien débile, quand il s'abat pour si peu, calvin,275. Le sacrifice plaisant à Dieu est un esprit abbatu, id. [nst. 692. Les chevaux s'en coururent à bride abbatue avec leur charriot devers la ville de Rome, amyot, Publ. 26. Valerius fait abattre sa maison et la razer jusques en terre, id. t'b. 4 8. L'on commencea à user d'engins de baterie pour abbatre grosses murailles, id. Péric. 52. Elle fit serrer les portes et abbatre les grilles et les harses qui se fermoient à grosses serrures et fortes barrières, ID./Infoi. 99. Il fut contraint d'abattre sa barbe, des pêriers, Cont. 4 9. Les forces abbattues par l'aage, mont, ii, 49. Les courages sontabbattus,iD. i, 24. Il m'advient souvent en telle sorte de propos abbattus et lasches, propos de contenance, de.... id. m, 277.
— ÊTYM. À et battre; bourguig. aibailre; wall. abate; provenç. abatre; catal. abatrer; espag. abatir; ital. abbattere.
ABATTU, UE(a-ba-tu, tue), part, passé. || 1* Jeté à terre. Des arbres abattus par le vent. Perdrix abattue d'un coup de fusil. Les statues de Néron abattues par l'ordre du sénat. On te croirait toujours abattu sans effort, corn. Cid. n, 2. Et ma tête abattue ébranlerait la vôtre, id. Sert, iv, 2. J'adorerais un Dieu sans force et sans vertu, Reste d'un tronc par les vents abattu, Qui ne peut se sauver lui-même, rac. Esth. n, 9. Mon cœur, respectant sa vertu, N'accable pas encore un rival abattu, id. Alex, m, 2. || 2° Affaibli, privé de son pouvoir, de ses forces, de son courage, de son énergie. Abattu par la maladie. Parti abattu. Carthage abattue par les revers de la deuxième guerre punique. Je me sens tout abattu. Abattu par le chagrin. Esprits abattus. Il n'est pas abattu, malgré les mauvaises nouvelles. Le cœur de son père se repose sur elle, comme un voyageur abattu par les ardeurs du soleil se repose à l'ombre sur l'herbe tendre, fén. Tél. xxii. La douce vapeur du sommeil ne coule pas plus doucement dans les yeux appesantis et dans tous les membres fatigués d'un homme abattu que les paroles flatteuses de ladéesse s'insinuaient pour enchanter le cœur de Mentor, id. t'6. vu. Moi-même, Arnauld, ici, qui te prêche en ces rimes, Plus qu'aucun des mortels par la honte abattu. En vain j'arme contre eux une faible vertu, boil. Ep. m. Ces mortels ennemis, sur qui l'on avait eu l'avantage, et qui semblaient abattus et vaincus, commencent à se relever, bourd. Pensées, t. m, p. 406. Vous êtes l'âme la plus abattue au premier péril, mass. Car. Par. Visage abattu, corn. Sert, v, 3. Je demeure immobile et mon âme abattue Cède au coup qui la tue, id. Cid. I, t. Pison a l'âme simple et l'esprit abattu, id. Oth. ii, 4. La main qui me tue Rend sous mes déplaisirs ma constance abattue, id. Cinna, iv, 4. Je m'agite, je cours languissante, abattue, rac. Bérén. iv, 4. Sa vue a ranimé mes esprits abattus, id. A th. n, 5. Et que puis-je au milieu de ce peuple abattu? m. Ath. i, t. Cœur abattu, id. Alex, v, 4. Du vieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue, id. Andr. iv, 5. Sous le joug étranger j'ai vu tout abattu, volt. Orph.
I, 2 Et le peu qui m'en reste [d'amis] Sous un
joug étranger baisse un front abattu, id. Mér. v, 4.
t ABATTUE (a-ba-tue), s.f. || 1* Terme d'archit. peu usité aujourd'hui et ayant le même sens que re- TOMBÉE(voy. ce mot). || 2° Salines. Travail d'une chaudière pleine d'eau salée, depuis le moment où on allume le feu jusqu'à celui où on la laisse reposer.
ABATTURE(a-ba-tur'),ï./". || l°Terme forestier. L'action d'abattre , particulièrement les glands. || 2° f. plur. Terme de chasse. Trace qu'un cerf laisse dans les broussailles où il a passé. Le cerf se reconnaît à ses abattures.
ABAT-VENT (a-ba-van),'*. m. Au plur. des abatvent. Appentis, claie, paillasson, mur, pièce de toi le, bois, etc. placé au-dessus des ouvertures des habitations, et au-devant des plantes, pour les abriter contre le vent et la pluie. Les abat-vent des clochers servent aussi à rabattre le son des cloches.
ABAT-VOIX (a-ba-voî) , s. m. Au plur. des abatvoix. Le dessus d'une chaire à prêcher, lequel sert à rabattre vers l'auditoire la voix du prédicateur. Les abat-voix sont utiles à celui qui parle et à ceux qui écoutent.
ABBATIAL, ALB (a-ba-si-al, si-al'; au plur. a-
!>a-si-ô). || 1° Adj. Qui appartient à l'abbé, à l'abbesse ou à l'abbaye. Maison abbatiale. Droits abbatiaux. Fonctions abbatiales. || 2" Abbatiale, s.f. La maison abbatiale. Le P. Lallement allait écumer te plus souvent qu'il pouvait ce qui se passait à l'abbatiale do Saint-Germain-des-Prés, st-simon , 370, 467.
— HIST. xvi* s. Et cependant il fit grant chère des escus abbatiaux, des periers, Contes, 90.
— ÉTYM. Abbatialis, de abbas (voy. abbé). ABBAYE (a-bé-ie), s. f. || 1* Monastère d'hommes
ou de filles. Une abbaye fort riche. || 2* Le bénéfice attaché au titre d'abbé. Il avait jusqu'à trois abbayes. || 3* Les bâtiments du monastère. L'abbaye de Saint-Germain brûla en 4793. Quant à vous, suivez Mars, ou l'amour, ou le prince; Allez, venez, courez; demeurez en province; Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement; Les gens en parleront, n'eu doutez nullement, la font. Fab. ni, 4. || Abbaye en règle, celle à laquelle on ne peut nommer qu'un religieux. Abbaye en commande, celle à laquelle on peut nommer un ecclésiastique séculier. || Prov. Pour un moine l'abbaye ne faut pas; c.-à-d. pour un qui fait défaut, une partie ne manque pas, un projet ne s'en exécute pas moins.
— HIST. xi* s. Se ceo fust u evesqué uabbeie....£. de Guill.* || xn*s. Se delivrast al règne nul liuflieu] cum eveschiez, Priorez, abeies, u nuls arceveschiez, Lireis en saisireitlesrenteset lesfiés,7Vi.JeJ/art. 61. Deu [elle] servira dedens une abaie, Ronc. 148. A la riche abaie du baron St-Maart [Médard], Sax. 29. Vous estes de l'abaïe As [aux, des] s'offre à tous (vous êtes de celles qui s'offrent à tous) ; Si ne vous nommerai , Romane. 89. || xm* s. St-Estienne , une abaie qui estoit à trois lieues de Constantinoble, villeh. 6t. Et avant en devroit porter héritage uns cousins en tiers degré ou en quart, de lignage du père au religieus, que ses fix qui isteroit [sortirait] de l'abbeie pour avoir héritage, beaum. lvi, 2. Et puis [il] se rendit moine dedens une abeie, Berte, 2. || xv* s. Car amour, en son abbaye Setenoitchef de son couvent Ou [au] temps qu'ay congneu en ma vie, en. d'orl. Bail. 52.
— étym. Provenç. et espagn. abadia; ital. abbadia ; de abbalia, de abbas (voy. abbé).
ABBÉ (a-bé),J. m. || 1° Celui qui gouverne ou possède une abbaye. Abbé crosse et mitre. Élire un abbé. || Abbé régulier, abbé qui était religieux lui-même et portait l'habit de son ordre. || Abbé en second, prieur d'un monastère. || Abbé des abbés, titre de l'abbé du Mont-Cassin, parce que tous les moines do l'Occident avaient reçu leur règle de cette abbaye. || Abbé cardinal, titre honorifique accordé par la pape, particulièrement aux abbés en chef, lorsque des abbayes qui avaient été réunies se séparaient. || Prov. Pour un moine on ne laisse pas de faire un abbé, c'est-à-dire que l'absence d'un homme n'empêche pas un projet de s'exécuter. || Nous l'attendrons comme les moines font l'abbé , c'est-à-dire, s'il ne vient pasà l'heure fixée, nous ne l'attendrons pas. || Le moine répond comme l'abbé chante, c'est-àdire les inférieurs se conforment aux habitudes de leurs supérieurs. || Jouer à l'abbé, jeu où l'on est obligé de faire tout ce que fait celui qui a été désigné pour chef et qu'on nomme abbé. || Se promettre la vigne de l'abbé, se promettre une vie de délices. || 2°Tout homme qui porte un habit ecclésiastique. Un jeune abbé. Un abbé decour. Quipeut concevoir que certains abbés, à qui il ne manque rien de l'ajustement, de la mollesse et de la vanité des sexes et des conditions, qui entrent auprès des femmes en concurrence avec le marquis et le financier, et qui l'emportent sur tous les deux, qu'eux-mêmes soient, originairement et dans Pétymologie de leur nom, les pères et les chefs de saints moines et d'humbles solitaires, et qu'ils en devraient être l'exemple 1 la brut. 44.
—hist. xi* s. Assez i a evesques et abêz, Ch. de Roi. aoo. || xu" s. Doncenveiali bers au comte dous [deux]abéz, Qu'il lui doinse|[donne] conduit.... Th. le Mart.6l. Quatorze rois iotàheure de souper, Eves queset abbés, quejenesainomer, Sax. 43. || xiir* s. Là trova il moult grant gent et maint abbés el maint barons et maint autres homes du pals de Bourgogne, villeh. 28. La justice laie les doit penre [prendre] et rendre à lorabbés, beaum. lvi, 4. Quant evesque et abbé reviendront de signer [fa rôle signe de la croix], Berte, 4t. Lors fu li abes molt dolent, Pleins fu de maltalent e d'ire, Grégoire le Grand, p. 44. || xvi* s. Plusieurs allans le chemin do Paris voyoient chapeaux et manteaux par terre qu'on ne daignoit amasser, les prenoient pour fils venant de St-Mathurin ou pour gens qui jouoient à, l'abbé de Maugouverne, d'aub. Hist.l. 4 34.