XXVII
— HIST. Charbonnier.
CHARBOUILI.É, ÉE (char-hou-llé, liée, Il mouillées), part, passé. Des blés charbouillés parla nielle.
CHARBOUILLER (char-bou-llé, Il mouillées, et non char-bou-yé) , v. a. Terme d'agriculture. Gâter, en parlant de l'action de la nielle sur les blés.
— ÊTYM. Carbunculare , de carbunculus, nielle, charbon, diminutif de carbo (voy. charbon).
tCHARBOUILLON(char-bou-llon, U mouillées), ». m. Terme de vétérinaire. Maladie des chevaux.
tCHARBUCLE(char-bu-kl'), s. f. Terme rural. Nielle des blés.
— ÊTYM. Carbuncuiui (voy. charbouiller).
t CHARCANAS (char-ka-nà), s. m. Terme de commerce. Étoffe de soie et coton fabriquée aux Indes.
CHARCUTÉ, ÉE (char-ku-té, tée), part, passé. Coupé en petits morceaux, en parlant de la viande.
CHARCUTER (ebar-ku-té), v. a. || 1» Découper, dépecer de la chair. || 2* Au figuré, se dit des viandes mal découpées à table, et des entailles faites dans les chairs par un opérateur maladroit, etc. Cette volaille est charcutée. On lui a charcuté uno heure le bras pour en extraire la balle. || 8" Se charcuter, v. réfl. Se couper, se taillader. En coupant se» cors, il ne fait que se charcuter.
— ÊTYM. Voy. CBARCUTIER.
CHARCUTERIE (char-ku-te-rie), s. f. || 1» L'état
et le commerce de charcutier. Acheter un fonds de charcuterie. || 2* Viande préparée par lescharcutiers. Vivre de charcuterie.
— ÊTYM. Charcutier.
CHARCUTIER, 1ÈRE (char-ku-tié, tiê-r'), s. m. et f. Celui, celle qui prépare et vend de la chair do porc, des boudins, saucisses, andouilles, etc. \\Adj. Maître charcutier. Garçon charcutier.
— RBM. L'orthographe et la prononciation ont longtemps varié entre charcutier et chaircutier. I) ta faut des chaircutiers et des rôtisseurs, J. J. rouss. Ém. H.
— HIST. xvi* s. Mais tant spéculatifs ne sont les chaircutiers de Paris, ainsi y sont appelles les maistres jurés, ne se meslans que de la chair de pourceau, qui, sans distinction de lune, tuent les pourceaux, 0. DE SERRES, 838.
— ÊTYM. Chair (vay. ce mot), et cuit (voy. ca mot) ; génev. chaircuitier.
CHARDON (char-don), s. m. || i* Genre de plantes de la famille des synanthérées, à feuilles épineuses et à calice formé d'écaillés piquantes. Le chardon est recherché par les ânes. Allons comme eux [les ânes] aux champs et mangeons des chardons, Régnier, Sat. ix. Il [l'âne] était alors dans un pré Dont l'herbe était fort à son gré; Point de chardon pourtant, il s'en passa pour l'heure, la font. Fabl. vin, <7. Qu'il [l'âne] dirait de bon cœur .... Content de ses chardons et secouant la tête : Ma foi, non plus que nous, l'homme n'est qu'une bête, boil. Sat. vin. Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes, Tant de grands bâtiments en masures changés, Et de tant de chardons les campagnes couvertes, Que par ces enragés? malh. ii, m. || Bête à manger du chardon, se dit d'une personne très-bornée. || Fig. Aimable comme un chardon, se dit d'une personne désagréable et revêclie. C'est un vrai chardon, qui s'y frotte s'y pique. || Chardon-Marie ou de Notre-Dame (carduus marianus, L.), employé quelquefois comme sudoiilique. || 2° Nom de différentes plantes qui appartiennent a d'autres familles qu'à celle des synanthérées. Chardon à bonnetier ou à foulon, plante dont les têtes servent à carder la laine, le drap (voy. cardère). Il Chardon bénit des Antilles, l'argémone. || Chardon bénit, carthame laineux, espèce de centaurée (cenfaurea benedicla, L.).\\ Chardon bleu, espèce de panicaut. || Chardon des Indes ou melon épineux, espèce de cactus ou de raquette. || Chardon doré, espèce de chausse-trape. || Chardon étoile, chausse-trape ordinaire (centaurea calcitrapa, L.). || Chardon hémorrhoïdal (serratula arvensis, L.). || Chardon roulant ou Roland, panicaut ordinaire (erynaium campestre, L.), dit aussi chardon à cent têtes. || 3° On donne le nom de chardon à certaines pointes de fer qu'on met sur les murs pour empêcher le passage. || 4° Espèce de raie, poisson. || 6* Chardon, ordre militaire qui fut institué en 1369 par Louis II dit le bon duc de Bourbon. || Ordre du Chardon en BeocM (voy. st-andré).
— HIST. Xlii's. Carele à cardons, quatre deniers [de péage], tailliau, Accueil, p. i». Chardon à
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foulon dont l'en atourne les dras, la charrete doit deus deniers, Lin. des met. 290. Mes chardon félon et poignant M'en aloient moult esloignant, la Ruse, 4883. || xv s. Pourquoi ne croist sur son tombeau Que du chardon qui l'environne ? Un corps qui n'a beu que de l'eau Ne produit herbe qui soit bonne, bassel. lvti. Ains m'a présenté landes pleines de joncs marins et de cardons dont rien que venin et lésion ne se povoit traire, G. chast. Chr. des ducs de B. i. Proesme. || xyi' s. Tu ne manges icy que joncs et espines, et durs chardons.... fy de ton fein et de ton avoyne : vivent les chardons des champs, puysque à loisir on y roussine, hab. Pant. v, 7. Epithemes faits d'eau de roses, de chardon bénit, paré, v, 2». X faute de quoi se sert-on, pour presurer et cailler le laict, de la fleur du chardon-privé, de la graine du chardon-benit.... o. de serres, 286. Chardon-nostredame, ou chardon-argentin, ou espine blanche, est appelle en latin bedegaris, m. 609. La Bourgongne fournit plusieurs provinces de chardons à draps, dits aussi à foulon et à bonnetier, id. 737. Mais fauxdanger gardoit sur le derrière Un portail fait d'espines et chardons, marot, I, «72.
— ÊTYM. Berry, échardon; picard, cardon; norm. cardron; provenç. cardo; espagn. et ital. cardo. L'espagnol et l'italien viennent de carduus, chardon; le français et le provençal supposent carduo, carduonis.
t CHARDONNEAU (char-do-nô) , t. m. Chardonneret.
t CHARDONNER (char-do-né), v. a. Terme de métier. Faire ressortir le poil d'une étoffe avec des chardons. || Se chardonner, v. réfl. Être chardonné. Cette étoffe se chardonné.
— ÊTYM. Chardon.
CHARDONNERET (char-do-ne-rè ; le t ne se lie pas; au pluriel 1'* se lie : les char-dc-ne-rè-z et les serins ; chardonnerets rime avec traits, succès, paix), s. m. Petit oiseau chanteur, qui a la tête rouge et les ailes marquées de jaune et de brun. C'est ainsi que le chardonneret affectionne le chardon, dont il a pris son nom, bern. de st-p. Étud. i.
— HIST. xiV s. Pinchons, cardonneriez, tarins, Modus, f° cxxvi. Ijxvi* s.... ou pas à pas le long des buissonnetz Allois cherchant les nidz de chardonnetz, marot, 1, SI 7.
— ÊTYM. Norm. cardronnette, ohardonnet; Berry , échardounet, chardonnet, échardonnet, écherdonnet ; picard, cordonnet, cadoreux, écardonnet; génev. chardinolet; wallon, cherdin, cherdont; rouchi, cardonète; ital. cardellino; de chardon, d'où chardonet de l'ancienne langue et des provinces; chardonneret, mot, d'après Ménage, de Paris et de la cour, suppose un mot fictif chardonner , chardonnier, celui qui fréquente les chardons.
t CHARDONNET (char-do-né), s. m. || 1* Terme de métier. Pièce de bois d'une porte de ferme du côté des gonds. || 2° Terme de ponts et chaussées. Se dit des pierres des écluses portant la feuillure dans laquelle tournent les poteaux tourillons.
— ÊTYM. Cardo, gond (voy. cardinal).
CHARDONNETTE ( char-do-nè-t' ) et CARDON- NETTE (kar-do-nè-f), s. f. || 1° Espèce d'artichaut sauvage, dont la fleur sert à faire cailler le lait. || 2° Terme de marine. Pièces de bois pour assujettir les boucauts, barriques, ballots, etc.
— HIST. xvi* s. Mais Rome tandis bouffera Des chevreaux à la chardonnette [cardon], marot, h, 4 34. Il ne vous faudra d'autre absolution ny d'autre chardonnerette qu'une demi dragme de catholicon, Sot. Ménipp. 7.
— ÊTYM. Chardon.
t CIIARDONNIÈRE (char-do-niê-r'), s. f. Terre préparée pour la culture du chardon.
— HIST. xvi' s. La chardonniere sera sarclée curieusement, O. DE SERRES, 737.
— ÊTYM. Chardon.
t CHARDRIER (char-dri-é), *. m. Un des noms vulgaires du chardonneret.
CHARGE (char-j'), s. f. \\ l°Ce que peut transporter une charrette, un bâtiment. || Rompre charge, décharger des marchandises pour les recharger, quand on change de voie ou de mode de transport. || Action de charger un navire d'objets de transport, de marchandises. Surveiller la charge d'un bâtiment. Vaisseau en charge, vaisseau dont on prépare, dont on fait le chargement. || Ce que peut porter un bâtiment rendu à sa plus haute ligne de flottaison. Ligne de charge. Morte charge, charge excessive. || Sorte de selle â trois pieds sur laquelle on place la hotte pour l'emplir. || 2" Ce que peut porter un homme, un animal. Les chevaux et les autres bêtes de charge, fen. Til.xvm. Polyphème arrive : ilpor-
tait une énorme charge de bois sec, id. xxi, 397. Celui-ci, glorieux d'une charge si belle, N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé, la pont. Fabl. i, 4. Me fera-t-on porter double bât, double charge? in. ib. vi, 8. Un homme haut et robuste porte légèrement et de bonne grâce un lourd fardeau; un nain serait écrasé de la moitié de sa charge, la brdy. xi. Le paria sortit une charge de bois see sur son dos, bern. de st-p. Ch. ind. || Populairement. Il en a sa charge, se dit d'un homme replet ou ivre. || Fig. ô vous que la bonne fortune Maintient à l'abri des revers, De la terre charge importune, Peuple inutile à l'univers, J. b. rouss. Odes, IV, 7. C'est une charge bien pesante Qu'un fardeau de quatre-vingts ans, quinault, Opéra, dans richelet. || 3° Ce qui pèse sur, faix, fardeau. On a donné trop de charge à ce plancher. || Epaisseur de maçonnerie que l'on met sur'les solives d'un plancher pour recevoir le carrelage. || Coutume par laquelle celui qui bâtit oblige son voisin à participer à l'excès d'épaisseur d'un mur. || Payer les charges d'un mur, indemniser le voisin, en raison de la plus grande charge qu'on net sur un mur mitoyen, en bâtissant. || Les poids que l'on place sur le carré dans une corderie. || Terme d'hydrodynamique. Charge d'eau, hauteur verticale de l'eau au-dessus d'un orifice ou d'un point quelconque. || 4° Mesure, quantité déterminée. Une charge de blé, de fagots, de vin et autres objets. Paul Louis amène, d'un bois non fort voisin, jinq cents charges de gazon ou terre de bruyère, p. l. cour, h, 182. ||Fig. et populairement. Une charge de coups de bâton, coups de bâton assénés violemment. || 5° Fig. Ce qui incommode, ce qui gêne. Cet office ne sera pas une charge pour moi. Vous imposez une grande charge aux confesseurs, pasc. JProe. 40. || Être à charge à quelqu'un, ou, simplement, être à charge, être un sujet d'embarras, de gêne. Je n'ignore pas combien je te serai à charge, fên. Tél. xv. Plein de mon seul amour, à charge à l'amitié, M. j. chénier, Fén. v, 2. Sans être à charge à l'empire, boss. Hist. i, 10. Quoique sa vie languissante lui fût à charge, fléchier, Mont. La vie m'est à charge, staël, Delph. v, lett. 6. || 6° Ce qui oblige à des dépenses. Les charges de la paternité. Toute cette population était une charge pour la ville. Réparations qui devaient être à ma charge. Lui qui n'a point de lourdes charges. On ne peut pas faire l'aumône, on a tant de charges, boss. m, Pent. 2. || Charge de ville, tout ce à quoi est obligé un bourgeois pour le bien de la ville où il demeure. || Être à la charge de quelqu'un, être défrayé de tout par quelqu'un. Ce vieillard est à la charge de ses enfants. || 7" Imposition. Le peuple gémit sous le poids des charges que le malheur des temps a rendues nécessaires, mass. Car. Mot. de conv. Les villes de Lycie payaient les charges selon la proportion des suffrages, montesq. Espr. ix, 3. || 8° Obligation , condition sous laquelle une chose est possédée , un droit est acquis ; dette , dont la charge se distingue quelquefois . Les dettes et charges d'une succession. Charges personnelles, celles que Chaque homme supporte. || X charge de revanche, avec obligation de pareil service. || En langage ecclésiastique, avoir charge d'âmes, être chargé d'instruire, de diriger, de confesser. Bénéfice à charge d'âmes. Les bénéfices qui n'ont pas charge d'âmes, pasc. Prov. 5. || Par extension, avoir charge d'âmes, se dit de ceux qui exercent un ministère moral. || 9° Magistrature, dignité, fonction publique. Entrer en charge. Sortir de charge. Les charges publiques. Celui qui a passé par les charges publiques. De qui n'est-il point reconnu Que toujours les tiens ont tenu Les charges les plus honorables? malh. iv, 6. Les siens qu'il agrandit, les charges qu'il dispense.... rotr. Vencesl. i, 8. lly va de ma charge, il y va de ma vie, corn. Poly. m, 6. Ils espèrent le mettre bientôt dans les charges, pasc. Lett. 6. On n'achètera pas une charge à l'armée si cher, id. div. 2. Les pasteurs qui étaient en charge auparavant, boss. Réfl. Les grandes charges peuvent aisément devenir des mines d'or, lorsque ceui qui les possèdent veulent renoncer à leur honneur et à leur conscience, thiers, Traité des jeux, épilre. Il devait faire la charge de gouverneur, hamilt. Gramm. 3. M. de Pomponne fait la charge comme s'il n'avait jamais fait autre chose, sév. 97. Son frère fait la charge en attendant, id. 386. On dit qu'il faisait un peu négligemment sa charge, id. 387. On a toujours vu, dans la république, de certaines charges qui semblent n'avoir été imaginées la première fois que pour enrichir un seul aux dépens de plusieurs, la bruy. xv. Femme pour laquelle Louvois eut le crédit de faire ériger une charge chez la reine : on la fit
dame du lit, volt. Louis XIV, 26. Ils furent obligés de se défaire de leurs charges et de quitter la cour, id. t'o. || Charge de notaire. Charge d'agent de change. || Vénalité des charges, droit de vendre une charge qu'on a achetée. Les charges de ces officiers ont une finance trop considérable; peut-être même serait-il à désirer que ces places ne fussent pas en charges, afin qu'on pût faire un choix libre entre toutes les personnes capables de cette administration, necker, Compte rendu au roi, janvier 4 784, p. 61. || Faire l'acquit de sa charge, en remplir le devoir fidèlement. || Fait de charge, fait de responsabilité commis par le titulaire d'une charge, dans l'exercice de ses fonctions. || Par plaisanterie. Je vous établis dans la charge de rincer les verres, mol. l'Av.m, 2. || 10" Commission, ordre. Tu acceptera» cette charge. Il a charge de diriger la guerre. Un autre qui a charge de faire la police du festin. Ou Rome à ses agents donne un pouvoir bien large, Ou vous êtes bien lent à faire votre charge, corn. Nicom. m, 3. Elle m'avait donné charge de vous le dire, id. le Ment, v, 6. Le héraut étant arrivé à Rome et ayant exposé sa charge, l'affaire fut mise en délibération, vertot, Révol. rom.ra, p. 496. Mille chevaux qui avaient charge de ne point commencer la mêlée et de ne point poursuivre l'ennemi, perrot, Tac. 446. Officiers qui ont eu charge de prendre garde aux bâtiments, desc. Méth.ïUn esclave avait charge de les avertir, boss. Devoirs, 4. Le Christ doit faire sa charge, id. Hist. n, 4. La conscience a charge de Dieu de nous avertir, id. Habit, s. || Aller au delà de sa charge, faire plus qu'il n'est enjoint. || Cela est de ma charge, cela est commis à mes soins. || Femme de charge, femme chargée de la garde, du soin de la vaisselle, du linge, etc. || 11° Indice contre un accusé ; accusation. Repousser les charges. Affaiblir les charges. Il y avait contre l'accusé une forte charge. Témoin à charge. Examiner les charges portées contre un accusé. Notre appel ne dépend pas proprement des charges , patru, Plaidoyer u, aans richelet. Les charges ne parurent pas suffisantes pour motiver la peine de mort, chatbaub. Natch. n, 236. || 12' Terme de guerre. Attaque impétueuse. Charge terrible de cavalerie. Une charge de cavalerie dispersa le peuple. Faire une charge. Commander la charge. Revenir à la charge. Enlever une position au pas de charge. Il a été jusqu'à cinq fois à la charge, sév. 203. X cette heure que je suis loin de votre altesse [le duo d'Enghien] et qu'elle ne me peut pas faire de charge , je suis résolu de lui dire tout ce que je pense d'elle, voit. Lett. 4 40. || Signal d'attaque donné par les tambours ou les trompettes. On bat la charge. On sonne la charge. Les théologiens eurent le sort de ceux qui sonnent la charge et ne partagent point les dépouilles, volt. Mœurs, 434. || Terme de musique. Air de musique militaire qui se joue quand on charge l'ennemi. || Fig. Revenir, retourner à la charge, insister, faire de nouvelles tentatives, et aussi lancer de nouvelles invectives. Il revenait opiniâtrement à la charge , fén. Tél. xiii. Un homme d'esprit et d'un caractère simple et droit peut tomber dans quelque piège.... il n'y a qu'à perdre pour ceux qui viendraient à une seconde charge : il n'est trompé qu'une fois, labruy. xi. || 13° La quantité de poudre et les projectiles qu'on met dans une arme à feu et dans une mine. La charge d'un fusil, d'un canon. Mettre double charge. J'ajoute au pistolet une petite charge sans bourre, J. J. rouss. Ém. i. L'augmentation de force produite par une plus grande charge dans un canon de longueur donnée a des limites très-étroites, condorcet, d'Arci. || Action de charger une arme à feu. Apprendre la charge. La charge en douze temps. || En physique, l'action d'accumuler l'électricité; le résultat de cette action. La charge d'une bouteille de Leyde, d'une batterie. || 14° Terme de métallurgie. Quantité de mine et de charbon qu'on jette à la fois dans un fourneau. || Entonnoir d'un fourneau. || 16° En termes de peinture, charge se dit de toute expression qui ajoute quelque chose de forcé, d'exagéré, de grotesque à la nature. Un tableau où l'on mêlerait les charges de Callotavec des figures de Raphaël. || Au théâtre, exagération dans la manière de jouer un rôle, de représenter un personnage. Cet acteur a fait une charge de son rôle. I| Populairement, histoire invraisemblable. La charge est bonne. Quelle charge 1 || 16° Terme de vétérinaire. Topique quelconque que l'on applique à un animal malade. || 17* Terme de jardinage. Bourse ou œil à fleur. || 18° Terme de magie. Le charme et le sort que les sorciers mettent en quelque lieu pour y faire leurs maléfices et empoisonnements, o'est-à-dire un pot de terre neuf et
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vernissé rempli de toutes sortes de choses. || 19° À la charge de, à charge de, loc. conj. X condition de. Nous avons reçu la vie, à la charge de mourir. S'il voulait être delà mascarade, à la charge de mener Mlle d'Hamilton, hamilt. Gramm. 7. ||X la charge que, à charge que, loc. conj. Â condition que. Donnez-lui l'argent qu'il peut gagner, à la charge qu'il ne joue point, pasc. Div. 2. Je vous les apprendrai, à la charge que vous ne ferez plus d'histoire, id. Prov. 6. X la charge qu'elle ne vous dégoûtera point de notre amitié, balz. Liv. vu.letl. ». Je te pardonne à la charge que tu mourras, mol. Fourb. ni, 4 *. X la charge que si.... id. l'Étour. i, 8. || X la charge d'autant, loc. adv. X condition qu'on en fera autant. C'est, comme tu sais, à la charge d'autant, hamilt. Gramm. ». Mais le drflle peut-être, en me rendant content, Prétendrait me servir à la charge d'autant, montfl. Femme juge.... u, 2. Rendez- moi ce service à la charge d'autant, p. L. COHR. i, 475. || On dit, dans le même sens, à charge de revanche. || Proverbes. Il faut prendre le bénéfice avec ses charges, c'est-à-dire il faut souffrir les incommodités d'une chose dont on tire d'ailleurs des avantages. On dit dans le même sens : Ce n'est pas un bénéfice sans charge. || Une charge est le chausse-pied du mariage, c'est-à-dire un homme trouve plus facilement à se marier quand il a quelque emploi.
— syn. charge, fardeau, faix. Fardeau est le terme le plus général ; c'est ce qu'on porte ; un fardeau est lourd ou léger. Faix ajoute à l'idée de fardeau celle d'une pression qui gêne, qui lasse, qui accable; on plie sous le faix; un faix n'est jamais léger; ajoutons que f;iix est un mot du langage poétique. Charge détermine le sens de fardeau à être précisément ce qu'un homme, une bête de somme, une charrette, un navire, peuvent porter.
— HIST. xn* s. E David li dist : Si tu t'en viens odmei, tu m'iers à charge, Rois, 4 77. Le fundement [il] fist de pierres grosses e de dur grain, si 1' fist faire led e large, que bien sustenist la charge, Rots, 2*5. || xiv* s. Et à gouverner une naif [nef, vaisseau] , il convient considérer la façon de la naif et la charge, oresme, Eth. 36. Pour doubte de la charge des debtes, Ordonn. des rois de France, t. vu, p. 644. || xv s. Quand messire Louis d'Espaigne et toute sa charge de gens d'armes furent venus en l'ost.... froiss. i, i, 478. Messire Robert s'appareilla le plutost qu'il put, et fit sa charge de gens d'armes et d'archers, et s'en vinrent assembler en la ville de Hautonne-sur-mer, id. i, i, 82. Messire Jean d'Armignac à grand route, le connestable de France aussi à grand charge, id. h, h, 3. Ni onques messire Garcis n'osa parler ni prier de paix.... car il eust perdu sa parole, puisque messire Olivier de Cliçon l'avoit en charge, id. h, in, 8. Sans avoir charge aucune [reproche], ch. d'orl. Songe en complainte. Et l'avoit fait emprisonner, lui donnant charge [accusation] qu'il estoit là venu pour.... comm. i, 4. 11 donnoit charge de cette matière à ceste maison de Croy , id. ib. Le roy lui bailla charge de conduyre son avant garde, id. i, 3. Envoya le bastard de Bourgongne avecques grant nombre de gens qu'il avoit soubz sa charge, id. ib. La fille d'un tel serait bien sa charge [son fait] , louis xi, Nouv. xliv. Il xvr* s. Quand il nous commande de remettre aux hommes les offenses qu'ils nous ont faites, il les reçoit en sa charge, calv. Instit. 64*. Ce sont beaux mots , que bravade, Soldat , cargue, camizade, Avec un brave sangdieu, du bell. m, 87, verso. Ayant charge de faire la harangue au pape, mont. i, 40. Un advocat et un juge qui ont failly en leur charge, id. i, 56. Pour avoir tourné le dos en une charge contre les Parthes, id. t'6. Où les hommes portent les charges sur la teste, id. i, 4 4 3. Il me donna en charge à un Allemand qui.... id. i, 4»3. Nul ne possède rien de propre , et nul n'est en charge à ses prochains , lanoue, 634. M. le prince manda de faire une charge générale, ce qui fut fait, où les catholiques furent menez partie au trot, partie au galop, id. 687. Vaisseaux de charge, amyot, Marins, 26. L'autre revint à la charge sur lui et le blessa de deux coups d'epée, d'aub. Vie, xxvt. Sa troupe oiant les pistollades reprit la charge.... Miraumont, qui n'avoit lors que 50 chevaux, prend la charge et renverse toute la cavallerie, id. Hist. u, 468. Il respond charge au qui vive, id. ib. m, ». La cavalerie estrangere, honteuse d'avoir tant marchandé, prit la charge à tout, et lors s'escria, charge atout, à quoi il fut bien obéi, id. ib. ni, 242. Et tous à la fois, donner une cargue, avec telle furie que.... carl. v, 25. Ils ne font difficulté de dissoudre en vin deux charges de poudre à canon et les avaller, paré, a, 2* Dise, ô fortuné celuy
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qui bien loin de la guerre.... Qui ne sait quel mot c'est que cargue, camisade, Sentinelle, diane, escarmouche, embuscade, rons. 836.
— ÊTYM. Berry, sarge; provenç. etespagn. carga; ital. carica (voy. charger).
CHARGÉ, ÉE (cbar-jé, jée), part, passé. || i* Qui a reçu une charge. Lus épaules chargées d'uu lourd fardeau. La charrette mal chargée par les hommes de service. Un navire chargé. Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé.... la pont. Fabl. i, *. Et le pauvre baudet si chargé qu'il succombe, m. to. vi, 46. Tous ces mille vaisseaux qui, chargés de vingt rois, N'attendent que les vents pour partir sous vos lois, rac. Iph. i, 4. || Être chargé comme un baudet, être chargé avec excès. || Pièce chargée, pièce de monnaie qu'on a affaiblie de son propre métal, et à laquelle on a ajouté du métal étranger pour la rendre de poids. || Dés chargés, faux dés dont se servent ceux qui volent au jeu. H 2" Par extension, rempli, couvert. Des buffets chargés de provisions. Des soldats chargés de butin. Arbre chargé de fruits. De Romains le rivage est chargé, rac. Hithr. iv, 7. Les montagnes de Dauphiné, qui paraissaient à la main gauche, à dix ou douze lieues de nous, toutes chargées de neige, voit. lett. m. || Un ciel chargé de nuages. Le temps est chargé, il est couvert. || Chargé de fers, enchaîné. Rome vit passer au nombre des vaincus Plus d'un captif chargé des fers d'Antiochus, rac. Bérén. in, 4. || Chargé de vin, ivre. || Chargé de coups, battu violemment, à outrance. || Bobine chargée, quenouille chargée, pipe chargée, bobine, quenouille, pipe qui ont reçu leur charge de fil, d'étoupe, de tabac. || 3° Fig. Chargé de dettes. Chargé d'honneurs. Chargé de crimes. Chargé de malédictions par tous les gens de bien. Une province chargée de taxes. [Ils] descendaient au tombeau tout chargés d'infamie, corn. Cid, u, ». Chargé d'un long âge, id. Othon, i, 4. Un regard toutchargédes traits de la pitié, tristan, Mariane, u, *. L'honneur de cet acte héroïque Dont mon nom est chargé par la rumeur publique, mol. D. Garde, v, 6. Le lion Chargé d'ans et pleurant son antique prouesse, la font, Fabl. m, 4*. Que chargé malgré moi du nom de son époux, rac. Baj. il, 3. Chargé de mille cœurs conquis par mes bienfaits, id. Bér. n, 2. Attendez pour partir que César vous renvoie Triomphant et chargé de titres souverains, id. ib. i, 3. Il te sied bien d'avoir en de si jeunes mains, Chargé d'ans et d'honneurs, confié tes desseins, id. Baj. iv, 7. Que David vainqueur, d'ans et d'honneurs chargé, id. Athal.m, 7. Il vit chargé de gloire, accablé de douleur, id. tlithr. v, *. Et qu'il meure chargé de la haine publique, id. Àndr. iv, 3. N'offrez point un sujet d'incidents trop chargé, boil. Art poét. ni. Les petits sont quelquefois chargés de mille vertus inutiles : ils n'ont pas de quoi les mettre en œuvre, la bruy. xi. || Ce malheureux est chargé d'enfants, il a une trop nombreuse famille pour les ressources qu'il possède. || 4° Mis sur ce qui doit porter. Le fardeau ayant été chargé sur les épaules. Les marchandises chargées sur la charrette , sur le navire. || 6° Grevé. Une succession chargée de rentes viagères. || 6° Muni d'une charge de poudre. Un canon chargé. Une mine chargée. En avant, partons, camarades, L'arme au bras, le fusil chargé , bérang. Vieux caporal. || Bouteille de Leyde chargée, bouteille sur laquelle l'électricité a été accumulée. || 7° Terme de manège. Chargé d'épaules, de ganache, expression dont on se sert pour indiquer qu'un cheval aces régions trop fortes, trop développées. || Par extension. Cet homme est chargé de ganache, il a de grosses mâchoires; et fig. Il est lourd d'esprit. || Être chargé de cuisine, être fort gras, avoir un gros ventre. || 8° Lettre chargée , lettre dont a fait constater l'envoi à la poste, et dans laquelle d'ordinaire on envoie des valeurs, qui en sont la charge. || 9° Terme de blason. Recouvert par d'autres pièces. Bande d'or chargée de six croisettes de sable. || 10° Attaqué impétueusement. L'ennemi, chargé par la cavalerie, se débanda. || 11° Trouble, épais, foncé. Urine chargée. Vin chargé. Couleur chargée, couleur trop forte ou trop épaisse. || Écriture trop chargée, écriture dans laquelle on a employé trop d'encre. || Langue chargée, langue recouverte d'un enduit épais, blanchâtre ou jaunâtre. || Yeux chargés, yeux gonflés et appesantis. Chargés d'un feu secret vos yeux s'appesantissent, rac. Phèdre, i, 1. 1| 12" Qui est en caricature. Un portrait chargé. || Exagéré. Surtout la peinture des infamies clandestines n a-t-clle pas été chargée? dider. Ess. s. Claude. || Musique chargée, musique où l'on prodigue plus de moyens d'expression
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et de beautés accessoires qu'il n'en faut. || 13" Qui a mission de, qui porte comme mission ou confidence. Chargé d'une affaire publique. Chargé de faire faire les statues. Chargé de porter la parole. La sénat chargé des vœux de tout l'empire, rac. Bérén. H, 2. Qu'il tremble, il est chargé du secret de son maître, volt. Fanât, iv, 4. || S. m. Un chargé d'affaires, celui qui en l'absence d'un plénipotentiaire est chargé, près d'une cour, des intérêts de son gouvernement. || Un chargé de cours, celui qui fait un cours, sans être professeur titulaire. || 14" Contre qui on porte des accusations. Trèschargé par les témoins. On dit qu'une âme simple découvrit au pape le désordre de ses neveux; que le cardinal Albani fut fort chargé, st-sim. *88 , 87. Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez , Quels amis me plaindront quand vous m'abandonnez I rac. Phèdre, iv, 2. || 15* Terme de marine. Bâtiment chargé en côte, poussé vers la terre par le vent et une grosse mer. || Maître chargé, premier maître responsable des objets d'armement, t CHARGEANT, ANTE (char-jan, jan-t') , adj. || 1" Pesant, difficile à digérer. Ces viandes-là sont trop chargeantes. Il n'y a rien de si chargeant que la croûte de pâté. || 2" Fig. Ennuyeux, importun, fatigant. Ces visites sont si chargeantes. Vieilli.
— HIST. xiii* s. Por ce que moult seroit longue cose et carquans as homes qui font les jugemens, beaum. 33. || xiv* s. Par aventure il aurait opinion que celui qui le visite est trop charchant et trop ennuyeux, oresme, Eth. 28i. || xv* s. Car quant vieux est, chascun lui fait la nique, Chascun le veut arguer et reprandre, Il est àchascun chargens, eust. deschamps, Son éducation. Car quant fruit fault, vielzhoms devient chargans, id. Poésies mss. !" 356, dans lacurne. Vuidier vous fault hors de ciens [céans] ; Car paresceux estes et court, Chargant, dormant, annuyant, sourt, id. ib. f° 4*8. || xvi* s. Il s'y déporta si sagement qu'il ne fut ny chargeant, ni desplaisant aux naturels habitans du pays, amyot, Galba, 2*.
CHARGEMENT (char-je-man), t. m. || 1° Action de charger. || 2* Charge d'une voiture. || 3° Cargaison d'un bâtiment. || 4° Action défaire constater sur les registres de la poste l'envoi d'une lettre, d'un paquet,
— ÊTYM. Charger.
t CHARGEOIR (char-joir), ». m. Ustensile qui sert d'appui et de support à la hotte. || Ancien terme d'artillerie. Instrument pour charger.
— ÊTYM. Charger.
t CHARGEON (char-jon), s. m. Terme rural. Sarment de vigne taillé à un, deui ou trois yeux.
—ÊTYM. Charger.
CHARGER (char-jé. Le g prend un e devant a ou o : nous chargeons, je chargeais), v. a. || 1" Mettre une charge sur. Charger un âne de fruits, des vaisseaux d'armes. On le chargea d'un lourd paquet. Nous chargeons d'un casque nos têtes blanchies. Eh quoi I charger ainsi cette pauvre bourrique ! la
font. Fab. m, 4 D'acteurs mal ornés chargeant
un tombereau, boil. Art p. i. || Par analogie. Tu serais trop vain Si ce honteux trophée avait chargé ma main, corn. Cid, i, 7. || Terme de marine. Embarquer et arrimer à bord des objets. Charger en cueillette, charger pour plusieurs personnes. Charger à sec, charger pendant la basse marée. Charger en grenier, charger sans emballer. || Terme de jardinage. Charger une couche, mettre, sur le fumier qui la compose, la terre ou le terreau nécessaire à la culture qu'on veut y établir. || Terme de trictrac. Charger le bidet, mettre un grand nombre de dames sur une flèche. Vieux.-|| Terme de métier. Appliquer des feuilles d'argent sur une pièce de métal ou de bois. Souder du fer à une pièce qui est trop mince. Appliquer certains ingrédients sur les peaux et les cuirs. Mettre dans la cuve ce qui est nécessaire pour faire une teinture. Enfiler une volaille avec une broche. || 2° Peser d'un trop grand poids sur. Les bagages chargent cette voiture. Cette poutre charge la muraille. || Par extension. Mille bonbons, mille exquises douceurs Chargeaient toujours les poches de nos sœurs, gresset, Vert-vert, i. || Par analogie. La galette charge l'estomac. Se charger l'estomac. || Fig. Il ne faut pas trop charger la mémoire des enfants, il ne faut pas les obliger à retenir trop de choses. Charger sa mémoire de bagatelles. Les douze vers qui expriment cette moralité en termes généraux ont tellement plu, que beaucoup de gens d'esprit n'ont pas dédaigné d'en charger leur mémoire, corn. 4" Discours du poème dramatique, p. 6. || 3° Emplir, couvrir, accabler. On chargeait une table de mets. Et chargez de perles vos têtes Comme quand vous allez aux
(êtes Où les dieux tous font appeler, malh. ni, 2. Telle qu'une bergère aux plus beaux jours de fête De superbes rubis ne charge point sa tête, boileau, Art p. n. H Charger de chaînes, enchaîner. || Fig. Mon courroux n'a déjà que trop de violence, Sans le charger encor d'une nouvelle offense, mol. Sgan. 6. Corneille a aimé àcharger la scène d'événements dont il est presque toujours sorti avec succès , la bruy. i. Il 4° Charger quelqu'un de coups, d'injures, de malédictions, l'en accabler. Détournons les yeux des soufflets sacrilèges dont on le charge, mass. Car. Passion. Il fut craint, mais l'histoire a dans tout l'avenir De haine et d» mépris chargé son souvenir, u. 1. chênier, Charles IX, ni, 4. Il pourrait bien, mettant affront dessus affront, Charger de bois mon dos comme il a fait mon front, molière, Sgan. 47. Il Absolument, battre. Vous n'avez pas chargé son dos avec outrance? mol. l'Étour. ni, 4. Je veux.... Que tous deux à l'envi vous me chargiez ce traître, mol. Éc. desf. iv, 9 Si quelque affamé venait pour en manger, Tu serais en colèro et voudrais le charger, mol. Éc.desf. u, 3. US" Mettre sur, en parlant d'un fardeau. Charger sur ses épaules un fardeau. Ênée avait chargé son père sur son dos. Il avait fait charger du blé sur la Saône. Je vois de grands garçons charger un tonneau de vin, J. J. rouss. Ém. m. || 6" Charger un registre d'un article, ou charger un article sur un registre. || Charger une lettre, un paquet, faire constater sur les registre» delà poste l'envoi d'une lettre, d'un paquet. || Charger un mot, écrire un mot sur un autre sans effacer celui-ci. H 7° Rendre trouble. Un accès de fièvre qui charge l'urine. || En parlant de la langue, y produire un enduit morbide. Un embarras gastrique charge la langue. || 8" Imputer à quelqu'un, et, spécialement, déposer contre lui, l'accuser. Chargerquelqu'un de ses propres torts. Les témoins n'ont pas chargé l'accusé. Ils ne cessaient de le charger tantôt d'avarice et tantôt de trahison, vaugel. Q. C. liv. x, dans richelet. On ne peut les charger d'aucun assassinat, corn. Poly. 1, ». Tous deux l'ont accusée, et, s'ils s'en sont dédits Pour la faire innocente et charger votre fils.... corn. Nicom. iv, 2. Le récit de ses fautes est pénible ; on veut les couvrir et en charger un autre ; c'est ce qui donne le pas au directeur sur le confesseur, la brut. h. Chargez-la comme il faut, monsieur, et rendez les choses bien criminelles, mol. l'Avare, v, 5. Des personnes qui le chargeaient des mêmes choses que vous, id. Impromptu, 3. Alors qu'aura servi ce zèle impétueux, Qu'à charger vos amis d'un crime infructueux? rac. Baj.u, 3. || 9" Imposer une charge, une condition onéreuse. Charger les provinces d'un tribut. Il vit heureux [Baléazar], et tout son peuple est heureux avec lui; il craint de charger trop ses peuples, pén. Tél. vin. || Charger une terre d'une redevance. Charger une succession d'un legs. Il Fig. Le grand nombre d'observances dont Moïse a chargé les Hébreux. X quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous?lafont. Fab. xi, 8. y 10° Donner commission, donner ordre. Il fut chargé du commandement de l'armée. On l'avait chargé de ce soin. Voici ce dont je vous charge. Ils le chargèrent de dire à Alexandre que.... vaugel. Q. C. liv. ni, dans richelet. Rome qui m'a depuis chargé de son empire, corn. Othon, ni, 3. Zerbinette m'a chargé promptement de venir vous dire que.... mol. Fourber. de Scap. 11, 8. Et qui vous a chargé du soin de ma famille?RAC. Iph. iv, 6. De péculat, il n'y en avait pas davantage, puisqu'il ne fut jamais chargé ni de l'argent du roi ni de celui de la Compagnie, volt. Louis XV, 34. || Charger quelqu'un de ses pouvoirs, de sa procuration. || 11° Mettre dans une arme à feu la poudre et les projectiles. Charger un fusil, un canon. H Absolument. Charger à balles, à mitraille. || Chargez, terme de commandement. || 12° Par extension. Charger une bouteille de Leyde, une jarre, une batterie électrique, y accumuler l'électricité. |j Charger une bobine, y enrouler la quantité de soie ou de fil qu'elle peut recevoir. || Charger une quenouille, y mettre de la filasse de lin ou de chanvre. || Charger une pipe, la remplir de tabac. || Charger une plume d'encre, un pinceau de couleur. || 13° Attaquer avec impétuosité. L'infanterie chargea l'ennemi qui pliait. Ils avaient ordre de ne se point découvrir que l'ennemi ne fût passé, pour le charger en queue, d'ablancourt, Luc. t. u, dans richelet. Joint les ennemis, les combat et les charge, plêch. Tur. Les partisans du tribun mirent l'épée à la main et chargèrent la multitude, vertot, Rewl, rom. liv. x, p. 36. Ces paysans chargèrent les bourgeois à coups de pierres et de bâtons, id. ib. x, 4 0. || Absolument. Charger à la baïonnette. Charger à la tête de la ca-
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valerie. D'abord il a si bien chargé sur les recors, mol. l'Étour. v, 4. Il 14° Exagérer, amplifier. Charger le prix d'une marchandise. Charger un article, en grossir le prix. Charger un compte, l'exagérer. H Outrer. De la manière dont il charge les choses» il semble qu'il ait voulu se faire peur à lui-mêm» boss. Relat. Pour diminuer l'horreur de l'athéisme, on charge tropl'idolA trie, M0NTESQ.#sp.24,a. || Charger un récit, une histoire, y ajouter, l'amplifier. Un comique outre sur la scène ses personnages ; un poète charge ses descriptions, la bruy. in. || Absolument. L'homme est né menteur.... voyez le peuple, ilcontrouve, il augmente, il charge par grossièreté et par sottise, la bruy. xvi. || Rendre ridicule une figure par certains traits qui en grossissent, diminuent ou altèrent quelque partie. || Par extension, passer la mesure, en parlant du jeu d'un acteur et aussi du style. Cet acteur charge son personnage. Ce comédien a l'habitude de charger tous ses rôles. Ce romancier a chargé le portrait de son héros. Et absolument : Les comédiens de province chargent plus que ceux de Paris. || 15° F. n. Ajouter. Sur mon inquiétude ils viennent tous charger, mol. Amph. m, 4. Vieilli en ce sens. || 16° Terme de jardinage. On dit que les arbres chargent beaucoup, quand ils ont beaucoup de fruits noués. || 17° Se charger,' v. réjl. Prendre une charge. Se charger d'un fardeau. Ses vaisseaux en tous lieux se chargent de soldats, rac. Mithr. Vf, 4. || Absolument. Aide-moi à me charger. Il ne peut se charger tout seul. || Fig. N'allons point nous charger d'une haine immortelle, rac. Bérén. m, 2. || Se charger d'une dette , la prendre à son compte. Il se charge d'une dette et en charge son bien, patru, Plaidoyer 3. || 18° Se couvrir. Cette femme ambitieuse et vaine croit valoir beaucoup , quand elle s'est chargée d'or, de pierreries et de mille autres vains ornements, boss. la Vallière. || 19° Se charger d'un crime, d'une faute, s'en reconnaîtra l'auteur, en assumer la responsabilité. Et je vous viens, seigneur, offrir une victime, Non pour sauver sa vie en me chargeant du crime , corn. Cinna, v, 2. Je me charge devant Dieu de tout le péché, boss. Lelt. abb. 89. || 20° Prendre le soin, la conduite de. Se charger d'une cause , d'une ambassade. Si tu te chargeais de corriger ce livre. Se charger de grands travaux. Que le ciel se chargerait du reste. De l'intérêt du ciel pourquoi vous chargez-vous? Pour punir le coupable , a-t-il besoin de nous ? mol. Tart. iv , 4 . Et je me chargerais du soin de le défendre, rac. Phèdr. îv, 5. Je me charge de tout, fût-ce encor de ta haine , volt. Catil. m, 3. || 21° Se charger de quelqu'un, le prendre à sa charge pour le nourrir, l'entretenir, ou le prendre avec soi pour la vie commune, pour un voyage, etc. D'un gendre sans appui voudra-t-il se charger? rac. Mithr. m, 4 . Quoi ! votre amour se veut charger d'une furie ? m. .Indr. m, 4. Moi, j'irais me charger d'une spirituelle Qui ne parlerait rien que cercle et que ruelle, mol. Éc. des (.1, 4. Il 22° Le temps se charge, il se couvre de nuages. Le ciel se chargeait peu à peu. Il 23° Devenir trouble. X la fin d'un accès de fièvre l'urine se charge. || La langue se charge, elle se couvre d'un enduit. || 24° En termes de manège, se charger d'épaules, de ganache, de chair, se dit d'un cheval quand il engraisse trop. || 25° Recevoir une charge de poudre. Ce fusil se charge par la culasse. || 26° S'attaquer l'un l'autre. Les deux troupes se chargèrent avec vigueur.
— HIST. xi* s. D'or et d'argent quatre cenz muls chargez, Ch. de Roi. m. ||xn°s. Ne de tous ceus que vous cargié m'avez, Roncisv. p. 404. Vous me carjastes vos fils et vos amis, ib. p. 480. M'ame pourrait chargier plus pesant faix [avoir chagrin plus grand], Coud, xxn. || xm* s. Onques en nul termine ne furent aussi chargié de guerre corne il furent à celui point, vii.leh. clxix. Et quant les nés [nefs] furent chargies d'armes et de viande et de chevaliers et de serjans, m. xliv. Et sachiés que il fu moult cargiés et fu féru d'un glaive parmi le cors, m. lxxii. Et li rois la fist atourner richement comme fille de roi, et li carga assés or etangent, Chron. deRains, p. 4 3. Sovent me semont [Bel Accueil] d'aprochier Vers le bouton et d'atouchier Au rosier qui l'avoit chargié, la Rose, 2885. Nus [nul] arbre qui soit qui fruit charge, ib. 4 334. Etlor doit carquier qu'il dient la cause à son home por quoi il est semons, beaum. 46. Il a esté deffendu, por ce qu'il carquoient si lor mesons et lor héritages de tix [telles] choses.... qu'on lessoit après les mesons, porce que eles estoient trop carquies, id. xxiv, 20. Je ne puis pas mon héritage carquier de douaires, fors que selonc ce que coustume done, id. xxxiv, 23. Je, qui n'avoie pas mil livrées de terre, me charjai, quant j'aie outremer, de moy
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dixième de chevaliers, joinv. 244. Il estoit ainsi, que, quant le soudanc vouloit charger [donner un ordre], il en7oioit querre le mestre de Haulequa [de la garde], ni. 235. 11 respondirent touz que avoient ^ chargié [confié] à Mons Guion Malvoisin le conseil que il vouloient donner au roy, id. 265. Et nous chargèrent les Sarrazins tous de pyles [javelots] qua il traoient au travers du flum, m. 223. ||xiv* s. Quérir et vouloir estre honoré des humbles et moiens ou petis, c'est une chose charchant et qui n'est pas à loer, oresme, E th. 4 23. ||xv*s. Ce voyage chargeoit [contrariait] trop fort le duc de Bourgogne, et disoit quo c'estoit une chose et une guerre sans raison , troiss. m, it, as. Ils firent leurs messages sagement et à point, ainsi qua chargé leur estoit, id. 1, 1, 45. Il prit tout ces joyaux et presens, et les chargea à son cousin messire Mansart, et lui dit de les reporter en France, id. 1, I, 300. Et laissa le roi pour capitaine Aimery de Pavie ; et lui chargea en garde touta la ville et le chastel. n>. 1, 1, 323. Les vins et marchandises que ils menoient, ils dirent que ils avoient cargé pour mener en Flandre, id. n, m, 34. Et chargeoit le conte de Charolois ces gens de ceste maison d'avoir.... comm. i, 2. Et chargèrent sur nos archiers et ceulx qui les conduysoient, id. u, 2. Et lui chargea [recommanda] la dame blanche Qu'il y retournast hardiment, villon, Repue du Pelletier. Ceux qui avoient esté présents où nostre ivrogna s'estoit chargé [soûlé], louis h, Souv. vi. ||xvi°s. Il les chargea [attaqua] touts endormis, mont, i, 87. Charger une narration de circonstances, id. i, 84. Se chargeant seul de leur faulte commune, ID. I, 87. Les maladies qui se chargent [gagnent] da l'un à l'aultre, id. i, 401. Charger un pistolet, id. I, 4 0». Les premiers fourmis chargent ce ver sur leur dos, id. u, 479. Le degousté charge |attribue] la fadeur au vin; l'altéré, la friandise, id. ii, 373. Ses envieux le chargeoient et accusoient en son absence, amyot, Thém. 45. Après qu'ils se furent bien chargez de pillage et de toute sorte de butin.... H). Cam. 42. Pauvre homme que tu es, comment vastu ainsi deschargeant la fortune de ce dont tu la pouvois charger et accuser à ta descharge? id. P. Mm. 44. [Pyrrhus] d'arrivée chargea sur son arriéra garde si vivement, qu'il meit toute l'armée en grand dessarroy, id. Pyrrh. 67. Il attela vistement des bœufs à un chariot, sur lequel il chargea des febves , id. Mariut, 64. Depuis cela il chargea une si grande audace et une si grande presumption, qu'on ne le peut plus tenir, id. Nicias, 44. Et d'iceux medicamens en seront chargés les tentes et plumaceaux, paré, vn, 7.
— ÉTYM. Berry, sarger; picard, carguer, carker; provenç. et espagn. cargar; portug. carregar; ital. caricare; du bas-Iat. carricare, de carrus, chariot (voy. char) : mot à mot mettre sur un chariot.
CHARGEUR (char-jeur), ». m. || 1* Celui qui charge les marchandises sur la voiture ou dans un bateau. || 2° Manœuvre dont l'emploi consiste à charger les autres ouvriers. || 3° Celui qui procure aux rouliers des marchandises pour charger leurs voitures. Il 4° Celui à qui appartient la cargaison d'un navire, celui qui l'a frété. || 6° Dans l'artillerie de mer, le premier servant de droite en parlant d'une bouche à feu. || 6° Ouvrier qui entretient un fourneau de forge. H 7" Adjectivement. Commissionnairechargeur, celui qui expédie des marchandises par bateau.
— ÉTYM. Charger.
t CHARGEURE (char-ju-r^, *. f. Terme de blason, se dit des pièces qui en chargent d'autres. La chargeure ne diminue pas la noblesse comme fait la brisure.
— rem. L'e dans ce mot est une lettre servile appartenant au g et ne faisant point un son avec l'u.
— HIST. xvi* s. Il en portoit les armoiries en faulx escu ou chargeure sur les siennes, que les dits mauvais blasonneurs appellent sur le tout, carl. m, 2.
— ÉTYM. Charger.
tCDARIENTlSME(ka-ri-an-ti-sm'), t. m. Espèce
de trope consistant dans une ironie où on laisse entendre, plutôt qu'on ne l'exprime, ce qu'il y a de piquant dans la pensée.
— ÉTYM. Xopt6vci<T(i6c, de x«pi»'«> gracieux, da y^ipiç, grâce (voy. charités).
CHARIOT (cha-ri-o; le ( ne se lie pas; au pluriel l'i se lie: des cha-ri-o-z armés; chariots rime avec dos, propos, etc.), s. m. || 1° Sorte de véhicule qui a quatre roues, des ridelles, et qui est propre à porter toute sorte d'objets. Les chariots de bagage qui suivent l'armée. || 2° Dans l'antiquité, sorte de très-grande voiture, dont les peuples nomades se servaient pour transporter leur famille et leur mobilier. Les Scythes
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erraient sur des chariots dans de vastes plaines. D Chariot armé de faux, char à deux roues hérissé de faux qu'on lançait dans les rangs ennemis. || 3" Char, voiture. La course dans les chariots, boss. Bitt. m, 8. Le roi [Louis XIII] ordonna jusqu'à l'attelage qui devait mener son chariot [de mort], st-sim. 8, (02. Le roi fit monter l'électeur de Bavière seul avec lui dans son chariot, m. 303, 200. En ce sens il a vieilli. H 4" Petit compartiment à quatre roues dans lequel on place les enfants commençant à marcher et qui, s'y soutenant debout par les bras, le font rouler. Emile n'aura ni chariots, ni lisières, j. 1. rouss. Ém. 11. H 5* Bâti en planches, porté sur deux roues, dont se sert le cordier. || Métier du fabricant de lacets. || Instrument employé dans les manufactures de glaces. || Véhicule à deux roues pour transporter des pierres. || 6" Terme de physique. Chariot électrique, machine pour lancer le cerf-volant électrique. H 7* Terme d'astronomie. Les constellations de la grande et de la petite Ourse. Le grand, le petit Chariot.
— REM. Tous les dérivés de char : charrette, charretier, charrier, charroi, charron, charrue, prenant deux r; chariot est le seul qui n'en a qu'une; c'est une irrégularité qui est sans raison, et qui dès lors complique inutilement l'orthographe. L'Académie fera bien de rétablir la régularité; d'autant plus que dans les livres imprimés au xvir» siècle chariot a souvent deux r.
— MST. xm's. Chascun marcheant forain qui descent es halles toile, doit de hallage, pour cheriot quatre sols, pour charete deux, et pour cheval douze deniers, Liv. des met. 343. ||xiv s. [Les corps] furent mis en trois chariots à dames pour estre conduits au lieu de leur sépulture, Chron. deSt.-Denis, t. n, ^^«. dans lacurne. || xv s. La royne entra à Paris en grandes pompes tant de litières, chariots branlans couverts de draps d'or et hacquenées, que d'autres divers paremens, juv. bes ursins, Hist. de Charlei VI, p. (69, dans lacurne. Il se laissoit si peu voir et se tenoit tant clos en son chariot, comm. Mém. p. 527 , dans lacurne. [Les ambassadeurs du roi de Bohême] avoient amené un chariot branlant moult sumptueux et moult riche, honstrel. t. m, p. 70, dans lacurne. || xvi« s. Il se feit porter par Rome sur un chariot triumphal, amyot, Cam.H. Si survint d'adventure un chariot chargé, id. Aie. 3. Chariot engraissé etoingtXcharier est mieux en poinct, le roux de lincy, Prou, t. n, p. (2(. Qui n'a cheval ni chariot, il ne charge pas quand il veut, cotgrave. Compagnon bien parlant vault en chemin chariot branslant, ID.
— ÉTYM. Char; wallon, eart'ot, rouet à filet; Berry, charrote, s. f.
CHARITABLE (cha-ri-ta-bl') , adj. || i° Qui a de la charité pour son prochain. Il est juste et charitable envers ses domestiques. Je suppose qu'un moine est toujours charitable, la font. Fab. vu, 3. |j 2° Qui fait des charités, des aumônes. Une famille charitable. Il est bon d'être charitable : Mais envers qui ? c'est là le point, la pont. Fables, vi, 43. Il n'y a princes pacifiques que ceux qui font des sacrifices pour avoir la paix, comme il n'y a d'homme charitable que celui qui sait donner, montesq. Correspondance, 20. y Le Médecin charitable, l'Apothicaire charitable, titre de livres qui, écrits en faveur des pauvres, enseignent à faire des remèdes à la maison. || Substantivement. Loin d'ici ces faux charitables, plêcrier, dans le Dict. de poitevin. || 8" Qui a sa source dans un sentiment de charité. Lui donner de la sorte un conseil charitable, corn. Nicom. m, 3. J'honore, je chéris ces charitables lois, Ces lois qui, de la terre écartant les misères, Des humains attendris font un peuple de frères, volt. Zaïre, I, t. Puis c'était la religion qui voulait qu'on prit soin de moi; ensuite venait un faste de réflexions charitables, une enflure de sentiments dévots, marivaux, Vie de Marianne, ("partie, p. 34. Il Ironiquement. N'a-t-il point quelque ami qui pût sur ses manières D'un charitable avis lui prêter les lumières? mol. Jfts. 11, 5. Je veux bien être cet homme charitable, boil. Réflex. cril. 1. || Qui a rapport à la charité. Législation charitable. Economie charitable.
— HiST. xiii* s. En paradis l'esperitable Ont grant
Îiart la gent cheritable , ruteb. 280. Par lor cuer arge et charitable, la Rose, 6259. || xvi' s. Instituer clerc parrochial, ministres margliseurs et charitables des pauvres, Coustum. général, t. H, p. boo.
— ETYM. Charité.
CHARITABLEMENT ( cha-ri-ta-ble-man ) , adv. D'une manière charitable, par charité. On l'a cha-
ritablement averti. Raymond Gaufredus, ministre général de l'ordre de Saint-François, lui octroya des lettres patentes, afin que partout où il passerait, il fût charitablement et civilement reçu des religieux de son ordre, perroquet, Fie de R. Lulle, p. (8. Tant il a été saintement et charitablement industrieux à présenter tout ensemble le pain aux forts, le lait aux enfants, boss. Fr. Bourgoing. || Ironiquement. Je souhaiterais qu'il se trouvât quelque honnête homme qui lui voulût sur cela charitablement ouvrir les yeux, boil. Réflex. crit. 1.
— HIST. xv" s. Il s'arrestoit à ouïr leurs supplications, desquelles passoit charitablement les raisonnables et les piteuses, christ, de pisan, dans le Dict. de dochez.
— ÊTYM. Charitable, et le suffixe ment.
CHARITÉ (cha-ri-té), ». f. \\ 1° Amour du prochain. Dans les nécessités extraordinaires sa charité faisait de nouveaux efforts, bossuet, Anne de Gonx. Ce n'était plus cet ardent vainqueur qui semblait vouloir tout emporter; c'était une douceur, une patience, une charité qui songeait à gagner tous les cœurs et à guérir des esprits malades, boss. Louis de Bourbon. Je suis reconnaissant de la charité que vous avez pour mon âme, boss. Lett. quiét. (2. J'ai appris la charité que vous aviez pour ce pays, m. Lett. (. Nos pères ont eu plus de charité que cela, pasc. Prov.S. Ces faux monnayeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistiquée, mol. i" Placet au roi. Les grands ne semblent être nés que pour exercer la charité, fléch. lfont. Il se croit obligé d'exercer la charité dans une profession cruelle, id. Tur. Qu'est-ce qu'une charité qui n'a point de pudeur avec le misérable, et qui, avant que de le soulager, commence par écraser son amour-propre? marivaux. Vie de Marianne, ("partie, p. 34. Comme ils voulaient demeurer attachés à l'Evangile par leur devoir envers Dieu , et aux gens du monde par leur charité pour le prochain, pasc. Prov. 7. || Ironiquement. Marchangy, ce vrai sage, M'a fait par charité Sentir de l'esclavage La légitimité, bérang. Liberté. || Une des trois vertus théologales, par laquelle nous aimons Dieu comme notre souverain bien. La fin de la religion, l'âme des vertus et l'abrégé de la foi , c'est la charité. La charité, qui bannit la crainte, opère un si grand miracle; et, sans autre joug qu'elle-même, elle sait non-seulement captiver, mais encore anéantir la volonté propre, boss. Fr. Bourgoing. La charité est la plus parfaite des vertus théologales, st-cyran, Théologie familière, dans richelet. Il 2° Acte de bienfaisance, aumône. Voilà des charités qu'il a faites pour le salut de ses frères, fléch. Tur. Il faisait une infinité de charités que personne ne savait, sév. (52. On lui vient demander des charités pour les églises, id. 275. Je n'aimais pas qu'on me fît la charité, 1. J. rouss. Conf. n. Ignace avait de quoi vivre honnêtement par les charités qu'on lui faisait, bouhours, Vie de saint Ignace, liv. n, dans richelet. || Absolument. Demander la charité, être à la charité, mendier. || Par antiphrase. Charité de cour, perfidie de courtisan. || Prêter des charités à quelqu'un, le calomnier. Lorsque le P. La Chaise eut cessé de parler, je lui dis que j'étais étonné qu'on m'eût prêté des charités auprès de lui,RAC. Lett. Boil. 45. Une de ces personnes qui prêtent doucement des charités à tout le monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en passant, mol. Impromptu, (. || Nom, dans quelques ordres religieux, de la discipline qu'un religieux donne à un autre. || 8° Les frères, les sœurs de la Charité, congrégations qui se vouent au soulagement de la misère. Il ne s'agit pas de faire de votre élève un frère de la charité, J. J. rouss. Ém. iv. Molière a terminé sa vie Entre deux sœurs de charité, bérang. M. de santé. || Frères de la Charité, ordre religieux fondé vers 1 550 par saint Jean-de-Dieu pour le soulagement des malades; ces religieux suivent la règle de Saint-Augustin; ils bâtirent à Paris, dans le faubourg St-Germain, le célèbre hôpital qui porte encore leur nom. || Charité de Notre-Dame, religieuses de l'ordre de Saint-Jean-de-Dieu rendant aux femmes les mêmes services que les frères de Saint-Jean-de-Dieu rendent aux hommes. || Charité de Saint-Hippolyte, congrégation de religieux hospitaliers dans les Indes occidentales et qui rendent aux malades les mêmes services que les religieux de la congrégation de Saint-Jean-de-Dieu. || Religieuses de Notre-Dame-de- Charité, établies pour retirer du mal les pauvres filles ou femmes de mauvaises mœurs. Elles suivent la règle de Saint-Augustin et commencèrent en (642. || Charité de la Sainte-Vierge, ordre religieux sous
la règle de Saint-Augustin. || La maison où résident les frères, les sœurs de Charité. Il n'y avait [dans le domestique de Mme de Maintenon] d'un peu distingué quecette ancienne servante du temps qu'elle était à la Charité de Saint-Eustache,ST-siM. i ( 4, 209. || Charité, nom d'hôpitaux divers. La Charité de Lyon. La Charité de Paris. || Anciennement, la charité pour les pauvres honteux, service de charité composé uniquement du curé de la paroisse et des marguillieri et destiné aux pauvres honteux. || Anciennement, tous les pauvres malades d'une paroisse. Il est le médecin de la charité d'une telle paroisse. || 4* Aujourd'hui, dame de charité, bureau de charité, dame, bureau qui distribuent des charités. || Nom que, dans quelques localités, on donne à des confréries ou associations d'assistance. || 5° Votre Charité, titre d'honneur donné aux princes de l'Église. || Proverbe. Charité bien ordonnée commence pai soi-même, c'est-à-dire avant de songer à faire du bien aux autres, il faut songer à soi, à ses intérêts, à ses avantages.
— REM. La locution prêter des charités à quelqu'un, qui signifie le calomnier en lui attribuant une chose défavorable qu'il n'a pas faite ou dite, s'explique par une antiphrase : lui donner des charités, lui faire l'aumône d'une imputation calomnieuse; locution à laquelle prêter ajoute une idée de méchanceté hypocrite, comme si le calomniateur ne faisait que prêter sa calomnie.
— HIST. xii* s. Ne tieng, fait sainz Thomas, de lui fius [fiefs], n'eritez, Ne rien en barunie : mais tut est ebaritez, E parmenable aumosne tut ço dont sui fieffez, Th. le mart. 46. Deus, cum par est mainz buem pur le siècle avuglez; N'i estamurs, ne fei, ne pais, ne charitez, ib. 424. Puis le proia assez que un petit menjast. Preïst la charité, un petit se dinast, Mez li dus [duc] n'i vout prendre ne disnerne repas, wace, Itou. || xm" s. Ha! rois, ce dist la vieille, pour sainte charité.... Berte, xv. Il oit parler de la grant carité del hospital d'Acre, Chron. de Rains, p. (07. Ge t'ai veû carité prendre Deuz fois, sanz aller au mostier, Ren. 206(0. || xiv s. L'enfant fut nourri ches le roy en honneur et en charité, bercheure, f" 20, verso. || xv* s. J'ai fait charité et hospitalité de tels biens que j'ai céans à mon povoir,Pe«e/bres«, t.i, f" (2, dans lacurne. || xvi' s. Cela advenu, on l'eust pu calompnier d'estre adhérant aux rebelles (car les gens de bien et d'honneur ne manquent jamais de presteurs de charité) , carl. vin, 7. Charité oingt, péché poingt, leroux db lincy, Prov. t. 1, p. 7. Les combats de nuict sont fort dangereux et subjects à de mauvaises charitez [traîtrises], brant. Sur les duels, p. 202, dans lacurne. C'est une charité que l'on luy preste quand on l'accuse de cruauté, pasquier , Reclierches, liv. v, p. 427, dans lacurne. Comme disent les Hebreui, il faut commencer la charité par soy mesme, charron, Sagesse, p. 468, dans lacurne. Il me confirma en l'opinion que j'avoye que Maligny et d'autres ses compaignons lui avoyent preste ceste charité [d'être complice de la conjuration d'Amboise], condê, Mémoires, p. 65).
— ÉTYM. Picard, carité ; provenç. cari tôt ;espagn. caridad; ital. carità; du latin caritatem, de carus (voy. cher).
f CHARITES (ka-ri-f), s. f. plur. Le nom des Grâces en grec. || Il n'a pas été usité hors de l'école des poètes du xvi* siècle.
— HIST. xvi' s. Prenez en gré ces poétiques fleurs : Ce sont mes vers que les chastes Charités Ont emaillé de plus de cent couleurs, Pour aller voir la fleur des marguerites, du bellay, Sonnet à Marguerite, sœur du roi.
— ÊTYM. Xàptteç, les Grâces.
CHARIVARI (cha-ri-va-ri) , s. m. || 1° Concert ridicule, bruyant et tumultueux de poêles, de chaudrons, de sifflets, de huées, etc. qu'on donne en certaines localités aux femmes veuves et âgées et aux veufs qui se remarient, et aussi à des personnages qui ont excité un mécontentement. Monsieur, frère du roi, qui haïssait le marquis de la Vieuville, lui avait fait faire un charivari par les officiers de sa cuisine, trois jours avant sa disgrâce , Mém. du duc d'Orléans depuis (608, p. 22, dans lacurne. Les charivaris qui se font au sujet des noces sont condamnés comme une injure faite au sacrement de mariage, thiers, Traité des jeux, chap. 24, dans richelet. Elles [les attentions de votre belle-sœur pour son jardinier] sont publiques dans le village; et on leur prépare le régal d'un petit charivari; j'en viens de voir les apprêts, dancourt, Je C/ion'eari, se. («.Josapbat n'avait pas voulu entourer la maison de Charles et don ner le charivari.... soulié, les Forgerons , § (2. |j 2°Tout
CHA
bruit discordant et tumultueux. Le roi frappa et fit frapper chacun de sa cuiller et de sa fourchette sur son assiette, ce qui causa un charivari fort étrange, st-sim. 86, (05. || 3° Par extension, musique bruyante et discordante. Quel charivari! || 4° Querelle accompagnée do cris. Sa femme lui a fait un beau charivari I C'était pour faire un bon charivari, la pont. Berc. || 5° Pantalon garni de cuirs et de boutons, pour monter à cheval. || 6* Terme de jeux. Se dit à l'hombre, quand les quatre dames se trouvent réunies dans la main d'un joueur.
HIST. xiv* s. Les femmes et les enfans couraient par les villes à bacins et àsonnetes, si corne l'en fet orendroit aus chalivaliz, bercheure, f° 2. Comme nagueres pour occasion de la somme de douze solz pardonnée pour un chalivali en la ville deVer, du cange, chalvaricum. || xv*s. Eulxestantà table, futparléd'un chalivan qui se devoit faire contre aucuns nouveaux mariés, id. ib. Lesquelz avoient esté condampnez à une amende pour un calivaly fait par eulx à Saint-Lô, id. ib. Les aucuns estoient armés de cuir et les autres de haubergeons tout enrugnis; et sembloit proprement qu'ils dussent faire un charivari, phoiss. ni, iv, 60. Ung tas de petites sornettes, Tant de petiz charivaris, Tant de petites faconnettes, Petiz gans, petites mainnettes, coquilla'rt, Monologue de la botte de foin. || xvr» s. Tintouins, charivaris, mots donnés comme exemples d'onomatopée par du guez, dans palsgr. p. 889.
— ÊTYM. Picard, earibari {caribari, caribara, crient les enfants en donnant un charivari), on cite aussi queriboiry; norm. carimallot ; dauphinois, chanavari ; provenç. caravil, et dans Du Cange, àpelola n° 4, charavit; bas-lat. carivarium, charivalli, charavallium, charavaria, charavaritum , chalvaricum, chalvaritum. Mot d'origine inconnue qui ne paraît pas remonter au delà du xiv* siècle. Scaliger le tire de chalybaria, chaudrons; Du Cange, du baslatin caria, noix, xâpuov, à cause qu'on jetait des noix et qu'on faisait tumulte le jour des noces. Diez remarque que la finale «art se trouve dans quelques mots qui expriment une sorte de tumulte : hour-rari, boule ■ vari ; piémontais , xami-vari , gargouillement; finale que du reste on ne sait pas interpréter; et, pour la première partie du mot, il demande si elle ne représenterait pas calix, verre, pot, bruit des verres, des pots. Ce sont là des conjectures au delà desquelles il n'est pas possible d'aller.
f CHARIVARIEUR (cha-ri-va-ri-eur), s. m. Celui qui prend part à un charivari. On trouve aussi charivariste.
f CHARIVARIQUE (cha-ri-va-ri-k'), ad). Quia le caractère du c-harivari. Les uns.... Trouvant que de nouveau je pèche et prévarique Élèveront encor leur voix charivarique, Et, se scandalisant de ma ténacité, Crieront au mauvais goût, à l'excentricité, am. pommier, dans Revue de l' Instruction publique, 8 nov. <86u. (Colifichets, t" pièce.)
t CHARIVARISER (cha-n-va-ri-zé). || 1* F. a. Donner à quelqu'un un charivari. Il fut charivarisé. || 2° V. n. Faire un grand tapage.
— ÊTYM. Charivari.
CHARLATAN (char-la-tan), s. m. || 1* Opérateur ambulant qui débite des drogues sur les places et dans les foires. Et ce qui plus encor m'empoisonne de rage, Est quand un charlatan relève son langage, Régnier, Sat. v. Il me semble que je vois deux charlatans en plein marché, dont l'un distribue des poisons et l'autre des antidotes, volt. Memmius, lx. || 2* Empirique qui prétend posséder certains secrets merveilleux. La témérité des charlatans et leurs tristes succès qui en sont les suites, font valoir la médecine et les médecins; si ceux-ci laissent mourir, les autres tuent, la bruy. xiv. On le consultait aans ces maladies rares et extraordinaires pour lesquelles les charlatans n'ont pu faire accroire que la connaissance de l'anatomie fût inutile, condorcet, Berlin. || 3" Tous ceux qui exploitent la crédulité publique. Gardez-vous des charlatans. Le monde n'a jamais manqué de charlatans ; Cette science , de tout temps, Fut en professeurs très-fertile, la font. Fabl. vi, IB. Que l'église est fertile en dévots empiriques I Que de saints charlatans I st-évremond, dans richelet. On connaît ces vieillards sur le Pinde honorés, Politiques adroits, charlatans illustrés, Gilbert, Mon apol. Charlatans ! charlatans I tout ici-bas n'est que charlatans, scribe et mazères, le Charlatanisme, se. 3. || Un charlatan politique, un homme qui, pour s'élever, flatte les passions d'un parti. || Adj. Un médecin qui n'est point charlatan, sev. 280. C'étaient les parents ou les amis qui faisaient les oraisons funèbres chez les Romains; l'étranger
CHA
qui s'en mêle a toujours l'air charlatan, yolt. Lelt. Tressan, 28fév. )767.
— HIST. xvi* s. Ces charlatans, triacleurs et basteleurs, joueurs de passe-passe, amyot, dans le Dict. de nociiEz.
— f;TYM. Ital. ciarlatano, deciarlare, babiller, f CHARLATANE (char-la-ta-n'), s. f. Celle qui
s'efforce , par ses paroles , d'attraper les gens. Les marchandes du Palais sont des charlatanes, richelet, Dict. Ce que j'ai toujours aimé en vous, madame, parmi plusieurs autres genres de mérite, c'est que vous n'êtes point charlatane , volt. Lett. Urne du Devant, 18 mai (772. J'aime mieux la charlatane Mlle Durancy [une actrice] qui enchante le public, volt. Lett. Chabanon, s nov. 4 766. \\Adj. La race charlatane des devins.
CHARLATANE, ÉE (char-la-ta-né, née), part, passé. Charlatane par un empirique qui lui avait promis de le guérir.
CHARLATANER (char-la-ta-né). || 1" V. a. Tromper à la manière des charlatans. La crédulité des malades va souvent au-devant de ceux qui veulent les charlataner. || 2" F. n. Faire le charlatan.
— ÊTYM. Charlatan.
CHARLATANERIE (char-la-ta-ne-rie) , s. f. Acte de charlatan. Tout cet appareil me parait une pure charlatanerie, i. i. rouss. Ém. i. Le duc d'Orléans curieux de cette charlatanerie qui séduisit l'antiquité [tirer l'horoscope], volt. Louis XIV, 26. Il disait que ces sortes de remèdes ne sont propres qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle il avait une antipathie insurmontable, montesq. Lett. pers. 443. Il ne faut pas s'imaginer qu'il soit trèsaisé de débarrasser la médecine des prétendues théories chimiques ; la charlatanerie les a fort multipliées, condorcet, Bucquet.
— ÊTYM. Ital. ciarlateneria.
f CHARLATANESQCE (char-la-ta-nè-sk') , adj. Qui appartient aux charlatans. Discours charlatanesques.
— ÊTYM. Charlatan.
CHARLATANISME ( char-la-ta-ni-sm' ) , s. m.
Habitude ou art de charlataner. Son charlatanisme fut bientôt dévoilé. Du charlatanisme! mais tout le monde en use à Paris; c'est approuvé, c'est reçu% c'est la monnaie courante, scribe et mazêrks, le Charlatanisme, se. 3.
— syn. charlatanisme , cbarlatanerie. La charlatanerie est un acte de charlatan. Le charlatanisme est le caractère du charlatan, sa manière de faire. Une charlatanerie ne fait pas le charlatan. Le charlatanisme est constitué par une suite de charlataneries.
— ÊTYM. Charlatan.
f CHARLEMAGNE (ehar-le-ma-gn'). Terme de jeu. Faire Charlemagne, c'est se retirer du jeu avec tout son gain, ne point donner de revanche. Charlemagne garda jusqu'à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires; le joueur qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne : il fait Charlemagne, gênin, Récréât. t.i, p. 186. || Autant que Charlemagne en Espagne, se dit à propos d'une entreprise de longue haleine et qui ne doit pas réussir, par allusion aux expéditions fabuleuses que les chansons de geste attribuent à Charlemagne en Espagne. || La Saint-Charlemagne , fête qui se célèbre le 28 janvier dans les collèges et lycées de Paris. Cette fête est fondée sur la fausse opinion qui fait regarder Charlemagne comme le créateur de l'Université , lorsqu'il n'a établi en réalité, dans son palais, qu'une sorte d'académie ou compagnie savante.
— HIST. xv* s. Et quant est de l'aymer, il y serait avant autant que Charlemagne es Espagnes, martial de paris, Arrests d'amour, arrest xxiii.
t CHARLES (Le coeur de) , s. m. Étoile double très-remarquable de la constellation des Lévriers.
— ÊTYM. Karl, nom propre allemand.
f CHARLOT (char-lo), $. m. Nom vulgaire du grand courlis (numenius arcuatus). || Chariot de plage, alouette de mer.
CHARLOTTE (char-lo-f) , s. f. Terme de cuisine. Marmelade de pommes entourée de morceaux de pains grillés et frits. || Charlotte russe, charlotte faite de crème fouettée, garnie de petits biscuits.
CHARMANT, ANTE (char-man, man-t') , adj. Qui a du charme, qui plaît extrêmement. Ah ! qu'aqu'avec peu d'effet on entend la raison Quand le cœur est atteint d'un si charmant poison! corn. Cid, il, 5. La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire? rac. Phèdr. i, t. Charmant espoir, id. Andr. i, 4. Où m'emporte un souvenir charmant? id. Bérén. i,6. Tous ses jours paraissent charmants, id. Esth. u, ».
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Arrêtez, Thésée, Et ne profanez pas des transports si charmants, id. Phèdr. m, 4. Les biens les plui charmants n'ont rien de comparable Aux torrents de plaisir qu'il répand dans nos cœurs, id. Esth. m, ». Si l'or seul a pour vous d'invincibles appâts, Fuyez ces lieui charmants qu'arrose le Permesse, Ce n'est point sur ses bords qu'habite la richesse, boil. Art p. rv. C'est peu d'être agréable et charmant dans un livre; Il faut savoir encore et converser et vivre, id. t'6. || Par ironie et familièrement. Il est charmant , se dit quand quelqu'un témoigne des exigences qui paraissent peu acceptables. Parbleu, vous êtes charmants, vous autres, de vouloir que je paye votre dépense. Mais l'argent, monsieur?... Je vous trouve charmant, par exemple! bavard et duyert, le Mari de la dame de chœurs, n, 1. 1| Substantivement. Et nous verrons s'il n'est point da milieu Entre le charmant et l'utile, corn. Agésil. in, 4.
4. CHARME (char-m'), t. m. || 1* Effet prétendu d'un art magique qui change l'ordre naturel. Le charme se rompit; le pilote vit le rivage tel qu'il était, fén. Tél. ix.... Un charme ordinaire a trop peu de pouvoir Sur les spectres parlants qu'il faut vous faire voir, corn. Illusion, i, 3. Mais je crains des chrétiens les complots et les charmes, id. Poly. i, 3. Je n'ai que des attraits et vous avez des charmes [en parlant à Médée], id. Toi», d'or, m, 4. Un démon.... Fit un charme si souverain Que....LAFONT. Ch. imposs. Toute l'antiquité se servait de charmes contre la morsure des serpents, volt. Mœurs, préj. Une Thessalienne a composé des charmes, a. chén. 41. On avait saigné l'enfant, sa mère lui avait mis des charmes, chateaub. Itin. 74. Vous croyez donc que les déplaisirs et les plus mortelles douleurs ne se cachent pas sous la pourpre , ou qu'un royaume est un remède universel à tous les maux, un baume qui les adoucit, une charme qui les enchante? boss. Marie-Thérèse. || 2° Par extension. Ces prières apostoliques qui, par un espèce de charme divin, suspendent les douleurs les plus violentes, boss. Duchesse d'Orl. Il se tait et ces mots semblent être des charmes, corn. Hor. m, 2. Quel est ici ton charme, odieuse princesse? n>. Rod. iv, 7. N'attendez point de moi de regrets ni de larmes ; Un grand cœur à ses maux applique d'autres charmes, id. Pomp. y, 4 . Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes, Quand une main si chère eût essuyé mes larmes, id. Cid, m, 4. À ma douleur je chercherai des charmes, rac. Baj. n, 6. Quel charme l'attirait sur ces bords redoutes? id. Phèdr. n, 4. Par quel charme secret laissé-je retenir Ce courroux si sévère et si prompt à punir? id. Mithr. iv, *. Par un charme fatal vous fûtes entraînée, id. Phèdr. iv, 6. Ils s'aiment! par quel charme ont-ils trompé mes yeux? id. ib. Par quel charme, oubliant tant de tourments soufferts, Pouvez-vous consentir à rentrer dans ses fers? id. Andr. i, 4. || Fig. Le charme est rompu, l'illusion est détruite. Il n'appartient qu'à vous de rompre le charme qui les éblouit, fléch. Mont. Il est nécessaire que cet esprit lève le charme de l'amourpropre , boss. ii , Fr. de P. i . i peine y touchez-vous que le charme cesse, mass. Car. Prosp. Rompez le charme fatal qui vous endort, id. ib. Tiédeur, sermon 2. || 3° Ce qui plaît, ce qui touche, ce qui attire. Reine, puisque ce titre a pour vous tant de charmes, corn. Nie. m, 4. Tous ces charmes de langage Dont on s'offre à la servir, Me l'assurent [ma dame] davantage, Au lieu de me la ravir, malh. v, 3. Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes, corn. Hor. n, 4. Qui veut que dans sa mort je trouve encordes charmes, id. ib. iv, 5. Lemérite a toujours des charmes éclatants, id. Sert, n, 4 . Et s'il met à vos pieds ce charme de vos yeux [le diadème] , id. Pulch. i, 4 . Mais c'était à l'insu de leurs parents cruels; La défense est un charme, la font. Filles de Minée. C'est proprement un charme [l'apologue] ; il rend l'âme attentive, Ou plutôt il la tient captive, Nous attachant à des récits, id. Fabl. vu, Dédie. Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête? Ai-je passé le temps d'aimer ?iD.ii>. ix, 2. Sa conversation était un charme, parce qu'il savait parler à chacun selon ses talents, boss. Louis de Bourbon. Jamais personne n'a jeté des charmes dans l'amitié comme vous faites, sev. 477. Il y a un charme pour les peuples dans la vue du prince, boss. Polit. Tout cédait au charme secret de ses entretiens, id. Duch. d'Orl. Ce charme victorieux qui les entraîne, pasc dans cousin. La simplicité qui fait le plus grand charme de la beauté , fen. Tél. îv. Et prête à mon discours un charme qui lui plaise, rac Esth. i, 4. Retiens tes cris, et, par d'indignes larmes, De cet heureux moment [la mort] ne trouble pas les charmes, id. Mithr.
CHA
CHA
v, 2, Dans mon désespoir trouvez-vous tant de charmes? rac Bér. v, 6. Qu'après un long hiverle printemps a de charmes ! id. Poésies, 4 . Pour l'homme de bienla vertu a mille fois plus de charmes que le vice, mass. Car. Avenir. La vérité a des charmes dont un bon cœur a peine à se défendre , id. t'b. Vous plaignez mon exil, il a pour moi des charmes, volt. Œdipe, v, i. La vie a ses attraits, mais la mort a ses charmes, id. Triumv. I, 2. Il «nchante ces lieux par un charme invincible , id. Henr. ix. Rougis-tu d'être belle, ôcharmede mes yeux? lamart. Méd. U, 2*. || 4" S. m. plur. En parlant d'une femme, attraits, appas. Celle dont mes ennuis avaient leur guérison S'en va porter ailleurs ses appas et ses charmes, malh. v, 7. Elle pleure en secret le mépris de ses charmes, nAC.Andr. I, *. Hermione à Pyrrhus prodiguait tous ses charmes, id. ib. i, 4. Il commençait à trouver des charmes dans sa personne, hamilt. Gramm. 4. Vénus avait répandu sur elle de nouveaux charmes, fén. Tél. vu.
— REM. 1. D'après les grammairiens, ce mot ne se dit qu'au pluriel dans le sens d'attraits, d'appas, et qu'au singulier quand il signifie cette puissance secrète qui attire, ce qui platt, ce qui touche. La première partie de la remarque est vraie ; mais la seconde ne l'est pas, comme on peut s'en assurer en parcourant les exemples. Cette distinction, qui n'a rien en soi de logique ou de grammatical, ne pourrait être qu'une affaire d'usage; or l'usage même est contre elle. || 2. Des grammairiens prétendent que charme ne se dit pas des personnes comme des choses. Cette remarque n'est pas fondée. Lamartine a très-bien dit : ô charme de mes yeux. || Corneille a dit charme à, par une tournure poétique, aujourd'hui archaïque : Si vous n'avez un charme à [un moyen de] vous justifier, corn. Rod. v, 4.
— SYN. 1. charme, enchantement. Le charme (carmen) est une formule en vers ou en prose mesurée à laquelle on attribue la vertu de troubler l'ordre de la nature. L'enchantement ( incantamentum) est l'action de prononcer cette formule. Comme à tout moment, dans le discours, on prend la cause pour l'effet ou l'antécédent pour le conséquent, la différence des deux mots disparaît, et ils sont la plupart du temps synonymes. || 2. charmes, appas. On est très-porté à confondre absolument ces deux termes. Mais, à une époque où l'on était plus près du sens primitif des mots, Malherbe n'a pas hésité à mettre : ses appas et ses charmes. En effet, appas se dit des beautés qui attirent ; et charmes, de celles qui agissent par une vertu occulte, magique.
— HIST. xii" s. Il dit un charme que il avoit aprins, Garin, n, 404. E uns charmes truvad, par unt il soleit asuager les mais, Rois, 24*. || xni's. Mes or sai bien que je feré ; Un bon charme vos aprendré, Ren. 7660. || xv's. Les aucuns de ces arioles affirmoient que le roi estoit démené par sorts et par carmes, froiss. m, iv, 64. X l'amour ne suys adonné, Et j'ame encore moins les armes, Mais le vin, dès que je fus né; C'est pourquoi j'en fai tous mes carmes [vers], bassel. 4. || xvi's. Conjurations, charmes, characteres..., paré, Introd. 27.
— ÉTYM. Carmen, chant, vers, formule d'enchantement, anciennement casmen, sanscrit caïman, de çans, célébrer.
2. CHARME (char-m*), s. m. Arbre de haute tige, de la famille des amentacées (carpinus betulus, L.). || Bois de charme. Le charme est d'un grand usage dans le charronnage.
— HIST. xiii* s. Le guichet qui estoit de charme , la Rose, 524. Ormes i ot branchus et gros, Et avec ce charmes et fos [hêtres].... ib. 4368. || xv's. Les supplians sioient de leur bois, c'est assavoir des charpes, autrement appelez charmes, du cange, charmen.
— ÉTYM. Wallon, chaune; Berry, charne, charpe; picard, carme; rouchi, carne, carme; Saintonge.c/iarpre; espagn. carpe; ital. carpino; du latin carpinus que l'on croit un mot celtique , et que l'on interprète par car, bois, et pin ou pen, tête. C'est charme de charmer qui, dans le français, a conduit, par assimilation, à nommer charme l'arbre que plusieurs patois nomment plus régulièrement charne ou charpe. Les dictionnaires latins varient, accentuant tantôt carpinus. tantôt carpinus; les langues romanes, qui ont l'accent sur car, prouvent que la première accentuation est la bonne.
CHARMÉ, ËE (char-mé, mée), part, passé. || l'Affecté d'un charme. Les forêts charmées par Armide.... Il faut que l'enfer d'un étrange nuage De ma raison charmée ait offusqué l'usage, rotr. Bélis. v, ».
||2' Attiré, séduit. Nos yeux auraient été charmés de voir cette terre, fén. Tél. n. Maître, n'en doutez point, d'un cœur déjà charmé , Commandez qu'on vous aime et vous serez aimé, rac. Bérén. n,x La Piété charmée Sent renaître la joie en son âme calmés, boil. lutr. vi. Charmé de deux beaux yeux, mon vers charma la cour, Et ce que j'ai de nom je le dois à l'amour, corn. Excuse à Ariste. Le roi m'a fait l'honneur plusieurs fois de me parler, et j'en suis sorti à mon ordinaire, c'est-à-dire fort charmé de lui et au désespoir contre moi, rac Lettres à Boileau, 43. || 3° Adj. m. En termes forestiers, bois charmé, arbre qu'on a gâté par le pied pour le faire périr. CHARMER (char-mé), v. a. || i" Exercer une action magique par le moyen d'un charme. Un faux ciel et une terre feinte se présentèrent au pilote ; et l'impression de la divinité trompeuse qui charmait ses yeux.... fén. Tél. ix. Aurait-elle appris la merveille De si bien charmer ses appas Que je pusse la trouver belle? malh. v, 40. 11 [l'amour] croit charmer ses sens [de Mornai], il croit blesser son cœur, volt. Henr. ix. Je puis t'enseigner des prières Pour charmer la fureur des loups, bérang. Ch. et laitière. Si le roi de Suède s'est jeté dans le péril.... le cardinal de Richelieu pouvait-il charmer la balle qui l'a tué? voit. Lett. 74. || Le serpent charme et attire les petits oiseaux. Ainsi l'oiseau, faible et timide, Veut en vain fuir l'hydre perfide Dont l'œil le charme et le poursuit, v. hugo, Odes, iv, 6. || 2* Par extension. Voilà de vos chrétiens les ridicules songes I Voilà jusqu'à quel point vous charment leurs mensonges 1 corn. Poly. iv, 3. || 3° Suspendre l'effet d'un sentiment triste et pénible. Tu charmais trop ma peine, et le ciel qui s'en fâche.... id. Hot. m, 4. Rien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore? rac. Bérén. n, 4. Je charmerai ta peine en attendant le jour, lamart. Méd. a, 3. || Rendre agréable ce qui est désagréable ou ce qui peut être considéré comme fatigant. La lecture charme les loisirs. || 4° Plaire, ravir. Tel Sophocle à cent ans charmait encore Athènes, corn. Au roi. Plût aux dieui Que sa bonté touchât la beauté qui me charme I id.
Cinna,vi, a Je m'en doutais, seigneur, que ma
couronne Vous charmait bien autant du moins que ma personne, id. Nicom. i, 2. Je ne trouve qu'en Vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours et jamais ne me lasse, rac Eslh. u, 7. Un Dieu si bon ne peut-il vous charmer? id. Ath. 4 , 4. C'est maintenant, dit-il au roi, que vous allez charmer vos sujets, fénel. Tél. xiv. L'heureux talent dont vous charmez la France, volt. Épit. xxv, 4. Ainsi, pour nous charmer, la tragédie en pleurs, D'Œdipe tout sanglant fit parler les douleurs, boil. Art p. m. || Absolument. Là tout charme et rien n'éblouit. || Familièrement, causer une vive satisfaction. Vous me charmez en m'apprenant cela.
— HIST. xiii* s. Maint homme i est à mort charmé [maltraité], G. guiart, t. il, p. 458, vers 44908 (20891). Il xiv s. Le suppliant fery le dit Nepveu un seul coup.... et le dit coup charmé de paroles seulement, sanz autre médecine ne garison, le dit Nepveu ala de vie à trespassement , du cange , carmen. || XV s. Tous guérirent, excepté icellui Estienne qui fit charmer sa plaie qu'il avoit sur la teste, sans autre remède y quérir, iD.t'6. Le quel Angloissefist, comme Tendit, charmer par un franc archier,iD. ib. Par quoy on doit son faulcon haster de prendre mue, qui en veut charmer et voler la saison d'y ver, Modus, P xc, verso. || xvi" s. Et bon vin, s'ils en peuvent fournir, à fin de charmer la brouée [tuer le brouillard], paré, xxiv, 7. Je veux parler, maistresse, à quelque vieil charmeur, Pour vous rendre amoureuse, et changer vostre humeur : Je faui : l'amour qu'on charme est de peu de séjour,
rons. 236 pour charmer mon souci, Page, verse
à longs traits du vin dedans mon verre, id. 273. L'humide nuict qui de son voile enferme L'œil et le soing de l'homme qu'elle cherme, id. 623. Charmer les puces [s'enivrer], oudin. Platon fait inhibition à ceux qui ont charmé les puces, cholières, Contes, 1. 1, dans le roux, Dict. comique.
— ÉTYM. Charme 4 .
t CHARMEUR (char-meur) ,s. m., CHARMERESSE (char-me-rè-s') et CHARMEUSE (char-meû-z') , s. f. || 1° Celui, celle qui emploie les charmes. Charmeur de serpents. || 2° Charmeuse, celle qui charme un cœur. Juge un peu quel désordre aux yeux de ma charmeuse, corn. Illusion, m, 4.
— HIST. xv s. Le dit Henry appella la dite femme putain, larronnaisse et charmegneresse, du cange, carmen. Les grans tempestes pardurables, Qu'en enfer souffrent les pécheurs, Charmeurs, devins, sorciers, sorcières, Jft'r. de Ste Genev. |lxvi* s. Les
sorciers, enchanteurs, devins, magiciens, charmeurs, empoisonneurs, exorciseurs, se vantent de guarir plusieurs maladies, paré, Introd. 27.... En peu de temps du breuvage donné Peurent forcer la force charmeresse, rons. 44. Les immodérées et charmeresses blandicesde la volupté, mont, iv, 300.
— ÉTYM. Charmer.
CHARMILLE (char-mi-11', Il mouillées, et non char-mi-ye), s. f. || 1° Plant de petits charmes. || 2" Terme de jardins. Palissade, berceau, allée de charmes et même de diverses autres espèces d'arbres, taillés de manière à présenter une surface plane, un mur de verdure. Quand d'une faible charmille Votre héritage est fermé, bérang. Mènélr. X l'ombre de vertes charmilles.... Vous voulez danser aux chansons, id. Orage.
— ÉTYM. Charme 2 ; wallon, chdrnale, chaumia; namurois, chaunia.
CHARMOIE (char-mol) , s. f. Lieu planté de charmes.
— REM. Les noms de lieux plantés de certains arbres se terminent généralement en aie : aunaie, châtaigneraie, etc. Charmoie fait une exception qui n'est qu'apparente ; tandis que , la prononciation changeant, les autres changeaient oie en aie. charmoie a gardé l'ancienne orthographe , et la prononciation est devenue différente de celle des mots congénères.
— ÉTYM. Charme i; Saintonge, charprd; picard, canoye.
CHARNAGE (char-na-j') , s. m. Temps dans lequel l'Eglise catholique permet de manger de la chair. Cette dorure [mélange de blancs d'œuf et de jaunes pour dorer la pâtisserie] est la dorure de charnage ; car, pour la dorure de carême, ce n'est que des œufs de brochet détrempés avec un peu d'eau, richelet, Diet. || Vieux.
— HIST. ira' s. Nus ne puet ne ne doit ouvrer en charnage puis vespres sonans, au dit mestier, ne en quaresme puis complie sonant, Liv. des met. 48. Chascun jor en la quarantaine Et une foiz en la semaine La batoient, ce vous redi, En charnage, le vendredi, ruteb. ii, 47«. ||xV s. Car karesme vient et commande A charnaige , tant qu'on le mande. Que pour ung temps se tire arrière, ch. d'orl. Rond.
— ÉTYM. Wallon, charnèie; namurois, chaurnaie; provenç. carnatgue; du bas-latin carnalicum , du latin caro, carnis, chair (voy. chair et comp. carnagf.).
t CHARNAIGRE (char-nè-gr') , s. m. Espèce de chiens lévriers, qui forcent le gibier dans les ronces où il se retire.
f CHARNALITÉ (char-na-li-té), s. f. Caractère de ce qui est charnel, par opposition à spiritualité.
— HIST. xii* s. Tôt ce que de carnaliteit soi levoit en eaz [eux], Job, 422. jj xiii's. Car jà tant n'y ara d'esperitualité , S'en ne fuit et eschieve toute oportunité, Que moult ne s'i embate de la charnalité, j. de meung. Test. 2068. Comment Diex prist carnalité En la virge sainte Marie, du cange, carnalitas. || xv* s. De faict et de semblant le mareschal est net de cestuy vice de charnalité, Bouciq.lv, 7.
— ÉTYM. Carnalitatem , de carnalis, cliarnel (voy. ce mot).
CHARNEL, ELLE (char-nèl, nê-1'), ad;'. ||1« Qui dépend de la chair. Appétit, plaisir charnel. || Fig. Dont les pensées et le cœur sont attachés à la chair, en parlant des personnes. Non, ces hommes charnels dont les cœurs s'abandonnent A tout ce que les sens ordonnent, Ne possèdent jamais un bien si précieux, corn. Imit. i, 6. Obligé déménager la faiblesse d'un peuple charnel, mass. Car. Pardon. Ils avaient à entretenir un peuple charnel, pascal, Fig. 4. || Substantivement. La grandeur qui vient de Dieu est invisible aux charnels et aux gens d'esprit, pasc dans le Dict. de bescherelle. || 2" Qui est engendré selon la chair. Enfants d'un père charnel, nous naissons tous charnels comme lui, mass. Carême, Culte.
— HIST. xi* s. J'à n'ert [il ne sera] vaincut pa4 nul homme carnel, Ch. de Roi. clviii. || xii' s. Ne coneit-il negum home charne, Ronc. p. 94. Et Olivier et ses amis carnaus, ib. p. 4 49. Que odeles [ils] ne oussent conversement charnel ne cumpaignie, Rois, 276. Ce est li charneiz deliz, Job , 462. Sire, fait ele, por noient en parlez; Je vos aim plus que nul home charnel, Raoul de C. 228. || xiii' s. Mais l'amor qui te tient ou las [au lacs] , Charnex delis te représente, la Rose, 46 4 7. Femme efforcier, si est quant aucuns prent à force caruele compaignie à feme contre le [la] volentédele [la] feme, beaum. xxx, 7. || xiv s. Et comme telles fortunes qui peuvent avenir as amis charnels ou autres soient de
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moult manières.... oresme, Eth. 26. Foie amjur charnel, id. t'fr. 2S9. Et en delettacion charnel, id. io.»4. Deliz corporels et charneux, ro. ib. rx, 4 5. || rv* s. Si aucuns des dits prisonniers ou de leurs parents ou amis charnels tiennent contre nous aucunes forteresses, froiss. ii, n, 241. ||xvi* s. Ceulx qui sont de leur nature subjects aux voluptez charnelles.... amyot, Comment il faut nourrir les enfants, 40. Les appétits charnels, mont, i, 383.
— ÊTYM. Provenç. et espagn. carnel; ital. carnale; du latin carnalis, de caro,carnis, chair(voy. chair).
CHARNELLEMENT (char-nè-le-man) , adv. D'une manière charnelle. Charnellement se joindre avec sa parenté, En France c'est inceste.... Régnier, Sat. v. || Fig. Selon la chair. Il ne considère les choses que charnellement.
— HIST. xm* s. Li desloiaus rois Henris ala tant entour la damoisiele qu'il fu carnelmentàli, Chr. de Rains, p. 4 3. Et chascun qui vitcharneument , Se fait tout mort certainement, nu cange, carnaliter. Por eus acoler et baisier Et por eus charnelment aisier, la Rose, 4396. || xv* s. Si [la reine de Hongrie] traita et bailla sa fille au marquis de Blanquebourez qui tantôt l'espousaetgeut avecques elle charnellement, froiss. h, n, 233.
— ÊTYM. Charnelle, et le suffixe ment; provenç. carnalment, charnalment ; espagn. et ital. carnaU mente. Charnelment ou charneument de l'ancien français est fait de même, charnel étant au féminin, comme carnalis qui est masculin ou féminin.
CHARNEUX, EUSE (char-neû, neû-z'), adj.
Terme de médecine. Qui est principalement composé de chair. Mot vieilli.
— HIST. xvi' s. Le fond de l'estomac est charneux et moins membraneux que le dessus, paré, Introd. *. La solution de continuité ne se guarit pas en partie nerveuse comme en partie charneuse, id. ib. 22.
— ÊTYM. Provenç. carnos; espagn. et ital. carnoso; de carnosus, de caro, carnis, chair (voy. ce mot).
4. CHARNIER (char-nié; IV ne se lie jamais; au pluriel l'i se lie : les charnié-z et les jambons) , s. m. || 1" Endroit où l'on garde les viandes salées et, en général, toute espèce de viandes. Mille autres moutons comme moi , Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire , Seront servis au peuple-roi , A. chénier, 268. 112" Dans le langage des chasseurs, gibecière. On dit beaucoup plus souvent carnier. || 8° Cimetière, lieu où les corps morts sont déposés : sens aujourd'hui tombé en désuétude. On me jettera dans les charniers Saint-Innocent et on ne mettra sur ma fosse qu'une croix de bois, volt. Préf. de Cath. Vadé. \\ Galerie autour des églises à Paris, où l'on donnait la communion aux grandes fêtes. || 4° Dépôt des os exhumés des charniers ou cimetières. || La pile même des ossements.
— HIST. xi' s. En un carnel comandez qu'on les port [porte] , Ch. de Roi. ccvni. Ad un carner sempres [ils] les ont portet, «6. ccix. || xn* s. A pieux agus [ils] font les charners [fosse mortuaire] ouvrir, Ronc. p. 4 66. || xm* s. Et no franc crestien (que Jhesus puist sauver) Ont fait tous Antioche des mors Turs délivrer ; Ens es carniers defors les alerent jeter, Ch. d'Ânt. vi, -1085. Bacons [jambon] mal salés En charnier empire, A dist li vilains, Proverbes du vilain, mi. dans lacurne. || xiv* s. Le charnier des esperviers est fait sur un arbre qui a regart à leur aire, et est aussi comme au trait d'un arc de leur dit aire, Mènagier, m, 2. || xv* s. Loys de Luxembourg fist faire en la place où la bataille avoit esté, pluseurs carniers, et puis fist assembler tous les mors, fenin, 4446. Quand je considère ces testes Entassées en ces charniers, Tous furent maistres des requestes, Au moins de la chambre aux deniers, villon , G. Test. Après que les tuez eurent esté mis en terre en de grands charniers , Mathieu de codct, Hist. de Charles VII, p. 600, dans lacurne. || xvt»s. Et non gueres loing de là est le charnier, auquel furent enterrez les corps des Macédoniens qui moururent en la bataille, amyot, Alex. 43. Deux charniers [caisses de chair], l'un plein de venaison de cerf, l'aultre de sanglier, carl. iv, 24. Cuisine accompagnée de tous ses offices ; assavoir, charnier, boulengerie, fournil, serre-pain.... o. de serres, 20. Plus rare est le rencontre du bon charnier, que du bon grenier et de la bonne cave, s'en trouvant peu où les chairs de pourceau, mesme les lards, ne i'enrancissent, id. 836.
— ÊTYM. Bourguig. chanier; provenç. carnier; espagn. carnero; portug. carneiro; ital. carnajo;de carnarium, du latin caro, carnis, chair (voy. chair).
t 2. CHARNIER (char-nié) , s. m. || l'Terme de ma-
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rine. Jarre où se met l'eau pour la consommation journalière de l'équipage. || 2* Terme de pêche. Cuve où l'on met l'huile tirée des foies de morue. On dit aussi foassier.
— ÊTYM. Charnier 4 ; ainsi nommé à cause qu'autrefois un garde-manger y était joint où les matelots serraient ce qu'ils gardaient d'un repas pour l'autre sur leurs rations de viande.
4. CHARNIÈRE (char-niê-r") , ». f. || 1° Assemblage de deux pièces de bois ou de métal enclavées l'une dans l'autre, réunies par une broche et mobiles l'une sur l'autre. La charnière d'un compas, d'une tabatière. Boucle, boîte à charnière. Petits os emboîtés les uns dans les autres en forme de double charnière, uoss. Connaiss. n, 7. || 2" Terme d'anatomie. Charnière ou ginglyme, articulation qui n'exécute que des mouvements de flexion et d'extension. || La partie qui unit les valves d'une coquille. Charnière d'un coquillage. || 3° Terme de mécanique. Charnière universelle, appareil pour transmettre le mouvement de rotation d'un axe à un autre axe de position variable. || 4* Outil qui sert à graver sur les pierres dures.
— HIST. xm* s. De nostre Seigneur Dieu sunt les charnières de la terre, et il posa seur elles la reondece, Psautier, f> 482. Ces sept estoiles [la grande ourse] apelent li sage home l'une des carnieres du firmament ù il tome, Comput, f*4 3. || xiv* s. A Guillaume Arode, orfèvre, pour argent doré par lui mis et employez en avoir fait et forgié quatre coplettes à charnières, de labordk, Émaux, p. 466. Uns tableaux d'argent doré, fermans à chernieres, où il y a plusieurs reliques, id. ib. p. 208. S'avoit une chainture de fin or d'Arrabie, A carnieres estoit ouvrée et entaillie, Baud. deSeb.xi, 873. Caria table estoit d'or; en croix aloit ploiant Par charnières d'or fin qui bien furent séant, Guescl. 9095. || XV s. Celle ville estoit tellement ouvrée et charpentée que on la pouvoit défaire par charnières ainsi que une couronne et rasseoir membre à membre, froiss. il, in, 35. || xvi* s. La charnière pour faire jouer et mouvoir la jambe, mise au devant du genouil, paré, xvii, 4 2.
— ÊTYM. Charnière, qui dans le Psautier traduit cardines du texte latin, vient d'un bas-latin cardinaria, dérivé de cardo, cardinis, gond (voy. cardinal). Diez, avec bien moins d'apparence, le rapporte à cran.
f2. CHARNIÈRE (char-niê-r'), s. f. Terme de fauconnerie. Endroit où le fauconnier portait son leurre et la chair dont il acharnait l'oiseau.
— ÊTYM. Le même que charnier*.
+ CHARNON (char-non), s. m. Petit cylindre creux qui fait partie de la charnière d'une boite.
— ÊTYM. Charnière 4.
CHARNU, UE (char-nu, nue), adj. ||l°Bien fourni de chair. Un corps charnu. || 2° Formé de chair. Les parties charnues du corps. || 3° Terme de botanique. Plante, feuille charnue , celle qui a de l'épaisseur et une sorte de chair. || Fruit charnu, celui dont la substance est ferme et en même temps succulente. || 4* S. m. Ses jambes me parurent d'un charnu, d'un fini qui approche de l'Apollon du Belvéder, volt. Jenny, 4.
— HIST. xm* s. Et sera bien carnus et bruns ,
alebrant, f* 40. || xvi* s Prise ses doigts, prise
ses bras polys, Semblablement ses espaules charnues, marot , iv, 39. L'homme bien charnu et musculeui, paré, Introd. «. Nous confirons les olives; convient 'les choisir des plus grosses et charnues, o. de serres, 843. Certes je n'ay point le cœur si enflé qu'un plaisir solide , charnu et moelleux comme la santé, je l'allasse échanger pour un plaisir imaginaire, spirituel et aéré, mont.