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CHANCELIER (chan-se-lié; IV ne se lie jamais; au pluriel l'sse lie: les chan-se-lié-z et les magistrats), j. m. H 1* Avant la Révolution, premier officier de la couronne en ce qui regarde la justice, chef de tous les conseils du roi, et garde du sceau royal. On ne dépossédait point un chancelier, on lui donnait quelquefois un garde des sceaux. Le chancelier de France était président-né du grand conseil. La charge de chancelier vaqua, et toute la France la destinait à un ministre si zélé pour la justice, boss. le Tell. Les chanceliers n'étaient pas nobles par leur charge, ils avaient besoin de lettres d'anoblissement, volt. Letl. Damilarille, (3 févr. (763. || Celui qui gardait les sceaux des princes de la maison royale. Le chancelier de la reine, de Monsieur. || 2" Celui qui, dans certains consulats, a la garde du sceau et la tenue des registres. || 8* Celui qui administre les biens d'un corps, d'un ordre militaire. Le grand chancelier de la Légion d'honneur. || Les ordres de Malte, du Saint- Esprit, de St-Lazare avaient leurs chanceliers. Il 4° Chancelier de l'Académie française, celui qui gardait le sceau, et qui aujourd'hui remplit les fonctions de président en l'absence du directeur. Il 6" Dans l'ancienne Université, il y avait deux chanceliers, celui qui était établi dans la cathédrale, et appartenait au corps du chapitre; de là venait que les bonnets et les degrés de docteurs en théologie étaient pris au logis de l'évèque; et celui qui était pour les actes et appartenait à Ste-Geneviève. Il II y a eu aussi pendant longtemps dans l'Université moderne un chancelier qui délivrait les diplômes. Il 6° En parlant de chanoines, l'ecclésiastique qui a les sceaux du chapitre. || 7" Chancelier de l'échiquier, un des juges de la cour de l'échiquier ou des finances d'Angleterre. || 8* Chancelier de justice, le chef de la justice dans certains États d'Allemagne.
— HIST. in* s. Ne volt uncore pas li reis à tant suffrir; Ains volt de lui, ço dit, ses acuutes oïr, Quant sis chanceliers fu, de quanque ot à baillir, Th. le mart. 33. || xm* s. A itant ont laissié ceste raison ester, Son canceler a fait Corbarans apeler, Qui li devoit ses Chartres et ses briés saeler, Ch. d'Ant. vu, 133.
— ÊTYM. Provenç. cancelier, chancellier; catal. caceller; anc. espagn. cancelier, canciller; espagn. mod. cancelario ; portug chancelier, cancellario; ital. cancelliere ; de cancellorius . huissier d'un tribunal, scribe, greffier, ainsi dit de ce qu'il se tenait ad cancellos (voy. gancel) , aux barreaux qui séparaient les juges de l'assistance.
CHANCELIËRE (chan-se-liê-iJ), s. f. || 1" La femme du chancelier. || 2" Petit meuble cnaudement fourré, disposé pour qu'une personne assise y puisse tenir les pieds à couvert du froid.
— ÊTYM. Chancelier.
CHANCELLEMENT (chac-sè-le-man), s. m. Mouvement de ce qui chancelle Le chancellement d'un homme ivre.
— HIST. xvr» s. Chancellement, kûb. estienne, Dict.
— ÊTYM. Chanceler.
CHANCELLERIE (chan-sè-le-rie) $. f. || 1* Lieu où l'on scelle du sceau du prince, de l'Etat, etc. les actes pour lesquels est requise cette formalité. La chancellerie du consulat. || 8° Les bureaux, l'administration que dirige un chancelier; et par extension, l'hôtel même où réside un chancelier. H 3" Style de chancellerie, style consacré dans les actes qui émanent de la chancellerie. La morgue impériale est telle qu'elle refuse encore la majesté au roi dans les lettres qu'on appelle de chancellerie, c'est-à-<lire, qui commencent par les titres de très-haut, etc. et sontcontre-signées, st-simon, 67, 407. || 4° Autrefois, la grande chancellerie, celle où l'on scellait avec le grand sceau du roi gardé par le chancelier et qui avait autorité dans toute la France; la petite chancellerie, celle qui était tenue par un maître des requêtes ou par un autre officier, où l'on scellait avec un petit sceau, et qui n'avait autorité que dans le ressort du parlement où elle était établie. || Aujourd'hui, grande chancellerie, l'administration de la Légion d'honneur. || 6* Chancellerie de l'Université, office du chancelier de l'Université. || •• Chancellerie romaine, lieu à Rome où l'on délivre toutes les expéditions de la cour de Rome.
— ÊTYM. Chancelier; provenç. cancellaria; catal. eancelleria; espagn. cance laria ; ital. cancelûria.
CHANCEUX, EUSE (chan-seû, seû-z'), adj.
Il 1° En parlant des choses, soumis au caprice du hasard, qui dépend de la chance, des chances. C'est une affaire très-chanceuse, mais il faut bien risquer quelque chose. || 2* Que la chance sert à
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souhait, qui est en bonheur, ou, ironiquement, qui n'a que de mauvaises chances. Il s'est allé servir là d'un homme bien chanceux, mol. G. Dand. h, 4. Au bout des deux souhaits, étant aussi chanceux Qu'ils étaient, et que sont tous ceux Oui souhaitent toujours.... la font. Fabl. vu, «. Peu chanceux, et vous et moi, Nous n'avons eu de nos vies, Moi, l'encolure d'un roi, Ni vous celle, en bonne foi, D'un homme à deux abbayes, id. Lettres, xx. Te voilà bien chanceuse d'être femme d'un prince, J. J. rouss. Hél. iv, 4 3. Il est vrai que je suis bien chanceux d'avoir cette chambre-ci , p. l. cour. Lett. II, 4 83. Je quittai le» bords de la rivière pour les côtés du lac, et je ne fus pas plus chanceux [dans mes recherches botaniques], chateaub. Voy. Am. 385.
— HIST. xvi* s. Chanceux , oudin.
— ETYM. Chance; picard, chanceleût , chèceleûs. CHANCI, IK (chan-si, sie), part. pané. || 1° Moisi.
Pain chanci. ||2' S. m. Terme de jardinier. Fumier dans lequel s'est développé du blanc de champignon. || Terme de salines. Charbon éteint.
CHANCIR (chan-sir), v. n. || 1* Moisir, se gâter par l'humidité. Ces jambons chancissent, commencent à chancir. || Terme de jardinage. Commencer à blanchir, en parlant du fumier et des racines des arbres. || 2° Se chancir, v. réfl. Même sens. Ces confitures sont mal couvertes, elles se chanciront.
— REM. Chancir, v. n., se conjugue avec l'auxiliaire avoir quand on veut marquer l'action : ces jambons ont chanci; avec l'auxiliaire être quand on veut marquer l'état : ces jambons sont chancis.
— HIST. XVI' s. Et ne faut pas mettre ton ostéotomie seiche [squelette] en lieu remulge ny humide, de paour que lesdits os ne se chancissent et noircissent, paré, iv, chap. compl.... Qui fait que ladite escorce, encore qu'elle fust toute récente, se chanci t et pourrit, id. xvi, 7. Un grain d'orge, non trop sec, ny humide et chancy, id. xxv, 24. Chacun tient que du froment vert, chanci, ridé et léger, provient l'ivroie, o. de serres, 404.
— ÉTYM. Norm. chanir; Berry, chenorir, chenousir , chamir, chandir, channir; provenç. et catal. canuiir, blanchir. Chanir, chandir et chamir, plus altéré, viennent de contre pour canere, être blanc; chenorir, chenousir, canuiir, viennent de canutire, dérivé de canutus, blanc (voy. chenu); chancir vient aussi de canutire, par contraction.
CHANCISSURE (chan-si-su-r') , ». f. Moisissure, ôter la chancissure de dessus un pâté.
— Htsr. xvi' s. Un tonneau vieil et se perdant de moisisseure, chancisseure et autre puantise, o. de
BERRES. 206.
— ETYM. Chancir.
CHANCRE (chan-kr'), ». m. ||1' Petit ulcère qui a de la tendance à s'étendre et à ronger les parties environnantes. Elle se résolut enfin de le détromper [R. Lulle amoureux], en lui découvrant, de l'aveu ou même du conseil de son mari, un chancre horrible qu'elle avait au sein, à la mamelle gauche, qui la dévorait peu à peu, perroquet, Vie de R. lulle, p. e. || Fig. et populairement. Manger comme un chancre, manger excessivement, comme le chancre qui dévore toujours. || Fig. Vice, fléau, plaie qui ruine, qui détruit. Ces affaires ne furent rien en comparaison d'une autre dont l'entreprise donna lieu à la plus grande plaie que la pairie pût recevoir et qui en devint la lèpre et le chancre, st-sim. 20, 23t. X ce trait, on reconnaît bien le chancre rongeur de Rome sur les Etats qui s'en laissent subjuguer, id. 45* , 60. || 2° Terme de médecine. Ulcère vénérien primitif. || 3' Terme de vétérinaire. Ulcération qui se forme sur la membrane muqueuse des narines du cheval affecté de la morve. || Chancre de la langue, ou glossanthrax, ou chancre volant, le charbon, lorsqu'il a son siège sur cet organe. || 4° Terme de botanique. Chancre des arbres, maladie des arbres, consistant dans la formation d'espèces d'ulcères qui détruisent de proche en proche l'écorce et le bois. || Fig. Des dents.... Où le chancre et la rouille en monceaux s'amassait, Régnier, Sat. x. || 6" Terme de fauconnerie. Espèce de tartre qui s'attache au gosier et à la partie inférieure du bec d'un faucon.
— HIST. xiv* s. Si ung faulcon a cancre dedens le bec, Uodus, f. xcu, verso. || xv* s. En chancre et fix [fies, eicroissances] et en ces ords cuveaulx Où nourrices essangent leur drappeaux.... Soientfrittes ces langues venimeuses, villon, Bail. || xvi's. Amputer les eicroissances, comme loupes, verrues, polypes , chancres , et autres chairs superflues, pare, Introd. 2t. Cancer est une tumeur qui ressemble à un cancre de mer, id. ib. 2t . Ceste tumeur a pris le nom de chancre, parce qu'elle ressemble
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beaucoup au poisson appelé chancre, id. v, 24. Le vulgaire appelle ceste maladie [l'état saburral des nouveau-nés] le chancre blanc, id. zviii, 47. Te vienne le chancre, H. est. Apol. d'Ilérod. p. 4 2», dans lacurne. Sa playe se pourrissait de chancre, Nuits de Straparole, t. u, p. 28, dans lacurne.
— ETYM. Provenç. cranc; ital. granchio, grancio, cancro, canchero; du latin cancer, grec xapxivo; (voy. cancer et cancre).
CHANCREUX, EOSE (chan-kreû, kreû-z'), adj. De la nature du chancre, du cancer; ou qui est attaqué de chancre. Arbre chancreux.
— HIST. xvi' s. Ulcères corrosives et chancreuses, pare, v, 4».
— ETYM. Chancre; provenç. cancros ; espagn. canceroso; portug. cancroso ; ital. cancheroso.
t CHANCROÏDE (chan-kro-i-d') , ». m. Terme de médecine. Nom donné au chancre vénérien non infectant.
— ÉTYM. Chancre, et eï8o<, forme (voy. wêe). CHANDELEUR (chan-de-leur) , ». /. Fête de la
Présentation de Jésus au temple, et de la Purification de la vierge, où les assistants portent et fout bénir des cierges, chandelles de cire. X la Chandeleur les jours s'allongent sensiblement. Le soleil n'est auprès d'elle Qu'un cierge de la Chandeleur, Régnier, Mac. || Proverbes. X la Chandeleur, grande douleur, c'est-à-dire en ce temps-là il fait quelquefois un froid très-vif. || Êtrennes d'honneur durent jusqu'à la Chandeleur.
— HIST. xin* s. Nostre dame Chandeleur, villeh. cxxxtv. Et fu ja de l'iver grant partie passée et entour la chandelor estoit et prochoit li caresmes, m. c. C'est à savoir, à la mi-aoust, à la septembresche, à la Chandeleur et en mars, Lit), de» met. 211. || xv* s. Une feste ou assemblée d'une Chandeleur, ducange, candela.
— ETYM. Picard candeleur ; provenç. et anc. espagn. candetor ; du génitif pluriel candelarum ou plutôt, avec transposition de genre, candelorum: feslum candelorum, la feste Chandeleur; no»(ra domina candeiorum, nostre dame Chandeleur. Quelques génitifs pluriels latins étaient restés dans le français et le provençal: la geste francor, yesta t'rancorum; la gentçaienor, gens paganorum.
t. CHANDELIER, ERE (chan-de-lié , ê-r*), s. m. et f. Celui, celle qui fait et vend de-la chandelle. J'aime mieux qu'Emile ait des yeux au bout de ses doigts que dans la boutique d'un chandelier [qu'il ait l'habitude d'aller sans lumière dans l'obscurité], ). i. rouss. Ém. il.
— hist. xra' s. Quiconques veut estre chandeliers de suif à Paris, estre le puet, pour tant qu'il ait esté au mestier à Paris ou ailleurs , Liv. des met. 461. || xvi' s. Tout ainsi que le chandelier trempant sa meiche par plusieurs fois dans le suif, il en fait une grosse chandelle, paré, xv, 36.
— ETYM. Chandelle; provenç. eanoWter; anç. espagn. candelero.
2. CHANDELIER (chan-de-lié ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel l'< se lie : les chan-de-lié-z et les chandelles), ». m. || 1* Ustensile qui sert à tenir et hausser la chandelle, la bougie, les cierges. Chandelier de bois, de cuivre, d'argent. Branches de chandelier. || En termes de jeu, mettre au chandelier, mettre de l'argent pour les frais. || Aux petits jeux, embrasser le dessous du chandelier, embrasser une dame sur la tête de qui on a mis le chandelier. || Chandelier d'église, grand chandelier qu'on met sur les gradins de l'autel et sur lequel on fixe les cierges pour éclairer durant le service. || 2° Dans l'Écriture sainte, mettre la lumière sur le chandelier, synonyme de ne pas la mettre sous le boisseau, c'est-à-dire rendre les vérités publiques. || Fig. Dans le style de la chaire, le chandelier, une haute position. Ceux dont l'Église a besoin sur le chandelier, boss. Lettres, 8». Plus il allait être élevé sur le chandelier, plus.... ro. Relat. Jésus-Christ les a mis sur le chandelier pour éclairer la maison de Dieu, lu. Polit. Ne cherchait-on pas autrefois parmi les solitaires ceux qu'on voulait élever sur le chandelier de l'Église? fén. xxi, 4 00. H Cette locution a passé du style de la chaire dans le langage familier. Être sur le chandelier, être en vue, dans une haute position. || 8° Dans le langagede la galante rie, chandelier est le nom de ceux qu'on a mieux nommés paravents , et que l'on rend l'objet de la jalousie du mari , lorsque c'est un autre qui courtise la femme. Alfred de Musset a fait une pièce intitulée le Chandelier. || 4" Terme d'art militaire. Chandeliers de tranchée ou de blinde, pieux plantés dans des madriers pour couvrir les sapeurs. || 6" Terme de marine. Sorte de support de fer ou de bois, à une ou deux branches.
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Chandelier de bastingage. Chandelier de pierrier. || 6" Terme de jardinage. Faire le chandelier, couper toutes les petites branches nouvelles qui sont sur les plus grosses. || 7° Chandelier de jauge, bâton à l'usage du faïencier. || 8° Terme de vénerie. Porter le chandelier, se dit d'un vieux cerf qui a le haut de la tête large et creux. || 9° Petit pilier de terre au milieu d'un fourneau à cuire les pipes. || Garde-corps de machine sur les bateaux à vapeur. || 10* Chandelier d'eau, espèce de jet d'eau ou fontaine dont le jet est élevé sur un pied portant un petit bassin, et qui ne diffère du champignon qu'en ce qu'il ne fait point nappe.
— hist. xm' s. Que nus chandelliers de cuivre ne soient faiz de pièces soudées pour mètre sus table, LtB.de» met. tôt. Li abesprentune maçue Qui moult estoit grande et cornue, Et le prieur un chandelier, Ken. 695C || xiv s. Six chandeliers d'argent, en manière d'un olifant, portant un chastel assis sur une terace esmailliée de vert, pesant environ quatre vingt deux marcs d'argent, laborde, Émaux, p. 202. || xvi* s. 11 s'adressa à cettui-ci duquel nous parlons, qui estoit prest comme un chandelier, b. desper. Contes, xxiv. Au plus fol le chandelier, Proverbe, gênin, Récréât, t. u, p. 236.
— ETYM. Clumdelle; provenç. candelier, candelar; espagn. candelero; ital. candelliere.
CHANDELLE (chan-dè-V) , ». f. || 1' Petit flambeau de suif, de cire ou de quelque autre matière grasse et combustible. || En particulier, flambeau de suif, par opposition aux flambeaux de cire ou d'autre matière. Ne brûler que de la chandelle. Une livre, un paquet de chandelles. Chandelle des quatre, des six à la livre; ou chandelle de quatre, de six. Chandelle bénite. Éteindre, souffler la chandelle. Cette chandelle n'éclaire pas, coule. Un bout de chandelle. Je bats le fusil, j'allume la chandelle, i. J. rouss. Ém. n. Sous Frédéric II [Barberousse] la bougie était inconnue et la chandelle un luxe, volt. Hoeurs, 84. || Moucher la chandelle, retrancher avec les mouchettes la partie de la mèche qui est brûlée et qui empêche la lumière; et figurément, remplir des fonctions tout à fait subalternes. Molière était, lui, chef de sa troupe; moi, je mouche les chandelles, p. l. cour. Lett. i, 224 . || Moucher la chandelle, comme le diable mouche sa mère, c'est à-dire l'éteindre en coupant la mèche trop bas. || Moucher une chandelle à 26 pas, tirer très-bien le pistolet. || X la chandelle, à la lumière, par opposition à la locution au grand jour. J'avais résolu de ne les faire voir qu'à la chandelle [au théâtre], mol. Préf. des Prie. Mlle de l'Étoile fit encore mieux la malade à la chandelle, qu'elle ne l'avait fait dans l'obscurité, scarr. Rom. corn, n, 42. Ce qui paraît d'une couleur au soleil, paraît d'une autre à la chandelle, pén. Pyrrhon. || X chandelle éteinte, le temps que dure une chandelle pour se consumer. || En droit ecclésiastique, excommunication à chandelles éteintes, lorsqu'on donnait au pécheur la durée d'une chandelle pour se repentir. || Terme d'ancienne pratique. Donner à chandelle éteinte, adjuger dans une adjudication où l'on pouvait surenchérir tant que brûlait une chandelle. || Familièrement. Ses yeux brillent comme des chandelles, il a les yeux trèsbrillants. || Voir des chandelles, voi r mille chandelles, apercevoir, à l'occasion d'un grand coup, d'un choc violent, ou même d'un éblouissement, des lueurs phosphorescentes. || Populairement. Ses cheveux Irisent comme des paquets de chandelle, c'est-à-dire ne frisent pas du tout. || Se brûler, venir se brûler à la chandelle, courir étourdiment à sa perte, se jeter dans le péril en cherchant follement le plaisir. Je vous connais , objets doux et puissants ; Plus ne m'irai brûler à la chandelle, la font. Diable. || Économie de bouts de chandelle, économie sordide ou mal entendue, qui ne porto que sur les petites choses. Fleury excellait aux ménages de collège et de séminaire, et, qu'on me pardonne ce mot bas, au ménage des bouts de chandelle, stsim. 606, 468. || Le jeu ne vaut pas la chandelle, cela ne vaut pas la peine, les frais qu'on ferait. Et le jeu, comme on dit, n'en vaut pas les chandelles, corn, le Ment, i, 4. || Brûler la chandelle par les deux bouts, se livrer à des dépenses, à des excès ruineux, extravagants, dont les -conséquences sont doublement funestes. Ils brûlaient 1j chandelle par les deux bouts, lesage, Gil lilas, vu, 4 6. || La chandelle brûle, le temps presse. || C'est une chandelle qui s'éteint, se dit d'un vieillard, d'un malade qui finit doucement. || Tenir la chandelle, assister et se prêter à une turpitude ou à une chose dans laquelle on est dupé. Se dit particulièrement de complaisances honteuses pour un
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commerce de galanterie. ||2° Chandelle donnée en offrande à l'église ou consacrée. || 11 doit une belle chandelle a Dieu, il est échappé comme par miracle l'un gran.l péril. || 11 vous doit une belle chandelle, voua l'avez tiré d'un mauvais pas. || Fig. Donner une chandelle à Dieu et une au diable, se ménager entre deux partis opposés, caresser amis et ennemis. || Il est réduit à la chandelle bénite, se dit d'une personne à l'agonie.|| Chandelledes Mois, grosse chandelle enjolivée que les chandeliers donnaient le jour des Rois à leurs pratiques. || Habit bariolé comme la chandelle des Rois, bigarré de plusieurs couleurs. || 3* Bois de chandelle, nom collectif de plusieurs végétaux résineux employés comme torches. || 4* Chandelle de glace, eau glacée qui pend des toits des maisons, des gouttières, des arbres. || 5° Chandelle romaine, pièce d'artifice en forme de grosse chandelle, qui lance en brûlant des étoiles d'un vif éclat. || 6° Pièce de bois ou de fer placée verticalement pour servir d'étai dans une construction. || Terme d'imprimerie. Longue pièce de bois pour empêcher la presse de varier. || Terme de marine. Accore de construction, quand il n'excède pas un mètre. |] Proverbes. La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière, c'est-à-dire on se conduit mal, quand, au lieu de faire du bien pendant la vie, on remet a faire ses libéralités dans son testament. || Apportez-lui un bout de chandelle pour trouver ce qu'il veut dire, se dit d'une personne qui a beaucoup de peine à s'expliquer. || C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle, c'est un bon enfant si l'on veut, mais je n'en saurais dire aucun bien. |j À chaque saint sa chandelle, il faut ménager et gagner tous ceux dont on a besoin.
— HIST. xii* s. Où feu n'eûst ou chandele alumée, ftoncisv. 166. Einsi fu sainte iglise honnie et violée; Ne matines, ne vespres, messe n'i fu chantée, Ne Deus n'i fu servi, ne chandeille allumée, Th. le mort. 153. De Jesu-Crist il seient, fait-il, trestuit maldit. Dune a geté à val, quant il out cel mot dit, Desur le pavement la candeille en défit, ib. 132.. ..et les chandoiles mises Es chandeliers, toutes esprises, la Charrette, 937. || xm« s. [Elle] a pris une chandele, qu'on [car on] u'i pooit veïr, Berle, lxxxvii. De son lit saut toz estordiz, Si a une chandoile prise, Au feu eu vient, si l'a esprise, lien. 3411.... A chandele cust [coud] la pucele, En un hliaut ma damoiselle, Lai del désiré. Sire Renart, ne vas anuit, Il lors avesprera a».sez ; Mes ces chandeles alumez, Ren. 51294.... La lune, Envers qui les autres estoiles Resemblent petites chandoiles, la Ilose, 1002. Moult est fox qui tel chose esperne [épargne], C'est la chandele en la lanterne, la Rose, 7448. || xiv* s. Ce fut la nuit à la chandelle, La bataille y fu moult belle, Le livre du bon Jeh. 4M. Pour dix livres de chandelle de buef à veillier de nuict, de laborde, Émaux, p. 202. Pour chandelle de cire et de suif, de laborde, Émaux, p. 202. || xv* s. Ainsi furent-ils trois jours et trois nuits sans pain, sans vin, sans chandelle, froiss. i, i, 39. Qui eust esté à Bruge eust vu comment on estoit soigneux de mettre biscuits en sacs, de mettre blés, chandelles de sieu [suif], chandelles de cire, id. ii, m, 35. Ycelluy avoit en sa chapelle une chandoille ardent qui estoit divisée en vingt-quatre parties, chr. de pisan, Charles V, l, 16. Mais quant ce vint au fait de la despense, Il restraingnit eufs, chandelle et moutarde, e. deschamps, Adm. de l'hôte du Pr. Et puis quant on a l'esguillon Et qu'on se sent de l'estincelle, On fait comme le papillon Oui se brusle à la chandelle, coquill. Énq. de la simple et de la rusée. || xvi* s. On mettra [dedans le canal] une chandelle de cire, ou une verge de plomb, taré, xv, 43. Et que de sa vie il ne fera la guerre en son royaume, ny contre ses subjects; car c'estoit se battre soy-meeme et brusler la chandelle par les deux bouts, carloix, x, t. Les autres poètes ne sont que les naquets de ce brave Virgile , non pas Horace mesmes , si ce n'est en quelques unes de ses odes.... Le reste ne vaut pas la chandelle, rons. 684. Ainsi qu'on voit faillir sans cire une chandelle, id. 797. Qui ne peut mettre au chef d'un sainct une chandelle, Au mokis la mette aux pieds, et qui aux pieds sacrez Ne la peut mettre, au moins qu'il la mette aux degrez, id. 807. La cire se blanchit, pour, ainsi subtiliée, en faire de la bougie, des chamlelles pour l'estude, les banquets et autres gentillesses, o. de serres, 452. Autrement le jeu ne vaudrait pas la chandelle, id. 46). Le jeu ne vaut pas la chandelle : il y a moins de mal souvent à perdre sa vigne qu'à la plaider, mont, m, 47. Nous préférons l'art a la nature, nous fermons en 1
plein midy les fenestres, et aJuraons les chandelles, charron, Sagesse, n, 3. La chandelle esclaire chascun et allume, et soy-mesme se détruit, font et consume , leroux de uncy, Prov. t. n, p. 323.
— ÊTYM. Franc-comtois ut bourguig. chandriile ; picard, candeille, candoille, candelle; provenç. espagn. et ital. candela; portug. candea; du latin candela, de candere, être ardent (comp. candeur), et le même que canëre, être blanc (voy. chancih et cheno).
t CHANDELLERIE (chan-dè-le-rie), s. f. Lieu où l'on fait des chandelles. || Boutique où l'on en vend.
— ETYM. Chandelle.
f CHANE (cha-n'), t. f. Outil pour souder.
t ClIANÊE(cha-née), s.f. Cannelure du métier à tisser la soie. || Gouttière qui conduit l'eau sur la reue du moulin à papier.
t CUANELETTE (cha-ne-lè-f) , s. f. Terme de papeterie. Petite chanée.
CHANFREIN (chan-frin), s. m. || 1° La pièce d'armure qui couvrait le devant de la tête du cheval. Les chevaux furent bardés (le fer, leur tête fut armée de chanfreins, volt. Mœurs, 38. || 2° Partie antérieure de la tête du cheval, qui s'étend depuis les yeux jusqu'aux naseaux. || Partie comprise entre le bas du front et le museau dans les mammifères. || Bouquet de plumes qui garnit la tête des chevaux de parade. || Parties de cuir ou d'étoffe qui couvrent le chanfrein du cheval. || 3° Terme de zoologie. Bouquet de plumes effilées, rudes et dirigées d'avant en arrière, qui garnit la base du bec de quelques oiseaux. || 4* Terme d'architecture. Petite surface qu'on forme en abattant une arête. Abattre en chanfrein, mettre hors d'équerre l'arête d'une barre. || Sorte d'ornement qu'on nomme aussi nacelle. || B* Petit creux en cône que l'horloger pratique dans une pièce de métal.
— HIST. xiv* s La selle estoit si noble et si
dorée, De pierres précieuses entour avironnée; Et li chanffrains estoit de telle euvre estorée , Guesclin, 8828. || xv* s. Ung chanfrain de cheval sur velours noir, de fil d'or de brodure, garny de huit grans tables de balays et d'un gros cabochon de balay et cent et douze perles branlans, de laborde, Émaux, p. 204. Et sur leurs testes chacun ung très bel chanffrin d'acier bien garny de très belles plumes d'ostrusse, Jehan de Saintré , 27. Voulentiers frappoit aux chamfrains D'ung cheval, quant venoit en jousle, Ou droit à la queue sans doubte, villon, Arch. de Bagn. || xvi* s. Adoncques dressèrent un grand boys, on quel pendirent »ne selle d'armes, ung chanfrain de cheval... rab. Pant. u, 27. Le cheval qui aura la liste ou raie blanche qui lui descende par la face ou chanfrin sans toucher aux sourcils ni arriver jusques au museau, o. de serres, 302.
— ETYM. Bas-lat. charnus, frein; espagn. coma, barre du mors; du latin eamus, frein, qui est le grec xr][io;, et de frein : sorte de réduplication où un mot mGins connu est déterminé et expliqué par un mot plus connu.
t CHANFREINDRE (chan-frin-dr*), v. a. Voy.
CHANFRF.1NER.
CHANFREINÉ, ÉE (chan-frè-né, née), part, passé.
CIIANFREINER (chan-frè-né), ». a. Terme d'architecture. Abattre l'arête d'une pierre, d'une pièce de bois, pour former un chanfrein.
— ÉTYM. Chanfrein.
t CHANFRER (chan-fré), v. a. Terme de métier.
Voy. CIUMPLEVER.
CHANGE (chan-j') , ». m. || 1* Succession de choses diverses ou d'états divers. La faim se renouvelle au change des viandes, Régnier, Sat. x. ô que nos fortunes prospères Ont un change bien apparent, malh. u, 3. c'est elle et non pas lui qui fait sentir au monde Le change des saisons, id. v, 25. || 2° Changement d'affections. J'aime le change, à la bonne heure, la font. Pâté. En amour le change est assez doux, mol. Psy. iv, 2. Mon cœur court-il au change? id. F. sav. iv, 2. Quoi ! vous appelez crime un change raisonnable? corn. llor. i, 2. Mon honneur offensé sur moi-même se venge. Et vous m'osuz pousser à la honte du change [inconstance], id. Cid, ni, 6. || 3* Troc d'une chose contre une autre. Vous auriez sans doute perdu au change, balz. vi, Lelt. 2. Ma perte n'est pour vous qu'un change avautageux, corn. Poly. v, 2. || Ce qu'on donne pour une autre chose, ce qui peut remplacer, équivaloir; et figurément, la pareille. C'est ce qu'on peut donner pour change Au songe dont vous me parlez, mol. Amph. n, 2. Fil! : qui n'eût de quoi rendre le change, la font. Max. Je voudrais.... savoir comment.... Caliste en use et lui rendre le change, id. Coupe. Un nouveau galant qui survient lui rend le change, la bhuy. lu.
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Rendre le change à quelqu'un, signifie aussi lui faire une réplique ingénieuse ou vive. || 4" Toute négociation relative à la vente ou à l'échange des matières d'or ou d'argent, soit monnayées, soit en lingots, ainsi que de tous les papiers représentant une valeur métallique. Change de monnaie. Bureau de change. Combien vous a-t-on pris pour le change de votre billet? || Le prix que prend >e changeur. Quel est le change des billels île banque? || Lieu où l'un change la monnaie, l'or pour de l'argent, etc Aller au change. Le pont au Change à Paris, ainsi dit parce que les changeurs y logeaient. || Payer comme au change, payer sur-le-champ. || S'est dit autrefois de la bourse, du lieu destiné aux réunions des négociants. || 5" Terme de banque, toute négociation par laquelle on cède, moyennant un prix convenu, à un tiers, des fonds qu'on possède dans un endroit autre que celui où se fait l'opération. Le change est une manière de remettre de l'argent d'un lieu à un autre, par une lettre qui en indique le payement, et qui se nomme lettre de change. Une bonne lettre de change bien acceptée, sêv. 295. || La lettre de change est aussi une sorte de billet dont le nonpayement entraîne la contrainte par corps. || Agent de change, fonctionnaire ministériel nommé par le gouvernement pour attribuer à la négociation des rentes, des effets publics, des actions de banque, de tout papier commerçable enfin, le caractère de l'authenticité. Charge d'agent de change. Moitié, quart d'agent de change, personne qui est intéressée pour moitié, pour quart dans les affaires d'un agent de change à qui elle a fourni la moitié ou le quart de ses fonds. || Le prix que prend le banquier pour l'argent qu'il fait remettre Le change d'ici à Londres, sur Londres, e6t à tant pour cent, est haut, bas, au pair, désavantageux. Coter le change, en marquer le taux. ||6° Le profit, l'intérêt de l'argent qu'on prête selon le cours de la place. Prendre à change. Rare en ce sens. || 7° Terme de vénerie. Substitution d'une nouvelle bête à colle qui a été lancée d'abord. La bête donne le change, en fait lever une autre à sa place. Les chiens prennent le change, tournent au change, quittent la bête lancée pour la nouvelle. Les chiens gardent le change, ne tournent pas au change. Que de raisonnements pour conserver ses joursl Le retour sur ses pas, les malices, les tours, Et le change et cent stratagèmes, la font. Fab. x, t. || Fig. En me donnant le change attirer mon courroux, corn. Suréna, iv, 4. Ne parlons point ici du Tage ni du Gange, Je connais ma portée et ne prends point le change , id. M. de Pomp. n, 3. À cet amour naissant il faut donner le change, mol. l'Élour. i, 9. Je sais l'affaire et ne prends point le change, id. Tartufe, iv, 3. Je crois voir Annibal qui, pressé des Romains, Met leur chef en défaut, ou leur donne le change, la font. Fab 'es, xii, 23. Il donne le change aux théologiens, boss. 2" écrit. Il fit le plaisant pour donner le change à ses hôtes, hamilt. Gramm. 4. Ils se donnent sans cesse le change à eux-mêmes, mass. Carême, Doutes. De peur que les passions ne lui fissent prendre le change, in. Carême, Avenir. Le monde ne prend pas le change sur vos sentiments, id. Carême, Pardon. Elle s'est humiliée d'avoir pris si grossièrement le change sur ses intérêts éternels, m. Carême, Inconst. Si l'Évangile renfermait les moindres obscurités favorables aux passions, c'étaient sans doute ces premiers disciples qui devaient y prendre le change, id. Car. Évid. de la loi. Sous prétexte d'un pèlerinage qui ne fit prendre le change à personne, voltairb, Louis XIV, 17. 11 exhorte Polybe à donner le change à sa douleur, dider. Claude. || 8° Terme de fauconnerie. Empêcher le faucon d'aller au change, l'empêcher de quitter l'oiseau qu'il chasse pour en prendre un autre.
— HIST. xii* s. Pour un des nostres cinq des paiens prenez; Ci a bon change; Dex en soit aorez, lloncisv. 102. y xni* s. Se tu as le [la] fort monnoie, multeplie par canje tant sans [ sous] corn tu vels caugier, Comput, f* 22. Se marchant font change de chevaus li uns à l'autre bout à bout, riens ne doivent de tonlieu, Liv. desmét. 316. Car il en eust eu grant raençon ou change d'aucun gentilhomme, Chron. de Rains, 96. Certes, moult ai fait mauves change, Quant si vers moi vous truis [trouve] estrange, Que ge plus aim que riens qui vive, la Rose, 16069. Porcequeli monde se change Plus sovent que denier à change, ruteb. 218. Se h drapiers ne t'en veut croire, Si t'en rêva droit àla foire Et va au change, id. 28. De ce change se souffrisl sent moult bien li peleriu, se Diex vousist. villf.ii. xxtx. || xiv s. Se ton faulcon va ou [au] change et il prend coulon ou cornaille ou autre oj sel de change.
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Hodus, f lxxxv, verso. || xv" s Change est paradis à l'argent. Car il a là tous ses déduits, Ses bons jours, ses bonnes nuits; Là est frotés et estrillés. Lavés et bien appareilliés, proiss. Le dit dou florin. En ung seul lieu aimera fermement, Sans point quérir ou désirer le change, ch. d'obl. 40. Et je te promets que avant que il soit gueres de jour, tu me verras aller par entre les changes de Gènes, Bouciq. m, 22. || xvi* s. À Rome fut baillée grande somme d'argent au change, pour cette opinion de nostre ruine, mont, i, 44. Cela m'a emporté hors de mon propos; mais il y a du proufit au change, id. m, (07. C'est un vilain desreglement qui poulse si souvent les femmes au change, id. in, 370. C'est unmeschant : ayons en un bon en change, id. iv, 83. Quelqu'un, pensant faire du plaisant.... Mais Dionysius luy rendit son change plaisamment, car il lui dit.... amyot, Timol. 22.
— ÉTYM. Provenç. camge, camje (voy. changer). CHANGÉ, ÉE (chan-jé, jée), port, passé.
1 1° Echangé. De l'or changé pour de l'argent. Il 3° Remplacé par un autre. Ses vêtements qui étaient mouillés, ayant été changés. || 3° Métamorphosé. Les compagnons d'Ulysse changés en bêtes par Circé. || 4° Oui a éprouvé un changement, modifié, altéré. Tout est changé. Situation changée. Visage changé, A la fin des siècles on verra toute la nature changée faire paraître un monde nouveau pour les élus, boss. la Vallière. Pompée à cet échec n'ayant que trop senti Que les destins changés ont quitté son parti, brêbeuf, Phars. vu. Un cœur jeune encore dans un corps changé et effacé, mass. Avent, sermon du i' dim. || Dont la physionomie a subi un changement en mal J'ai quelquefois des rêveries dans ces bois, d'une telle noirceur que j'en reviens plus changée que d'un accès de fièvre, sév. 57. Il 6° Dont les dispositions d esprit sont changées. Tant il est changé! Je ne suis nullement changé à son égard. Vous me voyez bien changé de ce que j'étais ce matin, mol. Don Juan, iv, 9. Je serais bien changés et d'àme et de courage, corn. Nie. m, t.
f CHANGEABLE (chan-ja-bP), adj. Qui peut être changé.
— HIST. xiii* s. Li cens a non réguliers por ce qu'il maine l'omme droit comme li riule [la règle], ne n'est onques canjable, Comput, f° 4.
— ETYM. Changer.
CHANGEANT, ANTE (chan-jan, jan-t') , adj. Qui éprouve un changement, qui présente des changements. Etoffe changeante, étoffe dont les nuances varient suivant les expositions. Temps changeants. Caractères changeants. Ce qui nous rend si changeants dans nos amitiés, c'est qu'il est difficile de connaître les qualités de l'âme, et facile de connaître celles de l'esprit, la rochbf. Max. 80. Notre désir changeant suit la course de l'âge, Théophile, Sat. 1. Outre le rapport que nous avons du côté du corps avec la nature changeante et mortelle, boss. Duch. d'Orl. La mort ne l'a point changée, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle, id. Varie-Thérèse. Quel fruit lui en revint-il, sinon de connaître par expérience le faible des grands politiques, leurs volontés changeantes ou leurs paroles trompeuses ? id. Anne de Gont. Mais, si je ne l'ai pas, ce titre qui l'enchante, Seigneur, à qui tient-il qu'à son humeur changeanteTcoRN. Pulch. 11, 4. [Les pigeons] Au cou changeant, au cœur tendre et fidèle, la font. Fabl. vu, 8. Qui peut nommer de certaines couleurs changeantes et qui sont diverses selon les divers jours dont on les regarde? la bruy. viii. La conscience est la plus changeante des règles, vauven. iVas.cxxxm. Surnos débris Albion nous défie, Mais les destins et les flots sont changeants, bérang. Dieu des b. gens. Comme les écailles D'un lézard changeant, v. hugo, Orient. Il Terme d'astronomie. Etoile changeante, et, substantivement, une changeante, étoile qui change périodiquement d'aspect, comme l'étoile Algol qui passe de la 2* à la 4* grandeur dans un espace de 2 jours 2» heures 49 minutes. La changeante de la Baleine. Les changeantes du Cygne. On observe des variations périodiques dans l'intensité de la lumière de plusieurs étoiles que l'on nomme pour cela changeantes, laplace, Expos. 1, (3. Il Terme de zoologie. Dont le pelage varie suivant les saisons. Reptiles changeants, nom d'un genre de sauriens.
— hist. xvi« s. Les poulinons sont de couleur changeant, entre rouge et palle, paré, u, 9.
CHANGEMENT (chnn-je-man), s. m. Action de changer; état, transformation de ce qui change ou est changé. Changement de domicile, d'état, de vie, de conduite. Il s'opère de singuliers changements.
Sans qu'il se passe un seul changement en lui, pasc. Prov. 16. Un changement d'avis, quand la raison en presse, N'est pas une action contraire à la sagesse, rotrou, Antig. iv, 6. Cet heureux changement rend mon bonheur parfait, cohn. Poly. v, 6. Le bruit éclatant Qu'aux changements de rois pousse un peuple inconstant, id. M. de Pomp. v, 4. Cette âme inaccessible aux changements divers, brêbeuf, Phars. u. Elles firent un grand changement dans les mœurs, boss. Hist. 11, (. Admirez donc avec nous ces grands changements de la main de Dieu, id. la Vallière. Tout est vanité sous le soleil, c'est-à-dire, tout ce qui est mesuré par les années, tout ce qui est emporté par la rapidité du temps; sortez du temps et du changement, aspirez à l'éternité; la vanité ne vous tiendra plus asservis, id. Duch. d'Orl. Tant que nous sommes détenus dans cettedemeure mortelle, nous vivons assujettis aux changements, parce que, si vous me permettez de parler ainsi, c'est la loi du pays que nous habitons.... Mais aussitôt qu'on cesse pour nous de compter les heures et de mesurer notre vie par les jours et par les années, sortis des figures qui passent et des ombres qui disparaissant , nous arrivons au règne de la vérité où nous sommes affranchis de la loi des changements, w.ib. On s'étonne de ce qu'il n'y a presque jamais de changement dans le gouvernement des princes d'Orient ; d'où vient cela, si ce n'est de ce qu'il est tyr.annique et affreux? montesq. Lett. pers. 4 03. Les hommes, dans une demeure si sujette aux changements [la terre], id. ib. 1 43. || Terme de théâtre. Changement de décoration ; et fig. changement dans la face des affaires. || Changement à vue, changement de décoration qui s'opère par des machines sous les yeux du spectateur, sans qu'on ait à baisser la toile. || Terme de chemin de fer. Changement de voie, action de faire passer un train d une voie sur une autre. || Terme de manège. Changement de main, passage du cheval par une ligne diagonale commençant à la sortie du coin qui mène au grand côté du manège et finissant à l'autre extrémité. || Terme de danse. Changement de jambe, temps qui consiste à s'enlever légèrement de terre en faisant passer en avant la jambe qui, dans la position précédente, se trouvait derrière. || Terme militaire. Changement de direction , changement d'une troupe en marche, changement de front, changement d'une troupe en bataille || Proverbes. Changement de temps, entretien de sot , c'est-à-dire mettre la conversation sur le beau ou vilain temps est d'une personne qui ne sait que dire. || Changement de propos réjouit l'homme , il est bonde parlerde choses diverses.
— SYN. changement, mutation, variation. Termes qui s'appliquent à tout ce qui altère et modifie. Le premier et le second marquent le passage d'un état à un autre, et il ne faut qu'un de ces passages pour avoir changé ; le troisième marque le passage rapide par plusieurs états, et c'est cette succession d'états différents qui fait la variation. Quant à changement et à mutation, ils ne diffèrent que parce qu'ils ne sont pas du même style ; changement est du langage général ; mutation est d'un langage plus didactique. L'histoire nous fait assister aux changements des empires; elle nous enseigne les lois des mutations que subissent progressivement les sociétés.
— HIST. xii' s. Li tuen enemi repruverent le cangement de tun crist, Liber psal. p. 4 34 . || xv* s. Vous prendrez bien garde au changement de son visaige, quand vous parlerez à lui, Bouciq. m, 46. || xvr» s. Il n'y a autre fin de changement et de mutation en l'homme que celle de l'estre , amyot, Flamin. 4*.
— ETYM. Changer. Génev. sangement; bourguig. chaingetnan; provenç. cambiamen ; &nc. catal. cambiament ; espagn. cambiamiento ; ital. cambiamento.
CHANGER (chan-jé; le g prend une après lui devant a ou 0: nous changeons, je changeais), v. a. Il 1° Céder une chose pour une autre, prendre en échange. Changer son habit pour celui d'un autre. Changer du vin contre de l'huile. Il y a des maladies qui viennent de ce qu'on change un bon air contre un mauvais, montesq. Lett. pers. 4 3t. || Fig. Changer son cheval borgne contre un aveugle, changer une mauvaise chose pour une pire. || 2° Donner un billet, une pièce, pour avoir de la monnaie. Je n'ai qu'un billet, que de l'or; il faut que je le change pour vous payer. Changer une pièce de cinq francs en petites pièces, en sous. || Absolument. 11 faut que je change, j'ai besoin de petite monnaie. || 3° Remplacer un objet par un autre, prendre un autre, quitter pour un autre ; placer ailleurs. Changer le certain pour l'incertain Dans sa vieillesse il changea certaines choses à sa doctrine. Il changea sa résidence. L'os est changé de place. H faut changer les aiguilles de
main. [| 4» Modifier une personne, une chose, la rendre différente de ce qu'elle était. Changei ses habitudes. Il n'y a rien à changer à cette disposition. Cela change bien les affaires. Mais nous pouvons changer un destin si funeste, corn. Cinna, 1, 3 Puisqu'il change mon cœur, il veut changer l'État, id. ih. v, 3. Alexandre allait à Jérusalem, résolu de se venger; mais il fut changé à la vue du souverain pontife qui vint au-devant de lui avec les sacrificateurs, boss. Hist. 1, 69. Vois ces sphères de feu, ces globes de lumière, Rien n'interrompt leurcour.se ou change leur carrière, brêbeuf, Phars. 11. La résolution qu'avait prise M. le cardinal d'aller sut le Rhône a été changée sur ee qu'il vitavant-hier un bateau chargé de soldats qui courut très-grand h; de se perdre, voit. Lett. 427. Un moment achangé ce courage inflexible, rac. Esth. 11, 9. Mats croyez qu'en mourant mon cœur n'est point changé, volt. Catil. v, 7. Il agit secrètement dans les cours par son Saint-Esprit, il les change, il les renouvelle, boss. la Vallière. Un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde, id. Reine d'AngUt. Tienne qui voudra pour sentence Que les honneurs changent les mœurs ; Je crois pour moi que les honneurs Mettent les mœurs en évidence, pons (de Verdun), Paétiei. Il 5' Convertir en. Circé changea en bêtes les compagnons d'Ulysse. Changer le reproche eu éloge, la
discussion en dispute Et vous allez au teinte
Y changer l'allégresse en un deuil sans pareil, corn. Rodog. v, 6. Une condition meilleure Change en des noces ces transports, la pont. Fabl. vi, 24. L'intempérance des hommes change en poisons mortels les aliments destinés à conserver leur vie, pén. Tél. xvn. Qui changera mes yeux en deux sources de larmes Pour pleurer ton malheur? rac. Athnl. m . 7. L'audacejd'une femme arrêtant ce concours En des jours ténébreux a changé ces beaux jours, id. ib. i,t. L'adulation change en source de vices des penchants qui étaient en eux fies grands] de» espérances de vertu, mass. Petit carême. Tentations. Il Changer à est dans cette phrase consacrée : Dans le sacrement de l'eucharistie le pain est changé au corps de Notre-Seigneur. Cette tournure se trouve aussi dans la poésie et dans la prose élevée. Et qu'il ait . sans espoir d'être mieux à la cour, i son long balandran changé son manteau court, Régnier, Sat. xiv. Cependant l'humble toit devient temple, et ses murs Changent leur frêle enduit aux marbres les plus durs, la font. Phil. et Bau. Peut-être avantla nuit, l'heureuse Bérénice Change le nom de reine au nom d'impératrice, rac. lier. 1, 3. Et des rois les plus grands m'offrît-on le pouvoir, Je n'y changerais pas le bien de vous avoir, mol. Mélic. 11, 3. Je changerais mon sort au sort d'un braconnier, v. hugo, U. Delorme, iv, «. || Bossuet, dans la même phrase, après avoir employé en, aemployé à : Leur félicité [des anges] fut changée en la triste consolation de se faire des compagnons dans leur misère , et leurs bienheureux exercices au misérable emploi de tenter les hommes, boss. dans girault-duvivier. || 6" Changez ce malade, cet enfant, changez les draps, la chemise, les vêtements de ce malade, de cet enfant. Il 7° Terme de manège. Changer un cheval, tourner ou porter sa tète d'une main à l'autre. || 8J Terme de marine. Changer la barre du gouvernail, la faire passer de tribord à bâbord, et réciproquement. Il 9" V. n. Avec la préposition de, au propre et au figuré, quitter une chose pour une autre. Changez d'habits avec moi. Il changea de ton, de résolution. Est-il donc vrai, madame? et changeonsnous de sort? corn. Héracl. v, 8. On peut changer d'amant, mais non changer d'époux, id. Hor. 1, 3. On change avec le temps d'âme, d'yeux et de cœur, id. Agés, v, 8. J'ai changé de couleur, je me suis écriée , id. Nicom. 1 . 6. Plusieurs se sont trouvés qui , d'écharpe changeant , Aux dangers , ainsi qu'elle, ont souvent fait la figue, la font. Fab. 11, B. Vous vous troublez, madame, et changez de visage, rac. Brit. 11, 3. Pyrrhus m'a reconnu, mais sans changer de face, id. Andr. v, 3. Il changera de mœurs en changeant de fortune, volt. U. de César, 1, t. || Fig. et familièrement. Changer de batterie, recourir à de nouveaux moyens. || Fig. Changer de note, changer de façon d'agir ou de parler. Je te ferai changer de note, chien de philosophe enragé! mol. Mar. f. se. 8. Leur ennemi change» de note, Sur la robe du dieu fit tomber une crotle : Le dieu, la secouant, jeta lesœufsàbas, la pont. Fab. u. 8. y Absolument, faire un troc. Oh! je ne saurai! plus, dit-elle, y résister; Changeons, ma sœur l'aragne, la pont. Fabl. m, 8. || Terme de manège.
en a
Changer de main, porter la tête du cheval d'une main à l'antre, pour le faire aller à droite ou à gauche. || Terme de marine. Changer d'amures, les prendre à l'autre bord lorsqu'on louvoie. Changer devant, changer derrière, virer vent devant, en faisant tourner toutes les voiles d'un mat ensemble. || 10" Elliptiquement, changer se dit pour changer de lieu. Point de coup de balai qui l'oblige [l'araignée] à changer, la font. FM. m, 8. || Changer de linge, d'habits. Je suis trempé, il faut que je change. Il n'a pas de quoi changer. Le roi changeait devant le très-peu de gens distingués qu'il plaisait au premier gentilhomme de la chambre de laisser entrer, st-sim. 44 7, <o. || Changer, v. n. dans les sens des n"*9et 40, se conjugue avec l'auxiliaire avoir. || ll°Devenir autre, éprouver un changement. Combien les mœurs ont changé. Tout change. Voyez comme les choses ont changé. Le vent venant à changer. Mais il n'est pas moins vrai que cet ordre des cieux Change selon les temps comme selon les lieux, cohn. Cinna, n, 4. Nous ferons bien changer ce courage indompté, id. Nicom. m, 4. L'Angleterre a tant changé, qu'elle ne sait plus elle-même à quoi s'en tenir, eoss. Reine d'Angkt. Elle avait appris par ses malheurs à ne changer pas dans un si grand changement de son état, id. Reine d'Anglet. X Raguse, le chef delà république change tous les mois, montesq. Espr. n, 3. La fortune est changée, rac. llaj. iv, 3. Mais les temps sont changés aussi bien que les lieux, id. Iph.n, 2. Tandis que vous vivez, le sort qui toujours change Ne vous a pas promis un bonheur sans mélange, id. ib. i, 4, || Fig. Changer du blanc au noir, devenir tout autre. On dit dans le même sens, changer du tout au tout. || Le raisin change, il prend une autre couleur. || Se corriger, et quelquefois se gâter, prendre une mauvaise conduite. Ce jeune homme a bien changé, c'est-à-dire sa conduite est devenue régulière, ou il est devenu bien mauvais sujet, si ce qui précède le représente comme ayant auparavant satisfait tout le monde. || Prendre une autre apparence, en parlant des personnes. Comme ce jeune homme a grandi ; comme il est changé I II n'était point du tout changé [défiguré] , sêv. 483. Vous n'êtes presque point changé [vieilli] depuis tant d'années, fên. Tél. ix. || Être inconstant. Tâchez de ne pas changer. Je n'ai nullement changé. Cet homme aime à changer. Un amant jure de ne jimais changer. Et qui change une fois peut changer tous les jours, corn. Tois. d'or, iv. 3. Leurs alliés qui avaient changé avec la fortune, vertot, Rév. rom. n, to». j| Changer, v. n. dans les sens du n" 4 4 , s« conjugue avec l'auxiliaire avoir, quand il s'agit d'une action, d'jn fait: La fortune a changé en cette journée; Cet hoirie a beaucoup changé par sa dernière maladie. Il se conjugue avec l'auxiliaire être, quand il s'agit d'un état: La fortune est changée depuis cette journée; Cet homme est bien changé depuis sa maladie. || 12" Se changer, v. rêft. Etre remplacé par, faire place à. Comme toute cette joie s'est promptement changée en deuil! || 13° Etre converti en. Par le feu l'eau se change en vapeur. Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il ohangé? rac. Ath. w, 7. || 14° Être modifié, devenir différent. Je ne puis me changer. Se changer en mal. Se changer en bien. || Il faut se changer, se corriger. On croit se convertir quand on se change, et quelquefois on ne fait que changer de vice, boss. Pensées chrét. 7. |! 15° Changer de vêtements. Vous êtes bien mouillé, changez-vous. || Proverbe. Il faut qu'on l'ait changé en nourrice, se dit d'un enfant qui ne ressemble en rien à ses pa/ents, et aussi d'une personne qui est dépourvue d'intelligence.
— hist. xii* s. Au deuil qu'il ot, [il] a la color changée, Roncisv. 81. Or quidout [cuidoit] qu'il fust tels cum il Tout ainz veû : Trestut esteit changiez; Sainz Espris en lui fu, Th. le mart. 39. J| xiii* s. De la paeur qu'ele a, [elle] cuide le sens changier, Berte, xi. Bien [il] s'aperçoit cornent Berte lui fut changie, ib. xc. Mais il n'a pas tant de différence es pois comme il a es mesures, car il ne se changent pas en tant de liex, beaum. xxvi, 46. || xvi* s. La peur change des roseaux en gentsdarmes, mont, i, 8). Changer d'advis, id. i, 288. Changeray-je pas pour vous cette belle contexture des choses? id. i, 85. L. Cossitius, de femme changé en homme, id. i, 92. Changer de visage, id. i, 4(6. Il ne change, pour hyver et temps qu'il face, le mesme bonnet qu'il porte au couvert, id. i, 260. Le premier article, ce feut que chascun changerait plustost la mort à la vie, que les loix persiennes aux leurs, id. i, 287. Si la cour ne changeoit point, elle aurait changé, nous n'en avons jamais veu ni leu autre
en a
chose, d'aub. Fa-n i, 4 s. Hz furent trè! contens de changer de place aux [avec les] Laceda;moniens, amtot, Arist. 37. Ainsi donques estoient les Grecs occupez à changer en diligence l'ordonnance de leur bataille, id. ib. 38. La fortune ne d lire pas toujours une, ains va se changeant, m. Flamin. 44. il feit aussi changer de manière de vivre aux Arabes, id. Lucull. 38. Et leur ayans osté leurs bastons et leurs armes de soudards, furent bien aises de les changer à ceulx de gladiateurs, id. Crassus, 14.
— ÊTYM. Bourguig. cheingeai; picard, canger; wallon, cangi; anc. wallon, cambgier, chambger ; Berry et génev. songer; provenç. cambiar, camjnr; espagn. cambiar; ital. cambiare; bas-latin, cambiare , dérivé du latin cambire, formé du grec xâjiêeiv, xà(j.itxEiv, courber, plier.
CHANGEUR, EUSE (chan-jeur, jeû-z'), s. m. et f. Celui, celle qui fait commerce de changer les billets de banque et les différentes sortes de monnaies. || Familièrement. Payer comme un changeur , payer comptant.
— hist. ira* s. Wittes doit à DouGet le cangeoi quatre vings muis de froment, tailliar, Recueil, p. 29. Encor i a que li baillis doit garder les changeorset les autres marcheanz, qu'il soient en bone manière, Lit), de just. 70. || xvr" s. Plus renversez [cambrés] qu'un poulce de changeur, j. marot, v, 402. Hz le brusleren* dessus la place avec les bancs et les tables des changeur» qu'ils assemblèrent de tous costez , ahvot, Anton. 18.
— ETYM. Provenç. cambiaire, camjaire, cambiadoi , camjador; espagn. cambiador; ital. cambiatore; du bas-latin cambiatorem , qui vient de cambiare (voy. changer). Le vieux français et le provençal font : au singulier, nominatif changere, camjaire, régime changeur, camjador; au pluriel, nominatif changeor, camjador, régime changeons, camjadors, tout cela dépendant de la place de l'accent latin dans cambidtor, cambiatorem, cambiatôres.
f CHANLATE ou CHANLATTE (chan-la-f), s. f. || 1° Terme de couvreur. Chevron refendu diagonalement, qu'on pose sur l'extrémité des chevrons d'une couverture, de même sens que les lattes et qui soutient les dernières tuiles et l'égout. || 2° Terme d'eaux et forêts. Perche de chêne propre a faire des arrêts pour le barrage d'une rivière. || S. f. pi. Terme de pêche. Espèces d'échelles poursuspendreles harengs qu'on veut saurer.
— HIST. xiv* s. La mue [pour l'épervier] aura nne chanlatte coulant où l'en lui donra sa viande, Mênagier, ii., S. J| xvi* s. Si sur mur maitoyen ou parsonier sont posez eschenets et chanlettes communes à recevoir les eaues des ofent maisons, JVouveau coustumier gén. t il, p. 4437.
— ÊTYM. Champ 2, c'est-à-dire côté, et talte : latte m*':: de champ.
CHANOINE (cha-noi-n'), s. m. || 1° Nom donné d'abord aux cénobites, puis à tous les clercs, puis aux clercs vivant en commun, fleury. || Chanoines de Saint-Augustin, moines dits aussi hermites de Saint-Augustin, Augustins. |j 2° Clerc séculier, membre d'un corps dit chapitre qui , attaché à une église cathédrale ou collégiale , sert de conseil à l'évêque. J'ai maints chapitres vus Qui pour néant se sont ainsi tenus, Chapitres non de rats mais chapitres de moines, Voire chapitres de chanoines, la font. Fabl. n, 2. Ses chanoines vermeils et brillants de santé S'engraissaient d'une longue et sainte oisiveté, boil. Lutr. i. || Chanoine de St-Denis, nom des membres du chapitre de St- Denis qui , établi pour le service des sépultures des monarques, est cemposé d'évêques et de prêtres. || Fig. Mener une vie de chanoine, mener une vie douce et tranquille. Avoir une mine de chanoine, avoir une mine fleurie, qui respire le bien-être et Ja*anté. Avec ses bonnes grosses joues, si fraîches, si rosées, son air de santé et de bonne humeur.— Oui, jeme souviens, vous l'aviez surnommé le petit chanoine, bayard et dumanoir, la Marquise de Pretintaille , se. 6.
— HIST. xi* s. Moines, canonles, prouveires couronez, Ch. de Roi. ccix. Ensemble od lui si clerc et si canonie, ib. cclxvi. || xii" s. Cist forainz hahiz fu de chanoine riulé [régulier] , Th. le mart. 1 55. Par desus le surpliz s'est de l'estole armez, D'une chape
à chanoine par desus afublez, ib. 37 Ne hons
de religion, que quanques il a est à s'eglise, exeptés les prelas et les autres religions où aucuns peut avoir propre, si comme canoines et prestres seculers, beaum. xii, 45. Comment, fet-il, sont ce dont moine? Renart respont : ainz sont chanoine, Tien. 886. Li roisescrit as chanoines Seint-Aignan d'Orliens que il un poure clerc receussent à chanoine por sa
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prière, ttv. dejust. 4 7. Huée sont asemhlé de toute la cité Clerc etprestre et canonneetevesqueetabé, Oui ont fait le service et la messe chanté, Ch. d'Anl. vm, 463(1. || xv* s. Prestres et moines et chanoines.... froiss. i, i, 464. || xvi* s. Autant en est-il de tous chanoines, doyens, chapellains, prevosts, chantres, et tous ceux qui vivent de bénéfices oisifs, calv. Instit. 875.
— ÊTYM. Provenç. canonge, canorgue; catal. canonge ; espagn. eanonigo; port, conego; ital. canonico; du latin canonicuî, de cano»i, règle (voy. canon). Canonie dans la Chanson de Roland se disait canoine, comme le montre le vers.
CHANOINESSE (cha-noi-nè-s'), s. f. Nom donné principalement aux religieuses. || Titre fort ancien de filles vivant en communauté sous une espèce de règle, mais sans aucun engagement et ayant pour principale fonction de chanter l'office divin comme les chanoines. || Celle qui possède une prébende, c'est à-dire un revenu attaché aune chanoinie, dans un chapitre de filles. || Chanoinesse de Saint-Augustin, religieuse qui suit la règle de Saint- Augustin et qui est habillée de serge blanche, aveo un surplis de toile fine sur sa robe, un voile noir sur la tête, et une aumusse sur le bras. On appelle ces chanoinesses madame.
— HIST. xvi* s. En icelle ville y a un beau convent de canoniesses genti-femmes, lesquelles ne font aucun vreu de religion, etse" peuvent marier,
— ÊTYM. Chanoine.
CHANOINIE (cha-noi-nie) , s. f. Canonicat. Posséder, conférer une chanoinie. Le refus que fait l'abbé de Paris de se démettre de sa chanoinie, rac. Lett. Boileau, 34. J'ai trouvé moyen de multiplier vos bienfaits, et de faire que vous me pourrez donner une chanoinie, voit. Lett. 479. || Mot vieilli; on dit canonicat.
— HIST. xv s. Le duc de Bretagne, son corps [de sa personne], se logea dedans le chastel de Blois, chez une chanoinie de Saint-Sauveur, froiss. n, m, 440. Il resigna tous ses bénéfices, et ne retint pour vivre sobrement et petitement, que la channoinie de Rheims, id. m, iv, 37. || xvi* s. Le pape peut conférer à une mesme personne deux chanoinies, prébendes ou dignitez en mesme église cathédrale, p. pithou, 73.
— ÊTYM. Chanoine.
CHANSON (chan-son), s. f. || 1* Pièce de vers que l'on chante sur quelque air, et qui est partagée le plus souvent en stances égalés dites cou'iets; petite composition d'un rhylhme poru'ai'w et facile. L'air, le refrain d'une chanson. Faire, doter, composer, dire, chanter une chanson. Faire des chansons sur ou contre quelqu'un. Auparavant écoute
une chanson que je viens de faire : Je portais —
Unechanson, dis-tu? — Je port... — Une chanson à chanter? — Je port.... — Chanson amoureuse? Peste! mol. Princ. d'Élide, n, 3. Il faut même en chansons du bon sens et de l'art, boil. Art p. n. Aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire .... Une femme chantait : C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait, la font. Fab. vu, 8. Le berger, qui par ses chansons Eût attiré des inhumaines, Crut, et crut mal, attirer des poissons, id. to. x, 14. Les dieux de l'amoureux délire Avec toi dansent aux chansons, volt. Ép. 46. Ah! ma chanson! ma chanson est tombée en vous écoutant; courez, courez donc, monsieur; ma chanson I elle sera perdue, beaumarch. Barb. de Sév. i, 3. En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps j seule opposition possible; on définissait le gouvernement d'alors une monarchie absolue tempérée par des chansons, scribe, Disc, derécept. à l'Acad. || Chanson d'amour, chanson où l'amour est célébré. || Chanson à boire ou chanson de table, chanson où le vin est célébré. Purgeons nos desserts Des chansons à boire, bérang. Slusique. Ces bagatelles sont comme les chansons de table qu'il ne faut chanter qu'en pointe de vin, volt. Lett. Villette, t" sept. 4786. || Comme dit la chanson, locution dont on se sert quand on dit quelque chose qui se trouve dans une chanson connue. Devinez pourquoi, commedit la chanson, sév. 448. || Mettre quelqu'un ou quelque chose en chanson, s'en moquer par des chansons. Faut-il que désormais à deux doigts l'on te montre, Qu'on te mette en chansons? mol. Sgan. 9. || Au pluriel, chansons se dit quelquefois pour poésie. Les doctes chansons des Muses. || Chanson à danser. Voy. chambre (musique de chambre). || 2° Fig. et familièrement, propos rebattus qui reviennent sans cesse comme un refrain. U n'a, Il ne sait qu'une chanson. C'est toujours la même chanson. Comme U
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continuait cette vieille chanson , réhnier , Snt. vin. Voilà ma chanson, sêv. 438. || Familièrement Voilà bien une autre chanson, c'est une autre affaire, c'est une chose inattendue. || 3° Fig. et familièrement, conte en l'air, discours ou raison dont on ne tient aucun compte. Il faut être, je le confesse , D'un esprit bien posé, bien tranquille, bien doux, Pour souffrir qu'un valet de chansons me repaisse, mol. Amph. n, t. C'est parler comme il faut; et que peut-il répondre?— Répondre? Des chansons dont il vient me confondre, m. l'Étour. i, 9. Ne nous amusons pas, ma fille, à ces chansons, id. Tart. il, 2. Car Lucile soutient que c'est une chanson, m. le Dép. m, 8. Chansons que tout cela, id. Ee. des maris, i, 2. Tous ces biens à venir me semblent autant de chansons; il n'est rien de tel que ce qu'on tient, id. leiléd. m. lui, il, 2. Ce que mon livre en dit doit passer pour chanson, la font. Oies. Je la souffre aux écrits qui passent pour chanson, id. Fiancée. Les maux les plus cruels ne sont que des chansons Près de ceux.... id. Coupe. Un amant de son père écoute les leçons, Et court chez sa maîtresse oublier ces chansons [remontrances], boil. Art p. m. Je veux tout manger pendant que j'y suis ; car pour ce qui est de revenir ici , chansons, fén. ix, 48 Mais permettez.... — Je ne veux rien permettre. — Ce n'est pas un exploit. — Chanson ! — C'est une lettre. — Encor moins. — Mais lisez. —Vous ne m'y tenez pas, rac. Plaid. H, 2. || Je ne me paye pas de chansons, c'est-à-dire je veux des effets et non pas des paroles. || *• Chanson de geste, voy. geste. || Proverbe. C'est la chanson de Ricochet dont on ne voit pas la fin, se dit d'un homme qui recommence toujours à dire ou à faire la même chose. || Il n'aura qu'un double, il ne chante qu'une chanson, c'est-à-dire il a fait peu de besogne , il sera peu payé. || Si vous en avez l'air, vous n'en avez pas la chanson, c'est-à-dire vous avez l'apparence et non la réalité.
— hist. xi' s. CançuTi mauvaise de nous ne seit chantée, Ch. de Roi. lxxvii. Maie chançun n'endeit estre chantée, ib. cxi. || xii* s. Nule chançon ne m'agrée, Coud, i. Bêle dame me prie de chanter; Si est bien drois que je fasse chançon, ib. x. || xm* s... Et li souvint d'une chanson qu'ilavoient fait entr'eu*deux, que nus ne savoitfors eus deux, Cita", de Rains, 55. Dist Chantecler : pas ne te croi, Un poi detrai en sus de moi, Et je dirai une chançon, Ren. 4 584 Seignor, ol avez maint conte Que maint conteres vos aconte, Cornent Paris ravi Helayne.... Et fables et chançons de gestes, t'b. 7. Au paier sont plain de perece; Or faut la feste, Or remanient chançons de geste [il ne se fait plus de ehaBsons de geste], ruteb. tO. || xv" s. Amphion fonda les murs de la cité de Thebes par la douceur de sa chanson, Rouciq. iv, JO. || xvi" s. Cantiques spirituels.... chansons spirituelles, calv. Instit. 74 4. De chansons mondaines et sales, marot, iv, 204.
— ÉTYM. Picard, cainchon, canchon; provenç. canso, chanso; catal. canso; anc. espagn. chanxon; esp. mod. caution; portug. cançâo; ital. canlone; du latin cantionem, action de chanter (voy. chant).
t CHANSONNABLE (chan-so-na-bl'), adj. Qui mérite d'être cliansonné.
CUANSONNÉ, ÉE (chan-so-né, née), part, passé. Moqué en chanson. Tous l'un de l'autre ennemis obstinés, Mordus, mordants, chansonneurs, chansonnés, volt. P. diable.
CHANSONNEK (chan-so-né), v. a. Faire des chansons contre quelqu'un. Et là d'une facile veine, l.e chevalier chansor.nera Quiconque le méritera, chaul. Au ch. de Bouillon. Oh rira des mœurs des grands , On chansonnera leurs agents , bérang. Ainsi prit-il,
— ÉTYM. Chanson.
t CHANSONNET (chan-so-rtè), *. m. Terme de zoologie. Etounieau, sansonnet.
CHANSONNETTE (chan - so - né - f) , s. f. Petite chanson sur un sujet léger, gracieux. Il avait l'esprit orné de lieux communs et de chansonnettes, hamilt. Gramm. 7. X moins de douze couplets, Au diable une chansonnette, bérang. Margot. Plaisants repas, menus devis, Bon vin, chansonnettes jolies, la pont. Poésies mêlées , lxxi. Souvent l'auteur 'altier de quelque chansonnetle Au même instant prend droit de se croire poète, boil. Art p. II. J'aime que l'on chante gaîraent Quelques couplets, des chansonnettes, marsollier, Alexis, se. 2.
— hist. xiif s. À l'endormir de l'enfant doit le [la] norrice cançonnetes bêles et douces canter, alebrant, f° 30. Madame musique aus ciochetes Et si clerc plein de chansonnettes, Bataille des sept arts. Adonc commença à marner Une chançonnete novele, Rm. 5439. || xiv s. De saint Loys dire vous
vueil; Du quel n'eut boban ni orgueil, Ne vanité de chançonnettes , Ci comme est en nos pucelettes Et en nos jolis damoisiaus, Arthur et S. Loys, jubinal, t. n, p. 200. || xvi* s. Pour dire sainctes chansonnettes, marot, IV, 205.
— ÊTYM. Diminutif de chanson; bourguig. chansenote; provenç. cansonela, chansoneta; portug. eanconeta; ital. cansonetta.
t CHANSONNECR (chan-so-neur), s. m. Celui qui chansonne. Tous l'un de l'autre ennemis obstinés, Mordus, mordants, chansonneurs, chansonnés, volt. Pauvre diable.
CHANSONNIER, 1ÈRE (chan-so-nié, niê-r'; l'rne se lie pas; au pluriel l's se lie : chansonniers et chansons, dites : chan-so-nié-z et chansons), s. m. et f. || 1* Faiseur, faiseuse d» chansons. Je voulais.... Réveiller l'enjouemenl badin De Votre Altesse chansonnière, volt. Ep. 4 3. J'ai encore dîné hier avec le chansonnier [Béranger] ; il imprime le recueil de ses chansons, p. l. cour. Lett. n, 473. Ce n'est point aux chansonniers Que la gloire en impose, bérang. J. muse. || 2* Recueil de chansons. Acheter un chansonnier. I,o chansonnier des dames. Le chansonnier français.
— ÊTYM. Chanson.
4 . CHANT (chan), s. m. || 1° Sorte de modification de la voix humaine par laquelle on forme des sonsvariés, appréciables et soumis àdes intervalles réguliers. Il nous entretint de l'usage où l'on a toujours été de mêler le chant aux plaisirs de la table, Barthélémy, Anachars. chap. xxx. La poésie et la danse ne tardèrent pas à se mêler au chant dont elles sont des dépendances naturelles, lamotte, Disc, sur l'églogue, p. 283. Il 2* Suite de sons formant soit des phrases, soit des périodes musicales, que l'on nomme généralement des airs, et auxquelles on donne l'expression voulue par le sujet. Chant harmonieux. Chant lugubre. Chant pieux. Le chant de la Marseillaise animait les troupes de la République. L'art, les règles du chant. Chantons, on nous l'ordenne; et que puissent nos chants Du cœur d'Assuérus adoucir la rudesse I rac. Esth. lu, 3. 11 chante des chants de joie et de victoire, mass. Or. fun. Dauph. [Les psaumes] monuments immortels de l'histoire de Moïse, de celle des Juges, de celle des Rois, imprimés par le chant et par la mesure dans la mémoire des hommes, boss. Rist. n, 43. || Fig. Chant de sirène, langage trompeur. || 3Q Ramage des oiseaux, cri du coq, de la cigale; et ironiquement, la voix de l'âne, etc. Le chant du rossignol, du serin. Dès le chant du coq. le chant monotone de la cigale. Le paon se plaignait à Junon : .... Le chant dont vous m'avez fait don Déplaît à toute la nature, la font. Fab.ii. 17. [L'âne] Lève une corne tout usée.... Non sans accompagner, pour plus grand ornement, De son chant gracieux, cette action hardie, id. ib. iv, 5. || Fig. Le chant du cygne, la dernière et excellente composition d'un musicien, d'un poëte célèbre, d'un orateur, etc. Locution prise de ce qu'on pensait dans l'antiquité que le cygne, près de mourir, faisait entendre un chant mélodieux. || 4° Musique qui s'exécute avec la voix. Mettre un air en chant. Il a fait les paroles, un autre a fait léchant. Étudier un morceau de chant. || Plain-chant, chant grégorien, chant d'église, le chant ordinaire de l'Eglise dont la régularisation est attribuée à saint Grégoire. C'est de là que l'on est parti pour le faire auteur, c'est-à-dire compositeur de plain-chant; par une conséquence de cette invention prétendue, on a nommé le plain-chant chant grégorien, comme s'il était l'œuvre du célèbre pontife, la page, Cours complet de plain-chant, n° 754. || Chant figuré, notre chant ordinaire, par opposition à plain-chant, parce que les phrases musicales et leurs sections, les mesures, le ton, sont astreints à une marche et ont une valeur déterminée qui lui donnent une figure particulière et reconnaissable. |j Chant sur le livre, plain-chant ou contre-point à 4 parties, dans lequel une seule partie est écrite, celle du livre de chœur qui est au lutrin, les trois autres étant composées et chantées impromptu. || 6° Partie mélodique de la musique, celle qui résulte de la durée et de la succession des sons, celle d'où dépend en grande partie l'expression et à laquelle tout le reste est subordonné. Ce morceau manque de chant. |j Musique vocale. Parties de chant, celles qui sont exécutées parles voix. || Phrase musicale qui se détache de l'ensemble. Dans ce sens, se dit des instruments. Chant du violoncelle, du hautbois. || 6° Par extension, poésie qui se chante ou peut se chanter. Chant nuptial. Chant guerrier. Si dans nos chants ta douleur retracée.... rac. Esth.i, 2. || Chant royal, composition de notre ancienne poésie, qui avait cinq
strophes de onze vers, et un envoi de cinq à huit vers, ces six parties finissant par un même vers qui en formait le refrain. || 7* Au plur. Fig. et poétiquement, toute composition d'un ordre élevé en vers. Chants suhlimes, immortels. Mes chants rediront tes exploits. 11 excelle à conduire un char dans la carrière.... X réciter des chants qu'il veut qu'on idolâtre, rac. Brit. iv, 4. || 8" Division d'un poëme. L'Enéide a douze chants. Un chant du Lutrin.
— HIST. xii" s. Li oisel [se] lèvent, si commencent lor canz, Boncisv. 34. Jamais nuls chanz par moi ne fu olx, Coud, v. Or commence chansons moult bone à enforcier, Qui bien en sait les vers et le chant desrainier, Sax. iv. || xm* s. U [au] munde n'a si bel oisel; Fust tieus [tel] ses chans cum est ses cors, Il vauroit mix [mieux] que nul fins ors, marie, Fable 44. Li chastelains de Couci aima tant Qu'onc pour amor nus [nul] n'en ot dolor graindre [plus grande]; Pour ce ferai ma complainte en son cliant. Car je ne cuit que la moie soit maindre [moindre], anonyme, dans Couci. Pour qui ferai [je] mais ne chançon ne chant? ib. || xvi' s. Et rossignols au gay courage.... Chantent leur joly chant ramage, marot, i, 477.... Tous differens de chantz et de plumages, id. i, 216. Le chant a grande force et vigueur d'esmouvoir et enflammer le cœur des hommes, calv. 3-ih. Tout ce qu'ils appellent musique rompue, et chants à quatre parties, id. Instit. 74 4.
— ÊTYM. Picard, cant; provenç. can(, can, chant; espagn. et ital. canto; du latin cantus, chant, de canere, chanter.
t 2. CHANT (chan). Voy. champ 2.
■f CHANTABLE (chan-ta-bl') , adj. Qui peut être chanté ; digne d'être chanté.
— HIST. xir s. Cantables à mei esteient les tues justificaciuns, Liber psalm. p. 487. || xm* s. Chantables estaient à moi les teues droitures, Psautier,
— ÊTYM. Chanter; ital. cantabile.
f CHANTAGE (chan-ta-j'), s. m. Terme populaire. Action de faire chanter quelqu'un, c'est-à-dire de lui extorquer de l'argent en le menaçant de révéler quelque chose de scandaleux, ou de le diffamer, etc
— ÊTYM. Voy. CHANTER
CHANTANT, ANTE (chan-tan,tan-t'), adj. || l'Qui chante. Le phénix de la poésie chantante [QuiriVilt] renaît de ses cendres; il a vu mourir et revivre sa réputation dans un même jour, la bbuy. xii. || 2* Qui se chante aisément; qui est propre à être chanté, à être mis en chant. Air chantant. Musique chantante. Vers chantants. Paroles ohanlantes. Surun air aussi simple qu'elle Mettons des couplets bien chantants, bérang. Bouquet. || 3° Au théâtre, déclamation chantante, déclamation dont les intonations se rapprochent trop du chant. || Langue chantante, une langue accentuée et musicale ; l'italien est une langue chantante. || 4° Terme de musique. Composition chantante, composition dans laquelle l'auteur s'est attaché principalement aux effets de la mélodie. Cette sonate est chantante.
fCHANTARILLE (chan-ta-ri-U', H mouillées), s
f. Voy. CHANTERILLE.
CHANTÉ, ÊE (chan-té, tée), part, passé. || l"Dit en forme de chant. Un refrain chanté en chœur. Une messe chantée en musique. || 2° Célébré. La guerre de Troie chantée par Homère. || Fig. et ironiquement. Voilà bien Ghanté, se dit d'une personne qui allègue quelque raison non satisfaisante.
CHANTEAU (chan-t8), s. m. || 1* Morceau coupé à un grand pain. || Chanteau de pain bénit, ou, absolument, chanteau, le morceau qu'on envoie à la personne qui doit rendre le pain bénit le dimanche suivant. || Dans quelques provinces, le pain luimême, quand il est entamé. Passez-moi le chanteau. || 2" Morceau d'étoffe coupé à une plus grande pièce. Manteau coupé en plein drap sans chanteau. || Espèce de pointe que les tailleurs ajoutent sur le» côtés d'un manteau, d'une robe, d'une soutane. || 3' Une des pièces du fond d'un tonneau. || 4" Les chanteaux, les jantes du rouet.
— hist. xii* s. 11 est sailliz en piez, tint l'escu en cantel, Roncisv. 4 94. || xm* s. Li sire avoit devant son vis Torné son mantel en chantel, Lai de l'ombre. Il loisoit à tous ceuz qui le chantelage paioient à oster le chantel de leur tonniau et la lie vuider, Livre dc< met. 306. || xv' s. Mal se peut vuidier sans rongie; au chanteau de quelqu'un, g. chast. Expos, sur vérité mal prise. Le suppliant print un chanteau de pain qu'il rencontra, du canoë, eliantellut. || xvr s. Vous adjugez tous les vieux quartiers de lune aux caphardz.... Que tous ayent à se pendre dedans le
dernier chanteau de ceste lune; je les fourniray de licolz, rab. Pant. rv, Prol. Le chanteau part le vilain [dès que le vilain fait pain à part, il est censé à part pour tous les biens], loysel, 93.
— ÊTYM. Bourguig. chaintea; picard, conte, cantieu; Berry, le chantiau de la lune, le quartier; Saintonge, chanta; provenç. conte! ; espagn. cantillo; bas-lat. canlellus, de cantus, coin, côté (voy,
CANTON et CHAMP 2).
f CHANTH-CLAIR (chan-te-klêr) , s. m. Nom du coq dans le roman du Renart, si célèbre dans les xii" et xni* siècles.
— étym. Chanter, clair. Ce mot est passé dans l'anglais comme un des noms du coq : chanticleer.
T CUANTELAGE (chan-te-la-f) , s. m. Terme de droit féodal. Droit qu'on payait pour la vente du vin.
— hist. xiv s. Le chantellage de vin, c'est assavoir de chacun tonneau de vin vendu es dits hostels et en chacun d'eux, quatre deniers parisis, Ordonn. des rois de Fr. t. m, p. 313.
— Etym. Bas-lat. chantrlagium, cantelagium, de cantellus, proprement chameau, mais qui s'est confondu avec cnnterium, chantier (voy. chantier 4).
CHANTEPLEURE (chan-te-pleu-r'), s. f. || 1° Sorte d'entonnoir qui a un long tuyau percé de trous pour faire couler les liquides dans un tonneau sans les troubler. Depuis deux jours on m'entretient Pour savoir d'où vient. chantepleure ; Du chagrin que j'en ai, je meure, Si je savais d'où ce mot vient, Je l'y renverrais tout à l'heure, Le chevalier os cailly, dans richelet. || 2° Fente dans un mur de clôture ou de terrasse pour le passage des eaux. || 3° Robinet d'un tonneau à vin, à cidre ou à bière. || 4" Arrosoir de jardinier, à queue longue etétroite. || 5° Rigole ouverte dans la berge d'une rivière. || 6" Sorte de tonneau dans lequel on foule, en certains vignobles, le raisin avant de le descendre dans la cuve.
— HIST. xm' s. Vesci une cantepleure qu'on puet faire en un hanap, de laborde, Émaux, p. 204. Je puis avoir nom chantepleure. Qui de deuil chante et de tristor, Chanson dans Berte aux granz pies. Car le juge de vérité Punira nostre iniquité Par la balance d'équité, Qui ou val de la chantepleure Nous boute en grand adversité, J. de meung, Tr. 1363. Qu'il ait en le [la] maison cantepleures, et ke H pavemens soit arousés d'ewe froide, alebrant, f* 22. || xiv s. Une chantepleure d'argent verre, esmaillé par la panse, et a, au bout dessus, un esmail. de laborde, Émaux, p. 204. || xvi's. Ouaresmeprenant avoyt les temples, comme une chantepleure: les joues, comme deux sabbots, rab. Pant. iv, ai . Par l'instrument appelle chante-pieu re, l'eau ramonte tant qu'on veut.... La chante-pleure n'est autre chose que deux tuiaux d'esgale longueur et grosseur, joints ensemble faisans deui branches de telle figure que ceste lettre grecque A, o. de serres, 769.
— ÊTYM. Norm. c/iampeture, cannelle du tonneau; picard, champleuse; de chanter et pleurer, à cause du murmure que fait entendre le liquide en s' écoulant.
t CHANTEPLEURER (chan-te-pleu-ré), 1>. o. Mettre du raisin dans la chantepleure et le piétiner.
CHANTER (chan-té), V. n. || 1" Faire entendre un chant. Chanter juste. Chanter au lutrin. Maître à chanter. One femme chantait: C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait ! Dame mouche s'en va chanter à leurs oreilles, la font. Fabl. vu, 9. Un savetier chantait au matin jusqu'au soir ; C'était merveille de le voir ; Merveille de l'ouïr; il faisait des passages.... id. ib. J'ai raconté comment la mère indienne porte ses enfants , comment elle leur chante, comment elle les pare, chateaub. Amer. 64. On le berce, on lui chante pour l'endormir, J. J. aouss. Ém. i. 11 ne danse, ni ne chante, ni ne joue; il est pour la conversation, volt. Lettr.d'Argenlal, 4 3 déc. 4762. Chanter, ou je m'abuse, Est ma tâche icibas; Tous ceux qu'ainsi j'amuse^-Ne m'aimeront-ils pas? Quand un cercle m'enchante, Quand le vin divertit, Le bon Dieu médit : chante, Chante, pauvre petit, bérang. Vocation. || Chanter à livre ouvert, à première vue, chanter sans avoir besoin d'étudier les notes. Ouais I je ne croyais pas que ma fille fût si habile que de chanter ainsi à livre ouvert sans hésiter, mol. Mal. imag. H, 6. || Familièrement. C'est comme si vous chantiez, vous perdez votre temps, je ne vous écoute pas. 11 [l'amant] pleure, il se désespère, Mais c'est comme s'il chantait, désalgiers, Parodie de la Vestale. || Pain à chanter, le pain sans levain dont on fait l'hostie. Mince comme pain à chanter. Le pain à chanter , c'est, en suppléant Vellipse, le pain à chanter la messe. Voyez, dans l'his-
mCT. DE LA LANGUE FRANÇAISE.
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torique, vin et eau à chanter; ce qui exclut absolument le chanteau de pain , dont on avait parlé comme étymologie de pain d chanter. || Familièrement. Je le ferai chanter sur un autre ton, je le ferai agir, parler tout autrement. || Familièrement. 11 faudra qu'il chante plus haut pour avoir cela, il faudra qu'il en donne un prix plus élevé. || Familièrement. Faire chanter quelqu'un, lui faire faire quelque chose par force ou par ruse ; locution tirée de l'usage de chanter à table. Vous croyez donc aussi disposer de son âme? Vous l'avez rebutée, et j'appréhende fort.... — Eh bien! enlevons-la, je vous l'ai dit d'abord, Quand nous la tiendrons seule, il faudra qu'elle chante, montfledry, le Comédien poète , ui, 9. Le baron : Comment faquin 1 et la musique? Le laquais : Ehl c'est mon fort; je sais faire chanter l'Anglais le plus boutonné, le Hollandais le plus avare, quand l'un ou l'autre est amoureux d'une femme que je protège, la Musicomanie , 4. Ils porteront le fer et le feu au cœur de la France et la feront chanter, Lucien en belle humeur, t. i, dans le roux, Dict. corn. || En un autre sens, qui est celui de l'argot, faire chanter quelqu'un, l'obliger à donner de l'argent, par la crainte de révélations scandaleuses, vraies ou fausses. || 2° Etre chantable. On dit qu'un morceau ne chante pas, c'est-à-dire qu'il ne peut être chanté, qu'il n'entre pas dans le registre de la voix humaine. || Être chantant. || Chanter, se dit de l'exécutant, de l'instrument qui fait ressortir la mélodie, spécialement du violon, du violoncelle, du cor, par opposition au simple accompagnement. La basse seule chante dans ce morceau. || Imiter la voix humaine dans l'exécution instrumentale. || 3° Se dit aussi des oiseaux , de la cigale, et poétiquement ou ironiquement , d'autres animaux. Progné lui repartit [au rossignol] : Eh quoi 1 cette musique Pour ne chanter qu'aux animaux, la font. Fabl. m, 45. [L'âne] gambadant, chantant et broutant, id. ib. vi, 8. Dès que l'Aurore, dis-je, en son char remontait, Un misérable coq à point nommé chantait, id. ib. v, a. La cigale ayant chanté Tout l'été, id. ib. i, t. |] Se dit aussi de certains bruits qui ont une sorte d'harmonie. L'eau commence à chanter, elle est près de bouillir. J'écoutais chanter l'eau dans les bassins de marbre, lamart. Joc. i, 60. || 4" Réciter d'une manière qui approche du chant. Chanter en parlant. Ou elles [les femmes] hésitent ou elles chantent en lisant, fén. xvii, 98. || 8° Avec la préposition de, célébrer. Aussi bien chanter d'autre chose, Ayant chanté de sa grandeur, malh. m, 3. || Proverbes. Une porte mal graissée chante, c'est-à-dire il faut bien payer pour qu'on ne dise rien. || Ce n'est pas à la poule à chanter devant le coq, c'est-à-dire une femme ne doit point prendre un ton de commandement avec son mari.... Mon congé cent fois me fùt-il hoc, La poule ne doit point chanter devant le coq, mol. F. sav. v, 3. || Tel chante qui ne rit pas, on est souvent triste au fond, au miUeu d'apparences contraires. || Qui bien chante et qui bien danse Fait un métier qui peu avance, c'est-à-dire se livrer trop aux distractions nuit à la fortune.
— chanter, v. a. || 1° Exécuter un morceau de chant Chanter une chanson. Chanter un air , une hymne, la grand'messe, le dessus, la basse. Lorsque les chantres du printemps Réjouissent de leurs accents Mes jardins et mon toit rustique , Lorsque mes sens en sont ravis, On me soutient que leur musique Cède aux bémols des Monsignis Qu'on chante à l'Opéra-Comique, volt. Épitr. cvu. Je cherche où est le charme attendrissant que mon coeur trouve à cette chanson; mais il m'est de toute impossibilité de la chanter jusqu'à la fin sans être arrêté par mes larmes, 1. 1. rouss. Confess. 1. 1| Fig. et familièrement. Chanter toujours la même chanson, la même antienne, répéter sans cesse la même chose. Chanter à quelqu'un sa gamme, lui adresser de vifs reproches, lui dire ses vérités. || Chanter la palinodie, se rétracter, dire tout le contraire de ce qu'on avait dit. || Fig. Chanter magnificat à matines, faire une chose à contre-temps. || î° Célébrer, surtout en vers. La guerre de Troie qu'Homère a chantée. Où est cette merveilleuse fontaine qu'Ausone a chantée de toute la force de sa voix? balz. Entretien 30, dans richelet. Je chante les combats et cet homme pieux Qui, des bords phrygiens conduit dans l'Ausonie, Le premier aborda les champs de Lavinie, boil. Art p. m. Je chante ce héros qui régna sur la France Et par droit de conquête et par droit de naissance, volt. Henr. i. ... Son vainqueur sur les toits S'alla percher et chanter sa victoire, la font. Fabl. vu, 43. La prophétesse chanta sa défaite par une ode, uoss. Polit. Chantai , louez le Dieu que | vous venez chercher, rac. Ath. l. 3. Que sou nom
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soit béni, que son nom soit chanté, id. Esth. m, 9. Pour chanter un Auguste, il faut être un Virgile, boil. Disc, au roi. En joyeux gourmands que nous sommes , Nous savons chanter un repas, bêrang. Age fut. !| Annoncer, en parlant d'un oracle. Et chantant seulement des ordres immuables, Annonçant des arrêts qui sont inévitables, Il [l'oracle] néglige nos pleurs et défend aux mortels D'apporter leurs désirs aux pieds de ses au tels, brébeuf, Phnrs. v. || Fig. et familièrement. Chanter victoire, se glorifier du succès. || Chanter les louanges de quelqu'un, en faire de grands éloges. || 3" Par plaisanterie, dire. Que chantes-tu là? Qu'est-ce qu'elle chante cette physique [de quoi traite-telle]? mol. le Bourg, g. u, ». Au nom de Jupiter, laissez-nous en repos, Et ne nous chantez plus d'impertinent» propos, id. VÉlour. i, 8. Nous en tenons, madame, et puis prêtons l'oreille Aui boni chiens dependards qui nous chantent merveille, id. Dép. am. n, 4. Voyons ce qu'elle chante [écrit], rac. Plaid, n, 4. Ce n'est qu'un excès de peur des peines éternelles qui fait qu'un libertin nous prêche et nous chante sans cesse qu'elles sont douteuses, mass. Car. Doutes. || Chanter injures, pouilles, goguettes à quelqu'un, lui dire des injures, lui faire querelle. Nous nous sommes tous deux chanté pouilles à tort, regnard, Ménech. v, 6. || 4° Chansonner, railler. L'armée se console de la perte d'une bataille lorsqu'elle a chanté le général, montesq. Espr. ix, 7. ||5° Se chanter, v. réfl. Être chanté. Cette chanson satirique se chante partout.
— HIST. xi" s. Chanson malvaise de nous ne seit chantée, Ch. de Roi. lxxvii. Maie chanson n'en deit estre cantée, ib. cxi. || xn* s. Messes canter ferez, Roncisv. 48. Mais j'ai plus grand talent que je me coise, Pour ce j'ai mis mon chanter en defois, j'ai cessé de chanter], qubsnès, Romancero, p. 83. Les faux amants] Ne chantent fors qu'en pascor au printemps], Lors se plaignent sansdolor, Couci,
i. Nouvele amor où j'ai mis mon penser Me fait chanter de la plus debonaire, ib. il. Une beauté m'est venue devant Qui me semont et prie qne je chant, ib. v. [Gens] qui m'ont mis sus mensonge à escient, Que j'ai chanté des dames laidement, quesnes, Romane, p. 89. L'apostole s'apreste pour la messe chanter, Saxons, xin. En grant dévotion celé messe ad chantée, Th. le mort. 36. || xiii* s. Ains que l'en commençast à chanter la grant messe, li dus de Venise monta el letrin, villeh. xxxix. [Les dames] carolent et festoient et chantent hautement, Berte, ix. Et dit Renart : chante, cousins, Ren. 458a. Ce fu en la douce saison Que cler chantent li oisellon Por le tens qui est nez [net] et purs, Ren. 24346. En l'an de l'incarnation m et ce et mj et xxx. Si com l'escripture le chante, ruteb. u, 4b6. Et leur dis que vileinne chose estoit de chevaliers et de gentilzhomes qui parloient tandis que l'en chantoit la messe, joinv. 236. Lors envoia querre le roy le légat et touz les prelas de l'ost, et chanta l'en hautement : te deum laudamus, id. 246. Deux burettes d'or, à mettre le vin et l'eaue à chanter, à la chapelle du roy nostre sire, de laborde, Émaux, p. 4 79. Uneboeste d'argent à mettre pain à chanter, m. ib. p. 4 68. || xvx' s. La depesche de Thomas ù« Granson ne chantoit que la mesme chose, i/e'm. r. du G. 34. Vertus dieu que ne chantez-vous: adieu paniers, vendanges sont faictes? rab. Garg. i, 27. Tu es le seul dieu que j'honore, Aussi sans fin te chanterai, marot, iv, 330. Le parler et le chanter, si un en use en oraison.... calv. Instit. 74 4.... De leur présenter la tette, de les bercer, de les chanter,
PARB, XVIII, 29.
— ÉTYM. Picard cot'nter, conter; provenç. cantar, chantar; espagn. contar; ital. cantare ; du latin cantare, fréquentatif de canere.
4. CHANTERELLE (chan-te-rè-1'), t. f. || 1* La corde d'un instrument à manche qui a le son le plus aigu. Mettre une chanterelle à un violon. Si le son est tiré de la chanterelle ou du bourdon , J. j. rouss. Ém. H. || Appuyer sur la chanterelle, faire ressortir la partie qu'on exécute sur la chanterelle, la partie du chant qui est la plus intéressante; et fig. appeler l'attention sur ce qu'il y a de plus important en une affaire. || Fig. et familièrement. Ne haussez pas tant la chanterelle; je vous ferai baisser la chanterelle, c'est-à-dire ne le prenez pas si haut, je vous ferai baisser le ton , je vous rabattrai le caquet. || 2* Bouteille de verre fort mince, dont on tire des sons en soufflant dessus || 3° Terme de chasse. Oiseau qu'on met dans une cage, pour en attirer d'autres dans les pièges qu'on leur tend. || Femelle de perdrix dont on se sert pour attirer les maies.
— HIST. xvr* s. Néanmoins, elles ne dédaigneront les petits fredous de ma chanterelle, touchée
d'un ponce tant affectionné à votre bénin service,
tVEB, 5)9.
— ÊTYM. Chanter, ainsi dite, parce que c'est sur cette corde que se joue ordinairement le chant, liai, cantarella, oiseau servant d'appeau.
t 2. CHANTERELLE fchan-te-rè-1') , t. f. Pièce de l'arçon des chapeliers. || La fausse équerre des menuisiers et des charpentiers.
t s. CHANTERELLE (chan-te-rè-1*) , *. f. Champignon comestible (agarxcus eantharellus, £.), appelé aussi girole, jaunelet, chevrette.
t CHANTERILLE (chan-te-ri-lT , II mouillées) ou CHANTAR1LLE (chan-ta-ri-U' , II mouillées), *. f. Petite bobine qui reçoit l'or ou l'argent au sortir du moulin.
CHANTEUR EUSE (chan-teur, teû-z'), s. m. et f. || 1* Celui, celle qui chante, qui fait métier de chanter C'est un agréable chanteur. Un chanteur des rues. Il le fallut emporter ivre du festin entre les bras de quelque chanteuse, d'ablancoort , Lucien, t. I, Timon, dans richelet. || Première, deuxième chanteuse, chanteuse légère, emplois distincts au théâtre. Porte chanteuse, voix grave de femme. || 2° Adj. iïn termes d'histoire naturelle , les oiseaux chanteurs. || Substantivement. Quoi! je mettrais, dit-il, un tel chanteur [le cygne] en soupe 1 la font. Fabl. m, la. ...Les oiseaux des ténèbres, La chouette et l'orfraie et leurs accents funèbres, Voilà les seuls chanteurs que je veuille écouter, a. chênier, Idylles, la Liberté. || 8* Terme de marine. Se dit de ceux qui sont chargés de certains signaux donnés en chantant. || 4° Terme d'argot. Variété de voleurs qui pratiquent le chantage. || 5° Espèce d'épervier, dit aussi faucon chanteur (nisus canorus). || Nom donné par quelques naturalistes à une famille d'oiseaux : les chanteurs.
— SYN. 1. chanteur, chantre. Tous deux chantent par état, l'un le chant profane, l'autre le chant d'église. || 8. chanteuse, cantatricb. La chanteuse qui chante sur les théâtres , est aussi celle qui chante pour son plaisir, ou dans un salon, ou dans un atelier, ou même dans les rues, ou qui chante des chansons pour lesquelles une grande habileté musicale n'est pas exigée. La cantatrice est uniquement celle qui chante sur les théâtres et est pourvue de toute l'habileté que l'instruction et l'exercice peuvent lui donner.
— HIST. mi* s. Ne quer mais [ne cherche plus à] oïr chanteresse ne chanteur, ne les altres deduiz de la curt. Itou, t»6. |] nu* s. Quant uns chante; res vient entre gent honorée, raynouard au mot cantaire. || xvi* s. Et sur la harpe chanteresse Confesserai qu'il n'est Dieu tel.... marot, iv, 288. Ils font venir les chanteresses et femmes dissolues, la boétib, 284.
— ETYM. Provenç. canlaire, ckantaire, cantador, chantador; espagn. cantador; ital cantatore; du latin cantatorem, de cantare (\oy. chanter). L'ancien français chantere et le provençal chantaire est le nominatif singulier; chanteur et chantador, le régime singulier; chanteor et chantador, le nominatif pluriel; chanteors et chantadors, le régime pluriel ; répondant, suivant l'accent, à cantdlor, cantatorem , cantatàret. Le français moderne répond à la forme du régime singulier.
1. CHANTIER (chan-tié; l'r ne se lie pas; au pluriel l'i se lie : les chan-tié-z et les tonneaux), s. m. || 1* Pièce de bois sur laquelle on couche des tonneaux dans le cellier, dans la cave. Avoir, mettre du vin sur le chantier. || 8* Morceau de bois ou de pierre qui sert à maintenir le bloc, la pièce de bois que travaille un maçon, un charpentier. || 8° Terme de marine. Bloc de bois sur lequel porte la quille d'un vaisseau en construction ou en radoub. || Pièce de bois qui sert à caler et à assujettir dans les navires les colis, barriques, ballots, etc. || 4* Appareil qui porte les manivelles du cordier. || 6° Dans les trains de bois, bûche ou perche entaillée pour la liaison d'un certain nombre d'autres bûches.
— HIST. xiv* s. Le sire de St-Vallery aura le vin au prix qu'il couste au bourgeois sur les gantiers [chantiers], du cange, cantarium.
— ÊTYM. Portug. canteiro; ital. cantiere; baslat. cantarium, pièce de bois sur laquelle on couche les barriques de vin; du latin canterium, chevron.
2. CHANTIER (chan-tié), s. m. || i° Lieu où l'on couche, où l'on dispose certains objets pour les conserver en dépôt ou les travailler. On empile dans des chantiers couverts ou en plein air le bois à brûler, le bois de charpente ou de charronnage. Aller au chantier. Choisir du bois dans un chantier. On établit des chantiers pour y déposer et travailler le bois et la pierre d'un bâtiment en construction. |! Avoir du vin en chantier, mettre du vin en chan-