‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 298 sur 403 · CHARPENTIER · texte numérisé non relu

CHARPENTIER

CHARPENTERIE (char-pan-te-rie) , s. f. || 1" L'art de travailler les bois pour la charpente. || 2° Profession de charpentier. || 3" Travail de charpente. La charpenterie de cette église est fort belle. || 4" Endroit où sont déposés les bois de construction sur les ports.

— hist. xii' s. Ma gent ne sevent pas tant de charpenterie cume sevent ces de Sydonie, Rois, 242. 1 1 xiii* s. Ce sunt les ordenances des mestres qui appartiennent à charpenterie en la banliue de Paris, Livre des mit. 4 04. Puis s'armèrent ensemble nostre gent seigneurie , Dont oïssiés grant noise et grant carp'enterie , Ch. d'Ant. iv, 432. || xrv* s. Et la charpenterie est autre que n'est la fachon du temple, oresmb, Eth. 304 . || xv* s. Vint iceluy tonnerre mettre le feu au clocbier de madame saincte Geneviève au mont de Paris, lequel brusla toute la charpenterie du dit clochier, i. de troyes, Chron. 4 483. Congnoistre selon les espaces des charpenteries, à veoir les cours des toiz par un des cours seulement, quans milliers de clou et de late il aura sus au toit, e. deschamps, Art de dictier, p. 263. || xvi* s. Il eut en l'espace de dix jours dressé et achevé son pont de la plus belle charpenterie, et à veoir de plus ingénieux devis, que l'on sçauroit penser ne croire, amyot, César, 30. Si on regarde bien le plus beau buffet ou châlit d'alors, ne dira on pas que c'est charpenterie et non pas menuiserie? H. est. Ap. pour Hérodote, xxviii.

— ÉTYM. Charpenter; provenç. carpentaria; espagn. carpinteria ; portug. carpintaria.

CHARPENTIER (char-pan-tié ; IV ne se lie pas ; au pluriel 1'» se lie : des char-pan-tié-z habiles), s. m. || 1° Nom des artisans qui travaillent à façonner les bois en pièces, et qui les assemblent, suivant certaines règles, pour la construction des édifices de terre et des bâtiments de mer. Un de ces vaisseaux avait été construit de ses propres mains [du czar]; il était le meilleur charpentier, le meilleur amiral, le meilleur pilote du Nord , volt. Charles XII, 7. || Adj. Maître charpentier. Apprenti charpentier. || 2° Pécheur de baleine, qui la dépèce pour en enlever le lard. || 3° Terme de zoologie. Oiseau de l'île Saint-Domingue, qui a le bec si fort et si pointu, que dans l'espace d'un jour il perce jusqu'au cœur le tronc d'un palmiste, arbre des plus durs. || 4° Anciennement et fig. Les rouges charpentiers, le feu, l'incendie.

— HIST. xn* s. E li carpentier erent à lur disner aie, Th. le mart. 4 44. 1 1 xm* s. Puis fistquerre carpentiers par tout por faire eschieles et bierfrois, H. de valenc. xxxv. C'est à savoir charpentiers, tonneliers et toutes autres manières d'ouvriers qui euvrent du trenchant en merrien, Liv. des met. 404. Et chevaucierent dusques à l'ourmiel [ormeau] à Gysors, les rrbalestiers et les carpentiers devant, à boines haches trenchans et as boins martiaus picois, Chron. deRains, 63. Renart, qui se dotoit de guerre , Avoit fait porchacier et querre Charpantiers de plusors manières Qui li fesoient ses perieres.... Ren. 482(9. Vous me tolés ma terre, et metés en vostre grange ce que je deusse avoir, et voz n'en gorrés

CHA

[jouirez] jà, car je voz envoierai en vostre grange les rouges carpentiers [le feu] , beaum. xxxix, «4. Et lors me seignai et m'agenoillai au pié de l'un d'eulz, qui tenoit une hache danoise à charpentier, joinv. 248. || xiv* s. Semblablement le charpentier fait la maison pour habiter , oresue , Eth. 4 t . || xv* s. Le charpentier et le masson N'estudient que bien peu, non, Et si font aussi belle mine Qu'estudians en médecine, la font. 337. || xvi* s. Un cherpantier trouva l'invention de miner une grille dans un ruisseau.... d'aub. Hist. î, 346. On dit qu'un bon charpentier ne fait jamais d'esclats, bouchet, Séries, liv. n, p. 259, dans lacurne.

— ÉTYM. Wallon, chèpetî; namurois, cherpèli; rouchi, carpentier; provenç. carpentier; espagn. carpinlero; portug. carpinteiro; ital. carpenliero ; de carpentarius , charron, carrossier, de carpentum. char; le nom du charron en latin est devenu le nom du charpentier dans les langues romanes.

f CHARPENT1ÈRE (char-pan-tiê-r"), *. f. Nom de certaines femelles d'insectes hyménoptères qui percent le bois. || Un des noms des pics.

— ÉTYM. Charpentier.

t CHARPI (char-pi) , s. m. Billot sur lequel le tonnelier taille les douves.

— ÉTYM. Voy. charpie.

CHARPIE (char-pie) , s. f. Fils provenant de morceaux de vieille toile de 8 à 40 centimètres de longueur et d'autant de largeur, que l'on a effilés. Les Filles-Dieu portent et reportent çà et là les bouillons, la charpie, chateaub. Génie , iv, m, 6. ||Fig. Cette viande est en charpie , se dit d'une viande trop cuite, et dont les fibres se détachent.

— hist. xiv» s. Decouppez les membres par morceauli, et mis à la charpie, c'est à dire que de la cuisse l'en face trois pièces, Ménagier, n, B.|| xvi* s. On remplira la playe de charpy sec, paré, vi, 4.... Se gardant y mettre de la charpie, id. vm, 33. Et sera mis dessus de la charpie seiche, id. xv, 7.

— ÉTYM. Génev. charpi, charpis, s. m. ; picard, carpie; Saintonge, charpille. Charpi, s. m. qui se dit dans les provinces et dans le peuple et qui est devenu une faute , et charpie sont le participe passé de l'ancien verbe charpir (charpir la laine, la Rose, 20429; il desmembrent et charpissent, G. chastelai n , Expos, sur vérité mal prise) conservé dans quelques provinces (Berry, charpir, mettre en loques; wallon, cherpi, élaufiler), et qui vient, par changement de conjugaison, du latin carpere, couper, tondre. Charpie est plus ancien dans la langue que ne l'indique l'historique; car on trouve, dans des textes latins du xm* siècle carpia, ce qui suppose le français charpie.

t. CHARRÉE (cha-rée), s. f.\\ 1° Cendre qui reste sur le cuvier, après que la lessive est coulée. || 2° Résidu des soudes brutes soumises au même traitement que les cendres.

— hist. xiv* s. Pren de bonnes cendres et met avec de l'eaue et fais comme charrée, Ménagier, n, 6. Leur deffend icelle chambre jetter de leurs maisons, par les fenestres, ordures, urines, charries, infections, Ordonn. des rois de France, t. n,

— ÉTYM. Berry, cherrée. Ménage le tire de cinerata, cendrée; la Monnoye, du bourguignon carre, cendre. Il est bien probable qu'en effet charrée esi quelque altération de cendrée.

t ». CHARRÉE (cha-rée), s. f. Terme de pêche. Larve d'insecte qui sert d'appât.

CHARRETÉE (cha-re-tée) , s. f. Ce que contient une charrette. Une charretée de foin. j| Populairement. Une charretée d'injures, toute sorte d'injures qu'on dit à quelqu'un.

— hist. xn* s. Cil porte un mail, n'ot lance ne espée ; De fer i ot demie charetée, Bat. d'Aleschans, v. 6369. || xur* s. Et de bûches à charretées Por faire feu en cheminées, la Rose, 4 7873. Nulle charretée, pour avoir nul que elle meine, quex que li avoirs soit, ne doit paier que deus deniers de chaude, Liv. des met. 275. Une caretée de buce [bûche] , beaum. xxiv, 46. || xiv* s. De charrettes en a mené mainte chartée, Guescl. 4 608. On en peust chargier quarante charetées, Girart de Ross. v. 4004. || xvi* s. Mille bourdes qu'il a en France rapportées, Assez pour en charger quatre grandes chartées, dubell. iv, 83, verso. Combien encourut de ruyne nostre dernier duc de Bourgoigne, pour la querelle d'une charretée de peaux de mouton I mont. IV, 4 67.

— ÉTYM. Charrette; provenç. et espagn. carretada; ital. carretata.

4. CHARRETIER, 1ERE (cha-re-tié, tiê-r'), s. m. et f. || 1° Celui, celle qui conduit une charrette. On ne

CHA

plaint guère un cheval de charretier dans son écurie, j.j. Rouss.ifm. iv. || Familièrement. Jurer comme un charretier embourbé, ou, simplement, comme un charretier, jurer beaucoup. \\Adj. Garçon charretier. || Charretier se dit quelquefois de celui qui conduit la charrue. || 2° Un des noms de la constellation du Cocher.|| Proverbe. Il n'y a si bon charretier qui ne verse, c'est-à-dire il n'est si habile homme auquel il n'arrive de commettre quelque faute.

— REM. On trouve souvent, dans les textes du xvi* siècle et par suite dans les livres imprimés au xvh* siècle et au xviu*, chartier au lieu de charretier. Pour venir au chartier embourbé dans ces lieux, la font. Fabl. vi, 48.

— HIST. xii* s. Et lors a dit li chevaliers, Cil qui ot esté charretiers, la Charrette, 684. || xiii* s. Si que li arçon ne puissent estre mis en œuvre, fors que à sele à charretier, Liv. des met. 24 6. Bourelier ne puet cloer sele à charetier de cloz d'estain, ib. 224. D'autre part il est plus grans hontes D'un fil de roi, s'il estoit nices Et pleins d'outrages et de vices, Que s'il iert filz d'un charretier, D'un porchier ou d'un çavetier, la Rose, 4 9089. Et bien apartient qu'on ait miséricorde du caretier, beaum. lxix, 48. || xiv* s. Son charretier se arresta tout effraie, bercheure, f°23, verso. |j xv* s. Voici venir quatre gros lourdiers , charretiers ou bouviers, louis xi, Nouv. xcvm. ||xvi* s. Que de mon nom la mer nommer je face, Ou que je sois ce chartier mal appris.... dubell. v, 3, verso.

— ETYM. Charrette ; Berry, cherretier; provenç. charretier, earratier; espagn. carretero; portug. carreteiro; ital. carreltiere.

2. CHARRETIER, 1ÈRE (cha-re-tié, tiê-r'), adj. Par où les charrettes peuvent passer. Chemin charretier. Porte charretière. || Voie charretière, l'espace compris entre les roues d'une charrette, espace ordinairement déterminé par les règlements

— ÉTYM. Voy. le précédent.

t CHARRETIN (cha-re-tin), s. m. Espèce de charrette sans ridelles.

— ÉTYM. Charrette.

t CHARRETON (cha-re-ton) ou CHARTON (charton), ». m. Conducteur d'un chariot, d'une charrette. Le charton n'avait pas dessein De les mener voir Tabarin, la font. Fabl. vm, 42. Vieilli.

— HIST. xn* s. Après la charrete [il] s'avance, Et voit un nain sor les limons, Qui tenoit comme charretons Une longue verge en sa main, la Charrette, v. 346. || xiii* s. C'est un hareng, ce dit Renart, Car jetrovai un charreton Qu'en portoit une charretée, Ren. 44 24. Et doivent cil qui ont fait le meffait , si comme li caretons et cil qui sont au conduire, estre bani du lieu, beaum. xxiv, 46. || xv*s. On prit deux chars chargés de pourveances atout quatre charretons vestus de grises cottes et armés dessous, froiss. n, il, 224. Le charreton fit si grand diligence qu'il amena deux voitures plus qu'il n'avoit fait es jours paravant, louis xi, Nouv. va. Bon charton tourne en petit lieu, le roux de lincy, Prov. t. il, p. 4 64. || xvi* s. Soudain les chevaulx s'effrayèrent; le charton fit tout ce qu'il put pour les arrester, amyot, Publ. 26.

— ÉTYM. Charrette; génev. charoton; Berry, charton; picard et Rouchi, carton; wallen, chèron.

CHARRETTE (cha-rè-f), s. f.\\ 1» Voiture à deux roues, avec deux ridelles et deux limons. J'entends déjà partout les charrettes courir, boil. Sat. vi. || Fig. et familièrement. Un avaleur de charrettes ferrées, un fanfaron. || 2° Charrette à bras, petite charrette traînée par un ou deux hommes. || 3* Terme de chasse. Machine pour approcher du gibier sans lui causer de crainte.

— REM. La prononciation provinciale de cherette n'était pas encore tout à fait bannie de l'usage au xvn* siècle; et l'on discutait pour savoir lequel était le meilleur, cherette ou charrette, marg. buffet, Observ. p. 60.

— HIST. xi* s. En trois carottes très bien [ils] les ont guiez [guidés], Ch. de Roi. ccx. || xui's. Sur chars et sur charretes et sursomiers trousser, Berte, xcvii. Et lor fist bailler deniers etcaretes, et si s'en alerent droit à Biauvais, Chron. de Rains, 6?. Et nous les deduisans sentiers, Non pas les chemins à charretes, Mes les jolives senteletes, Jolif et renvoisié tenons, la Rose, 24697. Ne en tix sentiers ne doit aler nule carete, en nul tans qu'ele puist fere damace as biens de terre, beaum. xxv, 2. En dementres [tandis] que je venoie, je trouvé trois homes mors sur une charrette, joinv. 209. || xvi* s. Il se saisit d'un vieux clou de charrette, mont, u, 4 28. On les couchoit sur des charriotes pleines de bruyère , id. l, 238.

CHA

— ÉTYM. Diminutif dechar; wallon, cJière(e;Berry, chairette, charte; provenç. et espagn. carreta; ital. carr tto.

+ CHARRIABLE (cha-ri-a-bl') , adj. Qui peut être charrié.

— HIST. xvt* s. Vins charriables et de facile tran-

port, O. DE SERRES, 248.

— ETYM. Charrier.

CHARRIAGE (cha-ri-a-j'), t. m. Action de charrier, de voiturer. Le charriage est difficile en hiver. jj Le prix du transport.

—HIST. xv* s. Il avoitdansun fortchastel safemme et ses enfants et tout son cariage, froiss. n, u, 235. Passèrent ceste petite rivière, pour venir assaillir rostre charriage , qui estoit trop grand, comm. vm, «. || xvi' s. Le roy gaigna tout le gros cha- Mage.... J. marot, v, 435. Il fut le premier qui meit le feu au chariage royal, où l'on trainnoit son bagage, amyot, P. Mm. 18. Le second jourfurent aussi portez sur grand nombre de charriage, toutes les plus belles armes des Macédoniens , id. t'6. 55. Monsieur de Sainct Pol feit passer l'artillerie et tout le bagage et carriage pour marcher droit à Pavie, M. Bu bell. 4 58. Le vin vaut bien le charriage Qu'il y a à l'abbaye du Broc, J. le houx, i.

— ÉTYM. Charrier; picard, carriage; bourguig. cairiaige.

CHARRIÉ, ÉE (cha-ri-é, ée), part, passé. Le vin charrié jusqu'à notre porte. Des glaçons charriés par la rivière.

1. CHARRIER (cha-rié), s. m. Drap de grosse toile sur lequel, dans la lessive, est placée la chargée.

— HIST. xvi* 8. Puis faut passer les dites choses .tar dedans un charrier double, ou autre toile, paré. xxv . 32. Puis coulerez le tout au travers d'une grosse nappe ou charrier , id. ib.

— ÉTYM. Voy. charrée; bourguig. charroi.

2. CHARRIER (cha-ri-é), v. a. || 1" Voiturer dans un chariot, dans une charrette. Des hommes qui charrient le bois du Liban, labruy. vi. || Fig. et absolument. Charrier droit, se comporter comme on le doit, remplir son devoir. Cette Puisieux était bien épineuse; il fallait, comme vous dites, charrier bien droit avec elle, sévigné au comte de Bussy, 43 octobre 4 077. Et qu'il fera bien, s'il me croit, Désormais de charrier droit, scarron, Gigantom. chant i. Il 2" En parlant d'une rivière, entraîner, emporter dans son cours. Cette rivière charrie beaucoup de ?able. La rivière charrie d'énormes glaçons. Un torrent charriait du limon et des pierres, J. J. rouss. Hél. iv, (8. || Absolument, entraîner des glaçons. La rivière charrie. || 3° Terme de fauconnier. L'oiseau charrie, quand, emportant la proie, il ne revient que quand le fauconnier la réclame; et aussi quand il se laisse emporter à la poursuite de la proie. || 4° Terme de marine. Charrier de la voile, se dit d'un navire qui porte beaucoup de voiles.

— HIST. xi* s. Cinquante chars qu'en [on] fera carier, Ch. de Roi. 4)4. ||xm" s. On trouva l'aighe [l'eau] si durement engielée que on pooit bien charier sus, h. de valenc. xiv. Por le carier ou por autres fres.... beaum. xxix, 4. Il ne pooit souffrir ne le charier ne le chevaucher [supporter ni la voiture ni le cheval], joinv. 300. Et sunt aucune fois cil qui plus tost charient Contre clers et prejas, et plus les contrarient, j. de medng, Test. 039. || xv" s. Le comte ne pouvoit mais chevaucher, mais charier se faisoit, quand il vouloit aller d'un lieu en un autre, froiss. m, iv, 25. Et y firent amener et charrier du pays voisin grand foison de blés.... id. i, i, 426. Gravier de blanche marie, fort et dur, sur quoi on peut fermement charier, id. i, I, 278. X cely devoit bien estre nientmoins soing aussi de charrier droict tant pour son honneur comme par obligacion , g. chastel. Chr. de Bourg. ta, ch. 463. 11 estoit maistre avec lequel il falloit charier droit, comm. vi, 7. || xvr» s. Nos âmes ont charié si uniement ensemble, mont, i, 214. Si les sens altèrent ce qu'ils nous charrient du dehors, id. n, 360. Ce n'est pas tout que la volonté charie droict, id. m, 37). Ils n'avoient aultre moyen de charier qu'à force de bras , ou en traisnant leur charge, id. iv, 26. Elle taschoit de faire trainer et charier ses navires jusques en l'autre mer, amyot, Anton. 00. Les sablons que ces eaux charrient, 0. de

— ÉTYM. Wallon, chéri ; picard, carrier; Berry, cliarreyer ; provenç. carregar; anc. catal. carrejar; anc. espagn. carrear; ital. carreqgiare ; du bas-lat. eamcore(voy.ciUHGER)decorruî,cliar. Chairierel charroyer sont deux formes d'un même mot, suivant 'es anciens dialectes de la France.

CHA

t CHARRIERE (cha-riê-r"), s. f. Voie par laquelle peut passer un char, une charrette.

— HIST. xiii* s. Il a différence entre erre et charriera ; quar erre est par quoi l'en puet aler à pié et cheval sanz plus; charriere est par quoi l'en puet amener char ou charrette, Digeste, f° )05. Lesse [largeur] de chariere donée tient en atendue onze piez, Lit>. de just. )42. X compaignie si pleniere Qu'il tenoit toute la charriere, la Rose, 20420. Por l'estrece de la quarriere, Pabli. et contes anciens,

— ÉTYM. Charrier; bourguig. ehareire; provenç. carriera; espagn. carrera; portug. earreira; ital. carriera. Voy. carrière 4 .

f CHARRIECR (cha-ri-eur) , ». m. Terme d'argot. Variété de voleurs qui exploitent les campagnards.

CHARROI (cha-roi) , t. m. || 1* Transport par chariot ou par charrette. Trois mois de fâcheux temps pendant lesquels on n'a pu faire charrois ni labours, p. L. Courier, u , 277. Il 2° S. plur. Terme de guerre. Corps de troupes chargé du transport des bagages ou de l'artillerie d'une armée. On dit aujourd'hui train. || 3° Salaire du charretier.

— HIST. xii* s. Od granz tonels, od grand charrei Fet les deniers porter od sei, Roman de Rou, v. )6»64. Là quistrent somers et carrei, gaimar, Baveloc, v. 600, dans raynouard. || xm" s. Porquoi murdristes cel soupir? Que nel laissastes fors issir? Celer vos en quidiez vers moi; Mais ge sai trop de cest charroi [manière d'agir], Partonopex, ms. f° 149, dans lacurne. H xiv* s. Artillerie est le charroi qui.... est chargé des quarriaus en guerre, o. guiart, an )304. Il xv« s. Il leur convenoit [à Pierre de Beuil et les autres qui ramenaient l'engin de la Réole] tenir le plus ample chemin pour leur charroy , froiss. n, 11, 5. S'estoient mis à pied hommes d'armes et archiers, et cloz de son charroy, comm.

i, 3 Opina disant qu'on bruslast une partie de

charroy et qu'on sauvast seullement l'artillerie, id. 1, 4. Il xvi" s. L'artillerie et leur charroy [ils] gaignerent, J. marot, v, )36. Le lendemain le roy fist mettre sus Son ost et camp, carroy, pouldres, bahus, id. v, 445. Et ainsi triste, en haste s'en alloit Par maint carroi [chemin], par maint canton et place, marot, n, 278. Les Romains les menèrent tuans et batans jusques en leur camp et à leur charroy, amyot, Marius, 34. Il faisoit mener un grand charroy de bateaux pour passer le Pau, quand il lui plairoit, carl. i, 4). Il n'y avoit place, canton, carrefour, ny carroy.... id. m, 20. Aux carrois des rues, de cent pas en cent pas, paré, t. m, p. 706.

— ÉTYM. Voy. charroyer; Saintonge, charrai; provenç. charrei.

CHARRON (cha-ron), ». m. Celui qui fait des chariots, des charrettes, des trains de voiture et particulièrement des roues. \\Adj. Ouvrier, apprenti charron. Maître charron.

— HIST. xm" s. C'est à savoir charpentiers, tonneliers, charrons, couvreurs de mesons, Litre des met. 404. Il xvi" s. Charrons, voituriers, chartiers, amyot, Peric. 26.

— ÉTYM. Char; picard, caron.

CHARRONNAGE (cha-ro-na-j'), ». m. Art ou ouvrage du charron. Les pièces d'artillerie étaient bien montées, et le charronnage m'en parut anglais, chateaub. ltin. n, 136. || Bois de charronnage, bois propre aux ouvrages de charronnage.

— ÉTYM. Charron.

CHARROYÉ, ÉE (cha-ro-ié, iée, ou cha-roi-ié, iée), part, passé.

CHARROYER (cha-ro-ié ; quelques-uns disent cha-roi-ié), je charroie, tu charroies, nous charroyons, vous charroyez, ils charroient ; je charroyais , nous charroyions, vous charroyiez; je charroyai; je charroierai; je charroierais; que je charroie, que nouscharroyions, quevouscharroyiez; que je charroyasse; charroyant, v. a. Transporter sur des chariots ou charrettes.

— SYN. charroyer, charrier. Ces deux verbes n'ont pas de différence de sens, puisqu'ils sont un seul et même verbe à deux prononciations; mais cette différence de prononciation a fini par faire, d'une part que charroyer est moins usité que charrier, et, d'autre part, que charroyer ne se prend jamais au figuré; ainsi l'on dit charrier droit, et non charroyer droit; le fleuve charrie du limon, et non charroie; la Seine charrie et non charroie.

— HIST. xii" s. Cinquante chars lui faites caroier, Ronc. ]). 3. || xm" s. Ne vos estovra charroier, Ne çà ne là porter nul fais; X toz jors mèz vivrez en pais, lien. 7568. Il orent un engien qui moult fist à prisier, X clous et à chevilles l'orent fait atachier, Et par desous le pont mener et caroier, Ch. d'Ant.

CHA

BOî»

iv, 254. || xiv* s. Icelluy Montfaucon dist au dit Grisart, qu'il avoit bien besoin de charroier droit, à quoi le dit Grisart respondit que c'estoient menaces, du canoë, assecurare.

— ÉTYM. Char. Charroyer est une autre form» de charrier.

t CHARROYEUR (cha-ro-ieur ou cha-roi-ieur), t. m. Celui qui charroie.

— ÉTYM. Charroyer.

t CHARRUAGE (cha-ru-a-j*), ». m. Etendue çui peut être labourée avec une seule charrue.

— HIST. xvi" s. Les charruages [terres labourables], prez, vignes et estangs , Coustumier génér. t. i, p. 468.

— étym. Charrue.

CHARRUE (cha-ruo), s. f.\\i' Instrument pour labourer la terre, qui consiste en un train monté sur deux roues, et un soc tranchant. C'est à Osiris que les pgyptiens attribuaient l'invention de la charrue, noel et cahpentier, Dict. des orig. || Fig Tirer la charrue, avoir beaucoup de peine, faire un travail continu. || Fig. C'est une charrue mal attelée, se ditd'une entreprise dirigée par des personnes qui ne s'entendent pas, d'un ménage qui va mal. || Fig. Mettre la charrue devant les boeufs, commencer par où l'on devrait finir. || Un cheval de charrue, un homme grossier et stupide. || 2° L'étendue de terre qu'on peut labourpravec un attelage de charrue. Cette ferme est de deux, de quatre charrues. || 3" Fig. L'agriculture. On reverra la charrue en honneur, fén. Tél. xii. || 4" Terme de pêche. Sorte de filet à manche.

— hist. xii" s. Ne la meùssent li buef d'une chesrue, Ronc. p. )05. || xm" s. De cel vilain qui si vos tue Et vos fet trere à la charrue, Ren. 7560. Carues de rentes doivent estre prisies, casçune jornée à deux quevax, deux sous par an, beaum. xxvii, 22. Se mors le fet de vie nu, Voisent lai [qu'ils aillent là] dont ils sont venu : Si voist chascun à la chat rue, ruteb. )63. || xv" s. Tournant à chaque propos la charrue contre les bœufs, Arresls d'amour, 63» arrest, p. 484, dans lacurne. || xvi" s. Charrue de jeunes veaux. Chasse de jeunes chevaux, Et de jeunes faulcons la voilée Fdht rarement bone journée, le roux de lincy. Prov. t. i, p. )55. Les chefs furent contraints d'obtempérer ; car aux guerres civiles, quelquefois la charrue mené les bœufs, la noue, Discours, p. 810, dans lacurne.

— ÉTYM. Picard, kérue, carue ; norm. quiérut (Valogne) ; wallon, chèrowe ; namurois, chèreuwe; rouchi, kèrue; provenç. carruga; portug. charrua; ital. carruca; du latin carruca, voiture dont le nom général a passé spécialement à la machine à roue» dite charrue.

f CHARRUYER (cha-ru-ié) , s. m. Charretier, laboureur. Terme vieux.

— hist. xm" s. Car lor cors ne vault une pomme Oultre le cors d'ung charruier, Ou d'ung clerc, ou d'ung escuier, la Rose, )8793.

— ÉTYM. Charrue.

CHARTE (char-f) ou CHARTRE (char-tO, qui est aujourd'hui tout à fait tombé en désuétude et qui est seul dans le Dict. de richklet, s. f. || i" Acte concédant des franchises, des privilèges. Charte de commune. Charte d'affranchissement. Le serf pouvait, par une chartre de son seigneur, combattre contre toute personne, montesq. Esp. xxvm, 25. || La grande charte, charie par jaiuelle Jean (42)5), roi d'Angleterre, accorda certains privilèges, bases des libertés de la nation. Henri III confirma la grande chartre d'une manière très-solennelle, fén. xxii, 408. || Chartes générales du Hainaut, ordonnance d'un archiduc, en 4649, contenant le recueil des anciennes lois du Hainaut. |i Charte ou chartre normande ou aux Normands, titre contenant plusieurs privilèges ou concessions accordés aux habitants de Normandie le 4 9 mars ) 3) 3 par le roi Louis X et confirmés à diverses reprises. On mettait dans la plupart des lettres de la grande chancellerie : Non obstant clameur de haro , charte normande à ce contraire, etc. Il Lettres de charte, lettres de grande chancellerie qui attribuaient un droit perpétuel et contenaient cette adresse : X tous présents et à venir. || La charte constitutionnelle, ou, simplement, la charte, celle que Louis XVIII octroya en 18)4, qui fut modifiée après la révolution de )830, et abolie par celle de 4848. || Par suite, toute constitution accordée par un prince. I| Acte législatif qui, en Angleterre et aux États-Unis, constitue une corporation. La charte de la compagnie des Indes. || 2° Ancien titre. Si la chartre de quelque héritage était attaquée de faux, montesq. Espr. xxvm, 4 8. |l L'école des chartes, école instituée pour apprendre à lire et à interpréter les chartes, diplômes, etc. et

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en général pour étudier les titres, les institutions, les usages du moyen âge. || 3° Terme de commerce. Charte partie, acte qui constate le louage de tout ou partie d'un navire. Nous ne fûmes pas plutôt arrivés qu'on nous demanda notre charte partie, qui est si nécessaire à la mer, que tout homme qui navigue sans l'avoir est pendable, retz, iv , 330. Ce mot vient d'un ancien usage : au lieu de faire le double de l'acte, on le coupait en deux parties, dont les deux contractants gardaient chacun une. Partie est ici le participe passé du verbe partir, partager.

HIST. xi* s. Les naïfs [serfs natifs] qui départent de leur terre ne deivent cartre faire, Lois de Guill. 33. Il est escrit es cartres et es brefs, Ch. de Roi. cxxv. Il fist la chartre au moustier de Laon, ib. cun. Faites faire errament Vos Chartres et vos briés [brefs] à clerz bien escrivanz, Sax. xxi. Vous porterez ma chartre où li seax d'or pend, t'b.|| xiu* s. Vos et vostre père lor avés juré leur convenances à tenir; il en ont vos Chartres, villeh. xciv. Amors de la chartre leûe A si la novele espandue Que James n'iert lions de vaillance Qui ne s'acort à la sentence, la Rose, 2088). Autant vaut fours qui ne cuist, comme chartre qui n'est uzée, beacm. l, ). Cil qui ont tex manières d'uzages monstrent par chartre que le [la] coze lor fust otroiée par le segneur du liu, m. xxiv, 7. ||xvs. Car estoient en la Gascongne trop anciennement chartes et privilégies du grand Charlemaigne, fboiss, liv. i, p. 363, dans lacurne. Et prenans la pièce d'une chartre, escripvirent à Joseph, disans: Paix soit à toy et à ceux qui sont avec toy, Perceforest, t. vi, f° )24.

— ÊTYM. Provenç. espagn. et ital. carta; du latin charta, du grec x«Pr"K> papier- Dans la forme chartre, IV vient d'une assimilation fautive avec char ire, prison.

t CHART1L (char-ti ; 1*1 est toujours muette), s.m. || 1° Le corps d'une charrette. || 2° Appentis qui sert de remise dans les basses-cours pour les charrettes, les charrues et les autres instruments de campagne. Emplissant à milliers Greniers, granges, chartils et caves et celliers, Régnier, Sat. xv.

— HIST. xin* s. Fourches, fleaus, restiaus, fauches, ne doivent riens de tonlieu, ne charetil, ne chevron dolé, Liv. des mit. 323. Si me jetent el charretil, Ren. 4(67. Cil saillirent au charretil Où il cuidierent Renart prendre; Mais il ne volt pas tant atendre, ib.

— ÊTYM. Charrette, par l'ancienne forme charretil ; picard, carti; Berry, chârtil, chartiou; Saintonge, chartis.

t CHARTISME (char-ti-sm') , s. m. Doctrine des chartistes qui a un caractère socialiste.

f CHARTISTE (char-ti-st'), s. m. Les chartistes, parti anglais formé récemment, et réclamant l'adoption d'une charte démocratique qu'il a rédigée et qui contient des réformes sociales. || Chartiste s'est dit aussi, en Portugal, de ceux qui étaient partisans de la charte de Don Pedro contre Don Miguel.

— ÊTYM. Charte.

f CHARTOGRAPHE (kar-to-gra-f), s. m Celui qui s'occupe de chartographie. On écrit plus souvent cartographe.

t CHARTOGRAPHIE (kar-to-gra-fie) , s. f. Voy.

CARTOGRAPHIE.

f CHARTON (char-ton), t. m. Voy. charreton.

). CHARTRE (char-tr'), *. f. Voy. charte.

2. CHARTRE (char-tr') , l. f. || 1° Prison. Cette chartre est faite de façon Que.... la font. Diable. || Il est vieux. Usité encore dans cette locution : Tenir en chartre privée, séquestrer une personne sans autotorité de justice. || 2" Nom vulgaire du carreau ou atrophie mésentérique, cette maladie retardant le développement et tenant le petit malade comme en une chartre, en une prison. Tomber en chartre. Etre en chartre.

— HIST. xii* s. Que, se li clers forfait à perdre sun mestier, Face le sis prelaz en sa chartre lan-

l ' cier, Th. le mart. 3) . || xin* s. Puis li liast on poins et piez, Si fust jetez trestoz liez En la chartre ou en la jeôle.... Ren. 8603. Cil que l'en met en chartre oscure, Et en vermine et en ordure, la Rose, 2623. C'est [l'amour] chartre qui prison [prisonnier] soulage, Printems plains de fort yvernage, ib. 4343. Lors, se vous ne voulez ce croire, Quand il ara sur vous victoire, Sans retour en sa chartre noire Au feu d'enfer ardoir irez , j, de meung, Cod. 93. || xv* s. Et par sentence fut privé de tous ses bénéfices et mené en un tombereau, mitre et condamné en chartre perpétuelle et au pain, juvén. Charles VI, 44)6. ||xvrs. Pour retirer aucuns de la chartre des vices, si.pioan, f* )». Si on en réchappe, le malade

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tombe en fièvre hectique ou en chartre, ou en mal caduc, paré, xxili, 44. Je plainds plusieurs gentilshommes qui, par la sottise de leurs médecins, se sont mis en chartre tous jeunes et entiers, mont, iv, 26).

— ÊTYM. Génev. charte; espagn. carter; ital. carcere ; du latin carcerem, prison.

t CHARTRE, ÉE (char-tré , trée) , adj. Qui a une charte, un privilège, un droit. Villes chartrées.

— HIST. xv* s. Nous tenir ens es franchises anciennes , dont nous sommes Chartres et bulles,

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