‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 65 sur 403 · AU · texte numérisé non relu

AU

««gnier, Sat x. Reposez-vous : usez du peu que nous avons; L'aide des dieux a fait que nous le conservons, la font. Phil. et Bau. || 2° Donner aide, assister.... je puis vousdonner aide En ce besoin, la font. Fais. || 3° Être, venir en aide, seconder, secourir. || Dieu vous soit en aide! locution tient on se sert quand quelqu'un éternue. Toute ma conversation se passe à dire grand merci à ceux qui me disent : Dieu vous soit en aide, balz. Lett. 42, liv. vu. D'un Dieu vous soit en aide alors qu'on éternue, mol. Sganar. 2. || Ainsi Dieu me soit en aide, espèce de serment pour affirmer solennellement une chose. Je le ferai , ainsi Dieu me soit en aide. !| 4" X l'aide! /oe. adv. ellipt. venez au secours, à l'aide. Aïe! aie! à l'aide ! au meurtre ! au secours ! on m'assomme! mol. L'Étour. h, 9. || 5° X l'aide de, loc. prépos. Par le moyen de. À l'aide d'un temps favorable il débarqua dans l'Ile. X l'aide de cette erreur. Que tu sais bien, Racine, à l'aide d'un acteur, Emouvoir, étonner, ravirun spectateur! boi. i'p.vn. || 6" Église, chapelle, succursale d'une église paroissiale dont les habitants sont trop éloignés. Sainte Marguerite était une des aides de la paroisse Saint- Paul. || 7* S. f. plur. Se disait des subsides, des levées de deniers qui se faisaient sur le peuple , pour aider à soutenir les dépenses de l'État. Octroi des aides, fermier des aides. Les aides montent à tant. Les contributions indirectes ont remplacé les aides. Il me fit entendre qu'il cachait son vinàcause des aides, j.j. rouss. Conf. iv. Entrerai-je dans le huitième denier ou dans les aides? la bruy. 44. || Cour des aides, compagnie supérieure , qui jugeait des affaires concernant ces sortes de subsides. Président, conseiller à la cour des aides. Le président Amelot fut désavoué publiquement par la cour des aides, retz, jv, 4 33. || Il se disait aussi du lieu où cette compagnie s'assemblait. Vous le trouverez à la cour des aides. || Au figuré et parplaisantere, aller à la cour des aides, aller auxemprunts, faire faire une partie de son travail par un autre. || 8° En termes de manège, aide s'entend des moyens par lesquels le cavalier agit sur son cheval. Les aides supérieures sont celles des mains ;elles agissent par l'intermédiaire des rênes. Les aides inférieures sont celles des jambes; elles agissent, par les cuisses, les jarrets, le gras des jambes, l'éperon et l'étrier. Le cavalier a les aides fines quand il les emploie avec méthode et précision. Le cheval a les aides fines lorsqu'il est trèssensible aux aides. On le dit quelquefois au singulier: Le cheval sans aucune aide.... Donner les aides extrêmement fines , bien manier un cheval. || Proverbes. Un peu d'aide fait grandbien. || Bon droit a besoin d'aide , c'est-à-dire quelque évident que soit un droit, il est bon de le faire appuyer.

— SYN. AIDE. ASSISTANCE, secours. Aide est le terme le plus général : on aide quelqu'un quand on lui rend un service dont il a besoin; il ne peut faire une chose, il n'est pas assez fort; on lui vient en aide. On lui vient en aide encore par de l'argent. Secours est plus particulier ; il indique non pas seulement que la personne a besoin de quelque chose, mais qu'elle est précisément dans un péril, dans une situation pénible, embarrassée. Celui qu'on aide fait quelque chose qu'il ne peut terminer seul ; celui qu'on secourt a besoin qu'on le tire de gêne, d'embarras, de péril. Assistance se rapproche beaucoup d'aide, sauf en un point, c'est que assistance rappelle à l'esprit son étymologie qui est assister, être présent à, être auprès de ; cela limite beaucoup l'emploi de ce mot. X plus forte raison faut-il écarter de la synonymie appui, que quelques-uns font entrer ici : appui a toujours avec lui son sens étymologique qui indique en quelles circonstances on peut le préférer à aide, à secours, à assistance.

— HIST. ix" s. E in adjudha, Serment.

— xi' s. De Mahomet jà n'i aurez aiude, Ch. de Roi. en. Chevauche , reis, besoin [nous] avons d'aïe, ib. cxxiv.

— xii* s. Dex me soit en aïe.... Honc. p. 28. Mais comandez qu'il ait aïue grant, ib. p. 35. Très dout [je crains fort] qu'il faillit d'aïe [qu'il manquât à secourir] Au roi où il fut aies, hues de la fertê, flomancero.p. «26. Car bien doit losangier qui mestier [besoin] a d'aïe.... Sox. vu. Nos forces, nos aies [nous] lui metons en defois [refus], ib. xvm. Si me feront aïde, seDeuplait, bonement, ib. xxi.

— xiii* s. X l'aide de Dieu sa voie [eUe] a rassenée [reprise], Berte, xlvi. Bien a Diex et sa mère nui esté en m'aïue, ib. lu. Là [elle] remest [demeure] toute seule, Diex lui soit en aïe, t'o. cix. Si vraiement me fasse Diex à la fin aïue, ib. cxxiv. Et

AID

li autres'en alerent à Gienes et à Pise. pour savoir quel aïe il vouldroient faire à la terre d'outre-mer, villeh. xx. Biel signor, se vous voliés, je prendroie cesto besoigne et le [la] meneroie à fin à l'aiuwedeDieuetle[la]vostre,C7ir. de Rains.p. ir>&. Et li papes li remanda que, s'il ne le faisoit, il l'escumenieroit et lui et toutes ses aydes, ib. 167. Quant Eve vit qu'ele a perdue Sa brebiz, s'ele n'a aïue, Bret et crie forment, ha! ha ! Ren. 68. Chasteé.qui dame doit estre Et des roses et des boutons, Iert assaillie des gloutons, Si qu'el avoit mesliers [besoin] d'aïe, Car Venus l'avoit envaïe, la Rose, 2864.... car quant il vodront, Lor aides au roi toldront, Et li rois tous seus demorra Si tost com li pueple vorra, ib. 6:i24. Porce ne doit ilpasaler à l'aide de l'autre partie , beaum. v , 4 2. Il est grans besoins que cascune juridictions mêle s'ayde en fere tenir lestestamens qui sont adroit fet, id.xii, 4. Qui fet ayde au bani du segneur, ne le recete, il quiet en l'amende du segneur à se [sa] volenté, id. xxxiv,32. L'aide que Dieu li fist fu tele, joinv. 202. Et disait li roisque le conte de la Marche l'avoit envoyé querre ; car il disoit que il trouverait grant aide en France,

— xVs.Le duc d'Anjouavoit en Languedoc cueilli une aide si grande et si grosse qu'elle avoit bien monté à deux cent mille francs, froiss. 11,11, 28. Et si avoit [le duc de Normandie] son partage en bonne valleur, car il prenoit tailles et aydes, et n'y avoit le roy riens que son hommage et ressort , comm. 11, 15. Les hommes fievés font à leur seigneur cinq droites aides, du CANGE,aua;t7ium. Tailles ne sont mie aydes ; car tailles sont levées par cas de nécessité et de volenté de prince; mais celles aydes nul ne peut lever, si ce n'est au cas pour quoy elles sont deues, id. ib. Aydes chevels sont dits chevels pour ce que l'on les doit rendre as seigneurs chevels, id. ib. Aide de relief est deue quand le seigneur meurt et son hoir relevé vers celui de qui il tenoit son fief, id. ib.

— xvi* s. En cela nous avons une bonne aide pour conformer nos consciences à la foi que nous devonsavoir en!uy,CALV. Inst.tss. Je vous prie bien affectueusement luy donner en son dict affaire le meilleur ayde que vous pourrez, marg. Lett. 80. J'ay grant peur que sansvostre bonne aide et celle de Dieu, nous aurons bien affaire à sa fille, id. ib, 4 02. L'on doit venir par action [en justice, non par saisie] pour loyaux aides ou chevels, loysel, 604. Loyaux aides (ou aides en 4 cas) sont coutumierement dus pour chevalerie du seigneur ou de son fils aine; pour mariage de fille ainée; pour rançon et voyage en la terre sainte, id. 605. Les catholiques qui pensaient avoir aide [part] à la prise, qui mesmes venoient avec armes pour vanter leur assistance, furent traittez de mesme,D'AUB. Hist.i, 446. Car l'esprit ne sent rien que par l'ayde du corps,

— ÊTYM. Berry, aïde; picard, ayude, eyude; provenç. ajudha.ajuda, ahia; espagn. ayuda; ital.oiw; d'un bas-latin adjuta, du supin adjutum , de adjuvare , de ad,à(voy. X), etjuvare, aider, plaire. Les anciennes formes françaises sont aiude , aïue, aide, aie. Les formes ahia . aita, aïde, aïe, qui sont congénères, ne s'expfiquent qu'en supposant qu'à côté d' adjutum avec u long, il y a eu un adjutum avec u bref, d'où un déplacement de l'accent et par suite, aide. X Paris, dans le peuple on dit souvent aide. On prononçait ainsi dans le xvi" siècle, comme l'indique Palsgrave, p. 41. Dans le xvn" s. Chifflet, Gramm. p. 4 97, recommande de ne séparer jamais l't, ainsi que quelques-uns qui prononcent mal.

AIDE (ê-d'), s. m. et f. || 1° Se dit des personnes qui prêtent leur concours à une autre. Ce chirurgien a deux aides très-adroits. Cette infirmière est une aide intelligente. Si tu cherches un aide à traiter d'imposteur, Un roi qui t'a fermé la porte démon coeur, corn. Perth. m, 4. ^"Aide-maçon ou aide à maçon, manœuvre qui aide le maçon. Que celui d'un fripier ou d'un aide à maçon, Régnier, Sat. xiii. Il 3° Aide de cuisine, celui qui sert sous le chef de cuisine. ||4°Aide des cérémonies, officier qui sert sous le grand maître des cérémonies. Il 5* Aide de camp, officierattaché à un général. Au bout de quelques années, il se défit du régiment pour s'attacher plus particulièrement à la personne du roi, qu'il suivit toujours dans ses campagnes, en qualité de sou aide de camp, fonten. Dangeau. Il Aide-major ou aide-chirurgien, chirurgien adjoint ou chirurgien-major. Sous-aide, celui qui est subordonné à l'aide-major. || Aide-major ou aide-major de corps, officier placé sous la direction immé-

ATT

diate du major do corps et le remplaçant en cas d'absence. Ce grade n'existe plus, général bardin. Il Aide-major de place, officier sous la direction du major déplace. Ce grade est aujourd'hui remplacé par celui d'adjudant de place. Il Aide-major général, titre qui se donne aux officiers généraux directement employés sous les ordres du major général. Autrefois il y avait eu sous ce nom des officiers majors de corps exerçant auprès des détachements les fonctions de major général. || Aidemajor des logis, officier dont les fonctions étaient analogues à celles des officiers d'état-major des armées républicaines. || 6° Aide de plongeur, dans la pêche des perles, pêcheur qui se tient dans une barque prêt à retirer le plongeur au premier signal que celui-ci donne au moyen d'une corde. || 7° Aide maître de pont ou chableur, celuiquiaideàconduire les bateaux dans les passages difficiles. || 8" Aide ou assistante, religieuse qui aide celle qui est en charge. Il 9° Dans la marine, officier marinier de canonnage, detimonerie, decharpentage, sous le maître et le second maître de chacun de ces états. On appelle aussi aides deux matelots appariés pour s'assister réciproquement dans leurs fonctions. I| 10* Aide, domestique du bourreau. L'exécuteur et ses aides.

— hist. xiii* s. Li mestre du mestier a la petite joustice et les amendes des maçons , des plastriers et des marteliers et de leurs aydes et de leurs aprentis. Livre des Met. 4 40. || xvi* s. J'estois aide d'enseigne au régiment de Chappes. Aide-enseigne est un honneste homme qui aide à porter le drapeau ; comme on dit aide de camp, aide de sergent major, aide de sergent de bataille; on commence à dire aide de caporal , aide de tambour. Tout se fait par aides ; j'ai veu qu'on ne parloit d'aides de lict qu'en Pologne, d'aub. Fatn. IV, 4 5. J'aimerois mieux estre bon aide de sommelier, id. ib. L'un estoit aide à maçon, paré, vin, 32.

— ÊTYM. Aide.

AIDÉ, ÉE(Ô-dé, dée), part. passé. || 1* Aidé par tous ses amis. Aidé de ses amis. Aidé de la lecture des anciens. Aidé de son courage. || 2* Ce qui n'est pas spontané. Sa mort a été aidée. On s'appercevait bien que la vocation avait été aidée , st-

SIMON, 52, 42 t..

tAJDEATJ(ê-do),'. m. Morceau de bois qu'on passe dans les barres d'une charrette pour soutenir le3 charges élevées. || Au plur. les aideaux.

AIDER (ô-dé). Il 1° Y. a. Donner de l'aide. Aider quelqu'unde ses conseils, de sa bourse. Ainsi donc aidez-moi. Il l'aida à sortir d'embarras. Cette méthode aide la mémoire. Le télescope aide les astronomes dans leurs découvertes. Parlez , mes frères, parlez; jo ne suis ici que pour aider vos réflexions, boss. Anne de Gonx. Hercule, lui ditil, aide-moi ; si ton dos A porté la machine ronde, Ton bras peut me tirer d'ici.... Hercule veut qu'on se remue; Puis il aide les gens.... la font. Fab. vi, 4 8. Comptez-vous pour rien de servir votre roi, de l'aider dans tous les biens qu'il veut faire et de rendre tant de peuples heureux? fén. Tél. xiv. En quels lieux sommes-nous? aidez mes faibles yeux, volt. Zaïre, 11, 3. Au lieu d'aider la grâce conire la tentation, vous aidez la tentation contre la grâce même, et vous détruisez celle-ci par l'autre, bourd. Carême, p. 229. Remettez à leurs bras les communs intérêts, Et n'aidez leurs desseins que par des vœux secrets, corn. Cinna, 1, 2. || 2" Y. n. Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir. Il parut sensible à l'attention que j'eus de lui aider à sortir du bateau, 1. 1. rouss. Prom. 2. Dans nos études, quand mon thème était fini, je lui aidais à faire le sien, id. Confess. liv. I. Serait-ce quelque chose où je vous puisse aider? mol. Méd. malgré lui, I, 5. Télémaque, voyant Mentor qui lui tendait la main pour lui aider à nager, ne songea plus qu'à sortir de l'île fatale, fén. Tél. vu. J'aidai au Rhodien à se relever, id. Tél. v. Us lui aidaient à tromper le roi, id. M. lu. Les hommes ne peuvent par leurs délibérations établir aucun bien effectif, si les femmes ne leur aident à l'exécuter, id. t. xvu, p. 5. Dois-jedemeurerauprèsdemon fils pouravoirsoinde ses affaires et lui aider à gouverner ses États? Mme dacier, Odyss. xix. Il est toujours bien aise qu'on lui aide à se défaire de cette estime, flêch. Serm. 1, 347. Le pape ne l'avait-il pas conjuré plusieurs fois de lui aider à porter le faix du monde chrétien? id. Panég. 1, p. 198. Nous [les prêtres] sommes à Dieu, appelés à lui aider, id. Serm. 11, 254. Sans lui tendre la main et lui aider à sortir de cet abîme, mass. Car. Lazare. Ne point aider au mérite , faire servir la piété à son ambition, la brcy. 13. [Vous] Aiderez aux Romains à faire essai d'un malt;e,

AID

bhn. Sertor. ni, 2. Pour aider a mon Mi J jous persécuter, id. Nicom. 1, 1, || 3° En pariant des choses. Il fallait, en fuyant, ne pas abandonner Le fer qui dans ses mains aide à te condamner, hac. Phèd. iv, 2. Par mon commandement, la garde en fait de même, Et, se tenant cachée, aide à mon stratagème, corn. Cid, îv, 8. Le meuble et l'équipage aidaient bien à la chose, la font. Fab. vn, 16. Découvrir quels sont en nous les penchants qui ont aidé aux occasions et facilité nos chutes, mass. Conf. Ilelr. cures. C'est une de ces choses h la vérité desquelles on est bien aise d'aider, et qui persuadent, parce qu'on y est favorable, fonten.i, 25. Je ne sais où je vous ai vu ; votre mémoire aidera peut-être à la mienne, fên. Tél. vm. || 4" Aider à la lettre, pénétrer un sens qui n'est pas manifeste. On comprend le passage, mais il faut aider à la lettre. Cette façon de parler vient de ce que, dans ubs manuscrits, il y avait des abréviations qu'il fallait déterminer par le sens. Au figuré, aider à la lettre, c'est ou bien entrer dans l'intention de celui qui écrit, qui parle, ou bien altérer la vérité soit pour tromper, soit pour amuser. || Dieu aidant, avec l'aide de Dieu. || Proverbes. Aide-toi, le ciel t'aidera, c'est-à-dire, il fautsoi-même s'évertuer. || Dieu aide à trois sortes de personnes, aux fous, aux enfants et aux ivrognes. 1 1 X qui se lève matin Dieu aide et prête la main.

s'aider, v. réfl. ]| 1° Chacun s'aide soi-même. Je saurai m'aider. || 2° S'aider de, se servir. Il s'aide de toutes ses armes. Qui ne peut s'aider de ses membres. [Il] Crut qu'il fallait s'aider de la peau du renard, la pont. Fab. ru, 3. On ne connaît point la hauteur d'une étoile; elle est, si j'ose ainsi parler, immensurable; il n'y a ni angles, ni sinus, ni parallaxes dont on puisse s'aider, la bruy. 16. || 3° S'aider, s'assister réciproquement. Aidons-nous mutuellement, La charge des malheurs en sera plus légère, flor.

Aveugle etParalyt mêlant nos douleurs, Nous

nous aidions l'un l'autre à porter nos malheurs, RAC. Brit.i, s.

— REM. Aider veut la préposition d et l'infinitif : aider quelqu'un à payer ses dettes ; aidez-lui à soulever ce fardeau.

— SYN. AIDER A QUELQU'UN, AIDER QUELQU'UN. Les

grammairiens ont essayé d'établir une distinction entre ces deux emplois, disantque aider à quelqu'un, c'est partager personnedement le travail, la peine de quelqu'un , tandis que aider quelqu'un est plus général et se dit de toutes les espèces d'aide. Mais, quand on examine la locution, Dieu aide aux fous et aux enfants, et la phrase de Bossuet, On doit s'aider les uns aux autres, il est clair que nulle différence n'est sensible. Et en effet, tout ce qu'il y a de différent, c'est que, dans l'un des cas, aider est verbe neutre, et dans l'autre, verbe actif.

— HIST. xi* s. Prudhon i ot pour son seigneur aider, Ch. de Itol. m. Et lui aidez et pour seigneur tenez, ib. xxvi. Si lui trouvez qui très bien lui aiut, ib. ut. Chrestientet aidez à soutenir, ib. lxxxvii. Respont li quens : Car lui alons aider, ib. cxxv. Contre Franceis [je] lui sui venut aider, ib. clxxxix. Dient Franceis : Dames Deus nous aït, ib. ccxliii. Il s'escria : Aïez nous, Mahom, ib. cclxvi. Ait vous Deus qui onques ne mentit, ib. cxxxvm.

— xii" s. Celui aidiez et s'honneur li gardez, Roncisv. p. 18. J'en seroie aïdans, ib. p. 27. Se m'ait Dex , ib. p. 29. Si m'aiderez de [contre] Rollant le marquis, ib. p. 30. Guenes repond : Bien i poez aidier, ib. p. 36. Son bon aubère lui aident à vestirSi home liège, ib. p. 65. [Vous] Qui de baslon enestorvous aidez, t'b.p.65. Les oz[armées]s'aprosment,Dex soit as nos [aux nôtres] aidans, ib. p. (35. Moût ovre [opère] bien cui dame Dex aïue, ib. p. 147. Quant du poing ne du bras [je] ne me puis plus aider, ib. p. 196. Diex! quant crieront outrée, Sire, aidiez à pèlerin, Pour qui [je] sui espouvantée; Car félon sont Sarazin, Couci, Dame de Faiel. Ne nuls, fors vous, ne l'en peut bien aidier [aider en cet objet], quesnes, Romancero, p. 102. Mais [que] cil en ait l'honeur cui Dex voudra aidier, Sax. iv. Bien lui sisrent [lui furent séantes] les armes, si s'en sut bien aidier, ib. iv. Se vostre homme vous vuelent par droite foi aidier, 16. vi.

— xin* s. Et cil de Constantinoble leur venoient aidier en barges et en nés [nefs] , villeh. lxxii. Et cil qui l'avoient aidié à eschaper, id. xlii. Or somes nous bonis se nos ne leur aidons à prendre, id. xlviii. Onques gens ne se aidierent plus asprement sor mer, m. xcvi. S'aidoient li uns l'autre contre les Arabis, Berle, v. L'autres fut fleùteres, moût s'en sut bien aidier, ib. xi. Aide Diex, fait-ele, qui feïs mer salée, ib. xlvi. Ha Diex! disoit chasl

aïe

. Sainte-Marie aïue, ib. cxxxvm. Et li apostoles le fist escumeniier par toute crestienté et tous sas aidans en toute manière, Chr. de Hains, p. 157. Car art aide moult à nature, ib. 13H04. Se de riens vousi puis aidier, Jane m'enquiers faire prier, ib. 284*. Li sous-aagiés se pot aidier de ce qu'il n'estoit pas en aage de fere creantement ne convenence, beaum. xii, 35. Voz jurés, se Dix vos ahit, et li saint, et les saintes paroles qui sunt en cest livre, m. xl, a. Et moult de gent dient que le conte eust foulé la royne et le roy, se Dieu n'eust aidié au roy à cel besoing, joinv. 202. Entre les autres, li manda que il estoit prest de li aidier à conquerra la terre sainte, et de délivrer Jherusalem de la main aus Sarrazins, id. 211. Aides au droit, et soutien la querelle du poure jeusques à tant que la vérité soit desclairiée, id. 30).

— xiv* s. Et avecques ce elle aide à faire et establir et composer loys humaines justes et proffitables, oresme, Eth. Prol. Car fiance n'aront, selon m'entencion, Que li un doie l'autre aidier à son be-

son, Guescl. 16776 Dieu dit : Aide toy, je te

aideray; Ou ce senon, je te fauldray; Car cilz qui aidier ne se veult En grant poverte enfin se treult [trouve], le Livre des trois Rois.

— xv* s. Et, si Dieu m'aist, le courage m'en sied trop bien que nous en viendrons à notre dessus.... froiss. I, 1, 17. Et le convint retraire pour le vilain horion, et porter au logis, ainsi que celui qui ne se put depuis aider ni armer de grand temps, id. i, 1 02. Malgré le propre roi et tous ses aidans, id. i, i, 22. Le roy et son conseil monstroient de luy vouloir aider, comm. vu, i. Je ne pense pas que fussiez si peu courtois, que vous n'aidissiez à garder mon honneur, louis xi, Nouv. xviii.

— xvi* s. Retirez-vous, et nous ayderons ici à Panurge, rab. Pant. 11, 25. Ainsi m'aid' Dieux, J. marot, v, 244. Mais il [le roi aux échecs] est tant de vous fortifié, Que tous perdrons du mat l'intelligence, Aidant Dieu, vous et ma diligence, st-gel. p. 80. Cela ayderoit à continuer, mont, i, 1 5. Homme, pour n'estreaydé que de l'expérience et du naturel, d'un jugement bien net, in. 1, 266. Ils se sont aydez de l'éloquence plus que des armes, id. i, 380. Ma façon n'ayde rien à la matière, id. m, 36. Il luy aida à gouverner et ordonner son royaume, amyot, Num. 2. Le jour de devant il avait receu un coup de pied de cheval en la cuisse, et encore qu'il ne se peust pas bien aider, il se feit neantmoins amener un cheval, id. P. £m. 32. Sa langue lui estoit un util, dont il sesçavoit très bien aider à faire de belles et grandes choses, id. Arisl. et Caton comp. i. Aristides aida Themislocles son ennemy capital en ses plus beaux actes, id. ib. 1 1 . Si luy pria de la vouloir aider à faire la cuisine, id. Phiiop. 3. La fortune aide aux hommes courageux, rons. 001. Un gentil cœur aide tousjours autruy, id. 640.

— ÉTYM. Picard, aidier; Berry, aider, ajider; provenç. adjudar, ajudar, agudar; espagn. ayudar; ital. aiutare (voy. aide). On dit souvent à Paris et dans les environs aider en trois syllabes. Ménage, qui a noté aussi cette prononciation, recommande de prononcer aider en deux syllabes.

t AIDEUR (ê-deur), s. m. Celui qui aide. Ce mot, rarement usité, pourrait être repris; car il se comprend tout de suite, et sert à compléter la série de aider.

— 11IST. xii" s. Et conseillanz etaïdieres. Vos qui li estes aideor Etmaistre et amonesteor, ben. Chron. v. 39392. Il xni s". Que dame Diex de gloire par la sois pités Vos soit à icel jor aidiere et avoés, Ch. d'Ant. 742. St Pol dit que nous summes de Dieu aïdeour, j. de meung. Test. 1669.

— ETYM. Aider. Dans l'ancien français le nominatif était aidiere, et le régime aideor; d'un baslatin, nominatif adjutator, régime adjutatorem.

AÏEl (a-ie), interj. Cri de souffrance, de douleur. Aïe! aïe! que je souffre! Aïe! aïe! à l'aide I mol. l'Étour. 11, 9.

— ÉTYM. Aie, qui dans l'ancien français signifie aide (voy. aïue).

AÏEUL (a-ieul), s. m. || 1° Grand-père. Aïeul paternel. Aïeul maternel. M. de Montausier racontait avec plaisir les services que son aïeul avait rendus à Henri IV, fléch. Montausier. J'ai pour aïeul le père et le maître des dieux, rac. Phèd. iv, 6. y 2° Au plur. Aïeuls, le grand-père paternel et le grand-père maternel, et aussi le grand-père et la grand'mère. Ses deux aïeuls ont assisté à ce mariage. H 3° Il a aussi été employé pour désigner tous les ascendants soit paternels, soit maternels. La généalogie des Rabutin que doit publier Bussy lui parait d'avance [à Mme deSévigné] un livra admirable;

AIC

elle est beaucoup moins occupée de ses aïeuls maternels , l'abbé de vauxelles , Notice sur Sév.

aïeux (a-ieu) , s. m. plur. Tous ceux de qui l'on descend, ou ceuxquiont vécu dans les siècles passés. Qui sertbien son pays n'a pas besoin d'aieux, volt. J/eV. 1, 3. Ce long amas d'aïeux, que vousdifi. tous, Sontautantdetémoins'qui parlent contre vuus, boil. 5a/. v. Le ciel, tout l'univers est plein de mes aïeux, bac. Phèd. iv, a. Plusd'honneur, plus de lois; Home est anéantie; De l'univers et d'elle il [( triomphe aujourd'hui ; Nos imprudents aïeux n'ont vaincuque pourlui, volt. Jf.de César, 11, 3.11estde ces esprits favorisésdes cieux, Qui sont tout par euxmême et rien par leurs aïeux, id. Fanatisme, 1, 4,

—REM. 1. Au plier, on distingue aïeuls et aïeux : l'un signifiant le grand-père et la grand'mère, l'autre les ancêtres. Cette distinction, qui peut être conservée, n'avait pas cours autrefois; voyez ces exemples ainsi écrits dans certaines éditions de Massillon : S'ils [les grands] n'ont point d'autre gloire que celle de leurs aïeuls, mass. P. Car. Grandeur deJ.C.Le souvenirda leurs aïeuls devient leur opprobre, id. io. Des aïeuls dont il ne reste qu'une vile poussière, id. ib. Les glorieuxvestigesdeses aïeuls, perr. d'ablancourt, Tac. p. 77. D'autre part Ménage remarque : Tous nos portes généralement riment aïeuls avec dieux, cieux, lieux et autres mots semblables ; cette rime est trèsmauvaise, car on prononce aïeuls en faisant sentir { et non aïeux. Ce quiprouveque de sontempson faisait sonner i au pluriel. Il 2. M. Jullien dit: «On prend souvent aïeux pou r le plurield'aïeul ; c'est une erreur : l'aïeul est le grand-père ; il est après le bisaïeul, et, dans ce sens, il a pour pluriel aïeuls qui est régulier Ses deux aïeuls ont rempli les premières char ges. Aïeux , au contraire, signifie tous ceux donl on descend , et non pas le grand-père, la grand1 mère : Nos aïeux; suivre la trace de ses aïeux, dans ce sens qu'on dit d'un malade qu'il est al 14 voir ses aïeux, la font. Fab. v, 12, et non pas ses aïeuls qui peuvent très-bien lui survivre. De là on peut conclure que La Bruyère a fait une faute quand il a dit, Caractères, ch. 11 : Les hoi de génie n'ont ni aïeuls ni descendants. Il fallait aïeux.qui est pris ici au figuré ; LaBruyère voulait dire que la gloire ne se transmet pas par le sang. Pour des aïeuls les hommes de génie en ont eu très-certainement comme tous les autres , un du côté de leur père, unducôtéde leur mère. » Chez LaBruyère, ce n'est pas une faute, c'est une manière de parler de son temps. Maintenant la distinction est faite, et on a été conduit par la double prononciation du pluriel aïeuls et aïeux à établir deux sens. À ce point de vue, aïeux n'est pas le pluriel de aïeul, c'est un nom collectif qui n'a pas de singulier. Mais cela n'est vrai que pour l'idée, ce ne l'est pas pour la grammaire. Etymologiquement, aïeux est le véritable pluriel d'aïeul.

— HIST. xii* s. Tes aious [ton aïeul] qui prist d'Anju L'honour, eûst cest [celui-là] vil tenu, hues de la fehté, Romancero, p. 191. Al tens à sun aioel esteient il desfait, Li clerc qui erent pris à si vilain mesfait , Th. le Uart. 27. ||xm* s. N'onc n'orent sergent plus leal Vostre père ne vostre eal, la Rose, 12192. Letre que l'ael au dit Raoul les avoitquitez [exemptés] de service, ducange, aviones. Le [la] quele tere li descendi de son père ou de se [sa] mère ou de son aiol ou de s'aiole, beaum. vi, 7. Il xv* s. Le roy Edouard, ayeul à iceluy dont nous parlons, froiss. i, i, 69.

— ÉTYM. Wallon , aioux, aïeux; Berry , aïol ; provenç. aviol; espagn. abuelo; ital. avolo; d'un diminutif non latin, aviolus , de avus, grand-para, qu'on peut comparer au gothique avô , grand' mère; anc. nord, afi, grand-père.

AÏEULE (a-ieu-1') , s. f. Grand'mère ; la mère du père ou de la mère. Aïeule paternelle. Aïeule maternelle.

—HIST. xiii* s. X m'aiulle avint autresi Et à ma mère ; car jel vi Un peu devant lur finement [mort] , marie, Fab. 41. Esqueles messes nous aqueullons nostre aiole la raine Blanche, du cange, accolligere. L'aiole le conte de Brienne fu fille à la royne de Cypre, et femme le grant conte Gautier de Brienne,

JOINV. 204.

— étym. Voy. aïeul.

t AIGAGE.AIGUAGE, AIGUERIE (é-ga-j*, è-gherie), s. f. Droit d'aqueduc au travers du fonds d'autrui.

— ÉTYM. Ancien français, aiguë (voy. eau).

f AIGAIRE (é-ghê-r'), ». m. Terme d'agriculture. Profonde rigole qui, séparant les billons, seri à l'écoulement des eaux pluviales.

— ÉTYM. Ancien français, aiguë (voy. eau).

AIGLE (c-gl'ï, s. m. || 1° Un des plus grands et le plus puissant de tous les oiseaux de proie. L'aigle brun. L'aigle noir. L'espèce do l'aigle commua est moins pure, et la race en parait moins noble que celle du grand aigle ,bdtfon,4»0 J«- Mais ainsi que des cieux, où son vol se déploie, L'aigle souvent trompé redescend sans sa proie.... lamaht. Médit. I, 20. L'aigle, roi des d laigne ainsi la plaine ; 11

ne veut, comme toi, que des rocs escarpés Que l'hiver a blanchis, que la foudre a frappés, id. ib. i, a Un aigle sur un ohamp prétendant droit d'aubaine, Ne fait point appeler un aigle à la huitaine, boil. Sat. vu. Et l'insecte insensible enseveli sous l'herbe, Et l'aigle impérieux qui plane au haut des cieux, volt. Fanât. i. 4. || Crier comme un aigle, crier d'une voix aiguë et perçante. || Avoir des yeux d'aigle, avoir des regards perçants. || Fig. Avoir un œil d'aigle, avoir une grande pénétration. || C'est un aigle, se dit d'un homme de talent, d'un esprit supérieur. S'il est de ce jeu, il gagnera, c'est un aigle, sév. 437. Quand il voudra, ces pauvres théologiens seront des aigles, boss. Avert. 6. Que lui répondit cet apôtre vierge, ce prophète du Nouveau Testament, cet aigle, ce théologien par excellence, ce saint vieillard qui n'avait de force que pour prêcher la charité? id. Anne de Gont. Le plus médiocre jésuite est un aigle chez eux [les Malahares], volt. Ltit. Pruss. 57. || C'est l'aigle de cette société, se dit d'un homme qui se distingue des autres par le bon sens, l'esprit, etc. Accoutumé à être l'aigle du conseil, Harlay en prit jalousie [delaBriffej, st-sim. 17, 20 1 . L'aigle d'une maison n'est qu'un sot dans une autre, gress. le Méch. iv, 7. Qu'un fat soit l'aigle des salons, Qu'un docteur sente l'ambre.... bërang. Marotte. || 2° Au fém. Comme une aigle qu'on voit toujours, soit qu'elle vole au milieu des airs, soit qu'elle se pose sur le haut de quelques rochers, boss. Or. fun. de Condé. On lit entendre à l'aigle enfin qu'elle avait tort, la font. l'Aigle et l'Escar. Mais bientôt, à son tour, Une aigle au bec tranchant dévore le vautour; L'homme, d'un plomb mortel, atteint cette aigle altière, volt. Lisbonne. L'aigle altière et rapide aux ailes étendues, m. Disc.

1. || 3° Aigle est féminin en termes d'armoiries et de devises. 11 porte, sur le tout d'azur, à l'aigle éployée d'argent. Les armes de l'empire français sont une aigle tenant un foudre dans ses serres. || L'aigle romaine, l'étendard de la république et de l'empire. Et voyant, pour surcroît de douleur et de haine, Parmi ses étendards porter l'aigle romaine, rac. Mithr. v, 4. Vous avez vu cent fois nos soldats en courroux Porter en murmurant leurs aigles devant vous, id. Brit. iv,

2. L'aigle abattait l'aigle, et de chaque côté Nos légions s'armaient contre leur liberté, corn. Cinno, i, 3. Sans lui rien mettre au cœur qu'une crainte servile Qui tremble à voir une aigle et respecte un édile, id. Nie. i, 4. Pourquoi, malgré nos chaînes, Avons-nous combattu sous les aigles romaines? volt. Guèbres, 1, 4. Nosconsuls, devant lui, cachaient l'aigle indignée, la harpe, Coriol. i, 8. || L'aigle impériale, les armes de l'empire d'Autriche, qui sont une aigle à deux têtes. Cependant on l'a fait aussi masculin. Rendre à l'aigle éperdu sa première vigueur, boil. Disc, au roi. || 4° S. m. Pupitre d'église représentant un aigle aux ailes étendues. || 5° Décoration. L'aigle noir de Prusse. L'aigle blanc de Pologne. || 6" Papier grand aigle ou du grand aigle, papier d'un grand format. || 7° En zoologie, aigle pêcheur, le balbuzard. Aigle de mer, oiseau de proie, dit aussi buard il orfraie. || 8° En astronomie, constellation de l'hémisphère septentrional. || 9" Nom spécifique d'une raie des mers d'Europe. || 10° Aigle, s. m. Nom d'une monnaie d'or aux Etats-Unis, que l'Annuaire dis Longitudes évalue à 5 dollars, soit 27 fr. oo c. 11 y a des demi-aigles valant 4 3 fr. 80 c. et des double-aigles valant 65 fr. 20 c. || 11* Pierre d'aigle, voy. aétite. y 12° Bois d'aigle, voy. bois. Il 13" En chimie, aigle blanc, muriate de mercure doux. Aigle noir, cobalt sublimé. Aigle étendu , sel ammoniac sublimé. Aigle céleste, sorte de panacée préparée avec du mercure.

— REM. 1. Aigle est féminin toutes les fois qu'il s'agitprécisémentde lafemelle : Cette belle aigle ponditdeux œufs. || 2. Aigle, dans le Dictionn. de l'Académie, n'est, au sens propre, que du masculin; mais les meilleurs auteurs l'ont fait aussi féminin, et il n'y aurait aucune faute à lui donner ce genre. Aigle est toujours masculin quand, pris figurément, il indique la supériorité; il est féminin quand il désigne les armoiries, les étendards. Cependant Mairei l'a fait masculin en ce sens : Clair soleil, la terreur

d'un injuste sénat. Et dontl'aigle romain n'a soutenu l'éclat (dans Ménage) ; Boileau aussi. Mais l'u- 1 prononcé là contre.

— lilST. xii' s. L'aigle d'or, Ronc. p. 8. Maint très [tente] i ot tandu et mainte aigle fichie. Sax. vu. Il xin* s. Et lores sera renouvelée la teue jovente, aussi comme de l'egle, Psautier, B. M. 268, f° 422. L'en dist k'uns aigles vint volant Juste la mer, peissuns querant, marie, Fable 4 3. Et une aigle venoit seoir sur son visage, Berte,h\x. 11 me bailla ses règles, Et s'en foi plus tostqu'unsegles, toiîose, 4270. Il xiv* s. Et puis [je] vi le faucon dessus l'aigle avoler, Que li aigles s'ala en la terre encliner, Gurxcl. 5007. d xv* s. Lequel doneques, parce qu'il est le plus noble et l'aigle des vertueux, c'est celui qui doibt plus entièrement et le plus vraiement amer autrui noble et vertueux par loy telle, G. chastel. Fxpos. s. Vérité. [Les Romains] attisés aussi dernièrement de convoitise et d'orgueil, pour estre en leur temps les aigles du monde et dompteurs, ont en cette partie de l'Occident fichié et establi le derrenier et le plus seignourieux règne des autres, chastei.ain , Citron, du duc Philippe Proesme. Il XVIe s. Un toict de tortue qui eschappa des pattes d'un aigle en l'air, mont, i , 74. Quelque chose que l'on die, je croy que la pierre d'aigle n'est autre chose qu'un fruit lapifié, et ce qui joue dedans est le noyau, palissy, 284. Les devins apperceurent deux aigles volans vers eux, dont l'une tenoit entre ses griffes un serpent qu'elle perçoit d'oultre en oultre avec ses ongles, amyot, Timol. 36. Il feit tourner tout court le portenseigne qui portoit la première aigle, id. Lucul. 62. Bastons de casse, noix d'Inde, pierres d'aigles, paré, xxv, 7.

— ÉTYM.Berry, aille (Il mouillées) ;provenç. aigla; espagn. aguila; ila\. aquila;d'aquila, auquel on donne pour racine le sanscrit açu équivalent àwxûc , rapide. Cependant aquilus, noirâtre, aquilo, vent du nord, ne paraissent pas sans analogie avec aquila. Il y avait dans l'ancien français un féminin aiglesse: Mais jà de celé eglesse li reis mar dutera; Jamais en altre liu ne nidifiera, Th. le Mari. 465.

f AIGLEFIN (è-gle-fin), s. m. Voy. aigrefin, poisson.

AIGLETTE (è-glè-f), *. f. Terme de blason (voy. alérion).

t A1GLIAU (é-gli-ô) , s. m. Terme de blason. Une jeune aigle représentée sans bec et sans serres.

AIGLON (è-glon), s. m. AIGLONNE (è-glon') , s. f. H 1* Le petitde l'aigle. Mais pour l'aiglon , fils desorages.... v. mioo, Odes, 1, t. Le hibou envoie la corneille demander [en mariage] de sa part une petite aiglonne, fille de l'aigle, reine des airs, fén. xix, 45. Il 2° Fig. Regarde et sois joyeuse et crie et bats de l'aile, Mère, tes aiglonssont éclos, v. hugo, Crép. 4. D 3° Adj. De la gent marcassine et de la gent aiglonne, la font. Fab. m, 6.

— HIST. xvi* s. Il recueillit dedans un pan de sa robbe l'aire d'une aigle, dedans laquelle il y avoit sept petits aiglets, amyot, Marius, 66.

— ÉTYM. Aigle.

AIGLON (è-glon), ». m. Terme de blason (voy. alérion).

— étym. Aigle.

t AIGLURE (è-glu-r1), s. f. Terme de fauconnerie. Il se dit des taches rousses dont le plumage des oiseaux est parsemé.

AIGRE (è-gr'), adj. \\i' Quia une acidité déplaisante.Vin aigre; fruits aigres. |J 2°Quial'odeurdu vinaigre. Ce bouillon a une odeur aigre. || 3° Perçant, désagréable , en parlant des sons et de la voix. Cet instrument, cette cloche a un son aigre. Sa voix est aigre. Tel un coursier qu'amour vient assaillir, Mort pour la gloire, entend sans tressaillir L'aigre clairon qui l'appelle aux alarmes, millev. Emma et Eginard. || 4° Fig. L'air, le vent est aigre, il n'est pas doux. || S" En termes de peinture, couleurs aigres, couleurs mal accordées; tons aigres, tons qui ne sont pas fondus. || 6" Fer, cuivre aigre, fer, cuivre non ductile, non malléable. || 7' Au moral, fâcheux, désagréable. Rien de plus aigre que votre sœur. Aigres réprimandes. Railleries aigres. Ces supérieures brusques dans leurs manières, sèches dans leurs paroles, aigres dans leurs réprimandes, fâcheuses dans leurs humeurs, bourd. Pensées, t. 11, p. 47i. Il n'y a guère de gens plus aigres que ceux qui sont doux par intérêt, vauv. Max. 54. Ce qui rend mon mal plus aigre et plus cuisant, Régnier, Plainte. Dans vos discours chagrins plus aigre et plus mordant Qu'une femme en furie ou Gauthier en plaidant, boil. Sat. ix. Mais Evrard, en passant coudoyé par Boirude, Ne sait point contenir son aigre inquiétude, in. lutr. v.

Il 8» S. m. Un goût, une odeur d'aigre. Cela sent l'aigre. || 9° Fig. Il y a encore de l'aigre dans l'air, la température n'est pas encore adoucie. || 10* Aigre de cèdre, le jus de citrons ou de cédrats à denv murs, préparé aux environs de Gênes, non pour en faire des sorbets, mais pour l'usage des parfumeurs.

— syn. aigre, acide, acerbe. Au propre, ces trois mots désignent une impression particulière du goût. Us se distinguent nettement; et, comme dit M. Lafaye, ce qui est aigre n'est plus doux, ce qui est acide n'est pas doux , ce qui est acerbe n'est pas encore doux. Aigre indique une saveur qui provient de quelque altération : du lait aigre; du vin aigre; aussi est-elle toujours désagréable. Acide indique une saveur franche, spontanée : la groseilleest un fruit acide. Acerbe indique la saveur qui appartient aux fruits non mûrs : la nèfle sur laquelle la gelée n'a pas passé est acerbe. Au moral acide n'est pas employé; il ne reste que aigre et acerbe. La distinction qui existait au physique continue : des paroles aigres sont dictées parle ressentiment, la mauvaise humeur; des paroles acerbes le sont par l'âpreté naturelle de la personne qui parle. Des parolesaigressontplus piquantes; des paroles acerbes sont plus âpres et plus dures.

— HIST. xii* s. Par plus aigre main de pénitence, Job, 460. Il xiii* s. Cil qui sont regratier de cervoises vendre, ne les vendent pas si bones ne si loiaus, corne cil qui les font en leur hostieuz , et les vendent aigres et tournées, quar il ne les scevent point mètre h point, Liv. des Met. 30. Tu es moult egres, si es fort Par menaces, mes petit vaut Tespovoirs à un poi d'asaut, Ren. 46744. ||xiv* s. Et le vicieux qui deffaut en ceste matière estappelé aigre, agreste et dur, oresme, Eth. 438. || xv* s. En eulx avoit Dieu aigres et beaux champions, et le monde confort, G. chastel, Chr. du duc Phil. Le roy retourna en santé.... et lui exposa on bien les manières qu'avoient tenu ses parens.... et plusieurs autres choses les plus aigres que faire se pouvoient, juvén. Charles F/,4444. Le comte de Hainaut, qui tropdurement avait pris cette guerre en cœur, et qui estoit plus aigre que nul des autres, froiss. i, i, 4 38. Le seigneur de Jumont, qui moult estoit aigre chevalier et expert sur les ennemis, id. m,iv, 50. Il xvi" s. Avoyt il mangé prunes aigres sans peler? Avoyt il les dens esguassées?RAB. Pant. iv, nouv. prol. Plus ne paistrez le trefie fleurissant, Ne l'aigre feuille au saule verdissant, marot,iv,7. Ils pensèrent que cette sorte de vengeance debvoit estre plus aigre que la leur, mont. 1, 240. Tout ainsi que l'ennemy se rend plus aigre à nostre fuitte, id.i, 305. Ce Jjruit aigre et poignant que font les limes, id. h, 307. Aigres sont choses qui se cassent aisément avec un marteau, palissy, 377. Lors le fer devenoit si aigre et si esclatant, que l'on ne pouvoitplus battre ne forger, amyot, Lyc. 43. Desguiser les viandes avec quelque saulse aigre et picquante, m. Anton. 29. L'abeille trouve naturellement es plus aigres Heurs et parmy les plus aspres espines le plus parfaict miel et le plus utile, id. Com. lire les poêles, 49.

— ÉTYM. Provenç. et catal. agre; ital. agro; du latin acer; en grec ôxpoç , pointu, de àxi;, ài«j, pointe. Comp. acier (voy. aussi Acre). Dans l'ancien français aiore a souvent le sens de actif, vaillant, comme acer en latin.

AIGRE-DOUX, DOUCE (è-gre-dou, dou-s'), adj. Il 1° Qui a un goût mêlé d'aigre et de doux. Un fruit aigre-doux. || 2° Fig. 11 se dit de la voix, des paroles, des manières, du style. Il y avait toujours eu quelques propos aigres-doux entre quelques-uns de nous et M. de Luxembourg, st-sim. xix, 222. ||3* Subst Puisque vous souhaitez une phrase plus claire, Je vous dirai, monsieur, que j'ai vu le jaloux, Qui •m'a reçu d'un air qui tientde l'aigre-doux, regnard, Folies' am. se. 7. || Au plur. Aigres-doux, aigresdouces. Il II se met toujours après le substantif. Un fruit aigre-doux, des oranges aigres-douces.

— HIST. xvie s. Lazare de Baif a donné à nostre langue le nom d'epigrammes et d'elegies, avecq ce beau nom composé aigredoux, à fin qu'on n'attribue l'honneur de ces choses à quelqu'autre, dubell. i, 39, verso. Nous sentons au dedans je ne sçais quelle aigre doulce poincte de volupté maligne, mont, m,

— ÉTYM. Aigre, doux.

AIGREFIN (è-gre-fin), î. m. || 1° Homme rusé et qui vit d'industrie. Défiez- vous de cet homme, c'est un aigrefin. || 2° En termes d'histoire naturelle, aigrefin ou ègrefin, poisson du genre gade, à chair blanche, ferme et feuilletée; on dit aussi anon ou aiglefin.

AIG

— HIST. xvi. s. Merlans, esperiaitt), aigrefins, turbots, PARÉ, XXIV, 22.

— ÊTYM. Aigrefin, au sens d'homme rusé et même de poisson, vient peut-être d'aigre faim, faim trèsvive (homme, poisson affamé) : Que le faucon ait aigre fain , Modus, f°LXXxi. Il y a eu une monnaie dite aiglefin ou aigrefin, du persan atchraA.

AIGRELET, ETTE (è-gre-lè,lè-t'), adj. || 1* Un peu aigre. Ce fruit est aigrelet. Ces poires sont aigrelettes. || 2° Fig. Il se dit de la voix et des manières. Il a un ton aigrelet. Ses paroles sont aigrelettes. || Il suit toujours le substantif.

— ktym. Aigre.

AIGREMENT (è-gre-man) , adv. D'une manière

aigre, avec aigreur. || Il ne se dit point au propre. 11 lui a répondu aigrement.

— HIST. xii* s. Cil respundi egrement e par

rampodne, si li dist Bot*, 377. E li reis Benadab

egrement s'en curuchad, e ses messages alrei Achab enveiad, ib. 324. Tel i out des prelaz parla si egrement Que la pape li dist : fratre, tempréement, Th. le Mari. 65. E quant vers saint iglise volt li reis rien mesprendre, Qui la devreit par tut e tenser e défendre, Li evesque l'en deivent mult egrement reprendre, t'6. 71. || xin* s. Le comte de Flandres et ses gens y coururent sus moult aigrement et viguereusement etâpié età cheval, joinv. 233. || xiv's. Vous m'estes venue tencer Et reprendre fort aigrement, L'alch. ànat. 156. || xv*s. Etilssavoient bien qu'il avoit en la cité grand avoir assemblé ; car tout le pays d'entour y estoit affui ; si se penoient d'assaillir chacun jour plus aigrement, froiss. I, i, <6(. || xvi* s. Son secrétaire qui l'avoit voulu empoisonner, il ne le punit pas plus aigrement que d'une mort simple, mont, ii, 128.

— ÊTYM. Aigre et ment; provenç. agramen, aigrament; catal. agramenl; ital. agramente (voy. aigre).

AIGREMOINE (è-gre-moi-n') , s. f. Terme de botanique. Nom d'un genre de la famille des rosacées; le type de ce genre, aigremoine eupatoire, est appelé plus particulièrement aigremoine.

— HIST. xvi* s. On corrobore les entrailles avec les trochisques d'aigremoine, paré, xx, 36. Absinthe, eupatoire ou agrimoine, id. xxv, 6. Aigremoine est appelée eupatorium,d'Eupator roi, qui le premier la mit en réputation, o. de serres, 012.

— ÉTYM. Par corruption pour argémone (voy. ce mot).

AIGREMORE (è-gre-mo-r') , *. m. Charbon pulvérisé, préparé pour les feux d'artifice.

— ÉTYM. Étymologie ignorée. Ce mot, donné par l'Académie, est d'ailleurs tout à fait inconnu.

AIGRET, ETTE (é-grè, grè-t'), adj. Un peu aigre. Fruit, goût aigret.

— SYN. aigret, aigrelet. On a essayé de trouver une différence entre ces deux diminutifs. On a dit que aigrelet désignait quelque chose de moins aigre que aigret, ou quelque chose "de plus petit, à quoi serait attachée la qualité aigre, vu que aigret est le diminutif simple, et que aigrelet est un diminutif de diminutif. Cela est vrai; mais la distinction est illusoire. Aigret ou aigrelet signifient, l'un et l'autre, légèrement aigre , sans nuance appréciable.

— HIST. xv* s. Après l'aigret trouve on la doulce meure, en. d'orl. Rond. || xvi* s. Des cerises aigrettes, PARÉ, XX, 25.

— ÉTYM. Aigre.

AIGRETTE (è-grè-t'),*.f. || 1* Sorte de héron blanc

qui porte une aigrette. || 2° Bouquet de plumes effilées et droites, qui orne la tête de quelques oiseaux. || 3° Plumes en faisceau, qui servent à la coiffure des femmes, à l'ornement des dais et des casques, et que, dans les grandes cérémonies, on place sur la tête des chevaux. Quoi Lisette, est-ce vous? Vous avec des bijoux ! Vousavec une aigrette! béranger, Cen'est plus Lisette. || 4* Pompon en forme d'aigrette. Les colonels portent uneaigrette. || 5° Bouquet de diamants, de perles en forme d'aigrette. Elle- a trouvé dans sa corbeille une aigrette en brillants. || 6° En termes de physique, rayon lumineux qu'on aperçoit aux extrémités des corps électrisés. || 7* En termes de botanique, filets déliés qui surmontent les graines de certaines plantes. L'aigrette est la partie supérieure du calice. || 8" Terme de blason. L'oiseau de ce nom qui paraît dans l'écu de profil et passant.

— hist. xvi* s. Touchant les poulailles estrangeres.... les poules d'eau, le héron, l'otarde, le hallebran, l'aigrete, o. de serres, 345.

—ÉTYM. Belon et après lui Ménage tirent aigrette, dans la sens de touffe de plumes, de aigrette, suite

AFG

de héron, à cause que cet oiseau porte en effet une aigrette. Puis ils pensent que l'aigrette oiseau a été nommée ainsi de l'aigreur de sa voix. MaisDiez, avec raison, rapproche ce mot de l'italien aghirone , du provençal aigron, en patois du Berry, égron (voy. héron).

AIGRETTE, ÉE (è-grè-té, tée), adj. Pourvu d'une aigrette. Une graine, une semence aigrettée. — ÉTYM. Aigrette.

AIGREUR (6-greur), s. f. || 1° Qualité de ce qui est aigre. Ce vin, ce lait a de l'aigreur. Le goût ne nous dit rien des sucs exprimés sur notre langue, ni comment ils doivent être faits pour nous causer du plaisir ou de la douleur, de la douceur ou de l'aigreuroude l'amertume, noss. Cnnn. m, 8. ^"Rapports que causent certains aliments ou des aliments mal digérés. Je suis sujet à des aigreurs d'estomac. I1 3° Fig. Disposition d'esprit qui se traduit en paroles piquantes. L'aigreur de la discussion. Plaisanteries pleines d'aigreur.Cela leur donne de l'aigreur. Dans toute la maison II règne un air d'aigreur et de division, gress. lelléch. i, I. Conservant toute l'aigreur qu'ils ont l'un pour l'autre, sêv. 412. Je ne garde pour lui , monsieur, aucune aigreur, mol. Tart. iv, i . Et l'aigreur de la dame à ces sortes d'outrages, Dont la plaint doucement le complaisant témoin, Est un champ à pousser les choses assez loin, mol. Éc. des mar. i, 6. Ses aumônes, s'étendant par leur abondance même sur les ennemis de la foi, adoucissaient leur aigreur et les ramenaient à l'église, boss. Reine d'Angl. Pour ne rien rabattre de ses aigreurs et de ses caprices, mass. Culte. Pour contenter l'aigreur dont ils étaient animés, il ne leur suffisaitpas de parler; il fallait que la gloire.... bourd. Pensées, t. in. p. 355. Est-ce un adoucissement que nous prétendons mettre aux avis que nous lui donnons [au prochain], pour en tempérer l'aigreur et pour les lui faire mieux goûter? m. ib. t. n, p. 299. Chacune a son sujet d'aigreur ou de tendresse, corn. Pomp. v, 2. L'impérieuse aigreur de l'âpre jalousie, id. Sertor. 1,4. || 4° Sentiment pénible. Il yade l'aigreur entre eux, il y a un commencement de brouillerie. Mon épargne depuis en sa faveur ouverte, Doit avoir adouci l'aigreur de cetteperte, corn. Ct'nna,ii,4.Mais comme il est, seigneur, de la fatalité, Que l'aigreur soit mêlée à la félicité.... id. Pomp.v, 6. Voltaire a reproché à Corneille l'emploi d'aigreurdans ces vers, disant qu'il fallait amertume. Mais aigreur peut trèsbien avoir le sens donné par Corneille, et on le trouvera à l'historique, employé dans Montaigne delà même façon : lesaigreursdu mariage. || 5°Qualité aigre, en parlant d'un métal. Le fer même s'adoucit dans le feu et sous le marteau , et corrige son aigreur naturelle, boss. Connais, v, 4. || 6° Au plur. En termes de graveur, tailles trop profondes.

— hist. xvi* s. Rondeau où toute aigreur abonde, Va venir la douceur de ce monde. Telle douceur t'adoucira, Et ton aigreur ne l'aigrira, marot, ii, 416. Les cavitez qui sont entre lesdits grains, causent une aigreur et rudesse à la meule d'où vient sa puissance et action d'aiguiser les outils, palissy, 283. Aussi la peursurmonte elle en aigreur [force, vivacité] loùts aultres accidents, mont, i, 63. Les aigreurs comme les doulceursdu mariage se tiennent secrettes par les sages, id. m, 343. Son stile sent un beuveur d'eau, un grand travail, et ensemble une aigreur et austérité de nature, amyot, Cicér. et Démos. 2.

— ÉTYM. Aigre; provenç. et catal. agror. AIGRI, IE (è-gri , grie), part, passé. Devenu

aigre, au propre et au figuré. Vin aigri. Les coeurs sont aigris. Aigri par le malheur. Thésée, aigri par mes avis, Bornera sa vengeance à l'exil de son fils, rac. Phèd. m , 3. Vous vous imaginez sans doute que les affaires sont bien aigries, retz,

fAlGRIÈRE (é-gri-ê-r1) , s.f. Petit-lait aigri qu'on mêle avec du son et qu'on donne aux cochons.

fAIGRIN (è-grin), s. m. Terme de jardinage. Nom donné aux jeunes pommiers et poiriers, sans doute parce que le fruit en est aigre.

AIGRIR (è-grir), v. a.\\i° Rendre aigre. La chaleur aigrit le lait. Le temps n'aigrit pas toutes sortes de vins. || 2" Fig. Irriter. Je parlais pour l'aigrir, et non pour me défendre, corn. Cinna, v, 2. Mais sans doute, seigneur, ma présence l'aigrit, ID. Nicom.vr, 3. Si le mal vous aigrit, que le bienfait vous touche, rac. Esth. m, 1 . Les reproches ne faisaient qu'aigrir les esprits, boss. Hist. m, 3. Sa mauvaise fortune avait aigri son esprit, sév. 345. Connaissez donc Titus, voyez toute so'n âme, Le courroux qui l'aigrit, le poison qui l'enflamme; 11 brûle pour Tullie.. . volt, lirut. 1,4. Je vous plains

AIG

de servir sous ce maître farouche, Que le mérito aigrit, qu'aucun bienfait ne touche, id. t'6. u, 2. || 3° En parlant des choses. Seigneur, trop d'amertume aigrirait vos reproches, bac. Iphig. m, 7. ....Vient de son désespoir aigrir l'inquiétude, id Rrit.v, 8. Aigrir les soupçons de quelqu'un, id. t'6. 1, 2. La vraie vertu a pour les princes quelque chose d'âpre; elle leur paraît trop austère et trop indépendante; elle les effraye et les aigrit; ils se tournent vers la flatterie, fén. Tél. xxiv. Une douceur que-rien n'émeut ni aigrit, dont rien ne trouble la paix , et qui s'applique partout à la maintenir, bourd. Pensées, t. 1, p. 90. Ceux même dont ma gloire aigrit l'ambition, id. Iphig. 1. i. Rougissez d'un silence Qui de vos maux encore aigrit la violence, m. Phèd. 1, 3. Pourquoi venir encore aigrir mon désespoir T id. Bér. v, 6. Allons, suivons ses pas, aigrissons ses ennuis, volt. Brulus, 11, 3. Ils ont aigri les maux, loin d'y remédier, mass. ÉcueiU. Vous dirai-je les noms de ces grands personnages Dont j'ai dépeint les morts pour aigrir les courages? corn. Cinna, 1, 3.

aigrir, t'.n. Devenir aigre. Le vin aigrit dans un tonneau malpropre. Ce lait a aigri par l'influence du tonnerre. || Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

s'aigrir,!', réfl. Il 1° Devenir aigre. Le vin s'aigrit à l'air. Le vin s'aigrit dans mon gosier Chez un traiteur maussade, bérang. Éloge de la Rich. Les nourritures végétales donnent un lait plus prompt à s'aigrir, j. j. Rouss.j^m. i. La voixsedurcit ou s'amollit, elles'enfle ou se rétrécit, elle va même jusqu'à s'aigrir, d'olivet, Prosodie franc. ||2° S'irriter. Il s'aigrissait do jour en jour contre son frère. Vous savez que sa bile assez souvent s'aigrit, mol. l'Étour. 1, 2. Il s'aigrit et s'irrite contre la vertu, fén. Tél. m. Je crains.... Que soncourroux ému ne s'aigrisse à me voir, corn. Pomp. iv, 2.

— HIST. xvi* s. Telle douceur t'adoucira, Et ton aigreur ne l'aigrira, marot, ii, 416. Les cueurs ne s'en aigrirent à rencontre de Pericles, amyot, Péricl. 66. Lui voyant que le peuple en estoit indigné, l'aigrit et irrita encore davantage, id. Aie. 22.

— ÊTYM. Aigre. L'ancien français a le verbe aigrier, qui veut plutôt dire tourmenter.

t AlGRISSEMENT(ê-gri-se-man), *. m. || 1» Action de devenir aigre. Laigrissementdu lait. || 2° Fig. L'aigrissement des esprits.

— ÉTYM. Aigrir.

AIGU, UË (è-gu, gue), adj. || 1* Terminé en

pointe ou en tranchant. Javelot, fer, bâton aigu. Feuilles aiguës. || 2° En parlantde la voix et des sons, clair, perçant. Un sifflement aigu. || Substantivement.Le désordre est dans ses chants [du rossignol] , il saute du grave à l'aigu, chateaub. Génie, 1, v, 5. I| 3° Fig. Violent, excessif. Souffrance, colique aiguë. Avec des peines si aiguës dans le corps, boss. l.clt. abb. 5). Il 4° Fig. Qui pique. Epigramme aiguë. Il n'y a pas longtemps qu'ils [les prédicateurs] avaient des chutes et des transitions si ingénieuses, quelquefois même si vives et si aiguës, qu'elles pouvaient passer pour épigrammes, la bruy. 15. On y associe [dans la conversation] les maximes et les saillies, la satire aiguë, l'adroite flatterie et la morale austère,;. J. rousseau,//c7. h,44. || 6" En termes de médecine, affection, maladie aiguë, rapide dans sa marche et son développement. ||6° En termes de grammaire française, accent aigu ['], accent qui se met sur IV fermé. || 7° En termes de grammaire grecque et latine, accent aigu, accent qui indique l'intensité de la voix sur la syllabe qui le porte. Il 8° En termes de géométrie, angle aigu, angle qui est moins ouvert que l'angle droit. || Il se place toujours après le substantif : Un fer aigu; une maladie aiguë.

— hist. xi* s. [Il] broche le bien des aguz espérons, Ch. de Roi. cxvn. || xn* s. Un haume agu lui lacent por amor, Ronc. p. 54. ||xin* s. Mainte ronce y trouvai et mainte espine ague, Berte, lu. Ele [la flèche] iert ague por percier, Et trenchans cum rasoir d'acier, la Rose, (855. || xiv* s. Les fors es operacions et faiz périlleux sont acus et aspres, constans et perseverans, oresme, Eth. 82. Et celui qui jouxte d'une lance ferrée et acue etquide qu'elle soit sans fer et rondo au bout devant, id ib. 62. Il xv* s. Adont les voulentez agues et sensuelles sont alumées et avivées, christ, pisan, Charles v, 1, ch. 9. Aumousniere de vieulx naveaulx, Gardianne de vieulx drappeaulx, Le dos esgu comme une hotte, coquill. Enquête de la Simple. Entrementes que j'avoie, Dieu merci! engin clair et aigu pour concevoir tous les faits, froiss. h, m, 4. Dieu sait qu'il fut servi d'une chère bien rechinée et d'un agu et enfiambé visage, Lotis xi, Kour. 1.

|| xvi" s. Estans poussez d'un appétit pervers d'estre reputez pour gens aigus, ils ont disputé si.... calv. Instit. 357. C'est un amusement d'esprits aigus et oysifs, mont.i, 47. Plus nostre sagesse est aiguë et vifve, plus.... id.i,132. Une subtilité aiguë et relevée [dans la poésie], id. i, 20 1. Tourmenté d'une maladie aiguë et douloureuse, id. i, 304. Aulcuns ont i'ouie plus aiguë que nous, id. n, 369. Ces espines domestiques nous mordent plus aigu, id. iv, 7). Ils accoustumoient les enfans par un long silence à estrebriefs et aguzen leurs responses, amyot, Lyc. 38. De la vient que les responses laconienes estoient si aiguës et subtiles, id. ib. Or est ce une beste qui a naturellement le sens de l'ouye fort aigu, m. Cam. 47. Il fut atteint de la peste, non pas si violente ni si aiguë que les autres, ains foible et lente , id. Péricl. 72. D'autant est le vin meilleur, d'autant aussi en est le vinaigre plus fort et aigu, paré, vhi, 62.

— ÉTYM. Picard, agu ; provenç. agut; catal. agud; espagn. agudo; ital. acuto; de aculus, de acuere, aiguiser, d'où acus, aiguille (voy. aiguille).

AIGUADE (è-ga-d'), s. f. || 1" Provision d'eau douce pour les vaisseaux, que l'on va prendre sur le rivage. || 2° Endroit où l'on peut faire de l'eau. H Aiguade n'est employé aujourd'hui que dans le sens de lieu où l'on fait de l'eau.

— ÉTYM. Ancien français, aiguë, eau (voy. eau) ; ital. acquala; espagn. aguada.

t AIGUAGE (è-ga-j'), s. m. Voy. AIOAGE.

AIGUAIL (è-gall, II mouillées), s. m. Terme de enasse. Rosée , petites gouttes d'eau qui demeurent sur les feuilles. L'aiguail ôte le sentiment aux chiens. Ma fille, àquelle fin Voulez-vous aujourd'hui vous lever si matin? Le soleil n'a pas bu laiguail de la prairie, racan, Bergeries, Silène, 1, 3.

— HIST. xvi* s. Jusques à ce que les rayons du soleil eussent essuyé l'aiguail de la fraische rosée, yver, p. 523. Un jour, sans y penser, poussé par le destin, Comme il mettoit à bout, àl'egail du matin, La ruse d'un vieil cerf.... rons. 210.

— ÉTYM. Ancien français, aiguë, eau (voy. eau). AIGUAYÉ, ËE (è-ga-ié, ou éghé-ié, iée), part.

passé. Cheval, linge aiguayé.

AIGUAYER (è-gha-ié ou è-ghé-ié ; il y a deux prononciations pour gua : ga-ié ou ghé-ié ; ga-ié est préférable, car cela distingue aiguayer d'égayer), v. a. Baigner, rafraîchir, laver. Aiguayer un cheval, c'est le faire entrer dans la rivière jusqu'au ventre, et l'y promener pour le laver et le rafraîchir. Aiguayer du linge, c'est le laver et le remuer quelque temps dans l'eau avant de le tordre.

— HIST. xvi' s. D'autres ne touchent à leurs tonneaux, sans souffrir d'estre aucunement soulevés et esgaiés par derrière, pour en faire du tout escouler le reste du vin, o. de serres, 204.

— ÉTYM. Ane. franc, aiguë, eau (voy. EAu);Berry, aigueyer, gueyer.

-f AIGUË (e-gtY), s. f. Ancien nom de l'eau, encore usité en certaines provinces.

— ÉTYM. Voy. EAU.

AIGUE-MARINE (è-ghe-ma-ri-n') , s. f. Pierre précieuse d'une couleur bleuâtre, et semblable à l'eau de la mer. Aigue-marineorientale, nom donné par les lapidaires au corindon hyalin vert. || Au plur. Des aigues-marines.

— ÉTYM. Ane. franc, aiguë, eau (voy. eau), et marin (voy. ce mot).

f AIGUERIE (è-ghe-rie), s. f. Voy. aigage.

AIGUIÈRE (è-ghiê-r'), s. f. || 1» Vase où l'on met de l'eau pour le service de la table. Une belle esclave verse de l'eau d'une aiguière d'or sur un bassin d'argent et donne à laver à Ulysse, fén. xxi, 304. .... sur ses mains, dans l'aiguière d'argent, Par une jeune esclave une eau pure est versée, a. ciién. si. Il 2° En blason, l'aiguière paraît dans l'écu de profil, l'anse tournée à senestre.

— hist. xvi* s. Deux esguieres de verre, paré,

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